17 12 11

Bruxelles, très belle

 Sans titre4.jpgQu'il est bon de voir Bruxelles décrite sous la plume aimable d'écrivains aussi prestigieux qu'Arthur Rimbaud, Paul Verlaine, Erasme, Colette, Victor Hugo, Gérard de Nerval,  Théophile Gautier, Jacqueline Harpman ...

 " La Belgique est un livre d'art magnifique dont [...] les chapitres sont un peu partout, mais dont la préface est à Bruxelles et n'est qu'à Bruxelles. A toute personne qui serait tentée de sauter la préface pour courir au livre, je dirais qu'elle a tort, qu'elle ouvre le livre trop tôt et qu'elle le lira mal" (Eugène Fromentin)

 D'autres, tels  Châteaubriand, Voltaire ou Baudelaire . règlent son compte d'un mépris bien suspect - forcément subjectif - lui faisant parfois payer le prix d'un exil mal digéré...

 Quoi qu’il en soit, ils en parlent de notre chère "cosmopole" , révélant, de leurs écrits, la part sans doute..capitale, qu'elle prit un jour dans leur destinée.

 Spécialiste de Bruxelles, du bruxellois, qu'il pratique et enseigne, Georges Lebouc a extrait de sa prodigieuse culture littéraire un florilège de citations, passages, anecdotes...consignant les impressions - variées...-  d'écrivains célèbres. La ballade dans la ville est on ne peut plus instructive, qui s'assortit de photos magnifiques.

 Décidément, cette fin d'année regorge de bijoux à (se faire) offrir!

 Apolline Elter

 Bruxelles vue par les grands  écrivains, Georges Lebouc- Préface de Jean-Baptiste Baronian, beau livre, éd. Luc pire, novembre 2011, 162 pp, 29 €

Billet de ferveur

AE: Georges Lebouc, quelque quatre-vingts écrivains - et non des moindres - passent sous la loupe passionnante de votre bien allègre plume.  Mentionnons aussi le précieux index biographique que vous leur consacrez en fin d'ouvrage. Rares - heureusement -  sont les écrivains que Bruxelles laisse indifférents. Avez-vous eu des surprises à cet égard, cherchant vainement les traces d'un quelconque état d’âme?

 Georges Lebouc: J’ai, en effet, pour principe, de ne pas étaler mes états d’âme mais puisque vous m’invitez à me « déboutonner », je vous avouerai que la plus surprenante des idées relatives à Bruxelles, je l’ai trouvée sous la plume d’Alfred Jarry, lui qui imagina qu’on pourrait transformer les Vierges à l’Enfant en… vierges au Manneken-Pis. Aggravant son cas, il ajoutait que cela nécessiterait une « canalisation ingénieuse » et, pire encore, justifiait que puisqu’on « met le gaz dans les églises, pourquoi pas l’eau ? ». Il fallait être le créateur d’Ubu pour oser se permettre une idée aussi blasphématoire avec une aussi tranquille impudeur !

AE: vous séjournez à Paris, en ce moment. J'ose espère qu’à son tour,  la ville ne vous laisse pas indifférent..

 Georges Lebouc: En effet, Paris fut la ville de mes grands-parents et mon père y est né. J’en garde la double nationalité et j’ai écrit, comme mon grand âge m’y autorise, un Paris des jeunes seniors (j’insiste sur jeunes) ouvrage qui me fut commandé par des éditeurs parisiens, étonné que je connaisse certains coins de la Ville Lumière aussi bien qu’eux. Oserais-je écrire « Parfois mieux » sans rougir ?

14 12 11

Jumeau du Roy

Sans titre6.jpgPremier volet, d'une saga consacrée à Versailles, "Le Palais de toutes les promesses", le roman de Jean-Michel Riou pose la pierre du gigantesque chantier et du destin énigmatique, tragique, de Toussaint Delaforge, jumeau de naissance de Louis XIV, né, comme lui, le 5 juillet 1638.

 La destinée royale et celle de Toussaint, issu d'un cloaque, et d'une mère aussitôt morte - étouffée - seront évoquées en parallèle, pour converger, animées d'une même passion sur le chantier du futur palais.

 Pris sous l'aile de  l'architecte Louis Le Vau, Toussaint s'annexe au célèbre trio Le Brun - Le Nôtre - Le Vau , maîtres incontestés des lieux. Mais il lui faut aussi chercher son père - inconnu au bataillon - et le secret bien caché de ses origines obscures. Il le fera avec une cruauté amère,  assez inattendue pour un héros de roman. ...

 Deviendra-t-il ce "Roi noir de Versailles" qui nous donne rendez-vous, début 2012, pour le deuxième tome de la saga?

 Soucieux de marquer le départ entre fiction et réalité historique, Jean-Michel Riou dote son ouvrage d'une notice qui remet les pendules à l'heure de l'Histoire.

 Apolline Elter

 Un jour, je serai Roi- Versailles, le Palais de toutes les promesses(I), Jean-Michel Riou, roman historique, Flammarion, novembre 2011, 622 pp, 23 €

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Littérature générale | Commentaires (0) |  Facebook | |

24 11 11

Uchronique, vous avez dit..

a_Astridcouv2_66257.jpgQui n'a rêvé de refaire le cours de l'Histoire?

 

Stéphane de Lobkowicz le réalise qui nous propose un roman "uchronique", ressuscitant la Reine Astrid de l'accident automobile de Küssnacht, tandis que son royal époux décède sur le coup.

 

Une inversion des rôles qui change le cours des événements et d'une Histoire belge que l'auteur imagine avec une fougue jubilatoire :  attendant la majorité de Baudouin, âgé de 4 ans à l'époque, la Reine Elisabeth accepte d'assurer la régence du Royaume. La guerre 40-45 la propulse Commandant en Chef de l'Armée, rôle qu'elle assume avec autorité et courage. Exilée en Espagne et à Londres, la famille royale aura la grande joie de s'adjoindre les services d'une gouvernante, hors pair, une certaine Lilian Baels....

 

Dotée d'une connaissance aiguë de cette période de l'Histoire, Stéphane de Lobkowicz s'offre le plaisir visible de la réorganiser. Les lecteurs un peu perdus - dont je suis - pourront remettre leurs pendules à l'heure des faits avérés en découvrant l'annexe rédigée par Charles de Trazegnies, en fin d'ouvrage , " Les faits tels qu'ils se sont réellement produits et succédés dans le temps."

 

Dès lors, autant savourer en toute sérénité , le mauvais quart d'heure que la Reine Elisabeth fait passer à Hitler, l'invectivant en son dialecte bavarois natal, le lapin que le Prince Charles pose à l'Occupant (allemand) et le cri (du coeur) d'un certain Jules Lahaut....

 

Apolline Elter

 

La reine Astrid n'est pas morte à Küssnacht, Stéphane de Lobkowicz, roman historique (uchronique), Editions de l'Arbre, novembre 2011, 332 pp, 18,9 €

 

Écrit par Apolline Elter dans Histoire, Littérature générale | Commentaires (3) |  Facebook | |

16 11 11

Un magnifique et émouvant témoignage !

nadia salmi.jpgC'est le premier livre de Nadia Salmi et il est magnifique ! C'est un roman, car on romance toujours un peu, les souvenirs se déforment, on ne se souvient pas de tout, mais c'est avant tout un récit poignant et qui nous bouscule avec un talent rare. La mission de Nadia Salmi, qui se découvre (comme dit le bandeau) parmi les 400.000 Français, petite-fille d'un soldat allemand, est de crier son amour, sa compréhension à sa mère ! Après avoir lu en avant-première le manuscrit, je ne peux que vous retranscrire des extraits de la lettre que j'ai envoyée à Nadia Salmi, croisée au hasard d'une interview (elle travaille pour le moment à la télévision à Lille, mais vit à Bruxelles).

Comme te traduire l'émotion que je ressens à la fin de la lecture de "Des étoiles sombres dans le ciel" ? Je suis touché, troublé, ému. C'est magnifiquement rendu. L'histoire multiple, compliquée, terrible est là, sous nos yeux, et avance peu à peu, au rythme des découvertes, des pleurs, mais avec une volonté, une force qui sont si belles. Tu as les mots justes et forts. Des trouvailles tout au long du récit : "Au moment où le stupide petit oiseau est sorti", par exemple. Ou encore le sommeil que Thérèse ne trouve pas avec "un mouton, deux brebis, trois agneaux..."; le jeu des 7 erreurs dans la lettre, la berceuse en ch'ti, ou "chaque jour que Satan fait", ou à la fin les défauts d'Hitler étalés sur la feuille... Et cette oiriginalité page 132 des courts extraits d'avant.
J'aime cette reconstruction, ces lettres, ces photos décrites; avec la documentation, la recherche. Les réflexions qui accompagnent : "Il faudrait pouvoir parler librement, écouter les témoignages des survivants avant qu'ils ne meurent", que nous pouvons appliquer à toutes les situations, même moins tragiques.
Quelques détails encore : la journée érotique et sensuelle sans mots crus. Quelle description !
La tribu, les réponses au questionnaire de Proust.
Le rejet de Noël, l'attirance vers les personnages orphelins.
Le courriel arrivé en Mauritanie.
Bref, tu as compris que je trouvais ton livre remarquable et digne cent fois d'être édité et partagé avec un grand public.

Nadia Salmi est une nouvelle écrivaine, n'en doutons pas ! Je ne peux que vous engager à partager sa création. Vous ne verrez plus le monde, l'humanité, de la même façon. Et c'est ça la qualité d'un livre : sa lecture nous change !
 
Jacques MERCIER
 
Des étoiles sombres dans le ciel, récit, Nadia Salmi, Editions OH !, 264 pp. Photo de couverture de la collection de l'auteur. Prix : 17,90 euros. www.oheditions.com et https://www.facebook.com/nadnad77

15 10 11

Mais si, Mais si...

9782930585055FS.jpg" Le vieil homme qui buvait avec nous ce soir-là ne faisait pas partie de ma troupe. Il n'avait pas non plus l'allure des touristes habituels de mon concurrent. Cheveux et barbe en broussaille, la peau très pâle, un peu moite, il ressemblait à une saucisse de Francfort dont la date de péremption était largement dépassée".

 

Le ton est donné.

 

Pas facile pour le Messie (mais si, c'est lui) d'atterrir  en notre troisième millénaire, embryonnaire. Vieillard barbu, affublé d'un âne, il débarque là où on ne l'attend pas.De toutes façons, on ne l'attend guère et plutôt que d'affronter une opposition musclée, il ne rencontre qu'indifférence feutrée.

 

Dix nouvelles, couronnées d'un retour à Jérusalem, offrent au vieil homme tant d'étapes à travers le monde - Buenos Aires, Bonn, Bruxelles, Odessa, Venise, l'Andalousie ...- à la  rencontre de son prochain et de son quotidien.

 

Loufoque, burlesque  et comique se confrontent que sous-tend une reflexion sur notre société contemporaine: sommes-nous prêts à recevoir le message que le Messie entend nous délivrer?

AE

Messie malgré tout, Alain Berenboom,  recueil de nouvelles, Editions Genèse, sept.2011, 144 pp, 17 €

 

    Billet de faveur

 

AE: Alain Berenboom, "votre" messie, vieux et barbu, symbolise-t-il la (ré)conciliation de la religion juive et catholique? Les catholiques n’attendent pas plutôt le retour d’un homme, jeune  - certes barbu -  âgé de 33 ans?

 

Alain Berenboom: mon personnage est le messie tel que je l’imagine depuis mon enfance, à travers les histoires que me racontaient à ce sujet mon père et la lecture de l’ancien testament.

 

Dans mon esprit, mon propos est plus fantaisiste que religieux. Je ne crois pas (ou alors c’était inconscient) avoir envisagé ces histoires comme portant un message religieux et en tout cas il n’y est pas question dans mon esprit de la religion catholique (le messie à deux ou trois reprises s’étonne d’ailleurs de l’existence de Jésus qu’il ne connait pas apparemment ! )

 

AE: L'indifférence - l'apathie même -  que rencontre le Messie, est-elle plus grand fléau de notre société contemporaine?

 

Alain Berenboom:Non, c’est plutôt le manque de fantaisie. J’aimais bien ce slogan de 1968 : "L’imagination au pouvoir."

 

L’indifférence est le résultat d’un manque de volonté de réfléchir, de se cultiver, d’imaginer, pour relancer la civilisation

 

AE: En quoi consiste votre madeleine de Proust?

 

Alain Berenboom:Le souvenir de ma maman et de mon papa

 

 

29 09 11

Une entreprise titanesque

 

Tout Simenon tome 18.gifÀ l’occasion du centenaire de Georges Simenon (1903-1989), Les Éditions Omnibus à Paris ont décidé de rééditer l’intégrale de son œuvre, une entreprise qui, on en conviendra, ne manquait ni d’ambition ni d’envergure.

 

Le premier volume de Tout Simenon a donc paru en janvier 2003 et le tome 27 en février 2004, pour un total de 25 664 pages ! [1]

 

Chacune des couvertures de cette compilation monumentale a été réalisée à partir d'une photographie prise dans les années 1930 par le père du Commissaire Maigret, à l’époque où, journaliste autant qu’écrivain, il a parcouru la France, l'Europe, l'Afrique, fait le tour du monde (en 1935) et envoyé des reportages à différents journaux, et ses clichés ont capté des regards, des visages, des situations et des atmosphères que l'on retrouvera dans nombre de ses romans.

 

En tant que Belge, nous ne pouvons qu’applaudir devant un tel prodige éditorial !

 

Bernard DELCORD

 

Tout Simenon, Paris, Éditions Omnibus, janvier 2003-février 2004, 27 tomes. en noir et blanc au format 13,2 x 19,8 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, environ 23 € chacun (prix France)

 

Pour vous, nous avons recopié les titres repris dans cette édition fleuve

des œuvres complètes du Balzac belge :


Tome 1 :

La fenêtre des Rouet

La fuite de Monsieur Monde

Trois chambres à Manhattan

Au bout du rouleau

La pipe de Maigret

Maigret se fâche

Maigret à New York

Lettre à mon juge

Le destin des Malou

 

Tome 2 :

Maigret et l'inspecteur Malgracieux

Le témoignage de l'enfant de chœur

Le client le plus obstiné du monde

On ne tue pas les pauvres types

Le passager clandestin

La Jument Perdue

Maigret et son mort

Pedigree

 

Tome 3 :

Les vacances de Maigret

La neige était sale

Le fond de la bouteille

La première enquête de Maigret

Les fantômes du chapelier

Mon ami Maigret

Les quatre jours du pauvre homme

Maigret chez le coroner

 

Tome 4 :

Un nouveau dans la ville

Maigret et la vieille dame

L'amie de Madame Maigret

L'enterrement de Monsieur Bouvet

Maigret et les petits cochons sans queue

Les volets verts

Tante Jeanne

Les Mémoires de Maigret

 

Tome 5 :

Le temps d'Anaïs

Un Noël de Maigret

Sept petites croix dans un carnet

Le petit restaurant des Ternes

Maigret au Picratt's

Maigret en meublé

Une vie comme neuve

Maigret et la Grande Perche

Marie qui louche

Maigret, Lognon et les gangsters

 

Tome 6 :

La mort de Belle

Le revolver de Maigret

Les frères Rico

Maigret et l'homme du banc

Antoine et Julie

Maigret a peur

L'escalier de fer

Feux rouges

 

Tome 7 :

Maigret se trompe

Crime impuni

Maigret à l'école

Maigret et la jeune morte

L'horloger d'Everton

Maigret chez le ministre

Les témoins

Le Grand Bob

 

Tome 8 :

Maigret et le corps sans tête

La boule noire

Maigret tend un piège

Les complices

En cas de malheur

Un échec de Maigret

Le petit homme d'Arkhangelsk

Maigret s'amuse

 

Tome 9 :

Le fils

Le nègre

Maigret voyage

Strip-tease

Les scrupules de Maigret

Le président

Le passage de la ligne

Dimanche

 

Tome 10 :

Maigret et les témoins récalcitrants

Une confidence de Maigret

La vieille

Le veuf

Maigret aux assises

L'ours en peluche

Maigret et les vieillards

Betty

 

Tome 11 :

Le train

Maigret et le voleur paresseux

La porte

Les autres

Maigret et les braves gens

Maigret et le client du samedi

Maigret et le clochard

Les anneaux de Bicêtre

 

Tome 12 :

La colère de Maigret

La rue aux trois poussins

La chambre bleue

L'homme au petit chien

Maigret et le fantôme

Maigret se défend

Le petit saint

Le train de Venise

 

Tome 13 :

La patience de Maigret

Le confessionnal

La mort d'Auguste Maigret et l'affaire Nahour

Le chat

Le voleur de Maigret

Le déménagement

Maigret à Vichy

 

Tome 14 :

La prison

Maigret hésite

La main

L'ami d'enfance de Maigret

Il y a encore des noisetiers

Novembre

Maigret et le tueur

Maigret et le marchand de vin

 

Tome 15 :

Le riche homme

La folle de Maigret

La disparition d'Odile

Maigret et l'homme tout seul

La cage de verre

Maigret et l'indicateur

Les innocents

Maigret et Monsieur Charles

 

Tome 16 :

Monsieur Gallet, décédé

Le pendu de Saint-Pholien

Le charretier de La Providence

Le chien jaune

Pietr le Letton

La nuit du carrefour

Un crime en Hollande

Au Rendez-vous des Terre-Neuvas

La tête d'un homme

Le Relais d'Alsace

 

Tome 17 :

La danseuse du Gai-Moulin

La guinguette à deux sous

L'ombre chinoise

L'affaire Saint-Fiacre

Chez les Flamands

Le fou de Bergerac

Le port des brumes

Le passager du Polarlys

Liberty Bar

Les 13 coupables

 

Tome 18 :

Les 13 énigmes

La folle d'Itteville

Les 13 mystères

Les fiançailles de Monsieur Hire

Le coup de lune

La maison du canal

L'écluse n° 1

L'Âne Rouge

Les gens d'en face

Le haut mal

L'homme de Londres

Maigret : Nouvelles introuvables

 

Tome 19 :

Le locataire

Les suicidés

Les Pitard

Les clients d'Avrenos

Quartier nègre

L'évadé

Long cours

Les demoiselles de Concarneau

45° à l'ombre

 

Tome 20 :

Le testament Donadieu

L'assassin

Le blanc à lunettes

Faubourg

Ceux de la soif

Chemin sans issue

Les sept minutes

Les rescapés du Télémaque

La mauvaise étoile

 

Tome 21 :

Les trois crimes de mes amis

Le suspect

Les sœurs Lacroix

Touriste de bananes

Monsieur La Souris

La Marie du port

L'homme qui regardait passer les trains

Le Cheval Blanc

Le Coup-de-Vague

Chez Krull

 

Tome 22 :

Le bourgmestre de Furnes

Malempin

Les inconnus dans la maison

Cour d'assises

Bergelon

L'outlaw

Il pleut, bergère...

Le voyageur de la Toussaint

La maison des sept jeunes filles

Nouvelles introuvables 1936-1941

 

Tome 23 :

Oncle Charles s'est enfermé

La veuve Couderc

Cécile est morte

Les caves du Majestic

La maison du juge

Le fils Cardinaud

La vérité sur Bébé Donge

Le Petit Docteur

 

Tome 24 :

Les dossiers de l'Agence O

Signé Picpus

L'inspecteur Cadavre

Félicie est là

Nouvelles exotiques

Les mystères du Grand-Saint-Georges

Le rapport du gendarme

Les nouvelles enquêtes de Maigret (1)

 

Tome 25 :

Les nouvelles enquêtes de Maigret (2)

L'improbable Monsieur Owen

Ceux du Grand Café

Menaces de mort

L'aîné des Ferchaux

Les noces de Poitiers

Le cercle des Mahé

Le clan des Ostendais

Le bilan Malétras

Le bateau d'Émile

 

Tome 26 :

Je me souviens...

Quand j'étais vieux

Lettre à ma mère

Mes dictées : Un homme comme un autre

Des traces de pas

Les petits hommes

Vent du nord, vent du sud

Un banc au soleil

De la cave au grenier

À l'abri de notre arbre

Tant que je suis vivant

Vacances obligatoires

La main dans la main

Au-delà de ma porte-fenêtre

Je suis resté un enfant de chœur

 

Tome 27 :

Mes dictées :

À quoi bon jurer

Point virgule

Le Prix d'un homme

On dit que j'ai soixante-quinze ans

Quand vient le froid



[1] Et il ne s’agit que des livres parus sous son patronyme. Il faudrait encore y ajouter les innombrables textes de commande qu’il signa des pseudonymes d’Aramis, Bobette, Christian Brulls, Georges Caraman, J.-K. Charles, Germain d’Antibes, Jacques Dersonne, Georges d'Isly, La Déshabilleuse, Luc Dorsan, Jean Dorsage, Jean Dossage, Jean du Perry, Gemis, Gom Gut, Kim, Georges-Martin Georges, Georges Martin-Georges, Georges-Martin-Georges, George Martin-George, Miquette, Misti, Pan, Maurice Pertuis, Plick et Plock, Poum et Zette, Sandor, Jean Sandor,  G. Sim, Georges Sim, Georges Simm, Le Vieux Suiveur, Gaston Vialis, Gaston Viallis, G. Vialio, G. Violis G. Legros Jaques…

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22 09 11

Convers(at)ion

9782350871745.jpgImaginez l'(amène) conversation qu'ont pu mener Bonaparte, alors premier Consul et Jean-Jacques Régis de Cambacérès,  son deuxième Consul, une soirée de l'hiver 1803-1804, tandis que se profile, dans le chef du premier, la perpective de l'Empire.

 

 Ou plutôt, n'imaginez pas, Jean d'Ormesson l'a fait pour vous et avec quel brio. ...

 

 "Napoléon perce sous Bonaparte" : Le Consul avoue à son fidèle allié, son ambition pour la France - qu'il estime avoir sauvé de la ruine- et pour lui-même:

 

" Bonaparte:

Il ne restait plus rien debout après vingt ans de médiocrité et dix ans de désordre. Je voulais faire de grandes choses, et qui durent. Je rêvais d'une chevalerie républicaine pour récompenser le mérite méprisé par nos rois, traîné dans le sang par les jacobins: j'ai créé la légion d'honneur. Je réclamais un recueil de lois digne de Moïse, de Solon, de Justinien: j'ai imposé le Code civil, rédigé, grâce à vous, dans un style capable de faire pâlir d'envie les poètes et les romanciers..."

" Je veux rétablir une monarchie qui soit républicaine. Et ma République à moi est romaine, militaire, guerrière, conquérante. Mon modèle n'est pas Versailles, mon modèle est Rome. Et mon modèle n'est pas les Bourbons, mon modèle est César"

 

S'il a librement inventé les complaisantes répliques de Cambacérès, l'Académicien attribue au Premier Consul des phrases et pensées réellement formulées, puisées dans les archives de l'époque. Voilà qui  rend la démarche intéressante et promeut le lecteur, spectateur d'un moment-clef de l'histoire de France.

 

"Napoléon n'est le fils que de ses propres oeuvres. Il s'engendre lui-même. Il est un mythe vivant, une légende qui se crée, un dieu en train de surgir. Il est cette chose si rare à la source de toute grandeur dans la politique, dans l'art, dans la littérature, dans la science: une ambition au moment même où elle se change en histoire, un rêve sur le point de devenir réalité."

 

Apolline Elter

La Conversation, Jean d'Ormesson, dialogue (théâtral), Editions Héloïse d'Ormesson, septembre 2011, 122 pp, 15 €

20 09 11

Un hommage aux héros de la littérature

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On écrit parce qu'il manque un livre. Parce qu'on croit qu'il manque un livre. Ca, je ne le savais pas quand j'ai commencé à écrire. La notion de "livre qui manque" est indispensable pour se mettre à écrire. Car si on ne croit pas que quelqu'un doit écrire ce livre qui n'existe pas, à quoi bon l'écrire? "

 

Incarcéré en 1972 par le régime militaire uruguayen, le jeune Carlos Liscano restera treize années en prison, avant de s'exiler en Suède et de revenir, en 1996, en sa patrie d'origine. Il a alors 47 ans et s'établit en Uruguay.

 

" En 1981, cela faisait neuf ans que j'étais en prison. Je n'avais jamais rien écrit. Un jour, j'ai décidé d'écrire un roman. J'ai passé six mois à écrire à la main, en petits caractères, patiemment et lentement, un roman. Comme il était interdit d'écrire, je cachais mes papiers là où je le  pouvais.(...) Lorsque j'ai terminé ce roman, je me suis aperçu qu'écrire m'aidait à vivre." 

 

A l'aube de ses soixante ans, l'écrivain compte désormais une vingtaine d'ouvrages à son actif. L'occasion de se pencher sur le rôle de l'écriture - de la lecture corollaire -  et sa fonction existentielle. Une démarche qu'il insère dans le journal de sa vie en Uruguay - truffé de  précisions météorologiques pluvieuses - et qu'il ponctue de souvenirs arrachés à son enfance, son passé  de prisonnier et d'exilé. Conjointement, il associe le lecteur à l'élaboration du deuxième volet de l'ouvrage, Vie du corbeau blanc, sorte de roman picaresque dans lequel l'écrivain, métamorphosé en corbeau rend hommage à de grandes figures de la Littérature: Eugénie Grandet, Tarzan, Ulysse, lady Alice, Esméralda...

 

" J'ai eu tous les Grandet, le père, la fille, l'oncle et le neveu. Je me suis lié d'amitié avec la tragique Eugénie Grandet."

 

Le Lecteur inconstant suivi de Vie du Corbeau blanc, Carlos Liscano, trad. de l'espagnol par Martine Breuer et Jean-Marie Saint Lu, Belfond étranger, septembre 2011, 372 pp, 21 €

11 09 11

Un "murmure " qui fait parler de lui...

du-domaine-des-murmures-224341-100-160.jpgPlonger dans le XIIe siècle et le quotidien d'une recluse, la jeune Esclarmonde, qui paie d'un enfermementà vie le prix de sa liberté intérieure,  peut sembler, à première vue, incongru. C'est compter sans l'enchantement d'une très belle plume, celle de Carole Martinez et d'une puissance narrative, féérique.

 

Promise à Lothaire de Montfaucon, la jeune châtelaine du Domaine des Murmures commet l'affront irréparable de ne pas s'engager à ses côtés, le jour de son mariage. Offerte au Christ dans une quête mystique de liberté paradoxale, elle fait construire une chapelle aux Murmures, dotée d'une cellule où elle sera emmurée à jamais. La communication avec le monde se limitera à une fenestrelle grillagée de barreaux. Violée, le jour de sa mort au monde, elle accouchera d'un petit Elzéar, plus de neuf mois après; il n'en faut pas plus pour que la légende de sa virginité naisse de concert et se propage: les pèlerins accourent de toutes contrées, en quête de sa bénédiction. Du reste, le taux de mortalité diminue de façon spectaculaire à l’entour des Murmures.

 

" J'étais posée comme une borne à la croisée des mondes."

 

Oscillant entre la sainteté, la pureté mystique et... l'hérésie, la vie de la jeune maman est remplie de la présence de Dieu, des pèlerins et de son nourrisson, tandis que son père, à jamais éprouvé par un démon intérieur, s'en va aux Croisades.

 

"Je ne pensais pas accomplir de vrais miracles, mais je ne pouvais nier la démission de la mort. Car les gens du pays ne mourraient toujours pas. Nul n'expirait sur les terres des Murmures et, à l'exception de quelques étrangers, on n'y avait plus enterré personne depuis ma réclusion. Et voilà ce que je ne m'expliquais pas."

 

Un Moyen Age rendu étonnamment vivant, par l'élégance d'un style contemporain et la distillation fine de quelques tournures d'époque. Envoûté par la magie de la narration, le lecteur se sent aspiré dans le récit, ses péripéties, enveloppé chaudement dans le froid cocon d'une robe de pierre.

 

Apolline Elter

 

Du domaine des Murmures, Carole Martinez, roman, Gallimard, août 2011, 202 pp, 16,9 €

 

Billet de ferveur

AE : Carole Martinez, le roman d’Esclarmonde, résonne comme celui de la liberté ultime : refuser le destin tracé par sa famille pour vivre le choix de l’emmurement à vie et de la mort au monde. Le « phénomène » des emmurées était-il fréquent au Moyen Age ?

 

Carole Martinez :Il était courant. Les villes avaient toutes leurs recluses et les habitants leur lançaient du pain pour les remercier de leurs prières. Les emmurées volontaires venaient de toutes les classes sociales et la taille de leur cellule était variable, certaines pouvaient communiquer avec l’extérieur, d’autres pas. A Rome, on dénombrait plus de 200 recluses au début du XIV ème siècle. La dernière recluse romaine est d’ailleurs morte, il y a une vingtaine d’années après quarante ans de réclusion.

 

 AE : Esclarmonde n’est pas une sainte : elle vit ses doutes, ses passages à vide, avec sincérité. C’est ce qui nous la rend étonnamment proche malgré son choix de vie et l’époque qu’elle incarne. Mais tout de même, ce n’était pas un pari gagné que de nous entraîner dans une expérience à ce point mystique. Comment l’argument s’est-il imposé à vous ?

 

Carole Martinez : J'ai cherché dans la grande Histoire des femmes des figures qui pourraient m'inspirer. J'aime les portraits de femmes et j'en voulais six pour représenter les différentes voies d'émancipation ou même de pouvoir que les femmes s’étaient frayées au fil du temps. La voie mystique a été l'une de ces voies, certaines béguines, certaines recluses ont réussi à acquérir une forme de puissance. Puis le marteau de l'hérésie et, plus tard, celui des sorcières se sont abattus reléguant le sacré féminin du côté de l'obscur et du mal.

 

Certes, Esclarmonde s’imagine qu’elle vivra loin du monde dans un tête à tête avec le divin, mais ce qu’elle découvre dans sa cellule, c’est son corps, sa chair, ses sens. Elle ne gagne pas la solitude, mais recueille les confidences de tous ces pèlerins qui viennent jusqu’à sa fenestrelle et, loin de se retrancher de son siècle, elle s’y plonge et en devient le témoin privilégié. Tout s’inverse. La jeune « morte » est infiniment vivante. Voilà ce que je voulais travailler : la beauté du monde à hauteur d’homme (ou de femme).

 

J'avais envie de me tenir en équilibre sur une petite surface, d'éliminer l’insignifiant pour pénétrer au plus profond d’un être, pour ressentir la moindre brise. Esclarmonde contemple le monde, elle ne s’en détache pas, elle se laisse progressivement absorber par l’ici-bas. Elle s’éloigne de la sainte pour se rapprocher de la fée. Il y a un monde entre les deux. C’est cette distance là qui m’intéresse.

 

« Ses repas ravivaient en moi une palette de goûts dont la réclusion grise m’avait sevrée »

 

 AE : Un magnifique passage décrit les repas qu’Esclarmonde donne à son bambin et la résurgence d’une sorte de madeleine de Proust. De quel ordre est la vôtre ?

 

 Carole Martinez : Les mantécaos et le créponne. La merveilleuse cuisine de ma grand-mère.

 

 Ndlr : le roman de Carole Martinez est en lice (première liste) pour l'attribution des prix Goncourt et Renaudot. Notamment. ...Un "murmure" qui devrait faire parler de lui

03 09 11

Un brillant bémol

9782742799503FS.jpg« Le début des vacances résonne dans la gare et dans ma tête. J’attends que l’on vienne me chercher, mon sac à mes pieds. Le préau de l’arrivée brûle sous un soleil impassible. »

 

 D’emblée, le ton est donné, le décor, campé : le  lecteur est  propulsé  au sein de la famille de Mathilde, la narratrice, et du château que son grand-père gère, en indivision avec ses quatre belles-sœurs : «  J’ai couru ici. La maison de mon arrière grand-père rassemble quatre générations et fait le plein la semaine du 15 août. »

 

 Observatrice lucide et bienveillante de ce microcosme familial, aux mœurs joyeuses, élégantes et convenues, la narratrice esquisse une délicieuse galerie de portraits et de conversations croisées, traçant, d’un style maîtrisé, gracieusement imagé, des fresques d’atmosphère et peintures d’ambiance savoureuses.

 

 Un bémol s’immisce , insidieux,  dans la partition familiale : mu d’un élan de générosité inconsidérée,  Paul,  le grand-père, a proposé à Rosana, la bonne, l’accès à la piscine…..

 

 « Rosana et mes grands-tantes s’accordent ce mépris patiné de longues années de cohabitation froide et d’intérêts réciproques."


 La faute de goût ?

 

  Un premier roman court et brillant, qui résonne comme un coup de maître.

 

 Apolline Elter

 La faute de goût, Caroline Lunoir, roman, Actes Sud – Un endroit où aller, août 2011, 114  pp, 16 €

 

Billet de faveur

 

AE : Caroline Lunoir,  ce premier roman, qui fleure bon la France et une certaine société « vieille France », vous l’avez écrit, tandis que vous résidiez à Boston. Était-ce par nostalgie du pays ? Mue par la lucidité que procurent les séjours à l’étranger ?

Caroline Lunoir : Je ne me suis effectivement jamais sentie aussi française qu'aux Etats-Unis, comme cela arrive souvent. Frappée par les inégalités de la société américaine, écrire "La faute de goût" a été ma façon de réfléchir, en écho, à celles de la société française et, en particulier, à la permanence des statuts qui me semblent la structurer.

AE : Certains vous comparent (déjà.. !) à Anna Gavalda. Sans doute pour l’ironie tendre, amusée, bienveillante, qui teinte vos portraits.  Comment ressentez-vous cette comparaison ?

Caroline Lunoir : Je suis confuse de devoir avouer que je n'ai jamais lu de roman d'Anna Gavalda, même si la couverture de ses livres est familière à  tout usager du métro... Il ne me reste donc plus qu'à courir acheter "Ensemble, c'est tout"!

AE : votre madeleine de Proust est –elle enfouie au fond d’une vieille demeure familiale ?

Caroline Lunoir: C'est vrai que l'on emporte avec soi les lieux qui incarnent une permanence dans notre vie ou recèlent les moments qui nous ont façonnés. Ma madeleine réside cependant moins dans des murs que dans une sensation: celle de la confiance sereine, presqu'alanguie, qui libère la parole lors de longues conversations au creux d'un après-midi ou d'une veillée.