04 03 08

Le peintre triste

LAMYJe devais avoir huit ans quand j’ai découvert Bernard Buffet. Une petite reproduction d’un tableau dans l’entrée de mon école. Fin des années soixante. Buffet est alors une star, le peintre milliardaire, l’artiste à la Rolls. Pour moi qui ne sais rien de tout cela, je ne vois qu’un clown triste. Fascinant. Beau.
Depuis, j’ai découvert qu’il y avait tout un cirque derrière ce clown mais aussi des Crucifixions, des autoportraits et Venise.
Bernard Buffet, c’est un souffle, celui d’une peinture d’après-guerre qui a refusé l’abstrait.
C’est aussi un homme que vous raconte Jean-Claude dans la biographie qu’il publie chez Albin Michel. Une biographie dont la volonté d’exactitude dessert parfois la fluidité du récit, seul regret.

  JEAN-CLAUDE LAMY - Brice Depasse 1
  JEAN-CLAUDE LAMY - Brice Depasse 2

«Bernard Buffet, Le samouraï», Jean-Claude Lamy, Albin Michel, janvier 2008, 361p, 22€00

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04 03 08

La vraie vie d'Emily

MILOVANOFF

Par Vincent Engel (visitez son site).


Je n’ai jamais lu “Elise ou la vraie vie” d’Etcherelli, bien que ce titre m’ait toujours fait rêver. Ou peut-être pour cette raison… Peur d’être décu. L’Emily de Milovanoff a, quant à elle, la force des folies qui imposent au réel leur magie inquiétante.
De la chute de Belle Ombre, la demeure familiale, à sa destruction, le narrateur confie l’étrange histoire d’une sœur, Emily, aux prises avec ses fantômes et ses peurs. Avec, dans ses recoins d’âme, les ombres de cette famille de Russes Blancs, venus en Occident gaspiller la richesse de leur génie prodigue et de leurs folies fascinantes.
Emily a peur de tout, à commencer des hommes. Comme en rêve, elle tombera amoureuse. Comme en cauchemar, elle refusera le deuil et, définitivement, appliquera la phrase de Dostoïevsky : “J’ai un projet: devenir fou”.
Un roman qui finit, magistral, sur deux mots pour dire la fuite du temps. Deux petits mots, et “nous voilà ce soir”, comme chantait Brel.

Emily ou la déraison, Jean-Pierre Milovanoff, Paris : Grasset, 2008. 157 p. 16 €

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01 03 08

Prix Gaël 2008 : Armel Job

LOGO GAELCLUBArmel Job succèdera à Jean-Philippe Blondel dans le palmarès des lectrices de Gaël.
Le Prix Gaël 2008 prix pour son dernier roman, "Les mystères de Sainte Freya", lui sera remis jeudi soir lors de la Foire du Livre. Reportage et ambiance dans ces mêmes colonnes, bien entendu.
Ci-dessous, ce qu'Apolline disait de ce livre à l'automne dernier.
"Un thriller qui nous plonge dans les hautes sphères de l’Eglise catholique et de la mouvance de l’Opus Dei.
Mgr Van Camp brigue la pourpre cardinalice, occupé qu’il est à instruire le dossier de canonisation d’une religieuse belge nommée Freya. Evêque pour le moins de son temps, flanqué d’un ordinateur, d’Internet et d’une secrétaire-canon.
Mais voilà que Freya défrayera la chronique : des accusations et photos confondantes feront l’objet de mails émanant d’un corbeau nommé Corax.
Assisté de l’abbé Turquin, « un vrai converti, du genre qui passe la moitié de sa vie à accumuler de quoi se repentir le reste de ses jours » (p 64) et de Martin Rabe, informaticien bancaire, « (…)brave garçon ! Intelligent et dévoué, qualité rarement assorties. » (p55), Mgr van Camp va tenter de déjouer les menaces du corbeau et l’irritation des autorités vaticanes.
L’enjeu est de taille : il s’agit ni plus ni moins de sauvegarder l’infaillibilité pontificale d’un Jean-Paul II, déjà affaibli par la maladie.
JOBArmel Job a écrit ce nouveau thriller avec un plaisir évident, un sens de la formule, décapant. Telle l’évocation de la mère de l’évêque : « C’était une femme rude qui se saignait aux quatre veines. A force, elle souffrait d’une anémie du sentiment. » (p 100) Il largue ses protagonistes dans des problèmes de conscience inextricables. Le moins qu’on puisse dire est que tout cela n’est pas très catholique…"
Apolline Elter.

Les mystères de Sainte Freya, Armel Job, Paris, Robert Laffont, août 2007, 282 p, 19€

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24 02 08

Il était une fois en Ulster

chalandon traitreJe n'aurais jamais écrit ce livre sur l'Irlande, du moins pas celui-là, sans la traîtrise de mon ami, m'a confié Sorj Chalandon hors antenne.
Voilà pourquoi dès les premières lignes, dès le titre, vous connaîtrez l'identité de celui qui a trahi l'IRA durant vingt-cinq ans au profit des Britanniques. Chalandon a juste travesti les noms. Pour le reste, les faits sont vrais.
Bien sûr (heureusement), le romanesque permet à l'auteur de réaliser ce qu'il n'a pas pu faire comme rencontrer son traître une dernière fois pour lui demander si même l'amitié était feinte.
Reste une histoire et des personnages poignants. La pauvreté. Les victimes. Les femmes (celles qui survivent). Les enfants (qui tombent sous les balles perdues). Les hommes (qui mènent une guerre que des lâches nomment terrorisme).
Enfin le style Chalandon. Qui nous avait ébloui avec Une promesse (Prix Médicis 2006). De la vraie littérature.
Bernard Grasset aurait aimé.

  SORJ CHALANDON - Brice Depasse 1
  SORJ CHALAND ON - Brice Depasse 2

Texte lu par Frédéric Lepers du Plaisir du Texte

«Mon traître», de Sorj Chalandon, Grasset, 275p, 2008, 17€90

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23 02 08

La vie, toujours recommencée

OUTERS

Par Vincent Engel (visitez son site).


Outers est un écrivain rare, qui sait qu’il ne sert à rien de trop publier. Son univers est sensible et léger en apparence; il effleure les drames et sa plume les purifie de leur trouble. Il ne s’agit pas pour autant d’être béat et euphorique; simplement de remettre nos difficultés en perspective. Celle d’une vie d’Occidental plutôt choyée. Celle de l’art qui, comme le disait Camus, est la distance que le temps donne à la souffrance.
Marian et Julie parte avec leur bébé Luca pour une traversée de l’Amérique. Plusieurs mois de fête et de galère, dans une vieille camionnette VW, bien entendu. De l’est à l’ouest, du nord au sud. On the road pour une petite famille belge, avec ses surprises, ses difficultés. Passage au bord du précipice. Mais la magie de la légèreté opère. Et les interludes avec la thérapeute, qui laissent présumer le pire, seront eux aussi, avec grâce et habilité, remis à leur juste et petite place. Luca, bébé, deviendra grand, et tout (re)commencera…

«Le voyage de Luca », Jean-Luc Outers, Actes Sud, Un endroit où aller, Janvier 2008, 301p, 19€80

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18 02 08

Dépêche AFP : Disparition d'Alain Robbe-Grillet

ROBBE--GRILLETL'écrivain français Alain Robbe-Grillet, considéré comme "le pape du nouveau roman", est décédé lundi à l'âge de 85 ans, après avoir été hospitalisé pour un problème cardiaque, a-t-on appris auprès de l'Académie française.
Né le 18 août 1922 à Brest, Alain Robbe-Grillet est l'auteur de plusieurs dizaines de livres, dont "Les gommes" (1953).
Ecrivain et cinéaste, enseignant aux Etats-Unis, il fut dans les années 1950-1960 une des figures de proue du "nouveau roman" autour des Editions de Minuit.
Connu aussi pour ses films, il avait été élu en mars 2004 à l'Académie française (au fauteuil du commissaire-priseur Maurice Rheims) mais n'a jamais été "reçu" officiellement et n'a jamais siégé sous la Coupole.
Ingénieur agronome, il fut chargé de mission à l'Institut national de la statistique à Paris (1945-1948), puis ingénieur à l'Institut des fruits et agrumes coloniaux au Maroc, en Guinée française, à la Martinique et à la Guadeloupe entre 1949 et 1951.Conseiller littéraire des éditions de Minuit de 1955 à 1985, il fut également membre du Haut comité pour la défense et l'expansion de la langue française (1966-1968). Professeur à New York University et à Washington University, il dirigea le Centre de sociologie de la littérature à l'université de Bruxelles de 1980 à 1988.
Alain Robbe-Grillet a été l'un des principaux théoriciens et auteur du "Nouveau roman", mouvement dont les auteurs (Michel Butor, Samuel Beckett, Claude Simon et Nathalie Sarraute figurent parmi les plus connus) donnent à imaginer plutôt qu'à voir, refusant les récits linéaires d'une intrigue.
Il est l'auteur de romans comme "Les Gommes" (1953), "Le Voyageur" (prix des critiques en 1955), "Dans le labyrinthe" (1959), "La Belle captive" (1976), "Djinn" (1981), "Angélique ou l'enchantement" (1988), "Les derniers jours de Corinthe" (1994), "La Reprise" (2001) et d'essais comme "Pour un nouveau roman" (1963). Son dernier livre, "Un roman sentimental", est paru à l'automne 2007.Il fut auteur et metteur en scène de films comme "L'immortelle" (1963), "Trans-Europ-Express" (1967), "Glissements progressifs du plaisir" (1974) ou "La belle captive" (1983). Il a écrit le scénario de "L'année dernière à Marienbad" (1961) d'Alain Resnais.
Inlassable provocateur, l'écrivain avait encore agité le monde des lettres avec son dernier livre, "Un roman sentimental" (Fayard), paru à l'automne 2007 enveloppé d'un plastique qui empêchait de le feuilleter en librairie. A 85 ans, Robbe-Grillet y étalait des fantasmes pédophiles et criminels.
Après son élection à l'Académie française, l'écrivain avait souhaité dans un premier temps ne pas être reçu en uniforme d'académicien, puis il avait demandé que la réception ne se fasse pas en séance publique, et la situation semblait bloquée depuis de nombreux mois.

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17 02 08

Les lectures d'Isabelle Boulay

BOULAYA l'occasion de la sortie de son nouvel album "Nos lendemains" (un disque éblouissant qui va étonner beaucoup de monde), j'ai rencontré Isabelle Boulay à Paris. Lors de la préparation de cette interview qui sera bientôt diffusée sur Nostalgie, j'ai appris que la chanteuse avait dans ses bagages une licence en lettres. Nous avons donc évoqué ses lectures, ses auteurs parmi lequels, vous allez l'entendre, Christian Bobin, Romain Gary et Guillaume Musso.

  ISABELLE BOULAY - Brice Depasse

Nos lendemains paraîtra le 7 mars.

BOULAY2

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16 02 08

Mille recettes splendides

HOSSEINI

Par Vincent Engel (visitez son site).


Hosseini nous avait enchantés avec ses “Cerfs-volants de Kaboul”. Il revient à son Afghanistan natale, à travers la vie de Mariam, bâtarde mariée de force à Rachid, et de Laïla. Toute l’histoire récente du pays défile derrière le destin de ces personnages: le coup d’Etat des communistes et leur prise du pouvoir, soutenus par les Russes; la guerre contre ces derniers, menée par les Moudjahidin; la victoire sur les Russes; la guerre civile; les Talibans enfin.
Ce roman, qui sort en même temps que l’adaptation cinématographique du précédent, en reprend les ficelles, sans toujours résister à la facilité. Mais Hosseini aime et connaît l’Afghanistan et sait faire passer cet amour et ce savoir, tout particulièrement à travers les descriptions des mille recettes d’une culture qui s’est peut-être tapie dans sa cuisine en attendant des jours meilleurs… Et il décrit avec force le sort terrible réservé aux femmes dans les pays où les hommes se prennent pour les soldats de Dieu.


«Mille soleils splendides», de Khaled Hosseini, Belfond, octobre 2007, 238p, 6€90

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12 02 08

Les Bienveillantes courent toujours

LITTELLL'événement 2006 (avec le carton de L'élégance du hérisson de Muriel Barbery), "Les bienveillantes" de Jonathan Littell paraît aujourd'hui en poche chez Folio.
Un livre qui avait soulevé mon enthousiasme dès les premières pages, en septembre de l'an dernier :
"Lisez ces lignes ! Lisez ce livre ! Ce premier roman de Jonathan Littell (déjà sélectionné par l’Académie Goncourt) est vertigineux. Allez chez votre libraire, ouvrez le premier chapitre (Toccata), n'importe où et lisez ! Vous comprenez maintenant.
Jonathan Littell (39 ans) est l’auteur du livre de toute une vie, celui d’un homme qui a mis une éternité de réflexion avant de raconter sa guerre. La seconde. Mondiale. Celle des Allemands. Celle qu’il a vécue. Comment jeune étudiant en droit, il a adhéré au SS. Comment il a accompli les pires atrocités, en a été le complice, en croyant faire son devoir. Il ne demande aucune excuse, aucun pardon. Il ne donne aucune justification, reconnaît l’horreur, l’indicible. Il fait pire : il explique, il raconte. Il donne à hauteur d’homme une vision de la guerre des vaincus. Voyage au bout du désastre.
Chaque mot est pesé. Chaque phrase est précise. Le film se déroule, implacable, jour après jour, pendant des centaines de pages, des milliers de faits. Car cette horreur quotidienne (et absolue) a été pour ces soldats un travail ! Epouvantable, impardonnable mais vrai.
La question du génie est posée. Comment peut-on aller jusqu’au bout de la réalité quotidienne sans l’avoir vécue ? Comment peut-on mener une réflexion aussi profonde sur un passé qui n’est pas le sien ?
Si Jonathan Littell a véritablement fait œuvre créatrice, je dis, j’écris, je hurle que nous sommes face à un auteur d’exception, à un roman monumental.Goncourt ! "

Enfin, voici ce que nous en disions avec Jean d'Ormesson :

JEAN D'ORMESSON - Brice Depasse 3

"Les bienveillantes" de Jonathan Littell, Folio, 1456pp , février 2008, 12€00.

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12 02 08

Un ovni littéraire

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Par Vincent Engel (visitez son site).

Voilà un livre qui ne ressemble à aucun autre. Pour son sujet d’abord: l’histoire d’un accordéoniste-batteur hors du commun, Louis Mellyne, qui n’a jamais fait ce qu’il fallait pour se hisser au sommet. Ouvrier, soldat, concierge. Toujours musicien. Jamais star. Qui n’a jamais quitté sa Lorraine belge, sauf pour faire la guerre en Corée.
L’écriture ensuite: Lucien Putz épouse les syncopes, les cadences, les rythmes du jazz et en fait la véritable musique de la vie de Louis. Et la voix du narrateur qui se fond à celle de Louis, des glissements d’une personne à l’autre au sein d’une même phrase pour raconter une vie marquée elle aussi par les syncopes et les cadences terribles de la mort – sa soeur jumelle pendant l’exode de 1940, la guerre en Corée, une mère impitoyable.
Un livre qui déroutera sans doute, voire qui rebutera. Mais à mes yeux, un des plus étonnants que j’ai lus depuis longtemps. Car rien n’est plus précieux qu’une écriture qui se marie à la musique.

Les tambours de Louis, Lucien Putz, Namur : Les éditions namuroises, 2007. 330 p. 20 €

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