20 01 08

Les dieux sont tombés sur la tête

PHILLIPSSi vous êtes à la recherche d’un livre divertissement et que vous aimez l’humour anglais, Les dieux ne valent pas mieux EST le livre qu’il vous faut. Imaginez que les dieux de l’Olympe, après avoir connu leur heure de gloire pendant l’Antiquité, ont échoué au cœur de Londres où ils occupent une maison de maître. Le hasard va mettre sur leur chemin deux mortels : Neil, jeune ingénieur un peu ringard et très timide et Alice, technicienne de surface amoureuse du premier. Cette rencontre, banale me direz-vous, va pourtant provoquer la fin du monde. A moins qu’un surhomme ne se révèle et que ces dieux aux pouvoirs déclinants ne reprennent du service.
Drôle, bien vu, palpitant, captivant, ce premier livre de la jeune Marie Phillips révèle un art romanesque parfaitement maîtrisé. Des débuts qui laissent augurer le meilleur pour la suite.
Brice Depasse

« Les dieux ne valent pas mieux », Marie Phillips, Héloïse d’Ormesson, 442p, 2007, 23€00

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20 01 08

Absurde, n'est-il pas ?

mariephillips012Bien que la première et la quatrième de couverture évoquent les Monty Python, le roman de Marie Phillips est aussi très français. N'ayez donc aucune crainte si vous n'avez pas apprécié ces trublions britanniques dans les années 70 : Marie Phillips est à moitié française et son style littéraire vous sera familier. Cet entretien pour vous en convaincre.

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  MARIE PHILLIPS - Brice Depasse 2

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20 01 08

Les signes de la vie même

QUAGHEBEURÀ l’approche des froidures de l’hiver et des morsures du temps qui en sont le lot, la lecture s’impose des Clairs obscurs de Marc Quaghebeur. Les visions fugitives qu’il recèle et restitue tout à la fois impressionnent la rétine et le cœur, comme dans un songe : « Un blanc breuvage, des graines noires. L’usage veut qu’on y mette le feu. Un verre s’effondre. Les mains voguent. Chacun regarde les flammes qui consument la nappe ». Le monde y tient en petit, de Kinshasa à Barcelone, en passant par Prague et les Aurès, serré dans un petit cœur serré par le souvenir des défaites, de la fraternité, et par une grande victoire, de la dignité sur la mort et ses décrépitudes : « Sur son visage, intactes, les teintes vives du grand air ». Du sérieux, donc… Mais si beau !
Bernard DELCORD

Marc QUAGHEBEUR, Clairs obscurs, Cognac, Éditions Le Temps qu’il fait, coll. Lettres du Cabardès, 96 pp., 14 €.

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18 01 08

Alice au pays des hommes

CHATEAUREYNAUD ALICEAlors qu'il focalise l'attention sur son roman fleuve paru chez Grasset, Georges-Olivier Châteaureynaud crée la surprise en publiant presque simultanément au Grand Miroir un excellent recueil de nouvelles sur un même thème. Trois classiques de la littérature de jeunesse sont revisités façon réaliste (et XXI° siècle) par l'auteur par excellence de l'onirisme. L'idée est formidable. Le livre tout autant. Vous y retrouverez Lewis Carroll face à son fanstasme d'Alice, un millardaire qui rêve d'être Peter Pan, et un petit garçon (Pinocchio en négatif) qui adopte un père en carton pour tromper sa solitude.
Brillant.

  G.O. CHATEAURAYNAUD - Brice Depasse 1

« De l'autre côté d'Alice », de Georges-Olivier Châteaureynaud, , 103p, novembre 2007, 15€00

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18 01 08

Monde Brisé

CHATEAUREYNAUD RIVELe deuxième livre publié par Georges-Olivier Châteaureynaud lors de cette rentrée 2007 est un roman fleuve, bien en marge de la production littéraire actuelle. Dans une civilisation onirique, proche de la nôtre, où la poésie et la violence, la tendresse et l'amoralité, la Renaissance et la Science-Fiction se côtoient, un jeune homme, Benoît Brisé, recherche l'auteur de ses jours.
Dans ce roman inclassable, l'auteur a voulu réunir l'ensemble de ses livres, les thèmes issus de son inspiration, créer une nouvelle mythologie, ce qu'on appelle un roman-monde.

  G.O. CHATEAURAYNAUD - Brice Depasse 2

« L’autre rive », de Georges-Olivier Châteaureynaud, Grasset, 646p, septembre 2007, 22€90

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13 01 08

Mc Carthy récompensé par le Pulitzer

Mc CarthyCe n’est pas tous les jours que le prestigieux Prix Pulitzer est attribué à un roman de genre ! Avec La Route, cette récompense littéraire incontournable de l’autre côté de l’Atlantique tombe dans l’escarcelle d’un auteur qui exploite avec brio les codes du « roman post-apocalyptique ». Un cataclysme dont on ne pourra que deviner l’origine, a réduit le monde à l’état de décor monochrome, où les cendres et la mort se disputent sous un ciel bas, quasiment dénué de soleil. Un homme et son fils, survivants improbables, cheminent au long d’une route qui les conduit vers un El Dorado… Point final fantasmé de toute équipée de ce genre depuis la nuit des temps.
Survivre, manger, échapper aux bandes organisées, avancer, toujours avancer au long d’un serpent de bitume que recouvrent la crasse, la boue, la neige, la poussière d’hommes broyés par on ne sait pas trop quoi… La seule chose que l’on sait c’est que l’écriture de McCarthy résonne au diapason de cet univers réduit à sa plus simple expression. Evacuant les codes d’écritures qui permettent aux lecteurs de structurer l’univers de la page blanche (chapitres, conventions de dialogues, noms de personnages, etc.) McCarthy parvient à fusionner le fond et la forme de son roman jusqu’au point ultime d’identification entre le spectateurs et les « héros » de son histoire.
Un tel parti pris formel, allié à un sujet que l’on a davantage l’habitude de retrouver sous la plume d’auteurs plus « populaires », constitue un véritable pari qui s’est avéré payant dans les pays anglo-saxons, moins frileux lorsqu’il s’agit de mêler genre et mainstream. Sous nos latitudes, un « buzz » électrise soudain le petit landerneau de la critique, attiré par le label Pulitzer… Et semble pousser le roman vers les sommets des listes de vente. Mais ne rêvons pas, dans un sursaut totalement attendu et tellement conventionnel, la plupart des journalistes s’empressent d’éluder l’aspect « genre » de l’œuvre pour n’en garder que le lustre primé. Le contraire eût été étonnant… Reste que « La Route » est un excellent roman. Ardu, âpre, glaçant et excellent.
Dr Corthouts

« La route », de Cormac McCarthy, L’Olivier, janvier 2008, 21€00

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13 01 08

Le paradis, c'est écrire

BERTRAND_Autres_gd

Par Vincent Engel (visitez son site).

Jacques A. Bertrand est coutumier de la légèreté. Même sous l’ombre de la maladie, son retour sur ses années d’enfance, malgré un titre qui laisserait supposer une solide misanthropie, est un bonheur. Bien sûr, il y a des souffrances, comme il se doit, mais rien d’irrémédiable. Et la découverte de l’amour et de ce qui l’accompagne n’est pas non plus source de traumatismes irrémédiables qui feront la fortune d’un psy. Peut-être parce que, dès l’enfance, ce narrateur-là sait qu’il deviendra écrivain.
De l’humour, donc, et du jeu littéraire, où l’auteur imagine de truculents dialogues entre Sartre et Beauvoir, surnom qu’il donne d’ailleurs à l’une de ses amantes. “J’aime pas les autres” est à prendre avec le sérieux du célèbre “Va, je ne te hais point”. Cet enfer-là est pavé de tendresse.
Un retour tendre sur des années où le temps passe lentement et où l’on attend “de devenir vieux pour mieux pouvoir se souvenir de son enfance.” D’autant que le vrai âge bête, c’est soixante ans.

J’aime pas les autres, Jacques A. Bertrand, Paris : Julliard, 2007. 125p. 15 €

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11 01 08

Six rois, trois communautés, un pays : une histoire spectaculaire

ROEGIERSVoilà un livre qui va vous réconcilier avec votre pays. "La spectaculaire histoire des rois des Belges" n'est pas une apologie du gotha. C'est de l'Histoire romancée, un récit follement passionant. Admirablement écrit, il dépoussière l'histoire de tous nos rois (et donc de la Belgique) sans concession mais sans faire les poubelles. Roegiers ne se contente de briser des mythes ou de remettre en lumière des faits oubliés : il rend à notre Belgique une dignité que les cent jours que nous vivons occultent (ce n'est pas un hasard donc s'il fait un malheur auprès du public). Notre petit pays est divisé par l'ignorance et la bêtise arriviste. Un peu d'histoire remet en perspective les choses essentielles, donne des leçons de courage politique. Ce dont nous manquons cruellement, "suicidairement".
Brice Depasse

  PATRICK ROEGIERS - Brice Depasse 1
  PATRICK ROEGIERS - Brice Depasse 2


"La spectaculaire histoire des rois des Belges", Patrick Roegiers, Perrin, 450p, 22€.

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11 01 08

A Huy, une femme dit non

DUPONT MONOD

Par Vincent Engel (visitez son site).

Être moderne en parlant d’un lointain passé; voilà un des plus grands plaisirs des romanciers. C’est ce que réussit brillamment Clara Dupont-Monod qui ressuscite la mémoire de Juette, jeune hutoise du XIIe siècle, mariée de force à 13 ans et qui trouve, dans une forme de folie, le chemin de sa liberté. Une “tête d’oiseau” qui devient tête dure, ou tête folle.
Folie ? Laquelle est la plus grande ? Celle d’une société qui condamne les jeunes filles à subir des mariages et une vie de soumission, ou celle d’une fillette, dégoûtée des hommes et de leurs appétits, qui décide de se dévouer à un Dieu très personnel et aux plus malheureux qui soit, les lépreux ?
Ce roman est une fugue à deux voix : celle de Juette et celle de Hugues de Floreffe, son ami de toujours. Histoire vraie et fiction admirable, entre amour et passion, il reprend le thème éternel de l’individu opposé à la force aveugle du pouvoir et rappelle toute l’ambiguïté de la foi et de la religion: outil d’asservissement collectif ou de libération personnelle.

La passion selon Juette, Clara Dupont-Monod, Paris : Grasset, 2007. 233 p. 18 €


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06 01 08

L’insurrection du talent

DACHYDans son passionnant Dada, la révolte de l’art paru chez Gallimard, l’historien français Marc Dachy (qui est l’un des meilleurs spécialistes actuels de l’œuvre du poète belge Clément Pansaers) a réveillé le vent de révolte qui, de 1915 à 1925, a soufflé de Zurich à Barcelone, de Berlin à New York et de Paris à Bruxelles pour faire lever les « œuvres fortes, droites, précises et à jamais incomprises » d’Arp, Baader, Ball, Cravan, Duchamp, Hausmann, Janco, Man Ray, Picabia, Schwitters, Sophie Taeuber, Tzara… Donnant à voir en couleurs d’étonnants photomontages, de curieux photogrammes, des collages extraordinaires, des poèmes libres enflammés, des sculptures étranges et des créations typographiques improbables (la collection « Découvertes » qui accueille son texte est coutumière de belles performances documentaires), son propos limpide enthousiasmera les lycéens en quête d’absolu et leurs maîtres à la recherche de modèles pédagogiques vraiment révolutionnaires…
Bernard Delcord

Marc DACHY, Dada, la révolte de l’art, Paris, Gallimard, 2005, coll. Découvertes, 128 pp., 12 €.

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