16 12 07

Retour à Khaboul

HOSSEINIUn titre rayonnant pour le deuxième roman de Khaled Hosseini, l'auteur magistral des "Cerfs-volants de Kaboul" (cliquez sur la couverture pour en lire la critique par Vincent Engel). Sa signification ne s'éclaire cependant qu'à la fin de l'ouvrage, quand un formidable renouveau de vie s'annonce sur Kaboul.
Mille soleils splendides, c'est le destin parallèle et puis croisé de deux petites filles, devenus femmes, Mariam et Laila, dans l'enfer de Kaboul, des frustrations, des brutalités répétées, de la domination des hommes - pas tous heureusement - et des talibans.
C'est aussi l'histoire d'une amitié rare et loyale entre ces deux rivales que la jalousie devrait opposer puisqu'elles sont affublées du même mari, Rachid, sinistrement mâle, commun et violent. Décidément, Khaled Hosseini apparaît comme le chantre de l'amitié, explorant ce sentiment avec une rare acuité. On retrouve dans la relation qui unit Mariam à Laila cette puissance d'introspection qui avait élevé "Les Cerfs-volants de Kaboul" au rang de roman essentiel.
C'est enfin la belle histoire de l'amour qui unit Laila à Tariq et qui porte en elle ce germe de Paradis dont Kaboul paraît, tout au long du roman, tellement dépourvu.
Apolline Elter


«Mille soleils splendides», de Khaled Hosseini, Belfond, octobre 2007, 238p, 6€90

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16 12 07

Optimiste chagrin

PENNACRenaudotOn serait tenté de dire que c'est un cas d'école : le Prix Renaudot 2007 se vend mieux que le Goncourt. L'obtention des prix n'a pas renversé la vapeur en faveur de Gilles Leroy. Apolline Elter revient sur ce Chagrin d'école qui a remporté un vif succès dès sa parution, tendance qui se confirme avec le bouche-à-oreille.

Je ne vous le cache pas : j'ai du mal à considérer que Daniel Pennacchioni - as Pennac - fut un vrai cancre. Il s'en est trop bien, trop vite remis. La chose paraît suspecte.
"Le fait est que le bonnet d'âne se porte volontiers a posteriori." (p 95) .
Il me semblait aussi.
Il n'empêche, "Chagrin d'école" devrait figurer au chevet de bien des enseignants, surtout s'ils furent des élèves brillants. L'auteur y dispense les conseils, astuces, réflexions, fruits d'une longue et riche expérience pédagogique.
La plume est maîtrisée, teintée d'humour et de réalisme : "Rassurez-vous, en faisant travailler vos enfants, nous n'entamons pas votre capital d'inquiétude maternelle" (p 161). Voilà qui nous apaise.
L'ouvrage se conclut par la représentation allégorique de la rentrée scolaire en un départ d'hirondelles en septembre. Certaines ratent leur envol et se fracassent contre les fenêtres. Et de conclure : "Une hirondelle assommée est une hirondelle à ranimer, point final."
Apolline Elter

«Chagrin d'école», de Daniel Pennac, Gallimard, octobre 2007, 304p, 19€00

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10 12 07

"Venise n'est pas là-bas, Madame, mais là-haut"

GONZAGUE STBRISRéplique célèbre de Casanova à la Reine de France. Chacun des personnages illustres à avoir incarné Venise pour en être parti ou y être venu, considère cette ville fondée sur des marais inhospitaliers au V° siècle, comme unique. D'où un roman pluriel, chacun évoquant l'Histoire où une facette, unique, de cette ville-état, ville-symbole, ville-commerce, ville d'art, ville-refuge.
Ce livre aurait pu compter quatre mille pages sans pouvoir en faire le tour. Nous n'en finirons jamais avec elle.

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«Les romans de Venise», Gonzague Saint Bris, Editions du Rocher, octobre 2007, 229p, 19€90

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08 12 07

Les fous de la Belle Epoque

PECASSOU-CAMEBRAC BelzaLa villa Belza, symbole de la folie architecturale de Biarritz, se dresse face à la mer, défi à l'océan, à la pointe de la terre. Oeuvre du mari de Sophie, ambitieux entrepreneur des années folles, cette villa est un cadeau d'amour mais aussi une cage dorée.
Depuis "La belle chocolatière", Bernadette Pécassou-Camebrac multiplie les best sellers. Son succès dépasse aujourd'hui le Sud de la France (où ses ventes égalent celles des plus grands) pour gagner tous les pays francophones grâce au public conquis par cette Jane Austen en puissance.
Une femme à lire mais aussi à écouter.

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«La villa Belza», Bernadette Pécassou-Camebrac, Flammarion, 399p, 21€00

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04 12 07

Le complot contre l'Homme

ROTHPhilip Roth est un véritable génie.
Pourquoi l’histoire, banale, d’un publicitaire new-yorkais arrivé à l’âge de la retraite a-t-elle pu exercer sur moi le même pouvoir que le plus redoutable des page turner ?
Les enfants de ses deux premiers mariages et son frère aîné sont venus enterrer cet homme. Accident cardiaque au cours d’une opération chirurgicale à l’âge de 75 ans. La réussite de sa carrière dans le monde de la publicité n’aura eu d’égale que l’ampleur du désastre de sa vie privée. Exit le monde du travail. Reste le privé et du temps pour dresser le bilan d’une vie que notre homme ne pourra « rebooter ». La vieillesse est une bataille, tu verras, il faut se battre sur tous les fronts. C’est une bataille sans trêve et tu te bats alors même que tu n’en as plus la force, que tu es bien trop faible pour livrer les combats d’hier.
« Un homme » est le roman d’une vie, l’histoire de ce corps qui change, l’évocation criante du moment où après avoir occupé une place importante dans le monde économique, la vie active, sociale, nous ne sommes plus rien. Soudain.
Comme il est pénible de nous remémorer la vieillesse de nos parents à l’heure où nous les y avons rejoint. Nous sommes devenus eux.
Les bibliothèques débordent de livres sur cette expérience terrible que nous ne vivons qu’une fois et à laquelle, malgré tout, nous ne sommes pas préparés.
Philip Roth rappelle avec force et puissance que les générations d’hommes ne font que s’empiler inexorablement les unes sur les autres depuis l’antiquité.
Chef d’œuvre.
Brice Depasse

« Un homme », Philip Roth, trad. Josée Kamoun, Gallimard, Novembre 2007, 152p, 15€50.<

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04 12 07

Petit Bond est déjà grand

POKER FATALJe suis désolé pour le titre de ce roman. Vraiment. « Double or Die » en anglais, cela ne sonnait déjà pas trop bien… Mais « Poker Fatal » ? Autant vouloir, d’entrée de jeu, faire fuir le lecteur potentiel, abreuvé à longueur d’antenne, d’articles de presse ou de cadeaux de Noël foireux, de références à ce jeu de cartes « passionnant » qui s’est soudain échappé des casinos de Las Vegas pour envahir le living room de la ménagère de moins de cinquante ans et de son beau frère. Tout cela avec l’assentiment souriant de Patrick Bruel, trop heureux de pouvoir vendre des DVD sans devoir réenregistrer le catalogue entier de Maurice Chevalier serré dans la vieille chemise qu’il portait sur le tournage de « La Maison Assassinée ».
Mais comme d’habitude, me diront mes détracteurs, je m’éloigne.
Je m’éloigne d’un chouette livre et d’une série de qualité, torpillés par un positionnement marketing étrange. Avouons que la partie n’est pas gagnée d’avance : James Bond sous nos latitudes est clairement étiqueté « adulte », avec ses voitures qui font « vroum-vroum », son champagne qui fait « glou-glou » et ses femmes qui font « aaah-oui-c’est bon ». Voir muter le beau brun ténébreux en adolescent débrouillard, doté d’une capacité assez extraordinaire à attirer les ennuis et surtout capable de s’opposer pied à pied à des adversaires adultes redoutables, a de quoi déstabiliser. Et pourtant… pourtant, en Angleterre, cette série fait un véritable carton. Ecrite par Charlie Higson, acteur de télévision et auteur connu là-bas, cette « jeunesse de James Bond » entre les murs du Collège d’Eton est rapidement passée du statut de pari un peu fou à celui de réussite retentissante. A un point tel que le dernier volume paru au pays d’Elisabeth II, « Hurricane Gold », a eu droit au traitement de faveur, avec reliure « hardback » et séances de signatures à gogo.
Un succès mérité puisque, preuve en est dans ce « Poker Fatal » (raaaa, ce titre…), Higson parvient à mêler rythme, réflexion et écriture enlevée… tout en gardant l’esprit bondien bien vivant. Dans cette aventure qui se déroule à Eton et dans les environs de Londres, le jeune Bond est lancé sur la piste d’une étrange organisation, bien décidée à déstabiliser son pays. Avec ses allusions succulentes à la montée du communisme, ses seconds rôles patibulaires à souhait et ses surprises autour d’une « technologie » pointue pour l’entre-deux-guerre, la troisième aventure de James Bond ado s’avère une solide lecture… quel que soit l’âge de celui qui l’abordera. Les amateurs de Ian Fleming ou de son héros dans ses multiples incarnations sur pellicule, trouveront aussi chez Charlie Higson un profond respect pour le matériau de base et une volée de références finement tissées dans une trame passionnante d’un bout à l’autre.
Décidément, dommage pour ce titre et surtout dommage que cette série ne récolte pas l’attention médiatique qu’elle mérite amplement.
Dr Corthouts

« Poker fatal : La jeunesse de James Bond », , Charles Higson», Gallimard Jeunesse, Novembre 2007, 395p, 9€50.<

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02 12 07

Les neuf vies d'Amanda Sthers

STHERSCombien sont-elles en elle ? A l'heure où Amanda Sthers fêtera ses trente ans en avril 2008, elle aura réalisé son premier long métrage ("Je vais te manquer" avec Pierre Arditi, Ginette Reno, Jean-Pierre Marielle, Patrick Bruel ("monsieur Amanda Sthers") et Virginie Ledoyen), écrit quelques sketches (pour Caméra Café et Arthur), monté deux pièces de théâtre de sa plume, écrit des chansons (pour vous savez qui), publié des livres pour enfants et écrit trois romans dont le dernier vient de paraître chez Stock.
"Madeleine" est une femme ordinaire, agent immobilier à Brest. La quarantaine, la peur de la mort chevillée au corps, elle a multiplié les aventures lorsqu'elle rencontre Castellot, Parisien, marié, ex-Breton, revenu au pays suite au décès de son père. Une histoire.
Selon la formule consacrée, "Madeleine", est un livre qui plaira autant aux femmes qu'aux hommes. Mais il plaira plus aux femmes. Il nous parle de ces bourrasques qui surviennent en pleine campagne, quand l'horizon est dégagé, parce que nous croyons notre histoire simple, vu que nous sommes simples, des quidams.
J'ai éprouvé autant de sympathie pour ce roman que pour son auteure. Dans les deux cas, ce fut une belle rencontre.
Nicky Depasse

  AMANDA STHERS - NCIKY DEPASSE 1
  AMANDA STHERS - NCIKY DEPASSE 2

Armanda Stiers10
"Madeleine", Amanda Sthers, Stock, 2007, 154p, 15€50.

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Photo : Alain Trellu

Entretien enregistré dans les salons de l'Hôtel Le Méridien Bruxelles

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02 12 07

Haut en couleurs

CHURCHILLOn oublie bien souvent que sir Winston Churchill (1874-1965), dont la carrière au service du British Empire s’étendit sur plus de cinquante ans et le conduisit à s’illustrer durant les deux guerres mondiales, en plus d’avoir pulvérisé le nazisme par sa ténacité (quel autre homme politique du XXe siècle eût pu, comme lui, ne promettre à son peuple que « blood, sweat and tears », du sang, de la sueur et des larmes ?) et en plus d’avoir fait preuve d’une très grande clairvoyance (il inventa l’expression de « Rideau de fer », s’agissant du mur de Berlin et des velléités obsidionales du bloc soviétique en Europe), fut aussi un grand artiste (il décrocha le prix Nobel de littérature en 1953 et ses aquarelles, qui valent aujourd’hui de petites fortunes aux musées qui se les arrachent, font désormais l’objet de doctes travaux universitaires…) Les Éditions Tallandier ont entrepris de combler cette lacune par la récente publication de Mes jeunes années, première partie de l’autobiographie du petit-fils du duc de Marlborough, où il traite de ses origines (fils d’une Américaine, il fut longtemps ostracisé par la gentry), de ses études à Sandhurst, de ses vacances à Cuba (où il tomba en pleine révolution dont il fit le récit passionnant et passionné dans les gazettes londoniennes et où il prit définitivement goût aux cigares de La Havane), de ses séjours aux Indes et en Égypte, de son évasion durant la guerre des Boers en Afrique du Sud et de sa première élection à la Chambre des Communes. Un récit épatant, tout en morceaux de bravoure et en notations sarcastiques, en observations subtiles et en autodérision parfois grandiose… Vivement la suite !
Bernard Delcord

Winston CHURCHILL, Mes jeunes années, Paris, Tallandier, 2007, collection Texto, 480 pp., 10,00 €

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02 12 07

Au pays de la bière et du chocolat

MEGANCKSaluons la parution de Génération Raider, le premier roman de l’historien patrimonial belge Marc Meganck, qui ne manque pas d’air frais ! Un pisseur de copie trentenaire répondant au doux nom de Jason Van Bon s’y voit confier la mission improbable de rédiger une sociologie des bars de Bruxelles. Le voilà donc parti sur un curieux chemin de Compostelle où les rencontres les plus inattendues (un vieux puceau qui arrête les voitures par son seul regard ou un photographe raté qui visite l’Europe en chevauchant des croupes féminines, par exemple) succèdent aux cuites les plus vénérables tandis que se prépare dans l’ombre le Grand Truc, l’éclatement du pays, annoncé comme imminent par les médias unanimes. Philosophe, notre Jason se persuade que la réalité est changeante mais tenace, à l’instar des Raiders, ces biscuits nappés de chocolat qui nourrirent l’imaginaire proustien de sa génération avant de devenir des Twix. Et les faits semblent lui donner raison, quand il rencontre l’amour en la personne de Camille, une jeune femme délicieuse à croquer. Jusqu’à l’heure des déchirements et de la remise en cause de ses valeurs les plus profondes. L’écroulement de « Travail, Camille, Patrie », en quelque sorte…
Bernard Delcord

Marc MEGANCK, "Génération Raider", Bruxelles, Bernard Gilson Éditeur, 2007, collection Le Photophore, 212 p, 16,00 € (prix Belgique).

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01 12 07

Prix littéraires 2007 : coup de gueule

LEROY AlabamaPour en finir avec les Prix littéraires 2007, François-Marie de chez Tropismes à Bruxelles, vous donne son avis de libraire (passionné) depuis plus de vingt ans. Il y en a un peu pour tout le monde.

  FRANCOIS-MARIE - Nicky 1

CITATI
"La mort du papillon", Francis et Zelda Fitzgerald, Pietro Citati, L'Arpenteur, 127p, 12€50.

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