07 08 07

Manhattan, la plume et la caméra

allenDécrire New-York, non, les New-Yorkais, voilà la tâche à laquelle Woody Allen s’est attelé il y a plus de trente ans. A raison d’un film par an, le cinéaste n’est pas encore parvenu à en faire le tour. Depuis le brillant avocat d’affaires jusqu’au ringard impressario de Broadway en passant par le journaliste intello et l’auteur comique de télévision, Woody s’est attaqué à tous les névrosés, tous les hypocondriaques de l’Upper East Side et de Greenwich Village réunis.
Et voici donc une quinzaine de personnages supplémentaires dans ce recueil de nouvelles qui marque le retour de l'auteur de "Manhattan" à la littérature : « L’erreur est humaine ».
Boris Ivanovitch ne sait pas comment, lundi, il va pouvoir expliquer à ses collègues de travail que son fils de trois ans a été recalé à l’admission de la meilleure école maternelle de Manhattan. Il y a aussi ce pauvre hère victime de la mode, qui affronte chez Bandreswatch & Bushelman des créateurs de tissus postmodernes. Ou encore l’échange épistolaire entre le directeur de la colo-cinéma et le père d’un de ses ex-pensionnaires à qui les studios Miramax viennent d’offrir 16 millions de dollars pour le film qu’il a réalisé pendant ses vacances.
Tout est drôle et enlevé, souvent surréaliste, comme « Le chantier infernal » dont je vous propose de découvrir les premières pages ci-dessous.
Indispensable à tous les amateurs de Woody Allen que vous pourrez d’ailleurs applaudir cet hiver à Bruxelles (cliquez sur la couverture du livre pour tout savoir).
Brice Depasse

« Les membres d'un club de remise en forme assez select de New York plongèrent aux abris cet été lorsque retentit pendant leur séance matinale le terrible grondement qu'on entend habituellement en cas de violente secousse sismique.
La crainte d'un tremblement de terre fut cependant vite dissipée et l'on découvrit qu'il s'agissait simplement de la dislocation de mon épaule : j'avais réussi a me démolir l'articulation en jouant les marioles pour attirer l'attention de la pouliche aux yeux en amande qui faisait des pompes sur le tapis d'à côté.
Pour l'épater, j'avais tenté de soulever une barre d'haltère lourde comme deux Steinway, et ma colonne vertébrale s'était recroquevillée tel un ruban de Möbius tandis qu'une bonne partie du cartilage s'était déchirée dans un vacarme assourdissant. Braillant comme un malheureux poussé du haut du Chrysler Building, je fus évacué en position archi-tordue et confiné à la maison pour tout le mois de juillet. Décidé à mettre à profit ce repos forcé, je cherchai consolation dans de grands livres et me tournai vers une liste d'ouvrages «à lire absolument» que j'avais gardés sous le coude depuis une quarantaine d'années. J’écartai délibérément Thucydide, les frangins Karamazov, les dialogues de Platon et les madeleines de Proust pour me concentrer sur une édition de poche de La Divine Comedie de Dante. J’espérais me délecter de tableaux de pécheresses aux chevelures de jais tout droit sorties des pages du catalogue de lingerie féminine Victoria's Secret. Je les voyais déjà se pâmer, enchaînées à demi nues dans les vapeurs de soufre. Malheureusement, l'auteur développait son propos avec une rigueur pointilleuse et préférait manifestement les grandes questions aux rêveries érotiques et vaporeuses. Aussi me retrouvai-je à arpenter les Enfers avec, en guise de créature torride pour me faire découvrir la saveur des lieux, un certain Virgile. Moi-même poète à mes heures, je m'émerveillai de voir que Dante avait brillamment structuré son univers souterrain en n'offrant que des déserts aux vils affreux ; rassemblait les divers scélérats et gredins, et affectait à chacun le degré de souffrance éternelle qu'il méritait. C'est seulement après avoir refermé le livre que je fis cette singulière constatation : dans son exhaustive typologie des pêcheurs Dante avait omis les entrepreneurs du bâtiment.
L'esprit vibrant encore comme une cymbale charley, je repensai a la maison que j'avais rénovée quelques années auparavant et ne pus m'empêcher de céder à la nostalgie. »

Woody Allen, "L'erreur est humaine", Flammarion, 19 € 90.

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05 08 07

Il trionfo dell'arte

DUNANTVenise fait rêver. Venise fait vendre, les éditeurs le savent. « In the company of a courtisan » de Sarah Dunant est devenu en français « La courtisane de Venise ». Il est vrai que cela sonne bien. Comme les cloches de San Giorgio Maggiore.
Après Florence (« La naissance de Vénus »), la romancière britannique nous fait visiter Venise à la Renaissance. Venise, la ville par laquelle sont arrivés les artistes byzantins à la fin du Moyen-Age. De Byzance, il en est question, indirectement, à travers un des personnages, hiérarque turc sympathique, à qui Bucino le Nain, le narrateur, devra la vie sauve.
Fiammetta (prénom choisi en référence à Bocacce ?) est une putain de luxe qui mène la grande vie, maîtresse d’un cardinal, dans la Rome des papes Medicis. Les troupes de Charles Quint ayant mis la ville à sac, Fiammetta et Bucino, son nain majordome-comptable-entremetteur-régisseur quittent la ville et rentrent à Venise, la patrie des Bianchini, nom de la mère de Fiammetta qui, putain-courtisane, elle aussi, y avait pris sa retraite …
« La courtisane de Venise » est un beau roman historique, témoin des belles relations que le peuple britannique nourrit avec l’histoire d’Italie depuis un siècle et demi. Comme dans « La naissance de Vénus » Sarah Dunant appelle quelques grande figures de la Renaissance, qu’elle soit politique ou artistique pour donner la réplique à ses personnages principaux et fictifs. Venise lui offre Le Titien et l’Arétin. Rien moins. L’homme est violent, ses mœurs sont sordides et pourtant , l’Art en sortira de la plume de l’Arétin et du pinceau du Titien. Quant au destin de Fiammetta la pute de luxe (qui vous fera sans doute penser à la Nana de Zola), de Bucino le nain et de la Draga, la guérisseuse, il occupe tout le livre et remplira vos soirées. Je m’en voudrais d’oublier le personnage principal : la Ville avec ses canaux, ses casini, ses piano nobile, ses campi, son ghetto, son rialto, ses fondamenti, sa dogana, ses palazzi, …
A épingler la belle écriture de Jean Guiloineau dont on connaît les traductions de Michael Collins et Ian Mc Ewan.
Brice Depasse

Extrait :

« S’il n’existait pas autant de règles pour les en empêcher, je pense que les hommes passeraient leur temps à regarder les femmes. Quand on a l’estomac bien rempli, que reste-t-il à faire d’autre dans la vie ? On le constate tous les jours sur le marché ou dans les rues ; la façon dont le regard des hommes se fixe sur les femmes, comme la limaille de fer attirée par un aimant, il s’empare de leurs seins sous leurs corselets, il soulève leurs jupes et écartent leurs jupons, et il goûte leurs cuisses et leur ventre avant de fouiller les poils qui cachent le petit pli humide caché en dessous. Quoique les prêtres puissent dire du démon, pour la plupart des hommes, cela leur est aussi naturel qu’un second langage qui s’entend sous la surface de la vie, plus fort que la prière, plus fort même que la promesse de salut. Je suis peut-être petit, mais j’en connais le vocabulaire aussi bien qu’un homme deux fois plus grand que moi. »

"La courtisane de Venise, Sarah Dunant, Belfond, 20€.

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02 08 07

Après l'enfance

BOURAOUI« Avant les hommes », le nouveau livre de Nina Bouraoui est un court récit, le fruit des pensées d’un adolescent en mal d’amour. Amour du père avec qui il n’a que peu vécu. Amour de la mère, hôtesse de l’air, toujours absente (« seul le ciel est important car il contient ma mère »). Amour de Sami, le grand copain hétéro, qui ignore la passion secrète dont il fait l’objet. Adolescence urbaine. La drogue est rentrée par la grande porte de l’absence d’amour. Elle est devenue l’activité principale d’une vie fragile.
« Avant les hommes » est le constat d’une jeunesse qui pense avec une expérience courte et un cerveau embrumé par la drogue. Mais qui pense quand même. C’est déjà ça. Et c’est très touchant. Est-ce pour cette raison que le récit de Nina Bouraoui (moins dense, moins ébouriffant que son prédécesseur, « Mes mauvaises pensées ») se termine par un point d’orgue, sur une note optimiste ?
« Avant les hommes », c’est aussi l’occasion de retrouver ce style que j’aime tant, elliptique (moins torturé cette fois, plus accessible), ces belles phrases fleuves, ces beaux mots qui traduisent des sentiments toujours aussi fouillés, aussi troubles, une recherche de l’existence, une question sans réponse.

Brice Depasse

Extrait :
« Mon père doit se dire que je ne suis pas son fils, que l’on n’a pas construit d’histoire, qu’il ne sait rien de mon enfance, que ma jeunesse glisse sur la jeunesse qu’il a perdue, que rien n’est transmis et que tout s’est perdu, que nous somme sans passé et déjà sans avenir, nous n’avons aucune information l’un sur l’autre. Il doit se dire aussi que ma vie lui est fermée, qu’il ne retrouve pas son visage dans mon visage, que le temps a tout brulé. Je ne sais pas s’il se dit qu’il m’aime, je ne le sens pas, cet amour évident, je me demande s’il est frappé par la même maladie que ma mère ou s’il a épuisé, à cause d’elle, sa réserve de sentiments. »

Nina Bouraoui, "Avant les hommes", Stock, 11€.

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25 07 07

10/10

GOETZAoût 1997. Diana et Dodi Al-Fayed trouvent la mort sous le pont de l’Alma. Pénélope Breuil, nommée adjointe à la conservatrice du musée de la Tapisserie de Bayeux, considère ce premier poste comme un exil, loin de Paris, du Louvre et de ses rêves d’égyptologie. Mais la spécialiste de l’Egypte copte est loin de s’imaginer que cette nomination ne doit rien au hasard de l’administration du patrimoine français.
Avec sa galerie de personnages pittoresques, Wandrille (le fiancé, chroniqueur mondain parisien), Lord Contevil (le vieux noble de souche ancienne), Pierre Erard (le journaliste de province profonde), et Marc (l’ami jet setter) , Adrien Goëtz réussit où, excusez du peu mais je mesure mes propos, Dan Brown échoue : il ne déçoit pas le lecteur.
En allant chercher la Tapisserie de Bayeux (la Telle du Conquest) comme fil d’Ariane romanesque, le jeune écrivain (déjà primé des prestigieux Nimier et Deux Magots) fait résonner les échos de la bataille d’Hastings et invoque les fantômes de Westminster, du Louvre et de Bechtesgaden. Ressuscitant les fantasmes de Vivant-Denon, d’Edouard VIII, de Hitler, et d’Odon, l’évêque-général, frère de Guillaume le Conquérant, l’auteur de « La dormeuse de Naples » provoque un télescopage de personnages historiques avec des héros de fiction mais bien actuels.
« Intrigue à l’anglaise » est un thriller intelligent et captivant, tant par ses rebondissements que son détissage de la toile fondatrice de l’empire normand. Et nous n’oublierons certainement pas l’humour, qui manquait cruellement au Da Vinci code.
Il y a du génie dans l’inspiration d’Adrien Goëtz, il y a du talent dans son art d’écrire.
Un des meilleurs romans de 2007. Vous allez prendre un plaisir fou !
Brice Depasse

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23 07 07

Pas de pays pour les vieux hommes

MACCARTHYOn le sait depuis le dernier Festival de Cannes, les frères Coen ont adapté un des derniers romans de Cormac McCarthy, "Non ce n'est pas pour le vieil homme" (paru chez L'Olivier). "No country for the old men" qui a obtenu le prix Pullitzer cette année, a déjà vu son auteur depuis sortir un deuxième tome sur le même sujet, "The road". McCarthy avec sa plume acérée qui fait passer celle de Russel Banks pour du tendre duvet possède l'univers idéal à la verve de Joël et Ethan Coen : la violence déboulant dans la vie de paumés pathétiques au fin fond des Etats-Unis. L'association des trois est dérangeante et explosive.
Sortie du film en France prévue en février 2008.
Brice Depasse



Extrait : "" Il abaisse les jumelles et examine le terrain tout autour. Puis il les relève. On dirait qu'il y a des hommes allongés par terre. Il enfonce ses bottes dans la rocaille et règle les jumelles. Les véhicules sont des camionnettes à quatre roues motrices ou des Bronco avec de gros pneus tout-terrain et des treuils et des rampes de projecteurs sur le toit. Les hommes ont l'air d'être morts. Il abaisse les jumelles. Puis il les relève. Puis il les abaisse et reste assis là où il est. Rien ne bouge. Il reste ainsi un bon moment. " Lorsque Moss se rapproche, il ne rencontre que des morts et un agonisant. Ayant aperçu des traces de sang dans l'argile, il remonte la piste jusqu'à un nouveau macchabée. Il y a une lourde serviette contre le genou de l'homme mort. Quand il se décide enfin à la ramasser, Moss découvre qu'elle est pleine à ras bord de coupures de cent dollars, rangées par paquets entourés de rubans à billets, chaque paquet étant marqué d'un tampon indiquant un montant de dix mille dollars. " Sa vie tout entière est là devant lui. Jour après jour du matin au soir jusqu'à sa mort. Toute sa vie réduite à vingt kilos de papier dans une sacoche. " Moss sait désormais qu'il ne sera sans doute plus jamais en sécurité tant qu'il vivra. Une impitoyable traque commence, dont il est l'unique proie.Parce qu'il cueille le drame à la racine, Cormac McCarthy touche juste et peut tout dire.

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22 07 07

Amour et coup d'état au royaume de Koutar

MOONLIGHT HOTELUn héros, David Richards, diplomate de vingt-quatre ans, en charge à l'ambassade américaine, jeune homme qui se plaît à récupérer dans soirées d'ambassadeurs des créatures déprimées en tout genre, femmes délaissées ou désoeuvrées, qui veulent bien se laisser prendre au jeu de ce jeune homme en le suivant dans un superbe appartement dans les beaux quartiers de la ville. Le fil romanesque se concrétise lorsqu'au fil des pages, des rebelles déclenchent une guerre civile et menacent la royauté. David Richards, ayant pris parti pour la justice, ne quitte pas le pays et se réfugie durant le siège de la capitale au Moonlight Hotel où il va tomber amoureux ...
"Moonlight hotel" est un livre qui vous tiendra en haleine grâce à cette intuition de réalisme que lui donne son auteur, Scott Andreson, ancien correspondnat de guerre américain.
A lire absolument. Distraction de qualité. (Ed Belfond)
Nicky Depasse

Extrait :
Debout À l'avant du bateau, Paolo semblait soucieux. «Tu es sûr qu'il n'y a pas de danger ?
- Absolument, affirma David en détachant la corde d'amarrage. Je suis bon marin.
- Et si une fois en mer on n'arrive pas à rentrer ?» David scruta le large, au-delà de l'embouchure du port ; le vent ridait la surface de l'eau et par endroits se formaient des moutons.
«Aujourd'hui, ça ne risque pas, crois-moi.
- Si je comprends bien, tu es train de m'expliquer qu'il y a trop de vent. On pourrait chavirer.»
David éclata de rire avant de pousser le bateau pour l'éloigner du ponton. Il n'avait jamais pu déterminer si l'humeur inquiète qui caractérisait son ami était authentique, simulée, ou un mélange des deux.
«Tu sais, lui lança-t-il, on considère dans certains pays que l'audace est une qualité. Tu devrais essayer de prendre exemple sur Nicky. Regarde comme il est brave.»Il pointait le menton vers l'enfant, assis sur la banquette avec son gilet de sauvetage. La remarque dérida Paolo et fit rougir Nicky de fierté.
Le samedi, les pêcheurs ne sortaient pas, et David s'était arrangé pour louer en milieu de matinée un des gros bateaux qu'ils utilisaient pour gagner le large. Lui qui n'était pas sorti en mer depuis son arrivée au Kutar se faisait une joie de cette virée. L'idée d'inviter Paolo lui était venue à la dernière minute ; il n'avait pas vu son ami depuis plusieurs semaines et pensait que Nicky s'entendrait bien avec lui.Il comprit son erreur dès qu'ils eurent quitté le port. La lourde quille conçue pour traîner aisément les filets favorisait aussi la gîte du bateau, par gros temps, et ce jour-là le vent soufflait fort. À peine eurent-ils franchi le goulet du port qu'une rafale les coucha à tribord, et ils manquèrent tomber à l'eau avant que David puisse donner du mou à la voile. Nicky poussa un cri de plaisir quand la coque revint brusquement à l'équilibre.
«Oh ! Recommence !» s'exclama-t-il.
À l'avant, Paolo était pâle de frayeur.

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19 07 07

Bibliothèque d'été : Brice

DSC00306Je tourne les pages cet été de quelques livres de la rentrée 2007 et aussi de ceux que je n'ai pu lire la saison écoulée :
Sarah Dunant : La courtisane de Venise (Belfond)
Adrien Goetz : Intrigue à l'Anglaise (Grasset)
Amélie Nothomb : Ni d'Eve ni d'Adam (Albin Michel)
Vincent Delecroix : La chaussure sur le toit (Gallimard)
Francis Dannemark : Le grand jardin (Robert Laffont)
Jean Rouaud : Préhistoires (Gallimard)
Franck Pavloff : La chapelle des apparences (Albin Michel)
Ohran Pamuk : Istanbul (Gallimard)
Paulo Coelho : La sorcière de Portobello (Flammarion)
Thomas Gunzig : 10.000 litres d'horreur pure (Au diable Vauvert)
François Emmanuel : Regarde la vague (Seuil)
Nadine Monfils : Babylone dream (Belfond)
Pierre Pelot : Les Normales saisonnières (Héloïse d'Ormesson)
Maurice Audebert : Le tombeau de Greta G. (actes Sud)
Nicolas Ancion : Nous sommes tous des playmobiles (Le Grand Miroir)
Maurice G. Dantec : Artefact (Albin Michel)
Jean-Philippe Blondel : This is not a love song (Robert Laffont)

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19 07 07

Bibliothèque d'été : Nicky

DSC00233 De tous les livres que j'ai lu cette saison, voici mes préférés :
Thierry Cohen : J'aurais préféré vivre (Plon)
Didier van Cauwelaert : Le père adopté (Albin Michel)
Tracy Chevalier : L'innocence (Quai Voltaire)
Elisabeth Weissman : Coco Chanel (Maren Sell)
William Blake : Chants d'innocence et d'expérience (Quai Voltaire)
Christian Bobin : Geai (Folio)
Romain Gary (Emile Ajar) : Gros câlins (Nouvelle édition chez Mercure de France)
Balzac : La comédie des ténèbres (Omnibus)
Pierre Péju : La petite chartreuse (Folio)
Jane Austen : Orgueil et préjugé (10:18)
Madelaine Chapsal : La femme à l'écharpe (Fayard)
Danièle Georget : Goodbye Mr President (Plon)
Catherine Siguret : Je vous aime (Fleuve noir)
Agnès Abecassis : Au secours, il veut m'épouser (Calmann-Lévy)
Voltaire : Zadig ou la destinée (Folio)
Valérie Bonnier : Toutes les rousses ne sont pas des sorcières (Editions du Rocher)
William Faulkner : Une rose pour Emily (Folio)
Collectif : Un ange passe (Folio)
Guillaume Musso : Parce que je t'aime (XO)
Laura Mancinelli : Les douze abbés de Chalant (Points)
William Boyd : La femme aux aguets (Seuil)
Christian Oster : Sur la dune (Minuit)
Erri de Luca : Au nom de la mère (Gallimard)
Sir Walter Scott : Le talisman (Phébus)
Jac McInnerney : La belle vie (L'Olivier)
Constance de Salm : Vingt-quatre heures d'une femme sensible (Phébus)
Jean-Marc Parisis : Avant, pendant, après (Stock)

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19 07 07

Best of : Patrick de Carolis

DECAROLISQuelques jours avant de devenir le président de France Télévisions, Patrick de Carolis publiait un excellent livre dans la veine des meilleurs Castelot et Decaux, "Les demoiselles de Provence", roman historique qui a connu un énorme succès et qui est aujourd'hui disponible chez Pocket.
Quant à la rencontre hors micro, qu'en dire si ce n'est qu'elle ne m'a laissé que de bons souvenirs.
Brice Depasse

PATRICK DE CAROLIS

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17 07 07

La manufacture des rêves

TabucchiL’Italie de Virgile, Dante, Boccace, Calvi, Eco, Baricco, De Luca (pour ne citer qu’eux) nous a prouvé depuis toujours que le livre d’un érudit pouvait offrir plaisir, beauté et humour, bref éradiquer l’ennui de nos vies pour ne laisser place qu’à la joie de lire.
Antonio Tabucchi appartient à cette caste d’écrivains bénis des dieux. Professeur d’université, romancier, chroniqueur, essayiste, traducteur, Tabucchi a maintes fois été récompensé (le Medicis en France), porté à l’écran (Alain Corneau) et monté au théâtre.
« Rêves de rêves » qui reparaît chez Folio est un essai, un morceau de littérature proprement aérien. Un bonheur de retrouvailles artistiques. Depuis Dédale jusqu’à Lautrec, en passant par Goya, Ovide, Rimbaud ou Debussy, Tabucchi imagine les rêves des grands inspirés de ce monde alors qu’ils n’en sont plus. L’extrait ci-dessous, rêve du Caravage, vous convaincra plus que toute autre prose.
Brice depasse

TABUCCHI"La nuit du premier janvier 1599, alors qu’il se trouvait dans le lit d’une prostituée, Michelangelo Merisi, dit le Caravage, peintre et homme irascible, rêva que Dieu lui rendait visite. Dieu lui rendait visite par l’intermédiaire du Christ et pointait le doigt sur lui. Michelangelo était dans une taverne et il jouait à l’argent. Ses compagnons étaient des crapules, certains étaient ivres. Et lui, il n’était pas Michelangelo Merisi, le célèbre peintre, mais un client quelconque, un malandrin. Lorsque Dieu le visita, il était en train de blasphémer le nom du Christ, et il riait. Toi, dit sans rien dire le doigt du Christ. Moi ?, demanda avec stupeur Michelangelo Merisi, mais moi je n’ai pas la vocation d’être un saint, je ne suis qu’un pécheur, je ne peux pas être choisi.
Cependant, le visage du Christ demeurait inflexible, il n’y avait pas moyen d’y échapper. Et sa main tendue ne laissait planer aucun doute.
Michelangelo Merisi baissa la tête et regarda l’argent sur la table. J’ai violé, dit-il, j’ai tué, je suis un homme qui a du sang sur les mains. … Michelangelo Merisi se leva et le suivit. Ils arrivèrent dans une ruelle louche, et Michelangelo Merisi se mit à uriner dans un coin tout le vin qu’il avait bu ce soir-là.
Dieu, pourquoi me cherches-tu ? demanda Michelangelo Merisi au Christ. Le fils de l’homme le regarda sans répondre. Ils se promenèrent le long de la ruelle et débouchèrent sur une place. La place était déserte.
Je suis triste, dit Michelangelo Merisi. Le Christ le regarda et ne répondit pas. Il s’assit sur un banc de pierre et enleva ses sandales. Il se massa les pieds et dit : je suis fatigué. Je suis venu à pied de Palestine pour te chercher.
Michelangelo Merisi était en train de vomir, appuyé à l’angle d’un mur. Mais moi, je suis un pécheur, tu ne dois pas me chercher.
Le Christ s’approcha de lui et lui toucha un bras. C’est moi qui t’ai fait peintre, dit-il, et de toi je veux une peinture, après quoi tu pourras suivre la route de ton destin.
Michelangelo Merisi se nettoya la bouche et demanda : quelle peinture ?
La visite que je t’ai faite ce soir dans la taverne sauf que toi tu seras Mathieu.
D’accord, fit Michelangelo Merisi, je ferai cela. Et il se retourna dans le lit. A cet instant, la prostituée l’embrassa tout en ronflant."

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