05 03 11

Une talentueuse floraison

Tatiana, de, rosnay, rose« Préservez notre maison, Rose, ne laissez pas ce baron, cet empereur… » Armand, le cher et tendre époux de Rose, n’aura pas le temps de finir sa phrase avant de rendre son dernier souffle. Mais nul besoin d’en dire davantage. Rose comprend. Et promet. Cette maison qui a vu naître leur amour, ces pièces dont chaque mur, chaque empreinte sur le sol raconte une histoire, voire…recèle un secret, ne saura être sacrifiée au nom des travaux pharaoniques entrepris pour faire de Paris une grande cité moderne.

Et l’espoir premier que la demeure rue Childeberg soit épargnée car proche de l’église Saint Germain, de céder la place au combat d’une femme forte et déterminée quand arrive la lettre d’expropriation.

Car ce que l’ "Attila de la ligne droite ", " le baron éventreur" veut, n’est pas de nature à intimider Rose. A l’instar de la fleur éponyme, celle qui sait si bien se faire velours quand il s’agit des êtres aimés, s’avère être une redoutable résistante sortant ses épines dès lors que l’on ose s’attaquer à ce qu’il lui reste de plus cher : sa maison. « Cette maison est mon corps, ma peau, mon sang, mes os. Elle me porte en elle comme j’ai porté nos enfants ». Elle n’abdiquera pas. Jamais. Le rythme soutenu des démolitions et des expropriations peut bien continuer. Les rues médiévales n’être plus que champs de ruines, gouffres béants, nuages de suie, de poussière, de cendre, vacarme assourdissant. Rose lutte, résiste et relate son combat quotidien dans des lettres rédigées à son défunt bien-aimé.

Avec ce roman épistolaire, Tatiana de Rosnay nous offre un voyage dans le temps, sous le second empire, à cette époque du Paris des petits métiers aujourd’hui disparus avec ses porteurs d’eau et leurs ânes, ses livreurs, ses balayeurs. Le Paris des rues sinueuses et sombres au charme si pittoresque.

Un Paris en sursis.

Car le baron Haussmann, sans aucun état d’âme, va redessiner la capitale. 
Un roman indiciblement vivant, où même la maison devient un personnage à part entière. Car la maison vit elle aussi, parle à qui sait l'écouter, tremble de par les secrets qu'elle abrite, vibre à l'évocation des souvenirs heureux, lutte pour maintenir ses murs debout face à sa condamnation proche...

La maison, le tuteur de Rose, sa colonne vertébrale, son souffle, sa vie, a des révélations à nous faire… 

Avec ce roman Rose, c’est une floraison d’émotions dans toutes leurs acceptions qui cueillent le lecteur. Et ne le quittent plus… Majestueux.


Karine FLEJO


Rose, Tatiana de Rosnay, Héloïse d'Ormesson, mars 2011, 256p., 19€00

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05 03 11

Etre ou par-être ?

Fanny, Brucker, ils, diront, d'ellesEstelle s'est toujours sentie inférieure, coupable, dépendante du regard des autres. Aussi quand elle a « décidé » de vivre avec Vanessa, femme écrivain de renom, elle a pris du recul avec sa famille. Éviter les remarques mesquines et blessantes, les jugements, les sourires entendus. Vivre libre et épanouie. Loin d'eux.

Aujourd'hui, alors qu'elle se trouve à un carrefour de son existence, les doutes la criblent. Qu'en est-il vraiment de son apparente liberté dans ses choix amoureux, dans la vie en général ? Dans quelle mesure ces derniers ont-ils été conditionnés par les secrets de famille, les querelles parentales intestines ? Pourquoi avoir érigé un barrage entre elle et les hommes ? Son père volage qui faisait d'elle sa complice muette a t-il joué un rôle déterminant ? Sa mère soumise, l'ayant éduquée dans la peur des hommes, a t-elle inconsciemment favorisé son inclination pour les femmes ? Et si son père ne l'avait pas abandonnée sans explication, aurait-elle eu moins de craintes vis vis de la gent masculine? Des questionnements multiples qui convergent vers une seule et même cruciale question : est-elle finalement véritablement actrice de sa vie, maîtresse de ses décisions ? 

C'est pour essayer de trouver des éléments de réponse qu'elle va exceptionnellement accepter de se joindre à ses frères et sœurs lors de ce réveillon de Noël . Évoquer son ressenti, ses manques, ses peurs, les confronter aux leurs. Tenter de comprendre. De se comprendre. 

Celle qui s'est toujours vécue comme « le trait d'union entre ses parents » va tenter, lors de ce repas de famille, de faire le trait d'union pour elle cette fois, entre ce passé refoulé et cet avenir à construire. 

Fanny Brucker signe ici un roman touchant et lucide sur le déterminisme de l'enfance dans les choix de vie adulte...

Citation p 241 : L'identité d'une personne commence par les choix qu'elle est capable de faire


Karine FLEJO

 

lls diront d'elle, Fanny Brucker, Editions Jean-Claude Lattès, Février 2011, 267p., 17€00 

 


28 02 11

Voici 25 plaisirs littéraires !

Mini lits.jpgCes "25 minitrips en wagon-lit décapotable" sont 25 plaisirs littéraires magnifiques ! Leur édition est déjà une chose étrange et belle puisqu'au départ ces textes variés ont été publiés sur le site www.onlit.org. C'est un cadeau littéraire aux habituels lecteurs des nouvelles technologies. Leur caractéristique première est d'être courts, mais aussi d'aborder tous les genres en toute liberté ! Mon bonheur de lire a été renouvelé d'un auteur à l'autre, sans fléchissement et c'est déjà fantastique ! A ne pas manquer non plus la présentation en quelques lignes de chaque écrivain(e), insolite, drôle, inventive ! Essayons de survoler le tout : On commence par l'hyperdoué Nicolas Ancion et ses phrases amples qui donnent à voir et à sentir, à ressentir. Félicia Atkinson écrit dans son poème "les girafes au long cou recherchent les feuilles hautes, les feuilles hautes sont assoiffées de lumière (que cherche alors la lumière)..." Alain Bertrand, qui vit à Bastogne, évoque le ski et l'imaginaire. Pierre Borion aime la liberté de l'écriture et dans "Insomnie" il rêve de remplacer le pape ! "Les Françaises ont quelque chose de français qui les rend belles" écrit Frédéric Bourgeois, ce Namurois féru de photos. Lucielle Calmel juxtapose dans "Sud Ouest". Et puis toutes ces affirmations de Corentin Candi : "Corentin Candi ne choisit jamais la bonne fille, à la caisse." ou "Corentin Candi croit à la vie avant la mort." Laurent d'Ursel nous livre un cri, en une phrase de deux pages ! Le Liégeois Serge Delaive propose un joli poème sur l'amour déçu. D'une grande originalité le texte numéroté de Cedric Francis dans la tête d'un coureur cycliste qui pense à "la soeur de Lucien" ! "Je ne suis pas timide mais j'évite de prononcer des mots inutiles" déclare Corentin Jacobs dans sa contribution. Et plus loin : "Une femme est une mouche : pour l'attraper, pas d'hésitation n'est possible sinon elle s'envole !" J'ai adoré (comme beaucoup) le premier roman d'Edgar Kosma ("Eternels instants", analysé ici-même), j'ai aussi apprécié cette présentation par les sens de ses quelques personnages ! J'aime le ton, le vocabulaire de Lario Lacerda. Nous entrons dans le monde culinaire avec beaucoup d'humour et le "chef au chapeau" de Pierre-Brice Lebrun. Dans les "Appauvrismes" de Benoït Leclerc, je retiens "Lis-toi Entre les lignes Tourne sur toi-même Tu feras un singulier livre". Merveilleux texte de Karel Logist, le poète du Fram : cette fille en chemisier sur les affiches et la fin drôle, une vraie chute ! Avec Lucie Lux, nous entrons dans l'érotisme. Des sensations qu'on partage de l'intérieur avec la fille qui s'exhibe ! Sujet culinaire, documenté, avec la recette et les lieux, pour Jacques Raket et les "frivolités de la reine" (nos "choesels") ! Avant le texte halluciné et les musiques citées pour le lire, je ne résiste pas à vous lire dans la notice biographique cette épitaphe "Ci-gît mille édits, / Oh ! / Notre regrettée femme de méninges, / Née d'une maquerelle et d'un séraphin, / Elle vient de jeter l'encre" Et les premières lettres donnent "conne" ! Georges Richardot nous récite des "Il a fait" splendides. Laurence Soetens nous emmène dans le monde de Face Book, de Google et des pseudos. David Spailer allie littérature et polaroïds. J'aime aussi beaucoup "Room 14" de Vincent Tholomé, et sa façon prenante de tisser son texte, monologue, avec des points... Enfin restent Luc Vandermaelen et l'Ardèche, ainsi que Andy Vérol et cet amour terrifiant, brutal et la prison... Quelles heures heureuses j'ai passées à la lecture de ce recueil, que je ne peux que vous recommander chaleureusement !

Jacques MERCIER

 

25 minitrips en wagon-lit décapotable, collectif, Ed. La Renaissance du Livre, collection Grand Miroir, 200 pp, site: www.onlit.org Prix : 16 euros.

 

05 02 11

Big bisous…

L'art du baiser.gifLe texte ci-dessous a paru dans la newsletter des guides gastronomiques belges Delta (consacrée à la prochaine Saint-Valentin) et a ensuite été mise en ligne sur leur site (www.deltaweb.be) :


Réunissant des textes d’Ovide, de Catulle, de Rémy Belleau, de Louise Labé, de William Shakespeare, de François Tristan l’Hermite, d’Honoré de Balzac, de Guy de Maupassant, d’Edmond Rostand, de Raymond Queneau, de Philippe Sollers, de Violette Leduc, de Pablo Neruda, de Philippe Delerm, de David Foenkinos, de Philippe Forest et d’Arundhati Roy, la petite anthologie intitulée L’art du baiser sortie tout récemment chez Gallimard décrit des étreintes timides, tremblantes, fougueuses, voluptueuses et brûlantes... qui donnent incontestablement envie de tomber amoureux !

 

Bernard DELCORD

 

L’art du baiser, les plus beaux baisers de la littérature, anthologie, Paris, Éditions Gallimard, collection « Folio 2 € », janvier 2011, 84 pp. en noir et blanc au format 10,9 x 17,8 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 2 € (prix France)

 

Pour vous, nous avons recopié dans cet ouvrage inspiré un sonnet célèbre de « La Belle Cordière », Louise Labé (1524-1566) :

 

Baise m’encor

 

Baise m'encor, rebaise-moi et baise ;

Donne m'en un de tes plus savoureux,

Donne m'en un de tes plus amoureux :

Je t'en rendrai quatre plus chauds que braise.

 

Las ! te plains-tu ? Çà, que ce mal j'apaise,

En t'en donnant dix autres doucereux.

Ainsi, mêlant nos baisers tant heureux,

Jouissons-nous l'un de l'autre à notre aise.

 

Lors double vie à chacun en suivra.

Chacun en soi et son ami vivra.

Permets m'Amour penser quelque folie :

 

Toujours suis mal, vivant discrètement,

Et ne me puis donner contentement

Si hors de moi ne fais quelque saillie.

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23 01 11

L'insomnie récupératrice

Sommeil Murakami.jpg
L'héroïne du récit, une trentenaire mariée et mère de famille, perd soudain le sommeil. Totalement. Brusquement. Tandis que ce dernier est censé avoir une fonction régulatrice essentielle tant physique que nerveuse, son absence n'a aucun effet sur la jeune femme. Ou plus exactement, aucune conséquence dommageable. Au contraire. Une nouvelle vie, parallèle, secrète, s'ouvre à elle.

Dans la journée, tout est cadencé au rythme des tâches ménagères, des attentions portées à son mari et à son fils. Une routine à laquelle elle s'accommodait jusqu'alors avec l'illusion d'être comblée. Or ce voyage nocturne dans lequel elle nous emmène, ces dix-sept nuits sans la moindre minute de sommeil, lui ouvrent les yeux. Son existence n'a été jusqu'ici qu'un simulacre de vie. Une routine. Fade. Inconsistante.

Une vie de robot.

Dès lors, non seulement l'insomnie ne l'affaiblit pas, mais la galvanise, la transcende. Elle ne vit bientôt plus que pour ces heures en marge des autres, au plus près d'elle. « De dix heures du soir à six heures du matin, mon temps n'appartenait plus qu'à moi». Car la nuit venue, dans le silence de la maisonnée, la femme se réapproprie sa vie après l'avoir tant subie. Elle renoue avec sa passion pour la littérature, dévore Anna Karénine, sirote du cognac, grignote du chocolat. L'insomnie devient le cadre de toutes les voluptés. La nuit, sa meilleure amie, sa complice. Son rendez-vous avec elle-même.

Elle revit.

Dans cette nouvelle initialement parue dans le recueil « L'éléphant s'évapore », l'auteur développe tout son génie, celui de faire d'un quotidien banal un peu mélancolique un univers fantastique, voire une deuxième réalité. Ce n'est plus le sommeil, mais l'insomnie qui devient une fonction vitale.

 

Karine Fléjo


Sommeil, Haruki Murakami, Editions Belfond, novembre 2010, 17€, 78p.

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12 12 10

Dans la nuit brune

Dans-la-nuit-brune.jpgTandis que le petit ami de sa fille, Armand, trouve la mort dans un accident de moto, Jérôme se trouve désemparé. Comment aider son enfant que la vie catapulte trop vite, trop brutalement, dans le monde adulte ? « A quoi lui servait-il à présent ? A quoi servent les parents d’enfants devenus grands ? » Il sait qu’il doit agir, réagir. Or il se sent impuissant, prisonnier de cette forme de léthargie qui est sienne depuis toujours. Comme anesthésié.

Pourtant, cette vie qui stoppe net pour Armand, cette nuit qui l’engloutit à tout jamais, remet en question le mode de fonctionnement de Jérôme. Ce corps qu’on inhume devant lui exhume ses propres blessures. Lui qui jusqu’alors a survécu dans le déni, dans une perpétuelle fuite en avant, est arrêté dans sa course. Réveillé brutalement. Secoué. Et une évidence de se faire jour : la nuit brune qui entoure ses origines doit être à présent percée. L’enfant sauvage trouvé errant à l’âge de quatre ans dans les bois ne peut plus ramper. Il doit se relever. Faire face à son histoire. Comprendre.

Savoir d’où il vient pour envisager où il peut aller.

Il s’enfonce alors dans le dédale intérieur obscur de son passé. Un monologue interne aussi labyrinthique que les bois où, petit, il a rodé, avant d’être trouvé par un couple et adopté. Or Jérôme est épuisé par les combats qu’il lui a fallu mener enfant pour survivre et garder espoir dans la solitude angoissante de la forêt. Seul son corps a gardé la mémoire dont son esprit est dépourvu. Il éprouve ainsi régulièrement en secret le besoin irrépressible de fuir en pleine nature, faisant corps avec la terre, rampant sur les sentiers au milieu des feuillages humides et des racines, respirant les fragrances d’humus. Aujourd’hui, il est exténué. Alexandre, commissaire à la retraite, qui enquête sur la mort d’Armand, décide alors de lui offrir son aide, de remonter pour lui jusqu’à ses racines.

Avec limpidité, douceur, sobriété, dans un climat de tension permanent et envoûtant, Agnès Desarthe dissèque avec une finesse chirurgicale l’âme de ses personnages et la nature de leurs relations au scalpel de sa plume. Le lecteur s’engouffre dans sa nuit brune, sur des sentiers initiatiques surprenants et multiples, avide de voir le jour se faire sur la vérité. Une vérité sombre, mais avec laquelle il faut apprendre à composer. Pour vivre dans la lumière du jour. Enfin.

Karine Flejo

 

Dans la nuit brune, Agnès Desarthe, Editions de l'Olivier, rentrée 2010, 280p., 18€00.

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07 12 10

Dans la peau de John Lennon

1115355-gf.jpgJohn Lennon raconte. sur le divan du psy qui habite son immeuble, le Dakota building de Manhattan. Au fil des séances qui débute en 1975, le citoyen le plus célèbre de Liverpool se dévoile, raconte son enfance, ses errances, sa vie avec les Beatles, ses femmes, la musique, l'alcool, son père, la drogue, la politique.

La légende la plus totale de l'histoire du rock à la première personne du singulier, vaut le détour, celui de la plume d'un des (rares) talentueux auteurs de la nouvelle génération.

Brice Depasse

 

Lennon, David Foenkinos, Plon, octobre 2010, 238p., 18€00.

07 12 10

Quand Mirabeau se fait Cassandre…

5950262200_l-entrevue-de-saint-cloud-de-harold-cobert.jpgÉté 1790. La monarchie est en sursis. Mirabeau le sait, le sent et presse Marie-Antoinette de lui accorder une entrevue secrète à Saint-Cloud. Car si cet homme habile stratège et libre-penseur est un élu du tiers-état, un des plus énergiques orateurs de l’Assemblée nationale, il n’en défend pas moins la monarchie. Un paradoxe seulement en apparence. Il défend une monarchie constitutionnelle, qui reconnaît le pouvoir du roi comme chef de l’état, tout en lui associant une constitution qui limite ses prérogatives. Celui que l’on surnomme « l’Orateur du peuple », l’homme qui symbolise l’éloquence parlementaire, saura t-il rallier à ses convictions le plus difficile des publics, à savoir la reine ? Plus que jamais, la monarchie est en péril. Louis XVI n’a pas la stature d’un grand roi. La reine frivole s’attire l’animosité du peuple. il faut réagir. Et vite.

Mirabeau veut tout faire pour sauver le trône.

Obtenir ce rendez-vous est déjà une gageure. Celui que Victor Hugo surnommait le libertin d’une "laideur grandiose et fulgurante " collectionne les frasques d’alcôves, suscitant l’extrême irritation et le mépris de la reine. Cet homme la renvoie en effet à ses échecs : il cumule les handicaps physiques, a subi des emprisonnements arbitraires, or malgré cela, il réussit en tout, y compris en amour. Elle qui a la jeunesse et la beauté, peut légitimement aspirer à une vie amoureuse épanouie. Or à la frustration de sa sexualité médiocre avec le roi, s'ajoute son impopularité grandissante. Elle accumule les vexations, les manques. Saura t-elle faire passer ses griefs personnels, ses rancoeurs, après l’intérêt général?
Ou quand les destinées de l’Histoire ne tiennent qu’à l’histoire d’un seul individu...
Dès les premières lignes, le lecteur devient le témoin secret d’une joute oratoire dont il ne perd pas un mot, séduit par la complexité des personnages, les jalousies, rivalités, rancoeurs et passions en jeu. Harold Cobert, maniant les dialogues avec l’habileté d’un fin fleurettiste, nous offre un duel aussi savoureux qu’instructif sur cette date de bascule de l’histoire.
Une entrevue…royale.

Karine Fléjo


Harold Cobert, L'entrevue de St Cloud, Héloïse d'Ormesson, octobre 2010, 145P., 15€00.

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07 12 10

Audition parfaite!

leffet-larsen.jpgA 30 ans, Nola décide d’affronter ses fantômes, de cesser la course effrénée engagée l'été de ses 18 ans, le jour où son père s'est effondré, fusillé en pleine rue.

Dans un style admirable enchaînant les flashbacks, Nola convoque un à un les démons de son passé, force les portes de sa mémoire, décidée à comprendre, à savoir. Quelle que soit la vérité tapie dans l’ombre des non-dits.

Elle revient sur l’année de la tragédie, sur son emménagement précipité avec sa mère Mira dans un immeuble sordide. Tristesse, désordre, usure, les murs sont aux couleurs de leurs âmes. Au deuil de son père s'ajoute une autre épreuve : Nola fait face à la lente dérive de sa mère, une dépression somatisée par une hyperacousie. Rejet du bruit, des autres, de la vie. Mira se punit. Mais de quoi? De la culpabilité d’avoir survécu à son mari ? Ou...? Tandis que Mira sombre, Nola endosse le rôle de mère de sa mère. Car l’adulescente refuse de baisser les bras. « On ne peut pas vivre comme ça ». Camusienne dans l’âme, elle ne se résigne pas. Alors elle se bat, travaille dans un café, prend soin de sa mère, lutte, s’agrippe, avance, se reconstruit.

Et fouille la mémoire familiale.… Jusqu’à entendre le silence du secret de famille. Une chute, qui ici porte bien son nom.

La perte, le deuil, le passage délicat à l’âge adulte, l’auteur nous offre un regard véritablement neuf, indiciblement émouvant et redoutablement clairvoyant, le tout servi par une construction brillante, un style alerte et des métaphores inédites.

Un roman puissant, résolument humain et optimiste, qui évite l’écueil du pathos et nous offre une perception limpide et juste des maux stridents par delà les mots tus.
Karine Fléjo


Citation : « Les secrets sont des couvercles, bâillons de cire aux oreilles des familles, bourdonnent, bourdonnent, fantômes sans armoirie, qui, tels des parasites, abîment à petit feu votre généalogie

L'effet larsen, Delphine Berthelon, JC Lattès, août 2010, 363p., 18€00.

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04 11 10

Une forme d'Amélie Nothomb