07 12 10

Audition parfaite!

leffet-larsen.jpgA 30 ans, Nola décide d’affronter ses fantômes, de cesser la course effrénée engagée l'été de ses 18 ans, le jour où son père s'est effondré, fusillé en pleine rue.

Dans un style admirable enchaînant les flashbacks, Nola convoque un à un les démons de son passé, force les portes de sa mémoire, décidée à comprendre, à savoir. Quelle que soit la vérité tapie dans l’ombre des non-dits.

Elle revient sur l’année de la tragédie, sur son emménagement précipité avec sa mère Mira dans un immeuble sordide. Tristesse, désordre, usure, les murs sont aux couleurs de leurs âmes. Au deuil de son père s'ajoute une autre épreuve : Nola fait face à la lente dérive de sa mère, une dépression somatisée par une hyperacousie. Rejet du bruit, des autres, de la vie. Mira se punit. Mais de quoi? De la culpabilité d’avoir survécu à son mari ? Ou...? Tandis que Mira sombre, Nola endosse le rôle de mère de sa mère. Car l’adulescente refuse de baisser les bras. « On ne peut pas vivre comme ça ». Camusienne dans l’âme, elle ne se résigne pas. Alors elle se bat, travaille dans un café, prend soin de sa mère, lutte, s’agrippe, avance, se reconstruit.

Et fouille la mémoire familiale.… Jusqu’à entendre le silence du secret de famille. Une chute, qui ici porte bien son nom.

La perte, le deuil, le passage délicat à l’âge adulte, l’auteur nous offre un regard véritablement neuf, indiciblement émouvant et redoutablement clairvoyant, le tout servi par une construction brillante, un style alerte et des métaphores inédites.

Un roman puissant, résolument humain et optimiste, qui évite l’écueil du pathos et nous offre une perception limpide et juste des maux stridents par delà les mots tus.
Karine Fléjo


Citation : « Les secrets sont des couvercles, bâillons de cire aux oreilles des familles, bourdonnent, bourdonnent, fantômes sans armoirie, qui, tels des parasites, abîment à petit feu votre généalogie

L'effet larsen, Delphine Berthelon, JC Lattès, août 2010, 363p., 18€00.

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04 11 10

Une forme d'Amélie Nothomb

29 10 10

Des siècles de sottises !

 

Sottise.jpg Il semble bien que nous ayons tous la sottise en partage : à un moment donné, dans une situation donnée, à une époque donnée. Ce spécialiste de la philosophie antique et médiévale qu'est Lucien Jerphagnon avoue dans la préface avoir hésité à en faire un gros traité détaillé et fouillé ou, ce que c'est devenu, un recueil de citations. Il faut dire que cet auteur d'ouvrages sur la Rome antique, sur Saint Augustin, les Césars, les dieux ou les citations latines, avait la matière sous la main. Le sous-titre de « La... sottise? » est donc « Vingt-huit siècles qu'on en parle ». Car depuis toujours on dénonce la bêtise et on en parle. Peut-être est-ce ce que nous avons tous en partage ? On est toujours l'idiot (le con ?) de quelqu'un. Schopenhauer dans  « Petits Ecrits français » note ceci : « Voltaire : « Tous les siècles se ressemblent par la méchanceté des hommes. » (J'ajoute : et par leur sottise.) » La sottise existe dans tous les milieux, citations à l'appui : « En démocratie, un homme supérieur devrait s'astreindre à donner l'illusion qu'il ne dépasse pas le niveau. Mais il est plus facile aux médiocres d'avoir l'air profond qu'aux grands esprits de faire la bête » (François Mauriac dans son Bloc-notes de mai 1955). A peu près tous les hommes d'esprit, je n'ose dire les intellectuels, ont écrit un avis sur cette grande question de la sottise. Certaines phrases sont restées célèbres comme dans le « Dictionnaire des idées reçues » la définition de Gustave Flaubert : « Imbéciles : ceux qui ne pensent pas comme vous. » Henry de Montherlant de son côté écrit dans « La Guerre civile » : « On fait l'idiot pour plaire aux idiots; ensuite on devient idiot sans s'en apercevoir. » L'auteur ne s'est pas intéressé qu'aux Saint-Simon, Rousseau, Balzac ou autres Pétrone, Rabelais et Montaigne, mais j'y retrouve un trait, que j'avais moi-même noté en lisant « La métaphysique des tubes » de notre ami Amélie Nothomb : « On n'a rien trouvé de mieux que la bêtise pour se croire intelligent. » ! C'est une belle conclusion !

Jacques MERCIER

 

La ... sottise ? (Vingt-huit siècle qu'on en parle) Lucien Jerphagnon, Edition Albin Michel. 138 pages. 9 euros.

16 10 10

Le triomphe d'un concours !

achève moi (2).jpgCe recueil de nouvelles est le prolongement d'un concours littéraire bien particulier et qui a remporté un incroyable succès (plus de mille textes envoyés - bravo en passant aux lecteurs bénévoles) ! Le thème est original : il s'agissait de terminer un début de nouvelle, une façon d'aider notre imagination. Le service culturel de la province de Liège (initié par Paul-Emile Mottard avec Lucile Haertjens) avait fait appel à huit auteurs : Nicolas Ancion, Christine Aventin, Luc Baba, Vincent Engel, Jean-Luc Fonck, Bernard Gheur, Caroline Lamarche et Grégoire Polet. Ce recueil permet de lire les huit textes complets originaux, mais aussi les huit textes lauréats; ce qui donne la mesure de l'invention, de la difficulté aussi et de la création littéraire. Les fins ne sont jamais les mêmes ! Deux prix spéciaux, celui de la francophonie (une lauréate tunisienne) et celui de la jeunesse (accordé par la Fnac) complètent le livre. Les plus jeunes n'ont que 16 ans et déjà une telle envie de lire et d'écrire que cela est vraiment rassurant pour l'avenir de la littérature ! Quelques extraits pour vous donner envie de découvrir cet ouvrage : "Elle arborait un sourire doux-amer chapeauté d'une fine moustache de chocolat. Elle était à croquer" (Wanda Helinski - un début de Vincent Engel) "Je la fixais, ne sachant que penser, sans même m'être aperçu qu'elle s'était remise à pleurer, tout doucement, sans faire de bruit, comme la mer quand elle a égaré le rateau qui lui sert à effacer sur le sable les pas des amants désunis" (Roger Warin - un début de Jean-Luc Fonck, et on reconnaît que son humour a été suivi par le lauréat). Roger Dehaybe (commissaire de "Passages", l'opération qui englobait ce concours), et Myriam Senghor, de l'Organisation Internationale de la Francophonie, ont promis lors de la remise des prix un avenir encore plus prestigieux au concours, voilà une excellente nouvelle (si je puis dire) !

Jacques MERCIER

Achève-moi, nouvelles, La Renaissance du Livre, 150 pages, 15 euros.

04 10 10

Dieu est Humour !

Werber Cyclope.jpgOn ne lâche plus le livre une fois qu'on l'a entamé ! C'est un polar, noir certes, mais dont le sujet est l'humour ! Dans la lignée des grands narrateurs d'histoire (Je pense à Manchette, par exemple), Bernard Werber propose plusieurs niveaux de lecture : l'idée philosophique, l'histoire elle-même, qui est une enquête et la découverte d'un monde, celui des humoristes dans ce cas-ci. Beaucoup d'italiques, d'inserts, comme il aime le faire et cela donne un relief incroyable à la lecture. Comme cette séquence récurrente des "blagues", qu'on apprendra inventées par une société vieille de trois-mille ans et qui les lance dans l'oreille de l'Humanité anonymement pour transmettre en même temps des valeurs ! (Une partie de ces histoires drôles provient du site officiel de Bernard www.bernardwerber.com , car l'auteur communique et dialogue d'une façon totalement nouvelle, actuelle avec ses lecteurs, qui peuvent intervenir). Une façon aussi de faire un livre sur l'humour qui ne soit pas ridicule. Il s'agit donc d'une enquête menée par les deux héros Isidore Katzenberg et Lucrèce Nemrod, qui termine la trilogie sur l'origine de l'Humanité "Le Père de nos pères", sur la compréhension du cerveau "L'Ultime secret", en proposant ici le mystère du rire avec "Le rire du Cyclope". C'est l'histoire d'une enquête qui commence après la mort (en riant seul dans sa loge après un spectacle) du plus grand humoriste du monde : Darius, appelé le Cyclope car il n'a en effet qu'un oeil. Je vous laisse découvrir les méandres incroyables et passionnants de l'histoire, comme Bernard Werber peut à chaque fois nous l'apporter et avec un tel talent, du cyle des "Fourmis" jusqu'à celui des "Dieux", etc. Si le talent de Werber est incontestable dans l'originalité, la recherche des détails qui frappent et intéressent (je pense au début du livre à l'ambiance d'une salle de rédaction de magazine, les coulisses d'un music-hall ou dans la propriété d'Isidore les trois dauphins nommés John, Paul et Ringo, auxquels s'ajoute évidemment George, un requin blanc sauvé du braconnage en mer !), il est injuste de ne jamais parler du style de cet auteur à succès. Limpidité, efficacité, mots justes, phrases courtes et lumineuses... sont des constats à dire et redire pour ceux qui doutent... "Dieu est humour" ou cette pensée de Lucrèce à propos de la mort et de l'humour noir de Dieu lors de l'enterrement du Cyclope : "Cyclope, tu m'as abandonnée. Comme les parents m'ont abandonnée. Comme tous cxes gens qui m'approchent et qui finissent par m'abandonner. J'ai l'impression que là-haut un dieu farceur nous fait le cadeau de la rencontre avec certains êtres merveilleux pour voir notre mine déconfite lorsque ensuite ils nous les enlève." On trouve aussi des réflexions (dans la bouche de Lucrèce) comme : "Quelle femme osera révéler à un homme que le vrai point G est celui qui se trouve à la fin du mot shopping ?" Après 20 ans de carrière, le romancier Bernard Werber est au mieux de sa forme et de sa création. Il écrit, comme toujours, pour le plaisir des lecteurs, pour sa curiosité. Il y réussit : on referme le livre en souriant et non pas, comme c'est souvent la cas, avec des tonnes de nouvelles questions existentielles sans réponse ! "Le rire du Cyclope" est un livre complet, un vrai roman dans le fond et la forme. Lire et rire, un si beau mariage !

03 10 10

À fleur de pluie

Traîne pas trop sous la pluie.gif« Une vie sans fièvre est une rivière sans diamants. »

 

« Je te vois, lecteur, à parcourir les pages de ce putain de bouquin qui n'est pas aussi vaste que je l'espérais. Il fait nuit. La lumière reste allumée. Tous ces états d'âme, tu les connais. Pas vécu pareil. Mais l'émotion est commune. »

 

D'un long séjour à l'hôpital et du délire d'une fièvre forte et persistante, le narrateur livre un récit onirique, de sensations diffuses et de souvenirs mêlés. Un roman qui se veut « beau bouquin plein d'amour et d'espérance ». De partage et de rencontre avec l'autre aussi. À savoir, le lecteur.

 

« Parler d'amour au vent c'est porter la possibilité aux autres. (…) Il est des blessures qui ne s'ouvrent qu'à la nuit, à l'heure où les rires se taisent, où l'âme a froid et fait trembler le corps. »

 

Un Richard Bohringer à fleur de peau. De cœur, aussi.

 

Apolline ELTER

 

Traîne pas trop sous la pluie par Richard Bohringer, Paris, Flammarion, septembre 2010, 170 pp en noir et blanc au format 13,7 x 21 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 15,00 € (prix France)

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27 09 10

Un Jack London mâtiné de Blaise Cendrars…

Écrivain-Voyageur.gifLes écrits de Maurice Genevoix (1890-1980, élu à l’Académie française en 1946) sur la Grande Guerre (La Boue, 1921, Ceux de 14, 1949) et sur les terres de Loire et de Sologne (La Dernière Harde, 1938, La Forêt perdue, 1967) ont porté bien haut sa réputation d’observateur subtil et lucide de l’âme humaine et de son environnement social et naturel.

L’auteur de Raboliot (Prix Goncourt 1925) fut aussi un grand voyageur devant l’Éternel, qui en 1939 sillonna l’Amérique du Nord, des rives du Saint-Laurent aux montagnes Rocheuses et , à partir de 1946, le Maghreb et l’Afrique Centrale.

Il en ramena des carnets de route qu’il intitula Canada (1945) et Afrique blanche, Afrique noire (1949), pages que les Éditions Omnibus à Paris ont eu l’excellente idée de faire reparaître récemment sous le titre générique d’Écrivain-Voyageur en les accompagnant de quelques textes de fiction où l’écologie avant l’heure le dispute à l’humanisme du meilleur aloi, sans que soit perdue les notions du mystère et du sortilège si caractéristique des terres et des peuples d’Afrique et d’Amérique.

Cerise sur le gâteau : l’ouvrage s’ouvre sur un avant-propos de Joseph Kessel, « Maurice Genevoix entre Seine et Loire », qui est lui aussi un petit bijou !

Bernard DELCORD

 

Écrivain-Voyageur par Maurice Genevoix, présentation de Julia Hung, avant-propos de Joseph Kessel, Paris, Éditions Omnibus, septembre 2010, 1013 pp. en noir et blanc au format 13 x 19,8 cm sous couverture brochée en quadrichromie et à rabats, 26 € (prix France)

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27 09 10

Edvard Munch en Palestine

Le cri des pierres.gif" Je m'appelle Leïla Khaled. Je viens de là où, un jour, demain, le cri des pierres remplacera les lamentations des hommes."


Avec pour thème central le conflit israélo-palestinien, Le Cri des pierres qui constitue la suite –attendue– du Souffle du jasmin démêle l'écheveau des événements qui secouent le Moyen Orient, de décembre 1956 à novembre 1995 (guerres des Six jours, de Kippour, du Liban, avènements de l'ayatollah Khomeiny, de Saddam Hussein...). Une gigantesque partie d'échecs se joue qui mènera à la chute des tours du World Trade Center à New York, le 11 septembre 2001. Une partie complexe dont Gilbert Sinoué nous dévoile les séquences avec précision et brio.

Empruntant la forme du roman pour habiller les événements historiques de personnages de chair, aux caractères bien trempés (Hicham, Chahida, Jean-François Levent, Dounia, Joumana, Avram...), l'auteur peint, avec la magie du langage oriental, des fresques saisissantes de limpidité –il restitue la simultanéité des événements à travers différents pays du Moyen Orient–, de cruauté, de souffrance, de tendresse et, à l'occasion, d'humour.

"Ce Khomeyni est un détraqué ! Un malade mental, fulmina Saddam Hussein. Après le succès remporté par cette caricature de référendum sur l'instauration d'un régime islamiste, voilà qu'il appelle les Irakiens à me renverser ! Mais de quelle étable est donc sorti cet âne, cet attardé, cet ignare !"

Et toujours ces sentences, en tête de chapitre, qui ouvrent la voie aux propos qui font suite, quand ce n'est à la compréhension plénière de l'ouvrage : "Le piège de la haine, c'est qu'elle nous enlace trop étroitement à l'adversaire." (Milan Kundera)

Une lecture utile –précieuse pour la compréhension de sensibilités nourries à la nitroglycérine– et... passionnante !

 

Apolline ELTER

 

Le Cri des pierres (Inch Allah 2/2) par Gilbert Sinoué, Paris, Flammarion, septembre 2010, 380 pp en noir et blanc au format 15,5 x 24 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 21 €

 

Billet de faveur


A.E. : Merci, Gilbert Sinoué, pour ce retour sur notre blog. Il nous permet de prolonger, par des questions qui nous tiennent à cœur, la lecture de ce second volet d'Inch Allah. Le titre, d'abord. Si le Souffle du jasmin laissait espérer quelque allègement dans le destin de la poudrière moyen orientale, le Cri des pierres jette un fameux pavé en direction d'Israël. Sa force suggestive est sidérante, bouleversante aussi. Ne craignez-vous pas la réaction des Israéliens à la lecture de votre ouvrage ?


Gilbert Sinoué : Au risque de vous surprendre, il ne me semble pas avoir « jeté un fameux pavé en direction d'Israël ». Je me suis efforcé au contraire de faire preuve d’objectivité pour ne pas —surtout pas— que cet ouvrage ressemble à un pamphlet qui irait dans un sens ou dans l’autre. Néanmoins, je reconnais que votre remarque rejoint d’autres observations de lecteurs qui, déjà, lors de la publication du tome I, sont parvenus à la même conclusion. La seule explication que je trouve est dans l’énonciation des faits. De les citer, ou de les rappeler amène nécessairement à en déduire que je « jette un pavé » lorsque l’on prend tout à coup conscience de certaines d’injustices flagrantes dont les Palestiniens furent et sont victimes. Il faut avoir en mémoire que nombre d’Occidentaux —et ce n’est pas leur faire injure— ignorent l’Histoire de cette région du monde qui, pourtant, se rappelle à nous tous les jours. Dès lors qu’on leur transmet l’information, ils sont interloqués, étonnés, et souvent choqués de découvrir une situation qu’ils n’imaginaient pas. Ils pointent alors du doigt le « fort », en l’occurrence Israël, et éprouvent de la compassion pour le faible —les Palestiniens. C’est donc cette réaction logique et humaniste qui peut donner à penser que j’ai voulu stigmatiser le camp du puissant.


A.E. : La complexité des situations décrites, leur enchevêtrement, les susceptibilités en présence… cela a dû vous demander un travail colossal de démêler cet écheveau pour nous le présenter avec une telle clarté ?


Gilbert Sinoué : Ces deux volumes, vous l’imaginez bien, ne sont pas nés en quelques mois. Voilà environ une dizaine d’années que je rumine ce projet et que je rassemble ma documentation. Une véritable plongée dans le labyrinthe oriental ! La difficulté, la très grande difficulté, a consisté en effet à restituer ensuite le puzzle de manière « compréhensive », non didactique, précisément pour que le lecteur s’y retrouve.


A.E. : Un terroriste, c'est un résistant qui appartient au mauvais camp ?


Gilbert Sinoué: N’oublions jamais qu’un terroriste, c’est avant tout un homme qui tue des innocents. Aucun rêve, jamais, ne justifie ce type d’action. Cependant, l’Histoire nous a démontré que, selon le camp auquel on appartient, on est soit terroriste, soit résistant. L’exemple de Menahem Begin —entre autres— illustre parfaitement ce paradoxe. Voilà un homme qui a massacré des dizaines de personnes, qui a posé des bombes, et dont la tête fut mise à prix par les autorités britanniques et qui a accédé un jour au poste de Premier ministre d’Israël. Arafat lui aussi a toujours été vu comme un chef terroriste, et le monde entier a pu le voir serrer la main d’Yitzhak Rabin sur les marches de la Maison Blanche. Et ces deux hommes ont reçu le prix Nobel de la Paix. Oui, on est toujours le terroriste de quelqu’un à la différence que ce jugement varie selon qu’on est vainqueur ou vaincu.


A.E. : Si vous deviez inventer une fin idéale à votre ouvrage, consisterait-elle en l'avènement du panarabisme, d'une République arabe unie ? Le conflit israélo-palestinien en est-il le seul frein ?


Gilbert Sinoué : Le panarabisme est un leurre, car il n’existe pas de nations arabes. Seulement des tribus. Le monde arabe n’a hélas jamais quitté l’état tribal. Mon jugement peut paraître sévère, mais il suffit de constater les déchirements auxquels se sont livrées ces régions depuis qu’elles ont accédé au statut de nations. Il existe tout autant de divergences au sein même du monde musulman. Nasser a bien tenté d’unifier le monde arabe. Il a échoué. Le conflit israélo-palestinien n’est en rien la raison de cet échec. Pour ce qui est de sa résolution… Je suis, hélas, pessimiste. L’affaire est du domaine de la psychiatrie. Nous avons d’un côté des hystériques (les Arabes) et de l’autre des paranoïaques (les Israéliens). Pourtant, il suffirait de deux hommes pour que la paix aboutisse ce soir, demain. Encore faudrait-il que ces deux hommes providentiels soient disposés à faire le sacrifice de leur vie.


A.E. : Pour conclure sur une note légère et inaugurer notre nouveau concept –déposé– "Sonate de Vinteuil", pouvez-vous évoquer une musique constitutive ? Une musique qui a marqué un moment de votre vie, de votre personnalité ?


Gilbert Sinoué : Je pense que l’adagio du concerto d’Aranjuez (pour guitare et orchestre) reste pour moi l’une des œuvres musicales qui continue de me toucher le plus.

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19 08 10

Patrick Cauvin & Claude Klotz sont partis

CAUVIN2.jpgL'auteur de E=mc², mon amour mais aussi de Hors Jeu et Pythagore, je t'adore, Patrick Cauvin, n'est plus. Il emporte avec lui son ombre Claude Klotz, auteur de polars noirs dont Les innomables.

Je regrette la disparition de cet homme dont la compagnie était aussi agréable que la lecture de ses oeuvres.

Nous n'oublierons pas sa collaboration au cinéma dont Monsieur Papa et Le mari de la coiffeuse sont encore dans toutes les mémoires.

Comme à chaque (triste) départ, je me répète. Le meilleur hommage à rendre au disparu est de lire ses écrits. Les plus récents comme Venge-moi ou Belange sont aussi hautement recommandables.

Je ne reverrai plus Patrick Cauvin mais je le lirai toujours.

Brice Depasse

 

CAUVIN.jpg

 

 

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17 08 10

Du Feydeau à l'anglaise...

Cette sacrée vertu.jpgÀ 9h15, Miss Guenièvre Pettigrew, vieille fille britannique aussi vertueuse que résolument opposée à toute coquetterie, apprenait qu'une certaine Miss Lafosse cherchait une bonne d'enfants... À 9h45, elle sonnait chez Miss Lafosse et trouvait au lieu des enfants attendus, une ravissante jeune femme en déshabillé vaporeux et un monsieur à demi endormi ! À 10h15, elle se voit embarquée dans un imbroglio sentimental inextricable. À 15h13, elle console, avec un art et un doigté qui l'étonnent elle-même, une jeune fille en pleurs qui vient de se disputer avec son fiancé. À 17h02...

Mais chut ! Révéler ce qui attend Miss Pettigrew et Miss Lafosse dans Cette sacrée vertu (par Winifred Watson, publié aux Éditions 10/18 à Paris dans la collection « Domaine étranger ») avant la fin de cette journée et de cette nuit mémorables ne pourrait que priver le lecteur d’un plaisir so British qui, de surprise en surprise, l’entraînera dans un tourbillon de rires jusqu'à la trouvaille finale.

Bernard DELCORD

 

Cette sacrée vertu par Winifred Watson, traduit par Annie Mesritz, Paris, Éditions 10/18, collection « Domaine étranger », octobre 2006, 221 pp. en noir et blanc au format 10 x 18 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 7,40 € (prix France)

 

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