28 10 06

Les mots de Russie

BieleckiVincent Engel revient sur ce récit d'Isabelle Bielecki paru il y a quelques mois :
"On devine que le texte d’Isabelle Bielecki est fortement autobiographique ; mais c’est aussi un roman, c’est-à-dire un texte où le moi de l’auteur s’efface pour laisser la place à l’universel et à l’humanité.
Elisabeth a refoulé tout son passé, tout ce qui touche à ses parents. Son père est un Russe archétypal, passionné, excessif, amateur de vodka. Ancien soldat de l’Armée rouge, prisonnier des nazis, rescapé des camps, venu vivre en Belgique après guerre, il adore sa fille et la défend contre une mère polonaise d’origine et au passé aussi douloureux que le sien, qui ne manifeste pas pour sa fille, c’est le moins qu’on puisse dire, un amour débordant. Elisabeth grandit ainsi entre les cris, les coups, les drames. Et puis elle efface tout. L’oubli comme refuge.
Jusqu’à la rencontre avec un psy et un jeune Russe, Oleg. La mémoire revient, raz-de-marée, et s’achève le processus de remémoration entamé quelques années auparavant, où la langue russe se mêle au français pour dire ce que furent ces parents désormais disparus (et on apprendra comment à la fin du livre), et surtout ce que fut la vérité de leurs sentiments pour leur fille. Une vérité terriblement complexe et dure, qui se construit par le récit qu’échafaude celle qui, une génération après, se retrouve elle aussi rescapée, survivante du camp familial. Avec en pointillés cette leçon, de Goethe je crois, selon laquelle être adulte, c’est avoir compris ses parents et leur avoir pardonné."
Vincent Engel

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28 10 06

Les larmes d'Allah

de meritensLe mensonge mène le monde et conduit la valse des crimes. Et dire que certains se moquent de ces mensonges innocents que sont les fictions ! Se moquent ou s’insurgent, jusqu’à les condamner... Alors qu’il n’est pas d’outil plus efficace pour dénoncer ces autres détournements de la vérité que pratiquent, tous les jours, des êtres sans scrupules ni autre talents que celui de tricher, détruire, avilir. Déshumaniser.
Les larmes d’Allah est un roman court et dense dont on se dit, hélas, qu’il a toutes les chances d’être vrai, alors que l’on voudrait pouvoir le condamner pour invraisemblance.
L’histoire, à la première personne du pluriel, de deux fillettes trop jumelles dans un pays que l’on devine être l’Irak. Leurs parents sont morts, assassinés. Pris en charge par un de ces fous de Dieu, elles vont connaître l’éducation des futures martyres, bien qu’elles ne soient que des femmes, toujours plus ou moins démoniaques. Jusqu’au jour de l’attentat...
Elles racontent leur chemin avec leurs voix d’enfants qui ont trop jeunes fait le deuil de leur innocence et accepté de faire celui de leur vie au nom d’une cause apprise par coeur. Et le lecteur découvre ce viol des âmes et des consciences qui conduit les plus purs au pire.
Un roman qui n’explique pas tout, mais aide à mieux comprendre la guerre que nous vivons. Avec une question irrésolue : Allah pleure-t-il de chagrin ou de rire ?
Vincent Engel

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26 10 06

Claudel frère et soeur

BONADominique Bona, celle à qui nous devons LA biographie de référence de Romain Gary (Folio), nous livre aujourd'hui l'autopsie d'un autre couple ambigu : Paul et Camille Claudel. Paul, le diplomate-religieux-écrivain et Camille, sa soeur, la sculptrice-amoureuse-passionnée. Indispensable.

  DOMINIQUE BONA - Nicky Depasse 1


Lecture d'un extrait par l'auteure :
  DOMINIQUE BONA - Nicky Depasse 2


BonaGary
  DOMINIQUE BONA - Nicky Depasse 3

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26 10 06

Doggy bag, saison 3

DJIANAvec sa chanson « Les Bobos », Renaud (qui vous donne rendez-vous ici la semaine prochaine) a remis un coup de projecteur sur Philippe Djian (qu’il adore). Et moi qui suis un bobo, je peux vous dire que j’adore « Doggy bag » ce roman à épisode dont la troisième saison vient de paraître. L'idée de partir de l'écriture d'une série télé pour bâtir un roman est évidente après coup, peut-être, mais elle est lumineuse. Le style adopté n'est pas aisé à lire au départ pour un homme peu habitué au montage des feuilletons actuels mais une fois le mode d'emploi assimilé, c'est un vrai bonheur. Le thème et le cadre des nanars, des soaps amerloques exploités par un auteur francophone de talent, voilà ce qu'est "Doggy bag". Un roman au lieu d'un coffret DVD. Génial. Le plus fort de l'exercice étant qu'on se prend au jeu d'un drame vécu par des riches dont on étale la vie sur toutes les chaînes diffusées sur ce meuble qui a tant de succès dans les foyers occidentaux. Doggy Bag est un morceau de littérature-clin-d'oeil jouissif, un petit moment de plaisir.
Pour écouter notre entretien à la parution de la première saison, cliquez sur la couverture.

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25 10 06

Geluck, Drucker, le Chat et les autres

GELUCKBELGE2Après plusieurs années passées sur le plateau de Vivement Dimanche, Philippe Geluck réunit dans un livre le meilleur de ses lettres et dessins destinés aux personnalités accueillies par l'éternel affable Michel Drucker. Ce sera sans doute un des livres les plus offerts cet hiver avec le Goncourt et le Kroll. L'occasion d'en parler avec son auteur plus belgo-parisien (bruxello-français?) que jamais.

PHILIPPE GELUCK - Brice Depasse 1


"Ca m'énerve un peu, ces gens people qui viennent donner leur avis sur des situations politiques qui les dépassent totalement."

PHILIPPE GELUCK - Brice Depasse 2


CHAT GELUCK

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25 10 06

Prix Femina : dernière sélection avant délibération

LITTELLCette année, le Femina tirera en premier. Les sept derniers sont désormais connus. Il s'agit de:
Françoise Henry : "Le rêve de Martin" ;
Nancy Huston : "Lignes de faille" ;
Jonathan Littell : "Les Bienveillantes" ;
Laurent Mauvignier : "Dans la foule" ;
Olivier & Patrick Poivre d'Arvor : "Disparaître" ;
Michel Schneider : "Marilyn dernières séances".
1HUSTONBref, que du beau monde et de bons livres. Le choix du 30 octobre sera difficile.

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25 10 06

Nouveauté Poche : Duelle

BARBARAABELAvec la sortie de Duelle au format de poche, l’occasion est trop belle de revenir sur l’excellent roman d’une auteure belge qui grimpe au firmament de la galaxie polar.
Polar vache où les apparences volent en éclats dans un battement de cil et où rien n’est jamais tout à fait comme le lecteur l’avait prévu, Duelle aborde le thème classique de la gémellité sous un angle résolument grinçant. Lucy, abandonnée à la naissance, tourne en rond dans une vie trop confortable lorsque les équipes de l’émission « Devine Qui est Là ? » déboule dans son salon. Sur le principe archi connu de Perdu de Vue, cette émission renoue le contact entre des gens que la vie a éloigné. Persuadée que sa mère biologique tente de la retrouver, Lucy accepte l’invitation à se rendre sur le plateau de l’émission. Le soir du direct, une surprise de taille l’attend.
Construit comme une incroyable spirale, « Duelle » happe le lecteur après un départ un peu longuet (accrochez vous les amis, je vous assure, cela vaut la peine) pour ne plus le lâcher jusqu’au final que l’on hésitera pas à qualifier d’apocalyptique. D’autant qu’entre-temps, Barbara Abel prendra à malin plaisir à jouer des stéréotypes, à piéger ses personnages ou encore à emmener ses héroïnes et le lecteur là où personne ne les attendait.
Dans les années soixante, Robert Plant hurlait que l’âme de la femme avait été forgée dans les enfers. Je ne me prononcerai pas, mais je puis par contre vous assurer que Barbara Abel est une diablesse de la plume !
Chris Corthouts

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24 10 06

Je m'en souviendrai

GUERSUn des bonheurs de ce métier est de découvrir des romans qu'on n'aurait pas nécessairement ouverts face au choix gigantesque qu'offre l'édition actuelle.
"Tu te souviens" est de ces livres à la beauté pure, à la sensibilité aiguë, au style littéraire abouti. L'histoire poignante d'une femme et de son garçon dans le cadre historique de la seconde guerre mondiale et de l'après guerre. Simplement bouleversant.

MARIE-JOSEPHE GUERS - Brice Depasse 1
MARIE-JOSEPHE GUERS - Brice Depasse 2

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24 10 06

Le retour en force des Vikings

WEBERA force cela doit certainement le saouler, mais qu’il m’en excuse d’avance, pour moi Patrick Weber reste « l’ancien rédacteur en chef de Télémoustique ». Et cela, sans connotation aucune puisque j’ai grandi avec ce magazine télé plus drôle et plus piquant que « l’autre » hebdo que l’on parcourait surtout pour voir quelle vedette du mois allait nous montrer ses nénés. Mais je m’égare dans des souvenirs qui n’ont pas leur place sur ce blog. Allez donc, Nostalgie quand tu nous tiens (et celle là, je l’ai fait exprès !)
Où en étais-je ? Ah yes, Patrick Weber. Lorsque Brice m’a annoncé tout à trac que l’homme, que l’on connaît aussi pour son attachement à tout ce qui est royal entrait de plein pied dans mon univers de référence, je veux bien entendu parler du thriller de genre, je m’offrais un froncement de sourcils à la Roger Moore. « Qu’est-ce donc ? ». «Oui, me confirma mon chef, il s’agit bien d’un thriller, avec des vrais morceaux de Vikings dedans ». Là je me mettais en arrêt, façon chien de chasse. Car mis à part quelques raretés (comme Le 13ième Guerrier de Michael Crichton ou encore Valhalla, de Clive Cussler) les Vikings ne sont pas vraiment des vedettes de la sphère que je parcoure habituellement, ma petite sacoche de Docteur Corthouts pendouillant au bout de mon bras. Aussitôt le bouquin reçu, je me plongeais dans sa lecture… pour n’en ressortir que quelques looooongues heures plus tard, avec un large sourire sur le visage.
Vikings débute durant la Seconde Guerre Mondiale et nous raconte comment les SS d’une part, et un jeune archéologue se lancent sur les traces d’une « arme absolue » qui aurait servi les Vikings lors de leurs conquêtes des terres franques à quelques encablures de l’an Mil.
Ce « Marteau des Dieu », que les SS nomment « Anti-Croix » fait évidemment fantasmer les mignons d’Hitler – Himmler en tête – qui y voient le moyen définitif non seulement d’asseoir la race aryenne comme seule origine admissible de l’homme, mais également de bannir à jamais le christianisme et toutes les autres religions monothéistes de la surface de Terre.
Malin, Weber construit son histoire sur deux époques, traçant un parallèle troublant entre la soif de pouvoir et de destruction des officiers hitlériens et la sauvagerie de certains vikings hermétiques à toute humanité. Avec une érudition parfaitement intégrée au récit, un sens du rythme que ne renieraient pas les grands auteurs de thriller anglo-saxons, Patrick Weber fait souffler un vent de fraîcheur sur des thématiques connues en leur offrant un éclairage inédit. C’est à peine si on lui reprochera une certaine indulgence vis-à-vis du pouvoir du Vatican qui sous des dehors de défenseur de la paix entre les hommes agit surtout en terme pragmatique et protectionniste. Mais c’est là un détail au cœur d’un roman dont la trame et l’exécution sont un pur plaisir !Chris Corthouts

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23 10 06

"Un jour, un poche" par Christophe Corthouts

kenfollettKen Follett n’a pas chez nous la notoriété d’un Stepehn King ou d’une Mary Higgins Clark. Pourtant, dans le passionnant reportage télévisé consacré aux best-sellers et diffuséeil y a quelques semaines sur les antennes de la RTBF, l’auteur des « Pilliers de la Terre » figurait en bonne place. Et pour cause ! A partir de 1978 et la sortie de « L’Arme à L’œil », Follett s’invite régulièrement dans la liste des best-sellers mondiaux, s’offrant des tirages à vous faire tourner la tête. Comme un poisson dans l’eau au cœur d’intrigue d’espionnage Follett, va pourtant écrire ce qui reste aujourd’hui son chef d’œuvre en explorant le Moyen Age et la construction d’une cathédrale. Dans « Les Pilliers de la Terre », l’auteur utilise le chantier de cet édifice religieux ô combien symbolique, pour nous raconter la vie d’une volée de personnages sur une période de plus de trente ans. Intrigues, meurtres, guerres, famine, drames humains et historiques… Avec un art consommé de l’écriture et une fascinante authenticité, Follett parvient à nous faire vivre le Moyen Age, comme aucun livre d’Histoire, ou presque.
Devenu un véritable phénomène - de la bouche de Follett lui-même, il s’agit du livre dont les fans lui parlent le plus souvent- « Les Pilliers de la Terre » montre à quel point un sujet en apparence hermétique peut rapidement s’avérer une caisse de résonance idéale pour un auteur de talent et une passionnante métaphore pour le lecteur !
Chris Corthouts

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