20 10 06

Les coups de poing de Guillaume Chérel

prends_caVoilà un titre qui ne passe pas inaperçu. Dès les premières lignes du livre, on perçoit derrière l'auteur un personnage pas banal. Sensible, extrêmement, mais très, très en colère. "Prends ça dans ta gueule" est un livre social écrit comme un roman noir américain. Sauf que sa trame se déroule à Toulouse. Sauf qu'il n'y a ni bon ni méchant dans cette confrontation en huis clos. L'ancien chroniqueur de Fred Begbeider sur Paris Première (avec qui il n'a rien en commun, vous le comprendrez très vite) a écrit un roman atypique, l'histoire d'un homme à qui le syndicalisme exacerbé se révèle violemment dans toute sa naïveté tel le Lantier dans Germinal.

GUILLAUME CHEREL - Brice Depasse 1


Où il est question de citations mais aussi des derniers coups de coeur et coups de gueule du Guillaume Chérel, critique littéraire au Point : Jonathan Littell, Christine Angot, Yasmina Khadra, etc, écoutez !

GUILLAUME CHEREL - Brice Depasse 2

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20 10 06

Poche : L'étoile noire

michèlemailletTout est mis en place pour que ce roman marche bien... Le bandeau annonce 110.000 exemplaires vendus, mais plus encore, la préface de Simone Veil en fait un roman exemplaire. Qui plus est sur un sujet sensible s’il en est : l’extermination des Juifs par les nazis. Sujet sensible qui engendre des fictions “sensibles”. Les mots ne veulent pas toujours dire la même chose.
Comment écrire encore des romans sur la Shoah ? Jorge Semprun est appelé à la rescousse pour la promotion du livre (volontairement ou non, on n’en sait rien) : le temps passant, qui emporte les survivants, la fiction devient le moyen idéal pour transmettre la mémoire. Tout à fait d’accord. Cela ne veut pas signifier pour autant que toute fiction choisissant de traiter de ce sujet y réussira et contribuera à cette mission de témoignage et de mémoire.
Quand on se penche sur la réalité historique des camps, on se rend compte que la fiction sera toujours en dessous de ce qui s’est passé. Quoi qu’on imagine et qui concerne l’humanité, y compris donc l’inhumanité, a pu se produire dans les camps. Le pire, bien sûr, mais aussi le meilleur.Cela ne veut pas dire que l’on peut écrire n’importe quoi. La fiction a ses règles que le réel ignore, à commencer par la vraisemblance.
Le roman de Michelle Maillet est donc présenté comme un roman sur l’extermination nazie, mais pas celle que l’on croit : « L’auteur y aborde », annonce la couverture « le sujet de déportation des Noirs pendant la Seconde Guerre Mondiale. Un sujet trop peu connu qu’elle traite magistralement sous la forme d’un roman sensible, fort, mais aussi tendre, unique. »Annonce qui pose quelques problèmes. Et tout d’abord, celui de cette “déportation des Noirs”. Les nazis étaient viscéralement racistes, c’est indubitable. Ils s’en sont pris à toutes les races “inférieures”, à commencer par les Juifs et les Tziganes. Mais seuls ceux-ci ont fait l’objet d’une politique d’extermination systématique. Dans le roman de Maillet, les héros, une Antillaise et ses deux jumeaux de six ans, sont effectivement déportés et conduits dans les camps de la mort, mais pas parce qu’ils sont Noirs : parce qu’elle est la servante d’un couple de Juifs qui se sont faits rafler. Bien sûr, qu’ils soient Noirs ne sera pas perçu comme un argument positif en leur faveur, et ils n’échapperont pas à la déportation. Mais d’autres, Bretons, Normands ou peu importe leur caractéristique, se sont retrouvés emportés dans ces rafles, simplement parce qu’ils avaient eu le malheur d’être là au mauvais moment.
Que les Noirs soient, aux yeux des Allemands nazis, des “cochons” comme les autres, sans doute. N’oublions pas cependant qu’après la guerre, Leni Riefensthal, l’égérie photographe et cinéaste d’Adolph Hitler, partira en Afrique photographier les Noubas, considérée par cette nazie comme une race de seigneurs...
L’avantage promotionnel de cette annonce est évident : la Shoah reste “un bon sujet”, mais il y a une lassitude, alors que l’anticolonialisme a le vent en poupe. Combiner les deux est un moyen idéal pour attirer l’attention. Et l’auteur parviendra, avec talent (en partie du moins), à combiner ces deux sujets.
Et c’est l’autre problème soulevé par cette annonce : les qualités du roman. Pourtant, au début, on est pris. C’est bien écrit, effectivement “sensible”. Sidonie, la narratrice, raconte son enfance dans les Antilles, où sa famille partage le rêve de “se blanchir”, de faire oublier ses origines noires (c’est d’ailleurs un des moteurs centraux du magnifique roman de Roth, La tache). Emportée avec ses deux enfants, étouffant dans le train plombé, elle établit un lien imaginaire entre les esclaves de jadis et les victimes des nazis. Pour survivre, pour résister à cet effondrement du monde, elle invente une divinité, entre la Vierge et ce qu’elle sait des divinités africaines oubliées, qui viendra en aide même à une jeune Juive. L’oecuménisme de la solidarité humaine...Tout cela fonctionne bien, avec émotion et humour, parce que les enfants sont là. Et l’on comprend que ceux-ci sont effectivement l’ingrédient qui fait marcher le livre au moment où ils disparaissent : le garçon reste dans le camp (et on ne saura plus rien de lui) tandis que la fillette meurt. C’est le passage où le livre s’effondre : quand la mère découvre le cadavre de sa fille. Une scène ratée, sans aucune émotion. On n’y croit plus, les masques tombent. On s’est fait duper comme des bleus.
Ensuite, ce n’est plus qu’une accumulation de clichés et de scènes déjà lues mille fois sur les camps de concentration. Je passerai sur l’incongruité qu’il y a à imaginer qu’un détenu, dans ces conditions, a les moyens de tenir un journal intime et de le cacher. Peu importe ; plus rien ne viendra sauver le roman. Pas même une promotion qui a su réquisitionner d’aussi illustres figures que Simone Veil ou Jorge Semprun...
Signalons quand même que ce roman a obtenu le prix de la Licra.
Vincent Engel
Ecoutez l'interview de Michelle Maillet en cliquant sur la couverture.

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20 10 06

Poche : La mort de Don Juan

ppdadonjuanViktor Parker est un acteur et un séducteur hors pair qui, à l’instar de don Juan et de lord Byron, son modèle, collectionne les femmes et les succès. Mais le voilà atteint d’une tumeur au cerveau. Le bilan qu’il fait de sa vie met en lumière le vide superficielle de celle-ci, et la gloire ne comble pas le vide que le deuil et les absences y ont creusé. Vient alors le projet dément, si fidèle à Byron et plus encore à Mary Shelley, créatrice de Frankenstein et proche de Byron, qui permettra à Parker de pousser l’identification avec son modèle plus loin qu’il n’a jamais été possible...Au départ Journal d’un séducteur, La mort de Don Juan se dévoile comme une réflexion sur la peur de mourir (qui est sans doute le moteur le plus efficace de la séduction) et sur le désir, irrationnel et terrifiant, de repousser les limites de l’existence, de pousser les portes de l’immortalité. Un prolongement...
Mais lorsque le prêtre qui rend visite à Meursault, dans sa prison, lui demande s’il n’a jamais rêvé à une autre existence que la sienne, le condamné lui répond : “oui, mais à une vie où je me souviendrais de celle-ci”. Et c’est sur cet écueil que Patrick Poivre d’Arvor développe le drame de Parker qui, par ses peurs, nous ressemble tant...
Vincent Engel

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19 10 06

Du sang sur le green

COBEN GreenLes fans d'Harlan Coben vont être aux anges ! En effet, alors que le Fleuve Noir continue l'édition régulière des aventures de Myron Bolitar, un club du livre bien connu joue les troubles fêtes de l'édition et propose aux lecteurs de découvrir « Promets-moi », le tout dernier Coben paru en anglais, plusieurs mois avant la date annoncée par les Editions Belfond. Un doublé de sorties qui devrait rassasier le chaland. En attendant de revenir sur « Promets-moi », dont Harlan nous parlait en exclusivité dans l'interview qu'il nous avait accordée en mai dernier (et que vous pouvez écouter en cliquant sur la couverture) attardons-nous sur « Du Sang sur le Green », un roman charnière à plus d'un titre dans la carrière du phénomène du polar.
« Du Sang sur le Green » est une nouvelle aventure de Myron Bolitar (la quatrième dans l'ordre chronologique de sortie des romans originaux) qui se déroule, comme son titre l'indique, dans le milieu du golf. Bolitar est contacté par une championne de petite balle blanche afin de retrouver son fils, enlevé alors que la grande finale d'un tournoi de toute première importance se profile à l'horizon. Les choses se compliquent lorsque le mari de la championne, lui-même ex-golfeur de haut vol, est retrouvé mort.
Ce quatrième roman constitue un véritable tournant dans la carrière littéraire de Coben. Selon ses propres dires, il commence alors à se sentir parfaitement à l'aise avec le personnage de Myron Bolitar, son univers et ses codes. A l'aise au point de pouvoir en jouer et de soudain approfondir son propos en s'éloignant peu à peu de la formule trop étroite du simple polar à énigme. La plongée dans le monde du golf n'est évidemment pas innocente. Alors que les premiers romans de la série abordait des sports “populaires”, « Du Sang sur le Green » permet à Coben d'entrer de plein pied dans un monde très upperclass, régi par des codes stricts et baigné d'une hypocrisie à faire grincer les dents. Le sésame qui permet à Coben de promener son regard pertinent et goguenard dans ce monde d'apparences, c'est évidemment Win, compagnon de route inséparable de Bolitar, psychopathe étrangement fascinant qui acquiert ici une profondeur et une humanité pour offrir aux autres romans de la série une toute autre couleur. D'ailleurs, après la sortie de « Du Sang sur le Green » aux Etats Unis, l'éditeur de Coben commencera sérieusement à envisager la publication des aventures de Myron Bolitar en grand format. Les aventures de l'agent sportif prendront alors un tournant plus humain, plus sombre parfois, jusqu'à la sortie de « Darkest Fear », premier grand format d'Harlan Coben et prémisse logique à son premier best-seller international : « Ne Le Dis à Personne ».
Chris Corthouts

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19 10 06

La fureur de lire

affiche_fureur_2006"La Fureur de Lire" bat son plein. Pour consulter le programme de toutes les manifestations, cliquez sur l'affiche.
Ci-dessous le billet de la rédaction de Nostalgie présenté hier matin par Eddy De Wilde et Nathan Skweres, reportage d'Eddy Piron.

  FUREUR de LIRE - Rédaction Nostalgie

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17 10 06

Les dernières séances de Marilyn Monroe

ScheniderMichel Schneider, second psychanalyste à nous rendre visite en l'espace d'une semaine, figure en bonne place en cette saison des prix littéraires dans l'esprit du métier de l'édition et du public. Son livre, "Marilyn, dernières séances", est un bijou de littérature et d'histoire (petite?). Marilyn n'a laissé personne indifférent, de JFK à Elton John, d'Yves Montand à nous tous, d'Hollywood à Ralph Greenson, son (dernier) psychanalyste. "Marilyn, dernières séances" raconte les deux dernières années de la (trop courte) vie de l'actrice emblématique de l'après-guerre à la lumière du couple trouble qu'elle forma avec son psy. Fascinant.
Nicky Depasse

MICHEL SCHNEIDER - Nicky Depasse 1
MICHEL SCHNEIDER - Nicky Depasse 2

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17 10 06

Le violon du diable

ViolondudiableHD2Apparu dans les années quatre-vingts dix, le duo Douglas Preston, Lincoln Child s’est, dans un premier temps, inscrit dans la lignée de Michaël Crichton. Avec Relic, leur premier succès, ils mêlaient suspense archéologique et dimension scientifique dans le décor inattendu du Musée des Sciences de New-York et les sous-sols de la Big Apple.
Ensuite, dans un souci de ne pas épuiser un filon déjà bien exploité et d’offrir au lecteur de nouvelles sensations, ils se sont mis à explorer très largement le spectre du roman de genre, bondissant de l’aventure au suspense technologique, du roman catastrophe au thriller horrifique sans jamais se départir d’une mission plus qu’honorable : surprendre et divertir.
C’est dans cette quête versatile que s’inscrivent les aventures de Pendergast, un agent du FBI pas comme les autres, dont les origines remontent non seulement à Sherlock Holmes, mais aussi aux nombreux détectives de l’étrange qui peuplaient les pulps d’antan de leurs démarche tranquille et de leur attitude un rien anarchiste.
Lorsque survient Pendergast, l’étrange n’est jamais très loin, le surnaturel semble de la partie et de sombres influences sont l’œuvre.
Ce Violon du Diable ne fait d’ailleurs pas exception. Le corps d’un critique d’art est retrouvé, carbonisé, dans une chambre close, qui semble n’avoir subit aucun dégât du feu… Et sur le sol de bois brut, on découvre l’empreinte d’un sabot fourchu. Un producteur de musique rap décède dans des conditions atroces, bouilli entre les quatre murs de son appartement… Et sur le mur, un visage diabolique et grimaçant défie les enquêteurs.
A Pendergast et son vieil ami D’Agosta, ancien flic de New York, de démêler les fils de cette intrigue qui sent littéralement le souffre… Et porte la marque de la Bête. Tout cela est-il une mise en scène élaborée ? Ou l’œuvre de Satan en personne, venu réclamer son dû à des mortels par trop désinvolte ?
A vous lecteur de le découvrir au long de 500 pages de suspense rondement mené, où les chapitres s’enchaînent à grande allure pour former un rollercoaster narratif à vous faire perdre le sommeil. Excellent dans l’art subtil du « page turner », le duo Lincoln Child ne laisse rien au hasard et sait jouer sa partition à la perfection. Hommage appuyé doit d’ailleurs leur être rendu pour avoir créé, avec l’agent Pendergast, une vrai figure littéraire à la hauteur d’un Holmes, ou presque, dont le caractère déterminé et complexe à la fois, apporte une véritable épaisseur à ce que d’aucun aurait bien tort de considérer comme un divertissement de grande consommation, vite lu, vite oublié. Pas encore envisagés comme des pointures sous nos latitudes, Lincoln et Child réclament pourtant toute votre attention pour une vraie lecture plaisir.
Chris Corthouts

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17 10 06

Jourdain par François Salvaing

SALVAING Il est des destins qui se jouent sur d’improbable événement. Un détail surgit, une vie bascule. C’est ce qui arrive, durant la guerre, à Jean Jourdain, descendant de Juifs convertis depuis longtemps, jeune homme qui n’est pas encore devenu un puissant homme d’affaires ... "Une prouesse dont on se délecte" conclut Vincent Engel au terme de sa chronique sur le dernier livre de François Salvaing, "Jourdain" dont vous pouvez découvrir tous les détails en cliquant sur la couverture.

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16 10 06

Ô Jerusalem

ojerusalem Il y a trente-cinq ans, Dominique Lapierre et Larry Collins faisaient oeuvre d'historiens en publiant "Ô Jerusalem", un récit qui allait être lu par cinquante millions de personnes. Un nouveau triomphe après leur légendaire "Paris brûle-t-il ?"
Après maintes tentatives d'adaptation avortées, c'est Elie Chouraqui qui porte enfin le livre à l'écran. Sortie ce mercredi 18 octobre. Un véritable événement. Pour avoir eu l'occasion de voir ce film boulversant, je peux vous dire qu'il ne vous laissera pas indifférent et que, plus que tout, il remet, comme le livre, la dramatique situation au Proche-Orient dans son contexte.
Si "Ô Jérusalem" est un succès public, il aura le grand mérite de faire comprendre aux hommes qu'il est vain de prendre cause pour l'un contre l'autre. Il est grand temps aujourd'hui, comme en 1948, de prendre fait et cause pour les Juifs ET les Palestiniens.





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Entretien avec Dominique Lapierre dont le livre est à nouveau publié en grand format chez Robert Laffont :

DOMNIQUE LAPIERRE - Brice Depasse


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J'ai pu dans la même journée joindre Elie Chouraqui sortant d'une interview chez Michel Drucker.

ELIE CHOURAQUI - Brice Depasse








Le trailer du film :



Bonus : un aparté avec Dominique Lapierre avant l'enregistrement de notre entretien :

DOMNIQUE LAPIERRE - Brice Depasse chute

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15 10 06

Les Oedipe de Jacqueline Harpman

HARPMANEn tant que psychanalyste, il n'y a rien d'inattendu à ce que Jacqueline Harpman s'attaque au mythe d'Oedipe. Mais que la célèbre romancière le fasse sous la forme d'une trilogie théâtrale, volià qui est surprenant. "Mes Oedipe" ou la tragédie grecque actualisée mettant en scène des personnages évoluant dans un scénario issu de l'antiquité. Mais, car il y a un heureux "mais", Oedipe, Jocaste et/ou Antigone n'ont ni les réactions, ni le verbe de leur siècle "classique". "Mes Oedipe" en devient un texte étonnant et captivant (dont l'humour n'est pas absent) même pour ceux que les Sophoccle et consorts ont traumatisé et ennuyé pendant les cours de Grec (dont Jacqueline Harpman).

  JACQUELINE HARPMAN - Brice Depasse 1


Puisqu'il s'agit d'une tragédie, la lecture d'un extrait s'est faite à deux (pardon pour cette "première lecture" improvisée d'un très mauvais comédien").

  JACQUELINE HARPMAN - Brice Depasse 2

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