31 03 12

Petites histoires extraordinaires du quotidien...

image13521.jpg"Soignez-moi", un premier recueil de nouvelles pour une jeune écrivain belge, Aurélia Demarlier. Diplômée en philosophie, elle se définit très justement comme "la fille qui avait une plume à la place du coeur." Lauréate du Prix Jeune Ecrivain en 2011 pour sa première nouvelle "la tartine", elle s'est lancée dans l'écriture d'un recueil plus complet et à juste titre!

"Soignez-moi" n'est pas un livre ordinaire... Malgré son titre, il ne nous raconte pas ces petites histoires d'hôpitaux mais nous parle de personnes... à priori "normales" qui un jour se trouvent confrontées à des situations farfelues...

Au fil des pages et de ces neuf nouvelles, on suit les histoires de Juliette, Iris, Hortense et bien d'autres... Des histoires étranges, mystérieuses mais très drôles et touchantes... Peut-on imaginer un jour que votre chaine Hi-Fi vous donne des ordres, que vous ne voyez que la vie non pas en rose mais en mauve? Vous avez une meilleure amie qui nourrit son ego par le reflet de votre visage? Tant d'histoires qui poussent à la réflexion et à l'affection pour ces personnages...

 Ma préférée? "Increvable". Une histoire assez banale en somme mais qui nous rapproche de la réalité.. Avec cette jeune maman qui pour faire plaisir à sa fille lui achète un hamster... Une durée de vie de 2-3 ans à priori... Mais... comme les choses ne tournent pas rond, ce hamster est "increvable". Un récit amusant, drôle et même touchant... On sourit, on rit et on s'identifie... "Cela fait huit ans que Désiré (nom ingénieusement choisi par ma fille) parcourt deux kilomètres de steppes toutes les nuits, faisant grincer sa roue dans un tintamarre criminel. Ma fille ayant besoin de sommeil, je me suis sacrifiée pour accueillir Désiré dans ma chambre. En effet, il s'agissait du seul lieu de résidence jugé salubre à la lumière des critères dictatoriaux établis par la Biblie du Hamster..."

 Bref, "Soignez-moi" est un recueil de nouvelles passionnant dont on a beaucoup de mal à décrocher une fois commencé... Je le conseille vivement à tous ceux qui veulent passer un excellent moment de détente...

Soignez-moi, Aurélia Demarlier, éd.Kiroraphaires, 2012, 223pp, 22,45€.

 N"hésitez pas à jeter un oeil sur le blog de l'écrivain: http://www.lesmotsdaurelia.net

Écrit par Gwendoline Fusillier dans Belge, Nouvelles | Commentaires (0) |  Facebook | |

26 03 12

Un recueil -gigogne

9782021046953.jpg

"Oui, je le dis: combiner du Laspallières, c'est être un écrivain. C'est dans cet esprit qu'il a conçu son oeuvre: comme une bibliothèque ouverte où les hommes de bonne volonté peuvent puiser pour écrire, dès lors qu'ils ont du courage, du caractère et un peu de talent."

Retrouvant son cher Pierre Gould - le héros récurrent des Contes carnivores - le narrateur est invité à découvrir les sections de son étrange bibliothèque: les ouvrages écrits par des amnésiques côtoient ceux qui tuent le lecteur, le font mourir d'ennui,  lui insufflent de l'énergie, exigent un dress code, se prêtent, en vraies gigognes à une infinité de lectures et ceux qui se sont vus renier par leurs auteurs, ou dont le contenu s'évapore, faute d'être consulté.

Nouvelles, fables, allégorie de l'écriture,  les chapitres consacrés à la littérature et son absurdité jubilatoire sont coupés des récits de découvertes de villes imaginaires - ville-miroir, ville soporifique, hypermnésique... - et de travers de société pour le moins déconcertants: échangisme...d'identité, multiplication de celles-ci, rajeunissements intempestifs, ....

Renouant avec la veine drôlissime des "Contes carnivores" (Le Seuil 2008 - Prix Rossel) et celle d'un Petit Prince, en voyage en Absurdie,  l'écrivain belge  - il enseigne le Droit à Dijon - mène à son comble, avec une rigueur cartésienne,  la logique de raisonnements loufoques.

Quiriny rime avec… génie.

Apolline Elter

Une collection très particulière, Bernard Quiriny, nouvelles, mars 2012, 186 pp, 17 €

 

Prolongation de lecture:

 

AE, Bernard Quiriny, la visite de la bibliothèque de Pierre Gould dévoile une série important e de pistes de romans. C’est le côté « gigogne » d’Une collection très particulière ? 

 

Bernard Quiriny : D’une certaine manière, oui : ce livre possède un côté « malle aux trésors », ainsi qu’un côté Rubik’s Cube. Mais je crois que les faux romans inventoriés par Gould sont destinés à demeurer à l’état imaginaire. A moins qu’un auteur désoeuvré ne veuille les écrire…

 

AE :  Enrique Vila –Matas avait signé la préface des Contes carnivores. Est-il meilleur hommage que d’évoquer La Lecture assassine,  « un livre qui tue ses lecteurs. »

 

Bernard Quiriny : Non seulement il m’avait fait l’honneur de préfacer « Contes carnivores », mais il m’a cité dans son « Journal Volubile ». La moindre des choses était de l’inclure à mon tour dans ce livre, comme je l’avais déjà fait dans « L’Angoisse… ». Disons que c’est une sorte de correspondance implicite transportée par livres.

 

AE : Un écrivain a-t-il toujours besoin d’un  « caillou dans sa chaussure pour le faire boiter » ?

 

Bernard Quiriny : Je n’en suis pas sûr. C’est une théorie de Gould, mais elle ne me convainc qu’à moitié. Personnellement, le moindre caillou dans ma chaussure aurait tendance à me paralyser. Ce qui me permet, pour une fois, de n’être pas d’accord avec lui.

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Nouvelles | Commentaires (0) |  Facebook | |

31 01 12

Les jolis délires de Jean-Luc !

Fonck Reveillez vous.jpgVoilà un livre qui fait du bien ! Qui vous fait sourire, rire, revenir en arrière pour être sûr que vous avez bien saisi l'allusion, le calembour, le jeu de mot... Et c'est du Jean-Luc Fonck ! C'est dire que plus c'est "vaseux", mieux c'est ! Du plaisir à longueur de phrases, de pages, d'histoires ! Le titre est bien à la mesure du propos : "Rêvéveillez-moi" ! Il s'agit de 25 courts texte qui racontent chacun un rêve. Un rêve où l'auteur se retrouve chien, poisson, fermier ou même Laura Ingalls ! Comme toujours, Jean-Luc, qu'on le veuille ou non, que l'on le ressente ou pas, va plus loin que l'anecdote. Je l'ai comparé, dès que j'eus l'honneur de lire ces premiers écrits en avant-première (c'était à la fois dans la DH et dans "Le jeu des Dictionnaires"), à un Boris Vian belge. Je pensais à l'imagination, au délire, mais aussi à l'aspect plus littéraire et de fond. Alors, laissons-nous aller, quel que soit le degré de lecture, aux jeux de mots. Rencontrons donc, prenons l'exemple du rêve où Jean-Luc est chien, en début de volume : "Shirley Basset, Joe Cocker, Danois Summer, La Bande à Basile ("C'est le chenil qui redémarre..."), Michel Berger... et Desireless, parce que tous les chiens qui veulent sortir désirent laisse !" Pour s'endormir le soir, il y a pas meilleure lecture ! Et puisqu'il faut une âme d'enfant, l'édition propose - en sus - de feuilletter très vite les pages pour voir la photo de Jean-Luc s'animer... Vous vous souvenez de votre enfance ? C'est aussi un grand jeu de références musicales et télévisuelles ! Sacré Jean-Luc ! Encore une fois bravo !

Jacques MERCIER

 

"Rêvéveillez-moi", Jean-Luc Fonck, Luc Pire éditions(Editions Naimette), 2012, 160 pages, www.sttellla.be

Écrit par Jacques Mercier dans Humour, Jacques Mercier, Nouvelles | Commentaires (1) |  Facebook | |

12 01 12

Le mélange du réel et de l'imaginaire !

Dartelevelle narconews.jpgAvec quel bonheur, j'avais eu l'occasion au début des années 2000 de publier dans la collection "Les Maîtres de l'Imaginaire", et dont j'étais le directeur littéraire, des textes d'Alain Dartevelle ! C'est d'ailleurs lui qui fut à l'origine de mes deux romans différents "L'Année 13" et "Mortes Maisons", rééditées en numérique depuis quelques semaines. Alain Dartevelle est un auteur mutliple. Son premier roman "Script" fut publié chez Denoël dans la collection "Présences du futur" et le suivant "Imago" chez J'ai Lu ! De sérieux références pour un début de carrière littéraire de cet "homme de la poste", où il fit sa carrière ! Les questions que posent les nouvelles de ce nouveau recueil sont actuelles et à peine cachées ! Comment donc a fini cet Etat Belgica dont le sort se décide en un étrange casino ultramoderne ? Barock Obamo fut-il un saint ? Et depuis quand la vision des actualités entraîne-t-elle une addiction extrême ? Parodie évidemment, mais aussi érotisme et fantastique se partagent les sentiments de lecture. A sa manière, chacun de ces récits fait un mélange des genres un mode d'élucidation de ce monde qu'on dit réel.Un extrait pour vous mettre en appétit : "Il est vrai que dans le tourbillon de la passion, nous protégions de moins en moins bien nos secrets. De sorte que nos excursions  éclair en des endroits peu propices à la confidentialité – le parc d’attraction de Fantasyland où nous sommes retombés en enfance le temps d’un week-end, et cette visite des ruines d’Halicarnasse qui me vit, flanquée de mon petit crooner, tirer après nous une meute de paparazzi – ne contribuèrent pas peu à amplifier ce phénomène par lequel une présidente de la République se muait en vedette."

Jacques MERCIER

 Narconews, et autres mauvaises nouvelles du monde, Editions Murmure des soirs, 2011, couv. impr., bande-titre, 87 p. Prix : 14,00 € www.murmuredessoirs.com

12 11 11

Une vision décalée du futur...

jpg_narconews.jpgAvec "Narconews", son nouveau recueil de nouvelles, Alain Dartevelle nous emmène dans une série de textes fictionnels. Composé de neuf récits décalés se déroulant principalement dans la "Bruocsella" de l'Etat Belgica, ce recueil est très branché sur l'actualité et la situation politique actuelle. L'auteur nous offre certes une vision très pessimiste du futur.

Même s'il n'y a pas de narration à rebondissement, les différents récits mettent en scène un monde imaginaire, une série d'instantanés ironiques, amusants parfois violents. Une narration assez atypique qui mélange le présent et le futur, une histoire entre les deux, à la fois incroyable et pourtant très crédible.

 

Un extrait du cinquième récit intitulé: "Les Beaux restes". Dans celui-ci, on se retrouve à "Bruocsella" à travers les yeux d'un cadre supérieur qui rejoint la capitale par une autoroute dédoublée pour faire place à la circulation privatisée d'un côté et nationale de l'autre.

"Un peu par routine et surtout par aveuglement, incapable qu'il était de réaliser l'ampleur de la déglingue dans laquelle se trouvait le pays, Raymond Van den Branden avait cru bon de prendre l'E40 pour relier Ludwige-sa base logistique du moment- à Bruocsella où l'attendait une réunion de travail déterminante..."


Narconews et autres mauvaises nouvelles du monde, Alain Dartevelle, Ed. Murmure des soirs, Septembre 2011, 87pp, 14€

Écrit par Gwendoline Fusillier dans Nouvelles, Science-Fiction | Commentaires (0) |  Facebook | |

26 10 11

Déclinaisons sur un même " t'aime "

v_book_72.jpg

      A travers sept nouvelles, Manu Causse explore avec une justesse troublante les joies, les douleurs et les déchirures du couple, cette quête inlassable de l'âme soeur. Une déclinaison brillante sur le même « t'aime », que la trentaine vient ici perturber, pour le meilleur comme pour le pire. Et à chaque âge ses interrogations, son ressenti, ses appréhensions, ses envies. De l'enfant au vieillard en passant par le quadra, l'amour ou le désamour sont des carrefours de l'existence que chacun négocie du mieux qu'il peut.

      Sous la couette à l'effigie de Spiderman, l'enfant ne trouve pas le sommeil. Quelque chose a changé entre ses parents. « Mutation », « avocat », « garde partagée », les mots abscons qu'il surprend dans les conversations alimentent sa peur. Et son père de le réconforter, de le rassurer sur le fait que l'amour parental, contrairement à l'amour conjugal, est indéfectible. Et l'enfant de rêver d'un monde où amour rimerait avec toujours, y compris en couple : « Moi, quand je serai grand, j'aimerais bien avoir aussi de l'amour pour une fille, mais du qui tient, comme celui pour les enfants.» Pensée magique ? Espoir irréaliste? 

 

      Marié depuis douze ans, père de deux enfants, une vie que rien ne semble pouvoir sortir de sa routine, et soudain, une lettre. Sa signataire, une certaine Loena Brens, femme hollandaise rencontrée 17 ans plus tôt. Un amour adolescent, platonique mais ô combien marquant. Malgré les années, l'éloignement, les sentiments peuvent-ils garder leur intensité première? Que peut provoquer le retour d'un premier amour dans la vie d'un trentenaire? 

 

      Quatre-vingt treize ans, un portefeuille avec des photos anciennes aussi précieux qu'un talisman, et des souvenirs qui affleurent. A la maison de repos, au crépuscule de sa vie, le vieil homme n'a pour toute richesse que ses souvenirs. Et parmi eux, celui d'Elvina, son amour, sa lumière, celle qui a bouleversé sa vie au point de le conduire à quitter femme et enfants la trentaine passée... A t-il su rendre ses enfants heureux malgré la séparation? Est-il parvenu à leur montrer son amour ? 

 

      Des questionnements multiples que Manu Causse aborde avec sensibilité et talent. Un recueil mené de haute plume, au cours duquel le lecteur passe du rire aux larmes. Nul doute, chacun s'y retrouvera à un moment ou à un autre, l'âme mise à nu...

 

 

Petit guide des transports à l'usage du trentenaire amoureux, Manu Causse. Editions D'un noir si bleu, septembre 2011, 215 p., 16,50€.


Karine Fléjo

Écrit par Brice dans Nouvelles | Commentaires (0) |  Facebook | |

25 10 11

Réflexions de miroirs

tous_nos_petits_morceaux_01.j_1.jpg" Le pantomime suit son cours: Louison, de dos, gigote péniblement d'un vêtement à l'autre et se retourne vers moi, la grimace fin prête; Elle tord sa bouche,plisse ses yeux, chiffonne son front, fronce ses sourcils, tout cela en alternance, et presque en permanence; je crois n'avoir jamais vu son vrai visage, à supposer qu'il y en ait un derrière ce masque versatile."


Rassemblés dans une cave par une collectionneuse aveugle, des miroirs, animés par des rais de lumière subreptices s'échangent une amène série de ..réflexions. Ils revivent leur vie passée et ces scènes intimes  dont ils ont été les témoins privilégiés.

 

Une dizaine de nouvelles, un point de vue inventif -quelques bribes de phrases en ..miroir -  une plume alerte, subtile et maîtrisée reflètent... une belle surprise de la rentrée littéraire, une oeuvre sur laquelle il est bon de poser son regard.

 

Apolline Elter

 

Tous nos petits morceaux, Emmanuelle Urien, recueil de nouvelles,  Ed. D'un noir si bleu, sept 2011, 178 pp, 16,5€

Écrit par Apolline Elter dans Nouvelles, Rentrée littéraire | Commentaires (0) |  Facebook | |

15 10 11

Mais si, Mais si...

9782930585055FS.jpg" Le vieil homme qui buvait avec nous ce soir-là ne faisait pas partie de ma troupe. Il n'avait pas non plus l'allure des touristes habituels de mon concurrent. Cheveux et barbe en broussaille, la peau très pâle, un peu moite, il ressemblait à une saucisse de Francfort dont la date de péremption était largement dépassée".

 

Le ton est donné.

 

Pas facile pour le Messie (mais si, c'est lui) d'atterrir  en notre troisième millénaire, embryonnaire. Vieillard barbu, affublé d'un âne, il débarque là où on ne l'attend pas.De toutes façons, on ne l'attend guère et plutôt que d'affronter une opposition musclée, il ne rencontre qu'indifférence feutrée.

 

Dix nouvelles, couronnées d'un retour à Jérusalem, offrent au vieil homme tant d'étapes à travers le monde - Buenos Aires, Bonn, Bruxelles, Odessa, Venise, l'Andalousie ...- à la  rencontre de son prochain et de son quotidien.

 

Loufoque, burlesque  et comique se confrontent que sous-tend une reflexion sur notre société contemporaine: sommes-nous prêts à recevoir le message que le Messie entend nous délivrer?

AE

Messie malgré tout, Alain Berenboom,  recueil de nouvelles, Editions Genèse, sept.2011, 144 pp, 17 €

 

    Billet de faveur

 

AE: Alain Berenboom, "votre" messie, vieux et barbu, symbolise-t-il la (ré)conciliation de la religion juive et catholique? Les catholiques n’attendent pas plutôt le retour d’un homme, jeune  - certes barbu -  âgé de 33 ans?

 

Alain Berenboom: mon personnage est le messie tel que je l’imagine depuis mon enfance, à travers les histoires que me racontaient à ce sujet mon père et la lecture de l’ancien testament.

 

Dans mon esprit, mon propos est plus fantaisiste que religieux. Je ne crois pas (ou alors c’était inconscient) avoir envisagé ces histoires comme portant un message religieux et en tout cas il n’y est pas question dans mon esprit de la religion catholique (le messie à deux ou trois reprises s’étonne d’ailleurs de l’existence de Jésus qu’il ne connait pas apparemment ! )

 

AE: L'indifférence - l'apathie même -  que rencontre le Messie, est-elle plus grand fléau de notre société contemporaine?

 

Alain Berenboom:Non, c’est plutôt le manque de fantaisie. J’aimais bien ce slogan de 1968 : "L’imagination au pouvoir."

 

L’indifférence est le résultat d’un manque de volonté de réfléchir, de se cultiver, d’imaginer, pour relancer la civilisation

 

AE: En quoi consiste votre madeleine de Proust?

 

Alain Berenboom:Le souvenir de ma maman et de mon papa

 

 

16 06 11

Une révélation !

    9782709635172.jpg Le titre à lui-seul nous invite au voyage. Et quels voyages ! A travers onze nouvelles, Sophie Simon nous dépeint des scènes de vie d'une force et d'un réalisme sidérants. Dès les premières lignes, le lecteur est transporté en Amérique, pays de tous les possibles, de tous les rêves, de toutes les illusions, de toutes les extravagances aussi.

     Impossible de rester sur le seuil de ces histoires. Il suffit à l'auteur de quelques mots pour créer un degré d'intimité extraordinaire entre le lecteur et les personnages, pour lui faire visualiser les lieux, pour le propulser au coeur de ces vies. Des vies très différentes les unes des autres. De Peter fils d'agriculteur qui rêve des planches d'Hollywood, à Howard « Dieu du contre-ut » dont le chant ne séduit que son chien et exaspère sa femme, en passant par Sam et Carry ce couple à priori improbable, ou encore au coupable secret de Ed Bookman, chaque personnage est à un virage de son existence. A ce moment précis où tout peut basculer. Vers le meilleur comme vers le pire...

     Si les situations dépeintes diffèrent, tous ont en commun une insatisfaction par rapport à leur vie présente et ce désir prégnant de la faire évoluer, de s'arc-bouter à leurs rêves. Y parviendront-ils ? Se drapent-ils d'illusions ? Impossible de le savoir avant la dernière ligne, tant l'auteur excelle dans l'art de la chute.

     Avec ce premier recueil de nouvelles, tendre, émouvant, attachant, Sophie Simon fait une entrée aussi bien remarquée que remarquable dans le monde littéraire. Une plume trempée à l'encre d'un indéniable talent.

    Une révélation.

 

Karine Fléjo

 

American clichés, de Sophie Simon, Editions J.C. Lattès, avril 2011, 220p, 17€.

Écrit par Brice dans Nouvelles | Commentaires (0) |  Facebook | |

13 06 11

A tire d'elles !

 9782917898321.jpg     Audrey  est une jeune femme pleine de vie, légère, pétillante. Amoureuse. Depuis sa rencontre avec Maxence, elle se sent des ailes.

    Ce nid qu’elle a patiemment construit pour tous deux, brindille après brindille, lui semble indestructible. A l’image de son incommensurable amour. Céline l’eût pourtant mise en garde « Faire confiance aux hommes, c’est déjà se faire tuer un peu »... Et son bonheur d’être fauché en plein vol quand elle apprend que son conjoint est volage. Celui qui les premiers temps la couvrait d’attentions délicates, se montrait fougueux, mieux que personne « connaissait sa note d’O », s’avère collectionner les maîtresses. Leur nid est occupé par des coucous. Menteur, manipulateur, Maxence excelle dans l’art des pirouettes et autres loopings, nie les évidences. Mais les ailes d'Audrey lui en tombent quand elle pense à Elles, ces femmes dont il butine le cœur tandis qu’il lacère le sien. «  La première trahison est celle qui déchire et montre à quel point le cœur est un mécanisme brisé ».

     Les trahisons et pardons se succèderont. A l’instar des années.

     Germe alors dans l’esprit d’Audrey devenue une vieille dame, une malicieuse vengeance, laquelle l’aidera à exterminer hors du nid tous ces petits crimes conjugaux. Car comment pardonner ? « Le mal fait la rendait animale. » Si son cœur est en friche, elle apportera à contrario un soin tout particulier à son jardin, un jardin peuplé de plantes médicinales. Daturas, ellébores, aconits, des poisons insoupçonnés. Un herbier subtil auquel elle réservera un usage non moins subtil…

     Messieurs, Musset ne vous avait-il pas prévenu ? On ne badine pas avec l’amour...

     Eva Lunaba nous offre ici une nouvelle envolée, passionnée et passionnante, que l’on parcourt à tire-d’aile, sous le charme de sa plume émouvante et espiègle. Un délice !

     Volez à toutes plumes vers Les coucous, c'est un véritable cou-coup de coeur !

 

Karine Fléjo

 

 Les coucous, de Eva Lunaba, Editions Volpilière, Février 2011, 46p, 7€. Couverture illustrée par Rachel Bergeret et illustrations intérieures de Aurélie Foin

 

 

Écrit par Brice dans Nouvelles | Commentaires (0) |  Facebook | |