05 12 14

L’art de flanquer la frousse

Histoires singulières.jpgL’écrivain Jean Muno, de son vrai nom Robert Burniaux – il était le fils d’un autre homme de lettres de grand talent, injustement oublié : Constant Burniaux [1] –, est né en 1924 et mort en 1988 à Bruxelles. Romancier, nouvelliste et essayiste, il fut également enseignant à l'Athénée royal de Gand puis à l'École normale Charles Buls à Bruxelles où il fit toute sa carrière.

Son remarquable recueil de dix nouvelles, intitulé Histoires singulières et que les Éditions Espace Nord à Bruxelles ont eu l’excellente idée de faire reparaître ces jours-ci, a obtenu le prix Rossel en 1979.

Jouant sur les différentes facettes du fantastique, Jean Muno y aborde successivement des thèmes classiques (les revenants, la peur, la dépossession de soi, la folie, l’altérité, le vampirisme, la mort…) avec une maestria formidable dans des récits faisant éclore l'insolite au sein du quotidien le plus convenu et où l’on trouve une goule qui se noie, un gant vivant érotisé, une digue qui s'efface, un historien buveur de sang, un ancien condisciple rondouillard revenu de la mort pour dénoncer son propre assassinat, un majordome qui singe à outrance le défunt maître de maison, une gélatine inconnue où se baigne nu le voisinage...

Car, pour l’auteur, « le monde est peuplé de crimes inaccomplis, infiniment recommencés, fantômes sans repos qui errent dans les replis de la solitude, dans la mémoire aigrie des vieilles gens, parmi les ruines, les criaillements livides des corneilles, au fond des gouffres que survolent silencieusement les rapaces. Histoires crochues, histoires vampires. »

Ajoutons que la technique du récit est parfaitement maîtrisée, que l’humour et l’ironie sont omniprésents, que la langue française est bellement exploitée et que l’on frissonne délicieusement à chacune des pages de cette anthologie du genre si cher aux grands écrivains belges.

Un maître ouvrage !

Bernard DELCORD

Histoires singulières par Jean Muno, postface de Thomas Vandormael, Bruxelles, Éditions Espace Nord, novembre 2014, 233 pp. en noir et blanc au format 12 x 18,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 8,50 €


[1] 1892-1975. Il rédigea notamment plus de trente romans qui témoignent de sa maîtrise dans le court récit comme dans la narration de longue haleine. Certains d'entre eux ont pour thème son expérience d'instituteur dans une école du quartier populaire de la rue Haute à Bruxelles, où lui fut confiée, entre 1912 et 1924 avec interruption durant la Grande Guerre où il fut au cœur des combats, la charge d'une classe d'enfants handicapés mentaux, aux tendances caractérielles : La Bêtise, édité en 1925 chez Rieder à Paris, Crânes tondus (1930), et les récits de L'Aquarium (1933). Ils relatent sa vie quotidienne auprès d'enfants en difficulté, dont il brosse des portraits à la fois sensibles et tragiques. (Source : Académie royale de Belgique dont Constant Burniaux fut membre belge littéraire du 22 décembre 1945 au 9 février 1975.)

Écrit par Brice dans Bernard Delcord, Nouvelles | Commentaires (0) |  Facebook | |

28 07 14

« À la fin de l'envoi, je touche ! » (Cyrano de Bergerac)

Osbert et autres historiettes.jpg

Le texte ci-dessous a paru dans la livraison du 04/07/2014 de l'hebdomadaire M... Belgique qui a succédé à l'édition belge du magazine Marianne :

« Les idées sont à gauche et le style est à droite », nous confia jadis Robert Poulet, le plus grand de nos aristarques, avec un peu de regret. Nul doute qu'il eût jubilé à la lecture d'Osbert et autres historiettes paru à Lausanne, aux Éditions L'Âge d'Homme, sous la plume de notre compatriote Christopher Gérard.

Car ce recueil de short stories faisant parler des animaux à propos des humains d'aujourd'hui fourmille de notations piquantes, d'observations désabusées et de formules assassines rédigées à fleuret moucheté par un styliste hors pair dont les observations ne sont pas sans rappeler celles de La Bruyère, de La Fontaine, de Montesquieu et de Léautaud, rien que ça !

Saluons donc comme il se doit – chapeau bas – ces petits textes qui, loin des fadaises fadasses du politiquement correct et du consensus mou, mettent le doigt dans la plaie la plus béante de notre époque : le sinistre individu contemporain dont la vanité n'a d'égale que la vacuité...

Bernard DELCORD

Osbert et autres historiettes par Christopher Gérard, Lausanne, Éditions L'Âge d'Homme, avril 2014, 109 pp. en noir et blanc au format 12,6 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 10 €

Écrit par Brice dans Bernard Delcord, Nouvelles | Commentaires (0) |  Facebook | |

21 06 14

Roseaux penchants...

Les fées penchées.jpgLe texte ci-dessous a paru dans la livraison du 20/06/2014 de l'hebdomadaire M... Belgique qui a succédé à l'édition belge du magazine Marianne :

Notre compatriote Véronique Janzyk excelle dans les histoires courtes, comme en atteste son dernier recueil de nouvelles, Les fées penchées, paru chez Onlit Books à Bruxelles. Elle y mène le lecteur à la poursuite de quinze fées – des femmes a priori ordinaires – qui, ayant perdu leur baguette sur les chemins de la vie, sont sorties de l'ordinaire : une fan de Mylène Farmer, une adolescente dans un cimetière, une Brigitte Bardot en herbe devant des bébés phoques, une visiteuse d'hôpital, une dragueuse sur Facebook, une adepte du body-building, une Diane chasseresse, une maîtresse sado-maso, une retraitée en vacances, d'autres encore...

Brillant dans l'ellipse et précis dans l'allusion, le style narratif adopté par l'auteure oscille, lui aussi, entre poésie subtile, prose ramassée et récit clinique, faisant tenir ces héroïnes debout, comme par miracle.

À la manière de la tour de Pise, en quelque sorte...

Bernard DELCORD

Les fées penchées par Véronique Janzyk, Bruxelles, Éditions Onlit Books, février 2014, 98 pp. en noir et blanc au format 12 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, 12 €

Écrit par Brice dans Bernard Delcord, Nouvelles | Commentaires (0) |  Facebook | |

21 03 14

Jeux d'argent...

Petites coupures.jpgLe texte ci-dessous a paru dans la livraison du 21/03/2014 de l'hebdomadaire M... Belgique qui a succédé à l'édition belge du magazine Marianne :

Finement ciselés, les courts récits de Dominique Costermans rassemblés dans Petites coupures paru aux Éditions Quadrature à Louvain-la-Neuve ont le bon vieil argent pour fil rouge : des pièces d'un, de cinq ou de dix francs belges, des billets de cinquante, cinq cents et cinq mille balles de chez nous ou du Rwanda, mais aussi un carnet d'épargne enrichi de timbres et de cachets, des traveller's cheques et de la menue monnaie de Sa Majesté britannique, un panel de valeurs diverses dont on suit les destins variés (dans le tube digestif d'un enfant qui a avalé une grosse pièce, dans la poche d'un ramasseur d'ordures à Kigali, voire bien au chaud dans un soutien-gorge...)

L'écriture est alerte, le ton inventif – et vintage, bien entendu... – et l'on sourit à l'évocation d'époques prestement ressuscitées avec une grande économie de mots mais dans une sorte d'allégresse jubilatoire.

Un recueil qui vaut son pesant d'or !

Bernard DELCORD

Petites coupures par Dominique Costermans, Louvain-la-Neuve, Éditions Quadrature, octobre 2013, 73 pp. en noir et blanc au format 10 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, 10 €

Écrit par Brice dans Bernard Delcord, Nouvelles | Commentaires (0) |  Facebook | |

27 11 13

Magnifiques histoires des Mayas

la femme sans tête.jpgNicole Genaille est une spécialiste des cultes isiaques. Elle se consacre aujourd'hui à l'étude de la langue et de la civilisation Mayas. Elle nous propose dans la traduction française de l'espagnol, avec des annotations et une postface plus qu'intéressantes "La Femme sans tête et autres histoires mayas" ! L'auteur, José Natividad Ic Xec est né dans le sud du Yucatàn, journaliste, il dirige depuis janvier 2012 le projet éditorial el Chilam Balam, dans lequel il donne voix aux Mayas d'hier et d'aujourd'hui ! Dans son prologue l'auteur écrit : "Un aïeul à la maison est une richesse inestimable. Les familles devraient converser davantage avec les anciens car ils gardent des trésors dans leur mémoire, et ils les partageraient volontiers si on leur en donnait l'opportunité". Quel bonheur rare de pouvoir nous promener dans ces histoires, où justement l'auteur s'implique et illustre les propos de photos. Les titres sont évocateurs : "Une belle femme-serpent", "Le mystère des vipères", "Le taureau noir de Tabi", etc. Bien sûr "La femme sans tête" qui ouvre le recueil. Quelques lignes pour vous donner le ton de l'ouvrage : "Midi est une heure dangereuse parce que c'est le moment où se lèvent les vents mauvais, l'heure à laquelle le paysan rentre du champ après s'être imprégné d'énergies inconnues durant son séjour dans les bois." Ou dans "La véracité des songes" : "Ce sont là quelques-unes des scènes les plus inquiétantes de mes mauvais rêves. Tôt ou tard, disent les Anciens, le contenu des rêves se révèle à nous dans sa plénitude, avec un côté amer et un autre doux, et quand nous nous en rendons compte, nous sommes déjà en train de le vivre>. C'est alors que nous nous exclamons : "Cela m'est déjà arrivé ! Je le savais déjà !" A la fin d'une postface passionnante, Nicole Genaille conclut en souhaitant que grâce à la publication de ces textes, José éveille aussi d'autres âmes, étrangères, à sympathiser avec un monde trop souvent vu à travers le filtre de l'archéologie et du tourisme, un monde bien vivant encore dans les campagne du Mayab. "Si j'y cherchais une comparaison à faire avec la vie littéraire française, mes pensées iraient spontanément vers George Sand : le jardin enchanté français paraît bien enfoui dans le passé."

 

Jacques MERCIER

"La femme sans tête et autres histoires mayas" par José Natividad Ic Xec, traduction, annotation et postface de Micole Genaille. Editions Rue d'Ulm. 146 pp. 33 illustrations, 14X18 cm. 15 euros.

13 07 13

Des nouvelles qui fascinent !

marmorat couve.jpgNous connaissons déjà Christophe Marmorat pour "Ancrage", où l'auteur mêle d'une manière si talentueuse la musique et le texte, voici des nouvelles qui sont toutes des interrogations : Qui suis-je ? Qui sommes-nous ? On balance entre le passé et le XXIe siècle. On pense parfois à Jean Ray - et Dieu sait si en Belgique, on adore le surréalisme et le fantastique de ce maître ! -, parfois on rejoint Rimbaud. Un bien joli voisinage ! Une quête initiatique, certes, mais aussi la recherche de la motivation de la création littéraire. L'auteur s'explique dans l'avant-propos : "Ces textes ont tous été écrits lors d'une période d'exploration personnelle, et de lâcher prise, menée avec la psychanallyste Marie-Claude D., le professeur de chant variété Jacques M. et la conteuse et coach en créativité, Catherine Passever... ". Histoire de nous rendre plus complices encore de sa création littéraire sans aucun doute; elle se promène dans l'inconscient, dans les rêves, les fantasmes, l'érotisme, la perversion aussi. Dans la préface, Jean-Yves Malherbe conclut par "Tout le doute existentiel contemporain est là !" Le recueil commence par ces phrases, comme elles accrochent ! "Voici l'histoire d'une quête, celle de mon vrai nom... Il était à peine 6 heures lorsque je fermais la porte de ma maison, rejoignant le vieux pick-up Honda garé devant le garage..." (La parole des Anciens).

 

Jacques MERCIER

 

"La Parole des Anciens", Récits,n Christophe Marmorat, www.christophemarmorat.com 134 pp. 67 euros.

Écrit par Jacques Mercier dans Jacques Mercier, Nouvelles | Commentaires (0) |  Facebook | |

22 08 12

Un regard désarmant sur la vie !

 

Paul.jpgLa notation au verso du recueil de nouvelles de Florence Paul est juste : Nous sommes invités dans « En vie de bonne heure » (ou Envie de bonheur) à partager le regard désarmant de l'auteure. Ce petit livre a déjà quelques mois d'existence, faite d'amitié, de rencontres et même du « prix ex-libris » accordé par les bibliothèques du Brabant Wallon, mais je vous le conseille vivement si vous aimez la belle écriture, simple, naturelle, avec les mots qui conviennent. Si vous aimez les courtes histoires aux retournements ou aux coups de théâtre inattendus ! Si vous aimez notre vie quotidienne, souvent, mais avec ce zeste d'imaginaire propre à notre culture aussi ! Cette Nivelloise peut attiser avec talent notre curiosité d'une nouvelle à l'autre. Mais d'entrée de jeu dans la première nouvelle « Réception au château », elle se joue de nous et nous en sourions, confiants dans la suite des récits ! J'aime qu'elle soit divers personnages, comme cette personne de 88 ans dans « Le ruffian du cimetière » ! « Un âge où l'on parle à soi-même (...) la dernière personne qui peut vous comprendre et même peut-être vous aimer »... superbe ! Ce « ruffian », terme littéraire un peu sorti du langage courant et qui désigne un grand voyou, utilise des sms et écoute de la musique avec des oreillettes sur le banc public ! Les descriptions de la nature dans « Le jardin d'Helena » sont magnifiques ! Belle aussi la description des mineurs dans « la dernière chaise », de ces chaises qu'au bon temps, on remet sur le trottoir devant la maison pour bavarder avec les voisins et les passants ! Et puis nous avons onze ans avec Célestine, et nous avons du chagrin avec elle, car les parents... C'est un peu la suite dans la nouvelle suivante avec « Le psy ». J'ai un faible pour « Chute » qui décrit si bien le point de vue de la personne qui tombe en VTT, comme au ralenti. Et enfin, ce bijou de conclusion : « La petite dernière », dont je vous laisse la surprise. Florence Paul a un style, un ton, une écriture et surtout une talentueuse manière de nous faire partager son texte, ce qui est le propre des vrai(e)s écrivain(e)s !

 

Jacques MERCIER

 

« En vie de bonne heure », nouvelles, Florence Paul, EME Editions (www.intercommunications.be), 80 pp. 15/21,5 cm, couverture et illustrations : Maryse Cheron, 9 euros.(6 euros en version Pdf)

09 04 12

Du Dickens à la sauce ketchup...

Le rapt de l’éléphant blanc.gifLe texte ci-dessous a été envoyé dans la newsletter de mars 2012 des guides gastronomiques DELTA avant d'être mis en ligne sur leur site (www.deltaweb.be) :

La compilation de soixante textes facétieux (1) de Mark Twain (1835-1910) parue aux Éditions Omnibus à Paris sous le titre Le rapt de l’éléphant blanc et autres nouvelles est un pur bonheur pour les amateurs d'humour subtil et un peu déjanté : ils y croiseront une grenouille de compétition, une montre hystérique, un fantôme maladroit et encombrant, une dinde facétieuse et une foule de personnages pittoresques dans des situations absurdes nées de l'imagination fantaisiste de l'auteur à qui Ernest Hemingway avait attribué la paternité de la littérature yankee.

C'est que le chantre du Mississipi – avec Les Aventures de Tom Sawyer (1876) et sa suite, Les Aventures de Huckleberry Finn (1885) –, avait la plume bien pendue et la créativité chevillée à icelle comme un Colt à la ceinture de Lucky Luke, teintée de cette fausse naïveté et enluminée de quelques vacheries, un procédé littéraire forcément en vogue dans la patrie de Lincoln, de Martin Luther King... et d'Al Capone.

Et un pur festival de l'esprit !

Bernard DELCORD

Le rapt de l’éléphant blanc et autres nouvelles par Mark Twain, préface de Delphine Louis-Dimitrov, Paris, Éditions Omnibus, avril 2010, 870 pp. en noir et blanc au format 13,2 x 19,8 cm sous couverture brochée en quadrichromie et à rabats, 27,50 € (prix France)

 

(1) La célèbre grenouille sauteuse du comté de Calaveras ; Histoire du méchant petit garçon ; Du cannibalisme dans le train ; Une journée à Niagara ; La légende de la Vénus du Capitole ; Le journalisme dans le Tennessee ; Un rêve étrange ; Le grand contrat pour la fourniture de bœuf en conserve ; Comment je devins directeur d'un journal d'agriculture ; Un roman du Moyen Âge ; Ma montre ; Économie politique ; Science contre hasard ; Histoire du bon petit garçon ; Les obsèques de Buck Fanshaw ; L'histoire du vieux bélier ; Tom Quartz ; Un procès ; Les tribulations de Simon Erickson ; Une histoire vraie ; La famille McWilliams et le croup membraneux ; Quelques fables édifiantes pour les enfants sages ; Le marchand d'échos ; Les amours d'Alonzo Fitz Clarence et de Rosannah Ethelton ; Edward Mills et George Benton ; L'homme qui descendit au Gadsby ; Madame McWilliams et la foudre ; Ce qui sidéra les geais bleus ; Une bien curieuse expérience ; Histoire de l'invalide ; La famille McWilliams et les signaux d'alarme ; Le rapt de l'éléphant blanc ; Une foi trop ardente ; La confession d'un mourant ; La fable du professeur ; Le fantôme de l'homme pétrifié ; Question de chance ; Le guide amateur ; L'histoire du Californien ; Le journal d'Adam et Ève ; Le roman de l'Esquimaude ; Mort ou vivant ?  ; Un pari de milliardaires ; Cecil Rhodes et le squale ; La blague qui fit la fortune d'Ed ; Une histoire sans fin ; L'homme qui corrompit Hadleyburg ; Le disque de la mort ; Deux petites histoires ; Le passeport russe ; Une histoire policière à double détente ; Les cinq dons de la vie ; Enfer ou paradis ?  ; Mémoires d'une chienne ; Le legs de 30 000 dollars ; Le récit d'un cheval ; Le chasseur et la dinde machiavélique ; La visite au ciel du capitaine Tempête ; Une fable ; Le mystérieux étranger, le tout complété par le fameux Comment raconter une histoire.

Écrit par Brice dans Nouvelles | Commentaires (0) |  Facebook | |

31 03 12

Petites histoires extraordinaires du quotidien...

image13521.jpg"Soignez-moi", un premier recueil de nouvelles pour une jeune écrivain belge, Aurélia Demarlier. Diplômée en philosophie, elle se définit très justement comme "la fille qui avait une plume à la place du coeur." Lauréate du Prix Jeune Ecrivain en 2011 pour sa première nouvelle "la tartine", elle s'est lancée dans l'écriture d'un recueil plus complet et à juste titre!

"Soignez-moi" n'est pas un livre ordinaire... Malgré son titre, il ne nous raconte pas ces petites histoires d'hôpitaux mais nous parle de personnes... à priori "normales" qui un jour se trouvent confrontées à des situations farfelues...

Au fil des pages et de ces neuf nouvelles, on suit les histoires de Juliette, Iris, Hortense et bien d'autres... Des histoires étranges, mystérieuses mais très drôles et touchantes... Peut-on imaginer un jour que votre chaine Hi-Fi vous donne des ordres, que vous ne voyez que la vie non pas en rose mais en mauve? Vous avez une meilleure amie qui nourrit son ego par le reflet de votre visage? Tant d'histoires qui poussent à la réflexion et à l'affection pour ces personnages...

 Ma préférée? "Increvable". Une histoire assez banale en somme mais qui nous rapproche de la réalité.. Avec cette jeune maman qui pour faire plaisir à sa fille lui achète un hamster... Une durée de vie de 2-3 ans à priori... Mais... comme les choses ne tournent pas rond, ce hamster est "increvable". Un récit amusant, drôle et même touchant... On sourit, on rit et on s'identifie... "Cela fait huit ans que Désiré (nom ingénieusement choisi par ma fille) parcourt deux kilomètres de steppes toutes les nuits, faisant grincer sa roue dans un tintamarre criminel. Ma fille ayant besoin de sommeil, je me suis sacrifiée pour accueillir Désiré dans ma chambre. En effet, il s'agissait du seul lieu de résidence jugé salubre à la lumière des critères dictatoriaux établis par la Biblie du Hamster..."

 Bref, "Soignez-moi" est un recueil de nouvelles passionnant dont on a beaucoup de mal à décrocher une fois commencé... Je le conseille vivement à tous ceux qui veulent passer un excellent moment de détente...

Soignez-moi, Aurélia Demarlier, éd.Kiroraphaires, 2012, 223pp, 22,45€.

 N"hésitez pas à jeter un oeil sur le blog de l'écrivain: http://www.lesmotsdaurelia.net

Écrit par Gwendoline Fusillier dans Belge, Nouvelles | Commentaires (0) |  Facebook | |

26 03 12

Un recueil -gigogne

9782021046953.jpg

"Oui, je le dis: combiner du Laspallières, c'est être un écrivain. C'est dans cet esprit qu'il a conçu son oeuvre: comme une bibliothèque ouverte où les hommes de bonne volonté peuvent puiser pour écrire, dès lors qu'ils ont du courage, du caractère et un peu de talent."

Retrouvant son cher Pierre Gould - le héros récurrent des Contes carnivores - le narrateur est invité à découvrir les sections de son étrange bibliothèque: les ouvrages écrits par des amnésiques côtoient ceux qui tuent le lecteur, le font mourir d'ennui,  lui insufflent de l'énergie, exigent un dress code, se prêtent, en vraies gigognes à une infinité de lectures et ceux qui se sont vus renier par leurs auteurs, ou dont le contenu s'évapore, faute d'être consulté.

Nouvelles, fables, allégorie de l'écriture,  les chapitres consacrés à la littérature et son absurdité jubilatoire sont coupés des récits de découvertes de villes imaginaires - ville-miroir, ville soporifique, hypermnésique... - et de travers de société pour le moins déconcertants: échangisme...d'identité, multiplication de celles-ci, rajeunissements intempestifs, ....

Renouant avec la veine drôlissime des "Contes carnivores" (Le Seuil 2008 - Prix Rossel) et celle d'un Petit Prince, en voyage en Absurdie,  l'écrivain belge  - il enseigne le Droit à Dijon - mène à son comble, avec une rigueur cartésienne,  la logique de raisonnements loufoques.

Quiriny rime avec… génie.

Apolline Elter

Une collection très particulière, Bernard Quiriny, nouvelles, mars 2012, 186 pp, 17 €

 

Prolongation de lecture:

 

AE, Bernard Quiriny, la visite de la bibliothèque de Pierre Gould dévoile une série important e de pistes de romans. C’est le côté « gigogne » d’Une collection très particulière ? 

 

Bernard Quiriny : D’une certaine manière, oui : ce livre possède un côté « malle aux trésors », ainsi qu’un côté Rubik’s Cube. Mais je crois que les faux romans inventoriés par Gould sont destinés à demeurer à l’état imaginaire. A moins qu’un auteur désoeuvré ne veuille les écrire…

 

AE :  Enrique Vila –Matas avait signé la préface des Contes carnivores. Est-il meilleur hommage que d’évoquer La Lecture assassine,  « un livre qui tue ses lecteurs. »

 

Bernard Quiriny : Non seulement il m’avait fait l’honneur de préfacer « Contes carnivores », mais il m’a cité dans son « Journal Volubile ». La moindre des choses était de l’inclure à mon tour dans ce livre, comme je l’avais déjà fait dans « L’Angoisse… ». Disons que c’est une sorte de correspondance implicite transportée par livres.

 

AE : Un écrivain a-t-il toujours besoin d’un  « caillou dans sa chaussure pour le faire boiter » ?

 

Bernard Quiriny : Je n’en suis pas sûr. C’est une théorie de Gould, mais elle ne me convainc qu’à moitié. Personnellement, le moindre caillou dans ma chaussure aurait tendance à me paralyser. Ce qui me permet, pour une fois, de n’être pas d’accord avec lui.

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Nouvelles | Commentaires (0) |  Facebook | |