16 06 11

Une révélation !

    9782709635172.jpg Le titre à lui-seul nous invite au voyage. Et quels voyages ! A travers onze nouvelles, Sophie Simon nous dépeint des scènes de vie d'une force et d'un réalisme sidérants. Dès les premières lignes, le lecteur est transporté en Amérique, pays de tous les possibles, de tous les rêves, de toutes les illusions, de toutes les extravagances aussi.

     Impossible de rester sur le seuil de ces histoires. Il suffit à l'auteur de quelques mots pour créer un degré d'intimité extraordinaire entre le lecteur et les personnages, pour lui faire visualiser les lieux, pour le propulser au coeur de ces vies. Des vies très différentes les unes des autres. De Peter fils d'agriculteur qui rêve des planches d'Hollywood, à Howard « Dieu du contre-ut » dont le chant ne séduit que son chien et exaspère sa femme, en passant par Sam et Carry ce couple à priori improbable, ou encore au coupable secret de Ed Bookman, chaque personnage est à un virage de son existence. A ce moment précis où tout peut basculer. Vers le meilleur comme vers le pire...

     Si les situations dépeintes diffèrent, tous ont en commun une insatisfaction par rapport à leur vie présente et ce désir prégnant de la faire évoluer, de s'arc-bouter à leurs rêves. Y parviendront-ils ? Se drapent-ils d'illusions ? Impossible de le savoir avant la dernière ligne, tant l'auteur excelle dans l'art de la chute.

     Avec ce premier recueil de nouvelles, tendre, émouvant, attachant, Sophie Simon fait une entrée aussi bien remarquée que remarquable dans le monde littéraire. Une plume trempée à l'encre d'un indéniable talent.

    Une révélation.

 

Karine Fléjo

 

American clichés, de Sophie Simon, Editions J.C. Lattès, avril 2011, 220p, 17€.

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13 06 11

A tire d'elles !

 9782917898321.jpg     Audrey  est une jeune femme pleine de vie, légère, pétillante. Amoureuse. Depuis sa rencontre avec Maxence, elle se sent des ailes.

    Ce nid qu’elle a patiemment construit pour tous deux, brindille après brindille, lui semble indestructible. A l’image de son incommensurable amour. Céline l’eût pourtant mise en garde « Faire confiance aux hommes, c’est déjà se faire tuer un peu »... Et son bonheur d’être fauché en plein vol quand elle apprend que son conjoint est volage. Celui qui les premiers temps la couvrait d’attentions délicates, se montrait fougueux, mieux que personne « connaissait sa note d’O », s’avère collectionner les maîtresses. Leur nid est occupé par des coucous. Menteur, manipulateur, Maxence excelle dans l’art des pirouettes et autres loopings, nie les évidences. Mais les ailes d'Audrey lui en tombent quand elle pense à Elles, ces femmes dont il butine le cœur tandis qu’il lacère le sien. «  La première trahison est celle qui déchire et montre à quel point le cœur est un mécanisme brisé ».

     Les trahisons et pardons se succèderont. A l’instar des années.

     Germe alors dans l’esprit d’Audrey devenue une vieille dame, une malicieuse vengeance, laquelle l’aidera à exterminer hors du nid tous ces petits crimes conjugaux. Car comment pardonner ? « Le mal fait la rendait animale. » Si son cœur est en friche, elle apportera à contrario un soin tout particulier à son jardin, un jardin peuplé de plantes médicinales. Daturas, ellébores, aconits, des poisons insoupçonnés. Un herbier subtil auquel elle réservera un usage non moins subtil…

     Messieurs, Musset ne vous avait-il pas prévenu ? On ne badine pas avec l’amour...

     Eva Lunaba nous offre ici une nouvelle envolée, passionnée et passionnante, que l’on parcourt à tire-d’aile, sous le charme de sa plume émouvante et espiègle. Un délice !

     Volez à toutes plumes vers Les coucous, c'est un véritable cou-coup de coeur !

 

Karine Fléjo

 

 Les coucous, de Eva Lunaba, Editions Volpilière, Février 2011, 46p, 7€. Couverture illustrée par Rachel Bergeret et illustrations intérieures de Aurélie Foin

 

 

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30 03 11

Les instants frivoles de Nathalie Marly


Les instants frivoles de Nathalie Marly par BriceDepasse


Entretien intégral réalisé par Christophe Corthouts pour Livre de Bord sur Liberty TV
Enregistré dans le studio de la Librairie Filigranes lors de la Foire du Livre de Bruxelles 2011.

28 02 11

Voici 25 plaisirs littéraires !

Mini lits.jpgCes "25 minitrips en wagon-lit décapotable" sont 25 plaisirs littéraires magnifiques ! Leur édition est déjà une chose étrange et belle puisqu'au départ ces textes variés ont été publiés sur le site www.onlit.org. C'est un cadeau littéraire aux habituels lecteurs des nouvelles technologies. Leur caractéristique première est d'être courts, mais aussi d'aborder tous les genres en toute liberté ! Mon bonheur de lire a été renouvelé d'un auteur à l'autre, sans fléchissement et c'est déjà fantastique ! A ne pas manquer non plus la présentation en quelques lignes de chaque écrivain(e), insolite, drôle, inventive ! Essayons de survoler le tout : On commence par l'hyperdoué Nicolas Ancion et ses phrases amples qui donnent à voir et à sentir, à ressentir. Félicia Atkinson écrit dans son poème "les girafes au long cou recherchent les feuilles hautes, les feuilles hautes sont assoiffées de lumière (que cherche alors la lumière)..." Alain Bertrand, qui vit à Bastogne, évoque le ski et l'imaginaire. Pierre Borion aime la liberté de l'écriture et dans "Insomnie" il rêve de remplacer le pape ! "Les Françaises ont quelque chose de français qui les rend belles" écrit Frédéric Bourgeois, ce Namurois féru de photos. Lucielle Calmel juxtapose dans "Sud Ouest". Et puis toutes ces affirmations de Corentin Candi : "Corentin Candi ne choisit jamais la bonne fille, à la caisse." ou "Corentin Candi croit à la vie avant la mort." Laurent d'Ursel nous livre un cri, en une phrase de deux pages ! Le Liégeois Serge Delaive propose un joli poème sur l'amour déçu. D'une grande originalité le texte numéroté de Cedric Francis dans la tête d'un coureur cycliste qui pense à "la soeur de Lucien" ! "Je ne suis pas timide mais j'évite de prononcer des mots inutiles" déclare Corentin Jacobs dans sa contribution. Et plus loin : "Une femme est une mouche : pour l'attraper, pas d'hésitation n'est possible sinon elle s'envole !" J'ai adoré (comme beaucoup) le premier roman d'Edgar Kosma ("Eternels instants", analysé ici-même), j'ai aussi apprécié cette présentation par les sens de ses quelques personnages ! J'aime le ton, le vocabulaire de Lario Lacerda. Nous entrons dans le monde culinaire avec beaucoup d'humour et le "chef au chapeau" de Pierre-Brice Lebrun. Dans les "Appauvrismes" de Benoït Leclerc, je retiens "Lis-toi Entre les lignes Tourne sur toi-même Tu feras un singulier livre". Merveilleux texte de Karel Logist, le poète du Fram : cette fille en chemisier sur les affiches et la fin drôle, une vraie chute ! Avec Lucie Lux, nous entrons dans l'érotisme. Des sensations qu'on partage de l'intérieur avec la fille qui s'exhibe ! Sujet culinaire, documenté, avec la recette et les lieux, pour Jacques Raket et les "frivolités de la reine" (nos "choesels") ! Avant le texte halluciné et les musiques citées pour le lire, je ne résiste pas à vous lire dans la notice biographique cette épitaphe "Ci-gît mille édits, / Oh ! / Notre regrettée femme de méninges, / Née d'une maquerelle et d'un séraphin, / Elle vient de jeter l'encre" Et les premières lettres donnent "conne" ! Georges Richardot nous récite des "Il a fait" splendides. Laurence Soetens nous emmène dans le monde de Face Book, de Google et des pseudos. David Spailer allie littérature et polaroïds. J'aime aussi beaucoup "Room 14" de Vincent Tholomé, et sa façon prenante de tisser son texte, monologue, avec des points... Enfin restent Luc Vandermaelen et l'Ardèche, ainsi que Andy Vérol et cet amour terrifiant, brutal et la prison... Quelles heures heureuses j'ai passées à la lecture de ce recueil, que je ne peux que vous recommander chaleureusement !

Jacques MERCIER

 

25 minitrips en wagon-lit décapotable, collectif, Ed. La Renaissance du Livre, collection Grand Miroir, 200 pp, site: www.onlit.org Prix : 16 euros.

 

15 02 11

« Le passeur d’eau, les mains aux rames… » (Émile Verhaeren)

Bruxelles-les-Eaux.jpgParu aux Éditions MaelstrÖmréÉvolution dans une petite collection de booklegs consacrés à la capitale de l’Europe, Bruxelles-les-Eaux rédigé par Évelyne Guzy, par ailleurs directrice d’un essai (Attentats-suicides. Le cas israélo-palestinien publié chez Luc Pire en 2004) et auteure d’un roman (Dans le sang, chez Bernard Gilson en 2009) fait montre d’un joli talent de conteuse.

 

Il s’agit d’un monologue, celui d’un homme pour qui l’eau est toute la vie, en particulier celle du lac du Bois de la Cambre dont l’île abrite le fameux Chalet Robinson –dans les caves duquel il connut l’amour–, au point qu’après en avoir été le passeur jusqu’au 7 octobre 1991 (date de l’incendie qui, pour la deuxième fois, détruisit cette « auberge » célèbre et la barque dans laquelle il officiait), il demeurera durant vingt ans sur un banc en face des ruines calcinées.

 

Jusqu’à la reconstruction du bâtiment, qui déconstruira peut-être son existence…

 

Un texte original, surprenant, déroutant… et joliment troussé !

 

Bernard DELCORD

 

Bruxelles-les-Eaux par Évelyne Guzy, Bruxelles, Éditions MaelstrÖmréÉvolution, collection « Bruxelles se conte – Histoires urbaines à dire », décembre 2010, 30 pp. en noir et blanc au format 12 x 18 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 3 €

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