19 02 09

Le passeur des Lumières

SOLLERSJe ne suis ni fan, ni admirateur de Philippe Sollers. Mais j'ai lu tous ses livres. Chaque nouvelle publication est un bonheur qui commence dès le contact avec la couverture. Car chaque roman, chaque essai de Sollers est une aventure, un plaisir, un passage, une pièce supplémentaire, un moment de vie transcendé par la pensée et la manière de la transmettre.
Grand beau temps, Aphorismes et pensées choisies, c'est du bonheur condensé garanti.
Pourtant, au fil des pages, une impression désagréable : la sauce ne prend pas. Je me surprend à espérer du paragraphe suivant, trouver la formule définitive, courte, absolue, celle qui résume l'avancée d'une pensée, expose et convainc.
A l'image de son Paradis, la pensée de Sollers ne se retrouve pas dans une phrase ou une strophe. Tout est vaste, riche, complexe, mêlé. Il faut un livre entier pour recevoir le choc des milliers de réflexions du monde que l'écrivain convoque à sa table, en terrasse sur le Grand Canal Giudecca, par grand beau temps.
Un conseil : lisez L'évangile de Nietzsche paru dans la même collection et chez le même éditeur.
Brice Depasse

Grand beau temps, Aphorismes et pensées choisies de Philippe Sollers, Guillaume Petit, Le Cherche Midi, collection Styles, janvier 2009, 121p., 13€50.

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15 08 08

Philippe Sollers : La mémoire de Venise

SOLLERS_memoiresUn vrai roman. Celui de sa vie. Le titre des mémoires de Philippe Sollers que le dernier des géants du nouveau roman a publié chez Plon l'hiver dernier. Un livre avec de nombreux personnages (Louis-Ferdinand Céline, François Mitterrand, BHL, Lacan, Houellebecq, Gallimard, Jean-Paul II, …), une époque historique (de 1936 à nos jours) et de nombreux lieux (Bordeaux, Paris, New-York, l’île de Ré et, surtout, Venise).
Rencontre avec l’auteur de « Femmes », l’infatigable arpenteur de l’œuvre de Sade, Casanova, Dante et Nietzsche, dans l’antre de « L’Infini », son bureau chez Gallimard.

Écoutez l'entretien intégral en cliquant sur la couverture du livre.

En dehors de Paris, vous avez deux villégiatures principales : Venise et Ars-en-Ré.
Pourquoi ?


Je ne peux pas vivre loin de l’eau. J’ai d’ailleurs remarqué que la majeure partie des écrivains français sont des gens du continent, du centre.
Ma maison sur l’île de Ré est bâtie sur un lieu extraordinaire. L’acte notarié remonte à la fin du XVIII° siècle. Mon aïeul, qui était un marin au long cours, avait trouvé cet endroit idéal, au bord de la mer et d’une réserve d’oiseaux, ce qui lui permettait de partir aisément à la pêche et à la chasse. La maison malheureusement a été rasée pendant la seconde guerre mondiale car elle gênait les batteries d’un mur par lequel ces stupides nazis croyaient fermer l’Atlantique. Malédiction ? Ma maison natale à Bordeaux a aussi été détruite après la faillite de mes parents. Ce terrain d’Ars-en-Ré est donc tout ce qui me reste du patrimoine familial.

PIC_1030Vous y fêtez chaque année le 14 juillet en y faisant flotter quatre drapeaux.

C’est vrai. Les drapeaux français et anglais car je suis un Européen d’origine française. J’ai remarqué que cela choque beaucoup quand je dis cela. Pourtant, je crois que la France aurait dû depuis longtemps se débarrasser de son anglophobie héritée des mythes de Jeanne d’Arc et Napoléon. Sans cela, elle ne se serait peut-être pas jetée dans la collaboration avec les nazis. Ensuite, le drapeau chinois parce que j’aimerais dans cinquante ans être reconnu comme un des premiers européens d’origine française à s’être intéressé en profondeur à la Chine autrement que via le maoïsme (qu’on m'a beaucoup reproché), épisode parfaitement insignifiant à l’échelle de l’histoire de ce grand pays. Enfin, le drapeau du Saint-Siège, un État qui résiste à toutes les oppressions.

Peut-on espérer vous croiser le soir à Saint Martin-en-Ré ?

Exceptionnellement, si je vais y dîner avec des amis car sinon j’évite les voitures et les touristes. Comme à Venise d’ailleurs. Prenez la place Saint-Marc ; elle est noire de monde. Vous faites cent mètres d’un côté comme de l’autre et il n’y a plus personne. Il y a deux villes dans la ville. Les gardiens du palais des Doges s’écrient « voilà les fourmis » lorsqu’ils voient s’approcher les touristes japonais.

DSCN3165Venise et vous, c’est une histoire d’amour qui dure depuis plus de quarante ans.

En 1963, je venais de Florence où je préparais un livre sur Dante lorsque je suis arrivé de nuit, à Venise, sur la place Saint-Marc. Il n’y avait plus personne. Mon sac m’est tombé des mains. J’entends encore maintenant, le bruit sourd qu’il fait sur les dalles. Je me suis dit : « C’est cela ! J’y suis ! ». Vous dites quarante ans que je vis cette d’histoire d’amour (avec les cinq sens d’ailleurs) mais j’ai toujours l’impression d’arriver. Il faudrait vivre plusieurs vies pour rejoindre tous les siècles passés afin de retrouver ce qu’il y a d’essentiel dans Venise. C’est-à-dire une grande civilisation maritime, extraordinairement moderne et la grande vivacité de l’œuvre de ses artistes, même vieux, comme le Titien, Monteverdi ou Vivaldi qui ont été si longtemps oubliés.
Tout cela nous parle beaucoup plus de notre condition de citoyen mondialisé d’aujourd’hui que les évènements du XX° siècle. Il y a une faculté de résurrection, de renaissance permanente à Venise : regardez la Fenice qui vient encore de renaître de ses cendres.
Car finalement, ce dont nous avons besoin aujourd’hui, bon Dieu, c’est d’une renaissance de la civilisation européenne, et non pas de cet abaissement qu’on lui fait subir.

DSCN3317À propos, vous dites souvent que le carnaval de Venise est un mensonge. Pourquoi ?

Le nouveau carnaval de Venise est horrible, grotesque : une falsification de ce que le carnaval a été du temps où le grand Casanova savait pourquoi il y allait et quoi y faire. Je l’aurais volontiers accompagné à l’époque.

En passionné de Venise, vous aimeriez résider à San Michele comme dernière demeure ?

Y être enterré comme Stravinsky ? Puisqu’il s’agit de parler de la mort, alors allons-y carrément, soyons mégalomane : je préfèrerais être inhumé dans l’église des Frari, pas loin de Monteverdi.

Entretien et photographies : Nicky Depasse
Portrait : Alain Trellu

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15 08 08

La Venise secrète de Philippe Sollers

« Juste un saut à Venise pour vérifier si j’ai eu raison de vivre comme j’ai vécu. La réponse vient en bateau, le matin, et c’est oui, encore. » Philippe Sollers

C’est le quartier du Dorsoduro, sur le grand canal Giudecca. Je vais grignoter le plus souvent possible près de la gare maritime, sur les Zattere. J’ai vu monter cette ville en puissance depuis quarante ans : de plus en plus de bateaux et paquebots, véritables gratte-ciel flottants remontent le grand canal. Ils nous rappellent que Venise est la fiancée de la mer, ce que le touriste oublie. Venise est une ville qui se visite en bateau, pas à pied. Il faut voir la Douane de mer surgir de l’eau comme autrefois les marins revenant dans leur ville après plusieurs années pour comprendre Venise.

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Photo : Nicky Depasse

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15 08 08

Bref rappel des faits

Philippe Sollers14Philippe Sollers, né Philippe Joyaux dans une famille d’industriels bordelais en 1936, fut au début des années soixante un des papes du nouveau roman. Après avoir dirigé et fondé aux éditions du Seuil la revue « Tel Quel » dans laquelle il combattit pour la reconnaissance et la publication d’écrivains tels que Barthes, Joyce, Bataille ou Foucault, Sollers rejoint la maison Gallimard au début des années 80.
C’est alors qu’il écrit le roman qui fera de lui l’homme médiatique qu’il est encore aujourd’hui : « Femmes ». Une émission mémorable avec Bernard Pivot fait exploser les ventes de ce roman neuf et intelligent qui en appellera d’autres : Portrait du joueur, Le Lys d’Or, La fête à Venise, Casanova l’admirable, Le dictionnaire amoureux de Venise, et dernièrement,Une vie divine.
Philippe Sollers fait aujourd’hui partie du comité de lecture de Gallimard, dirige sa revue et collection, « L’Infini », le prix littéraire le mieux doté de la rentrée, « Le prix Décembre » et publie ses critiques dans les plus grands quotidiens et périodiques de France.
Nicky Depasse

Portrait : Alain Trellu

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09 01 08

Bioroman

SOLLERSOn a souvent reproché à Philippe Sollers de ne pas raconter d’histoire dans ses romans. C’est vrai. Il en raconte des centaines. Ce qui n’est jamais trop : l’humanité, même docte, est si vaste.
Voilà donc livrée la ratio du titre « Un vrai roman ». Philippe Sollers raconte sa vie, son histoire. « Celui qui dira bientôt « je » est né au monde humain … ». Mais chassez le naturel et il revient au galop. Très vite, Sollers nous conte les histoires de ses contemporains, ceux qu’il a croisés (Mitterrand, Barthes, Bataille, Venise, Gallimard, Lacan, Jean-Paul II, …). Les rencontres et les contextes historiques récents défilent sous nos yeux et dans notre esprit. On s’en trouve transporté, ravi et peu importe si cet enfant terrible nous cache la vérité, sa vérité. Après tout, il aura cherché sa vie durant à découvrir toutes celles qui étaient cachées. A nous de voir. A nous de penser. C'est, finalement, son message essentiel.
Brice Depasse

« Un vrai roman », Philippe Sollers, Plon, octobre 2007, 352p, 21€00

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09 01 08

Double entretien : l’homme

Philippe Sollers02Dans le bureau où se joue le destin de « L’Infini », la collection et la revue, qu’a lieu ce nouvel échange avec l’insatiable arpenteur du Gai Savoir. La porte du propos est étroite, le dernier livre, par rapport au sujet, une vie, grand comme la maison de la rue Sébastien Bottin.

  PHILIPPE SOLLERS - Brice Depasse 1
  PHILIPPE SOLLERS - Brice Depasse 2

Photos : Alain Trellu

Philippe Sollers10

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09 01 08

Double entretien : la femme

Philippe Sollers14Un entretien pour la presse écrite est beaucoup plus décontracté pour l’interviewer qu’en radio. Mais aujourd’hui le client est imposant : un des papes du nouveau roman, un écrivain qui depuis 25 ans, porte un nom considérable, de ceux connus du public y compris celui qui ne l’a jamais lu. Philippe Sollers joue malgré le tout parfaitement le jeu. Depuis l’accueil, charmant, jusqu’à la session photo, professionnelle, en passant par le dialogue éclairé mais courtois.

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  PHILIPPE SOLLERS - Nicky Depasse 2

Photos : Alain Trellu

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07 04 07

La philosophie mondiale selon Sollers

SOLLERS DIVINEIl vient de sortir chez Folio. Si vous avez aimé "Femmes" et "La fête à Venise". Sollers n'a pas dit ses derniers mots ; vous le comprendrez en plongeant dans le bonheur de cette vie divine. Je vous invite, une fois de plus, à lire aussi ses derniers ouvrages :"Fleurs" et "L'évangile de Nietszche".
« Ludi(vine) est une merveilleuse menteuse. C'est d'ailleurs la phrase que je me suis murmurée au bout de trois ou quatre rencontres : "merveilleuse menteuse". Mère en veilleuse, très bonne menteuse. Il suffit de la voir, là, bien blonde épanouie aux yeux noirs, cheveux courts, avec sa robe noire moulante, sur la terrasse de cet hôtel, en été. Elle est fraîche, bronzée, elle sait qu'elle se montre, elle laisse venir les regards vers elle, elle s'en enveloppe comme d'une soie. Oui, je sais, elle vous dira qu'elle a pris deux kilos et que c'est dramatique, mais non, justement, elle est parfaite comme ça, rebondie, ferme, ses seins, son ventre, ses cuisses évoquent aussitôt de grands lits ouverts. Ah, ce croisement de jambes, ses fesses lorsqu'elle va au bar, sa façon de sortir et de rentrer et de ressortir et de rerentrer son pied de son soulier gauche – la cheville, là, en éclair –, et puis de rester cinq secondes sur sa jambe droite, et de recommencer, rentrer-sortir, rentrer-sortir, comme pour dire j'ai trouvé chaussure à mon pied, et c'est moi, rien que moi, venez vous y frotter si vous croyez le contraire. Son corps se suffit à lui-même et elle n'a pas à s'en rendre compte. Il dit tout ce qu'il y a à dire, mais elle ne pourrait pas le parler. »

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16 12 06

C'était hier

SOLLERS Dans le Grand Morning avec Bruno et Max : "Fleurs" de Philippe Sollers, "Un si joli monde" de Stéphane Bern et "Belges en France" de Jacques Mercier.

  LIREESTUNPLAISIR1512

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15 10 06

Philippe Sollers chez Laurent Ruquier

sollersruquiersollersC'était cette nuit dans "On n'est pas couché" :
Ruquier : "Vous avez soutenu Houellebecq. Il n'a pas eu le Goncourt ..."
Solers "Mais arrêtez avec le Goncourt ! Quand on voit le nombre de merdes qui ont reçu le Goncourt !"

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