11 08 13

Idées yankees...

Nouveaux penseurs de la gauche américaine.jpgParu chez Couleurs livres à Charleroi, l'essai du diplomate belge à Wallonie-Bruxelles International Pierre Ansay intitulé Nouveaux penseurs de la gauche américaine lance le lecteur à la découverte d'une terra incognita, celle des idées qui, à l'instigation de deux professeurs de Harvard, un Américain, John Rawls (1921-2002), et un Belge, Philippe Van Parijs (né en 1951, il enseigne aussi à Louvain-la-Neuve), agitent les deux grandes écoles de philosophie politique des États-Unis et du Canada, la communautarienne (avec Charles Taylor, Michaël Sandel, Michaël Walzer et Alasdair MacIntyre) et la libérale (avec John Rawls, Philippe Van Parijs, Ronald Dworkin, Wim Kymlicka et Thomas Nagel).

Des débats qui, si leurs conclusions ne sont pas toujours convaincantes à nos yeux, traitent de la liberté, des traditions, de la diversité culturelle, de l'intégration et de la cohésion sociale, des conflits institutionnels, de l'évolution des familles avec la montée des revendications féministes, de la formation professionnelle et de l'enseignement en rapport avec les questions de justice sociale, autant de questions cruciales aux antipodes des âneries mises en avant par les télévangélistes et les partisans bornés du Tea-party.

Un livre qui prouve en tout cas, et c'est réjouissant, qu'il y a encore une vraie pensée spéculative en Amérique, et donc pas uniquement des techniciens, des technocrates et des juristes mus par le seul appât du gain...

Bernard DELCORD

Nouveaux penseurs de la gauche américaine par Pierre Ansay, Charleroi, Éditions Couleurs livres, avril 2011, 189 pp. en noir et blanc au format 13,5 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 19 €

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29 05 13

Enfin de l'espoir pour l'Humanité ?

guillebaud_NEW.jpg Enfin un livre qui analyse l'air du temps morose en nous donnant de l'espoir. De chapitre en chapitre, nous décodons vraiment (on dit "décrypter" aujourd'hui !) ce que nous vivons de jour en jour et ce qui soustend tout ce désespoir ! L'auteur, Jean-Claude Guillebaud, fut grand reporter et â frôlé la misère, la guerre et la mort. On lui doit "La tyrannie du plaisir". Aujourd'hui, en particulier avec "Une autre vie est possible", il s'insurge contre la désespérance de nos sociétés. Une citation de Lao-Tseu met en situation : "Mieux vaut allumer une bougie que maudire les ténèbres". Je vais picorer, comme je le fais dans "Mémo", quelques phrases et vous les donner pour vous mettre en appétit. "Si l'espérance concerne l'avenir, elle se vit au présent qu'elle éclaire et enrichit". J'adore cette citation d'Oscar Wilde qui avait été reprise par Danielle Miettrand : "Avoir des rêves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue en les poursuivant." Alors, par ailleurs, quelques réflexions sur notre civilisation occidentale : "La logique du musée et de l'archivage a triomphé. Oeuvre utile, c'est aussi une démarche d'embaumement, de mise en bière, de mort". Mais il ajoute que la société humaine n'est pas en perdition, elle mue. C'est dire que l'espérance est plus que jamais d'actualité. Il évoque les cinq grandes mutations : géopolitique avec le décentrement du monde. Economique avec la globalisation. Biologique avec la révolution génétique. Technologique avec la révolution numérique et immatérielle et Ecologique avec la prise de conscience mondiale de ses problèmes. J'aime aussi quand il dénonce les chiffres, les sondages, leur vacuité, leur occupation du terrain en creux. Et puis les comparaisons avec le reste du monde. "L'Asie toute entière vit dans le projet alors que l'Europe met en ordre ses souvenirs". L'auteur analyse avec justesse l'impression que tout va mal, alors qu'il faut remonter aux guerres napoléoniennes pour retrouver aussi peu de morts que durant la décennie qui s'achève ! De même : "Chaque fois qu'on surévalue les effets du terrorisme - comme le font les médias et les politiciens - on sert naïvement ses objectifs en le rendant plus "terrorisant" ! Trois courtes citations de la fin du livre passionnant : "Chaque société humaine et chaque génération nouvelle auront trouvé devant elles autant de raisons d'espérer que de désespérer", "Retenons cette idée : de tout temps et en tous lieux - sauf cette béance de l'Histoire que fut la Shoah -, le péril et ce qui sauve furent à peu près équivalents. La désespérance n'est pas mieux fondée que l'espérance". Et enfin : "En nous souvenant des grands "optimistes" de jadis qui ont été capables de faire bouger l'Histoire, il nous incombe aujourd'hui d'être aussi joyeux et aussi déterminés qu'ils l'étaient eux-mêmes."

 

Jacques MERCIER

 

"Une autre vie est possible" par Jean-Claude Guillebaud, édition L'Iconoclaste, 2012, 220 pp. 14 euros.

16 04 13

L'effacement de Dieu !

 

ringlet.jpgAlors qu'on ne parle que de richesse et de finances, quelle excellente idée que de mettre en avant ceux qui s'effacent du monde : les moines et mieux encore, puisque la poésie est gratuite, les moines-poètes ! C'est ce que nous propose Gabriel Ringlet dans "Effacement de Dieu". En refermant le livre, on se rend compte à quel point le moine est actuel. Mais nous trouvons bien des choses dans ce livre, comme toujours dans l’œuvre remarquable de cet auteur, théologien, écrivain, ancien vice-recteur de l'Université de Louvain et prêtre. Par exemple, comme il est écrit sur la quatrième de couverture : "Que Dieu est sensuel et caché, inachevé et toujours en quête de l'homme." Gabriel Ringlet nous offre d'abord une petite histoire de poésie monastique et mystique. Je relève : "Être de chez soi pour être du monde" ! Quelle belle formule de la tradition des moines irlandais. En nous évoquant François Cassingena-Trévedy, moine de Ligugé, on découvre cette réflexion superbe sur Dieu : "Dieu n'aime pas que l'on parle officiellement de lui : il préfère qu'on le suggère, qu'on l'évoque, qu'on l'éveille dans les choses et les êtres où il se cache, "sous le pommier où il dort" ! Superbe ! Et ces deux vers : "Un ange passe entre les pages / son aile te sert de signet." Et plus loin encore, une phrase que j'aimerai mettre un matin sur mes pages Net : "Donner à chaque jour son prix". Pour présenter un autre moine, Gilles Baudry, de Landévennec, Gabriel Ringlet commence ainsi son chapitre, et vous comprenez pourquoi c'est un grand écrivain, qui nous accroche, nous intéresse, nous interpelle : "Quand on voit le jour en Loire-Atlantique dans une petite localité appelée Saint-Philbert-de-Grand-Lieu, je me dis que les mots d'une géographie natale invitent déjà à sauter dans la barque de l'écriture." De ce moine, ces vers : "Les mouettes, une à une, volent en éclats de rire." et "La mort, tu la croyais nocturne : elle t'éblouit." et encore "Faut-il / que les temps soient / si incertains / que les anges aient recours / à des échafaudages?" Encore un détour par Catherine-Marie de la Trinité, une moniale cette fois, qui écrit : "L'ornière est sans beauté ? / Elle reflète le ciel." Je vous invite à découvrir tous ces moines-poètes, vraiment ! Mais la fin du livre nous donne une autre surprise. Cette fois, c'est un lieu et un architecte que l'auteur nous offre. Pierre Thibault, architecte de l'abbaye Val Notre-Dame à Saint-Jean-de-Matha, au Québec, où l'auteur a passé quelques jours lors d'un colloque. De cet architecte inspiré, tout est magnifique, mais je retiens cette déclaration : "Une grande partie de ma vie, c'est d'amener les gens à ralentir ! Je commence parfois certains projets que je dois arrêter parce que les gens veulent aller trop vite." Si nous ne devions retenir que cette idée, ce serait déjà fabuleux ! Un livre attachant, étonnant, poétique et rassurant, comme on peut être rassuré par un poème, un sourire ou un reflet du ciel.

 

"L'effacement de Dieu" (La voie des moines-poètes" par Gabriel Ringlet, édition Albin Michel 2013. 300 pages. 19 euros.

13 03 13

Leçons de vie...

 

De la providence.jpgPhilosophe romain, homme d'État et écrivain, Sénèque (en latin Lucius Annaeus Seneca) est né dans l'actuelle Cordoue, en Espagne, vers 4 avant Jésus-Christ et est mort le 12 avril 65.

Conseiller à la cour impériale sous Caligula et précepteur de Néron, Sénèque fut pour un temps précepteur et mentor de ce dernier avant d'être discrédité et acculé au suicide. Ses traités philosophiques comme De la colère, Sur la vie heureuse (en latin, De Vita beata) ou De la brièveté de la vie (De Brevitate vitæ), et surtout ses Lettres à Lucilius exposent ses conceptions philosophiques stoïciennes : « Le souverain bien, c'est une âme qui méprise les événements extérieurs et se réjouit par la vertu ».

Dans De la providence dont l'excellente traduction française du professeur en Sorbonne Émile Bréhier (1876-1952) vient d'être rééditée chez Gallimard dans la collection « Folio 2 € sagesse », il s'adresse à son ami Lucilius en adoptant le point de vue divin pour expliquer « pourquoi, si le monde est régi par une providence, les gens de bien éprouvent tant de maux ».

En voici la conclusion :

« Bravez la mort : elle est pour vous le néant ou une nouvelle vie. Avant tout j’ai voulu qu’on ne pût vous retenir malgré vous : la retraite est ouverte. Renoncez-vous à combattre ?

Fuyez, vous êtes libres ; de toutes les nécessités que je vous ai imposées, il n’en est point que j’aie rendue plus facile que la mort. Votre âme est sur une pente rapide, entraînante. Ouvrez les yeux, et voyez combien est court et dégagé le chemin qui mène à la liberté. Je n’ai pas mis d’aussi longs obstacles à la sortie qu’à l’entrée de cette vie. Le sort aurait eu sur vous trop d’empire, si l’homme avait autant de peine à mourir qu’à naître. Pas d’instant, pas de lieu qui ne vous enseigne combien il est aisé le rompre avec la nature et de lui renvoyer son présent. (...) Ce qu’on appelle mourir, cet instant où l’âme se sépare du corps passe trop vite pour être saisi dans sa rapidité. Que les étreintes d’un lacet vous suffoquent, que l’eau vous intercepte la respiration ; que la dureté du sol où se fait votre chute vous fracasse la tête ; que des charbons ardents avalés ferment passage à l’air que vos poumons exhalent, quel que soit le moyen, l’effet est prompt. Ne rougissez-vous pas de craindre si longtemps ce qui dure si peu ? »

Vu comme ça, évidemment…

Bernard DELCORD

De la providence suivi de Lettres à Lucilius (lettres 71 à 74) par Sénèque, traduction d'Émile Bréhier, Paris, Éditions Gallimard, collection « Folio 2 € sagesses », janvier 2013, 96 pp. en noir et blanc au format 10,8x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 2 €

Écrit par Brice dans Bernard Delcord, Philosophie | Commentaires (0) |  Facebook | |

11 01 13

Nos origines

 

origines.jpgNotre univers remonte à quelque 14 milliards d'années. Toutes les sciences, de l'astronomie à la neurobiologie, de la physique à la chimie, mais aussi l'anthropologie, la primatologie, la géologie, tentent d'élaborer notre histoire. Trinh Xuan Thuan nous raconte le plus simplement possible cette grande fresque magnifique. On passe de la double hélice de l'ADN aux nébuleuses bariolées. Cela concerne l'homme, bien sûr, on se souvenant de ce que 50 milliards est le nombre total d'individus à avoir jamais vécu sur Terre depuis l'aube de l'humanité. On doit aussi savoir qu'une cellule vivante est une communauté élaborée et fonctionnelle de grosses molécules appelées protéines. Il y a plus de molécules dans une cellule que d'humains sur la Terre. Et si l'on reste dans les nombres « astronomiques », il faut savoir que dans notre corps, organisme d'une complexité inouïe et résultat de l'union de 10.000 milliards de cellules (cent fois plus que le nombre d'étoiles dans une galaxie !)... Sachons aussi que la biologie moléculaire nous dit sans équivoque que tous les êtres vivants sur Terre – humains, animaux, insectes, plantes ou fleurs – descendent d'un seul et même ancêtre. « Comment les premiers acides aminés sont-ils apparus sur Terre ? Sont-ils nés sur place ou tombés du ciel, voilà qui reste un mystère. Il existe vingt types différents d'acides aminés : ils sont les mêmes partout, aussi bien chez l'être humain que chez la bactérie, le dauphin, la libellule ou la rose» écrit l'auteur. J'aime aussi cette comparaison musicale que je ne lis que pour la première fois chez un scientifique : « La nature est comme le joueur de jazz : une fois un thème principal établi – ici la mise en place, dans les organismes, de mécanismes permettant de se reproduire et d'échanger de l'oxygène, de la nourriture et des déchets avec le milieu extérieur -, elle brode à l'infini sur ce thème pour inventer la nouveauté. » Bref, vous l'aurez compris : un livre complet et passionnant qui nous permet d'être et de réfléchir à ce qu'est « être » ! Une réflexion qui ne peut que rendre toute chose relative et même... nous rendre optimiste !

 

 

Jacques MERCIER

 

 

 

« Origines », « La nostalgie des commencements », Trinh Xuan Thuan, Ed Folio, essais. 546 pp. Édition 2010 mise à jour.

 

13 12 12

Soyons heureux et joyeux !

 

bonheur misrahi.jpgC'est un livre court, mais à la fois touffu et clair. L'auteur est un philosophe actuel qui prône le bonheur ! Rien que pour cela on doit le saluer. Mais il nous apporte bien plus encore : une explication intelligente de cet optimisme qui guide certains d'entre nous et qui est justifié. Il commence par faire référence à Spinoza : « Le désir est, pour Spinoza, l'essence de l'homme, et il est désir de la joie. Seul le désir de la joie peut motiver le travail de la raison. » Robert Misrahi pose encore quelques constats : « L'histoire est créée, non pas les dogmes et les idéologies figées, mais par les utopies rêvées et mises en œuvre par les individus. » ou « Il n'y a pas en l'esprit humain d'autre réalité fondamentale que le désir : il est l'origine et la source en même temps que le but et le terme. Il est la vie et le mouvement, mais aussi le terme et la destination. » Le philosophe décrit alors le mouvement de la création dans lequel se trouve notre bonheur. Il englobe beaucoup de choses rencontrées dans notre vie quotidienne : « C'est ce libre mouvement créateur de sens, poursuivant une joie sensible, qu'on peut observer aussi bien dans la recherche d'un emploi que dans la préparation d'un voyage, dans la fabrication culinaire que dans la création des jardins, dans l'amour d'un autre que dans la composition musicale. » Pour ma part, au fil des pages, j'y découvre des idées rencontrées dans la lecture d'autres philosophes et qui semblent rassemblées ici dans une vue cohérente de notre vie. La notion que nous sommes à la fois la vie et le temps. La notion que notre existence est tissée d'états d'âme et d'instants fulgurants de bonheur, qui s'intègrent dans notre personnalité, l'enrichissent, la transforment. Robert Misrahi l'explique clairement : « C'est ainsi que les « instants parfaits », les moments bouleversants de grande exaltation (tels le choc esthétique d'un paysage solaire fulgurant et rouge sous les tropiques, ou le ravissement fugitif d'un marché coloré dans un village, ou l'adéquation soudaine d'une rencontre), loin d'être des moments nostalgiques nécessairement appelés à disparaître, sont bien plutôt les nourritures affectives et esthétiques qui fondent et qui tissent notre personnalité, nourritures spirituelles qui elles-mêmes ne livrent leurs vertus que sur la base d'une personnalité et d'une culture qui en sont les conditions de possibilité. » L'auteur insiste sur la joie de découvrir par la philosophie le sens de la vie, mais aussi sur l'essentielle nécessité d'aimer. Car ainsi on s'ouvre à des plaisirs neufs qui enrichissent l'existence. Bref, un petit manuel du mieux vivre ! Par les temps de crise, de pessimisme, c'est une lecture vraiment enthousiasmante !

 

Jacques MERCIER

 

« Le Bonheur » Essai sur la joie, par Robert Misrahi. Éditions Cécile Defaut 2012. 146 pp. Format poche. 14 euros.

08 12 12

Alexandre n'est pas Alexandre, ...

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"Et ce refrain dit "Le Bouddha n'est pas le Bouddha, c'est pourquoi je l'appelle le Bouddha." Tout ce qu'on croit savoir sur la réalité, ce ne sont que des étiquettes qui la figent. Il s'agit de laisser aller la vie, de danser avec elle sans vouloir l'immobiliser. Alexandre n'est pas Alexandre, c'est pourquoi je l'appelle Alexandre. L'Alexandre qui a commencé ce livre n'est plus le même que celui qui le termine."

Tout est dit.

Alexandre Jollien, nous l'avions rencontré, en juillet dernier,  à Grignan (Festival de la correspondance 2012: http://editionsdelermitage.skynetblogs.be/archive/2012/07...),avions hâte de découvrir ce Petit traité de l'abandon dont il nous annonçait la parution.

Faisant sien, le mantra énoncé plus haut, le philosophe suisse se fait apôtre de l'abandon, à savoir,  la non-fixation, la confiance redevenue pure en la vie, un certain lâcher-prise qui n'a rien à voir, entendez-le,  avec la résignation.

 « Or l’abandon, ce n’est pas du tout la résignation, mais plutôt l’action d’action en action. (…) Je crois que  la détermination, c’est conjuguer l’abandon et une infinie confiance en la vie. »

Refusant de figer ses proches, ses pensées, ses actions et lui-même dans des étiquettes aussitôt réductrices, Alexandre Jollien propose tout simplement - encore faut-il y arriver - de vivre le présent, intensément, sans le plomber de pensées parasites.

Héritière de la philosophie bouddhiste et d'une pratique sensée du zen, cette attitude aide l'écrivain dans sa vie quotidienne et lui permet, tant bien que mal, de surmonter les soucis d'un handicap moteur congénital, d'une réalité corporelle difficile à vivre.

"Ce n'est pas compliqué"

Bienveillance, rire,  joie immédiate, désir adéquat,  dépouillement,  rencontre de l'autre, foi, prière, patience, gratitude, gratuité, regard sans cesse renouvelé...sont thèmes et  têtes de chapitres courts, écrits de façon vivante, non dénués d'humour qui se proposent d'agir sur nous en une  ascèse, véritable "pharmacopée" de maximes et mantras. 

Un abandon  tonique et qui fait du bien.

AE

Petit traité de l’abandon. Pensées pour accueillir la vie telle qu’elle se propose, Alexandre Jollien, essai, Le Seuil, oct.2012, 125 pp, 14,5 €

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Philosophie | Commentaires (0) |  Facebook | |

29 08 12

Oh que oui!

9782268074085.jpgFidèle à sa vocation de l'éloge paradoxal, la collection dirigée par François Cérésa, s'ouvre d'un nouvel opus: L'Eloge du NON, prêtant tribune à l'écrivain et journaliste,  Jean-Claude Lamy et à Fabienne Deval.

Que oui, quand il se fait résistance, indignation, audace et liberté, le non est force positive, entraînant en un sillage notoire et historique, l'Appel du 18 juin, la "non"-candidature de Julien Gracq au prix Goncourt(Le Rivage des Syrtes - 1951), celle de Jean-Paul Sartre au prix Nobel, la désobéissance de Rosa Parks aux lois ségrégationnistes, l'appel de l'Abbé Pierre, au plus froid de l'hiver '54   ... et le célèbre Cancre de Jacques Prévert.

" Le dialogue passe par le non qui permet de prendre la parole, la forme la plus parfaite du langage"

Limpide, n'est-il pas ?

 

AE

Eloge du non, Jean-Claude Lamy avec Fabienne Deval, essai, Editions du Rocher, juin 2012, 120 pp, 12,90 €

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Philosophie | Commentaires (0) |  Facebook | |

08 08 12

Le péché originel !

de duve.jpgChristian de Duve est prix Nobel de médecine. Il a cette particularité d'être à la fois un grand biologiste et un moraliste. C'est en le voyant en discussion il y a quelques mois sur un plateau de télévision que j'ai eu envie d'acheter et de replonger dans cet essai, qui date déjà de 2010, mais dont on n'a pas encore parlé sur ce site. Le titre et le sous-titre de l'ouvrage sont évocateurs : "Génétique du péché originel" et "Le poids du passé sur l'avenir de la vie"... Le livre nous offre un panorama magnifique et compréhensible de toute l'histoire de la vie sur notre Terre. Surtout, l'auteur nous initie aux récentes découvertes de la science et c'est à cette lumière qu'on peut encore mieux réfléchir à notre destin. "L'humanité est, de fait, entachée d'un défaut intrinsèque, d'un "péché originel" génétique, qui risque d'entraîner sa perte", lit-on. Ce péché originel n'est sans doute pas celui qu'on soupçonne d'après Christian de Duve ! C'est la sélection naturelle... et la seule possibilité de rédemption à l'égard du péché originel génétique serait dans le pouvoir humain d'agir contre la sélection naturelle. Car nous avons assez d'intelligence et d'adresse pour conquérir le monde, mais "pas assez de sagesse pour gérer les fruits de nos victoires" ! Parmi les solutions : les Eglises, qui sont qualifiées pour sauver l'humanité, la sauvegarde de l'environnement et les femmes ! "Les femmes sont la source principale des stimuli qui façonnent le câblage des cerveaux des bébés. Ainsi sont-elles particulièrement bien placées pour améliorer le monde". Mais leur problème, poursuit l'auteur, est de conquérir le pouvoir sans se conduire comme des hommes. Un essai passionnant pour ceux qui s'intéressent à l'évolution du genre humain, nous !

Jacques MERCIER

 

"Génétique du péché originel", Christian de Duve, Edition Odile Jacob, sciences, 2010, 242 pps. 24 euros.

09 07 12

Idées limpides...

Histoire de la philosophie occidentale.gifMathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russel (1872-1970) fut, avec l'Austro-anglais Ludwig Wittgenstein (1889-1951), l'un des plus grands penseurs du siècle dernier.

Auteur avec Alfred Whitehead des fameux Principia Mathematica (1910-1913) qui révolutionnèrent l'approche des mathématiques, Russel appliqua à la philosophie les principes de la logique formelle et de l'analyse du langage, une autre révolution.

Cela déboucha notamment sur une monumentale Histoire de la philosophie occidentale dont Jorge Luis Borges assurait qu'elle serait le seul ouvrage qu'il emporterait sur une île déserte et que l'éditeur Jean-Claude Zylberstein a récemment incluse dans sa magnifique collection « Le goût des idées » – sans conteste la bibliothèque idéale de tout lecteur d'aujourd'hui – qui paraît aux Éditions Les Belles Lettres à Paris.

Écoutons-le :

« Il existe peu d'histoires de la philosophie en français, et celles que l'on peut lire s'adressent à des spécialistes ou à des étudiants. L'œuvre de Bertrand Russell, en revanche, est accessible à tous, sans que pour cela l'exposé des différents systèmes perde en quoi que ce soit de son exactitude et de sa rigueur. C'est donc un tableau cohérent et complet de la philosophie occidentale, de l'Antiquité à nos jours que "l'honnête homme" trouvera ici.

Complet, cela va de soi, car l'érudition de l'auteur ne saurait être mise en défaut. Cohérent, car une pensée sous-entend et anime cet ouvrage, cette pensée que les philosophes sont à la fois des effets et des causes : ils sont les effets des circonstances sociales, de la politique et des institutions de leur temps ; ils sont la cause (s'ils sont heureux) des nouvelles croyances qui façonneront la politique et les institutions des âges futurs.

Cet ouvrage capital de Bertrand Russell, grand penseur anglais, Prix Nobel 1950, a un double caractère : non seulement il est nourri de pensée comme un livre de philosophie, mais il se lit avec tout l'intérêt qu'on apporte à un livre d'histoire. ».

Bertrand Russel fut aussi un homme d'engagement proche des libertaires qui ne cessa de déranger l'establishment (on se souvient du fameux et retentissant « tribunal d'opinion » qu'il instaura en novembre 1966 avec Jean-Paul Sartre pour dénoncer les crimes commis durant la guerre du Viêt Nam) des idées, des sciences et de la politique.

Un grand personnage, donc !

Bernard DELCORD

Histoire de la philosophie occidentale par Bertrand Russell, traduction par Hélène Kern, Paris, Éditions Les Belles Lettres, collection « Le goût des idées » dirigée par Jean-Claude Zylberstein, décembre 2011, deux volumes de 565 pp. et 1006 pp. en noir et blanc au format 12,5 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, réunis en coffret cartonné, 29,50 € chacun (prix France)

Écrit par Brice dans Bernard Delcord, Philosophie | Commentaires (0) |  Facebook | |