09 07 12

Idées limpides...

Histoire de la philosophie occidentale.gifMathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russel (1872-1970) fut, avec l'Austro-anglais Ludwig Wittgenstein (1889-1951), l'un des plus grands penseurs du siècle dernier.

Auteur avec Alfred Whitehead des fameux Principia Mathematica (1910-1913) qui révolutionnèrent l'approche des mathématiques, Russel appliqua à la philosophie les principes de la logique formelle et de l'analyse du langage, une autre révolution.

Cela déboucha notamment sur une monumentale Histoire de la philosophie occidentale dont Jorge Luis Borges assurait qu'elle serait le seul ouvrage qu'il emporterait sur une île déserte et que l'éditeur Jean-Claude Zylberstein a récemment incluse dans sa magnifique collection « Le goût des idées » – sans conteste la bibliothèque idéale de tout lecteur d'aujourd'hui – qui paraît aux Éditions Les Belles Lettres à Paris.

Écoutons-le :

« Il existe peu d'histoires de la philosophie en français, et celles que l'on peut lire s'adressent à des spécialistes ou à des étudiants. L'œuvre de Bertrand Russell, en revanche, est accessible à tous, sans que pour cela l'exposé des différents systèmes perde en quoi que ce soit de son exactitude et de sa rigueur. C'est donc un tableau cohérent et complet de la philosophie occidentale, de l'Antiquité à nos jours que "l'honnête homme" trouvera ici.

Complet, cela va de soi, car l'érudition de l'auteur ne saurait être mise en défaut. Cohérent, car une pensée sous-entend et anime cet ouvrage, cette pensée que les philosophes sont à la fois des effets et des causes : ils sont les effets des circonstances sociales, de la politique et des institutions de leur temps ; ils sont la cause (s'ils sont heureux) des nouvelles croyances qui façonneront la politique et les institutions des âges futurs.

Cet ouvrage capital de Bertrand Russell, grand penseur anglais, Prix Nobel 1950, a un double caractère : non seulement il est nourri de pensée comme un livre de philosophie, mais il se lit avec tout l'intérêt qu'on apporte à un livre d'histoire. ».

Bertrand Russel fut aussi un homme d'engagement proche des libertaires qui ne cessa de déranger l'establishment (on se souvient du fameux et retentissant « tribunal d'opinion » qu'il instaura en novembre 1966 avec Jean-Paul Sartre pour dénoncer les crimes commis durant la guerre du Viêt Nam) des idées, des sciences et de la politique.

Un grand personnage, donc !

Bernard DELCORD

Histoire de la philosophie occidentale par Bertrand Russell, traduction par Hélène Kern, Paris, Éditions Les Belles Lettres, collection « Le goût des idées » dirigée par Jean-Claude Zylberstein, décembre 2011, deux volumes de 565 pp. et 1006 pp. en noir et blanc au format 12,5 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, réunis en coffret cartonné, 29,50 € chacun (prix France)

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08 07 12

L'amour, toujours l'amour !

comte.jpgLe titre s'inspire de La Rochefoucauld : « Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement. ». André Comte-Sponville a donné ce titre « Le sexe ni la mort » à ce recueil de trois essais qui portent sur l'amour et la sexualité. Deux conférences, relues et corrigées et un essai publié en 2005 dans un ouvrage collectif. Pour la première partie, « L'amour », c'est en quelque sorte une prolongation du dernier chapitre du « Traité des grandes vertus ». Il n'est pas étonnant d'y trouver cette citation de Nietzsche : « Ce qui est fait par amour s'accomplit toujours par-delà le bien et le mal. » J'aime cette idée : « On comprend pourquoi » écrit Comte-Sponville « toutes les vertus morales ressemblent en quelque chose à l'amour : parce qu'elles l'imitent, en son absence, parce qu'elles en viennent (par l'éducation) ou y tendent (par imitation, fidélité ou gratitude. » Ensuite l'auteur détaille les formes d'amour : « Eros ou l'amour passion », « Philia ou la joie d'aimer », cette phase délicate qui fait durer la passion en autre chose : « Se réjouir de l'existence de l'autre, de sa présence, prendre plaisir à partager sa vie et son lit, ce n'est pas moins d'amour, c'est plus d'amour. » Et de définir un couple heureux comme celui où chacun des deux connaît très bien l'autre et l'aime quand même ! L'amour vrai est celui qui aime la vérité de l'autre. Enfin il y a « Agapè ou l'amour sans rivage », soit la charité. Dans la conclusion de cette première partie, je note : « La grâce d'être aimé précède la grâce d'aimer, et la rend possible ». La seconde partie s'intitule « Le sexe ni la mort » (Philosophie de la sexualité) et définit, par exemple, en quoi l'érotisme est culturel. Si l'âme et le corps ne sont qu'une même chose, il est vrai que l'âme ne cesse de s'étonner, d'être gênée, de la sexualité du corps. Il n'y a pas que la religion qui nous a souvent inculqué cette honte du corps. Il est troublant de retrouver en l'homme l'animal qu'il n'a jamais cessé d'être ! Quant à l'érotisme, Comte-Sponville explique que seuls les humains s'interrogent sur les problèmes que mortalité et sexualité leur imposent. De là, les religions et la morale, la métaphysique et l'érotisme. « L'homme est un animal transgressif : le seul qui jouisse de son animalité en s'en distanciant, voire, raffinement suprême, en se le reprochant ! » La dernière partie de ce passionnant essai s'intitule « Entre passion et vertu » (Sur l'amitié et le couple). On y parle encore d'amour, de désir et de durée. « Le dur désir de durer », disait Paul Eluard.

Jacques MERCIER

 

« Le sexe ni la mort », par André Comte-Sponville. Edition Albin Michel. 410 pp. 21, 50 euros.

28 05 12

Un fameux sujet de réflexion...

Le rire.gifUn homme court dans la rue. Il trébuche. Il tombe. Les passants rient. Qu'est-ce qui a réellement déclenché leur hilarité ? Publié en 1900, au même moment que L'Interprétation du rêve de Freud et alors que le cinéma burlesque connaît ses premiers succès, Le Rire (qui vient de reparaître aux Éditions Payot à Paris) est le livre le plus célèbre et le plus populaire du philosophe Henri Bergson (1859-1941). Il est composé de trois articles (les trois chapitres [1]) qui avaient précédemment été publiés dans la Revue de Paris et se voit augmenté ici d'un texte de 1913, "Rire", dans lequel le psychanalyste Sandor Ferenczi compare les thèses de Bergson et celles que Freud développera en 1905 dans Le Mot d'esprit et sa relation à l'inconscient.

Comme Bergson le dit dans sa préface de 1924, son essai se concentre plus exactement sur « le rire spécialement provoqué par le comique ». La thèse défendue dans l'ouvrage est que ce qui provoque le rire est le placage de la mécanique sur du vivant. Le rire y est considéré comme une punition de la société envers les êtres qui s'écartent de la norme. [2]

Écoutons l'explication de l'auteur :

« Que signifie le rire ? Qu’y a-t-il au fond du risible ? Que trouverait-on de commun entre une grimace de pitre, un jeu de mots, un quiproquo de vaudeville, une scène de fine comédie ? Quelle distillation nous donnera l’essence, toujours la même, à laquelle tant de produits divers empruntent ou leur indiscrète odeur ou leur parfum délicat ? Les plus grands penseurs, depuis Aristote, se sont attaqués à ce petit problème, qui toujours se dérobe sous l’effort, glisse, s’échappe, se redresse, impertinent défi jeté à la spéculation philosophique. (...)

Nous allons présenter (...) trois observations que nous tenons pour fondamentales. Elles portent moins sur le comique lui-même que sur la place où il faut le chercher.

Voici le premier point sur lequel nous appellerons l’attention. Il n’y a pas de comique en dehors de ce qui est proprement humain. Un paysage pourra être beau, gracieux, sublime, insignifiant ou laid ; il ne sera jamais risible. On rira d’un animal, mais parce qu’on aura surpris chez lui une attitude d’homme ou une expression humaine. On rira d’un chapeau ; mais ce qu’on raille alors, ce n’est pas le morceau de feutre ou de paille, c’est la forme que des hommes lui ont donnée, c’est le caprice humain dont il a pris le moule. Comment un fait aussi important, dans sa simplicité, n’a-t-il pas fixé davantage l’attention des philosophes ? Plusieurs ont défini l’homme « un animal qui sait rire ». Ils auraient aussi bien pu le définir un animal qui fait rire, car si quelque autre animal y parvient, ou quelque objet inanimé, c’est par une ressemblance avec l’homme, par la marque que l’homme y imprime ou par l’usage que l’homme en fait.

Signalons maintenant, comme un symptôme non moins digne de remarque, l’insensibilité qui accompagne d’ordinaire le rire. Il semble que le comique ne puisse produire son ébranlement qu’à la condition de tomber sur une surface d’âme bien calme, bien unie. L’indifférence est son milieu naturel. Le rire n’a pas de plus grand ennemi que l’émotion. (...) Essayez, un moment, de vous intéresser à tout ce qui se dit et à tout ce qui se fait, agissez, en imagination, avec ceux qui agissent, sentez avec ceux qui sentent, donnez enfin à votre sympathie son plus large épanouissement : comme sous un coup de baguette magique vous verrez les objets les plus légers prendre du poids, et une coloration sévère passer sur toutes choses. Détachez-vous maintenant, assistez à la vie en spectateur indifférent : bien des drames tourneront à la comédie. Il suffit que nous bouchions nos oreilles au son de la musique, dans un salon où l’on danse, pour que les danseurs nous paraissent aussitôt ridicules. Combien d’actions humaines résisteraient à une épreuve de ce genre ? Et ne verrions-nous pas beaucoup d’entre elles passer tout à coup du grave au plaisant, si nous les isolions de la musique de sentiment qui les accompagne ? Le comique exige donc enfin, pour produire tout son effet, quelque chose comme une anesthésie momentanée du cœur. Il s’adresse à l’intelligence pure.

Seulement, cette intelligence doit rester en contact avec d’autres intelligences. Voilà le troisième fait sur lequel nous désirions attirer l’attention. On ne goûterait pas le comique si l’on se sentait isolé. Il semble que le rire ait besoin d’un écho. Écoutez-le bien : ce n’est pas un son articulé, net, terminé ; c’est quelque chose qui voudrait se prolonger en se répercutant de proche en proche, quelque chose qui commence par un éclat pour se continuer par des roulements, ainsi que le tonnerre dans la montagne. Et pourtant cette répercussion ne doit pas aller à l’infini. Elle peut cheminer à l’intérieur d’un cercle aussi large qu’on voudra ; le cercle n’en reste pas moins fermé. Notre rire est toujours le rire d’un groupe. (...) Telle sera, disons-le dès maintenant, l’idée directrice de toutes nos recherches. Le rire doit répondre à certaines exigences de la vie en commun. Le rire doit avoir une signification sociale.

Marquons nettement le point où viennent converger nos trois observations préliminaires. Le comique naîtra, semble-t-il, quand des hommes réunis en groupe dirigeront tous leur attention sur un d’entre eux, faisant taire leur sensibilité et exerçant leur seule intelligence. Quel est maintenant le point particulier sur lequel devra se diriger leur attention ? À quoi s’emploiera ici l’intelligence ? Répondre à ces questions sera déjà serrer de plus près le problème. »

Pas à dire, c'est du sérieux !

Bernard DELCORD

Le rire, Essai sur la signification du comique par Henri Bergson, Paris, Éditions Payot, collection « Petite Bibliothèque Payot », janvier 2012, 128 pp. au format 11 x 17 cm, 7,65 € (prix France)



[1] Chapitre I : Du comique en général ; le comique des formes ; le comique des mouvements ; force d'expansion du comique. Chapitre II : Le comique de situation ; le comique de mots. Chapitre III : Le comique de caractère.

[2] Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Rire_(Henri_Bergson)

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23 05 12

Il faut tout réinventer !

Serres poucette.jpgMichel Serres expose, une fois de plus, l'état des lieux de notre civilisation avec lucidité, avec générosité et aussi avec poésie. Jusque dans le titre : "Petite Poucette" faisant allusion au conte mais aussi aux pouces utilisés avec tant de virtuosité par les jeunes utilisateurs des iPhones et autres liseuses ! "Sans que nous nous en apercevions, un nouvel humain est né, pendant un intervalle bref, celui qui nous sépare des années 1970." C'est la troisième grand révolution de la société occidentale que nous vivons en ce moment : après le passage de l'oral à l'écrit, celui de l'écrit à l'imprimerie, nous en sommes à celui de l'imprimerie à l'immatériel. Une nouvelle époque où tous nous avons voix au chapitre ! Michel Serres reprend point par point ce qui bouleverse la société actuelle : Par exemple, la connaissance "Pour le temps d'écoute et de vision, la séduction et l'importance, les médias se sont saisis depuis longtemps de la fonction d'enseignement."... avec une description des lieux qu'il connaît bien, comme professeur à Stanford University : "Les étudiants bavardent, dans un brouhaha, parce que tout le monde a déjà le savoir annoncé. En entier. A disposition. Accessible par Web, Wikipédia, portable, par n'importe quel portail. Expliqué, documenté, illustré, sans plus d'erreurs que dans les meilleures encyclopédies. Nul n'a plus besoin des porte-voix d'antan, sauf si l'un, original et rare, invente" et d'expliquer que tout le savoir est à portée de chacun. "Le seul acte intellectuel authentique, c'est l'invention. Préférons donc le labyrinthe des puces électroniques"! Retenons encore deux choses, pour nous qui sommes abreuvés d'informations et qui sur-consommons de la politique : "Concentrée dans les médias, l'offre politique meurt; bien qu'elle ne sache ni ne puisse encore s'exprimer, la demande politique, énorme, se lève et presse. La voix vote en permanence." Et enfin cette superbe image : "Les grandes institutions, dont le volume occupe encore tout le décor et le rideau de ce que nous appelons encore notre société, alors qu'elle se réduit à une scène qui perd tous les jours quelque plausible densité, en ne prenant même plus la peine de renouveler le spectacle et en écrasant de médiocrité un peuple finaud, ces grandes institutions, j'aime le redire, ressemblent aux étoiles dont nous recevons la lumière, mais dont l'astrophysique calcule qu'elles moururent voici longtemps." Quel magnifique destin que celui de ce philosophe, un Michel Serres qui parvient à mettre en mots, en phrases compréhensibles ce malaise que nous ressentons tous face à l'accélération des moyens de communication, de la mondialisation, de la perte des repères ! Merci.

Jacques MERCIER

"Petite Poucette" par Michel Serres, Edition le Pommier, 2012. 84 pp. 9,50 euros.

09 02 12

Je suis la femme la plus heureuse du monde

9782268072708FS.jpgSacrée Soeur Emmanuelle. Voici trois ans que vous nous avez quittés, à l'aube de votre (premier) centenaire...et nous avons dans l'oreille cette voix haut perchée, convaincue, convaincante qui ajoutait  un timbre mémorable au charme irrésistible de votre grand âge et de votre - fameuse- personnalité.

"Quelle grâce de n'avoir rien d'autre à faire que d'être la "soeur universelle" de tous ceux que je rencontre chaque jour: je n'ai rien d'autre à faire que de les écouter, les regarder, leur souhaiter tout le bien possible, comme une soeur attentionnée et affectueuse. Je n'ai rien d'autre à faire que d'aspirer l'amour du coeur de Dieu pour le respirer et l'expirer autour de moi! Quelle chance d'être vieille!"

Transcrivant de manière thématique et structurée une série d'entretiens qu'elle eut, entre 2004 et 2006 avec Soeur Emmanuelle, Angela Silvestrini, membre de la communauté laïque et romaine de Sant'Egidio,  réactive le témoignage vital de la célèbre chiffonnière du Caire.

Vieillesse, pauvreté, mort, éternité, prière, dialogue oecuménique..arborent vigueur et lettres de noblesse dans les propos d'une femme qu'une vie d'amour universel  et  22 ans passés au sein des bidonvilles du Caire on rendue " la femme la plus heureuse du monde".

Consacrée à l'héritage de Soeur Emmanuelle, la dernière partie de l'ouvrage fait le point sur les projets en cours en France et en Egypte. Pour chaque livre acheté, 1 € sera versé à Asmae, association des amis de Soeur Emmanuelle.

Puissiez-vous, chère Soeur Emmanuelle, désormais tutoyer Dieu avec l'entrain que nous vous connaissons.

Apolline Elter

Soeur Emmanuelle. Entretiens avec Angela Silvestrini. Je suis la femme la plus heureuse du monde.Document. Editions du Rocher, janvier 2012 (traduit de l'italien par Sylvie Garoche), 236 pp, 17 €

 

 

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07 02 12

Le balai libéré

9782709636841-G.jpg"Je pense,  donc j'essuie"

Balayées les images poussiéreuses de la ménagère du siècle écoulé, l'entretien du nid familial devient une activité branchée, bénéfique pour la santé physique, mentale, le moral, le bien-être perso et, pourquoi pas, celui de son entourage.

Du "win-win" en quelque sorte.

Promu instrument de pouvoir, de domination,  d'abdominaux et de fessiers, le balai remplit à l'envi la mission qui lui est confiée: faire place nette, se promouvoir berceau de créativité.  Vermeer l'a bien compris qui place  l'instrument au premier plan de sa célèbre Lettre d'amour. (+/- 1669-1670)

Moyen idoine pour ancrer la vie et ses dérives virtuelles dans une activité terre-à-terre, gratifiante et sensorielle, le ménage est devenu l'apanage des stars, des écrivains, des conjoints et des familles.

Que demander de plus?

Un petit nid propre et cosy.

Aspirons-y!

Pardi.

Apolline Elter

Apologie des petites corvées- Les plaisirs secrets du ménage , Anne de Chalvron, essai, JC Lattès, janvier 2012, 228 pp, 12,5€

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31 12 11

Philosophie divinatoire et ludique

  Le jeu du Phénix.gif

 Philosophe et écrivain, Vincent Cespedes, par ailleurs auteur de L'homme expliqué aux femmes paru chez le même éditeur, propose chez Flammarion sous le titre Le jeu du Phénix un tarot original et ludique, à la fois jeu de société, outil d'introspection et base d'échange, qui aidera son ou ses utilisateur(s) à répondre à toutes leurs interrogations existentielles et à celles de leurs proches.

  L'ensemble se compose d'un tapis de jeu, de 26 cartes et d'un livret décrivant 50 flammes (franches et folles, paires et impaires) aux noms évocateurs comme Foyn (la réinvention de soi), Le Voyage, Le Masque fou, L'Élixir, L'Épée, La Tour, le Masque, Le Dragon, L'Arbre, La Licorne, La Perle, L'Œil, L'Or, La Tortue, L'Enfant...

  On peut y jouer de différentes façons, en quatre parties (La Lumière, L'Entretien, La Voie et Le Profil), et même prolonger sa formation et ses échanges sur un site Internet dédié (http://jeuduphenix.com).

  Une invention qui aurait sûrement plu à Socrate, qui professait qu'il fallait se connaître soi-même...

  Bernard DELCORD

  Le jeu du Phénix par Vincent Cespedes, Paris, Éditions Flammarion, octobre 2011, 128 pp. au format 16,2cm x 27,7 cm, 19,90 € (prix France)

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15 12 11

Une écologie de l'âme

terre-en-heritage.jpg

Il nous avait enchantés en 2009, avec La mémoire du petit prince (voir chronique du 25 octobre 2099: http://editionsdelermitage.skynetblogs.be/archive/2009/10...), Jean-Pierre Guéno nous revient en cette fin 2011 avec un (très) beau livre et la complicité de son génial metteur en images, Jérôme Pecnard, magnifique hommage au testament d'Antoine de Saint-Exupéry.

 Vous l'aurez compris: le superlatif est de mise.

 "Nous vous laissons la Terre en héritage. Puissiez-vous ne jamais arrêter de porter sur elle ce regard neuf qui protège de la vieillesse; puissiez-vous ne pas en faire le désert de nos aigreurs et de notre ingratitude, mais plutôt le nouveau monde de nos rêves et de nos espérances"

 Instituant le célèbre écrivain-aviateur, père spirituel de notre écologie contemporaine, Jean-Pierre Guéno revêt le costume marin du Petit Prince et  l'esprit de Saint-Exupéry enfant pour délivrer un vibrant message d'amour de notre Terre - de mises en garde aussi - illustré de splendides photos issues de la photothèque d’ Yann Arthus-Bertrand, ainsi que de la Nasa.

 Traversant les thématiques de l'eau, la nuit, la ville, la planète (et sa nécessaire sauvegarde), l'auteur choisit d'en montrer les merveilles plutôt que de s'enliser dans un discours culpabilisant. Des extraits d'œuvres  (Terre des Hommes, Citadelle, Lettre à un otage, Le Petit Prince, Vol de nuit, ..) et des dessins d'Antoine de Saint-Exupéry jalonnent les chapitres qui révèlent le côté visionnaire de l'écrivain de génie et la rare beauté de cette planète qui nous est donnée..en héritage.

 L'écologie se fait admirative, diversifiée, sociale,  citoyenne, responsable..visant l'être, atteignant l'âme, au terme d'un  ouvrage que je vous recommande particulièrement.

 Apolline Elter

 La Terre en héritage. Antoine de Saint-Exupéry: Sauver la planète du Petit Prince, Jean-Pierre Guéno (Mise en image Jérôme Pecnard), beau livre, Editions Jacob-Duvernet, oct. 2011, 144 pp, 25,5 € 

 Billet de ferveur

 AE: Jean-Pierre Guéno, révélé par la passion qui vous lie à l'écrivain, le testament d'Antoine de Saint-Exupéry est porteur d'un message fort, extraordinairement positif. Voyez-vous en lui, un nouveau Messie? Un messie porteur d'un message d'éternité et de salut de l'âme?

 Jean-Pierre Guéno : Il n’y a pas de messies : uniquement certains hommes de bonne volonté qui à force d’empathie avec les autres hommes arrivent à déduire de leur trajectoire passée le devenir de leur trajectoire future. On les pense visionnaires alors qu’ils ne sont en fait que de fabuleux déducteurs capables de poser leur stéthoscope sur le cœur de l’histoire pour en percevoir les battements et pour projeter ces battements dans l’avenir… Au cœur  des années 1930, l’écrivain avait connu les grandes mégalopoles nord et sur américaines. Son œil  d’aviateur lui donnait ce recul qui permit 40 ans plus tard aux terriens de comprendre la valeur de leur planète lorsqu’ils en découvrirent les photos prises dans les premiers vol habités de la Nasa, les vols des missions Apollo.

 AE: Etes-vous un humaniste? Avançant peu à peu dans la découverte de vos écrits (Les Diamants de l'Histoire, La Vie en toutes lettres, Paroles de détenus,  La mémoire du Petit Prince, Paroles de l'Ombre, ..), je suis portée à le croire..

 Jean-Pierre Guéno: Notre vie ne s’éclaire que lorsque nous la tournons vers les autres. C’est un  peu le message essentiel du créateur du Petit Prince. Je ne cesse de traquer depuis que je suis en état de le faire la petite musique de l’âme des hommes, la vibration de leur âme. Je m’efforce d’être à la fois le passeur de leur mémoire et celui de cette petite musique…

 AE: une partie des bénéfices issus de la vente du livre sera versée à la Fondation Antoine de Saint-Exupéry pour la jeunesse. Dotée de parrains prestigieux, tels le docteur Bertrand Piccard, Antoine Gallimard, Xavier Emmanuelli, Patrick Poivre d'Arvor, André Borchberg et Marie-Christine Barrault, ... et vous-même, elle a pour mission de diffuser "les valeurs humanistes universelles d'Antoine de Saint-Exupéry". C'est dire comme votre ouvrage s'inscrit dans cette vocation!

 Jean-Pierre Guéno: J’ai divisé par deux les droits habituels qu’un auteur reçoit pour écrire un livre illustré. Cela permet à mon éditeur de verser une partie des recettes de l’ouvrage à la Fondation Antoine de Saint-Exupéry pour la jeunesse. J’ai déduit du livre  une exposition de 33 panneaux qui à partir de Février 2012 va faire le tour de notre beau pays. Organisée elle aussi au profit de la Fondation Antoine de Saint-Exupéry pour la Jeunesse, elle a été parrainée et financée par le Musée des Lettres et Manuscrits situé 222 Boulevard Saint-Germain à Paris. Grâce au Président de ce Musée, Gérard Lhéritier, l’exposition « La terre en héritage »  sera accessible gratuitement au public et comme elle pourra exister à trois exemplaires simultanés, elle devrait avoir un bel impact. Le 21ème siècle est et sera celui de la transmission : transmission de ces valeurs et de ces points de repère dont les jeunes ont tant besoin, à l’heure de la grande Mondialisation et de la grande virtualisation qui parfois donnent le vertige.

 Ma citation, ma pépite  préférée dans ce livre que j’ai eu tant de plaisir à écrire est tirée de Pilote de Guerre et suffit à résumer le message clef de Saint-Exupéry : « Nul ne peut se sentir à la fois responsable et désespéré ». Si vous vous sentez en déserrance, si vous vous sentez désespéré, tournez-vous vers les autres. Assumez des responsabilités. Devenez à votre manière à votre échelle, devenez un berger : le désespoir et le spleen, si caractéristiques de la société du « tout à l’égo » qui nous encercle, s’envoleront comme par magie ! 

 

03 12 11

Vox populi…

 

Sentences par Publilius Syrus.gif« De nos jours, rares sont ceux, même parmi les latinistes, à qui le nom de Publilius Syrus est familier », écrit le brillant spécialiste [1] Guillaume Flamerie de Lachapelle dans sa présentation des Sentences parues tout récemment aux Éditions Les Belles Lettres à Paris.

 

« Des mimes qu'écrivit cet ancien esclave dans le courant du 1er siècle av. J.-C. ne subsistent plus aujourd'hui que de brèves formules à valeur proverbiale, que les Romains appelaient sententiae. D'aspect tantôt grave, tantôt humoristique, ces sentences reflètent sans doute assez bien la morale populaire du temps (“Un malade se fait du tort quand il institue son médecin héritier” ; “Le courage croît à force d'oser, la peur à force d'hésiter” ; “La mort est heureuse dans l'enfance, amère dans la jeunesse, trop tardive dans la vieillesse”).

 

Déjà prisées d'un Sénèque, elles ont été rassemblées en recueil dès l'Antiquité et font partie de toute une littérature gnomique que le Moyen Âge et la Renaissance apprécièrent grandement. Elles ont ensuite retenu l'attention des amateurs de bons mots aussi bien que des anthropologues, des moralistes aussi bien que des historiens. Cet intérêt s'est traduit par de nombreuses éditions, d'Érasme aux philologues allemands de la fin du XIXe siècle.

 

Par la suite, pourtant, les savants ont eu tendance à délaisser une œuvre dont l'édition critique la plus récente date de 1895 ; la dernière version française, épuisée depuis longtemps, remonte aux années 1930. »

 

Répondant à cette relative désaffection, la publication est donc bienvenue d’une nouvelle version de ces quelque 730 aphorismes dans une traduction nouvelle, chacun d'entre eux étant l'objet d'un commentaire critique, exégétique ou littéraire, tandis qu’une introduction et diverses annexes complètent ce véritable puits de sagesse.

 

Florilège :

 

« L’incapacité est le prétexte pour ne pas se donner de peine. »

 

« Il est plus facile de commettre l’injustice que de la supporter. »

 

« C’est à soi-même qu’on pense quand on a pitié de son prochain en proie au malheur. »

 

« La conclusion d’une entreprise est toujours juge de son déroulement. »

 

« Il n’est point d’heure qui soit heureuse pour quelqu’un sans être malheureuse pour un autre. »

 

« Un avare ne fait rien de bien, sauf quand il meurt. »

 

« Le fer de la charrue est plus utile que le bronze du champ de bataille. »

 

« Immense est le pouvoir de l’habitude. »

 

« La table fait naître plus d’amitiés que l’esprit. »

 

« On obéit mieux à une demande qu’à un ordre. »

 

C’est plutôt bien vu, non ?

 

Bernard DELCORD

 

Sentencespar Publilius Syrus, édition bilingue latin-français, introduction, traductions et notes de Guillaume Flamerie de Lachapelle, Paris, Éditions Les Belles Lettres, collection « Fragments », novembre 2011, 159 pp. en noir et blanc au format 13,5 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 25 € (prix France)



[1] Agrégé de lettres classiques et docteur ès-lettres, il est maître de conférences de langue et littérature latines à l’Université Michel-de-Montaigne/Bordeaux 3.

 

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29 11 11

Un explorateur du monde et de l'homme !

jlouis Etienne.jpgJean-Louis Etienne est médecin et explorateur. Il a beaucoup écrit déjà sur ses expéditions et la place de l'homme sur terre et dans l'univers, sa survie. Ce qui est intéressant avec cet auteur (de terrain) c'est qu'il décrit, analyse et livre ensuite sa sagesse. Avant de le suivre vers l'Antarctique, où son prochain périple scientifique va l'entraîner, lisez cet ouvrage, qui se conclut par "L'homme porte en lui l'intelligence de la solution" ! Souvent les textes sont livrés sous forme de réponses à des questions simples posées par vous et moi. Il aborde ainsi l'air, les poissons, l'eau, le climat, la civilisation du carbone, le génie de la nature, le mystère du vivant, etc. Je ne vous proposerai que cet extrait final du livre, adressé aux enfants "Ce sera votre monde !". Parmi les conseils : "Aimer ce que l'on fait et conserver sa liberté de décision", "Persévérer, même si le chemin est difficile... car on construit sa vie sur des réalisations, fussent-elles minimes, et non sur les frustrations de rêves inachevés" et j'aime aussi cette évidence, qu'il faut répéter en notre époque d'apparence et d'image : "Faites attention aux miroirs aux alouettes, une histoire d'amour à Sarcelles vaut bien mieux qu'un chagrin dans un palace à Bora Bora" ! Génial ! Et puis ces derniers conseils, en forme de conclusion : "Soyez inventifs, entreprenants, audacieux, apprenez à vous servir de vos dix doigts pour être plus autonomes, soyez individuellement responsables et collectivement solidaires. Soyez terriens et visez l'univers, il y a matière à explorer pour l'éternité, dans cette autre partie de soi où se cache la solution existentielle." Encore un de ces livres essentiels pour ne pas perdre courage, pour comprendre, pour avancer dans la vie avec les autres.

 

Jacques MERCIER

 

Nouvelles histoires naturelles (Quand l'homme entre en scène), par Jean-Louis Etienne. Edition Jean-Claude Lattès, 2011. 216 pages. 15 euros.