08 12 12

Alexandre n'est pas Alexandre, ...

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"Et ce refrain dit "Le Bouddha n'est pas le Bouddha, c'est pourquoi je l'appelle le Bouddha." Tout ce qu'on croit savoir sur la réalité, ce ne sont que des étiquettes qui la figent. Il s'agit de laisser aller la vie, de danser avec elle sans vouloir l'immobiliser. Alexandre n'est pas Alexandre, c'est pourquoi je l'appelle Alexandre. L'Alexandre qui a commencé ce livre n'est plus le même que celui qui le termine."

Tout est dit.

Alexandre Jollien, nous l'avions rencontré, en juillet dernier,  à Grignan (Festival de la correspondance 2012: http://editionsdelermitage.skynetblogs.be/archive/2012/07...),avions hâte de découvrir ce Petit traité de l'abandon dont il nous annonçait la parution.

Faisant sien, le mantra énoncé plus haut, le philosophe suisse se fait apôtre de l'abandon, à savoir,  la non-fixation, la confiance redevenue pure en la vie, un certain lâcher-prise qui n'a rien à voir, entendez-le,  avec la résignation.

 « Or l’abandon, ce n’est pas du tout la résignation, mais plutôt l’action d’action en action. (…) Je crois que  la détermination, c’est conjuguer l’abandon et une infinie confiance en la vie. »

Refusant de figer ses proches, ses pensées, ses actions et lui-même dans des étiquettes aussitôt réductrices, Alexandre Jollien propose tout simplement - encore faut-il y arriver - de vivre le présent, intensément, sans le plomber de pensées parasites.

Héritière de la philosophie bouddhiste et d'une pratique sensée du zen, cette attitude aide l'écrivain dans sa vie quotidienne et lui permet, tant bien que mal, de surmonter les soucis d'un handicap moteur congénital, d'une réalité corporelle difficile à vivre.

"Ce n'est pas compliqué"

Bienveillance, rire,  joie immédiate, désir adéquat,  dépouillement,  rencontre de l'autre, foi, prière, patience, gratitude, gratuité, regard sans cesse renouvelé...sont thèmes et  têtes de chapitres courts, écrits de façon vivante, non dénués d'humour qui se proposent d'agir sur nous en une  ascèse, véritable "pharmacopée" de maximes et mantras. 

Un abandon  tonique et qui fait du bien.

AE

Petit traité de l’abandon. Pensées pour accueillir la vie telle qu’elle se propose, Alexandre Jollien, essai, Le Seuil, oct.2012, 125 pp, 14,5 €

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29 08 12

Oh que oui!

9782268074085.jpgFidèle à sa vocation de l'éloge paradoxal, la collection dirigée par François Cérésa, s'ouvre d'un nouvel opus: L'Eloge du NON, prêtant tribune à l'écrivain et journaliste,  Jean-Claude Lamy et à Fabienne Deval.

Que oui, quand il se fait résistance, indignation, audace et liberté, le non est force positive, entraînant en un sillage notoire et historique, l'Appel du 18 juin, la "non"-candidature de Julien Gracq au prix Goncourt(Le Rivage des Syrtes - 1951), celle de Jean-Paul Sartre au prix Nobel, la désobéissance de Rosa Parks aux lois ségrégationnistes, l'appel de l'Abbé Pierre, au plus froid de l'hiver '54   ... et le célèbre Cancre de Jacques Prévert.

" Le dialogue passe par le non qui permet de prendre la parole, la forme la plus parfaite du langage"

Limpide, n'est-il pas ?

 

AE

Eloge du non, Jean-Claude Lamy avec Fabienne Deval, essai, Editions du Rocher, juin 2012, 120 pp, 12,90 €

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08 08 12

Le péché originel !

de duve.jpgChristian de Duve est prix Nobel de médecine. Il a cette particularité d'être à la fois un grand biologiste et un moraliste. C'est en le voyant en discussion il y a quelques mois sur un plateau de télévision que j'ai eu envie d'acheter et de replonger dans cet essai, qui date déjà de 2010, mais dont on n'a pas encore parlé sur ce site. Le titre et le sous-titre de l'ouvrage sont évocateurs : "Génétique du péché originel" et "Le poids du passé sur l'avenir de la vie"... Le livre nous offre un panorama magnifique et compréhensible de toute l'histoire de la vie sur notre Terre. Surtout, l'auteur nous initie aux récentes découvertes de la science et c'est à cette lumière qu'on peut encore mieux réfléchir à notre destin. "L'humanité est, de fait, entachée d'un défaut intrinsèque, d'un "péché originel" génétique, qui risque d'entraîner sa perte", lit-on. Ce péché originel n'est sans doute pas celui qu'on soupçonne d'après Christian de Duve ! C'est la sélection naturelle... et la seule possibilité de rédemption à l'égard du péché originel génétique serait dans le pouvoir humain d'agir contre la sélection naturelle. Car nous avons assez d'intelligence et d'adresse pour conquérir le monde, mais "pas assez de sagesse pour gérer les fruits de nos victoires" ! Parmi les solutions : les Eglises, qui sont qualifiées pour sauver l'humanité, la sauvegarde de l'environnement et les femmes ! "Les femmes sont la source principale des stimuli qui façonnent le câblage des cerveaux des bébés. Ainsi sont-elles particulièrement bien placées pour améliorer le monde". Mais leur problème, poursuit l'auteur, est de conquérir le pouvoir sans se conduire comme des hommes. Un essai passionnant pour ceux qui s'intéressent à l'évolution du genre humain, nous !

Jacques MERCIER

 

"Génétique du péché originel", Christian de Duve, Edition Odile Jacob, sciences, 2010, 242 pps. 24 euros.

09 07 12

Idées limpides...

Histoire de la philosophie occidentale.gifMathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russel (1872-1970) fut, avec l'Austro-anglais Ludwig Wittgenstein (1889-1951), l'un des plus grands penseurs du siècle dernier.

Auteur avec Alfred Whitehead des fameux Principia Mathematica (1910-1913) qui révolutionnèrent l'approche des mathématiques, Russel appliqua à la philosophie les principes de la logique formelle et de l'analyse du langage, une autre révolution.

Cela déboucha notamment sur une monumentale Histoire de la philosophie occidentale dont Jorge Luis Borges assurait qu'elle serait le seul ouvrage qu'il emporterait sur une île déserte et que l'éditeur Jean-Claude Zylberstein a récemment incluse dans sa magnifique collection « Le goût des idées » – sans conteste la bibliothèque idéale de tout lecteur d'aujourd'hui – qui paraît aux Éditions Les Belles Lettres à Paris.

Écoutons-le :

« Il existe peu d'histoires de la philosophie en français, et celles que l'on peut lire s'adressent à des spécialistes ou à des étudiants. L'œuvre de Bertrand Russell, en revanche, est accessible à tous, sans que pour cela l'exposé des différents systèmes perde en quoi que ce soit de son exactitude et de sa rigueur. C'est donc un tableau cohérent et complet de la philosophie occidentale, de l'Antiquité à nos jours que "l'honnête homme" trouvera ici.

Complet, cela va de soi, car l'érudition de l'auteur ne saurait être mise en défaut. Cohérent, car une pensée sous-entend et anime cet ouvrage, cette pensée que les philosophes sont à la fois des effets et des causes : ils sont les effets des circonstances sociales, de la politique et des institutions de leur temps ; ils sont la cause (s'ils sont heureux) des nouvelles croyances qui façonneront la politique et les institutions des âges futurs.

Cet ouvrage capital de Bertrand Russell, grand penseur anglais, Prix Nobel 1950, a un double caractère : non seulement il est nourri de pensée comme un livre de philosophie, mais il se lit avec tout l'intérêt qu'on apporte à un livre d'histoire. ».

Bertrand Russel fut aussi un homme d'engagement proche des libertaires qui ne cessa de déranger l'establishment (on se souvient du fameux et retentissant « tribunal d'opinion » qu'il instaura en novembre 1966 avec Jean-Paul Sartre pour dénoncer les crimes commis durant la guerre du Viêt Nam) des idées, des sciences et de la politique.

Un grand personnage, donc !

Bernard DELCORD

Histoire de la philosophie occidentale par Bertrand Russell, traduction par Hélène Kern, Paris, Éditions Les Belles Lettres, collection « Le goût des idées » dirigée par Jean-Claude Zylberstein, décembre 2011, deux volumes de 565 pp. et 1006 pp. en noir et blanc au format 12,5 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, réunis en coffret cartonné, 29,50 € chacun (prix France)

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08 07 12

L'amour, toujours l'amour !

comte.jpgLe titre s'inspire de La Rochefoucauld : « Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement. ». André Comte-Sponville a donné ce titre « Le sexe ni la mort » à ce recueil de trois essais qui portent sur l'amour et la sexualité. Deux conférences, relues et corrigées et un essai publié en 2005 dans un ouvrage collectif. Pour la première partie, « L'amour », c'est en quelque sorte une prolongation du dernier chapitre du « Traité des grandes vertus ». Il n'est pas étonnant d'y trouver cette citation de Nietzsche : « Ce qui est fait par amour s'accomplit toujours par-delà le bien et le mal. » J'aime cette idée : « On comprend pourquoi » écrit Comte-Sponville « toutes les vertus morales ressemblent en quelque chose à l'amour : parce qu'elles l'imitent, en son absence, parce qu'elles en viennent (par l'éducation) ou y tendent (par imitation, fidélité ou gratitude. » Ensuite l'auteur détaille les formes d'amour : « Eros ou l'amour passion », « Philia ou la joie d'aimer », cette phase délicate qui fait durer la passion en autre chose : « Se réjouir de l'existence de l'autre, de sa présence, prendre plaisir à partager sa vie et son lit, ce n'est pas moins d'amour, c'est plus d'amour. » Et de définir un couple heureux comme celui où chacun des deux connaît très bien l'autre et l'aime quand même ! L'amour vrai est celui qui aime la vérité de l'autre. Enfin il y a « Agapè ou l'amour sans rivage », soit la charité. Dans la conclusion de cette première partie, je note : « La grâce d'être aimé précède la grâce d'aimer, et la rend possible ». La seconde partie s'intitule « Le sexe ni la mort » (Philosophie de la sexualité) et définit, par exemple, en quoi l'érotisme est culturel. Si l'âme et le corps ne sont qu'une même chose, il est vrai que l'âme ne cesse de s'étonner, d'être gênée, de la sexualité du corps. Il n'y a pas que la religion qui nous a souvent inculqué cette honte du corps. Il est troublant de retrouver en l'homme l'animal qu'il n'a jamais cessé d'être ! Quant à l'érotisme, Comte-Sponville explique que seuls les humains s'interrogent sur les problèmes que mortalité et sexualité leur imposent. De là, les religions et la morale, la métaphysique et l'érotisme. « L'homme est un animal transgressif : le seul qui jouisse de son animalité en s'en distanciant, voire, raffinement suprême, en se le reprochant ! » La dernière partie de ce passionnant essai s'intitule « Entre passion et vertu » (Sur l'amitié et le couple). On y parle encore d'amour, de désir et de durée. « Le dur désir de durer », disait Paul Eluard.

Jacques MERCIER

 

« Le sexe ni la mort », par André Comte-Sponville. Edition Albin Michel. 410 pp. 21, 50 euros.

28 05 12

Un fameux sujet de réflexion...

Le rire.gifUn homme court dans la rue. Il trébuche. Il tombe. Les passants rient. Qu'est-ce qui a réellement déclenché leur hilarité ? Publié en 1900, au même moment que L'Interprétation du rêve de Freud et alors que le cinéma burlesque connaît ses premiers succès, Le Rire (qui vient de reparaître aux Éditions Payot à Paris) est le livre le plus célèbre et le plus populaire du philosophe Henri Bergson (1859-1941). Il est composé de trois articles (les trois chapitres [1]) qui avaient précédemment été publiés dans la Revue de Paris et se voit augmenté ici d'un texte de 1913, "Rire", dans lequel le psychanalyste Sandor Ferenczi compare les thèses de Bergson et celles que Freud développera en 1905 dans Le Mot d'esprit et sa relation à l'inconscient.

Comme Bergson le dit dans sa préface de 1924, son essai se concentre plus exactement sur « le rire spécialement provoqué par le comique ». La thèse défendue dans l'ouvrage est que ce qui provoque le rire est le placage de la mécanique sur du vivant. Le rire y est considéré comme une punition de la société envers les êtres qui s'écartent de la norme. [2]

Écoutons l'explication de l'auteur :

« Que signifie le rire ? Qu’y a-t-il au fond du risible ? Que trouverait-on de commun entre une grimace de pitre, un jeu de mots, un quiproquo de vaudeville, une scène de fine comédie ? Quelle distillation nous donnera l’essence, toujours la même, à laquelle tant de produits divers empruntent ou leur indiscrète odeur ou leur parfum délicat ? Les plus grands penseurs, depuis Aristote, se sont attaqués à ce petit problème, qui toujours se dérobe sous l’effort, glisse, s’échappe, se redresse, impertinent défi jeté à la spéculation philosophique. (...)

Nous allons présenter (...) trois observations que nous tenons pour fondamentales. Elles portent moins sur le comique lui-même que sur la place où il faut le chercher.

Voici le premier point sur lequel nous appellerons l’attention. Il n’y a pas de comique en dehors de ce qui est proprement humain. Un paysage pourra être beau, gracieux, sublime, insignifiant ou laid ; il ne sera jamais risible. On rira d’un animal, mais parce qu’on aura surpris chez lui une attitude d’homme ou une expression humaine. On rira d’un chapeau ; mais ce qu’on raille alors, ce n’est pas le morceau de feutre ou de paille, c’est la forme que des hommes lui ont donnée, c’est le caprice humain dont il a pris le moule. Comment un fait aussi important, dans sa simplicité, n’a-t-il pas fixé davantage l’attention des philosophes ? Plusieurs ont défini l’homme « un animal qui sait rire ». Ils auraient aussi bien pu le définir un animal qui fait rire, car si quelque autre animal y parvient, ou quelque objet inanimé, c’est par une ressemblance avec l’homme, par la marque que l’homme y imprime ou par l’usage que l’homme en fait.

Signalons maintenant, comme un symptôme non moins digne de remarque, l’insensibilité qui accompagne d’ordinaire le rire. Il semble que le comique ne puisse produire son ébranlement qu’à la condition de tomber sur une surface d’âme bien calme, bien unie. L’indifférence est son milieu naturel. Le rire n’a pas de plus grand ennemi que l’émotion. (...) Essayez, un moment, de vous intéresser à tout ce qui se dit et à tout ce qui se fait, agissez, en imagination, avec ceux qui agissent, sentez avec ceux qui sentent, donnez enfin à votre sympathie son plus large épanouissement : comme sous un coup de baguette magique vous verrez les objets les plus légers prendre du poids, et une coloration sévère passer sur toutes choses. Détachez-vous maintenant, assistez à la vie en spectateur indifférent : bien des drames tourneront à la comédie. Il suffit que nous bouchions nos oreilles au son de la musique, dans un salon où l’on danse, pour que les danseurs nous paraissent aussitôt ridicules. Combien d’actions humaines résisteraient à une épreuve de ce genre ? Et ne verrions-nous pas beaucoup d’entre elles passer tout à coup du grave au plaisant, si nous les isolions de la musique de sentiment qui les accompagne ? Le comique exige donc enfin, pour produire tout son effet, quelque chose comme une anesthésie momentanée du cœur. Il s’adresse à l’intelligence pure.

Seulement, cette intelligence doit rester en contact avec d’autres intelligences. Voilà le troisième fait sur lequel nous désirions attirer l’attention. On ne goûterait pas le comique si l’on se sentait isolé. Il semble que le rire ait besoin d’un écho. Écoutez-le bien : ce n’est pas un son articulé, net, terminé ; c’est quelque chose qui voudrait se prolonger en se répercutant de proche en proche, quelque chose qui commence par un éclat pour se continuer par des roulements, ainsi que le tonnerre dans la montagne. Et pourtant cette répercussion ne doit pas aller à l’infini. Elle peut cheminer à l’intérieur d’un cercle aussi large qu’on voudra ; le cercle n’en reste pas moins fermé. Notre rire est toujours le rire d’un groupe. (...) Telle sera, disons-le dès maintenant, l’idée directrice de toutes nos recherches. Le rire doit répondre à certaines exigences de la vie en commun. Le rire doit avoir une signification sociale.

Marquons nettement le point où viennent converger nos trois observations préliminaires. Le comique naîtra, semble-t-il, quand des hommes réunis en groupe dirigeront tous leur attention sur un d’entre eux, faisant taire leur sensibilité et exerçant leur seule intelligence. Quel est maintenant le point particulier sur lequel devra se diriger leur attention ? À quoi s’emploiera ici l’intelligence ? Répondre à ces questions sera déjà serrer de plus près le problème. »

Pas à dire, c'est du sérieux !

Bernard DELCORD

Le rire, Essai sur la signification du comique par Henri Bergson, Paris, Éditions Payot, collection « Petite Bibliothèque Payot », janvier 2012, 128 pp. au format 11 x 17 cm, 7,65 € (prix France)



[1] Chapitre I : Du comique en général ; le comique des formes ; le comique des mouvements ; force d'expansion du comique. Chapitre II : Le comique de situation ; le comique de mots. Chapitre III : Le comique de caractère.

[2] Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Rire_(Henri_Bergson)

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23 05 12

Il faut tout réinventer !

Serres poucette.jpgMichel Serres expose, une fois de plus, l'état des lieux de notre civilisation avec lucidité, avec générosité et aussi avec poésie. Jusque dans le titre : "Petite Poucette" faisant allusion au conte mais aussi aux pouces utilisés avec tant de virtuosité par les jeunes utilisateurs des iPhones et autres liseuses ! "Sans que nous nous en apercevions, un nouvel humain est né, pendant un intervalle bref, celui qui nous sépare des années 1970." C'est la troisième grand révolution de la société occidentale que nous vivons en ce moment : après le passage de l'oral à l'écrit, celui de l'écrit à l'imprimerie, nous en sommes à celui de l'imprimerie à l'immatériel. Une nouvelle époque où tous nous avons voix au chapitre ! Michel Serres reprend point par point ce qui bouleverse la société actuelle : Par exemple, la connaissance "Pour le temps d'écoute et de vision, la séduction et l'importance, les médias se sont saisis depuis longtemps de la fonction d'enseignement."... avec une description des lieux qu'il connaît bien, comme professeur à Stanford University : "Les étudiants bavardent, dans un brouhaha, parce que tout le monde a déjà le savoir annoncé. En entier. A disposition. Accessible par Web, Wikipédia, portable, par n'importe quel portail. Expliqué, documenté, illustré, sans plus d'erreurs que dans les meilleures encyclopédies. Nul n'a plus besoin des porte-voix d'antan, sauf si l'un, original et rare, invente" et d'expliquer que tout le savoir est à portée de chacun. "Le seul acte intellectuel authentique, c'est l'invention. Préférons donc le labyrinthe des puces électroniques"! Retenons encore deux choses, pour nous qui sommes abreuvés d'informations et qui sur-consommons de la politique : "Concentrée dans les médias, l'offre politique meurt; bien qu'elle ne sache ni ne puisse encore s'exprimer, la demande politique, énorme, se lève et presse. La voix vote en permanence." Et enfin cette superbe image : "Les grandes institutions, dont le volume occupe encore tout le décor et le rideau de ce que nous appelons encore notre société, alors qu'elle se réduit à une scène qui perd tous les jours quelque plausible densité, en ne prenant même plus la peine de renouveler le spectacle et en écrasant de médiocrité un peuple finaud, ces grandes institutions, j'aime le redire, ressemblent aux étoiles dont nous recevons la lumière, mais dont l'astrophysique calcule qu'elles moururent voici longtemps." Quel magnifique destin que celui de ce philosophe, un Michel Serres qui parvient à mettre en mots, en phrases compréhensibles ce malaise que nous ressentons tous face à l'accélération des moyens de communication, de la mondialisation, de la perte des repères ! Merci.

Jacques MERCIER

"Petite Poucette" par Michel Serres, Edition le Pommier, 2012. 84 pp. 9,50 euros.

09 02 12

Je suis la femme la plus heureuse du monde

9782268072708FS.jpgSacrée Soeur Emmanuelle. Voici trois ans que vous nous avez quittés, à l'aube de votre (premier) centenaire...et nous avons dans l'oreille cette voix haut perchée, convaincue, convaincante qui ajoutait  un timbre mémorable au charme irrésistible de votre grand âge et de votre - fameuse- personnalité.

"Quelle grâce de n'avoir rien d'autre à faire que d'être la "soeur universelle" de tous ceux que je rencontre chaque jour: je n'ai rien d'autre à faire que de les écouter, les regarder, leur souhaiter tout le bien possible, comme une soeur attentionnée et affectueuse. Je n'ai rien d'autre à faire que d'aspirer l'amour du coeur de Dieu pour le respirer et l'expirer autour de moi! Quelle chance d'être vieille!"

Transcrivant de manière thématique et structurée une série d'entretiens qu'elle eut, entre 2004 et 2006 avec Soeur Emmanuelle, Angela Silvestrini, membre de la communauté laïque et romaine de Sant'Egidio,  réactive le témoignage vital de la célèbre chiffonnière du Caire.

Vieillesse, pauvreté, mort, éternité, prière, dialogue oecuménique..arborent vigueur et lettres de noblesse dans les propos d'une femme qu'une vie d'amour universel  et  22 ans passés au sein des bidonvilles du Caire on rendue " la femme la plus heureuse du monde".

Consacrée à l'héritage de Soeur Emmanuelle, la dernière partie de l'ouvrage fait le point sur les projets en cours en France et en Egypte. Pour chaque livre acheté, 1 € sera versé à Asmae, association des amis de Soeur Emmanuelle.

Puissiez-vous, chère Soeur Emmanuelle, désormais tutoyer Dieu avec l'entrain que nous vous connaissons.

Apolline Elter

Soeur Emmanuelle. Entretiens avec Angela Silvestrini. Je suis la femme la plus heureuse du monde.Document. Editions du Rocher, janvier 2012 (traduit de l'italien par Sylvie Garoche), 236 pp, 17 €

 

 

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07 02 12

Le balai libéré

9782709636841-G.jpg"Je pense,  donc j'essuie"

Balayées les images poussiéreuses de la ménagère du siècle écoulé, l'entretien du nid familial devient une activité branchée, bénéfique pour la santé physique, mentale, le moral, le bien-être perso et, pourquoi pas, celui de son entourage.

Du "win-win" en quelque sorte.

Promu instrument de pouvoir, de domination,  d'abdominaux et de fessiers, le balai remplit à l'envi la mission qui lui est confiée: faire place nette, se promouvoir berceau de créativité.  Vermeer l'a bien compris qui place  l'instrument au premier plan de sa célèbre Lettre d'amour. (+/- 1669-1670)

Moyen idoine pour ancrer la vie et ses dérives virtuelles dans une activité terre-à-terre, gratifiante et sensorielle, le ménage est devenu l'apanage des stars, des écrivains, des conjoints et des familles.

Que demander de plus?

Un petit nid propre et cosy.

Aspirons-y!

Pardi.

Apolline Elter

Apologie des petites corvées- Les plaisirs secrets du ménage , Anne de Chalvron, essai, JC Lattès, janvier 2012, 228 pp, 12,5€

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31 12 11

Philosophie divinatoire et ludique

  Le jeu du Phénix.gif

 Philosophe et écrivain, Vincent Cespedes, par ailleurs auteur de L'homme expliqué aux femmes paru chez le même éditeur, propose chez Flammarion sous le titre Le jeu du Phénix un tarot original et ludique, à la fois jeu de société, outil d'introspection et base d'échange, qui aidera son ou ses utilisateur(s) à répondre à toutes leurs interrogations existentielles et à celles de leurs proches.

  L'ensemble se compose d'un tapis de jeu, de 26 cartes et d'un livret décrivant 50 flammes (franches et folles, paires et impaires) aux noms évocateurs comme Foyn (la réinvention de soi), Le Voyage, Le Masque fou, L'Élixir, L'Épée, La Tour, le Masque, Le Dragon, L'Arbre, La Licorne, La Perle, L'Œil, L'Or, La Tortue, L'Enfant...

  On peut y jouer de différentes façons, en quatre parties (La Lumière, L'Entretien, La Voie et Le Profil), et même prolonger sa formation et ses échanges sur un site Internet dédié (http://jeuduphenix.com).

  Une invention qui aurait sûrement plu à Socrate, qui professait qu'il fallait se connaître soi-même...

  Bernard DELCORD

  Le jeu du Phénix par Vincent Cespedes, Paris, Éditions Flammarion, octobre 2011, 128 pp. au format 16,2cm x 27,7 cm, 19,90 € (prix France)

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