01 12 10

Sans complexe sous-terrain

BRUSSOLO.gifQuand on est recruté par une agence immobilière spécialisée dans la remise en état d'anciennes scènes de crime, mieux vaut s'attendre au pire... C'est ainsi que Mickie Katz, jeune décoratrice de la très mystérieuse Agence 13, doit accepter de travailler pour un milliardaire obsédé par la troisième guerre mondiale. Afin de mettre sa famille à l'abri d'un futur holocauste nucléaire, ce magnat du pétrole vient d'acquérir un bunker creusé dans le désert du Nevada par l'US Air Force au temps de la guerre froide. Le rôle de Mickie est simple : décorer le labyrinthe de béton pour en faire un paradis cinq étoiles qui rendra la claustration agréable aux survivants du conflit. Mais dès le début des travaux, les événements vont prendre un tour inquiétant dans cette
forteresse mystérieusement baptisée depuis 40 ans Dortoir interdit.

Je ne sais s’il faut encore présenter Serge Brussolo. En tout le cas, pas aux amateurs de romans de « genre ». Polar, mystère historique, fantastique, étrange, thriller, jeunesse… L’homme est capable de forger, au feu de son insolent talent, tout arme et outil. Protéiforme ? Non. Car, que cela soit dans le domaine de l’enqête historique, ou du plus moderne des thriller, le style Brussolo est quasi unique. Une écriture, sèche, nerveuse, qui sert le récit. Une capacité presque surnaturelle à foncer vers ’essentiel, pour s’assurer que le lecteur ne se perdra pas dans la narration… mais qu’il ne pourra pas lâcher un roman une fois ouvert. Ajoutez à cela une fine analyse psychologique des personnages et une fascination répétée pour les caractères originaux… Et vous obtenez ce qui se rapproche le plus de la « formule parfaite » du roman populaire.

Au sein de ce Dortoir Interdit, sous les oripeaux du thriller sanglant, se cache une intéressante réflexion sur la paranoïa, la manipulation et les liens familiaux. A l’aide d’un personnage « extérieur », la solide Mickie Katz, Brussolo pose un regard aigu sur les dérives d’un système, sur les obsessions de la société américaine (la peur de l’étrange, l’obsession de la sécurité, la descendance, etc.) mais aborde, par assimilation, l’avenir de la société occidentale dans son entièreté. Et par là même, celui de la vieille Europe et ses démons.

A glisser sous le sapin, pour des fêtes frissonnantes et intelligente… avec le second volume, « Ceux d’En-Bas » dont je vous parlerai dans quelques jours.
 

Dr Corthouts

Serge Brussolo, Dortoir interdit, Agence 13, Pocket, novembre 2010, 345p., 6€50.

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22 08 10

Les cadenas de Moccia envahissent les capitales d'Europe

MOCCIA.jpgPeut-être avez-vous ces milliers de cadenas taggés de mots d'amour et de serments d'éternité accrochés aux ponts de Paris, Moscou, Florence et Rome. Si ce n'est pas le cas, regardez ce reportage de Paris TV, vous verrez que l'origine de ce mouvement d'amoureux se trouve dans quelques lignes du best-seller de Federico Moccia, J'ai envie de toi.

Les romanciers n'ont pas fini d'inspirer la vie quotidienne (juste retour) et de faire rêver.

 

J'ai envie de toi, Federico Moccia, Livre de poche, juin 2008, 573p., 2008.

 

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06 07 10

In the hall of the mountain king

lapierre_tsarPour tous les passionnés de biographies qui savent que la vie est un roman. Djemmal-Eddin est un véritable héros romantique. Alexandre Dumas avait évoqué son père, l'Imam Shamil, qui combattit l'expansionnisme du tsar Nicolas Ier. Alexandra Lapierre, la célèbre auteure d'Artemisia (qui vient également de ressortir chez Pocket) raconte l'histoire de son fils Djemmal qui fut une des pièces maîtresses du premier conflit russo-tchétchène au milieu du XIX° siècle. Depuis les montagnes du Caucase à la cour des tsars de St Petersbourg, l'aventure est épique, belle et tragique, évoquant irrésistiblement les romans historiques russes et français de la Belle époque.

ALEXANDRA LAPIERRE - Brice Depasse 1
ALEXANDRA LAPIERRE - Brice Depasse 2

Le fils du rebelle, Alexandra Lapierre, Pocket, juin 2010, 608p., 8€90 env.

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04 07 10

Les poches de l'été 2010 (2) : Melnitz

MELNITZQuelques grands ouvrages ont illuminé la rentrée 2008. Qu'ils aient été primés ou pas n'a absolument aucune importance. La résonance qu'ils auront dans le temps et les chaumières, dans chacune de nos vies et celles de nos enfants est leur unique réalité et finalité.
Le Melnitz de Charles Lewinsky est un Grand Cru d'une Année exceptionnelle. Avec le souffle d'un Emile Zola et la verve d'un Thomas Mann, l'écrivain suisse allemand a donné vie à une famille, les Meijer, qui devrait rejoindre la légende des Rougon-Macquart.
L'unité d'un seul roman donne bien sûr plus de corps à cette oeuvre et son idée maîtresse qui est de nous faire partager le quotidien d'une famille juive ayant connu les trois guerres (1870, 1914, 1940) et les courants sociaux du grand virage du XX°.
Outre le plaisir procuré par son style littéraire (éblouissant) et le divertissement (la truculence des personnages et le ressort de leurs aventures sociales), Melnitz se révèle aussi être un excellent manuel d'Histoire qui va vous en apprendre beaucoup sur la judaïté en Helvétie. Jubilatoire, je vous dis.

Melnitz, Charles Lewinsky, Livre de Poche, mai 2010, 955p., 8€55.

  CHARLES LEWINSKY - Brice Depasse 1
  CHARLES LEWINSKY - Brice Depasse 2

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04 07 10

Les poches de l'été 2010 (1) : Douglas Kennedy

KENNEDYLa vie est un roman noir. A en croire Douglas Kennedy. Après Paris (et La femme du V°), retour aux Etats-Unis, côte est dans son nouveau roman. Nous suivons la vie d'une femme conditionnée par la soirée de son treizième anniversaire. Des réussites professionnelles, de grands malheurs (et des désordres) privés avec Boston comme toile de fond. Tout cela serait banal s'il n'y avait le talent de conteur de Douglas Kennedy, ce talent qui l'a hissé au premier rang des auteurs européens (même s'il est américain, il est naturalisé CEE depuis belle lurette). Rien à dire. Captivant (et triste, mais oui) : le meilleur roman de Douglas Kennedy.
Brice Depasse

Ma chronique radio, l'été dernier sur Nostalgie :

  Musique des mots - Douglas Kennedy & Bruce Springsteen

Quitter le monde, Douglas Kennedy, Pocket, juin 2010, 694p., 8€10.

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28 06 10

Lisez ce livre !

FITOUSSIIl y a heureusement toujours pire dans la vie. S'il ne fallait retenir qu'une seule phrase dans ce remarquable premier roman de David Fitoussi, ce serait celle-là, prononcée par Samuel, petit Juif français (et salace) pied noir émigré de force au Canada à la fin des années 70 où il a suivi sa mère et son beau-père. Samuel a grandi dans un HLM à Sarcelles qui a été son unique univers. S'ouvrir au monde dans un nouveau pays, le Québec, alors en pleine quête identitaire, comme lui, ne sera pas chose facile.
Je vous épargne la suite tant elle vaut le détour et le séjour, croyez-moi. David Fitoussi, c'est Michel Houellebecq qui donne rendez-vous à Sacha Guitry, Roger Nimier et Jérôme Salinger dans une friterie italienne de Montréal. Vous n'avez pas à imaginer ce que cela donnerait puisque c'est un Livre de Poche qui vient de sortir et se nomme La Bar-Mitsva de Samuel. Bien sûr, David Fitoussi possède sa propre voix; les noms célèbres que je viens d'invoquer ne sont là que pour vous situer, vous laisser deviner le plaisir que vous allez éprouver à suivre les pérégrinations de Samuel au pays du hockey sur glace.
Vous avez compris que l'illustration de la couverture du livre évoque des codes qui ne correspondent pas du tout à l'étoffe de l'auteur et au contenu de son premier roman que vous auriez tort de louper. Vous pourrez ainsi dire que, Fitoussi, vous l'avez suivi dès son premier livre.
Brice Depasse

La Bar-Mitsva de Samuel, David Fitoussi, Livre de poche, juin 2010, 282p., 6€50

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23 06 10

Dix garces et un vieux cochon finnois

PARauno Rämekorpi, brillant industriel finlandais croule sous les fleurs, les boîtes de caviar et les litres de champagne (scandinave, bien sûr) offerts par l'élite politico-industriellle de son pays à l'occasion de son soixantième anniversaire. Sur le chemin qui le mène à la décharge où il doit se débarrasser de tous ces bouquets odorants, il se laisse convaincre par le chauffeur de ne pas gâcher tant de beauté et de les offrir à de vieilles connaissances féminines. Cette tournée des grands ducs se transforme très vite en odyssée nordique et burlesque que ni Groucho Marx ni Woody Allen ne renierait.
Finesse et humour sont les deux maîtres mots de ce brillant roman où la répétition des deux visites à ces dix femmes (dont la sienne) à quelques mois d'intervalle n'est pas à craindre.
L'humanité et la société nordiques sont une fois de plus, avec Paasilinna, à découvrir. Vous pouvez (et vous devez) faire confiance à celui qui est (avec Grondhal) le plus génial des écrivains scandinaves contemporains.
Brice Depasse

Les dix femmes de l'industriel Rauno Rämekorpi, Arto Paasilinna, Folio, mai 2010, 270p., 6€60.

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19 06 10

Aventures en territoires légers

LEVY PREMIER JOUR pocketUn étrange objet trouvé dans un volcan éteint va révolutionner tout ce qu'on croit savoir de la naissance du monde. Il est astrophysicien,elle est archéologue. Ensemble, ils vont vivre une aventure qui va changer le cours de leur vie et de la nôtre.
Quatre lignes de quatrième de couv'. Je ne sais pas vous, mais moi j'adore ! Ah si, c'est simple, c'est direct et c'est très « lecteur de Marc Levy, tu es en terrain de connaissance ». Aaaah, ils sont amoureux,il va leur arriver un truc extraordinaire qui n'a rien à voir avec les pannes à répétition de votre machine à café et au final, leur vie va changer. Et peut-être même la nôtre ! Whouaaa ! Bon, ok, j'arrête de persifler. D'autant plus que, contrairement à son incursion catastrophique dans le monde trop sérieux de l'aventure historique (Les Enfants de la Liberté, j'en ris encore, désolé, Marc.) ce Premier Jour n'a pas à rougir de la comparaison avec les autres romans d'aventures estivaux qui tombent chaque année dans l'escarcelle des amateurs de lecture au soleil. On sent même que le Levy voudrait se laisser aller quelque peu, lançant ses personnages sur des chemins un rien plus caillouteux. mais la force de l'habitude et l'oeil rivé sur un lectorat en attente, rabote les ambitions de la bête. Dommage, parce que franchement, il y avait de quoi faire. La seconde partie, que je n'ai pas encore lue, s'enfoncera peut-être davantage dans les frondaisons épaisses, plutôt que de rester sur la piste toute tracée dans la savane.Mais j'en doute.
Quoi qu'il en soit, Marc Levy avait cessé de m'étonner depuis quelques années déjà, il vient de reprendre du galon dans ma sphère d'auteur. Ah,je suis certain que cela va lui sauver sa journée, tiens. D'autant qu'il a bien besoin de mon soutien pour vendre des bouquins par palettes entières.
Dr CORTHOUTS

Le premier jour, Mac Levy, Pocket, mai 2010, 494p., 7€30.

Ecoutez Marc Lévy parler du Premier jour avec Nicky en cliquant sur la couverture du livre.

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10 06 10

Au cas où vous ne connaîtriez pas New York et tout ...

SALINGER2La disparition de J.D. Salinger a remis son Attrape-coeurs à la première place des ventes en poche. Cet OVNI dans l'histoire de la littérature mondiale et dans la carrière de Jerome Salinger (puisque ce fut son unique roman) est et reste culte, 65 ans après sa première publication. Il faut dire que des Holden Caulfield, il y en a toujours. Toujours plus qu'en 1945. Et même si les ados de l'époque n'avaient ni PS3, ni DVD, ni MSN, ni SMS, il est déjà question dans ce livre de musique, de bandes de mecs, de clopes, de filles et d'alcool, d'adultes pervers, de bahut et de fugue. Le New York de Caulfield n'est pas le St Petersbourg du fougeux adolescent de Dostoïevski ni du Paris des cyberados de Bernard Werber. Et pourtant leurs tourments sont les mêmes : mal d'enfance, mal d'identité, mal d'amour.
Il faut lire Salinger pour cette raison et pour le New-York délicieusement désuet de 1945, et pour la langue de l'auteur (osée pour l'époque !), et pour la môme Phoebé, adorable petite soeur d'Holden qui, comme lui, ne se remet pas de la mort de leur petit frère et du départ de l'aîné pour Hollywood.
Finalement, après tout, pourquoi est-ce que je vous raconte tout ça ? Pourquoi est-ce que, comme les Guns'n'roses, j'aime encore tant lire Salinger ?
Brice DEPASSE

L'attrape-coeurs, J.D. Salinger, Pocket, février 2010, 253p., 5€00.

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07 06 10

Russie blanche & rouge sang

JITKOVAvec ce livre par en poche, nous assistons à l'exhumation, à la publication d'un roman qui devrait être à l'heure actuelle déjà considéré comme un classique. Oeuvre de Boris Jitkov, écrivain pour la jeunesse reconnu même par les soviets d'avant guerre, ce roman aurait dû être publié en 1941, trois ans après la mort de son auteur. La censure stalinienne le condamnant au pilon avant sa mise en rayon, l'imprimeur en garde quelques exemplaires.
Viktor Vavitch plonge alors dans un oubli dont il ne sortira qu'à la fin du siècle dernier. Edité en Russie en 1999, sa version française voit enfin le jour. Louons le geste de l'homme qui a sauvé cet impressionnant roman choral de la destruction.
Premières lignes, première découverte : un style résolument, incroyablement moderne. Jitkov fait sonner le verbe comme son contemporain Chostakovitch faisait résonner les notes. Sèchement. Simplement. Minimalistement. Ouvrez ce livre. Lisez la scène d'introduction. Vous y êtes ?. Eblouissant, non ? Jitkov est un vrai génie, vous l'avez compris. Et si vous adorez Dostoïevski ou Gogol, vous êtes déjà comblé et heureux de la perspective d'avoir devant vous un roman fleuve à savourer.
La suite. Un foisonnement d'histoires parallèles puis accidentellement concordantes et enfin sécantes.
1905. La révolution. L'annihilation de vies, d'espoirs et de destinées des quidams qui se retrouvent face à face. Comme Zola le démontre admirablement dans La fortune des Rougon ou La débâcle, les gens ne sont rien face aux remouds de l'histoire qu'ils soient imbéciles comme Viktor Vavitch ou artistes comme le brave flûtiste juif éperdument amoureux.
Epique, magnifique, désespéré. Entre Tolstoï et Céline.
Brice Depasse

Viktor Vavitch, Boris Jitkov, Livre de poche, juin 2010, 732p., 9€00.

VAVITCH

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