02 06 07

La beauté du mythe

GAUDEGaudé, c’est le Goncourt 2004 avec Le soleil des Scorta. Personnellement, j’ai été déçu par ce soleil, un peu trop sec à mon goût, après avoir adoré La mort du roi Tsongor. Un roman court, épique, qui invente une civilisation, entre Afrique et Grèce Antique, pour mieux démonter les mécanismes éternels de la gloire et de la défaite, du pouvoir et de la faiblesse.La mort du roi Tsongor est un roman comme on en écrit plus depuis l’Antiquité, mais comme il s’en lit de toute éternité au plus profond de notre âme. Un roman qui revient sur les fondamentaux de la vie en commun : le pouvoir, l’orgueil, l’honneur. Et qui demande : est-ce vraiment fondamental ?Ceux qui rêvent de tout posséder apprennent qu’il faut tout perdre pour retrouver la seule richesse qui tienne : l’humanité. Que ce soit en Afrique ou en Europe, aujourd’hui ou il y a deux mille ans, ou même dans deux mille ans, il n’y a rien de nouveau sous le soleil de la vanité humaine. Et c’est sous ce soleil-là que l’écriture de Gaudé sèche parfaitement, en sublimant l’émotion et l’universalité, en les distillant pour produire l’ivresse d’un très grand roman.
Vincent Engel

Écrit par Brice dans Poche | Commentaires (0) |  Facebook | |

02 06 07

Le cercle des thrillers disparus

DELAFOSSELe Cercle de Sang de Jérôme Delafosse fut une des bonnes surprises du printemps 2006. Un suspence/thriller bien mené, avec ce qu'il faut de scènes chocs et de mystère ancien, passage obligé dans le milieu du best-seller depuis le raz de marée du Da Vinci Code. Jérôme Delafosse s'apprête à resévir version poche cette fois, pour vous accompagner sur le chemin du tourisme.
Christophe Corthouts.

JEROME DELA FOSSE - Christophe Corthouts 1
JEROME DELA FOSSE - Christophe Corthouts 2
JEROME DELA FOSSE - Christophe Corthouts 3

Écrit par Brice dans Poche | Commentaires (0) |  Facebook | |

02 06 07

Voyage au bout de la France

DECOINCe livre de poche idéal à emporter en vacances à la mer ou pour en avoir le spleen une fois qu'elles seront terminées, nous le devons à Didier Decoin, amoureux de la Mer du Nord, de la Manche précisément où il y a quelques lustres, il a jeté l'ancre dans une petite maison au bord d'une falaise de La Hague. Dans son livre, il nous raconte le coup de foudre et les longues années de passion qui suivirent pour cette extrémité du Cottentin, ses pierres et ses gens. D'une simplicité désarmante, "Avec vue sur la mer" marie la fraîcheur des lieux à la pureté des sentiments que ce grand homme et sa famille vouent à cette région pourtant si peu accueillante pour les touristes de passage.
Rafraîchissant.
Brice Depasse

DIDIER DECOIN - Avec vue sur mer

Écrit par Brice dans Poche | Commentaires (0) |  Facebook | |

02 06 07

Ca ne va toujours pas mieux à Edimbourg

ATKINSONJe n'ai pas la prétention d'avoir lu le dixième des polars et thrillers passés entre les mains de mon ami Chris Corthouts mais je pense avoir découvert un des maîtres absolus du genre en la personne de la britannique Kate Atkinson. Mêler le roman noir, la peinture sociale et l'humour est une gageure dont l'écrivain d'Edimbourg sort vainqueur. Son dernier roman qui paraît aujourd'hui au Livre de Poche, est éblouissant d'ingéniosité, embrassant à la fois l'entièreté de l'âme humaine et la spécificité de la Grande-Bretagne. On frise le génie. J'en veux pour preuve cette galerie de portraits à la Truman Capote convergeant vers un même point au début de l'histoire.
Brice Depasse

KATE ATKINSON - Brice Depasse

Écrit par Brice dans Poche | Commentaires (0) |  Facebook | |

31 05 07

Naples, ville des sangs

MONTEDIDIOPuisque je l'évoque dans l'interview de Jean-Noël Schifano, "Montedidio" d'Erri De Luca évoque on ne peut mieux la réalité napolitaine à travers ce jeune homme de Montedidio, un des sommets de la ville. Prix Femina Etranger en 2002, ce roman est le chef d'oeuvre d'Erri De Luca. Pour vous en convaincre : "
"Mast'Errico dit que les pêcheurs ne savent pas nager, que c'est bon pour les estivants qui vont au milieu des vagues pour s'amuser et qui se mettent exprès au soleil. Le soleil est agréable pour celui qui le prend allongé, immobile. Pour celui qui le porte sur son dos de la première lueur jusqu'au soir, le soleil est un sac de charbon."
"Aucun prince n'a les bénédictions que les pauvres ont dans leurs os, qui partent des pieds, prennent leur élan le long du corps et jaillisent de la bouche. Les pauvres ont une gratitude qu'aucun roi n'a jamais entendue."
"A force d'insister, Dieu est contraint d'exister, à force de prières son oreille se forme, à force de larmes ses yeux voient, à force de gaieté son sourire point."

Écrit par Brice dans Poche | Commentaires (0) |  Facebook | |

29 05 07

Lecture pour esprits libres

SADESade, chantre de la littérature libertine du XVIII°, ouvre pour nous une brèche dans le siècle des lumières en réinventant l'érotisme.
"La philosophie dans le boudoir" (publié anonymement en 1795 par un marquis de Sade tout juste sorti de prison et ayant échappé à la guillotine) met en scène Eugénie, une élève innocente que trois hommes vont débaucher. Si les propos de ce livre sont parfois choquants, ils le sont moins que dans "Les 120 jours de Sodome", l'ouvrage le plus violent de Sade. Ce livre qui s'adresse à toutes les femmes qui ont des fantasmes, fera penser aux liaisons dangeureuses par son histoire de trio entreprenant l'éducation sexuelle d'une ingénue sortie du couvent. Il ne faut cependant pas oublier son contenu politique (et oui!) : "Je viens offrir de grandes idées", commente-t-il au terme du cinquième dialogue, "on les écoutera, elles seront réfléchies ; si toutes ne plaisent pas, au moins en restera-t-il quelques-unes ; j'aurai contribué en quelque chose au siècle des lumières, et j'en serai content."
Philippe Sollers l'écrirait mieux que moi: Sade ne doit pas se réduire à sa réputation sulfureuse mais à un nombre : XVIII°. Liberté. Libertin. Libertaire.
Nicky Depasse

Extrait :
"Et vous, aimables débauchés, vous qui, depuis votre jeunesse, n'avez plus d'autres freins que vos désirs, et d'autres lois que vos caprices, que le cynique Dolmancé vous serve d'exemple; allez aussi loin que lui, si, comme lui, vous voulez parcourir toutes les routes de fleurs que la lubricité vous prépare; convainquez-vous à son école que ce n'est qu'en étendant la sphère de ses goûts et de ses fantaisies, que ce n'est qu'en sacrifiant tout à la volupté, que le malheureux individu connu sous le nom d'homme, et jeté malgré lui sur ce triste univers, peut réussir à semer quelques roses sur les épines de la vie.

Écrit par Brice dans Poche | Commentaires (0) |  Facebook | |

26 05 07

2 euros pour madame Suzan

AUSTENJane Austen, grande dame des lettres passée à la postérité, personnage atypique, ne buvait que du thé, ne fumait pas, n'appréciait pas la mode et ne connut jamais l'amour. Mais elle écrivit de magnifiques romans dont "Orgueil et préjugés", élu livre qui a boulversé le plus les lectrices anglaises.
Jane Austen, disparue voici deux siècles à l'âge de 41 ans, continue d'exercer sur le public une fascination surprenante bien qu'elle soit considérée par la critique comme une dame de la littérature "rose".
"Lady Susan" (reparu chez Folio 2 euros) est un récit trop court pour être résumé mais tellement Austen qu'il ne vous décevra pas (comme une nouvelle de Maupassant).
Nicky Depasse

Écrit par Brice dans Poche | Commentaires (0) |  Facebook | |

21 05 07

Pour adultes seulement

LE ROYPhilip Le Roy est quand même un petit marrant. Il voudrait nous faire croire qu’une jeune fille au pair de 18 ans à peine, qui ne sait pas aligner deux mots d’anglais, en étant hébergée aux USA, va sauver une petite fille de sept ans du massacre de sa famille par des tueurs. Il voudrait nous faire croire que ces deux demoiselles vont fuir en voiture à travers les Etats-Unis. Qu’elles vont survivre à des balles de tous calibres, à des roquettes, à des tueurs acharnés, à des poursuites en bagnoles sans fin, à des explosions en tous genres. Il voudrait nous faire croire que le FBI, complètement paumé, va s’associer à un shérif de province totalement chamboulé après le départ de sa femme. Que ce même FBI va aussi s’associer à une jolie Mexicaine qui cherche à s’installer clandestinement aux States. Il veut nous faire croire à une sorte de génie-ermite qui vit au milieu du désert dans une habitation en forme de tour de jeu d’échecs. Il voudrait nous faire croire que tout ce beau monde va réussir à nous entraîner dans une folle aventure tirée par les cheveux...
Eh bien, je vous le dis tout de go : il y arrive le bougre. Non seulement on y croit, mais en plus on vit avec les personnages, on voit les paysages dans lesquels ils fuient, on mange avec eux, on a peur pour eux.
Dans son premier roman qui reparaît ici, Philip Le Roy nous dévoile toutes les facettes de son talent. Il s’infiltre déjà dans les tréfonds obscurs de l’âme humaine, dénonce déjà les nombreuses failles de notre système.
« Pour Adultes seulement » se lit comme on regarde un road-movie, d’une seule traite, avec de la musique à fond la caisse, sous un soleil implacable, une bière à portée de main.
Marc Bailly

Écrit par Brice dans Poche | Commentaires (0) |  Facebook | |

17 05 07

Poche : Franz et François

WEYERGANS PocheVous êtes-vous déjà retrouvé dans les rayons d'une librairie, tellement perdu que vous ne saviez plus quoi acheter ? Tellement sollicité par tant de production littéraire (et moins littéraire) que vous vous sentiez prêt à renoncer, proche de l'écoeurement, l'indigestion ? Un remède s'impose : Weyergans. N'oubliez jamais son nom lorsque vous vous engagez dans une librairie. Il vous évitera la déception de vous être laissé guider par l'instinct face à l'offre pléthorique. Avec un bon Poche ou Folio de la plume de François Weyergans, vous ne serez pas déçu de la littérature.
Ce n'est pourtant pas faute de vous avoir rappelé son existence. Renaudot et Goncourt n'ont pas manqué d'attirer votre attention sur "La démence du boxeur" (excellent) et "Trois jours chez ma mère" (jouissif). Mais le meilleur reste "Franz et François" qui reparaît justement en "Livre de Poche".
En deux mots, un roman de Weyergans ne se résume pas, « François Weyergraf » raconte son père Franz et se raconte lui-même, au-delà de la mort de celui-là.
Brice Depasse

« Si mon père avait écrit … il aurait eu la plus élémentaire des politesses : il n’aurait pas parlé de moi comme si j’étais à sa disposition. Il aurait inventé un personnage qui m’aurait ressemblé, chez qui j’aurais retrouvé des traits de mon caractère mais qui n’aurait pas été moi. Il y aurait eu création. »

Écrit par Brice dans Poche | Commentaires (0) |  Facebook | |

13 05 07

Ma chère Maman

MAMANA la mi-mars 1866, Baudelaire, a fait une chute dans l'église Saint-Loup de Namur, puis il a présenté des troubles cérébraux; c'est de retour à l'hôtel du Grand Miroir, à Bruxelles, qu'il écrit ce billet, le dernier tracé de sa main :
"Ma chère mère, je ne suis ni bien ni mal. Je travaille et j'écris difficilement. Je t'expliquerai pourquoi. Car je me proposais depuis longtemps de t'écrire, et je crois que ce soir ou demain matin je te répondrai, relativement à tout ce que tu me demandes. C'est forcément que je recule mon voyage à Paris. Mais je le ferai, car c'est absolument nécessaire. Désormais je ne resterai plus si longtemps sans t'écrire."
Remplies de tendresses, ces lettres sont des promenades de mots offertes par des écrivains qui, eux aussi, ont eu une maman. Ils confient leurs émotions, leur pudeur parfois, leur amour sûrement. L'Amour, sentiment sans limite, où même les phrases prennent tout un livre à faire partager des moments de bonheur. Les paroles s'envolent, les écrits restent, écrits bien souvent plus téméraires et révélateurs que la parole.
William Faulkner, Marcel Proust, Charles Baudelaire, Antoine de St Exupéry, Gustave Flaubert, ... adressent ces lettres d'amour à la femme qui leur a offert le plus beau des cadeaux : la vie.
Bonne fête, mamans !
Nicky Depasse

P.S. : Amis français, en Belgique, comme aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, la fête des mères se célèbre le deuxième dimanche de mai.

Écrit par Brice dans Poche | Commentaires (0) |  Facebook | |