23 06 10

Dix garces et un vieux cochon finnois

PARauno Rämekorpi, brillant industriel finlandais croule sous les fleurs, les boîtes de caviar et les litres de champagne (scandinave, bien sûr) offerts par l'élite politico-industriellle de son pays à l'occasion de son soixantième anniversaire. Sur le chemin qui le mène à la décharge où il doit se débarrasser de tous ces bouquets odorants, il se laisse convaincre par le chauffeur de ne pas gâcher tant de beauté et de les offrir à de vieilles connaissances féminines. Cette tournée des grands ducs se transforme très vite en odyssée nordique et burlesque que ni Groucho Marx ni Woody Allen ne renierait.
Finesse et humour sont les deux maîtres mots de ce brillant roman où la répétition des deux visites à ces dix femmes (dont la sienne) à quelques mois d'intervalle n'est pas à craindre.
L'humanité et la société nordiques sont une fois de plus, avec Paasilinna, à découvrir. Vous pouvez (et vous devez) faire confiance à celui qui est (avec Grondhal) le plus génial des écrivains scandinaves contemporains.
Brice Depasse

Les dix femmes de l'industriel Rauno Rämekorpi, Arto Paasilinna, Folio, mai 2010, 270p., 6€60.

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19 06 10

Aventures en territoires légers

LEVY PREMIER JOUR pocketUn étrange objet trouvé dans un volcan éteint va révolutionner tout ce qu'on croit savoir de la naissance du monde. Il est astrophysicien,elle est archéologue. Ensemble, ils vont vivre une aventure qui va changer le cours de leur vie et de la nôtre.
Quatre lignes de quatrième de couv'. Je ne sais pas vous, mais moi j'adore ! Ah si, c'est simple, c'est direct et c'est très « lecteur de Marc Levy, tu es en terrain de connaissance ». Aaaah, ils sont amoureux,il va leur arriver un truc extraordinaire qui n'a rien à voir avec les pannes à répétition de votre machine à café et au final, leur vie va changer. Et peut-être même la nôtre ! Whouaaa ! Bon, ok, j'arrête de persifler. D'autant plus que, contrairement à son incursion catastrophique dans le monde trop sérieux de l'aventure historique (Les Enfants de la Liberté, j'en ris encore, désolé, Marc.) ce Premier Jour n'a pas à rougir de la comparaison avec les autres romans d'aventures estivaux qui tombent chaque année dans l'escarcelle des amateurs de lecture au soleil. On sent même que le Levy voudrait se laisser aller quelque peu, lançant ses personnages sur des chemins un rien plus caillouteux. mais la force de l'habitude et l'oeil rivé sur un lectorat en attente, rabote les ambitions de la bête. Dommage, parce que franchement, il y avait de quoi faire. La seconde partie, que je n'ai pas encore lue, s'enfoncera peut-être davantage dans les frondaisons épaisses, plutôt que de rester sur la piste toute tracée dans la savane.Mais j'en doute.
Quoi qu'il en soit, Marc Levy avait cessé de m'étonner depuis quelques années déjà, il vient de reprendre du galon dans ma sphère d'auteur. Ah,je suis certain que cela va lui sauver sa journée, tiens. D'autant qu'il a bien besoin de mon soutien pour vendre des bouquins par palettes entières.
Dr CORTHOUTS

Le premier jour, Mac Levy, Pocket, mai 2010, 494p., 7€30.

Ecoutez Marc Lévy parler du Premier jour avec Nicky en cliquant sur la couverture du livre.

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10 06 10

Au cas où vous ne connaîtriez pas New York et tout ...

SALINGER2La disparition de J.D. Salinger a remis son Attrape-coeurs à la première place des ventes en poche. Cet OVNI dans l'histoire de la littérature mondiale et dans la carrière de Jerome Salinger (puisque ce fut son unique roman) est et reste culte, 65 ans après sa première publication. Il faut dire que des Holden Caulfield, il y en a toujours. Toujours plus qu'en 1945. Et même si les ados de l'époque n'avaient ni PS3, ni DVD, ni MSN, ni SMS, il est déjà question dans ce livre de musique, de bandes de mecs, de clopes, de filles et d'alcool, d'adultes pervers, de bahut et de fugue. Le New York de Caulfield n'est pas le St Petersbourg du fougeux adolescent de Dostoïevski ni du Paris des cyberados de Bernard Werber. Et pourtant leurs tourments sont les mêmes : mal d'enfance, mal d'identité, mal d'amour.
Il faut lire Salinger pour cette raison et pour le New-York délicieusement désuet de 1945, et pour la langue de l'auteur (osée pour l'époque !), et pour la môme Phoebé, adorable petite soeur d'Holden qui, comme lui, ne se remet pas de la mort de leur petit frère et du départ de l'aîné pour Hollywood.
Finalement, après tout, pourquoi est-ce que je vous raconte tout ça ? Pourquoi est-ce que, comme les Guns'n'roses, j'aime encore tant lire Salinger ?
Brice DEPASSE

L'attrape-coeurs, J.D. Salinger, Pocket, février 2010, 253p., 5€00.

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07 06 10

Russie blanche & rouge sang

JITKOVAvec ce livre par en poche, nous assistons à l'exhumation, à la publication d'un roman qui devrait être à l'heure actuelle déjà considéré comme un classique. Oeuvre de Boris Jitkov, écrivain pour la jeunesse reconnu même par les soviets d'avant guerre, ce roman aurait dû être publié en 1941, trois ans après la mort de son auteur. La censure stalinienne le condamnant au pilon avant sa mise en rayon, l'imprimeur en garde quelques exemplaires.
Viktor Vavitch plonge alors dans un oubli dont il ne sortira qu'à la fin du siècle dernier. Edité en Russie en 1999, sa version française voit enfin le jour. Louons le geste de l'homme qui a sauvé cet impressionnant roman choral de la destruction.
Premières lignes, première découverte : un style résolument, incroyablement moderne. Jitkov fait sonner le verbe comme son contemporain Chostakovitch faisait résonner les notes. Sèchement. Simplement. Minimalistement. Ouvrez ce livre. Lisez la scène d'introduction. Vous y êtes ?. Eblouissant, non ? Jitkov est un vrai génie, vous l'avez compris. Et si vous adorez Dostoïevski ou Gogol, vous êtes déjà comblé et heureux de la perspective d'avoir devant vous un roman fleuve à savourer.
La suite. Un foisonnement d'histoires parallèles puis accidentellement concordantes et enfin sécantes.
1905. La révolution. L'annihilation de vies, d'espoirs et de destinées des quidams qui se retrouvent face à face. Comme Zola le démontre admirablement dans La fortune des Rougon ou La débâcle, les gens ne sont rien face aux remouds de l'histoire qu'ils soient imbéciles comme Viktor Vavitch ou artistes comme le brave flûtiste juif éperdument amoureux.
Epique, magnifique, désespéré. Entre Tolstoï et Céline.
Brice Depasse

Viktor Vavitch, Boris Jitkov, Livre de poche, juin 2010, 732p., 9€00.

VAVITCH

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04 06 10

L'eau est l'avenir de l'Homme

ORSENNA_eauL'eau à l'échelle humaine. L'eau du monde, de nos mondes. Cette eau qui nous a vu/fait naître. Et qui peut/sait à tout moment tout reprendre.
Dans ce second volet du précis de mondialisation qui paraît aujourd'hui au Livre de Poche, Erik Orsenna est allé à la rencontre de l'eau et des gens qui vivent par et pour elle autour de notre Terre. Chine, Israël, Australie, l'eau est partout objet et sujet d'une économie que l'académicien grand reporter souhaite universelle.
Comme dans son précédent voyage à la rencontre des gens du coton, Orsenna dépeint des situations collectives à travers des personnages pittoresques et pivots de l'économie mondiale.
Livre et entretien passionnants.

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L'avenir de l'eau : Petit précis de mondialisation II, Erik Orsenna, Livre de Poche, mai 2010, 411p., 7€50.

Cliquez sur la couverture pour écouter Erik Orsenna vous parler d'un de ses grands romans parus en Poche : Longtemps.
En cliquant sur la photo, un entretien avec Erik Orsenna et Isabelle Autissier à propos de Salut au grand Sud paru lui aussi au Livre de Poche dans lequel les deux aventuriers racontent leur voyage à la voile autour de l'Antartique.

_N2E8951Photo : Nicolas Wibaut

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13 05 10

Laisse aller, Joséphine, c'est une valse

couv-pancol-tortuesMais qui veut la peau de Joséphine ? Femme trompée, soeur ingénue, mère patiente, Joséphine a supporté toute sa famille sans que celle-ci lui en soit reconnaissante. Malgré tout récompensée par le destin, elle devient un auteur à succès. Réussite sociale. Déménagement à Paris. Tout devrait alors aller pour le mieux. Et pourtant ...
Les témoignages des lecteurs des Yeux jaunes des crocodiles inondent le net : ils sont heureux de retrouver les personnages de ce best seller de 2006. Nous aussi. Ravis de retrouver l'humour de Katherine Pancol dépeignant une certaine société parisienne dont le portrait ne déplairait pas à un Douglas Kennedy.

  KATHERINE PANCOL - Brice Depasse 2

La valse lente des tortues, Katherine Pancol, Livre de Poche, mars 2010, 768p., 8€00.



K. Pancol01_001Photo : Alain Trellu

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02 05 10

Humour Noir

Turpitudes-olivier-bocquetDécembre 2003. Fontainebleau fait la une des journaux à trois reprises : un meurtre particulièrement barbare trouble la quiétude des habitants ; une émeute sanglante secoue la ville et, pour la première fois en France depuis le XIXe siècle, une épidémie de dysenterie se répand dans les rues comme une traînée de poudre. Ce que la presse ignore, c'est que ces trois événements sont liés et que les personnages qui en tirent les ficelles iront jusqu'au bout pour arriver à leurs fins.
L’année dernière, les éditions Pocket lance un concours pas comme lesautres… ou presque. Thrillermania propose à tout auteur non encore publié de poster les extraits d’un manuscrit… et d’ensuite s’en remettre (après une première présélection) au choix des internautes. Turpitudes d’Olivier Bocquet est donc le résultat, publié en poche, de cette première aventure, parrainée par Maxime Chattam et Franck Thilliez.
Il ne fait aucun doute que Bocquet a du talent. Un talent d’écriture qui lui permet de passer, avec facilité, du journal intime d’une adolescente pseudo-rebelle, aux confessions d’une bourgeoise délaissée, en passant par les ennuis d’un homme politique véreux et la descente aux enfersd’un prof de math désabusé… Mais cette variété formelle cache mal une certaine faiblesse narrative. L’histoire emprunte des chemins balisés, les personnages réagissent de façon trop caricaturales et surtout le récit tient dans un mouchoir de poche, chaque protagoniste semblant éprouver un mal fou à se mettre simplement « en mouvement ». On a alors l’impression d’assister à une sorte de pièce de théâtre à l’humour très noir, version moderne, grinçante et violente d’un vaudeville trop classique.
Mais ce sont là des éléments qui se travaillent… Et on peut imaginer qu’Olivier Bocquet se soit attaché à soigner la voix de ses personnages, en lieu et place de construire une horlogerie complexe, apanage desthrillers modernes où les triples saltos arrière avec atterrissage en vrille sont la norme plutôt que l’exception.
Un vol d’essai qui promet.
Dr Corthouts

PS : Le concours Thrillermania, seconde édition, est en cours. Vous pouvez trouver tous les détails sur thrillermania.fr (cliquez sur la couverture du livre) et être à votre tour publié aux Editions Pocket.

Turpitudes, Olivier Bocquet, Pocket, avril 2010, 6€50.

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28 04 10

Le deuil, révélateur des désirs refoulés?

KERNELAoût 1999. Deux couples d’amis se retrouvent pour dîner. La narratrice et son mari Olivier, reçoivent Léa et Louise. L’atmosphère est détendue, chaleureuse, paisible, à l’image de Paris déserté par ses habitants en ce mois. Tous travaillent dans le milieu du journalisme, dans des secteurs différents. Louise a choisi le plus risqué : reporter de guerre. Le lendemain, elle part pour le Moyen-Orient. Dans cette atmosphère feutrée, Léa, radieuse, est enchantée de présenter Louise à ses amis. De fait, ces derniers tombent sous le charme de la jeune femme et sont infiniment attendris par l’amour qui l’unit à Léa.
Chacun parle de ce phénomène rare, l’éclipse solaire, qui doit avoir lieu le lendemain. Nul ne se doute qu’une autre éclipse va survenir, laquelle va ôter tout soleil dans leur existence et les plonger dans les pires ténèbres : la mort de Louise. Braquée dans sa voiture en plein reportage en Irak. Mise à genoux. Exécutée.
Le récit alors s’emballe, rédigé au rythme fou des tirs en rafale d’une kalachnikov. Cacher la nouvelle le plus longtemps possible à Léa. La préserver, la protéger, lui dissimuler cette mort atroce, encore, encore un peu. Quelques heures, quelques minutes, quelques secondes. La laisser souffler, vivre, respirer, sourire, aimer. Gagner du temps. Et la narratrice elle-même de refuser d’y croire : dire les choses, les nommer, c’est les rendre réelles. Non, Louise n’est pas morte. Non, Louise ne peut pas être morte. Non, non, non ! Eviter, anagramme de vérité. Éviter de dire, pour éviter de réaliser. Fuir l’intolérable, l’insupportable, l’inhumain. Mais radio, journaux, télévision, se relaient qui font leur Une avec la mort des trois journalistes, dont Louise. La réalité est bien là, incontournable. Et la vie de ne plus être comme avant. Rire, faire des projets, faire l’amour, devient indécent. Rien n’a plus la saveur du bonheur.
Tandis que colère, incompréhension, géhenne se succèdent et s’entremêlent en eux, Olivier et sa femme se mobilisent pour soutenir Léa. Ils lui offrent leur toit, leur écoute, leur présence, leur réconfort. Et c’est dans ce contexte de chaos que l’invraisemblable se produit : à la douleur qui est sienne, la narratrice doit aussi faire face à des sentiments inattendus , ceux d’une ineffable attirance pour … Léa. Ses sens, telle une boussole à l’approche d’un champ magnétique, s’affolent. L’amante l’aimante. Impossible de lutter. Le dessin de ses hanches, la finesse de sa taille, ses petits seins, l’odeur de sa peau, la douceur de ses lèvres l’attirent. Léa l’attire. Et c’est là que se trouve toute la force du roman. Avec une précision d’une justesse chirurgicale, Brigitte Kernel dissèque magnifiquement l’âme de cette femme écartelée entre son amour profond pour son mari et ses pulsions irrépressibles et nouvelles envers une autre femme. Le tout dans un contexte de deuil de surcroît. Sujet tabou s’il en est un, que celui du rapport ambigu entre la mort et le désir, traité ici avec une pudeur, une sensualité et une beauté extrêmes. L’auteur nous montre que si la perte d’un être cher peut conduire à se laisser dépérir dans le manque, elle peut aussi générer un surcroît de vie. Or y a-t-il plus grande force de vie que l’amour ?
Le deuil, révélateur de pulsions enfouies ou dérégulateur des sens ?
Un roman poignant, vibrant, vivant, qui contrairement à l’appel de son titre, ne se fera pas oublier...
Karine FLÉJO

Fais-moi oublier, Brigitte Kernel, J'ai Lu, mars 2010, 251p., 5€70.

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12 04 10

Du côté de chez Le Clézio

LE CLEZIOEn 2008, la maison Gallimard entoure le nouveau roman de Jean-Marie Gustave Le Clézio du plus prestigieux des bandeaux rouges "Prix Nobel de littérature". Un prix Nobel qui tombe bien pour la francophonie, on l'aura assez répété dans les médias. Mais surtout un prix qui tombe bien pour le grand public qui découvrira Le Clézio avec Ritournelle de la faim un roman différent (il se déroule à Paris) mais ô combien réussi. Dieu, quel beau livre ! Quelle belle histoire ! Quelle belle littérature ! Il nous reste encore de belles pages à lire (et à écrire).
Une jeune parisienne issue d'une famille aisée (mais flanquée d'un père prodigue) se lie d'amitié dans l'entre deux guerres avec une fille de la noblesse russe (mais désargentée). Les années vont passer.
Le verbe est admirable. L'intelligence des sentiments l'est tout autant. Pas de doute, on est bien dans de la littérature qui passera le cap des 150 ans.

Bonus :
Ma chronique sur l'antenne de Nostalgie en 2008 lors de la sortie du livre :

  GRAND MORNING - J-M G Le Clezio

Ritournelle de la faim, J.M.G. Le Clézio, Gallimard, Folio, avril 2010, 206p., 5€50.

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27 03 10

L'autre Veronesi

VERONESISi vous avez manqué cette perle lors de sa sortie en grand format chez Grasset il y a près de deux ans (lisez ce que Nicky écrivait en cliquant sur la couverture), l'édition Poche paraît ces jours-ci.
Adapté entretemps au cinéma, Chaos calme est une grande réussite romanesque autour du ras-le-bol, du remords et du double rapport amoureux marital et filial. Je me surprends en rédigeant ces quelques lignes à affronter une envie irrépressible de retourner sur cette place, dans la voiture de Pietro Palladini, cet anti-héros qui va finir Zorro parce qu'il a décidé de tenir une promesse à sa fille : l'attendre devant l'école jusqu'à sa sortie, toute la journée.
Ne manquez pas ce bonheur de 500 pages au prix d'un poche.
Brice Depasse

Chaos calme, Sandro Veronesi, Livre de Poche, avril 2010, 504p., 7€50.

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