28 10 10

Des instants d'éternité !

haikus.jpg Le haïku est l'expression littéraire du zen. A partir de là, on sait qu'on goûtera aux plaisirs qui nous emportent hors du temps, ceux qui nous font du bien dans ce monde en proie à la vitesse, à l'encombrement, au stress. Ce très joli livre est le cadeau idéal de fin d'année ou plus exactement de n'importe quand dans l'année, puisqu'il propose justement 365 haïkus pour 365 jours de l'année, en sachant que dans le calendrier extrême-oriental les solstices et les équinoxes se situent au milieu des saisons et pas au début comme chez nous. Le livre commence par quelques pages d'explications très claires. On fait la connaissance des maîtres du haïku, dont le premier est Bashô (1644-1694) qui proposait dans ces poèmes de ne jamais perdre de vue que ce que nous faisons est en corrélation avec notre nature profonde. Un de ses haïkus les plus sublimes est : « Le vieil étang – du plongeon d'une grenouille – le bruit de l'eau. » Dès le début, c'est bien l'interpénétration de l'éternel et de l'éphémère. Les règles sont simples : le rythme doit être de 5-7-5 syllabes et il faut avoir recours à un mot suggérant la saison. Certains après lui modifièrent un peu ces règles devenues contraintes. Comme Issa (1763-1827) qui demande à décrire tout ce qui se passe devant nos yeux ou tout ce qui est ressenti dans notre coeur. Voici un de ses haïkus : « Me rendant sur les tombes – le vieux chien – va devant. » Plus proche de nous encore, le moine zen Santoka (1882-1940) retire même l'allusion aux saisons. Il souhaite seulement la pure expérience. Je vous livre trois instants d'éternité que j'ai particulièrement appréciés. A vous d'en découvrir d'autres. « De passage en ce monde – on s'abrite comme on peut – de la pluie d'hiver ». Ceci également : « Nuit sans lune – dans le jardin – juste le bruit des insectes. » Et enfin : « Le rossignol ! - au moment où la famille au complet – est à table. » Les caractères originaux avant la traduction ajoutent de la beauté esthétique et visuelle à la lecture !

Jacques MERCIER

365 Haïkus (instants d'éternité) par Hervé Collet et Cheng Wing fun. Edition Albin Michel. 410 pages. Relié et broché belle présentation, format 14/16cm. 18 euros.

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07 10 10

Musique et Poésie

Mormorat.jpgChristophe Marmorat s'exprime par le texte (de la poésie, certes, mais on pense à des nouvelles, à un journal, à de la philosophie selon !), par les arts graphique et par la musique. Il intitule le procédé "écriture musicale". L'auteur a déjà édité les trois premiers recueils d'une série de sept, chiffre magique. Pour simplifier, expliquons que souvent il s'agit de textes inspirés par une musique (classique, chanson, film, peu importe). Entrons, par exemple, dans "Le trajet de la goutte", premier texte du deuxième volume : "No surprises" de Radiohead inspire le détail d'un magnifique trajet hors du temps de cette goutte d'eau qui explose et s'écrase au ralenti. Parfois, le texte se pose sur celui de la chanson, comme pour "Tout va changer" de Fugain, où l'on lit : "La mémoire des lignes, de ton dos, le goût des larmes salées...". Parfois, on bouge avec le texte, comme pour "Les marionnettes" de Christophe : "Bouger, se mouvoir, moi je veux - t'émouvoir...". Ce sont des voyages superbes, proches et majestueux, intérieurs mais partagés, portés de Bach aux Pink Floyd, avec des exercices, des histoires, de l'invention et beaucoup de talent !

Jacques MERCIER

Lorsque les âmes font l'amour, Christophe Marmorat, 100 pages, édition par l'auteur. coll. Ancrage. 15 Euros.

Le trajet de la goutte, Christophe Marmorat, 94 pages, édition par l'auteur. coll.Ancrage 15 Euros.

Le déploiement d'ailes, Christophe Marmorat, 162 pages, édition par l'auteur. Coll. Ancrage. 18,5 Euros.

Renseignements : cmarmorat@yahoo.fr

 

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26 08 10

Terre… à taire !

À taire et à planter.gif

 

« La terre, le taire, c'est tout comme. Des lieux où enfouir le grain, les mots, les morts.

Poèmes à taire, plutôt qu'à boire et à chanter.

Poèmes à terre, coupés, tombés – la Belle ira les ramasser.

Poèmes à planter, poèmes de poche, poèmes en pot, poèmes bonsaï qui grandiront juste de quoi meubler l'alcôve ou la margelle. Poèmes qui se rêvent grains de sénevé. »

Benoît Vermander est jésuite. Ethnologue et spécialiste du chinois, il vit en Chine continentale où il enseigne.

Après la publication, cette année, d'un essai sur « la sortie de religion" »en Chine, intitulé, L'Empire sans milieu (aux Éditions Desclée de Brouwer), il nous offre avec À taire et à planter (qui paraît ce jour chez le même éditeur) un recueil de méditations, de poèmes et même de comptines et jeux de mots... spirituels, ouvrant les innombrables portes qu'une confrontation nourrie entres les cultures littéraires et sa spiritualité lui inspirent.




Clarinette de la pénombre

et nos souvenirs mélangés.

Des enfances imaginées,

leurs amours ardentes et sombres.


Il est à noter que l'illustration de couverture est signée Benoît Vermander, également peintre de son (bien riche) état.

Apolline ELTER

 

À taire et à planter par Benoît Vermander, recueil, Paris, Desclée de Brouwer, collection « Littérature ouverte », 26 août 2010, 254 pp en noir et blanc au format 11 x 21 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 17 € (prix France).

 

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01 11 09

Ces instants fulgurants qui nous ravagent

F.ALTAMIRALa poésie n'est pas seulement une année d'études secondaires, pas seulement le panache de Cyrano, la plume du terrible F. Villion. C'est une façon d'être, de vivre et de penser. On oublie que c'est de la littérature et même sa pristine forme. Il n'y a pas que les romanciers qui ont le droit de s'arrêter de courir, nous regarder vivre pour en renvoyer une image écrite. Il y a aussi les poètes. Encore et toujours. Je serais même tenté de crier PLUS QUE JAMAIS. Nous avons besoin de cette autre langue ramassée qui s'autorise toutes les licences pour exprimer ce que nous ne prenons pas la peine de définir : souvenirs, sentiments, pulsions, passions, rêves, tropismes.
Le second recueil de F. Altamira est une vraie thérapie permanente par l'art.
Mode d'emploi : Posez le livre sur votre table de nuit et lisez un poème chaque soir. Trois mois de plaisir à dose homéopathique pour vous réconcilier avec vous, laisser une fenêtre ouverte sur la vie (avant qu'il ne soit trop tard) car l'art n'est-il pas une façon de vivre à un autre rythme ?
Brice DEPASSE

Ce qui fu{i}t (comme un éclat d'extase), recueil de poésie de F. Altamira, TheBookEdition.com, septembre 2009, cliquez sur la couverture pour commander le livre.

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12 09 09

La Jeune Belgique d’aujourd’hui

Nouvelle poésie française de BelgiqueParue récemment aux Éditions Le Taillis Pré à Châtelineau, La nouvelle poésie française de Belgique est une anthologie rassemblée par le poète et académicien belge Yves Namur et elle fait la part belle (et même exclusive) aux auteurs de notre (petite) terre d’héroïsme nés après mai 1968. Si, comme dans toute entreprise de ce genre, le choix de l’anthologiste est forcément subjectif, il s’avère néanmoins éclectique et sagace, puisqu’on y trouve un bel échantillon de ce qui se pense et s’écrit ces temps-ci en matière de poésie au pays d’Émile Verhaeren, de Paul Nougé, de Jacques Brel et de Jean-Pierre Verheggen (pour ce qui concerne notre propre choix subjectif). Ainsi, d’Yves Colley à Maxime Coton en passant par Laurence Vielle, Marie-Clotilde Roose, Luc Baba, Otto Ganz, Hubert Antoine, Nicolas Ancion, Frédéric Bourgeois ou Kathleen Lor, mais aussi par Laurent Robert, Christophe Abbès, Stéphane Lambert, Selçuk Mutlu, Raphaël Miccoli ou Rachel De Plaen Kawende, il présente en 591 pages bien senties l’œuvre prometteuse, en vers ou en prose, de 48 authentiques poètes d’aujourd’hui autant, espérons-le, que de demain !
Bernard DELCORD

La nouvelle poésie française de Belgique, anthologie rassemblée et présentée par Yves Namur, Châtelineau, Éditions Le Taillis Pré, juillet 2009, 591 pp. en noir et blanc sous couverture souple en trois couleurs, 25 €

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22 01 09

Une fête en larmes

MERCIERUn petit recueil qui s'offre comme un océan de vagues, textes poétiques, sublimes cliquetis, articulés autour de thèmes majeurs: enfance, amour, fragilité et mort. De vagues à larmes tant les textes gagnent en gravité et en beauté.
"Nous entrons ensemble
Dans le miroir tremblant
D'une émotion unique."

Une émotion que Jacques Mercier propose au lecteur de partager. Gracieusement. Au rythme de pages qui s'offrent sans envers, en irradiante impression recto.
"Aujourd'hui sans caresse
Je te mets à l'abri
Au fond de mon âme."
Proche des larmes, proche de l'âme.
Tout simplement.
Apolline Elter

Proche des larmes, Jacques Mercier, Les déjeuners sur l'herbe, novembre 2008, 50 pp, 10 €.

  JACQUES MERCIER - Brice Depasse 1
  JACQUES MERCIER - Brice Depasse 2
  JACQUES MERCIER - Brice Depasse 3

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17 05 08

Le rythme des arbres

MABANCKOUCe livre est un recueil de poésies courtes (rarement plus de 6 lignes).
J’ai toujours trouvé stupide de faire des analyses de la poésie qui me semble être une forme d’écriture assez automatique et émotionnelle.
La résumer est encore plus ridicule.
Gardons ici l’idée d’une poésie "nature" avec ce qu’il faut d’exotisme pour nous rappeler que l’auteur, même exilé en Amérique du Nord, reste "enraciné" dans la terre d’Afrique. Qu’on y sent plus la poussière que la pluie et la chaleur que la neige...
L’oeuvre est sobre dans son format de poche, le style exclut encore une fois les ponctuations et les majuscules.
On se laisse aller au rythme, celui des pages qu’on tourne... A l’idée qu’on se fait de l’Afrique Noire ou à celle que l’on connait...
Véronique De Laet

Tant que les arbres s’enracineront dans la terre, Alain Mabanckou, illustré par Joëlle Jolivel, Points, octobre 2007, 315P., 7€00.

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23 12 07

L'équilibre instable

STANISLAS"Un deux trois, sept et douze, on arrive à trente ...
Comme si s'accélérait la bande
Pas eu le temps d'avoir vingt ans c'est déjà le temps
De parler des moments d'avant
Un après-midi devant mon goûter sans thé
Un après-midi pour bonimenter, mais suis-je sage ?"

Quand un chef d'orchestre qui écrit comme cela, compose des arrangements à vous faire décrocher la lune et se permet le luxe de chanter comme personne avec une gueule d'amour, vous vous dites, ce n'est pas possible. Il y en a peu chaque siècle. Stanislas, comme Ravel, apparaît au début de cette nouvelle ère. Son premier album est grandiose. Une partition de soliste pour la salle Pleyel à la grande époque, des guitares, une batterie, des cordes, un clavecin, un écho de Grégorien. L'orchestre s'envole, la voix est aérienne, la voie est royale.
Ecoutez Stanislas en cliquant sur la pochette ci-contre. Regardez-le et écoutez-le ci-dessous. Que dire de plus ?
L'aopthéose, ça ne s'invente pas deux fois.

«L’équilibre instable», par Stanislas, Universal, novembre 2007, 14€99

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03 11 07

Darwich conteur

DARWICH FleursMahmoud Darwich, auteur palestinien originaire de la région de Saint-Jean-d'Acre, est considéré comme un des plus grands poètes contemporains de langue arabe. Son dernier recueil qui vient de paraître chez Actes Sud est un émerveillement. La poésie arabe est une des plus belles du monde, a fortiori lorsqu'elle est admirablement traduite comme dans le cas présent par l'écrivain-historien palestinien Elias Sanbar.
Nicky Depasse

Extrait :

Je ne dors pas pour rêver, lui dit-elle.
Je dors pour t'oublier. Qu'il est bon de dormir seule,
sans tumulte dans la soie.
Eloigne-toi que je te voie
solitaire, là-bas, pensant à moi quand je t'oublie
Rien ne me fait mal dans ton absence,
la nuit ne griffe pas ma poirtrine ni tes lèvres.
Je dors sur mon corps tout entier,
tout entier, sans partage,
tes mains ne déchirent pas ma robe et tes pas
ne martèlent pas mon coeur comme une noisette
lorsque tu refermes la porte.
Rien ne me manque dans ton absence :
mes seins m'appartiennent. Mon nombril.
Mes taches de rousseur. Mon grain de beauté.
et mes mains et mes jambes m'appartiennent.
Tout en moi m'appartient
et pour toi, les images désirées,
prends-les donc pour meubler ton exil,
lève tes visions comme un dernier toast
et dis, si tu veux : ton amour est trépas.
Quant à moi, j'écouterai mon corps
avec le calme d'une médecin, rien, rien
ne me fait mal dans ton absence
si ce n'est la solitude de l'univers !


«Comme des fleurs d'amandier ou plus loin », de Mahmoud Darwich, Actes Sud, 132p, 18€00

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06 10 07

Poésie tout horizon

POESIE LAROUSSEMille pages pour mille ans de poésie en langue romane et française, 350 poètes de tous les pays francophones, 600 textes, un dictionnaire biographique, des notes sur treize grandes périodes du genre poétique, l'anthologie de Jean Orizet est un vrai Larousse. Mine de découvertes et de retrouvailles pour tous ceux qui, comme moi, sont venus à la littérature par la poésie, cet énorme ouvrage (au prix démocratique) s'annonce comme le livre de chevet par excellence, aux entrées multiples, aux passages éclairs, à l'illumination nocturne.
Nicky Depasse

Aimez vos mains afin qu'un jour vos mains soient belles
Il n'est pas de parfum trop précieux pour elles,
Soignez-les. Taillez bien les ongles douloureux,
Il n'est pas d'instruments trop délicats pour eux.
C'est Dieu qui fit les mains fécondes en merveille;
Elles ont pris leur neige aux Lys des Séraphins,
Au jardin de la chair, ce sont deux fleurs pareilles,
Et le sang de la rose est sous leurs ongles fins.
Germain Nouveau

«Anthologie de la Poesie Française», Jean Orizet, Larousse, 960p, 22€

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