23 12 07

L'équilibre instable

STANISLAS"Un deux trois, sept et douze, on arrive à trente ...
Comme si s'accélérait la bande
Pas eu le temps d'avoir vingt ans c'est déjà le temps
De parler des moments d'avant
Un après-midi devant mon goûter sans thé
Un après-midi pour bonimenter, mais suis-je sage ?"

Quand un chef d'orchestre qui écrit comme cela, compose des arrangements à vous faire décrocher la lune et se permet le luxe de chanter comme personne avec une gueule d'amour, vous vous dites, ce n'est pas possible. Il y en a peu chaque siècle. Stanislas, comme Ravel, apparaît au début de cette nouvelle ère. Son premier album est grandiose. Une partition de soliste pour la salle Pleyel à la grande époque, des guitares, une batterie, des cordes, un clavecin, un écho de Grégorien. L'orchestre s'envole, la voix est aérienne, la voie est royale.
Ecoutez Stanislas en cliquant sur la pochette ci-contre. Regardez-le et écoutez-le ci-dessous. Que dire de plus ?
L'aopthéose, ça ne s'invente pas deux fois.

«L’équilibre instable», par Stanislas, Universal, novembre 2007, 14€99

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03 11 07

Darwich conteur

DARWICH FleursMahmoud Darwich, auteur palestinien originaire de la région de Saint-Jean-d'Acre, est considéré comme un des plus grands poètes contemporains de langue arabe. Son dernier recueil qui vient de paraître chez Actes Sud est un émerveillement. La poésie arabe est une des plus belles du monde, a fortiori lorsqu'elle est admirablement traduite comme dans le cas présent par l'écrivain-historien palestinien Elias Sanbar.
Nicky Depasse

Extrait :

Je ne dors pas pour rêver, lui dit-elle.
Je dors pour t'oublier. Qu'il est bon de dormir seule,
sans tumulte dans la soie.
Eloigne-toi que je te voie
solitaire, là-bas, pensant à moi quand je t'oublie
Rien ne me fait mal dans ton absence,
la nuit ne griffe pas ma poirtrine ni tes lèvres.
Je dors sur mon corps tout entier,
tout entier, sans partage,
tes mains ne déchirent pas ma robe et tes pas
ne martèlent pas mon coeur comme une noisette
lorsque tu refermes la porte.
Rien ne me manque dans ton absence :
mes seins m'appartiennent. Mon nombril.
Mes taches de rousseur. Mon grain de beauté.
et mes mains et mes jambes m'appartiennent.
Tout en moi m'appartient
et pour toi, les images désirées,
prends-les donc pour meubler ton exil,
lève tes visions comme un dernier toast
et dis, si tu veux : ton amour est trépas.
Quant à moi, j'écouterai mon corps
avec le calme d'une médecin, rien, rien
ne me fait mal dans ton absence
si ce n'est la solitude de l'univers !


«Comme des fleurs d'amandier ou plus loin », de Mahmoud Darwich, Actes Sud, 132p, 18€00

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06 10 07

Poésie tout horizon

POESIE LAROUSSEMille pages pour mille ans de poésie en langue romane et française, 350 poètes de tous les pays francophones, 600 textes, un dictionnaire biographique, des notes sur treize grandes périodes du genre poétique, l'anthologie de Jean Orizet est un vrai Larousse. Mine de découvertes et de retrouvailles pour tous ceux qui, comme moi, sont venus à la littérature par la poésie, cet énorme ouvrage (au prix démocratique) s'annonce comme le livre de chevet par excellence, aux entrées multiples, aux passages éclairs, à l'illumination nocturne.
Nicky Depasse

Aimez vos mains afin qu'un jour vos mains soient belles
Il n'est pas de parfum trop précieux pour elles,
Soignez-les. Taillez bien les ongles douloureux,
Il n'est pas d'instruments trop délicats pour eux.
C'est Dieu qui fit les mains fécondes en merveille;
Elles ont pris leur neige aux Lys des Séraphins,
Au jardin de la chair, ce sont deux fleurs pareilles,
Et le sang de la rose est sous leurs ongles fins.
Germain Nouveau

«Anthologie de la Poesie Française», Jean Orizet, Larousse, 960p, 22€

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23 09 07

L'automne poétique

MALLARMEEric Reinhardt avoue une passion pour l'automne et pour Stéphane Mallarmé. Les voici réunis :

"Mon âme vers ton front où rêve, ô calme soeur,
Un automne jonché de taches de rousseur,
Et vers le ciel errant de ton oeil angélique
Monte, comme dans un jardin mélancolique,
Fidèle, un blanc jet d'eau soupire vers l'Azur !
- Vers l'Azur attendri d'Octobre pâle et pur
Qui mire aux grands bassins sa langueur infinie
Et laisse, sur l'eau morte où la fauve agonie
Des feuilles erre au vent et creuse un froid sillon,
Se traîner le soleil jaune d'un long rayon."

In "Mallarmé : Oeuvres complètes, tome 1", La pléiade, nrf.

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01 08 07

Méandres dominants

cover_meandresdominantsA quoi ressembles-tu derrière le faux miroir
a quoi ressembles-tu si tu n'es illusoire ?
Quand je reçois un bon recueil de poésies, je m'étonne toujours du peu d'écho que ce genre littéraire rencontre aujourd'hui. Pourquoi a-t-il tant perdu alors que ses auteurs se sont toujours (là plus qu'ailleurs) modernisés ? Que lui vaut cette étiquette désuette quand on lit les textes d'un Göran Tunström ou ceux de F.Altamira, un jeune poète belge dont la fougue et la justesse des mots suscitent l'émoi.
Brice Depasse

"Bonne feuille", voici ce qu'il écrit en ouverture du chapitre "coïtus" :

Besoin si lourd qu'il s'est concentré
besoin si lourd qu'il m'a évanoui
besoin primal qui trépigne enfermé
besoin bestial qui s'indigne interdit

J'ai BESOIN de sentir, de me re-sentir
en moi, en toi, sur moi, sous moi
J'ai BESOIN de déboire, d'assaillir
mille fois, sans loi, d'émois, d'ébats

A raviver brasier au paraître apaisé
à attiser le feu qui couvait sous distance
j'ai exposé aux flammes un ange sur affamé
j'ai réveillé la bête dont la gueule crie vengeance.

F.Altamira, Méandres dominants, Artésis éditions

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04 07 07

Le piéton poète

FARGUEIl y a une petite vingtaine d'années, je fréquentais le boulevard Magenta où habitait un de mes amis. Devenu depuis une grande star du showbiz, cet ami qui demeure aujourd'hui à Neuilly est toujours propriétaire de son ancien studette. Non pas parce qu'il y a écrit quelques monologues que toute la France connait par coeur mais parce que ces quartiers des gares du nord et de l'est (où il ne viendrait à l'idée de personne de s'arrêter) ont une âme.
C'est ce qu'écrivait Léon-Paul Fargue dans un des plus beaux textes publiés dans l'entre-deux guerres : "Le piéton de Paris". Ce recueil de poèmes, contemporain des premiers clichés de Robert Doisneau (on compare souvent les deux hommes) est aujourd'hui réédité dans la collection "L'imaginaire" avec un CD bonus comprenant une interview de Fargue (datant de 1951) et un entretien avec Adrienne Monnier, une libraire qui a connu le beau monde des arts au début du XX° siècle.
"Le piéton de Paris" est une oeuvre poétique si essentielle qu'elle devint le surnom de son auteur.
Brice Depasse

LEON-PAUL FARGUE


Fargue_1940Nous ne sommes plus dans les années trente; le Paris de Fargue est lointain. Mais le boulevard de Magenta existe toujours. De nouveaux disciples du Piéton de Paris (et aussi de Doisneau et de Tati) expriment leur attachement à ce lieu comme l'internaute qui a réalisé la vidéo ci-dessous.



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09 05 07

Vie nouvelle, vers éternels

KACEM BELHAJAprès avoir abandonné le roman pour la philosophie (il a publié au bas mot onze essais depuis l’an 2000), Mehdi Belhaj Kacem a entrepris (et réussi) la traduction d’une des œuvres poétiques fondatrices de la littérature moderne : la Vita Nova de Dante.
En modernisant le texte d’Alighieri, Kacem lui a rendu son intemporalité sans toutefois le dénuder des atours de la Renaissance. Exploit. Il en permet également l’accès au plus grand nombre, restituant à la Vita Nova, sa vocation d’œuvre d’art contemporaine.

  MEDHI KACEM BELHAJ - Brice Depasse
kacem

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03 04 07

Les chants de jalousie

TUNSTROMDisparu en l’an 2000 à l’âge de 63 ans, Göran Tunström fut un des grands auteurs suédois du XX° siècle. Il connut la gloire dans son pays grâce à son premier roman, « L’oratorio de Noël » qu’Actes Sud publia en Français il y a une vingtaine d’années.
Mais sa muse était poétique. Le présent recueil de poèmes (qui paraît chez Léméac/Actes Sud), Tunström l’a consacré à sa femme. Les pages, superbes, se succèdent. Elles parlent de l’amour, de la jalousie (surtout) et de la folie de son épouse (boulversant).
Je m'y suis perdu.
Brice Depasse

Extraits : « Tu nages telle une carpe contre la vitre
Tes gestes las sont du faire-semblant :
ton habit d’or brille tellement
Le chant du soir est terminé, la neige
revient : jour après jour
tu seras emprisonnée par mon corps
lui-même emprisonné
par ma possession de toi. »

« De la benne
pointe, tel un périscope, un bonnet
il est à ma femme
Elle reçoit ces jours-ci bien des pensées
étranges et grandement errantes
et le diable n’a pas toujours accès
à sa complexion
Là, son visage !
Il rayonne, je l’aime
Des profondeurs elle fait monter
chromos, tables, vieilles encyclopédies
avec des planches couleurs de "Littorina purpurea"
précisément le coquillage dont elle a besoin
Quand les étoiles lancent en l’air
leurs fantasmagories
bien des choses lui parviennent
Voyez, autour des pommettes, de ses cheveux, cette aura !
En elle, même moi j’ai droit
A des choses très étonnantes. En prêt.
Je suis l’époux de la sorcière
Dans ma serviette j’apporte nos numéros de sécurité sociale
une liste de noms : la crèche et les amis proches
Un époux de sorcière reste deux pas en retrait
Ma bassesse l’empêche de voler
Ma logique est son entrave
Je reflète un discours social
Et lui fais beaucoup de tort
Maintenant on va continuer.

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17 03 07

Il est grand temps de relire Apollinaire

ApollinaireL'Amour fou, l'Amour passion, le fusionnel, le triste, Guillaume s'en est moqué, l'a haï ou adulé. Les poèmes de Lou, cette femme qu'il aimait pendant la Grande Guerre, qui lui inspira ses plus beaux textes, cet amour non réciproque ou si peu.
Extraits d'"Alcools" ou du "Guetteur mélancolique", tous ces poèmes sont illustrés avec sensualité, donnant à la plume d'Apollinaire toute sa splendeur et sa dimension.
Juste pour le plaisir, ma citation préférée : "Il est grand temps de rallumer les étoiles". Moi, je vous dirais, il est grand temps de lire ou relire Guillaume Apollinaire, le maître des mots, d'une poésie lumineuse.
Nicky Depasse

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17 03 07

Le surréalisme illustré

ELUARD"Et si par le pouvoir d'un mot je recommence ma vie, je suis né pour te connaître, pour te nommer."
Quatre-vingt-cinq poèmes de Paul Eluard illustrés par un Gabriel Lefèvre qui a su mettre aux mots des couleurs et à sa plume la douceur qu'elle mérite.
Ce poète du surréalisme qui loua les femmes et dont les hommes étaient ses frères nous emmène dans un univers d'amour, de rêve et de douleur.
Nicky Depasse

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