16 04 13

L'effacement de Dieu !

 

ringlet.jpgAlors qu'on ne parle que de richesse et de finances, quelle excellente idée que de mettre en avant ceux qui s'effacent du monde : les moines et mieux encore, puisque la poésie est gratuite, les moines-poètes ! C'est ce que nous propose Gabriel Ringlet dans "Effacement de Dieu". En refermant le livre, on se rend compte à quel point le moine est actuel. Mais nous trouvons bien des choses dans ce livre, comme toujours dans l’œuvre remarquable de cet auteur, théologien, écrivain, ancien vice-recteur de l'Université de Louvain et prêtre. Par exemple, comme il est écrit sur la quatrième de couverture : "Que Dieu est sensuel et caché, inachevé et toujours en quête de l'homme." Gabriel Ringlet nous offre d'abord une petite histoire de poésie monastique et mystique. Je relève : "Être de chez soi pour être du monde" ! Quelle belle formule de la tradition des moines irlandais. En nous évoquant François Cassingena-Trévedy, moine de Ligugé, on découvre cette réflexion superbe sur Dieu : "Dieu n'aime pas que l'on parle officiellement de lui : il préfère qu'on le suggère, qu'on l'évoque, qu'on l'éveille dans les choses et les êtres où il se cache, "sous le pommier où il dort" ! Superbe ! Et ces deux vers : "Un ange passe entre les pages / son aile te sert de signet." Et plus loin encore, une phrase que j'aimerai mettre un matin sur mes pages Net : "Donner à chaque jour son prix". Pour présenter un autre moine, Gilles Baudry, de Landévennec, Gabriel Ringlet commence ainsi son chapitre, et vous comprenez pourquoi c'est un grand écrivain, qui nous accroche, nous intéresse, nous interpelle : "Quand on voit le jour en Loire-Atlantique dans une petite localité appelée Saint-Philbert-de-Grand-Lieu, je me dis que les mots d'une géographie natale invitent déjà à sauter dans la barque de l'écriture." De ce moine, ces vers : "Les mouettes, une à une, volent en éclats de rire." et "La mort, tu la croyais nocturne : elle t'éblouit." et encore "Faut-il / que les temps soient / si incertains / que les anges aient recours / à des échafaudages?" Encore un détour par Catherine-Marie de la Trinité, une moniale cette fois, qui écrit : "L'ornière est sans beauté ? / Elle reflète le ciel." Je vous invite à découvrir tous ces moines-poètes, vraiment ! Mais la fin du livre nous donne une autre surprise. Cette fois, c'est un lieu et un architecte que l'auteur nous offre. Pierre Thibault, architecte de l'abbaye Val Notre-Dame à Saint-Jean-de-Matha, au Québec, où l'auteur a passé quelques jours lors d'un colloque. De cet architecte inspiré, tout est magnifique, mais je retiens cette déclaration : "Une grande partie de ma vie, c'est d'amener les gens à ralentir ! Je commence parfois certains projets que je dois arrêter parce que les gens veulent aller trop vite." Si nous ne devions retenir que cette idée, ce serait déjà fabuleux ! Un livre attachant, étonnant, poétique et rassurant, comme on peut être rassuré par un poème, un sourire ou un reflet du ciel.

 

"L'effacement de Dieu" (La voie des moines-poètes" par Gabriel Ringlet, édition Albin Michel 2013. 300 pages. 19 euros.

17 11 12

Même pas morts !

Destins brisés.jpgDans Destins brisés qui vient de paraître à Waterloo aux Éditions de la Renaissance du Livre, l'éminent spécialiste qu'est notre ami Brice Depasse (il anime La Story sur Radio Nostalgie, une émission qui, en dix ans, a raconté 2000 histoires du rock et de la chanson française) se penche sur la carrière de 50 stars de la musique entrées dans la légende en mourant prématurément (comme Daniel Balavoine, Alain Bashung, Kurt Cobain, Eddie Cochran, Joe Dassin, Claude François, Serge Gainsbourg, Marvin Gaye, Handy Gibb, Pete Ham, Jimi Hendrix, Buddy Holly, Whitney Houston, Michael Hutchence, Michael Jackson, Brian Jones, Janis Joplin, John Lennon, Bob Marley, Freddie Mercury, Marilyn Monroe, Keith Moon, Jim Morrison, Elvis Presley, Pierre Rapsat, Ritchie Valens, Sid Vicious, Gene Vincent, Alan Wilson, Amy Winehouse...).

Avec ce sens remarquable de la narration – et de la concision – qui lui est coutumier, l'auteur ressuscite dans la mémoire des aficionados les musiques et les voix qui ont bercé quatre générations et donne envie de (re)partir à leur découverte.

Par exemple en se rendant sur la page Internet http://www.nostalgie.be/radio/actu-nostalgie/destins-brises-lisez-le-livre-ecoutez-les-legendes-la-story.html et en cliquant sur les photos des artistes : il pourra y entendre les chansons citées dans l'ouvrage.

Un « plus » de plus, incontestablement !

Bernard DELCORD

Destins brisés par Brice Depasse, Waterloo, Éditions de la Renaissance du Livre, octobre 2012, 267 pp. en noir et blanc au format 16 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 18 €

Écrit par Brice dans Brice Depasse, Musique, Portraits | Commentaires (0) |  Facebook | |

29 10 12

On a tous un "Bobo" en nous...

bobos2.jpg

Première expérience dans le monde des livres pour Myriam Leroy. La jeune femme bien connue pour ses chroniques sur Pure FM "Myriam Leroy n'aime pas" mais aussi dans la presse écrite, sort son premier bouquin, "Les Bobos, la révolution sans effort". Une compilation de ses chroniques sur La Première concernant le phénomène "Bourgeois Bohème".

 Un livre drôle à l'image de son auteur, qui dresse le portrait de ces personnes hors du commun. Au fil des chapitres, on apprend à les connaître en vacances, dans leur quotidien, leurs relations avec les autres... Des traits de caractère parfois absurdes, des situations abracadabrantes qui nous rappellent qu'au fond, on est tous un peu "bobo" dans l'âme...

Pour la jeune femme, le Bobo est principalement bruxellois, aime aller bruncher le dimanche, mange local, s'habille au marché Vintage de la Place Sainte-Catherine... et j'en passe... Si tout au long des pages, vous vous sentez proche de la description, c'est certainement que vous êtes un tant soit peu, un peu des leurs... Mais attention, ce n'est pas une tare!

Un livre amusant avec une description sarcastique, piquante mais très tendre... Bref, un livre qui vaut le détour et qu'il faut lire...

MyriamLeroy nous en parle...

Pourquoi avoir décidé d'écrire un livre?

Ce livre est une compilation de mes chroniques dans l'émission On n'est pas rentré sur la Première. En fait, un jour, NicolasVadot qui est chroniqueur dans l'émission m'a dit: "si tu décides de publier tes chroniques, je serais ravi de les illustrer". C'était très flatteur de sa part. C'est ainsi que l'aventure a commencé. Je n'avais pas de contact dans les maisons d'édition et il a fait en sorte que le livre soit publié.

Vous dressez un portrait peu flatteur des "Bobos"...

Je pense justement que non. Ce bouquin est très tendre, je les aime beaucoup. Et puis, je m'inspire beaucoup de moi et de ma petite sœur. C'est la "Bobo" par excellence, authentique. Je pense que c'est un clin d'œil malicieux! Mieux vaut être bourgeois et bohème que pauvre et polluant! 

Myriam Leroy, un peu "Bobo"?

Oui... Je n'aime pas la télévision, je fais attention dans mon alimentation à manger local, bio, je ne mets pas le chauffage... Mais dès que j'en ai l'occasion, je prends le premier avion pour partir loin... C'est hyper-cliché! Il m'est déjà arrivé de taper sur Google "dictature+jolis paysages" pour savoir dans quel pays j'allais partir pour découvrir de jolis paysages... (Rires).

Vous avez d'autres projets dans l'écriture?

Rien de très concret... J'ai écrit un roman mais il est dans le fond d'un tiroir et une pièce de théâtre... Il faut voir si elle plaira au commanditaire... Le projet qui me tient à cœur pour l'instant, ce sont les nouveaux podcasts développés par le Focus Vif... (Focus Store) Nous prenons des sujets culturels d'actualité et nous en débattons avec les autres journalistes du magazine.

Pour vous donner un petit avant-goût du livre de MyriamLeroy, regardez le teaser...


 

"Les Bobos, la révolution sans effort", Myriam Leroy, Ed. Renaissance du Livre, Octobre 2012, 128pp, 9,99€.

A noter: le bouquin ne se trouve pas dans les supermarchés car les supermarchés, ça n'est pas "Bobo"!

Écrit par Gwendoline Fusillier dans Belge, Humour, Littérature générale, Portraits | Commentaires (0) |  Facebook | |

28 10 12

J'ai eu bon !

 

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humour marlière.jpgCela fait plusieurs soirs que ce livre m’accompagne avant que je ne sombre avec le sourire dans le sommeil… Déjà le titre m’avait amusé : « Anthologie de l’humour belge », mais plus encore le sous-titre : « Du Prince de Ligne à Philippe Geluck » ! J’avais déjà lu un beau livre sur le thème écrit par Bernard Marlière et sa charmante fille, Corinne, journaliste de talent à l’Avenir ! Avec confiance, je me suis donc lancé dans la lecture : photo, courte biographie et extraits de textes pour chaque personnalité évoquée. Dans l’introduction, l’auteur déclare, ce que nous savons nous les Belges : « Le Belge vit en Absurdie » et « L’ironie, dans ce pays longtemps occupé, n’est autre qu’une arme de défense et de subversion« …

Cela commence par le Prince de Ligne (1735-1814), dont on oublie souvent, il est vrai, ses magnifiques pensées : « Il vaut bien mieux avoir de l’imagination que de la mémoire », par exemple. Et cela se poursuit avec une galerie impressionnante et drôle de ce qu’on a écrit en Belgique ! Charles de Coster, Mademoiselle Beulemans, Arthur Masson, Virgile et ses fables, Pitje Schramouille, Toone, Tchantès… mais aussi Achille Chavée : « Dieu ne va jamais au secours des gens qui savent nager. » Jean-Pierre Verheggen ou Louis Scutenaire, chez qui sans honte j’aime le « L’Autriche. L’homme aussi. », mais bien sûr aussi : « C’est toujours dans le désert qu’on casse sa bouteille d’eau » et « Souvent, au lieu de penser, on se fait des idées » ! On passe en revue les grands de la BD, Hergé, Franquin, Tibet… On aborde les grands de l’humour : Raymond Devos (et Bruno Coppens), Stéphane Steeman… Mais aussi Manu Thoreau, Marc Moulin, Richard Ruben, Albert Cougnet, Marc Herman, François Pirette, Jannin et Liberski, Jean-Luc Fonck, Pïerre Kroll… tous mes amis de la Semaine Infernale… Philippe Geluck a sa place d’honneur ! Et mes rires plusieurs fois m’ont secoué, avec « échange et change » de Laurence Bibot, que j’avais adoré dans le « Jeu des Dictionnaires » ainsi qu’avec Thomas Gunzig  (J’ajoute qu’il est Prix Rossel pour le faire rire !) Il écrit par exemple : « A-t-on déjà calculé l’empreinte écologique de la Saint-Nicolas ? » J’adore ! Mais ses moments d’anthologie, c’est le cas de le dire, sont aussi repris dans les « Fondamentaux », où l’auteur a la gentillesse de me placer (pas pour moi, mais pour tous ceux et celles qui m’ont entouré dans mes émissions), comme « Les élections », qui reste dans les mémoires et commençait ainsi : « Bande de cons ! Pas vous, cher public ! Les autres, les formateurs, informateurs, explorateurs, chef de groupes, présidents de partis flamands, présidents de partis francophones, seconds couteaux, troisièmes couteaux, de gauche, de droite, etc. (… Bande cons, vous n’avez rien gagné du tout … etc. ) ». Et puis son « billet du matin, accueil de Monseigneur Léonard » est une merveille aussi de liberté et d’humour, chers à notre pays. Enfin hier soir, j’ai réveillé la maisonnée en pleurant de rire à la lecture de : « Les Wallonnes… Elles m’excitent ! » Cette lecture fait partie de mes grands moments d’abandon dans le rire, comme les fous rires à Forts en Tête, ceux que je partage encore et encore avec Philippe Geluck ! Mais je vous renvoie au livre superbe de Marlière pour en découvrir le texte sublime !Je peux vous dire, et vous pouvez me croire, que « j’ai eu bon !«

Jacques MERCIER

"Anthologie de l'humour belge" (du Prince de Ligne à Philippe Geluck), Bernard Marlière, Editions Jourdan, 544 pages, 21,90 euros.

Écrit par Jacques Mercier dans Belge, Biographies, Humour, Jacques Mercier, Portraits | Commentaires (0) |  Facebook | |

24 10 12

Destins bricés

destins-brisés.jpg" Chez lui la passion l'emportera toujours sur la raison. Un matin, après une nuit blanche passée à cogiter, il se lève avec la solution. Il va demander à Luis Frosio, le patron de l'orchestre de doubler son cachet. [...] Imaginez qu'il ait dit oui. Peut-être n'aurions-nous jamais entendu parler de Claude François"

Passionné de rock et de chanson française - La Story - Nostalgie, c'est lui - Brice Depasse nous invite à traverser le destin subitement éteint de 50 stars de la musique entrées dans la légende ...bien trop tôt.

Avec le ton alerte, vif, précis et singulièrement présent qu'il imprime à ses récits, le chroniqueur [créateur et hôte de ce blog ] trace les portraits, envols et disparitions tragiques  - parfois suspectes - de géants tels Jimi Hendrix, Janis Joplin, Joe Dassin, Claude François, Alain Bashung, Serge Gainsbourg, Bob Marley, Daniel Balavoine, Michael Jackson, Pierre Rapsat, Freddie Mercury ...et tant - hélas - d'autres.

Il procède pour ce faire à un découpage thématique, ralliant les stars selon leur appartenance au "club des 27", qui recense quelque 45 victimes mortes à 27 ans,  à celui des géants, des stars, des maudits et au   rock'n'roll. Un découpage rythmé de chapitres courts qui permet tant la lecture intégrale séquentielle que l'aimable grignotage de chapitres ciblés.

Une lecture sidérante.. étayée d'une discographie et filmographie égoïstement indispensables et d'un gracieux lien qui invite à l'écoute des morceaux évoqués: www.nostalgie.be/destins

AE

Destins brisés. 50 stars de la musique entrés dans la légende. Brice Depasse, Ed.  Nostalgie / Renaissance du Livre, octobre 2012, 270 pp

Billet de faveur

AE: Brice , quand on découvre l'imposante bibliographie,  la filmographie et la discographie,  qui soutiennent le propos, on réalise que vous avez consacré beaucoup de temps à la rédaction de cet essai. Depuis quand l'ouvrage est-il en chantier?

Brice Depasse: Sans mentir, il a été écrit en six semaines au cours de l’été dernier . Mais j’en conviens, il y avait derrière dix ans de lectures et d’écritures de séquences La Story pour Nostalgie et presque quarante de fan de musique pop.

AE: Certaines émotions sont encore vives et palpables. Celle qui vous saisit  notamment à quinze jours de la mort d'Alain Bashung: " On a l'impression que le public tente de retenir un Bashung qui se tient comme un mort en sursis. Tous autant que nous sommes, nous ne voulons pas le perdre.". Certaines "brisures" vous semblent-elles particulièrement inacceptables ?  

Brice Depasse: Personnellement, en tant que fan, j’ai mal vécu celle de John Lennon, Elvis Presley et Bob Marley. J’avais entre quinze et dix-huit ans et je prenais pleinement la mesure qu’il n’y aurait plus jamais de nouvel album de chacun d’eux. Pire : les Beatles ne se reformeraient jamais et on ne verrait jamais Elvis en Europe. Plus tard, je me suis rendu compte que nous avions aussi perdu une énorme influence sur la production musicale des années 80 avec la disparition de Marley et Lennon.

AE: Avez-vous opéré une sélection drastique pour réduire … à 50 le nombre des destins brisés?

Brice Depasse: Non, leur point commun est d’être mort au faîte de leur gloire et de leur créativité. Le manuscrit prenait de telles proportions que nous avons décidés de le couper en deux. Il y aura donc une suite avec des gens comme Michel Berger, Jeff Buckley, Jacques Brel, 2Pac, Mike Brant, Ian Curtis, etc.

AE (facult) : Un autre ouvrage en chantier ?

Brice Depasse : Le précité et un troisième dont je ne peux dire mot pour ne pas inspirer une éventuelle concurrence.

AE: Avez-vous l'impression, a posteriori, que certains décès ont nourri la gloire de la star davantage que sa vie?

Brice Depasse:  La mort n’a apporté la gloire à aucun d’entre eux. Mais il est étonnant de constater que Marilyn Monroe a vendu des millions de disques car des producteurs ont compilé tous ses enregistrements. Elle est ainsi devenue une star de la chanson grâce à sa mort prématurée et au poids qu’elle pesait sur le monde du showbizness en termes de vente.

Autre étonnement : la survie dans lé mémoires d’artistes qui ont peu produit comme Ritchie Valens, Buddy Holly.

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Biographies, Musique, Portraits, Société | Commentaires (0) |  Facebook | |

21 04 12

Tourments, tourmentes, crises et tempêtes

9782246790105.jpg" Au bout du compte, les Français auront apprécié chez lui l'énergie, le mouvement, l'imagination, l'authenticité. Mais ils auront appris à se défier, voire à exécrer son impulsivité, sa logique de défi permanent, sa véhémence, et son inaptitude à maîtriser toujours cette majesté du verbe et du comportement qui sied à un monarque républicain."

Magnifique, remarquable  Catherine Nay, qui de sa plume journalistique, précise et percutante, trace le bilan fouillé d'un quinquennat présidentiel haut en couleurs, riche en actions et ...réactions. Et le portrait, tout en finesse et contrastes, d'une personnalité fougueuse à qui rien ne fut, n'est et ne sera jamais pardonné.

De la soirée au Fouquet's malencontreusement orchestrée par Cécilia à l'homme nouveau, quelque peu apaisé apparu à l'aube de 2010 et au candidat à l'élection présidentielle 2012, Catherine Nay analyse, avec force détails,  la sarkologie d'un règne à l'aube d'un possible renouvellement. Une entrée en scène ratée avec fracas - le prêt du yacht de son ami Bolloré, les vacances américaines tentées pour sauver son couple d'une dérive inéluctable alimenteront à l'envi les indignations les plus ancrées - un deuil conjugal supporté avec panache, un remariage aussi fulgurant ...qu'apaisant, le tandem  paradoxal et fonctionnel formé avec François Fillon, l'influence de la nouvelle Première Dame sur son rythme de vie, l'admirable présidence de l'Union  de  " celui qui a offert à la diplomatie européenne "une visibilité inégalée"", le couple forcé formé avec Angela Merkel,  le travail "herculéen" de la Réforme des Retraites.. sont tant de jalons d'une hyper-présidence pratiquée tel un "judo politique" par un être plus à l'aise en temps de crise que dans les circonstances de la vie ordinaire.

Doté d'une hypersensibilité, d'une force de travail , de compassion et d'un courage avéré, "Nicolas Sarkozy est toujours écartelé entre son statut de chef d'Etat, qui requiert hauteur et retenue, et son tempérament qui le porte à l'action et à l'engagement partisan."

Les prochaines semaines démontreront si, dans le chef des électeurs, la reconnaissance pour le travail accompli l'emportera sur l'agacement né d'une certaine...impétuosité.

Une lecture hautement recommandée.

Apolline Elter

L'Impétueux. Tourments, tourmentes, crises et tempêtes, Catherine Nay, essai, Grasset, mars 2012, 684 pp, 22 €

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08 10 11

Le Rastignac d'Oléron

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" C'est ainsi que dans une chambre d'hôpital naît ce qui deviendra l'une des plus belles histoires de la couture française. Qui aurait pu imaginer que le jeune affranchi de La Rochelle et un créateur de génie à la santé fragile formeraient un couple devenu légendaire."


"Jeune affranchi de La Rochelle", "Rastignac d'Oléron, d'Yves Saint Laurent, le célèbre compagnon,  Pierre Bergé cultive un certain hermétisme. Pour preuve, il n'a pas cautionné la publication de cette biographie  - brillante - que lui consacre  la journaliste Béatrice Peyrani.

 

 Qu'à cela ne tienne, la vie de l'autodidacte de génie se révèle en tous points passionnante: "Monté" à Paris, sans bac, le natif d'Oléron rencontre, à l'aube des ses vingt ans, le peintre, Bernard Buffet.  Epris, les jeunes gens s'en iront vivre huit années en Provence qui verront l'art de Bernard Buffet et sa montée en cotation, décuplée par l'énergie d'une relation fusionnelle. Car c'est le trait majeur qui jaillit du portrait de Pierre Bergé: pygmalion inspiré, il offre le tapis rouge de la notoriété et... de la fortune, à ceux dont il "manage"' le destin.  La rencontre avec Yves Saint Laurent scellera la constitution d'un empire majeur de la mode.

 

" Si Yves, tel un général, se lance dans la grande bataille de la mode, Pierre, en Mazarin de l'ombre, entend déjà hisser la maison Yves Saint Laurent au firmament des étoiles de la haute couture."

 

Une relation qui durera quarante années, ponctuées de bonheur, de crises et de ruptures jusqu'à la séparation fatale que constitueront le décès d'Yves Saint Laurent et la vente, en 2009, de la collection Bergé- Saint Laurent.

 

Ami de Giono, de Jean Cocteau, de François Mitterand, Pierre Bergé se serait volontiers vu écrivain; la vie le guidera en d'autres sphères qui le propulsera  à l'inauguration et aux commandes de l'Opéra Bastille, du Globe et du journal Le Monde, dont il est le récent copropriétaire.

 

Rarement homme de l'ombre aura été si solaire.

 

Apolline Elter

Pierre Bergé. Le faiseur d'étoiles. Béatrice Peyrani, essai, éd. Pygmalion, sept.2011382 pp, 22 €

 

Billet de faveur

AE: Béatrice Peyrani, c'était un exercice particulièrement périlleux d'écrire la biographie d'un personnage vivant, sans sa caution. Cela incite ceux qui l'ont approché à une prudente réserve lorsque vous les interrogez. Pensez-vous que dans le chef de Pierre Bergé, cette mise à distance est indifférence, faute de temps ou coquetterie?

 

Béatrice Peyrani: Pierre Bergé n’est pas homme à se retourner sur son passé. Cette enquête qui m’a permis pendant plus de deux ans d’interroger prés d’une centaine de personnes- jusqu’à d’anciens camarades de lycée à La Rochelle - me l’a démontré, rien ne compte plus pour Bergé que le présent et le futur. A bientôt 81ans, le faiseur d’étoiles n’est pas prêt à gaspiller une minute de son temps pour la nostalgie. Comme à l’aube de ses 18 ans, il semble toujours impatient de se lancer dans de nouvelles entreprises et a visiblement fait sien le conseil de son ami Cocteau, "Il ne s’agit pas d’être admiré, mais d’être incontournable". Incontournable, le coactionnaire du journal Le Monde l’est évidemment dans une France de nouveau en pleine campagne électorale.

 

AE: Avez-vous eu un écho, une réaction de  Pierre Bergé depuis la parution de l'ouvrage?

 

Béatrice Peyrani: A ce jour pas encore. Mais je sais que plusieurs de ses proches sont en train de le lire.

 

AE : Pouviez-vous trouver meilleure enseigne pour publier la biographie de Pierre Bergé qu’un éditeur répondant au nom de .. « Pygmalion » ?

 

Béatrice Peyrani: « Pygmalion », un nom rêvé bien sûr et idéal pour la biographie d’un faiseur d’étoiles !

 


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16 04 11

Avec ceux qui "font" les auteurs !

nadeau.jpgMaurice Nadeau nous raconte de l'intérieur, en journaliste et en écrivain, la jungle des éditions littéraires. C'est évidemment passionnant pour ceux qui aiment lire et écrire. Intitulés "Grâces leur soient rendues", les derniers mots de sa préface, ces "mémoires littéraires" parcourent en effet un grand pan de l'histoire de la littérature. L'auteur qui fut le plus souvent au service des autres, s'excuse : "Ecrire, j'en ai l'habitude : des centaines, des milliers d'articles, quelques ouvrages de hasard. C'est là qu'est le hic : journaliste, pas vraiment écrivain. Le surfing." Maurice Nadeau fut journaliste et directeur littéraire. Il a découvert entre autres Roland Barthes, Georges Bataille, Samuel Beckett, Tahar Ben Jelloun, Hector Bianciotti, Jorge Luis Borgès. Dans des chapitres de quelques pages, il raconte fort bien l'amitié (Miller, par exemple), les arcanes du métier, les jalousies, les rancoeurs, les pièges; mais aussi Julliard, Gallimard, Denoël, les éditions qui décident de la vie des auteurs. Il s'attarde avec bonheur et précision sur André Breton et le surréalisme ; sur le "nouveau roman", sur les revues littéraire, sur les jurys, sur les correspondances. Non seulement c'est une mine précieuse de renseignements sur la traversée du siècle, comme on l'indique, mais c'est écrit d'une plume juste et claire, qui convient parfaitement au propos. Quelques extraits ? Voici un passage d'un article paru dans Combat" en 1949: "C'est que, pour Breton, la valeur d'un poème se mesure à d'autres critères que le bonheur d'expression, la qualité du chant, le pouvoir des suggestions. Compte davantage à ses yeux la possibilité que possède ou non ce poème de nous ouvrir une porte sur l'inconnu." Ou dans le chapitre consacré à Maurice Blanchot. Il découvre par hasard un texte de lui qui dit :"Le signe de son importance, c'est que l'écrivain n'ait rien à dire..." Et d'écrire : "Voilà qui renverse mes convictions. J'ai toujours pensé qu'écrire c'est "exprimer", et plus encore "s'exprimer", révéler au lecteur éventuel la vision que l'écrivain se fait du monde, des autres et, pourquoi pas, de lui-même. Maurice Blanchot voit le romancier dans un état très particulier qu'il dit être "l'angoisse"..." Des réflexions comme celles-là remplissent le livre et non seulement donnent à lire, mais à réfléchir sur le monde de l'édition et de ceux qui en font partie !


Jacques MERCIER

 

"Grâces leur soient rendues", mémoires littéraires, Maurice Nadeau. Ed. Albin Michel. 482 pages. 24 euros.

07 11 08

Michael Crichton 1942 – 2008

CRICHTONEtrange sensation. Oui, étrange sensation que de voir apparaître l’avis de décès d’un auteur que l’on a vu « naître » au monde la littérature et du cinéma. Effet de miroir évident qui renvoie à sa propre mortalité et au temps qui passe. Né en 1942, Michael Crichton devient auteur, dans un premier temps, par nécessité. Certains étudiants servent des bières jusqu’à pas d’heure ou distribuent des journaux, lui se met à écrire des thrillers sous le nom de John Lange. Dès 1966, ce « petit boulot » lui permet non seulement de payer ses études de médecine mais aussi de développer cette prose efficace qui sera sa marque de fabrique… autant que le bâton avec lequel les amateurs de hard-science et les critiques « sérieux » n’arrêterons pas de le frapper.
C’est en 1990 que le « phénomène » Crichton va soudain prendre son envol. Après un passage par les couloirs des plus grands studios pour lesquels il réalise de solide séries « b » comme Mondwest, Morts Suspectes ou encore Looker, il revient à l’écriture avec « Congo ». Mais cette histoire de diamants aux qualités exceptionnelles, de cité perdue et de gorilles intelligents n’est qu’un galop d’essai. Dans la coulisse, le manuscrit de son roman suivant, Jurassic Park, est entre les mains d’un certain Steven Spielberg. Le reste fait partie de l’histoire du cinéma autant que de la littérature. L’idée de ressusciter les dinosaures grâce au génie génétique paraît « crédible » aux yeux des lecteurs. Dans la foulée, les avancées de l’animation digitale vont rendre les monstres du jurassique totalement réalistes sur grand écran. Une véritable dinomania s’en suit et Hollywood, jamais en reste, se jette sur tous les romans de Crichton avec l’espoir de réitérer le succès de Spielberg.
JURASSICMais le romancier se garde bien, pour sa part, de débiter son idée en tranchettes et d’aligner les mauvaises déclinaisons de son roman phare. Ce qui intéresse surtout Crichton, une constante de son écriture et son approche du cinéma, c’est d’interpeller le lecteur sur le présent et le futur, sur les technologies, mais aussi les faits de société. Avec Harcèlement, ou Soleil Levant, il utilise la technologie comme un simple outil pour aborder des sujets aussi divers que la misogynie ou le racisme.
Ces dernières années, il s’était retrouvé au cœur d’une mini-polémique avec Etat d’Urgence, son roman consacré au réchauffement planétaire. Défenseur de la cause des « sceptiques », Crichton semblait convaincu que vouloir mesurer les effets du changement climatique à l’échelle de la civilisation était un péché d’orgueil… Tout comme croire que l’homme pouvait avoir une influence réelle sur un système aussi complexe et aussi ancien que notre bonne vieille planète bleue. Il voyait plutôt dans l’éco-économie, un nouveau moyen trouvé par certains pour dégager de plantureux bénéfices. Dans une mise en scène typiquement américaine, Crichton avait même fini par « témoigner en tant qu’expert » devant une commission gouvernementale… sans avoir, de près ou de loin, suivi des études de climatologues ! Imaginons, sous nos latitudes, Amélie Nothomb témoignant dans une commission d’enquête sur le harcèlement au travail, suite à l’écriture de Stupeur et Tremblement !
CRICHTON_UrgenceQuoi qu’il en soit, Crichton laisse derrière lui une carrière riche, constituée de romans d’une efficacité jamais mise en question (et dotés d’un extraordinaire sens de la vulgarisation), de films plutôt en avance sur leur temps – même si en tant que metteur en scène Crichton n’a jamais vraiment eu les moyens de ses ambitions – sans compter Urgences, série télévisée grâce à laquelle plus personne, ou presque, ne peut entrer dans un hôpital sans se mettre à marmonner des extraits de dialogues pleins de jargons autrefois incompréhensibles.
Chris Corthouts

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26 04 08

Ecriture & chansons

CABRELOn a toujours ressenti chez Francis Cabrel une démarche différente dans son approche de faiseur de chansons. Il y a un an, lors de la parution de sa collection Cabrel essentiel, j'avais déjà hésité à diffuser son interview dans ces colonnes. A l'écoute des textes de son nouvel album, Des roses et des orties, le doute n'a plus sa place. Cabrel m'a d'ailleurs confié qu'après sa tournée, il se mettrait à l'écriture d'un roman (cliquez sur la pochette du disque pour écouter).

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