26 09 13

Un témoignage courageux

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" Ma fille s'appelle Amaal et comme tout bon père qui se respecte, je n'en suis pas peu fier."

Pas facile de parler de stérilité masculine. Il ne faut être ni homme ni grand clerc pour le deviner. Brisant le tabou - et toute pudeur -  qui entoure généralement la tristesse de se découvrir infertile, Olivier Poivre d'Arvor offre un témoignage percutant, clinique et précis sur l'azoospermie.

S'il est intéressant pour hommes et couples qui s'interrogent sur leur fécondité,  le témoignage du journaliste s'adresse aussi à  ceux pour qui la conception ne pose problème, qui obéissent, sans  le réalisern à un déterminisme social et biologique. Intéressant enfin, pour ceux qui refusent la procréation.

" La question était donc bien celle de la volonté de l'individu, cette volonté d'affronter l'imprévisible de l'autre et d'espérer en même temps le prolongement de soi-même, [...]"

Le choix de l'adoption ne facilita pas le parcours (du combattant) d'Olivier Poivre d'Arvor car, quinquagénaire,  résolu à demeurer célibataire, du moins sans attache affective, il ne présentait pas le profil du candidat idéal.

Volet logique de ce désir irrépressible de fonder famille, la suite du récit s'ouvre sur l'Afrique "dont le ventre, si fécond, et le coeur, si ouvert, et la mémoire, si durablement fidèle, permettent, aujourd'hui encore, d'exceptionnelles rencontres." La rencontre, le 16 septembre 2009,  avec Amaal, Togolaise de 7 ans et son adoption scellent le destin et le bonheur d'un père ..émerveillé.

J'écris, guidé par mon enfant. Comme précédé par une canne d'aveugle en pleine nuit. J'écris pour ma mère qui m'a donné la vie, cette vie que je veux redonner à Amaal."

Apolline Elter

Le jour où j'ai rencontré ma fille, Olivier Poivre d'Arvor, témoignage, Grasset, août 2013, 256 pp, 18 €

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Récits, Rentrée littéraire | Commentaires (1) |  Facebook | |

14 02 13

Les chercheurs d'éternité !

 

120928 Chercheurs d'éternité  - communiqué de presse - Copie.pdf - Adobe Reader.JPGUne incroyable épopée d'aujourd'hui nous est racontée de l'intérieur et nous ne pouvons qu'être enthousiasmés par ce livre. Il s'agit dans "Les chercheurs d'éternité" de Johan-Frédérik Hel Guedj de nous livrer de A à Z la construction et l'installation de la première station polaire zéro Émission en Antarctique. L'auteur nous donne le récit de cette incroyable aventure menée sous la direction d'Alain Hubert. Nous vivons les premiers survols en biplan du lieu jusqu'à l'inauguration rocambolesque de la station. Alain Hubert écrit dans la sa préface à propos de "Princess Élisabeth" : "Son existence est celle d'un éclaireur : elle ouvre des voies nouvelles, elle déchiffre un territoire encore largement vierge et, en auscultant l"Inlandsis, le continent antarctique, elle décrypte l'avenir de la planète, ses chances et ses dangers." La présentation personnelle de l'auteur, au début du récit, donne tout de suite le ton de l'ouvrage passionnant et qui ne manque pas d'humour : "Je fuis le froid. J'étudie à l'air stable des bibliothèques. Je gagne ma croûte à la chaleur des fourneaux." C'est comme une énigme du sphinx ! L'auteur va s'insérer dans l'histoire comme cuisinier et comme un descendant du baron Gaston de Gerlache de Gomery, qui conduisit l'expédition de la base Roi Baudouin en 1957 ! Cela nous vaut la découverte d'un testament et de ses codicilles, dignes d'une histoire de Tintin. Il y a bien sûr une énigme, une histoire de chiens retrouvés morts... L'auteur tient une sorte de journal de bord et lit parfois en parallèle, précisément, les archives de 1957. On découvre des personnalités pittoresques à bord du cargo, tel le "Révérend" qui aime philosopher et dit : "La connaissance vient à celui qui ne cherche pas à comprendre." On est à l'intérieur de l'aventure, réellement. Nous vibrons à la lecture de "66 degrés 33 minutes 44 secondes : Nous avons franchi le cercle polaire" ! On est émus par le discours de bienvenue d'Alain Hubert, couvert d'un bonnet vert à pompon et qui rappelle les règles sur place : "Ici, c'est le socle du monde. Je vous invite à respecter trois règles : veillez sur vous-même, veillez sur les autres et ne faites jamais rien seul" ! On vit donc le voyage, la construction, l'installation. Avec tout ce qu'on peut imaginer, et bien plus ! "Quand le vent souffle, c'est le vacarme. Le vent est un boxeur aux mille poings qui frappe sur la toile tendue et possède un jeu de jambes et une allonge d'enfer." Bien sûr on découvre au détour d'une des merveilleuses pages la signification du titre : "Quand le soleil est à la même hauteur sur l'horizon, on ne sait plus s'il est midi ou minuit. Dès lors, il n'y a plus d'heure. Dès lors, au Pôle, on ne cherche plus l'éternité, on l'a trouvée !" Enfin, après tant de péripéties, prosaïques parfois, en février 2008 : "La carène s'habille. Le ventre voûté se pare de reflets. Les courbes s'allongent et s'affinent" et en mars : "L'échafaudage démonté, elle étire ses jambes blanches. un jeu de miroir entre le ventre en inox, la neige et les montagnes. Un vaisseau spatial en sustentation quelques mètres au-dessus des rochers d'une planète"... Et puis aussi une escalade magnifique, un retour à Bruxelles, un coup de théâtre dans le testament... J'aime cette description de notre grand aventurier maître d’œuvre : "Mister Alain Hubert n'est pas puritain, il est réservé. Il n'est pas contre la fête, il est contre l'excès. Le seul qu'il connaisse, c'est l'excès d'effort". Suivez ce récit extra-ordinaire de ces chercheurs d'éternité, vous y trouverez ce supplément d'âme qui manque tellement au quotidien de nos vies enfouies dans le bruit et la vitesse !

 

Jacques MERCIER

 

"Les chercheurs d'éternité" par Johan-Frédérik Hel Guedj, Genèse Édition, 288 pp, Format 15X23 cm, 24,50 euros.

 

 

17 10 12

25 ans, l'heure du bilan

 4473922-6718628.jpgEmma est une jeune femme pétillante, déjà ex-journaliste à 25 ans, elle s'est reconvertie plusieurs fois dans divers métiers. Aujourd'hui, elle pose ses valises aux Galeries Lafayette, à Paris. L'occasion pour elle de dresser un premier bilan... pas terrible, il faut le dire! Elle décide de repartir à zéro et de faire de l'année de ses 25 ans, un moment exceptionnel et déterminant.

 "Je suis comme vous, unique!", est le premier roman d'Astrid El Chami. D'origine franco-libanaise, l'auteur a grandi en Belgique avant de s'installer à Paris en 1999.

A travers son livre, elle emmène le lecteur dans les péripéties de la vie d'Emma, une jeune parisienne qui voit plutôt la vie en rose même si tout est gris. Anecdotes de travail, amours déchus, soucis familiaux,  Emma croque la vie à pleine dent sans se soucier. Le livre est divisé en deux parties, la seconde nous emmène dans deux scénarios bien différents mêlant rêve et réalité.

 "Je suis comme vous, unique!" fait partie de ses livres dont on n'a pas envie de tourner la dernière page... Ceux dont on a envie de connaître rapidement la suite, tant on est plongé aux côtés de l'héroïne, on partage son quotidien, voire même, on s'identifie à elle,  et finalement... on se dit que l'on est tous un peu comme Emma, uniques! Bref, un livre drôle, humain à découvrir rapidement...

  "Je suis comme vous, unique!", Astrid El Chami, Ed. La Bourdonnaye, 184pp. Un livre numérique à découvrir sur les traditionnelles plateformes de téléchargement.

 N'hésitez pas à consulter le blog d'Emma: http://leclindoeildemma.com/

Écrit par Gwendoline Fusillier dans Humour, Récits, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

28 08 12

En mode veille...

1ère de couverture.JPGVoilà un livre qui change le lecteur et c'est bien la définition d'un bon livre. Martine Garnier vit aux portes des Fagnes, en Belgique, a enseigné durant une vingtaines d'années, avant de se retrouver confrontée à la maladie et aux traitements du CHU de Liège. C'est écrit avec une incroyable maîtrise de la langue, comme celle de placer entre deux paragraphes de courtes incises qui sont les réflexions de l'auteure : "Je n'ai rien dit à personne" ou "N'oublie pas que tu as évité le pire", etc. Il y a des descriptions superbes des choses de la vie et évidemment du quotidien de la maladie. "Je croise d'autres patients, une race à part qui porte bien son nom" écrit-elle. "En mode veille" est un titre magnifique, car c'est ainsi que se présente pour chacun de nous, à des degrés divers, la maladie, l'hospitalisation, notre rapport à la vie réelle dans laquelle on n'est plus vraiment ! On a le récit, la réflexion profonde sur la vie, l'annonce, le traitement, la famille, les amis, les visites, l'espoir... Des échanges de méls qui nous indiquent de plus que c'est là, que c'est vécu, autant que la vision du mariage du prince William à la télévision ! Et puis soudain, ce projet qui surgit, celui d'écrire et qui amène au livre. On comprend toute l'importance de la lecture aussi : "Lire pour m'évader, lire pour oublier, lire la vie des autres", dit-elle. J'aime les citations en exergue des chapitres courts et que les poètes en soient souvent des auteurs, comme René Char : "L'impossible, nous ne l'atteignons pas, mais il nous sert de lanterne." Cette citation de Francis Picabia aussi : "L'optimiste pense qu'une nuit est entourée de deux jours; le pessimiste pense qu'un jour est entouré de deux nuits." J'en ferai bien ma devise ! Et puis, après cette vue vraiment incroyable de l'intérieur de la maladie et de sa compréhension, de ses conséquences, du changement radical que cela apporte, il y a la fin inattendue pour le livre... On sort bouleversé de cette lecture, croyez-moi !

Jacques MERCIER

 

"En mode veille", récit, Martine Garnier, Edilivre, 2012, www.edilivre.com 214 pp. 21,50 euros.

24 01 12

De l'amour d'un père

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    Dans ce magnifique récit livré sous forme de journal, Marco Koskas nous fait partager ses tourments, son amour, ses inquiétudes de père. Ceux qu'éprouvent un papa se définissant lui-même comme « juif-buissonnier », face à la décision imparable de son fils âgé de 16 ans de devenir juif orthodoxe. Fiston, comme il le surnomme affectueusement, a pour cela décidé d'aller dans une pension en Israël, une yéchiva à 4 kilomètres seulement de Gaza. A portée des tirs de roquettes...
   Et l'auteur de trembler.


    Une décision que le père respecte. Mais une conviction religieuse et une détermination qui suscitent en lui autant de craintes que d'admiration. Alors il cherche à comprendre pourquoi ce refuge dans la religion. Fiston y cherche peut-être des repères stables, repères fournis par ces rituels immuables des prières? Des repères qu'il ne trouve pas dans le couple parental déchiré, entre sa mère à la vie sentimentale chaotique et son père artiste. Comprendre pour ne pas perdre le lien. Accepter malgré les conflits qui se multiplient entre le père et le fils au sujet de la doxa religieuse. Un rapport de forces permanent où chacun campe sur ses positions. Coups de gueule parfois. Amour toujours.
   

     Des chroniques quotidiennes qui ne sont pas uniquement l'objet de cette relation père-fils. Dans ce  journal, l'auteur nous dépeint aussi Israël et la vie à Tel Aviv. Des cafés, des restaurants et des plages qu'il aime fréquenter, en passant par les Telavivoises bobos avec leur petit toutou, ses amours, sa vie d'artiste, le déracinement de sa Tunisie natale, le tableau est riche et vivant.

    Avec "Mon coeur de père", Marco Koskas nous livre une magnifique ode à l'amour. Celle d'un père pour son fils. Celle de Marco pour Moshe.

P. 131 : «  C'est un garçon extraordinaire, je ne le sais pas assez. Il aurait pu mal finir, devenir un petit voyou, se défoncer, mais il est juste habité par une fois inébranlable. »

Karine Fléjo

 Mon coeur de père, Marco Koskas. Editions Fayard, récit, janvier 2012, 200 P., 16€.

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23 01 12

Récit de voyage...

71582228_p.jpgEn 2008, ils quittent tout et s'engagent en mer sur leur catamaran, Théthys. "Ils", ce sont Nathalie Chateau et Bruno Fabre. Elle, est ingénieur et s'improvise skipette sur le voilier. Lui, photographe et pêcheur, est aussi un homme d'affaire acharné. Ensemble, ils ont décidé de tout quitter pour réaliser un tour du monde à la voile. Un voyage de 6 ou 7 ans... "Il parait que c'est le temps minimum pour un tour du monde à la voile sans se presser. Avec pour principal objectif de "faire le tour", sans arrêt trop prolongé qui risquerait d'ôter toute envie de repartir."
Un duo de choc qui nous offre un merveilleux livre de voyage. Mais pas seulement! "Le voyage de Thétys de Marseille à Panama" c'est un récit ilustré de magnifiques photos, un récit qui nous racoP1010191.JPGnte la première partie de leur voyage entre mars 2008 et avril 2009. Partis de Marseille, ils nous emmènent à Panama avec un passage par les Canaries, le Vénézuela ou le Pérou... Leurs escales sont également illustrées et le livre est agrémenté de recettes gourmandes réalisées sur le bateau.
Un livre qui s'adresse aux voyageurs mais aussi aux rêveurs... Des photos magiques qui nous invitent à partager leur expérience. Mais "Le voyage de Thétys" c'est aussi un site web: http://www.levoyagedethetys.com/ sur lequel Nathalie et Bruno postent leurs photos, leur histoire et leur parcours.
Ce livre est publié aux Editions Tamata, maison créée par Bruno Fabre lui-même. Un projet qui mûrit depuis près de 10 ans et qu'il a concrétisé à Tahiti.
Bref, un Beau livre, un apéritif de voyage très prometteur qui nous donne déjà envie de connaitre la suite du menu...
Je vous laisse avec quelques photos pour un aperçu du voyage!

03_Colca_vallee(13).JPG3_mouillage(9).JPG7_sol(3).JPG  San Blas 1 (65).JPG

 

 

 

 

Photos extraites de leurs albums web.

Le voyage de Thétys de Marseille à Panama, Nathalie Chateau, Tamata éditions, 2011, 224 pages, 30€.

Écrit par Gwendoline Fusillier dans Beaux Livres, Récits | Commentaires (0) |  Facebook | |

18 01 12

Des mots d'enfants pour se souvenir...

 414bmyfSPKL._SL500_AA300_.jpgMarie-Julie Rosenrot surnommée Lili Rose, a 9 ans en 1940 quand commence l'Exode. Elle part avec sa famille sur les routes françaises. Avec des mots d'enfant, elle nous raconte SA guerre. Un récit poignant avec toute l'insouciance de l'enfance, pourquoi les bombes seraient-elles pires que la punition de sa maman lorsqu'elle est prise en train de voler à l'école? Elle joue à la messe, à la guerre, fait des bêtises, avec ses frères, un monde à part, une bulle à côté des bombardements. Des écrits naïfs, simples qui montrent que le temps passe. Un jour, Lili Rose abandonne son récit de l'Exode...« J'attends mon heure », cette phrase revient régulièrement, mais qu'attend réellement Lili Rose? Deviendra-t-elle celle qu'elle a toujours rêvé d'être? On la retrouve quelques années plus tard, elle a grandit... Le ton change, les mots aussi. On découvre une jeune fille débrouillarde, confiante, qui croit en l'avenir. Désormais, on ne l'appelle plus Lili Rose mais Maroussia. Est venu, le temps où il faut se débrouiller et gagner sa vie. Une période difficile pour la jeune fille. "Je préfère avoir faim que sommeil, encore que je m'endorme mal quand j'ai trop faim." Après des petits boulots pour s'en sortir, elle entreprend des études aux Beaux Arts pour devenir architecte. Elle rencontre des garçons, sort, vit pleinement sa vie d'étudiante. Ses amis l'appellent Marie... Elle voyage, découvre la vie parfois malgré elle. Et puis, elle rencontre Jacques, un mariage, un voyage de noces... Et aujourd'hui, qu'est-elle devenue? Marie-Julie n'est pas morte, elle repense à sa vie à travers une boîte à boutons. " Une boite à boutons, c'est plus, ou mieux, ou pire qu'un album de photos figées, car les boutons ont vécu et s'offrent pour revivre. "

 Marie Faucher est d'abord auteur de contes. Grâce à ces cahiers retrouvés des années plus tard, ces cahiers griffonnés, elle devient plus réaliste et retrace son histoire personnelle. Ces cahiers, qui racontent avec naïveté et simplicité des histoires, l'histoire de cette petite fille. Avec humour, tristesse parfois même dureté, Marie Faucher a continué l'histoire, a voulu montrer comment Lili Rose est devenue grande dans cette société d'après-guerre...

 Sortie prévue ce 19 janvier 2012.

 Les cahiers de Lili Rose, Marie Faucher, éd. Carnets Nord, Janvier 2011, 204pp, 17€.

 

Écrit par Gwendoline Fusillier dans Gwendoline Fusillier, Histoire, Récits, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

07 12 11

De Creuse et de plumes

61E3s9TRwRL._SS500_.jpgCe pourrait être le recueil plaisant des anecdotes qu'inspirent à l'actrice une résidence dans la Creuse et la fréquentation assidue de poules, poussins, paons, coqs, pigeons et chats.

 

Ce l'est.

 C'est aussi et surtout une leçon de vie qu'Anny Duperey nous transmet, avec la générosité qui nourrit sa..plume.

 

Documentée à l'extrême sur le sujet des gallinacés - une passion ne se conçoit à moitié - l'écrivain nous invite à parfaire nos  (maigres) connaissances  dans le domaine, à réfléchir sur le sens du contact avec les animaux: " L'ignorance de ce qu'EST l'autre n'est-elle pas la source de tous les mépris, de tous les racismes - et pas seulement en ce qui concerne les poules."

 

Souvenirs, anecdotes, préceptes techniques  et observations s'enchaînent, amènes et enjoués, sur le ton d'une savoureuse conversation.

 

 Apolline Elter

 

Le poil et la plume, Anny Duperey, récit, Seuil, 174 pp, 19,9 €

 

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16 11 11

Un magnifique et émouvant témoignage !

nadia salmi.jpgC'est le premier livre de Nadia Salmi et il est magnifique ! C'est un roman, car on romance toujours un peu, les souvenirs se déforment, on ne se souvient pas de tout, mais c'est avant tout un récit poignant et qui nous bouscule avec un talent rare. La mission de Nadia Salmi, qui se découvre (comme dit le bandeau) parmi les 400.000 Français, petite-fille d'un soldat allemand, est de crier son amour, sa compréhension à sa mère ! Après avoir lu en avant-première le manuscrit, je ne peux que vous retranscrire des extraits de la lettre que j'ai envoyée à Nadia Salmi, croisée au hasard d'une interview (elle travaille pour le moment à la télévision à Lille, mais vit à Bruxelles).

Comme te traduire l'émotion que je ressens à la fin de la lecture de "Des étoiles sombres dans le ciel" ? Je suis touché, troublé, ému. C'est magnifiquement rendu. L'histoire multiple, compliquée, terrible est là, sous nos yeux, et avance peu à peu, au rythme des découvertes, des pleurs, mais avec une volonté, une force qui sont si belles. Tu as les mots justes et forts. Des trouvailles tout au long du récit : "Au moment où le stupide petit oiseau est sorti", par exemple. Ou encore le sommeil que Thérèse ne trouve pas avec "un mouton, deux brebis, trois agneaux..."; le jeu des 7 erreurs dans la lettre, la berceuse en ch'ti, ou "chaque jour que Satan fait", ou à la fin les défauts d'Hitler étalés sur la feuille... Et cette oiriginalité page 132 des courts extraits d'avant.
J'aime cette reconstruction, ces lettres, ces photos décrites; avec la documentation, la recherche. Les réflexions qui accompagnent : "Il faudrait pouvoir parler librement, écouter les témoignages des survivants avant qu'ils ne meurent", que nous pouvons appliquer à toutes les situations, même moins tragiques.
Quelques détails encore : la journée érotique et sensuelle sans mots crus. Quelle description !
La tribu, les réponses au questionnaire de Proust.
Le rejet de Noël, l'attirance vers les personnages orphelins.
Le courriel arrivé en Mauritanie.
Bref, tu as compris que je trouvais ton livre remarquable et digne cent fois d'être édité et partagé avec un grand public.

Nadia Salmi est une nouvelle écrivaine, n'en doutons pas ! Je ne peux que vous engager à partager sa création. Vous ne verrez plus le monde, l'humanité, de la même façon. Et c'est ça la qualité d'un livre : sa lecture nous change !
 
Jacques MERCIER
 
Des étoiles sombres dans le ciel, récit, Nadia Salmi, Editions OH !, 264 pp. Photo de couverture de la collection de l'auteur. Prix : 17,90 euros. www.oheditions.com et https://www.facebook.com/nadnad77

20 10 11

Réconcilier la science et Dieu ?

Le Lotus et le Cosmos.jpgLongtemps j'ai cru que les religions remplissaient par des "mystères" nos ignorances scientifiques ; je sais aujourd'hui après la lecture de plusieurs ouvrages passionnants de Trinh Xuan Thuan ("La mélodie secrète" ou "L'infini dans la paume de la main") que la science peut s'accommoder de l'existence d'un Dieu ! Dans "Le Cosmos et le Lotus", sous-titré "Confessions d'un astrophysicien", le célèbre savant d'origine vietnamienne, mais éduqué à la française et formé aux Etats-Unis, explique son parcours professionnel et personnel, mais aussi en deuxième partie de l'ouvrage, il détaille très clairement le point actuel de ses recherches. Le titre le dit, il est imprégné de traditions bouddhiste et confucéenne, mais finalement n'est pas d'accord avec tous leurs préceptes. Il m'est difficile de rendre compte de mes notes de lecture (j'en ai une dizaine de pages, des notations qui me paraissent essentielles pour ma propre compréhension de l'existence), donc j'essaie d'esquisser des pistes. Sur l'unicité de la nature : "La nature est donc belle parce qu'elle possède un ordre, parce qu'elle est régie par des lois. Plus étonnant encore, ces lois peuvent être exprimées en termes mathématiques". L'auteur met aussi en parallèle, ce qui me réjouit, le processus de la création scientifique et celui de la création artistique. "Quand on crée une oeuvre d'art, on a le même sentiment de s'être approché un bref instant de la Vérité éternelle, d'avoir soulevé un modeste pan du Grand Mystère". Sa grande idée est, bien sûr, que tout a été prévu pour que l'homme apparaisse et puisse contempler la création, ici et maintenant. Que nous sommes reliés à tout. "Le simple fait de respirer nous relie à tous les êtres qui ont vécu sur le globe". Mais aussi "Nous descendons tous d'un seul et même organisme, une cellule primitive datant d'environ 3,8 milliards d'années". On connaît un peu cette théorie des atomes qui changent en onde ou en point selon l'observateur. "Ce concept de changement perpétuel et omniprésent rejoint ce que dit la cosmologie moderne : tout bouge, tout change, tout évolue, tout est impermanent, du plus petit atome à l'univers entier en passant par les galaxies, les étoiles et les hommes." Et cette incroyable affirmation, qui nous donne de l'espoir, qui gonfle l'âme : "Si l'univers est aussi vaste, c'est pour permettre notre présence. Si l'univers est tel qu'il est, c'est parce que l'homme est là pour l'observer et se poser des questions." Il reste bien des problèmes à régler (comme l'unification des quatre forces fondamentales dans la nature) et nous connaissons aussi le théorème de Gödel qui dit qu'il existe une limite à notre connaissance d'un système donné, car nous faisons nous-mêmes partice de ce système. L'auteur nous parle encore de tant de choses : de la liberté, de la spiritualité, de la créativité... Un livre qui exalte, qui nous change !

Jacques MERCIER

"Le Cosmos et le Lotus", Trinh Xuan Thuan, édition Albin Michel, 264 pp. 19 euros.