17 01 13

Le Premier Oublié

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" Le moins aimé, le premier oublié. Tout ça paraît d'une logique implacable. Pourtant, il y a trois ans, quand tout a commencé, c'est moi qu'elle a appelé. 

Pas Robert.

Pas Juliette.

Moi."

 Tandis qu'elle fait ses courses au supermarché, Madeleine, 61 ans,  subit une absence qui révèle au grand jour les symptômes d'un mal qu'elle voulait se cacher: celui de la maladie d'Alzheimer.

Son fils, Thomas, écrivain, va désormais prendre en charge, l'évolution de la maladie, sa descente inexorable aux enfers,  au risque de s'engluer dans un rapport d'autant plus destructif avec sa maman que cette dernière ne le reconnaît pas....

Journal à deux voix, cellle de Thomas, celle de Madeleine, le roman de Cyril Massarotto dévoile, sans concession toutes les facettes de la maladie.Clairvoyante, Madeleine, scrute le progrès du mal, dresse l'état des lieux de son cerveau,  tandis que Thomas consigne ses observations avec tendresse,  dépit, amour et même humour.

Une leçon d'humanité.

AE

 

Le premier oublié, Cyril Massarotto, roman, XO Editions, septembre 2012, 236 pp, 17,9 €

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08 01 13

A juste titre

url (43).jpgHommage aux Français qui durant la Seconde Guerre, recueillirent des enfants juifs, le roman de Christian Signol se focalise sur un village de Dordogne situé sur la ligne de démarcation.  Victoria et Virgile Laborie vivent dans une ferme à l'écart du village. Ils sont appelés à faire passer des gens en zone libre, à héberger Sarah et Elie,  des enfants à qui ils s'attachent rapidement.

Radioscopie d'une période troublée, plombée de terreur, de délations,d' arrestations, Les Enfants des justes révèle, en toute simplicité, la générosité,  la témérité d'êtres qui avaient juste un souci d'humanité.

Il est bon de le rappeler à notre mémoire.

AE

Les enfants des Justes, Christian Signol, roman, Albin Michel, octobre 2012, 280 pp, 20 €

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18 12 12

Sid-érant

url.jpgParmi les belles parutions de cette fin d'année, réjouissons-nous de l'édition, par Gérard Bonal, de quelques 400 lettres que Sidonie Landoy - la fameuse "Sido", mère de Colette - envoya à sa fille, de 1903 à 1912, année de son décès.

Si la célèbre romancière a  puisé dans la correspondance de sa mère pour retranscrire certaines lettres dans ses romans - voir La Naissance du jour, notamment -  quitte à en dénaturer le sens, elle a aussi créé un mythe de sa personnalité, qu'il est intéressant de confronter à la vraie tonalité de ses écrits.

"Sido écrit facilement, vite, labourant son papier de grandes balafres énergiques, boucles des D, barres des T, l'écriture penchée d'une dame du XIXe siècle: (...)"

Mère attentive, affectueuse,  interventionniste, sévignéenne par moments, Sido cultive dès sa jeunesse - bruxelloise..! - cette culture littéraire et musicale, cette ouverture d'esprit et même libre-pensée qu'elle transmettra à sa fille cadette.

Et puis, surtout, la surprise majeure de ce recueil est de constater que si Sido écrit dans l'urgence de l'instant, de sa spontanéïté, négligeant quelque peu l'orthographe et la ponctuation, ... elle le fait bien et même très bien.

Bon sang ne veut décidément mentir!

AE

Sido. Lettres à Colette (1903-1912) suivies de vingt-trois lettres à Juliette, Texte établi, présenté et annoté par Gérard Bonal, Ed.  Phébus, septembre 2012, 568 pp, 25 €

 

 

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04 12 12

Dialogue avec un lapin

une_partie_de_chasse.jpg"L'habitude. Le quotidien. La vie nouvelle chasse la vie ancienne. Il arrive à Tristan d'oublier qu'il n'a pas toujours vécu à Londres, qu'il n'est pas né à Seven Sisters. Il prononce mentalement les deux syllabes "ma-man". Il est si bien habitué à sa mort que c'est presque comme si elle n'avait jamais existé. [...] La perte de la perte, voilà ce qui le menace. Un chagrin immatériel, sans frontières, à l'empire infini."

Convié à une..partie de chasse, Tristan tente de s'intégrer à cette mâle équipée. Dumestre, l'un des compères, tombe dans un trou abyssal. Tristan lui tient compagnie tandis que les deux autres vont chercher du secours.

C'est compter sans la tempète qui se soulève, se déchaîne, entraînant le déluge et une atmosphère d'apocalypse. Reclus au fond de cette sorte de caverne, Tristan fait le point sur sa vie,  son couple, sur la relation qui l'attachait à sa mère défunte, engageant avec un lapin mourant, au fond de sa gibecière, un dialogue sur le sens de l'existence.

Onirique, dramatique, instrospectif,  étrange, ... le roman d'Agnès Desarthe nous transporte dans un univers "carollien" et initiatique à la fois, qui  permettra à Tristan de pénétrer le monde des adultes, des hommes.

AE

Une partie de chasse, Agnès Desarthe, roman, Editions de l'Olivier, août 2012, 154 pp, 16,5 €

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24 11 12

La réponse est...

url.jpgThat's the question...

Atteint de questionnite  congénitale aiguë, Adam Hitch, le narrateur,  déroule le fil de sa vie, comptant, contant  en une facétieuse énumération, les  bienfaits et  méfaits  que pareille affection lui a valus.

"La fin du monde aura lieu le jour où ce qui restera historiquement comme la dernière réponse ne suscitera pas une nouvelle question.

Car la question c'est la vie"

Portant l'art du questionnement - conséquence d'un perpétuel étonnement -  à son essence philosophique, existentielle, Adam - un prénom qui fleure la Genèse - tente de justifier, avec une plaisante auto-dérision,  la quête de sa vie. Une quête qui fait de lui un fieffé casse-pied, un conjoint intenable, empêtré d'incessants conflits.

Le lecteur sera  dès lors éclairé  de déguster les chapitres et la plume confirmée de l'écrivain, par petites lampées  s'il veut éviter l'overdose de points d'interrogation.

S'il est patent que Bernard Pivot puise dans sa vie et sa propre tendance à ....l'apostrophe, les éléments de ce pétillant cocktail, il en pousse  la logique à tel  bout, qu'il est sage - et rassurant - d’y voir  aussi l’effet d’une imagination compensatoire.

Apolline Elter

Oui, mais quelle est la question? , Bernard Pivot, roman, Ed. NIL, oct 2012, 272 pp, 19 €

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17 11 12

Prix femina du roman étranger

url.pngPrêtant sa plume à un collectif imaginaire de femmes,  la romancière américaine d'origine nippone,  évoque l'immigration, au début du vingtième siècle, de Japonaises promises à des compatriotes installés en Californie.

" Sur le bateau nous avions emporté dans nos malles tout ce dont nous aurions besoin dans notre nouvelle vie: un kimono de soie blanche pour notre nuit de noces, d'autres en coton coloré pour tous les jours, de plus discrets pour quand nous serions vieilles, et puis des pinceaux à calligraphie, d'épais bâtons d'encre noire, de fines feuilles de papier de riz afin d'écrire de longues lettres à notre famille, (...)la poupée avec laquelle nous dormions depuis que nous avions cinq ans, (...) le miroir d'argent donné par notre mère, dont les dernières paroles résonnaient encore à notre oreille. Tu verras: les femmes sont faibles, mais les mères sont fortes."

La candeur, la naïveté des attentes et des questions qui tarabustent les jeunes femmes cèdera la place à la réalité parfois brutale et dure de leur nouvelle vie et des compagnons imposés.

"Nous voilà en Amérique, nous dirions-nous, il n'y a pas à s'inquiéter. Et nous aurions tort."

Réduites à un labeur de champs, de bonnes et même de prostitution, la plupart de ces femmes se résigneront avec une abnégation ethnique à cet esclavage implicite. La guerre viendra qui mettra la communauté au ban de la société et  parquera  les hommes dans la "sécurité"  de camps d'internement.

C'est sur cette note de silence que s'achève ce singulier - et poignant - récit d'un destin pluriel.

AE

Certaines n'avaient jamais vu la mer, Julie Otsuka, trad. de l'américain par Carine Chichereau, Ed. Phébus, 144 pp, 15 €

 

15 11 12

La parole aux Congolais

url.jpgDoté du Médicis du l'essai - une récompense justifiée - l'ouvrage, traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin (un label) trace de façon minutieuse, honnête et abordable,  le destin complexe  et souvent violent de notre ancienne colonie africaine.

"Quand j'ai envisagé il y a six ans d'écrire, pour le cinquantième anniversaire de l'indépendance du Congo, un livre sur l'histoire mouvementée du pays, non seulement à l'époque postcoloniale, mais aussi pendant la période coloniale et une partie de l'ère précoloniale, j'ai décidé que cela n'aurait de sens que si je pouvais donner la parole à autant de voix congolaises que possible."

Le propos est campé. Archéologue de formation, fils d'expatrié post-colonial,  David Van Reybrouck attache "une grande valeur aux informations non textuelles" , intégrant d'innombrables entretiens, sur place -avec des "témoins ordinaires "-  et la consultation de milliers  documents,  dans la perpective d'une histoire globale.

"La nouvelle de la traversée de Stanley fit en Europe l'effet d'une bombe. Le roi Léopold [II] comprit aussitôt que Stanley était l'homme qu'il lui fallait pour réaliser ses ambitions coloniales."

Focalisé sur un siècle et demi d'Histoire congolaise - en gros la période de 1870 à 2010 - l'essai autopsie celle-ci sous forme de  tranches, éclairées chacune d'une tonalité particulière. Dénué de tabous, exempt de concessions, il assied, de la sorte, les dirigeants  et missionnaires de tous bords, au banc d'un tribunal historique sobre et précis.

Le propos, de 600 pages, est assorti d'un index, utile et d'une justification des sources.

Un travail édifiant; une lecture qui ne l'est pas moins.

AE

Congo, une histoire, David Van Reybrouck, essai, traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin, Actes Sud, sept.2012, 712 pp, 28 €

13 11 12

Qui a tué Nola Kellergan?

9782877068161.jpgSorte de roman-gigogne, de mise en perspective abyssale (pensez aux boîtes vache-qui-rit, qui présentent une vache qui rit, arborant à son oreille une boîte vache-qui-rit laquelle arbore une boîte vache-qui-rit, et se décline ainsi en  une suite infinie...) , le roman du jeune auteur genevois déroule le long  fil d'écriture d'un jeune romancier à succès - Marcus Goldman - en proie à une abyssale panne d'écriture...

Il s'en va retrouver Harry Quebert, son professeur d'Université, ami et maître à penser, qui lui inculque, en exergue de 31 chapitres numérotés à rebours, les précepts de l'écriture vraie.

 " Au fond, Harry, comment devient-on écrivain?

- En ne renonçant jamais"

" Les mots sont à tout le monde, jusqu'à ce que vous prouviez que vous êtes capable de vous les approprier. Voilà ce qui définit un vrai écrivain."

La quête se double d'un drame, trame d'un thriller ficelé de multiples rebondissements: Harry Quebert est tout bonnement soupçonné d'avoir tué, trente-trois ans auparavant, Nola Kellergan, une jeune fille de quinze ans, dont il était éperdument amoureux.

Pris au jeu d'une enquête et de retournements de situations habilement rythmés, Marcus Goldman entreprend de disculper son mentor, recouvrant de la sorte la fièvre d'écriture dont il avait été privé.

"Le danger des livres, mon cher Marcus, c'est que parfois vous pouvez en perdre le contrôle.  Publier, cela signifie que ce que vous avez écrit si solitairement vous échappe soudain des mains et s'en va disparaître dans l'espace public"

Affrontant les écueils d'une telle entreprise et de nombreux détracteurs,  le narrateur saisit le lecteur aux rets d'un imbroglio à traction capillaire légèrement excessive...Mais comment en vouloir à l'écrivain qui vous tient en haleine quelque 670 pages durant....

"Un bon livre, Marcus, est un livre que l'on regrette d'avoir terminé"

Ne boudons dès lors pas le plaisir d'une lecture plaisante même s'il ne répond pas d'emblée à notre conception des palmes académiques.

 La vérité sur l'affaire Harry Quebert, Joël Dicker, roman, Editions des Fallois / L'Age d'Homme, août 2012, 670 pp, 23 €

 

10 11 12

Je vais vous faire une confidence...

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Tout un programme...

Arrêt sur image: Philippe Delerm aime prendre au pied de la lettre les expressions de notre langage courant et nous démontrer, pointe d'agacement à l'appui, que nous les utilisons à mauvais escient, quand ce n'est avec une patente mauvaise foi.

" Et puis, je vais vous faire une confidence:

(...) Une confidence...Cette promesse sucrée dans un monde de brutes ne me surprend pas - quand ils se croient en position définitivement victorieuse, les politiques finissent toujours par éprouver le besoin de faire une confidence. Est-ce bien le moment toutefois? Des millions de gens vont partager l'intimité de cet épanchement. On est loin de l'ombre fraîche du confessionnal; le soleil des projecteurs menace le maquillage."

Maladroites, naïves, vindicatives, parfois truculentes, toujours significatives, les expressions sont florilège - gageons que vous en retrouvez plus d'une- qui (tré)passent sous le scalpel analytique d'un Philippe Delerm pourfendeur de banalités langagières.

Et l'écrivain de concocter un chapitre d'anthologie, "Je vais relire Proust" qui d'une tendresse amusée met les pendules à l'heure d'une lecture proustienne visiblement lacunaire...

"Une grande oeuvre se définit par le manque"

Voilà qui devrait tempérer l'effet d'annonce du titre...

AE

Je vais passer pour un vieux con et autres petites phrases qui en disent long, Philippe Delerm, essai, Seuil (I), septembre 2012,130 pp, 14,5 €

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06 11 12

Kaï - Kaï...

url (28).jpg"Durant la Seconde Guerre mondiale, les soldats nippons partaient à la guerre avec une boîte suspendue au cou destinée à recevoir leurs cendres après leur disparition au combat."

Susbstrat du nouveau thriller de Jean-Christophe Grangé, le Japon met en scène le couple de Naoko, "une féline que 2000 ans de bienséance nippone n'étaient pas parvenus à dompter" et Olivier Passan, un inspecteur de police parisien, sorte de samouraï un rien marginal, passionné par l'âme ancestrale d'un pays dont il tente de comprendre l'alphabet:

"En le découvrant, il s'était découvert lui-même. Son premier voyage avait instantanément remis de l'ordre dans son existence."

Le couple est sur le point de divorcer tandis que se poursuit une traque à l'Eventreur, un tueur en série qui a pour cible des jeunes femmes en fin de grossesse. Particulièrement abject , le modus operandi semble porter la signature d'un certain Patrick Guillard et menacer la propre famille de Passan....A moins que ne se greffe une autre intrigue, liée au code de l'honneur nippon...

"Pour un Japonais,  l'existence est comparable à un fragment de soie. Ce n'est pas sa longueur qui compte mais sa qualité. Peu importe d'en finir à vingt, trente ou soixante-dix ans: il faut que l'existence soit sans tache ni accroc."

Machiavélique, violente, truffée d'action et de rebondissements subtilement dosés, l'intrigue est soutenue d'un rythme narratif imparable, qui  vous mène de Paris à Nagasaki et ne vous laisse en paix, qu'une fois sa lecture achevée

Apolline Elter

Kaïken, Jean-Christophe Grangé, roman, Albin Michel, septembre 2012, 472 pp, 22,9 €