23 08 12

Champagne

9782226242969.jpgIl n'est de champagne sans bulles, d'Univers sans Saturne, de rentrée littéraire ..sans Amélie Nothomb.

Rien de plus juste, partant, que d'amorcer le plateau des chroniques de la rentrée avec le nouvel opus de notre compatriote de génie. La célèbre écrivain n'a pas ménagé sa peine, qui offre à notre dégustation une fontaine de coupes (ma)thématiques, effervescentes comme ce champagne qui inonde les chapitres: amour, couleur, confiance,  fascination, folie, lumière, or, aristocratie et grandesse espagnole, haute couture, érotisme, religion, photographie, table, sacrifice, mort,  transgression ... sans oublier le thème  - majeur- de l'oeuf et de son cloître autistique.

" Je vous vois venir. Vous me considérez comme un fou qu'il faut mettre hors d'état de nuire.

- Le penser d'un homme qui a tué huit femmes pour des motifs chromatiques serait un jugement hâtif."

Admise comme colocataire de don Elemirio Nibal y Milcar, richissime grand d'Espagne, Saturnine tente de percer le mystère de ce personnage énigmatique, fascinant, volontairement cloisonné dans son luxueux appartement parisien.  Dotée d'un solide sens de la provocation et peut-être du sacrifice, elle entend épargner aux femmes, le sort des colocataires qui l'ont précédée: " Aussi longtemps que je suis là, il ne risque pas de zigouiller une nouvelle femme"

Bâti autour du célèbre conte de Barbe bleue et de la transgression d'un interdit - en l'occurrence, une chambre noire - le roman profile les ombres de Landru,  Henri VIII, des  docteur Petiot,  Petit Prince, Adam & Eve  et de... Pretty Woman. Les thèmes défilent plus fantas(ti)ques les uns que les autres, nourris avec brio de dialogues  vifs, toniques, pétillants.

Et le lecteur, saturnin,  de pénétrer cette chambre noire dans l'euphorie d'une irrépressible fascination.

AE

Barbe Bleue, Amélie Nothomb, roman, Albin Michel, août 2012, 170 pp, 16,5 €

 

 

17 08 12

Un grand bonheur de lecture : Amélie !

 

nothomb.jpgLe bonheur de lecture ne s'est pas émoussé, il est resté le même depuis son premier roman. Chaqué été, je ressens le même plaisir fou à découvrir le nouvel ouvrage d'Amélie Nothomb ! « Barbe bleue » m'a accroché dès la première ligne ! On comprend le sens du titre dès qu'on rencontre le propriétaire des lieux : « don Elemirio Nibal y Milcar », un nom à la Nothomb, mais qui fait aussi songer à Hergé. C'est un conte, c'est le bonheur de l'enfance, mais sublimés par l'écriture et le talent de l'auteure. Sans dévoiler quoi que ce soit (oh, que je déteste ces critiques en télé qui passent leur temps – comme pour les films d'ailleurs – à nous raconter l'histoire ; je ne sais si c'est pour prouver qu'ils ont vu et lu ou pour nous gâcher le plaisir de la découverte !), je vous dirai par exemple que le personnage s'appelle Saturnine, qu'elle est belle et belge ! Les allusions parsèment l'ouvrage : l'athénée, « faits divers » de la télé belge, Walibi, les « oiseaux sans tête »... J'ajoute que j'adore l'humour que saupoudre toujours avec volupté, j'imagine, Amélie en écrivant : « nous avons « fait » les chutes du Niagara »... « Par où l'on voir que » à la manière des anciens romans français, etc. On retrouve bien sûr l'univers de Nothomb, comme le champagne ou les noms magiques (ceux des huit femmes). Quelques extraits picorés pour vous : « La cuisine est un art et un pouvoir : il est hors de question que je me soumette à celui de qui que ce soit » (P.14), « Je me méfie de ceux qui se déclarent secrets. Ce sont les mêmes qui, cinq minutes plus tard, vous révèlent les moindres détails de leur vie privée. » (P.41), « A chaque fois, l'amour est neuf. Il faudrait un verbe nouveau à chaque fois. » (P.105), « La béatitude de l'amour ressemble à celle que chacun éprouve en présence de sa couleur préférée. » Mais enfin et surtout une des choses les plus belles qu'il m'ait été donné de lire sur l'amour : « Aimer, c'est accepter d'être Dieu ».

 

Jacques MERCIER

 

« Barbe bleue », Amélie Nothomb, roman. Edition Albin Michel. 174 pp. 16,50 euros.

16 08 12

Souvenirs d'une mère au goût amer...

   9782756103921.jpg     Dix ans plus tôt, la mère de la narratrice a rendu son dernier souffle. Mais est-ce à sa mort qu'elle a perdu celle qu'elle a tant aimée ou le deuil a t-il commencé de son vivant? Car celle qui disait l'aimer plus que tout, l'entourait jusqu'alors d'un amour indéfectible, absolu, inconditionnel, a abandonné sa fille à l'orée de son adolescence. Sans une explication. Sans un geste. Sans un mot.

     Les flammes qui crépitaient dans l'âtre de son coeur se sont en effet détournées de sa fille vers un artiste somptueusement inconnu. Un bel Hidalgo aussi prétentieux que possessif. Pas de droit de séjour sur le territoire du coeur maternel désormais entièrement occupé par ce génie de pacotille. Pas même un visa provisoire.

     Restée à la frontière de la vie de sa mère, sans passeport, la narratrice tente comprendre, de mettre des mots sur les maux. Pas simple du tout. A fortiori dans cette famille bourgeoise où le silence est de rigueur, les questions condamnées à rester murées dans l'esprit, les mots cadenassés au silence.

Ne rien montrer.

Ne pas se plaindre.

Accepter l'inacceptable.

Sourire toujours.

Souffrir dedans.

Avancer. Sans elle, sans la colonne vertébrale qu'est l'amour maternel.

     « Parler n'était qu'un signe de faiblesse, la pratique d'un monde qui n'était pas le nôtre ». Les années passent, mais la blessure reste à vif. La narratrice décide alors de transgresser les pratiques familiales, de rompre le silence. Et de pratiquer l'autopsie de sa famille, dont sa mère n'est qu'un maillon, de disséquer au scalpel de sa plume cette intolérable blessure. Afin de parvenir à laisser les cendres s'envoler...

 

     Un magnifique roman, où Nathalie Rheims, en magistrale chirurgienne des âmes, nous montre que l'amour maternel, contrairement aux idées reçues, n'est pas toujours irrévocable...

 

P. 108 : Je découvrais que l'amour inconditionnel n'existe pas. Il y a toujours des conditions, des négociations, des affrontements, des ruptures. Une mère, comme les autres, peut partir à tout instant et vous abandonner.

P.140 : La solvabilité affective d'une mère, c'est l'assurance que son amour est et sera toujours indéfectible.

Laisser les cendres s'envoler, de Nathalie Rheims. Editions Léo Scheer, à paraitre le 22 août 2012, 19€, 255 P.

Karine Fléjo

Écrit par Karine Fléjo dans Rentrée littéraire, Romans | Commentaires (1) |  Facebook | |

08 05 12

Huis clos

9782742799527.jpg" Mon nom est Arezki et, d'ordinaire, on ne m'appelle pas. J'ai trente ans et vis au sommet d'une tour claire noyée dans le ciel (...) La tête penchée dans le vide, les yeux fermés, je tente de comprendre le pourquoi d'une existence dénuée de sens, sans plaisir, menée à huis clos comme si le monde autour de moi avait disparu."

Issue du viol collectif de sa mère, la belle Nour, Arezki ignore tout des circonstances de sa naissance. Elles lui seront révélées de façon brutale via  son entourage et des chapitres "off" centrés sur quelques protagonistes de ce crime odieux:

"Nous vivions au coeur d'un système arabe où l'érotisme et la violence étaient les deux alibis d'une époque fondamentalement privée d'amour et qui trouvait dans l'échauffement sexuel une forme de compensation à son incurable sécheresse."

Tout est dit.

Finement ciselé d'une écriture choisie, travaillée, raffinée et dure à la fois,  le roman aborde le thème de la répression sexuelle, du  point de vue des hommes et d'une culpabilité traînée pendant plus de trente ans.

De Paris à l'Algérie, le destin maudit les auteurs d'un tel saccage.

Le plus surprenant est que ce  - court- roman ait été écrit par une femme et qu'il ait échappé à ma vigilance lors de la rentrée littéraire...

AE

L'ampleur du saccage, roman, Kaoutar Harchi, Actes Sud, août 2011, 120 pp, 15 €

Repository.jpgLe livre est repris à la sélection du prix du 2e roman  (Marche-en-Famenne) qui sera attribué ce dimanche 13 mai; Il avait été invité aussi à être de la sélection du prix IIe titre,  octroyé par la Maison Colophon, à Grignan..

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Rentrée littéraire, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

25 01 12

A fleur d'écorce

7725151968_le-journal-intime-d-un-arbre.jpg" Je tente de remettre  en scène l'Anglais tombé du ciel qui m'initia à moi-même, la cantatrice épurée qui me donna un nom d'opéra, le médecin qui m'aima comme un fils et tailla des stylos dans mes branches... Tous ceux qui firent de moi, pour quelques minutes ou durant des années, leur compagnon d'infortune."

Prêtant sa plume à Tristan, poirier tricentenaire, tombé sur le coup d'une mini-tempête, Didier van Cauwelaert nous offre un "voyage dans la conscience de l'arbre", revisitant les racines de son passé et les muliples sensations, glanées, au fil des siècles,  par des capteurs à fleur d'écorce.

Refuge des chagrins d'amour et d'existence, Tristan poursuivra sa mission au-delà de sa chute et d'une version nouvelle et  très..branchée de la légende qui le lie à Isolde, son altière voisine.

La Nature est un temple...où de vivants poiriers émettent parfois de bienfaisantes paroles.

AE

Le journal intime d'un arbre, Didier van Cauwelaert, roman, Michel Lafon, oct.2011, 252 pp, 21, 7 €

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Rentrée littéraire | Commentaires (2) |  Facebook | |

11 01 12

La possibilité d'une île?

 Rentrée littéraire 2012 - Parution ce jeudi 12 janvier

41hcBf7NUJL._SL500_AA300_.jpg" Il n'était pas sûr d'être absolument sincère. Mais il soupçonnait que, en temps voulu, ce qu'il venait de dire serait vrai, ce qui le rendait vrai, ou presque, à l'instant présent."

Radioscopie incisive de notre mode de vie occidental - américain en l'occurrence -  le roman de Lionel Shriver, nous fait partager le quotidien de deux couples d'amis, Glynis & Shep, Carol & Jackson, atteints par la maladie: le cancer rare et invasif de Glynis et la dystonie familiale, invalidante,  de Flicka, fille aînée du second couple.  A quoi s'ajoute l'opération esthétique ratée qu'a tentée Jackson.

 Personnage central du roman, Shep voit s'effondrer, avec la maladie de son épouse, le rêve essentiel et vital d'une échappée en "Outre-Vie", sur l'ïle de Pemba, près de Zanzibar. L'asservissement à l'argent qu'il tentait de fuir de la sorte lui revient de plein fouet, l'obligeant à composer avec la défection d'une sécurité sociale particulièrement perverse.

 Sondant sans tabou et avec une lucidité désabusée les tréfonds de l'âme humaine, Lionel Shriver envoûte  une nouvelle fois le lecteur du rythme d'un récit percutant, tracé  d'une plume alerte, maîtrisée qui transperce la judicieuse traduction opérée par Michèle Lévy-Braun.

 Tout ça pour.... la possibilité d'une île...?

 Apolline Elter.

 Tout ça pour quoi, Lionel Shriver, roman, traduit de l'américain par Michèle Lévy-Braun, Belfond, janvier 2012, 528 pp, 23 €

20 11 11

Plaisirs sucrés, plaisirs chocolatés...

Les secrets sucres de Jean-Philippe Darcis.jpgPrendre un journaliste, un chocolatier, un soupçon d'aventure, une louche d'amitié. Mélanger le tout. Laisser la préparation reposer pendant un an. Vous obtiendrez un merveilleux dessert sucré, fin et gourmand à glisser sous le sapin ou simplement pour faire et se faire plaisir...

 

Une amitié de longue date, une discussion banale et voici le premier recueil de recettes de la Maison Darcis publié! En effet, ils se connaissent depuis quelques années, l'un, Nicolas Gaspard, journaliste reporter pour Radio Nostalgie, l'autre, Jean-Philippe Darcis, chocolatier. Tous deux originaires de la région verviétoise. Nicolas, gourmand de nature et Jean-Philippe, ambassadeur du macaron français à la belge. Bref, le binôme idéal pour nous offrir un livre plaisant. Et c'est le cas!

 

"Les secrets sucrés de Jean-Philippe Darcis", c'est plus qu'un simple livre de recettes! C'est un mélange d'anecdotes, de souvenirs, de rencontres et de passions.  Les premières pages nous racontent l'histoire de la Maison Darcis et comment aujourd'hui, le patron est devenu un ambassadeur du chocolat en Belgique mais aussi en Asie. Dans la partie coulisses, le lecteur peut suivre les péripéties culinaires de Nicolas Gaspard dans les ateliers verviétois mais aussi et tout simplement la face cachée d'un métier parfois méconnu... Les 30 recettes proposées sont, elles, magnifiquement illustrées, bien expliquées et le chef nous livre même des petits trucs et astuces.

 

Alors, qu'attendez-vous? A vos fourneaux pour réaliser de merveilleuses pâtisseries qui raviront les palais de votre famille et vos amis!

 

Jean-Philippe Darcis nous conseille une recette facile issue du recueil: la vraie mousse au chocolat de pâtissier.


Ingrédients: (pour 10 portions)

  • 5 jaunes d'oeufs
  • 100 gr de sucre
  • 200 gr de chocolat pâtissier 60%
  • 400 gr de crème fraîche 35%

Ustensiles:

  • batteur
  • bol ou tasse
  • cuillère à soupe
  • cul-de-poule
  • maryse
  • micro-ondes
  • poche à douille + une douille cannelée
  • thermomètre

La recette:

Monter la crème fraîche au batteur puis la réserver dans un cul-de-poule.

Faire fondre le chocolat au micro-ondes à une température idéale de 45°C.

Monter les jaunes et le sucre au batteur jusqu'au ruban.

Stopper le batteur, ajouter deux cuillères à soupe de crème fraîche au mélange jaunes-sucre.

Verser le chocolat à 45°C sur ce mélange et mélanger bien au fond à l'aide d'une maryse jusqu'à l'obtention d'un appareil homogène.

Ajouter le reste de la crème et mélanger délicatement avec la maryse.

Verser dans la poche à douille et remplir les tasses.

Laisser reposer 2h au frais.

L'astuce du chef:

Si la mousse est un peu trop liquide après le mélange, placer celle-ci 15 min au réfrigérateur avant de dresser avec votre poche. Vos desserts seront plus gourmands visuellement. 


"Les secrets sucrés de Jean-Philippe Darcis", Nicolas Gaspard, Ed. Racine, Novembre 2011, 96pp, 19,95€

 

 

Écrit par Gwendoline Fusillier dans Cuisine, Gastronomie, Rentrée littéraire | Commentaires (3) |  Facebook | |

18 11 11

Belle-au-Bois-dormant

9782859208745FS.jpg"Je suis en train d'écrire un livre sans pages dans un monde sans lecteurs"

 

Seule rescapée d'une apocalypse planétaire et d'un désastre dans sa vie privée, Eve tente d'accéder  aux portes de son passé au gré d'un trousseau de souvenirs dont  elle possède les clefs.

 

Eve de fin de monde, l'héroïne a vu sa vie éclater par la trahison d'un homme, "M.", le sien.

 

"Je suis la dernière femme du monde. Je ne sais pas où je suis, je ne sais rien de ce qui m'entoure mais qu'importe, quand on souffre d'amour, on est toujours l'ultime femme du monde."

 

Belle-au-bois-dormant d'une nuit hors temps, la narratrice revisite son enfance, sa famille, son couple,  avec un réalisme, truffé d'absurde, d'humour et nous concocte un de ces spirituels cocktails dont Marie-Eve Sténuit a le secret.

 

Apolline Elter

Un éclat de vie, Marie-Eve Sténuit, roman, Le Castor Astral, octobre 2011, 84 pp, 12 €


 

Écrit par Apolline Elter dans Rentrée littéraire | Commentaires (0) |  Facebook | |

12 11 11

Prise de vie

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La rentrée littéraire est décidément féconde, cette année, qui voit la vitrine de ce blog, regorger de lectures hautement recommandées.

Il faut nous en réjouir.

Et vous mander ce nouveau coup de cœur.

 

Surnommé "Cheyenn", Sam Montana-Touré, un sans-abri, est retrouvé mort, au fond d'une filature désaffectée. Sans doute a-t-il été assassiné par une bande de skins. De sa vie sur terre, il ne reste que des haillons et les images d'une séquence documentaire prise, quelques mois avant sa mort,  par un cinéaste.

 

Signé de la belle écriture, riche, mélodieuse,  inspirée et aspirante de l'écrivain belge François Emmanuel, Cheyenn inscrit  une réflexion, une déontologie de la prise de vues et  de la propriété artistique: l'intrusion d'une caméra dans la vie d'un SDF - Cheyenn- impose au narrateur une responsabilité posthume écrasante: répondre à l'attente muette d'un regard saisi par hasard.

 

"Cette image  je la porte en moi désormais, il suffit que je ferme les yeux pour que j'en revoie le détail: sa face hirsute, son harnachement de sacs plastique dont les bandoulières de corde  se croisent sur son gilet matelassé et son accoutrement d'Indien d'Amérique avec des cordelettes qui lui barrent le front, une patte de chat en pendentif, des morceaux de fourrure qui balancent au bout de ses tresses, tout un attirail qui donnerait envie de rire si son regard n'était là fixe et tremblant, tout en terreur dépassée, comme s'il me disait prenez-moi maintenant, c'est moi que vous devez prendre, c'est pour moi que vous êtes venu."

 

Véritables tableaux, instantanés d'atmosphère, les descriptions du narrateur, cinéaste, sont quête d'âme. Il lui faut à tout prix remonter le passé de Cheyenn, comprendre les raisons de sa déchéance sociale, de son assassinat,  pour que la vie de ce dernier ne reste pas lettre morte, étiquette glacée attachée à un corps non réclamé.

 

"Je m'étais dit que mon film était devenu la seule marque d'identité sociale d'un homme qui n'avait pas encore de nom, était simplement désigné comme un sans-abri de peau métissée."

 

Un rendez-vous raté qui se meut en une magnifique prise de vie.

 

Apolline Elter

Cheyenn, François Emmanuel, roman, Le Seuil, août 2011, 128 pp, 14 €

 

Billet de faveur

 

AE: François Emmanuel, avec ce très beau récit, nourri du souffle de votre plume et d'une réflexion sur le rôle de l'image,  est-ce une certaine culture journalistique, avide d'émotion facile et superficielle que vous mettez sur la sellette ?

 

 François Emmanuel: Pour moi Cheyenn est un livre qui parle avant tout du lien social. Il s’y applique par la négative, en tentant de redonner une humanité à un homme qui est exclu de tout lien. Pour arriver à ses fins le cinéaste documentariste doit certes passer outre une forme de culture journalistique dominante mais aussi toute une série d’intervenants professionnels qui ne peuvent donner de Cheyenn que la « vérité », inscrite dans leur propre discours et formatée par celui-ci. Poussée ici à l’extrême c’est sans doute la difficulté de tout témoignage artistique.

 

AE: vous portez un regard respectueux, réfléchi sur les SDF, cette "communauté du bout de la vie", un regard, passerelle d'humanité. Est-ce à l'inverse notre absence de regard, notre indifférence qui  déshumanise les sans-abri?

François Emmanuel: Cheyenn s’est évidemment exclu lui-même autant qu’il a été exclu. Une fois qu’ils sont passés de l’autre côté, dans cette zone inhabitable de nos villes, nous sommes bien mal à l’aise pour tenter de redonner une présence humaine à ces errants d’aujourd’hui. La médiation du documentaire permet d’entrer (ici

a posteriori) dans le temps de cet homme mais bien sûr c’est à travers ce support, cette distanciation, qu’elle le réintroduit à nos yeux dans l’humanité qui nous est commune.

Écrit par Apolline Elter dans Rentrée littéraire, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

09 11 11

Colette et Bertrand

9782259212908_fiche.jpg Exercice subtil et risqué que de se glisser dans la peau, dans l'âme de Colette, d'autopsier l'amour qui la lia quelque cinq ans à son beau-fils, Bertrand de Jouvenel. Colette avait alors 47 ans, Bertrand, 17...

 

"Bertrand n'est pas un problème parce qu'il a dix-sept ans, Bertrand n'est pas un problème parce qu'il est le fils de mon mari, Bertrand n'est pas un problème parce qu'il m'aime et me désire, Bertrand est un problème car il m'attire."

 

Saisie dans un long monologue avec un médecin, psychanalyste, la célèbre écrivain  fait le point sur sa vie amoureuse, passée et future, sur son enfance et le sentiment fort qui la lie à sa mère.

 

L'amour de Bertrand et de Colette leur permettra-t-il de panser leurs plaies respectives ?

 

Autorisant son imagination personnelle à pratiquer le "mentir vrai, empathique et schizophrénique", Delphine de Malherbe trace de la Phèdre du XXe siècle un portrait intéressant. Un portrait que n'aurait peut-être pas renié Colette...

 

Apolline Elter

 

L'aimer ou le fuir, Delphine de Malherbe, roman, Plon, août 2011, 128 pp, 17 €

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