12 09 12

Un antidote contre la morosité!

9782350872063.jpg24 décembre. Veille de Noël. Martin Ladouceur semble avoir tout pour être heureux. Star de hockey, adulé des patinoires, récemment transféré dans la grande équipe des Canadiens de Montréal, il lui a toujours suffi de désirer pour obtenir, de murmurer pour être écouté, de vouloir pour avoir. Et pourtant. Pourtant, en ce jour de réveillon, Martin n'a pour seule compagne qu'une redoutable solitude. « Tu verras, Ladouce, tu finiras seul, tout seul ». Ce qu'on lui avait prédit est arrivé.

     Ses troisièmes mi-temps avec des femmes d'un soir et ses fêtes sulfureuses imbibées d'alcool, sont devenues presque plus célèbres que lui. Sur le déclin, ce milieu de requins qui l'a tant loué ne lui fait aucun cadeau. « C'est de plus en plus dur. Il faut être toujours le plus fort. Surtout qu'arrivé tout en haut, ceux qui t'admirent d'en bas n'ont pour seule ambition que de te faire trébucher pour prendre ta place. »

     Et s'il s'était trompé dans sa quête de bonheur? Pas de compagne à ses côtés, pas d'enfant, pas d'ami véritable, il réalise n'avoir été aimé que pour ses prouesses sportives. Un amour conditionné au nombre de buts marqués et donc révocable.

     Mais tandis que ce réveillon s'annonce pour le moins désenchanté, l'irruption d'un petit garçon de 7 ans dans sa chambre d'hôtel va tout bouleverser. Le coeur de la terreur des patinoires ne reste pas de glace. Et de se poser la question de la paternité, de son désir d'enfant. Naît-on père ou le devient-on? Peut-on parler d'instinct paternel? Et si le bonheur véritable se trouvait dans la capacité à aimer et à être aimé pour ce que l'on est et non pour ce que l'on paraît?

 

     Dans ce roman délicieusement tendre, Pierre Szalowski, joliment qualifié de « bonheuraturge », nous offre un concentré de douceur, de sensibilité et de drôlerie. Mais qu'est-ce que tu fais là, tout seul?  est une petite philosophie du bonheur à lire sans modération, à relire, à offrir.

     Un coup de coeur!

 

P.155 : "L'innocence de l'enfance, c'est cette faculté de se persuader que rien n'est impossible, de croire à la magie sans qu'intervienne la raison" .

Mais qu'est-ce que tu fais là, tout seul?, de Pierre Szalowski, aux Editions Héloïse d'Ormesson, aout 2012. 265 P., 19€.

Karine Fléjo

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12 09 12

La genèse d'une dictature

 9782021059540.jpg" La Révolution kamchéenne, sous la direction éminente de Park Jung-wan, poursuit sa marche énergique sur la voie du Muju, et elle remportera indubitablement la victoire finale en dépit de toutes les épreuves et difficultés, tandis que le Kamcha rayonnera dans le monde en tant que patrie du Muju, où toute la nation kamchéenne forte de soixante-douze millions d'âmes jouira d'authentiques libertés et connaîtra une grand prospérité sur son territoire national réunifié"

Le crédo est celui de Park Jung-wan, né, d'une première naissance soviétique, Dmitri Nablovski, tandis qu'il succède à son père, Park Min-hun, "Grand meneur" de  Kamcha du Nord.

Profilant, sous le couvert d'un roman et d'une nation imaginaire, la dictature de Kim-Jong-il, "Dirigeant bien aimé" de Corée du Nord, décédé en décembre 2011, Charly Delwart réalise une gigantesque mise en scène cinématographique, faisant des citoyens d'un pays devenu studio, les figurants d'un film aux allures étranges. La caméra se focalise sur la délirante ascension d'un dictateur, volontairement fondu - de dévotion - en l'image de son père.

"Il avait fallu une mesure, un lien avec la réalité dans le travail de constitution du héros, il ne le fallait plus, dépassé."

 Troisième roman de notre concitoyen Charly Delwart, Citoyen Park, explore, sans concession, les tréfonds d'une certaine âme asiatique et d'une dictature pour le moins ..saisissante.

Apolline Elter

Citoyen Park, Charly Delwart, roman, Le Seuil, août 2012, 490 pp, 21 €

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10 09 12

Un enthousiasme automnal...

9782226242983.jpgTrois septembre. Le sol s'ouvre sous les pieds de Yaël. Son mari la quitte. Pour une autre femme. Une de ses amies de surcroît. Comme les feuilles au dehors, elle tombe. Une chute vertigineuse dans le chagrin, le repli sur soi, la douleur de la trahison. Seule la présence de son fils Simon, trois ans, en garde alternée, rythme encore sa vie. A la quarantaine à peine passée, Yaël s'interroge sur son existence : « C'est quoi pour toi la quarantaine? » demande t-elle inlassablement à ses amies.

     Qu'est-ce que la quarantaine en effet, pour Yaël? L'âge de l'effondrement de son couple, le mi-parcours de son chemin de vie, ou l'aube d'une nouvelle vie?

     Au fil des saisons, Yaël consigne dans son journal la couleur des sentiments qui l'animent. Automne, hiver, printemps, été, ce n'est pas la vie qui continue, c'est une nouvelle vie qui commence. Peu à peu, la jeune femme s'ouvre aux autres, trouve des écho à son ressenti dans la littérature, étend le cercle de ses relations, élargit la palette de ses sentiments. Et découvre la saveur de cette liberté toute neuve, le bonheur de vivre pleinement l'instant présent. Comme une sève nouvelle qui la parcourt.

 

     Un roman plutôt agréable, mais qui a suscité en moi un enthousiasme automnal plus que printanier...

 

P. 40 : La colère protège aussi, elle préserve de la souffrance si aigüe qu'elle en tue, elle en diffère l'effet, elle permet au poison de s'infiltrer dans le sang de manière moins brutale.

Les arbres ne montent pas jusqu'au ciel, de Marianne Rubinstein, aux Editions Albin Michel, aout 2012, 197 P., 19€.

Karine Fléjo

 

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08 09 12

Une lecture...de rêve

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Il n'est jamais aisé de rejoindre la scène littéraire après le succès considérable d'un premier roman... Cette dernière vous guette, vous attend au tournant.

Ce défi, Jean-Michel Guenassia le relève brillamment, prouvant que l'encre du conteur nourrit son sang.

L’argument de cette nouvelle fiction :

Né en 1910, à Prague, Joseph Kaplan est issu d'une lignée de médecins. Brillant élément, il débarque à Paris, afin d'y compléter sa formation, d'une spécialisation en biologie. "Avec ses traits fins, sa cambrure fière, sa mèche au vent, Joseph ressemblait à un de ces jeunes seigneurs florentins au sourire limpide de Ghirlandaio"  Un  seigneur qui danse comme un dieu, accumule les conquêtes féminines,  rejoint, à 28 ans,  l'Institut Pasteur d'Alger, pour effectuer des recherches sur les maladies infectieuses. L'occasion - fortuite -  pour ce Tchèque d'origine juive d'échapper aux persécutions nazies et aux débuts d'une guerre dont les Algérois ne réalisent pas l'ampleur.

De retour à Prague avec Christine, la femme de sa vie, Joseph fonde famille. Helena naît en 1948, suivie, en 1950, de Martin, qui scellent le naufrage du couple. Naufrage aussi de ses convictions politiques, de  l'adhésion sans faille que Joseph voue au parti communiste: " Il ne voulait plus dissimuler ses opinions et soutenir qu'ils vivaient dans une démocratie parfaite, que tous les problèmes étaient en passe d'être résolus quand la situation n'avait jamais été pire. Il ne supportait plus l'optimisme gluant de ce catéchisme socialiste qui les ensevelissait dans une tombe collective. Intolérables aussi la foi obligatoire en un avenir radieux, l'interdiction d'émettre le moindre doute pour ne pas passer pour un traître et le devoir de s'extasier sur les réussites d'un régime dont il ne voyait que les échecs.

Mars 1966 voit confier au docteur Kaplan, une mission capitale: le salut d'un mystérieux malade, camarade uruguayen très mal en point,  Ernesto G(uevara),  pour ne pas le nommer. Le Ministère de l'Intérieur entoure ce service commandé d'un luxe de précautions inouï, confinant Joseph et sa proche famille au seul chevet du mourant.

Une cohabitation forcée qui imprime un angle neuf et ...palpitant à la fiction, introduisant le mythique Che dont on sait qu'il séjourna à Prague, cette année-là:

" Je viens d'avoir trente-huit ans, j'ai consacré ma vie à me battre pour ces idées, à essayer de les faire triompher, j'espère sincèrement que ça se fera mais je ne prendrai plus un fusil pour ça, il y a d'autres chemins. Je ne suis pas certain d'avoir pris les bons."

Et scelle le destin d'Helena et  le bilan d'une vie que Joseph Kaplan poursuivra, centenaire, spectateur attentif du "Printemps de Prague",  de sa répression et de la chute du régime communiste.

Une lecture... de rêve.

Je vous la recommande.

Apolline Elter

La vie rêvée d'Ernesto G., Jean-Michel Guenassia, roman, Albin Michel, août 2012, 538 pp, 22,9 €

Billet de faveur

AE : Jean-Michel Guenassia, vous avez l’âme d’un conteur. Un souffle chaud parcourt le récit  qui donne envie de le dévorer d’une traite. La rédaction en a-t-elle, elle aussi, coulé de source ?  

Jean-Michel Guenassia : Oh que non. La rédaction a été longue, et très laborieuse. Pas un paragraphe qui n’ait été réécrit dix fois (au moins). Surtout que mon objectif est la fluidité de la lecture et c’est difficile à obtenir.

AE : vous introduisez le personnage de Che Guevara, lui prêtant pensées, propos, quelques missives et  revirements … Tel ce moment où le Che se compare à Joseph Kaplan : «  Il ressemble à l’homme que j’aurais aimé être . Je crois que j’aurais fait un bon médecin aussi. J’aimais ça. J’étais proche des gens. J’aurais pu être utile. Et puis, le destin en a voulu autrement »

Ces propos sont-ils extraits de documents ou pure fiction ?

Jean-Michel Guenassia : Les propos de Guevara sont inventés. On ne connait aucun texte de lui équivalent. Par contre, je me suis inspiré de l’extraordinaire biographie de Pierre Kalfon (Points) et des différents textes que Régis Debray a écrit sur lui pour saisir ce personnage si complexe et intéressant

AE «  Quand un révolutionnaire n’a pas la chance de mourir jeune, il finit obligatoirement dictateur et bourreau (…) A un moment, le courage consiste à s’arrêter et à passer à autre chose » affirme Ernesto G. N’est-ce pas précisément le revirement que Joseph Kaplan a réalisé ?

Jean-Michel Guenassia : L’idée surtout était d’opposer un héros anonyme (Joseph) et un héros malgré lui (Guevara) mais surtout Guevara va découvrir en Joseph l’homme qu’il aurait voulu être.

AE : Carlos Gardel [NDLR : « la voix du tango »]  c’est votre madeleine de Proust musicale ?  

 Jean-Michel Guenassia : Pas vraiment mais pour ce roman j’ai beaucoup écouté Gardel et Piazolla (et beaucoup d’autres aussi j’écris en musique)

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03 09 12

Rentrée..vous avez dit

l_ecole_01.jpgTant qu'à céder à la rentrée scolaire - le choix ne se pose guère -  autant le faire avec humour, voire avec liesse...

C'est ce que nous propose Christophe Besse, illustrateur de d'ouvrages pour la jeunesse - à son actif, plus d'une centaine d'ouvrages parus chez Casterman, Hachette, Gallimard, Grasset Milan, Nathan, ... - en un ouvrage pétri de situations aussi cocasses que vraisemblables.

Conjuguant dessins, esquisses et textes en un joyeux équilibre  "BD",  l'auteur promène le lecteur à travers les classes, désespérantes, les cantines, tout aussi affolantes, excursions scolaires....affriolantes et réunions de parents criantes ..de vécu.

Idéal pour booster le moral d'un directeur en peine de rentrée..

AE

L'école 100 % humour, Christophe Besse, Ed. Cherche-midi, 30 août 2012, 144 pp, 14,9 €

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, B.D., Rentrée littéraire | Commentaires (1) |  Facebook | |

03 09 12

A lire sans plus...patienter!

megnin.jpgLui est gynécologue à Paris, dans le paisible quartier de la place Saint-Sulpice. Mais elle, qui est-elle? Quand elle vient le consulter, leur seul échange de regards dans la salle d'attente fait naître en lui un malaise. Cette femme n'est pas une patiente comme les autres. Il le pressent. Il le sent. Il le sait.

     Sans savoir pourquoi.

 

     De fait, à peine entrée dans le cabinet, elle décoche une première flèche : « Gynécologue, c'est un choix un peu étrange pour un homosexuel, non? ». Cible de l'intimité atteinte en plein cœur. Mal-être palpable. Comment sait-elle pour lui et David? Elle paraît tout connaître de lui. Lui ne sait d'elle que son nom : Camille D. Déstabilisé, intrigué, le médecin évite de la contrarier. Peur que d'un seul mot, d'un seul regard, elle ne le vise à nouveau. Effrayé, conscient de son ascendant sur lui, situation pour le moins inhabituelle dans le rapport soignant-soigné, il redoute ce qu'elle pourrait lui dévoiler de sa vie, de celui qu'il aime et réalise ne pas connaître aussi bien que cela.

     Mais quoi qu'il fasse, quoi qu'il dise, il sait ne plus pouvoir lui échapper. Elle le tient. Elle est entrée dans sa vie par effraction et semble décidée à tout piller.

 

     Une intrigue captivante, une tension inouïe, un style redoutablement efficace, Jean-Philippe Mégnin fait de nous les victimes consentantes et ravies d'une lecture en apnée.

A lire sans plus patienter!

 

P.89 : La souffrance, ça fonctionne par étape. Ce n'est pas un sentiment. Souffrir, c'est prendre conscience, petit à petit, des différentes composantes de la douleur.

P. 112 : La difficulté, ça ne tue que les sentiments superficiels, les vrais, ça les renforce...

La patiente, de Jean-Philippe Mégnin, aux Editions Le Dilettante. Aout 2012, 160 P., 15€.

Karine Fléjo

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02 09 12

Un homme passe sous la fenêtre....

cvt_Nous-etions-faits-pour-etre-heureux_4444.jpeg"C'est étrange comme il suffit d'un rien pour qu'une vie se désaccorde, elle aussi, que notre existence, tellement unique, précieuse, perde son harmonie et sa valeur."

A ceci près qu'un rien, c'est quelque chose.

Sans cela, Serge, brillant sexagénaire, doté d'une belle, aimante et jeune femme, Lucie, de deux bambins adorables, Théo et Chloé, d'une situation aisée - il est agent immobilier - et de migraines effroyables, n'aurait pas remarqué Suzanne,  narratrice, quadragénaire un peu fanée, accordant sa vie à celle d'Antoine, son mari et à ces pianos dont elle restitue l'harmonie.

Car, et c'est sans doute, la clé.. de voûte de ce roman, subtil, complexe, "olmien" dans toute son ampleur, la vie est une partition dont il faut (tenter de)  trouver le juste accord.

Charles Gounod et son Air de Valentin ("Avant de quitter ces lieux...", Faust), Franz Liszt et sa célèbre sonate en Si mineur (un penchant perso pour  l'interprétation de Georges Cziffra...) impriment à une lecture déjà riche de sens, de parfums et de couleurs, une atmosphère particulière, émouvante, attachante.

Passerelle d'un retour sur enfance d'un homme qui s'est trompé d'octave, Suzanne se donne à Serge, voit son couple voler en éclats-  "Je ne lui ai pas dit que ma vie avait été sauvée, et perdue, grâce à lui." - mesurant par le biais des confidences dont elle est la dépositaire, le mystère et l'imperfection cruelle de leur relation amoureuse. 

" Je suis cette femme qui se retourne et s'en va.Se perd pour la première  fois. Dans son propre quartier. Je marche, et les rues que je laisse derrière moi s'écroulent en silence."

Apolline Elter

 Nous étions faits pour être heureux, Véronique Olmi, roman, Albin Michel, août 2012,  230 pp, 18 €

 Billet de faveur

AE : «  Nous étions faits pour être libres, nous étions faits pour être heureux », le poème de Louis Aragon ( « Un homme passe sous la fenêtre et chante ») consacre l’échec de la jeunesse, votre roman, une culpabilité enfantine insidieuse et destructrice, un drame de la filiation. La vie est-elle une musique dont la partition s’écrit de l’encre indélébile de l’enfance ?

Véronique Olmi : L'enfance est fondatrice, mais nous pouvons dépasser, adultes, les traumatismes et les blessures qui y sont parfois liés. Ainsi, nous ne serons pas victimes, mais conscients et agissants. Bien sûr, cela est possible si nous ne nous mentons pas à nous-mêmes, si nous acceptons d'être lucides, ce qui n'est pas simple.  

 AE : Une figure émerge, lentement, parmi les protagonistes du roman : celle de Lucie, l’épouse de Serge, jeune, belle, aimante ; comblée de deux enfants et d’un mari fortuné qui n’entend rien lui refuser. Elle semble lisse, heureuse, lumineuse, soucieuse d’accorder son humeur à celle de son mari…une vraie icône des années soixante. Dans la souffrance, elle fait front, honnête et digne car elle ne triche pas. Cette pureté la rapproche de Suzanne, sa rivale,… une propension au sacrifice, aussi ?

Véronique Olmi: J'espère qu’aucune des deux ne se sacrifient. Ce sont des femmes libres. Chacune quitte son mari, tout de même ! Elles ne sont simplement jamais dans l’aigreur ou la mesquinerie, elles souffrent mais sans être rivales, elles sont trop intelligentes pour ça.

AE : Acteur majeur de l’histoire, le piano lie de ses cordes – et nœuds - tous les personnages du roman. Son clavier symbolise la vie et cette musique que chacun tente de (se) composer. Jouez-vous de cet instrument?


Véronique Olmi: J'aimerais bien. Mais non. Hélas. Je l’écoute, beaucoup, il m’accompagne, mais je suis toujours sur le fauteuil de l’auditrice, jamais sur le tabouret de piano !

 

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30 08 12

Une petite faim...

9782709639637-G.jpgVu de l'extérieur, elle a une vie heureuse. Elle, c'est cette journaliste, critique de cinéma, mariée à un homme aimant, mère d'un petit garçon adorable. Mais ce n'est qu'un vernis trompeur. Sous la surface nette et lisse des apparences, elle souffre de cette vie morne et insipide. Le mariage? « L'idée de convoler ne me faisait pas rêver. Elle ne me déplaisait pas non plus. Là encore, j'ai fait ce qu'il fallait. »(P.40) La maternité? Elle ne lui a apporté aucune satisfaction. « C'est comme un oeuf Kinder. On a une bonne idée de ce qui se trouve dedans. Il ne s'agit d'un poulpe que trop rarement. Mais le gadget est toujours un casse-tête à monter. » (P.43)

     Jusqu'au jour où, à la faveur d'une interview avec un acteur hollywoodien, sa vie va basculer. l'homme la fascine. Plus, l'embrase. Un plaisir gourmand pour les yeux, comme une brioche sucrée dans laquelle on rêve de mordre à pleines dents. Un choc. Une évidence. Un coup de foudre. « Tu as déclenché la machine infernale, celle d'un coeur que je croyais aux abonnés absents, mais qui palpite tant et plus en te berçant. » (P.24). Seulement voilà. Il est marié et n'éprouve pas de passion réciproque pour elle.

 

     Va t-elle baisser les bras face aux obstacles, nombreux, qui s'érigent devant elle? Comment se démarquer et ne plus être transparente dans son regard? Sera t-il enfin sensible à cet amour qu'elle lui voue?

     Brioche est un roman écrit dans un style parfaitement maitrisé, incisif, alerte, avec nombre de formules inédites et pleines d'humour. Toutefois, une petite faim demeure la lecture finie, du fait de certaines longueurs, de la fin prévisible et de l'atmosphère pesante que prend le récit dans sa dernière partie.

     Une saveur mitigée, donc, pour Brioche.

 

Brioche, de Caroline Vié. Editions JC Lattès, août 2012, 250 P., 17€.

Karine Fléjo

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25 08 12

Behrouz

url.gifIl est de ces romans qui, d'emblée, vous sont amis. Un climat s'installe d'entrée de pages qui vous procure bien-être et bien lire. Telle s'inscrit notre première découverte de la rentrée littéraire. La découverte d'un nouvel auteur, également, Yassaman Montazami, qui fera, à coup sûr parler d'elle. 

La mort de son père, Behrouz -  " le meilleur des jours", en persan - invite la narratrice à évoquer le parcours de sa vie. De sa naissance, prématurée, dans les années '40, au sein d'une famille bourgeoise de Téhéran à son décès à Paris, en 2006,  sa fille brosse le portrait d'un homme attachant, fantasque, cocasse, altruiste et généreux ... trimbalant en son cerveau constamment bouillonnant, l'idéologie marxiste de la première heure et le travail d'une thèse de doctorat qui jamais ne verra le jour.

" Quand il aurait achevé ses travaux, la cause originaire de l'inégalité entre les hommes serait enfin révélée. Le système qui l'avait engendrée serait mis à nu et s'effondrerait. Et le fossé qui sépare les riches et les pauvres, les possédants et les dépossédés, pourrait être comblé. Le monde deviendrait meilleur."

De cette France des années '70 où il emmène sa famille, Behrouz participe, à distance, aux événements qui secouent l'Iran-  renversement de la monarchie des Pahlavi, avènement de l'ayatolah Khomeiny.. - faisant de son salon parisien, le refuge de compatriotes exilés,  la plate-forme de discussions animées.

Oscillant entre la candeur du regard de l'enfance  et la compréhension bienveillante de l'adulte qu'elle est devenue, Samanou - Yassaman Montazami -  offre de ce père aimé, un portrait fascinant, drôle et poignant,...  singulièrement attachant.

Je vous en recommande la lecture

AE

Le meilleur des jours, Yassaman Montazami, roman, Ed. Sabine Wespieser,  août 2012, 138 pp, 15 €

Billet de faveur

AE :  Yassaman Montazami, vous rendez à Behrouz, votre père, un bel, un merveilleux hommage.  Celui qui  fait entrer le lecteur en sympathie immédiate avec un être hors norme.   Je ne peux m’empêcher d’évoquer Pascal Jardin, "le Zubial", en découvrant le caractère de Behrouz.  Ce serait intéressant de confronter, avec Alexandre Jardin, les personnalités de vos pères respectifs :

 

Yassaman Montazami : J’avais lu à l’époque avec beaucoup de curiosité le livre d’Alexandre Jardin à propos de son père, car, bien évidemment, celui-ci m’évoquait le mien par sa radicalité et ses excentricités. Le Zubial comme Behrouz avaient un besoin infini de séduire et d’être aimés. Leur premier public était leur enfant : c’est un public forcément acquis.

Je partage avec le narrateur du Zubial cette fascination inquiète qu’un enfant peut avoir pour un parent qui se met volontairement à l’écart des normes sociales. Je reconnais aussi  cet amour filial sans limite qui peut se refermer comme un piège sur celui qui l’éprouve – comment affirmer sa propre singularité face à un père si original ?

AE : Quel a été l’élément déclencheur de ce récit (auto)biographique ? La découverte du carton  contenant les notes de sa thèse inachevée ?

Yassaman Montazami : L’élément déclencheur a été la maladie de mon père. J’ai eu, comme je le dis dans le prologue du livre, le pressentiment de sa mort, quelques jours avant  les premiers symptômes de son cancer. Ce sont des expériences sidérantes qui peuvent arriver aux plus rationnels d’entre nous, dont je suis.

A partir de ce moment, j’ai éprouvé  un besoin vital de maintenir mon père en vie par n’importe quel moyen. L’écriture m’était le plus immédiatement accessible.  J’étais désespérée à l’idée qu’il allait disparaître d’un monde qui sans lui  serait  moins drôle, moins bon et plus convenu.  J’ai commencé à taper les premières  pages  comme on ferait un massage cardiaque acharné sur un cœur qui ne battra plus. 

AE : Dans un passage d’anthologie, vous décrivez la complicité, la filiation littéraire qui vous unit à votre père," cette sensation grisante que mon père et moi étions les uniques et privilégiés interlocuteurs desauteurs qui m'inspiraient le plus grand respect", lui devez-vous aussi cette naissance (très réussie) à l’écriture ?

 Yassaman Montazami : Je dois tout à mon père, notamment mon intérêt pour les livres et la littérature. Chez les Montazami, l’amour de la langue fait partie du patrimoine. Mon grand-père connaissait, comme beaucoup de personnes de sa génération, des poèmes entiers par cœur. Il les citait en exergue de chaque moment de notre vie. Mon père avait également pour habitude de comparer les gens de notre entourage à des personnages de romans. J’ai donc été accoutumée à ce que la réalité trouve un prolongement fictionnel ou métaphorique qui l’amplifie. C’est une bonne base pour avoir envie d’écrire. 

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23 08 12

Champagne

9782226242969.jpgIl n'est de champagne sans bulles, d'Univers sans Saturne, de rentrée littéraire ..sans Amélie Nothomb.

Rien de plus juste, partant, que d'amorcer le plateau des chroniques de la rentrée avec le nouvel opus de notre compatriote de génie. La célèbre écrivain n'a pas ménagé sa peine, qui offre à notre dégustation une fontaine de coupes (ma)thématiques, effervescentes comme ce champagne qui inonde les chapitres: amour, couleur, confiance,  fascination, folie, lumière, or, aristocratie et grandesse espagnole, haute couture, érotisme, religion, photographie, table, sacrifice, mort,  transgression ... sans oublier le thème  - majeur- de l'oeuf et de son cloître autistique.

" Je vous vois venir. Vous me considérez comme un fou qu'il faut mettre hors d'état de nuire.

- Le penser d'un homme qui a tué huit femmes pour des motifs chromatiques serait un jugement hâtif."

Admise comme colocataire de don Elemirio Nibal y Milcar, richissime grand d'Espagne, Saturnine tente de percer le mystère de ce personnage énigmatique, fascinant, volontairement cloisonné dans son luxueux appartement parisien.  Dotée d'un solide sens de la provocation et peut-être du sacrifice, elle entend épargner aux femmes, le sort des colocataires qui l'ont précédée: " Aussi longtemps que je suis là, il ne risque pas de zigouiller une nouvelle femme"

Bâti autour du célèbre conte de Barbe bleue et de la transgression d'un interdit - en l'occurrence, une chambre noire - le roman profile les ombres de Landru,  Henri VIII, des  docteur Petiot,  Petit Prince, Adam & Eve  et de... Pretty Woman. Les thèmes défilent plus fantas(ti)ques les uns que les autres, nourris avec brio de dialogues  vifs, toniques, pétillants.

Et le lecteur, saturnin,  de pénétrer cette chambre noire dans l'euphorie d'une irrépressible fascination.

AE

Barbe Bleue, Amélie Nothomb, roman, Albin Michel, août 2012, 170 pp, 16,5 €