18 11 11

Belle-au-Bois-dormant

9782859208745FS.jpg"Je suis en train d'écrire un livre sans pages dans un monde sans lecteurs"

 

Seule rescapée d'une apocalypse planétaire et d'un désastre dans sa vie privée, Eve tente d'accéder  aux portes de son passé au gré d'un trousseau de souvenirs dont  elle possède les clefs.

 

Eve de fin de monde, l'héroïne a vu sa vie éclater par la trahison d'un homme, "M.", le sien.

 

"Je suis la dernière femme du monde. Je ne sais pas où je suis, je ne sais rien de ce qui m'entoure mais qu'importe, quand on souffre d'amour, on est toujours l'ultime femme du monde."

 

Belle-au-bois-dormant d'une nuit hors temps, la narratrice revisite son enfance, sa famille, son couple,  avec un réalisme, truffé d'absurde, d'humour et nous concocte un de ces spirituels cocktails dont Marie-Eve Sténuit a le secret.

 

Apolline Elter

Un éclat de vie, Marie-Eve Sténuit, roman, Le Castor Astral, octobre 2011, 84 pp, 12 €


 

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12 11 11

Prise de vie

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La rentrée littéraire est décidément féconde, cette année, qui voit la vitrine de ce blog, regorger de lectures hautement recommandées.

Il faut nous en réjouir.

Et vous mander ce nouveau coup de cœur.

 

Surnommé "Cheyenn", Sam Montana-Touré, un sans-abri, est retrouvé mort, au fond d'une filature désaffectée. Sans doute a-t-il été assassiné par une bande de skins. De sa vie sur terre, il ne reste que des haillons et les images d'une séquence documentaire prise, quelques mois avant sa mort,  par un cinéaste.

 

Signé de la belle écriture, riche, mélodieuse,  inspirée et aspirante de l'écrivain belge François Emmanuel, Cheyenn inscrit  une réflexion, une déontologie de la prise de vues et  de la propriété artistique: l'intrusion d'une caméra dans la vie d'un SDF - Cheyenn- impose au narrateur une responsabilité posthume écrasante: répondre à l'attente muette d'un regard saisi par hasard.

 

"Cette image  je la porte en moi désormais, il suffit que je ferme les yeux pour que j'en revoie le détail: sa face hirsute, son harnachement de sacs plastique dont les bandoulières de corde  se croisent sur son gilet matelassé et son accoutrement d'Indien d'Amérique avec des cordelettes qui lui barrent le front, une patte de chat en pendentif, des morceaux de fourrure qui balancent au bout de ses tresses, tout un attirail qui donnerait envie de rire si son regard n'était là fixe et tremblant, tout en terreur dépassée, comme s'il me disait prenez-moi maintenant, c'est moi que vous devez prendre, c'est pour moi que vous êtes venu."

 

Véritables tableaux, instantanés d'atmosphère, les descriptions du narrateur, cinéaste, sont quête d'âme. Il lui faut à tout prix remonter le passé de Cheyenn, comprendre les raisons de sa déchéance sociale, de son assassinat,  pour que la vie de ce dernier ne reste pas lettre morte, étiquette glacée attachée à un corps non réclamé.

 

"Je m'étais dit que mon film était devenu la seule marque d'identité sociale d'un homme qui n'avait pas encore de nom, était simplement désigné comme un sans-abri de peau métissée."

 

Un rendez-vous raté qui se meut en une magnifique prise de vie.

 

Apolline Elter

Cheyenn, François Emmanuel, roman, Le Seuil, août 2011, 128 pp, 14 €

 

Billet de faveur

 

AE: François Emmanuel, avec ce très beau récit, nourri du souffle de votre plume et d'une réflexion sur le rôle de l'image,  est-ce une certaine culture journalistique, avide d'émotion facile et superficielle que vous mettez sur la sellette ?

 

 François Emmanuel: Pour moi Cheyenn est un livre qui parle avant tout du lien social. Il s’y applique par la négative, en tentant de redonner une humanité à un homme qui est exclu de tout lien. Pour arriver à ses fins le cinéaste documentariste doit certes passer outre une forme de culture journalistique dominante mais aussi toute une série d’intervenants professionnels qui ne peuvent donner de Cheyenn que la « vérité », inscrite dans leur propre discours et formatée par celui-ci. Poussée ici à l’extrême c’est sans doute la difficulté de tout témoignage artistique.

 

AE: vous portez un regard respectueux, réfléchi sur les SDF, cette "communauté du bout de la vie", un regard, passerelle d'humanité. Est-ce à l'inverse notre absence de regard, notre indifférence qui  déshumanise les sans-abri?

François Emmanuel: Cheyenn s’est évidemment exclu lui-même autant qu’il a été exclu. Une fois qu’ils sont passés de l’autre côté, dans cette zone inhabitable de nos villes, nous sommes bien mal à l’aise pour tenter de redonner une présence humaine à ces errants d’aujourd’hui. La médiation du documentaire permet d’entrer (ici

a posteriori) dans le temps de cet homme mais bien sûr c’est à travers ce support, cette distanciation, qu’elle le réintroduit à nos yeux dans l’humanité qui nous est commune.

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09 11 11

Colette et Bertrand

9782259212908_fiche.jpg Exercice subtil et risqué que de se glisser dans la peau, dans l'âme de Colette, d'autopsier l'amour qui la lia quelque cinq ans à son beau-fils, Bertrand de Jouvenel. Colette avait alors 47 ans, Bertrand, 17...

 

"Bertrand n'est pas un problème parce qu'il a dix-sept ans, Bertrand n'est pas un problème parce qu'il est le fils de mon mari, Bertrand n'est pas un problème parce qu'il m'aime et me désire, Bertrand est un problème car il m'attire."

 

Saisie dans un long monologue avec un médecin, psychanalyste, la célèbre écrivain  fait le point sur sa vie amoureuse, passée et future, sur son enfance et le sentiment fort qui la lie à sa mère.

 

L'amour de Bertrand et de Colette leur permettra-t-il de panser leurs plaies respectives ?

 

Autorisant son imagination personnelle à pratiquer le "mentir vrai, empathique et schizophrénique", Delphine de Malherbe trace de la Phèdre du XXe siècle un portrait intéressant. Un portrait que n'aurait peut-être pas renié Colette...

 

Apolline Elter

 

L'aimer ou le fuir, Delphine de Malherbe, roman, Plon, août 2011, 128 pp, 17 €

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02 11 11

Les rails de la vie

 index.jpg    Antonio, photographe, revient après dix années d'absence à Lisbonne. Il y rejoint un collaborateur journaliste, Vincent, afin de couvrir le procès d'un tueur en série.

 

     Lisbonne, ville de son premier amour. Lisbonne, ville de sa plus grande blessure. Tandis qu'il n'était âgé que de douze ans, Antonio a en effet rencontré celle que l'on surnomme « Canard ». Un amour mythique, puissant, lumineux. Un amour promis à l'éternité. Un amour hélas aujourd'hui brisé. Chacun a emprunté un chemin de vie différent, sans pour autant oublier...

 

     Vincent, informé de cette relation fondatrice, ne peut se résoudre à ce qu'une si belle romance ait avorté. Et de tout faire pour retrouver la jeune femme. Et de vouloir coûte que coûte que leurs chemins se recroisent pour ne plus faire qu'un. Quels sont les motifs sous-jacents qui guident sa quête ? Parviendra t-il à rétablir ce lien rompu il y a des années ? Peut-on influer sur la destinée des êtres ?

 

     Avec une plume alerte, Hervé Le Tellier nous embarque dès la première page sur sa ligne de tramway Eléctrico W, à travers Lisbonne. Au fil des pages, il nous peint avec brio les paysages des jeux de l'amour, de la jalousie, du poids du destin, de l'improbable réparation des âmes et des coeurs blessés.

 

    Un très agréable voyage littéraire !

Eléctrico W, de Hervé le Tellier. Editions J.C. Lattès, Août 2011. 286 p., 18 €.


Karine Fléjo

 

  

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25 10 11

Réflexions de miroirs

tous_nos_petits_morceaux_01.j_1.jpg" Le pantomime suit son cours: Louison, de dos, gigote péniblement d'un vêtement à l'autre et se retourne vers moi, la grimace fin prête; Elle tord sa bouche,plisse ses yeux, chiffonne son front, fronce ses sourcils, tout cela en alternance, et presque en permanence; je crois n'avoir jamais vu son vrai visage, à supposer qu'il y en ait un derrière ce masque versatile."


Rassemblés dans une cave par une collectionneuse aveugle, des miroirs, animés par des rais de lumière subreptices s'échangent une amène série de ..réflexions. Ils revivent leur vie passée et ces scènes intimes  dont ils ont été les témoins privilégiés.

 

Une dizaine de nouvelles, un point de vue inventif -quelques bribes de phrases en ..miroir -  une plume alerte, subtile et maîtrisée reflètent... une belle surprise de la rentrée littéraire, une oeuvre sur laquelle il est bon de poser son regard.

 

Apolline Elter

 

Tous nos petits morceaux, Emmanuelle Urien, recueil de nouvelles,  Ed. D'un noir si bleu, sept 2011, 178 pp, 16,5€

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18 10 11

Rose et... Joséphine

merveilleuses_01.jpg Débarquée à Brest, de sa Martinique natale, le 12 octobre 1779, Rose de La Pagerie découvre le sol français en même temps que son fiancé, Alexandre de Beauharnais. Le mariage bat rapidement de l'aile à l'instar de cette fin de XVIII e siècle qui endosse la Révolution française, la chute de Louis XVI et l'écrasant régime de la Terreur.

 

"Tout était oublié sauf le goût du bonheur et des ambitions personnelles"

 

Relevées des supplices et de sévices endurés, Rose de Beauharnais et son amie Théresia Cabarrus s'adonnent à la frivolité dans tous ses excès: folles dépenses et collection d'amants seront les témoins d'une course effrénée au plaisir. Jusqu'au jour où Rose rencontre un jeune Corse plein d'ambition, nommé  Premier consul à son retour d'Egypte..un certain Napoléon ...qui la baptise du prénom "Joséphine"...

 

Une plongée historique dans la période de l''"avant Bonaparte" et le destin de personnages ..de roman.

 

Apolline Elter

 

Merveilleuses, Catherine Hermary-Vieille, roman, Albin Michel, oct. 2011, 426 pp, 22 €

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15 10 11

Mais si, Mais si...

9782930585055FS.jpg" Le vieil homme qui buvait avec nous ce soir-là ne faisait pas partie de ma troupe. Il n'avait pas non plus l'allure des touristes habituels de mon concurrent. Cheveux et barbe en broussaille, la peau très pâle, un peu moite, il ressemblait à une saucisse de Francfort dont la date de péremption était largement dépassée".

 

Le ton est donné.

 

Pas facile pour le Messie (mais si, c'est lui) d'atterrir  en notre troisième millénaire, embryonnaire. Vieillard barbu, affublé d'un âne, il débarque là où on ne l'attend pas.De toutes façons, on ne l'attend guère et plutôt que d'affronter une opposition musclée, il ne rencontre qu'indifférence feutrée.

 

Dix nouvelles, couronnées d'un retour à Jérusalem, offrent au vieil homme tant d'étapes à travers le monde - Buenos Aires, Bonn, Bruxelles, Odessa, Venise, l'Andalousie ...- à la  rencontre de son prochain et de son quotidien.

 

Loufoque, burlesque  et comique se confrontent que sous-tend une reflexion sur notre société contemporaine: sommes-nous prêts à recevoir le message que le Messie entend nous délivrer?

AE

Messie malgré tout, Alain Berenboom,  recueil de nouvelles, Editions Genèse, sept.2011, 144 pp, 17 €

 

    Billet de faveur

 

AE: Alain Berenboom, "votre" messie, vieux et barbu, symbolise-t-il la (ré)conciliation de la religion juive et catholique? Les catholiques n’attendent pas plutôt le retour d’un homme, jeune  - certes barbu -  âgé de 33 ans?

 

Alain Berenboom: mon personnage est le messie tel que je l’imagine depuis mon enfance, à travers les histoires que me racontaient à ce sujet mon père et la lecture de l’ancien testament.

 

Dans mon esprit, mon propos est plus fantaisiste que religieux. Je ne crois pas (ou alors c’était inconscient) avoir envisagé ces histoires comme portant un message religieux et en tout cas il n’y est pas question dans mon esprit de la religion catholique (le messie à deux ou trois reprises s’étonne d’ailleurs de l’existence de Jésus qu’il ne connait pas apparemment ! )

 

AE: L'indifférence - l'apathie même -  que rencontre le Messie, est-elle plus grand fléau de notre société contemporaine?

 

Alain Berenboom:Non, c’est plutôt le manque de fantaisie. J’aimais bien ce slogan de 1968 : "L’imagination au pouvoir."

 

L’indifférence est le résultat d’un manque de volonté de réfléchir, de se cultiver, d’imaginer, pour relancer la civilisation

 

AE: En quoi consiste votre madeleine de Proust?

 

Alain Berenboom:Le souvenir de ma maman et de mon papa

 

 

05 10 11

Voyage au bout de soi...

et-rester-vivant1.jpg     Vingt-cinq ans après les faits, Jean-Philippe Blondel nous offre avec ce roman autobiographique un morceau de bravoure. Car il a su trouver le ton juste, le « La » de la partition du texte ; non pas celui d’une mélodie larmoyante, mais celui d’une envolée de notes toutes plus vibrantes et vivantes les unes que les autres, toutes si sensibles et si belles.

     Un grand frère, des parents, une route que l’on imagine longue devant soi et soudain, au carrefour de l’existence, la mort qui frappe. Sa mère et son frère tout d’abord. Puis, quatre ans plus tard, son père. Accident de voiture à chaque fois. A 22 ans, le jeune homme se retrouve seul à devoir conduire sa vie. Du moins essayer. Car comment garder le cap quand on a tout perdu ? Et quel cap ? Comment résister à la tentation de ne pas foncer soi-même tombeau ouvert dans un mur quand plus personne ne nous retient ici-bas ?

     La chanson Rich de Lloyd Cole, laquelle évoque Morro Bay, une contrée lointaine de Californie, va mettre un temps sa souffrance au point mort.  Hypnotisé par cette mélodie qui anesthésie son intolérable douleur et retient son chagrin dans une camisole musicale, il décide de partir voir cet endroit avec Laure et Samuel, ses amis les plus proches, lesquels deviennent ses copilotes de vie. Dans une voiture de location, une somptueuse Thunderbird, tous trois vont parcourir la Californie le temps d’un été. Vivre un rêve éveillé et cauchemarder les yeux ouverts. Tenter de mettre des couleurs sur ce monde noir et blanc à travers les rencontres faites en chemin, les sites pittoresques traversés.  Et pour l’auteur, reprendre peu à peu le volant de son existence...

     Avec justesse, pudeur et sensibilité, Jean-Philippe Blondel prend le lecteur à son bord dès les premières lignes et l’emmène sur les routes de la résilience. Un ouvrage juste… MAGNIFIQUE ! 

P191 : «  C’est de ça que j’ai envie. D’une affirmation de l’existence. De m’installer dans la permanence. De prendre place dans la bataille fragile et pittoyable des êtres humains qui posent des fondations et montent des édifices, en sachant pertinemment qu’un jour ou l’autre, tout disparaîtra. »

"Et rester vivant " de Jean-Philippe Blondel, éditions Buchet/Chastel septembre 2011, 245 p., 14,50€.

KARINE FLEJO

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29 09 11

Embarquement immédiat

le_tour_du_monde_en_80_livres_01.jpg" Ce livre est un simple exercice d'admiration, et un coup de chapeau à quelques-unes des figures  qui m'ont donné le goût du voyage, le goût de la curiosité et du respect pour ceux qui me sont différents, ..."

 

Editeur de livres de voyages - il a fondé les éditions Magellan & Cie en 1999 - Marc Wiltz nourrit ses périples à la source de la Littérature. Cette littérature qui porte en elle un gage d'éternité.  Il nous propose un plan de route de vingt-deux escales, structurées autour de thèmes précis - le bonheur de la marche, le regard de l'enfance, la mer,  l'errance, l'attente, le vagabondage, la solitude des îles...-   et de quelque 80 auteurs et oeuvres majeures, écrites ou traduites en français.

 

"Quelques lignes suffisent parfois pour faire sentir immédiatement la communauté de vues entre le lecteur et les pages qu'il a sous les yeux, ..."

 

Visités sous un éclairage neuf, vif, direct et séduisant, les Petit Prince, Don Quichotte,  Bible, Sept piliers de la sagesse, Cent ans de solitude, Voyages de Gulliver, ....et Possibilité d'une île, suscitent l'envie d'un embarquement immédiat.

 

Apolline Elter

Le Tour du Monde en 80 livres, Marc Wiltz, essai, Magellan & Cie, sept. 2011, 264 pp, 19,5€

22 09 11

Convers(at)ion

9782350871745.jpgImaginez l'(amène) conversation qu'ont pu mener Bonaparte, alors premier Consul et Jean-Jacques Régis de Cambacérès,  son deuxième Consul, une soirée de l'hiver 1803-1804, tandis que se profile, dans le chef du premier, la perpective de l'Empire.

 

 Ou plutôt, n'imaginez pas, Jean d'Ormesson l'a fait pour vous et avec quel brio. ...

 

 "Napoléon perce sous Bonaparte" : Le Consul avoue à son fidèle allié, son ambition pour la France - qu'il estime avoir sauvé de la ruine- et pour lui-même:

 

" Bonaparte:

Il ne restait plus rien debout après vingt ans de médiocrité et dix ans de désordre. Je voulais faire de grandes choses, et qui durent. Je rêvais d'une chevalerie républicaine pour récompenser le mérite méprisé par nos rois, traîné dans le sang par les jacobins: j'ai créé la légion d'honneur. Je réclamais un recueil de lois digne de Moïse, de Solon, de Justinien: j'ai imposé le Code civil, rédigé, grâce à vous, dans un style capable de faire pâlir d'envie les poètes et les romanciers..."

" Je veux rétablir une monarchie qui soit républicaine. Et ma République à moi est romaine, militaire, guerrière, conquérante. Mon modèle n'est pas Versailles, mon modèle est Rome. Et mon modèle n'est pas les Bourbons, mon modèle est César"

 

S'il a librement inventé les complaisantes répliques de Cambacérès, l'Académicien attribue au Premier Consul des phrases et pensées réellement formulées, puisées dans les archives de l'époque. Voilà qui  rend la démarche intéressante et promeut le lecteur, spectateur d'un moment-clef de l'histoire de France.

 

"Napoléon n'est le fils que de ses propres oeuvres. Il s'engendre lui-même. Il est un mythe vivant, une légende qui se crée, un dieu en train de surgir. Il est cette chose si rare à la source de toute grandeur dans la politique, dans l'art, dans la littérature, dans la science: une ambition au moment même où elle se change en histoire, un rêve sur le point de devenir réalité."

 

Apolline Elter

La Conversation, Jean d'Ormesson, dialogue (théâtral), Editions Héloïse d'Ormesson, septembre 2011, 122 pp, 15 €