03 10 12

Le roman du roman

url (22).jpg" L'achèvement du Grand Meaulnes a signifié pour lui un immense soulagement, une libération, mieux une joie profonde, comme s'il avait percé le mystère de la création littéraire. Ce roman si labourieusement et si douloureusement mûri a représenté plus qu'une aventure  littéraire - bellle et et exaltante , comme toute oeuvre artistique arrivée à  éclosion. Il l'a fait progresser dans la recherche, la compréhension et l'accomplissement de soi-même, l'aidant à éclairer l'ombre de ses tourments intérieurs"

S'il est un roman directement lié à la vie de son auteur, c'est bien Le Grand Meaulnes.  Le chef d'oeuvre d'Alain Fournier (1913)  as Henri (Fournier) puise dans la vie de ce dernier l'étoffe de ses principaux personnages.

La rencontre d'Yvonne Toussaint de Quievrecourt scellera le frémissement de la grâce,  l'impérieuse quête de pureté, l'évidence d'une passion qui ne le quittera ,sa vie durant. Il ne la reverra que quelques années plus tard, mariée, maman de deux enfants ..réactivant pour l'occasion  "l'ineffable nostalgie d'un amour impossible" 

Périple en Angleterre, souvenirs de jeunesse, amitiés, liaisons féminines contraintes, premiers pas professionnels  et voyage au coeur de son intériorité sont les axes d'un roman de roman... très documenté.

Une nouvelle lecture du Grand Meaulnes s'impose,  qui nous permettra de savoureur le travail de Jean-Christian Petitfils à sa juste valeur.

AE

Le frémissement de la grâce. Le roman du Grand Meaulnes, Jean-Christian Petitfils, essai, Fayard,  septembre 2012, 264 pp, 18 €

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Rentrée littéraire, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

28 09 12

Moelleux et tendre comme une madeleine...

   book_3.jpg Lors d'une promenade avec sa mère sur les rives de la Solène, le jeune adolescent de 13 ans aperçoit à la dérobée la femme qui peuple ses rêves les plus exquis. Allongée sur l'herbe, elle est tout entière absorbée par sa lecture. A regret, il poursuit son chemin sans mot dire. A son retour, elle n'est plus là, mais sur le sol est resté son livre au doux parfum d'iris. Il s'en empare comme d'un trésor.

     Chaque jour, lui qui jusqu'alors boudait la lecture se glisse avec délice dans les pages de cet opus de Proust, Du côté de chez Swann , bercé par les fragrances d'iris. Ce livre, son livre, est le pont par lequel il la rejoint, elle dont le regard a caressé ces mêmes lignes, elle dont les lèvres ont susurré ces mêmes mots. Un pont vers la femme aimée mais aussi un pont vers la littérature, vers d'autres univers, d'autres histoires, d'autres lieux. Un enchantement.

     Paola jubile. Elle a la confirmation de ce qu'elle a toujours pressenti au sujet de son fils: la littérature est bien l'univers de celui qui sera, elle en est intimement convaincue, un grand écrivain. Le père, lui, s'inquiète : lire Proust à cet âge est étrange et pourrait avoir une mauvaise influence sur le petit. N'a t-il pas découvert en effet l'inclination de Proust pour les hommes?

     Mais ce qui semblait séparer camps maternel et paternel va contre toute attente les réunir. Quand tombe la terrible nouvelle, c'est Proust qui va voler à leur secours, Proust autour duquel ils vont se retrouver. Plus de temps à perdre. Il faut savourer l'instant présent. Vivre pleinement. Le temps qu'il reste...

 

     Dès les toutes premières lignes, Paul Vacca érige un pont d'encre et de papier que le lecteur emprunte avec une ineffable émotion. On savoure chaque phrase, chaque mot gorgé de tendresse comme une moelleuse madeleine, témoins bien plus que lecteurs de ces émois adolescents, du basculement de l'insouciance à la tragédie.

     Nul doute que la petite cloche au son grêle, si poétique, continuera à résonner chez les lecteurs bien longtemps après sa lecture grâce à sa mélodie aussi vibrante que belle... MAGNIFIQUE!

 

 

P. 125 : Ne pas laisser le quotidien devenir quotidien.

P. 21 : Un frisson me parcourt. Ce n'est pas un livre, c'est son livre. Ce ne sont pas que des phrases, ce sont les phrases qu'elle a lues, son regard les a parcourues, sa bouche les a prononcées. Ces lignes pleines et serrées, je ne cherche même pas à en percer le sens. Je sais avec certitude qu'elles renferment ce qui lui plaît. Je sens que j'ai sous les yeux la clef qui me permettra, enfin, de pénétrer dans le monde mystérieux des femmes.

 

La petite cloche au son grêle, de Paul Vacca. Éditions Philippe Rey, 2009. 182 P., 16€.

Karine Fléjo

Écrit par Karine Fléjo dans Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

24 09 12

Trois ombres au soleil...

troisombresrecto.jpgUn drôle de rendez-vous, des coïncidences, trois vies bien différentes qui se rencontrent... Un homme, deux femmes, qui vivent ensemble des aventures extraordinaires...

Il y a Loïc, un jeune homme à la recherche d'un boulot "qui fait n'importe quoi". Il y aussi Sofia, une belle étudiante blonde qui travaille pour payer ses études et, enfin, Marie, une vieille dame qui a bien vécu... Bref, trois personnalités opposées, discrètes qui se rencontrent au coeur du quartier bruxellois du Châtelain... La vieille dame joue tantôt le rôle de maman avec ses deux compères, tantôt, les rôles s'inversent et c'est elle qui revit une seconde jeunesse...  "Nous étions faits pour nous rencontrer lui et moi." Sofia, la jolie blonde, joue une fois le jeu d'amante, une autre fois le jeu de la bonne copine... Et enfin, Loïc a le coeur qui balance entre ces deux femmes. Avec la première il (re)vit des moments manqués, avec la seconde, une belle histoire... 

Ensemble, ils vont partager un quotidien différent, VIVRE pleinement ces moments qui ne sont qu'à eux. 

Bref, Trois ombres au soleil, c'est une histoire drôle, touchante, parlante, mystérieuse et surtout vraie... Le manque de description des personnages laisse place à l'imaginaire du lecteur. On vit, on partage un peu la vie de ces trois amis! L'intrigue tient le lecteur en haleine jusqu'à la dernière page...

Oeuvre d'un jeune auteur bruxellois, Trois ombres au soleil  est le premier roman de John.Henry.

Rencontre.

Qu'est ce qui vous a poussé à vous lancer dans l'écriture?

J'ai eu une révélation en voyant Stromae. Il était en cours avec moi et j'ai vu qu'il arrivait à percDSC_0434.JPGer. J'ai toujours eu l'impression qu'on venait chercher les gens en leur disant qu'ils allaient devenir des stars mais pas du tout. Alors je me suis dit, s'il y arrive pourquoi pas moi, et je me suis lancé! Je cherchais du travail et j'avais du temps donc j'ai commencé à écrire.

D'où vous vient l'inspiration?

Il y a beaucoup de vécu par exemple pour les lieux, je n'habitais pas loin, il y a aussi des histoires entendues. Au début, ça partait dans tous les sens, j'avais du mal à canaliser l'histoire car j'avais beaucoup de choses à raconter! Rien n'était programmé, j'écrivais au fur et à mesure.

Il y aussi des liens avec l'actualité?

Oui notamment avec la Tunisie... Mais j'ai écrit mon livre avant le printemps arabe.

Une anecdote, un souvenir particulier?

Il y a quelque chose de drôle... Dans mon livre, je parle par exemple des initiations à l'informatique pour les personnes âgées. Quand j'ai travaillé en tant que journaliste après avoir écrit mon livre, j'ai fait un reportage là-dessus. Autre coïncidence, le restaurant tunisien dont je parle dans mon livre existe bien. J'ai présenté le patron comme un militant mais sans vraiment le connaître... Et puis, j'ai croisé le vrai patron dans une manifestation... Il y a des choses qui se sont révélées après, la réalité qui revenait par rapport au roman... Souvent c'est l'inverse!

Au début du roman, vous conseillez à vos lecteurs de le partager, de le prêter...

Oui c'est un concept un peu différent. Ce n'est pas un bouquin comme les autres, il est publié dans une petite maison d'édition et je voulais le faire exister. Je propose aux lecteurs de le partager avec les autres, je pense que pour exister, il faut être lu et c'est ce que je veux, je veux qu'il soit lu un maximum.  J'ai envie de montrer aux lecteurs que c'est plus compliqué pour un jeune auteur de se faire connaître. J'ai d'ailleurs abandonné deux romans dans des lieux publics de Bruxelles et j'espère que les gens se le donneront.

Trois ombres au soleil, John.Henry, éditions Cholé des Lys, 2012, 274pp, 25€.

Intéréssé? Contactez l'auteur par mail à l'adresse: jhbrichart@gmail.com.

A noter: L'auteur sera en séance de dédicace lors du salon du livre de Marchienne (Charleroi) les 12 et 13 octobre prochains.

 

Écrit par Gwendoline Fusillier dans Belge, Romans | Commentaires (2) |  Facebook | |

20 09 12

Un bouc émissaire

 tais_toi_et_meurs_01.jpg La France, une terre riche en promesses, le sol d'un futur possible pour Julien Makambo et ses frères. Du moins est-ce leur perception depuis le Congo. Muni de faux papiers, il décide donc de tenter sa chance. Et de débarquer sous l'identité de José Montfort à Roissy, où l'attend Pedro, figure de proue du milieu congolais, l'homme qui incarne la réussite entre tous à Paris. « Les jeunes rêvaient de lui ressembler, c'est à dire venir en France, porter de beaux vêtements et descendre au pays pendant la saison sèche pour impressionner la population. »

     Pedro le prend sous son aile, tel un grand-frère. Un abri rue du Paradis où ils s'entassent à sept dans un petit logement, des combines souterraines avec des vols de chéquiers, une nouvelle identité, José Montfort devient le bras droit de son mentor, lui est redevable. Mais cette économie parallèle ne leur permet plus de vivre, crise oblige. Il emboîte alors le pas à Pedro pour une mission mystérieuse censée leur rapporter gros. Mais en ce vendredi 13, rue du Canada, l'affaire tourne mal. Sous ses yeux, le contact de Pedro, une jeune femme blonde, est défenestrée. Les témoins de la chute repèrent Julien. Un homme de race noire dans les parages, c'est forcément suspect. Coupable facile?

     La chasse à l'homme commence. Les esprits s'échauffent. La question de l'immigration en France revient au coeur de l'actualité. Makambo, dont la signification du nom en lingala est « les ennuis » est arrêté. Dans sa cellule, il écrit son histoire.

     Pedro viendra t-il à son secours? Les siens agiront-ils en frères protecteurs? Est-il le bouc émissaire des seuls locaux à l'égard des étrangers ou l'est-il aussi de ceux du milieu congolais? Quelles sont les règles? Quelles sont ses chances d'en sortir?

     Dans ce roman noir, Alain Mabanckou nous dresse un portrait édifiant de ces immigrés à Paris, des moyens à leur disposition pour subsister à travers une économie parallèle, de leur quotidien bien éloigné du rêve qu'ils en avaient . L'occasion de dénoncer les préjugés racistes auxquels ils doivent faire face, de pointer cette facilité avec laquelle on juge, sans savoir, sans vouloir savoir, sans comprendre...

     Un thriller haletant doublé d'une étude sociologique saisissante.

Tais-toi et meurs, de Alain Mabanckou, éditions la Branche, septembre 2012, 221 P., 15€.

Karine Fléjo

Écrit par Karine Fléjo dans Rentrée littéraire, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

12 09 12

Un antidote contre la morosité!

9782350872063.jpg24 décembre. Veille de Noël. Martin Ladouceur semble avoir tout pour être heureux. Star de hockey, adulé des patinoires, récemment transféré dans la grande équipe des Canadiens de Montréal, il lui a toujours suffi de désirer pour obtenir, de murmurer pour être écouté, de vouloir pour avoir. Et pourtant. Pourtant, en ce jour de réveillon, Martin n'a pour seule compagne qu'une redoutable solitude. « Tu verras, Ladouce, tu finiras seul, tout seul ». Ce qu'on lui avait prédit est arrivé.

     Ses troisièmes mi-temps avec des femmes d'un soir et ses fêtes sulfureuses imbibées d'alcool, sont devenues presque plus célèbres que lui. Sur le déclin, ce milieu de requins qui l'a tant loué ne lui fait aucun cadeau. « C'est de plus en plus dur. Il faut être toujours le plus fort. Surtout qu'arrivé tout en haut, ceux qui t'admirent d'en bas n'ont pour seule ambition que de te faire trébucher pour prendre ta place. »

     Et s'il s'était trompé dans sa quête de bonheur? Pas de compagne à ses côtés, pas d'enfant, pas d'ami véritable, il réalise n'avoir été aimé que pour ses prouesses sportives. Un amour conditionné au nombre de buts marqués et donc révocable.

     Mais tandis que ce réveillon s'annonce pour le moins désenchanté, l'irruption d'un petit garçon de 7 ans dans sa chambre d'hôtel va tout bouleverser. Le coeur de la terreur des patinoires ne reste pas de glace. Et de se poser la question de la paternité, de son désir d'enfant. Naît-on père ou le devient-on? Peut-on parler d'instinct paternel? Et si le bonheur véritable se trouvait dans la capacité à aimer et à être aimé pour ce que l'on est et non pour ce que l'on paraît?

 

     Dans ce roman délicieusement tendre, Pierre Szalowski, joliment qualifié de « bonheuraturge », nous offre un concentré de douceur, de sensibilité et de drôlerie. Mais qu'est-ce que tu fais là, tout seul?  est une petite philosophie du bonheur à lire sans modération, à relire, à offrir.

     Un coup de coeur!

 

P.155 : "L'innocence de l'enfance, c'est cette faculté de se persuader que rien n'est impossible, de croire à la magie sans qu'intervienne la raison" .

Mais qu'est-ce que tu fais là, tout seul?, de Pierre Szalowski, aux Editions Héloïse d'Ormesson, aout 2012. 265 P., 19€.

Karine Fléjo

Écrit par Karine Fléjo dans Rentrée littéraire, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

10 09 12

Un enthousiasme automnal...

9782226242983.jpgTrois septembre. Le sol s'ouvre sous les pieds de Yaël. Son mari la quitte. Pour une autre femme. Une de ses amies de surcroît. Comme les feuilles au dehors, elle tombe. Une chute vertigineuse dans le chagrin, le repli sur soi, la douleur de la trahison. Seule la présence de son fils Simon, trois ans, en garde alternée, rythme encore sa vie. A la quarantaine à peine passée, Yaël s'interroge sur son existence : « C'est quoi pour toi la quarantaine? » demande t-elle inlassablement à ses amies.

     Qu'est-ce que la quarantaine en effet, pour Yaël? L'âge de l'effondrement de son couple, le mi-parcours de son chemin de vie, ou l'aube d'une nouvelle vie?

     Au fil des saisons, Yaël consigne dans son journal la couleur des sentiments qui l'animent. Automne, hiver, printemps, été, ce n'est pas la vie qui continue, c'est une nouvelle vie qui commence. Peu à peu, la jeune femme s'ouvre aux autres, trouve des écho à son ressenti dans la littérature, étend le cercle de ses relations, élargit la palette de ses sentiments. Et découvre la saveur de cette liberté toute neuve, le bonheur de vivre pleinement l'instant présent. Comme une sève nouvelle qui la parcourt.

 

     Un roman plutôt agréable, mais qui a suscité en moi un enthousiasme automnal plus que printanier...

 

P. 40 : La colère protège aussi, elle préserve de la souffrance si aigüe qu'elle en tue, elle en diffère l'effet, elle permet au poison de s'infiltrer dans le sang de manière moins brutale.

Les arbres ne montent pas jusqu'au ciel, de Marianne Rubinstein, aux Editions Albin Michel, aout 2012, 197 P., 19€.

Karine Fléjo

 

Écrit par Karine Fléjo dans Rentrée littéraire, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

03 09 12

A lire sans plus...patienter!

megnin.jpgLui est gynécologue à Paris, dans le paisible quartier de la place Saint-Sulpice. Mais elle, qui est-elle? Quand elle vient le consulter, leur seul échange de regards dans la salle d'attente fait naître en lui un malaise. Cette femme n'est pas une patiente comme les autres. Il le pressent. Il le sent. Il le sait.

     Sans savoir pourquoi.

 

     De fait, à peine entrée dans le cabinet, elle décoche une première flèche : « Gynécologue, c'est un choix un peu étrange pour un homosexuel, non? ». Cible de l'intimité atteinte en plein cœur. Mal-être palpable. Comment sait-elle pour lui et David? Elle paraît tout connaître de lui. Lui ne sait d'elle que son nom : Camille D. Déstabilisé, intrigué, le médecin évite de la contrarier. Peur que d'un seul mot, d'un seul regard, elle ne le vise à nouveau. Effrayé, conscient de son ascendant sur lui, situation pour le moins inhabituelle dans le rapport soignant-soigné, il redoute ce qu'elle pourrait lui dévoiler de sa vie, de celui qu'il aime et réalise ne pas connaître aussi bien que cela.

     Mais quoi qu'il fasse, quoi qu'il dise, il sait ne plus pouvoir lui échapper. Elle le tient. Elle est entrée dans sa vie par effraction et semble décidée à tout piller.

 

     Une intrigue captivante, une tension inouïe, un style redoutablement efficace, Jean-Philippe Mégnin fait de nous les victimes consentantes et ravies d'une lecture en apnée.

A lire sans plus patienter!

 

P.89 : La souffrance, ça fonctionne par étape. Ce n'est pas un sentiment. Souffrir, c'est prendre conscience, petit à petit, des différentes composantes de la douleur.

P. 112 : La difficulté, ça ne tue que les sentiments superficiels, les vrais, ça les renforce...

La patiente, de Jean-Philippe Mégnin, aux Editions Le Dilettante. Aout 2012, 160 P., 15€.

Karine Fléjo

Écrit par Karine Fléjo dans Rentrée littéraire, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

03 09 12

Ceci (n')est (pas) une Belgique…

Le bonheur des Belges.gifIl se confirme au fil de ses publications que Patrick Roegiers est bien l'un de nos plus grands auteurs, qui manie la langue française avec un brio époustouflant et construit ses textes en virtuose de l'architecture du verbe.

Dans son roman intitulé Le bonheur des Belges qui vient de paraître chez Grasset à Paris et qui constitue sans conteste un ouvrage majeur de la rentrée littéraire, il fait en outre preuve d'une imagination débordante, alliée à un esprit d'analyse d'une grande acuité pour proposer le pendant hilare du fameux Chagrin des Belges de Hugo Claus et pour décrypter à sa manière la mort de la Belgique de Papa et l'effondrement progressif du pays le plus improbable du monde, mais aussi le plus original et l'un des plus productifs qui soient sur le plan de l'imagination artistique, culturelle et... politique.

Se livrant à un jeu de massacre des plus désopilants, Patrick Roegiers y appelle à la barre, à travers le récit fantasmagorique, allumé et bondé d'anachronismes livré par un héros de onze ans sans prénom ni parents (on lui donne du « Vilain Flamand »), des témoins de la belgitude aussi variés que Yolande Moreau en mère assassine, Victor Hugo à Waterloo lors d'une reconstitution de la bataille, Jacques Brel qui chante la naissance du pays avec la Malibran, les quatre fils Aymon en visite à l'Exposition Universelle de 1958, le collaborateur fasciste Léon Degrelle se prenant pour Tintin, mais aussi Pieter Bruegel, Thyl Ulenspiegel, le Manneken-Pis, Henri Conscience, Guido Gezelle, Verhaeren, Maeterlinck, Verlaine, Nadar, le Père Damien, Adolphe Sax, James Ensor, Maurice Grevisse, Ghelderode, Magritte, Simenon, Marguerite Yourcenar, Eddy Merckx, Maurice Béjart, Albert Frère, Dirk Frimout, Toots Thielemans, Johnny Hallyday, Adamo, Sœur Sourire, Plastic Bertrand, Benoît Poelvoorde, Hercule Poirot, Bob et Bobette, Gaston Lagaffe (ainsi que Bart De Wever et Marc Dutroux !) ou Hugo Claus himself, sans oublier les mythiques références au Tour des Flandres cycliste, aux batailles des Éperons d'or et de l'Yser... ainsi que l'érection d'un « mur de betteraves » séparant Flamands et Francophones !

Un fameux bazar !

Bernard DELCORD

Le bonheur des Belges par Patrick Roegiers, Paris, Éditions Grasset, mars 2012, 452 pp. en noir et blanc au format 14 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 22,00 € (prix France)

Écrit par Brice dans Bernard Delcord, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

02 09 12

Un homme passe sous la fenêtre....

cvt_Nous-etions-faits-pour-etre-heureux_4444.jpeg"C'est étrange comme il suffit d'un rien pour qu'une vie se désaccorde, elle aussi, que notre existence, tellement unique, précieuse, perde son harmonie et sa valeur."

A ceci près qu'un rien, c'est quelque chose.

Sans cela, Serge, brillant sexagénaire, doté d'une belle, aimante et jeune femme, Lucie, de deux bambins adorables, Théo et Chloé, d'une situation aisée - il est agent immobilier - et de migraines effroyables, n'aurait pas remarqué Suzanne,  narratrice, quadragénaire un peu fanée, accordant sa vie à celle d'Antoine, son mari et à ces pianos dont elle restitue l'harmonie.

Car, et c'est sans doute, la clé.. de voûte de ce roman, subtil, complexe, "olmien" dans toute son ampleur, la vie est une partition dont il faut (tenter de)  trouver le juste accord.

Charles Gounod et son Air de Valentin ("Avant de quitter ces lieux...", Faust), Franz Liszt et sa célèbre sonate en Si mineur (un penchant perso pour  l'interprétation de Georges Cziffra...) impriment à une lecture déjà riche de sens, de parfums et de couleurs, une atmosphère particulière, émouvante, attachante.

Passerelle d'un retour sur enfance d'un homme qui s'est trompé d'octave, Suzanne se donne à Serge, voit son couple voler en éclats-  "Je ne lui ai pas dit que ma vie avait été sauvée, et perdue, grâce à lui." - mesurant par le biais des confidences dont elle est la dépositaire, le mystère et l'imperfection cruelle de leur relation amoureuse. 

" Je suis cette femme qui se retourne et s'en va.Se perd pour la première  fois. Dans son propre quartier. Je marche, et les rues que je laisse derrière moi s'écroulent en silence."

Apolline Elter

 Nous étions faits pour être heureux, Véronique Olmi, roman, Albin Michel, août 2012,  230 pp, 18 €

 Billet de faveur

AE : «  Nous étions faits pour être libres, nous étions faits pour être heureux », le poème de Louis Aragon ( « Un homme passe sous la fenêtre et chante ») consacre l’échec de la jeunesse, votre roman, une culpabilité enfantine insidieuse et destructrice, un drame de la filiation. La vie est-elle une musique dont la partition s’écrit de l’encre indélébile de l’enfance ?

Véronique Olmi : L'enfance est fondatrice, mais nous pouvons dépasser, adultes, les traumatismes et les blessures qui y sont parfois liés. Ainsi, nous ne serons pas victimes, mais conscients et agissants. Bien sûr, cela est possible si nous ne nous mentons pas à nous-mêmes, si nous acceptons d'être lucides, ce qui n'est pas simple.  

 AE : Une figure émerge, lentement, parmi les protagonistes du roman : celle de Lucie, l’épouse de Serge, jeune, belle, aimante ; comblée de deux enfants et d’un mari fortuné qui n’entend rien lui refuser. Elle semble lisse, heureuse, lumineuse, soucieuse d’accorder son humeur à celle de son mari…une vraie icône des années soixante. Dans la souffrance, elle fait front, honnête et digne car elle ne triche pas. Cette pureté la rapproche de Suzanne, sa rivale,… une propension au sacrifice, aussi ?

Véronique Olmi: J'espère qu’aucune des deux ne se sacrifient. Ce sont des femmes libres. Chacune quitte son mari, tout de même ! Elles ne sont simplement jamais dans l’aigreur ou la mesquinerie, elles souffrent mais sans être rivales, elles sont trop intelligentes pour ça.

AE : Acteur majeur de l’histoire, le piano lie de ses cordes – et nœuds - tous les personnages du roman. Son clavier symbolise la vie et cette musique que chacun tente de (se) composer. Jouez-vous de cet instrument?


Véronique Olmi: J'aimerais bien. Mais non. Hélas. Je l’écoute, beaucoup, il m’accompagne, mais je suis toujours sur le fauteuil de l’auditrice, jamais sur le tabouret de piano !

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Rentrée littéraire, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

27 08 12

Telle mère, telle fille!

206628_201442319888094_117386424960351_589355_6475342_n.jpgC'est avec grand plaisir que l'on retrouve Sophie Kinsella pour la suite des péripéties de Becky, l'accro du shopping... Après les confessions d'une accro du shopping, l'accro du shopping à Manhattan, dit oui, a une soeur, attend un bébé... Cette fois l'on retrouve Minnie... La jeune enfant du couple Bloomwood-Brandon... Une adorable petite fille déjà accro... au shopping!

Agée d'à peine deux ans, cette petite a déjà un caractère bien trempé et sait ce qu'elle veut! Elle est capable de retourner un magasin si elle n'obtient pas ce qu'elle désire! Capricieuse certes mais une petite fille adorable en fin de compte... Que l'on imagine aisément vêtue des plus grandes marques choisies par sa mère attentionnée. A deux, elles forment un duo de choc qui ferait bien tourner la tête de Luke, le seul homme de la maison.

Le sixième volet de cette série culte nous racontes une fois de plus les aventures hilarantes et émouvantes de Becky, pour qui la vie n'est pas toujours très rose. Des idées folles, une organisation de géant, des situations cocasses mais aussi quelques déceptions... Une nounou trop parfaite pour garder le petit diable, une maison de rêve qui leur passe sous le nez, un air de crise financière qui empêche de faire du shopping...Mais heureusement, Becky a TOUJOURS la solution!

Bref, un roman drôle, émouvant auquel on s'accroche du début à la fin... Un tome 7? D'après moi, le sixième opus laisse penser que oui.

Mini-accro du shopping, Sophie Kinsella, éd. Belfond, Mai 2011, 480pp, 19,30€.

Écrit par Gwendoline Fusillier dans Humour, Poche, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |