21 06 12

Un roman qui déménage !

cartons.jpg

     Peu de temps après qu'Emma ait emménagé dans son coeur, tous deux décident de déménager. Plus exactement, Brice ne trouve pas la force de s'opposer au désir de la femme qu'il aime, cette belle et pétillante journaliste de 20 ans sa cadette. Car s'installer dans cette immense maison de campagne ne l'enthousiasme guère. A défaut d'être emballé, il emballe les affaires.

     Un déménagement n'est pas une mince affaire. A fortiori quand il faut le gérer seul. Brice se trouve face à une véritable catastrophe naturelle... Emma, journaliste reporter, est en effet en mission en Egypte lors du grand départ.

     Cuisine, Salle de bains, Vêtements, Livres , mais aussi toute une série de cartons annotés Divers,sont débarqués dans le garage de la nouvelle demeure. Une montagne cartonnée que Brice attend le retour d'Emma pour descendre.

     Sauf qu'Emma tarde à donner signe de vie.

     Sauf que Brice ne peut accepter les raisons de son silence.

     Alors il dresse le camp dans le garage, se creuse une vallée au cœur de sa montagne, installe un lit de camp près de la chaudière. Et tient le siège en attendant Emma.

     Une descente aux enfers au milieu des cartons éventrés que même l'intervention de l'excentrique voisine, Blanche, ne parviendra pas à enrayer. Devant, derrière, à droite, à gauche, puis... dessous, les cartons sont partout.

 

     Dans ce roman publié à titre posthume, on retrouve tout le génie dramatique de l'auteur, son excellence à peindre avec minutie et réalisme les scènes du quotidien, à dessiner les atmosphères sombres sous le pinceau de sa plume, à enluminer ses tableaux de drames humains.

     Un roman à l'humour d'une noirceur d'ébène qui emballe et déménage!

Cartons, de Pascal Garnier, Éditions Zulma- février 2012. 185 P., 17,50€.

Karine FLEJO

 

Écrit par Karine Fléjo dans Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

20 06 12

Le roman de l'été

Thierry CohenCela fait des années que sur Nostalgie, nous avons attiré l'attention du public sur cet auteur, Thierry Cohen, qui dès son premier avait fait très fort. J'aurais préféré vivre s'est d'ailleurs retrouvé dans les listes des meilleures ventes en poche.

Si tu existes ailleurs possède comme ses prédécesseurs toutes les qualités pour être dans le peloton de tête des romans de l'été. A vous de le découvrir, c'est le jeu de la littérature.

Cet entretien enregistré pour Pop Culture vous permettra également de prendre la mesure de l'homme authentique qu'il est. Podcast intégral.


podcast


podcast

Écrit par Brice dans Brice Depasse, Podcasts, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

15 06 12

Une lecture à vivre!

c150morteE_v2.jpg

     La vie est une succession de morts. Mourir de faim, de honte, d'ennui, de désir, d'impatience, de jalousie, de culpabilité, de chaud, d'angoisse, de chagrin, de froid, de rire... Ne passons-nous pas notre vie à succomber à un trop-plein d'émotions? Si, mais pour mieux en ressusciter. Parfois.

     C'est le cas des héroïnes de ces nouvelles. Des femmes qui vivent pleinement, intensément. Des femmes qui s'exposent, jusqu'au-boutistes. Des éponges qui absorbent aussi bien les joies que les peines, éclatent de rire comme explosent en larmes. Des femmes entières. Des femmes vivantes.

     Tout commence par la mort de l'enfance. Premier amour. Premier rapport sexuel. Fin de l'innocence sans pour autant connaître « la petite mort. » Rien ne sera plus comme avant. Ce n'est que le début d'une longue série de passages à trépas que Marie-Christine Buffat passe en revue avec une plume d'une vivacité extraordinaire, d'une sensibilité vibrante, encrée à l'humour noir.

     Trop de rondeurs? Et c'est le régime, la faim qui tenaille, la jubilation des kilos perdus...et le spectre de l'anorexie qui menace. Ou quand le diktat de la mode, le regard des autres peuvent s'avérer fatals. Et l'autre faim, celle de l'âme? La fillette, morte de peur face à un père violent, se fait plus sage qu'une image, soucieuse d'obtenir le visa du coeur de son papa, de fouler ce territoire tant convoité. Faim d'amour. Mais la violence paternelle la laissera t-elle passer la frontière?

     On s'engouffre dans le sillage de la plume de l'auteur, véritable caméléon des émotions de ses personnages, de la fillette à la femme d'âge mur, en passant par toutes les saisons de l'existence. Car Marie-Christine Buffat, avec la force vitale de son écriture, le degré d'intimité qu'elle sait d'emblée créer entre les héroïnes et le lecteur, nous fait décoller sur les ailes de sa plume... pour mieux nous faucher par ses chutes. Chaque nouvelle en effet nous cueille en plein vol par son issue inattendue, fatale parfois, bouleversante souvent, inattendue toujours.

 

     N'ayez pas peur de vous retrouver face à un livre morbide, car il ne l'est pas. C'est au contraire un condensé de vie, de rires, de larmes, d'émotion dans toutes ses acceptions.

     Vous ne risquez qu'une seule chose : succomber au talent de l'auteur. Une bien jolie mort, non? C'est mon cas, et j'ai même ressuscité pour vous en parler!

 

P. 7 : « Souvent j'ai ri, beaucoup,très fort, alors qu'à l'intérieur, on discernait quelque bruit d'éclat, de choses fragiles qu'on brise. Souvent, j'ai pleuré, heureuse et soulagée, tandis que je caressai du regard ou de la main l'objet de mon émoi. »

Le nombre de fois où je suis morte, de Marie-Christine Buffat. Editions Xénia, Juin 2012, 120 P., 13€.

Karine FLEJO

Écrit par Karine Fléjo dans Romans | Commentaires (1) |  Facebook | |

13 06 12

Une jeunesse dealée

des_chiffres_et_des_litres_01.j_1.jpg

      1998 à la Plaine Saint-Denis. La construction du Stade de France est achevée. Tout est prêt pour accueillir la coupe du monde de football. Zidane et les Bleus font rêver. Les sommes d'argent colossales qu'ils gagnent aussi. Beaucoup. Mais est-il besoin de mettre des chaussures à crampons pour se faire de l'argent?

      A Saint Denis, la guerre pour contrôler le trafic de drogue est ouverte. Caïds notoires et dealers novices s'affrontent. Parmi eux, Hachim, un adolescent brillant à l'école, passionné de hip hop, qui avait jusqu'alors pour projet de devenir journaliste. Une voie toute tracée, loin des chemins de la délinquance, des règlements de compte entre bandes rivales, du sang, de la violence.

      Cependant est-on maître des ses choix de vie quand on évolue dans un tel contexte? Peut-on résister à l'appel de l'argent facile, à la fascination exercée par les gros caïds du quartier? Sa soeur Sarah tente d'éveiller sa conscience. Des conseils dont l'ado n'a que faire. Sa famille n'est plus celle du sang, mais celle de la drogue, du deal. Un monde qui n'a rien d'i-deal-lique.

      Règlements de compte, combats de chiens, passages en taule, tabassages, flics ripoux, Hachim glisse ses pas dans les empreintes de son mentor, Houssine. Jusqu'à cette destination ultime dans la violence : c'est à son tour de tuer. Et de trembler. Et de réaliser que ce chemin de traverse n'est pas fait pour lui. Lui, Hachim, le tendre. Mais peut-il reculer?

      Rachid Santaki, dans un style très maitrisé, nous offre ici un roman poignant sur le destin d'un adolescent qui avait « tout pour réussir ». Édifiant, passionnant, bouleversant.

P. 224 : « J'ai dealé ma jeunesse contre le trafic, les soucis, la vengeance, le fric. Mes pensées se bousculent comme les usagers de la ligne 13 aux heures de pointe. J'avais tout pour briller, j'ai tout raté. »

Des chiffres et des litres, de Rachid Santaki. Éditions Moisson Rouge, mars 2012. 239 P., 16, 50€.

Karine FLEJO

Écrit par Karine Fléjo dans Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

12 06 12

Didier van Cauwelaert, invité dans Nostalgie Pop Culture

 

Didier van cauwelaert, double identité

Podcast brut et intégral de l'entretien de Didier Van Cauwelaert avec Brice Depasse réalisé pour son émission Nostalgie Pop Culture.

Il y est question de Double identité, son nouveau roman et de l'adaptation de "Hors de moi" qui a donné l'an dernier le film "Sans identité".


podcast

11 06 12

Vous avez dit bonheur?

9782081278943.jpg

      « Mon indépendance financière, mon indépendance tout court, avait été et restait une règle, que dis-je, le socle de mon parcours de vie. » (P23). La quarantaine passée, la narratrice, divorcée et sans enfant, n'entre pas dans la « norme », celle que lui renvoient ses proches, amis comme famille. Pour eux, il est urgent qu'elle réagisse, se prenne en mains. L'horloge biologique tourne, la vie de solo n'est pas une vie. Certes, elle a socialement bien réussi, a un travail passionnant et prenant, mais sa vie privée? Pas de compagnon, pas de bébé, donc une vie privée qui rime pour eux avec privée de vie. Pourtant les exemples que ces couples lui offrent, à commencer par ceux de ses deux meilleurs amis, Marc et Ben, ne sont pas enviables.

      Elle prend donc le parti de les laisser dire, sûre de savoir ce qui est bon pour elle, dussent les autres ne pas comprendre ses choix. Jusqu'à ce qu'une rencontre ébranle ses jolies certitudes... Dès lors, elle perd sa légendaire sérénité. Une belle impatience la gagne. L'attente d'un signe de Lui mobilise toute son attention, cristallise toutes ses pensées.

      Au même moment, la maladie frappe Marc. Le pronostic vital est engagé. Le trio amical se resserre et fait front. Et les priorités de l'héroïne de changer. Il devient urgent de vivre. Urgent d'aimer aussi?

 

      Dans ce court roman, Annie Lemoine balaie les diktats de la société : la maternité est-elle un devoir, une « fatalité » pour toute femme, sauf à passer pour suspecte? La vie de couple est-elle LA seule voie de l'épanouissement? Et si nous étions la meilleure des compagnies pour nous-mêmes? Mais au fait, que valent nos certitudes?

      Un roman agréable sur ce bonheur de vivre auquel nous aspirons tous.

La belle impatience, Annie Lemoine. Éditions Flammarion, avril 2012, 177 P., 17€.

Karine FLEJO

Écrit par Karine Fléjo dans Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

01 06 12

Un pour tous, tous pour un !

Jubilatoire!

 

    72247328.jpg La maison de campagne de Ferdinand est bien vide ces deux derniers mois. Son fils, sa belle-fille et surtout ses deux petits fils, P'tit Lu et Ludo dits les Lulus, lui manquent cruellement. Certes, il peut aller les voir, mais ce n'est pas pareil. Sa grande masure bruit du silence de leur absence. Un vide qui a affecté son caractère. Lui autrefois dur à cuire, bourru, est devenu fragile, sensible.

     Une sensibilité qui le rendra réceptif à la détresse de sa voisine, Marceline. Suite à un violent orage, la vieille dame solitaire doit faire face à des infiltrations d'eau énormes, une maison au toit prêt à s'effondrer. Pour les Lulus, la solution tombe sous le sens : leur grand-père n'a qu'à l'inviter à s'installer chez lui. Simple, non? Pour les enfants, oui. Pour les adultes, non. Cela ne se fait pas, un homme qui héberge une femme. Enfin pas trop. Ferdinand réfléchit toute la nuit. Au diable les règles de bienséance, place à la solidarité! Et, puis, ce n'est que provisoire, non? Le temps que la toiture soit réparée. Et Marceline d'emménager dans une des dépendances de la ferme.

     Or non seulement le provisoire va durer, mais à la nouvelle occupante vont s'ajouter Guy le veuf éploré, les soeurs Lumière, une jeune infirmière, un étudiant, des animaux... et puis, Paulette. La ferme vit, vibre, s'anime et s'organise. Un planning, une comptabilité des dépenses et ressources sont même créés, répondant au nom de Solidarvioc . Un nouveau départ est désormais possible pour chacun. Une deuxième chance.

     Alors certes, la vie n'épargne personne, mais l'entraide agit tel un baume lénifiant. Les bonheurs se multiplient et le poids des soucis se divise. « Un pour tous, tous pour un! », tel pourrait être leur credo. 

 

     Barbara Constantine nous offre ici un roman truculent, loin de la caricature et de la mièvrerie. L'entraide intergénérationnelle, la non-fatalité à subir sa vie, cet extraordinaire exemple de prise en charge des personnes âgées par elles-mêmes, sont d'un optimisme contagieux. On rit, on s'émeut, on jubile, on s'attache inéluctablement aux personnages, lesquels nous accompagnent encore bien longtemps, la lecture achevée.

     A lire, à relire, à offrir! Un vrai rayon de soleil !

 Et puis, Paulette..., de Barbara Constantine. Éditions Calmann-Lévy, mai 2012. 312 P., 15,5€.

Karine FLEJO

Écrit par Karine Fléjo dans Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

31 05 12

Drôles de zèbres!

 

     9782350871929.jpg " Lorsqu'on rêve seul, ce n'est qu'un rêve alors que lorsqu'on rêve à plusieurs c'est déjà une réalité. L'utopie partagée, c'est le ressort de l'Histoire." Cette citation d'Elder Camara pourrait résumer la phiosophie de cette très belle fable, Deux zèbres dans la 30ème Rue. Ou comment la douce folie d'un homme, Mahmoud, directeur du Zoo de la joie à Gaza, va être le point de départ d'une mobilisation à l'échelle planétaire.

     Mahmoud, dont les deux zèbres viennent de mourir de faim suite à une offensive israélienne, ne peut se résoudre à priver les enfants de l'attraction phare de son zoo. Et de peindre des rayures sur deux ânes. Si les stries ainsi dessinées ne sont qu'illusion d'optique, la joie des enfants est authentique. Un fait divers qui va susciter la curiosité d'un reporter de guerre américain, James. Plus, elle va provoquer chez lui un véritable électrochoc. Ce journaliste, enfermé dans une cuirasse pour se protéger des horreurs de guerre dont il se fait l'écho, sent une faille s'ouvrir dans son armure. Il voit en cette initiative un message d'espoir puissant et contagieux, retrouve foi en la vie, en l'être humain. Et décide de tout mettre en oeuvre pour aider Mahmoud à faire vivre son zoo. Une alliance à priori improbable entre un américain et un palestinien, que l'intelligence du coeur va rendre possible et ô combien vibrante et belle.

      Mahmoud se rend donc à New York, où James va tout mettre en oeuvre pour lui permettre de rencontrer le consul d'Israël. Il s'agit d'obtenir l'ouverture de la frontière afin que «  l'arche », que tous deux sont en train de constituer, puisse se frayer un passage jusqu'à Gaza.

      De New York à Gaza, de Paris à Berlin, un journaliste, un consultant, une DJ et une artiste peintre vont être touchés par ce noble combat et voir leur vie de couple transformée grâce à lui.

      Cette histoire cocasse, récit humaniste, est une invitation à aller jusqu'au bout de ses rêves, à balayer les préjugés quels qu'ils soient. Une incitation à mettre de la magie dans sa vie, que la talentueuse baguette de Marc Michel-Amadry, qui signe ici son premier roman, rend féérique.

      Un roman qui fait du bien et se lit avec délectation.

P. 11 : «  Sans magie, la vie n'est rien. Sans utopie, le cynisme gagne. »

Deux zèbres sur la 30ème Rue, de Marc Michel-Amadry. Editions Héloïse d'Ormesson, avril 2012, 115 P., 14€.

Karine FLEJO   

 

Écrit par Karine Fléjo dans Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

26 05 12

Une énigmatique prophétie...

  9782081263031.jpgIl lui lâcha la main et traversa la route. Crissements de pneus. Coups de klaxon. Cris. Parvenu sur le trottoir d'en face, l'enfant se retourna. Sa maman gisait sur la route, tuée par une voiture en voulant le rattraper. En une poignée de secondes, son enfance et son insouciance ont été fauchées.

      Trente ans plus tard, la blessure de Noam demeure béante, son sentiment de culpabilité prégnant. Certes, il y a bien eu une éclaircie dans le ciel de son âme sombre, avec ce philosophal amour pour Julia. Mais ce rayon de soleil dans sa vie a été bien fugace. Julia l'a quitté. Et sa vie de n'être que survie au milieu de ses vieux démons, de ces angoisses qui l'oppriment comme un étau, de ces manques affectifs qui le privent d'oxygène. Il les consigne dans son carnet de confidences, tente d'exorciser ses maux en les habillant de mots. En vain. Noam se résigne à ce que l'avenir se colore aux teintes noires du passé. Comme une fatalité à laquelle il ne peut échapper.

      Pourtant, les propos étranges de sa nièce Anna, âgée seulement de trois ans, vont provoquer un séisme dans son existence : «  Tu vas mourir du coeur en même temps que cinq autres personnes. » Que veut-elle dire? Faut-il accorder un quelconque crédit à la déclaration de la fillette? D'où lui vient cette soudaine « illumination »? Déstabilisant. Incongru. Effrayant.

      Noam tente de se rassurer. Mais lui qui est déjà hanté par des idées morbides ne peut échapper à ceux de l'annonce de sa mort. Il les rejette à grands renforts de raisonnements, ils lui reviennent tel un boomerang. Et de décider d'investiguer. Et de devenir à ce moment-là acteur de sa vie. Enfin.

      Une psychologue aux pratiques singulières, Linette Marcus, lui assure que l'annonce de sa nièce n'a rien d'ubuesque mais repose sur une théorie avérée: la prophétie des innocents. Dans notre monde où l'agressivité, la rivalité, la lutte pour le pouvoir se substituent souvent à l'entraide, aux relations pacifiées, à l'amour, les prophètes n'ont pour seul recours que les enfants et les handicapés, âmes nobles et pures par excellence, pour transmettre leurs messages. Anna aurait donc été « élue » pour lui délivrer une vérité.

      Entre mysticisme et cartésianisme, Noam se bat pour découvrir la clef du mystère, retrouver ses cinq autres compagnons d'infortune. Une course contre la montre s'engage dans laquelle le lecteur s'engouffre en apnée. Impossible de reprendre son souffle. Impossible de quitter Noam des yeux. Impossible de reposer le roman avant la fin.

      La construction est magnifique et d'une maitrise remarquable. Cette alternance entre présent et passé, carnet de confidences et propos mystérieux de cette personne qui demeure inconnue jusqu'à la toute fin, est menée avec brio. Ce n'est plus un mais plusieurs mystères qui s'entremêlent, qui attisent tels des soufflets puissants le feu de notre curiosité. On s'embrase avec Noam, on a envie de comprendre, de savoir, on tremble, on s'émeut, on s'attendrit. On devient le caméléon des émotions, riches, véhiculées par l'auteur.

      Pas de doute, Thierry Cohen est un passeur d'émotion extraordinaire. A lire !!!

Si tu existes ailleurs, de Thierry Cohen, aux éditions Flammarion, mai 2012. 19,90€, 328 P.

Karine FLEJO

Écrit par Karine Fléjo dans Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

26 05 12

Rêve de chlore ou... de clore?

 9782709642378-G.jpg     Dans quelques minutes, Alizée va s'élancer pour tenter de remporter la finale du 800 mètres nage libre aux Jeux olympiques. Une place enviée. Place enviable? Moins sûr. Car dans les bassins d'entrainement, loin de l'ébullition des médias, des déclarations énamourées des fans, des sponsors qui louvoient, se cache une réalité autre. Une réalité que l'auteur, ancien reporter sportif, puis nageur de compétition et entraîneur, connaît bien.

     Pas de place au repos, au moindre relâchement. Entraineur, club, sponsors, médias, fans, amis, famille, tout le monde compte sur la nageuse. Derrière sa confiance affichée, Alizée tremble. Ne pas décevoir, être à la hauteur de son image de championne, gagner, gagner, gagner. Et donc s'entrainer, s'entrainer, s'entrainer. Toujours plus vite. En dépit d'inhumaines souffrances. En dépit de l'épuisement.

     Dans la chambre d'appel, la nageuse s'interroge. Que fait-elle là? Rêve de chlore ou de clore? Désire t-elle vraiment cette médaille ou n'est-elle que le pantin du désir des autres, un robot programmé pour avaler les longueurs sans broncher? Ses rêves de conquête, l'ivresse des chronos, le plaisir de nager semblent avoir bu la tasse, voire s'être noyés dans les flots des entrainements sans fin, des efforts à l'extrême à fournir au quotidien, des sacrifices, de la souffrance et de la solitude.

     Dans huit minutes elle sera fixée sur son sort. Dans huit minutes, elle saura si l'angoisse qui l'étreint aura fait place au soulagement.

     Au cours de ces huit minutes, elle va jouer sa vie.

     Un enjeu terrifiant. P.52 : «  L'or sinon la mort, on en revient toujours là. »

     Si le sort d'Alizée se joue en huit minutes, il suffit de huit millièmes de secondes au lecteur pour plonger tête la première dans l'encre des mots de Gilles Bornais. Un univers impitoyable, des mythes qui sombrent, des rêves qui coulent, on nage dans la réalité violente du monde olympique. Si la nageuse aligne les longueurs, le roman de Gilles Bornais n'en souffre aucune. Très belle performance de l'auteur dans cette course de 203 pages qui se lit en apnée.

8 minutes de ma vie, de Gilles Bornais,  aux éditions JC Lattès, mai 2012. 16€, 203 P.

Karine FLEJO

Écrit par Karine Fléjo dans Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |