12 09 12

Un antidote contre la morosité!

9782350872063.jpg24 décembre. Veille de Noël. Martin Ladouceur semble avoir tout pour être heureux. Star de hockey, adulé des patinoires, récemment transféré dans la grande équipe des Canadiens de Montréal, il lui a toujours suffi de désirer pour obtenir, de murmurer pour être écouté, de vouloir pour avoir. Et pourtant. Pourtant, en ce jour de réveillon, Martin n'a pour seule compagne qu'une redoutable solitude. « Tu verras, Ladouce, tu finiras seul, tout seul ». Ce qu'on lui avait prédit est arrivé.

     Ses troisièmes mi-temps avec des femmes d'un soir et ses fêtes sulfureuses imbibées d'alcool, sont devenues presque plus célèbres que lui. Sur le déclin, ce milieu de requins qui l'a tant loué ne lui fait aucun cadeau. « C'est de plus en plus dur. Il faut être toujours le plus fort. Surtout qu'arrivé tout en haut, ceux qui t'admirent d'en bas n'ont pour seule ambition que de te faire trébucher pour prendre ta place. »

     Et s'il s'était trompé dans sa quête de bonheur? Pas de compagne à ses côtés, pas d'enfant, pas d'ami véritable, il réalise n'avoir été aimé que pour ses prouesses sportives. Un amour conditionné au nombre de buts marqués et donc révocable.

     Mais tandis que ce réveillon s'annonce pour le moins désenchanté, l'irruption d'un petit garçon de 7 ans dans sa chambre d'hôtel va tout bouleverser. Le coeur de la terreur des patinoires ne reste pas de glace. Et de se poser la question de la paternité, de son désir d'enfant. Naît-on père ou le devient-on? Peut-on parler d'instinct paternel? Et si le bonheur véritable se trouvait dans la capacité à aimer et à être aimé pour ce que l'on est et non pour ce que l'on paraît?

 

     Dans ce roman délicieusement tendre, Pierre Szalowski, joliment qualifié de « bonheuraturge », nous offre un concentré de douceur, de sensibilité et de drôlerie. Mais qu'est-ce que tu fais là, tout seul?  est une petite philosophie du bonheur à lire sans modération, à relire, à offrir.

     Un coup de coeur!

 

P.155 : "L'innocence de l'enfance, c'est cette faculté de se persuader que rien n'est impossible, de croire à la magie sans qu'intervienne la raison" .

Mais qu'est-ce que tu fais là, tout seul?, de Pierre Szalowski, aux Editions Héloïse d'Ormesson, aout 2012. 265 P., 19€.

Karine Fléjo

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10 09 12

Un enthousiasme automnal...

9782226242983.jpgTrois septembre. Le sol s'ouvre sous les pieds de Yaël. Son mari la quitte. Pour une autre femme. Une de ses amies de surcroît. Comme les feuilles au dehors, elle tombe. Une chute vertigineuse dans le chagrin, le repli sur soi, la douleur de la trahison. Seule la présence de son fils Simon, trois ans, en garde alternée, rythme encore sa vie. A la quarantaine à peine passée, Yaël s'interroge sur son existence : « C'est quoi pour toi la quarantaine? » demande t-elle inlassablement à ses amies.

     Qu'est-ce que la quarantaine en effet, pour Yaël? L'âge de l'effondrement de son couple, le mi-parcours de son chemin de vie, ou l'aube d'une nouvelle vie?

     Au fil des saisons, Yaël consigne dans son journal la couleur des sentiments qui l'animent. Automne, hiver, printemps, été, ce n'est pas la vie qui continue, c'est une nouvelle vie qui commence. Peu à peu, la jeune femme s'ouvre aux autres, trouve des écho à son ressenti dans la littérature, étend le cercle de ses relations, élargit la palette de ses sentiments. Et découvre la saveur de cette liberté toute neuve, le bonheur de vivre pleinement l'instant présent. Comme une sève nouvelle qui la parcourt.

 

     Un roman plutôt agréable, mais qui a suscité en moi un enthousiasme automnal plus que printanier...

 

P. 40 : La colère protège aussi, elle préserve de la souffrance si aigüe qu'elle en tue, elle en diffère l'effet, elle permet au poison de s'infiltrer dans le sang de manière moins brutale.

Les arbres ne montent pas jusqu'au ciel, de Marianne Rubinstein, aux Editions Albin Michel, aout 2012, 197 P., 19€.

Karine Fléjo

 

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03 09 12

A lire sans plus...patienter!

megnin.jpgLui est gynécologue à Paris, dans le paisible quartier de la place Saint-Sulpice. Mais elle, qui est-elle? Quand elle vient le consulter, leur seul échange de regards dans la salle d'attente fait naître en lui un malaise. Cette femme n'est pas une patiente comme les autres. Il le pressent. Il le sent. Il le sait.

     Sans savoir pourquoi.

 

     De fait, à peine entrée dans le cabinet, elle décoche une première flèche : « Gynécologue, c'est un choix un peu étrange pour un homosexuel, non? ». Cible de l'intimité atteinte en plein cœur. Mal-être palpable. Comment sait-elle pour lui et David? Elle paraît tout connaître de lui. Lui ne sait d'elle que son nom : Camille D. Déstabilisé, intrigué, le médecin évite de la contrarier. Peur que d'un seul mot, d'un seul regard, elle ne le vise à nouveau. Effrayé, conscient de son ascendant sur lui, situation pour le moins inhabituelle dans le rapport soignant-soigné, il redoute ce qu'elle pourrait lui dévoiler de sa vie, de celui qu'il aime et réalise ne pas connaître aussi bien que cela.

     Mais quoi qu'il fasse, quoi qu'il dise, il sait ne plus pouvoir lui échapper. Elle le tient. Elle est entrée dans sa vie par effraction et semble décidée à tout piller.

 

     Une intrigue captivante, une tension inouïe, un style redoutablement efficace, Jean-Philippe Mégnin fait de nous les victimes consentantes et ravies d'une lecture en apnée.

A lire sans plus patienter!

 

P.89 : La souffrance, ça fonctionne par étape. Ce n'est pas un sentiment. Souffrir, c'est prendre conscience, petit à petit, des différentes composantes de la douleur.

P. 112 : La difficulté, ça ne tue que les sentiments superficiels, les vrais, ça les renforce...

La patiente, de Jean-Philippe Mégnin, aux Editions Le Dilettante. Aout 2012, 160 P., 15€.

Karine Fléjo

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03 09 12

Ceci (n')est (pas) une Belgique…

Le bonheur des Belges.gifIl se confirme au fil de ses publications que Patrick Roegiers est bien l'un de nos plus grands auteurs, qui manie la langue française avec un brio époustouflant et construit ses textes en virtuose de l'architecture du verbe.

Dans son roman intitulé Le bonheur des Belges qui vient de paraître chez Grasset à Paris et qui constitue sans conteste un ouvrage majeur de la rentrée littéraire, il fait en outre preuve d'une imagination débordante, alliée à un esprit d'analyse d'une grande acuité pour proposer le pendant hilare du fameux Chagrin des Belges de Hugo Claus et pour décrypter à sa manière la mort de la Belgique de Papa et l'effondrement progressif du pays le plus improbable du monde, mais aussi le plus original et l'un des plus productifs qui soient sur le plan de l'imagination artistique, culturelle et... politique.

Se livrant à un jeu de massacre des plus désopilants, Patrick Roegiers y appelle à la barre, à travers le récit fantasmagorique, allumé et bondé d'anachronismes livré par un héros de onze ans sans prénom ni parents (on lui donne du « Vilain Flamand »), des témoins de la belgitude aussi variés que Yolande Moreau en mère assassine, Victor Hugo à Waterloo lors d'une reconstitution de la bataille, Jacques Brel qui chante la naissance du pays avec la Malibran, les quatre fils Aymon en visite à l'Exposition Universelle de 1958, le collaborateur fasciste Léon Degrelle se prenant pour Tintin, mais aussi Pieter Bruegel, Thyl Ulenspiegel, le Manneken-Pis, Henri Conscience, Guido Gezelle, Verhaeren, Maeterlinck, Verlaine, Nadar, le Père Damien, Adolphe Sax, James Ensor, Maurice Grevisse, Ghelderode, Magritte, Simenon, Marguerite Yourcenar, Eddy Merckx, Maurice Béjart, Albert Frère, Dirk Frimout, Toots Thielemans, Johnny Hallyday, Adamo, Sœur Sourire, Plastic Bertrand, Benoît Poelvoorde, Hercule Poirot, Bob et Bobette, Gaston Lagaffe (ainsi que Bart De Wever et Marc Dutroux !) ou Hugo Claus himself, sans oublier les mythiques références au Tour des Flandres cycliste, aux batailles des Éperons d'or et de l'Yser... ainsi que l'érection d'un « mur de betteraves » séparant Flamands et Francophones !

Un fameux bazar !

Bernard DELCORD

Le bonheur des Belges par Patrick Roegiers, Paris, Éditions Grasset, mars 2012, 452 pp. en noir et blanc au format 14 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 22,00 € (prix France)

Écrit par Brice dans Bernard Delcord, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

02 09 12

Un homme passe sous la fenêtre....

cvt_Nous-etions-faits-pour-etre-heureux_4444.jpeg"C'est étrange comme il suffit d'un rien pour qu'une vie se désaccorde, elle aussi, que notre existence, tellement unique, précieuse, perde son harmonie et sa valeur."

A ceci près qu'un rien, c'est quelque chose.

Sans cela, Serge, brillant sexagénaire, doté d'une belle, aimante et jeune femme, Lucie, de deux bambins adorables, Théo et Chloé, d'une situation aisée - il est agent immobilier - et de migraines effroyables, n'aurait pas remarqué Suzanne,  narratrice, quadragénaire un peu fanée, accordant sa vie à celle d'Antoine, son mari et à ces pianos dont elle restitue l'harmonie.

Car, et c'est sans doute, la clé.. de voûte de ce roman, subtil, complexe, "olmien" dans toute son ampleur, la vie est une partition dont il faut (tenter de)  trouver le juste accord.

Charles Gounod et son Air de Valentin ("Avant de quitter ces lieux...", Faust), Franz Liszt et sa célèbre sonate en Si mineur (un penchant perso pour  l'interprétation de Georges Cziffra...) impriment à une lecture déjà riche de sens, de parfums et de couleurs, une atmosphère particulière, émouvante, attachante.

Passerelle d'un retour sur enfance d'un homme qui s'est trompé d'octave, Suzanne se donne à Serge, voit son couple voler en éclats-  "Je ne lui ai pas dit que ma vie avait été sauvée, et perdue, grâce à lui." - mesurant par le biais des confidences dont elle est la dépositaire, le mystère et l'imperfection cruelle de leur relation amoureuse. 

" Je suis cette femme qui se retourne et s'en va.Se perd pour la première  fois. Dans son propre quartier. Je marche, et les rues que je laisse derrière moi s'écroulent en silence."

Apolline Elter

 Nous étions faits pour être heureux, Véronique Olmi, roman, Albin Michel, août 2012,  230 pp, 18 €

 Billet de faveur

AE : «  Nous étions faits pour être libres, nous étions faits pour être heureux », le poème de Louis Aragon ( « Un homme passe sous la fenêtre et chante ») consacre l’échec de la jeunesse, votre roman, une culpabilité enfantine insidieuse et destructrice, un drame de la filiation. La vie est-elle une musique dont la partition s’écrit de l’encre indélébile de l’enfance ?

Véronique Olmi : L'enfance est fondatrice, mais nous pouvons dépasser, adultes, les traumatismes et les blessures qui y sont parfois liés. Ainsi, nous ne serons pas victimes, mais conscients et agissants. Bien sûr, cela est possible si nous ne nous mentons pas à nous-mêmes, si nous acceptons d'être lucides, ce qui n'est pas simple.  

 AE : Une figure émerge, lentement, parmi les protagonistes du roman : celle de Lucie, l’épouse de Serge, jeune, belle, aimante ; comblée de deux enfants et d’un mari fortuné qui n’entend rien lui refuser. Elle semble lisse, heureuse, lumineuse, soucieuse d’accorder son humeur à celle de son mari…une vraie icône des années soixante. Dans la souffrance, elle fait front, honnête et digne car elle ne triche pas. Cette pureté la rapproche de Suzanne, sa rivale,… une propension au sacrifice, aussi ?

Véronique Olmi: J'espère qu’aucune des deux ne se sacrifient. Ce sont des femmes libres. Chacune quitte son mari, tout de même ! Elles ne sont simplement jamais dans l’aigreur ou la mesquinerie, elles souffrent mais sans être rivales, elles sont trop intelligentes pour ça.

AE : Acteur majeur de l’histoire, le piano lie de ses cordes – et nœuds - tous les personnages du roman. Son clavier symbolise la vie et cette musique que chacun tente de (se) composer. Jouez-vous de cet instrument?


Véronique Olmi: J'aimerais bien. Mais non. Hélas. Je l’écoute, beaucoup, il m’accompagne, mais je suis toujours sur le fauteuil de l’auditrice, jamais sur le tabouret de piano !

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Rentrée littéraire, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

27 08 12

Telle mère, telle fille!

206628_201442319888094_117386424960351_589355_6475342_n.jpgC'est avec grand plaisir que l'on retrouve Sophie Kinsella pour la suite des péripéties de Becky, l'accro du shopping... Après les confessions d'une accro du shopping, l'accro du shopping à Manhattan, dit oui, a une soeur, attend un bébé... Cette fois l'on retrouve Minnie... La jeune enfant du couple Bloomwood-Brandon... Une adorable petite fille déjà accro... au shopping!

Agée d'à peine deux ans, cette petite a déjà un caractère bien trempé et sait ce qu'elle veut! Elle est capable de retourner un magasin si elle n'obtient pas ce qu'elle désire! Capricieuse certes mais une petite fille adorable en fin de compte... Que l'on imagine aisément vêtue des plus grandes marques choisies par sa mère attentionnée. A deux, elles forment un duo de choc qui ferait bien tourner la tête de Luke, le seul homme de la maison.

Le sixième volet de cette série culte nous racontes une fois de plus les aventures hilarantes et émouvantes de Becky, pour qui la vie n'est pas toujours très rose. Des idées folles, une organisation de géant, des situations cocasses mais aussi quelques déceptions... Une nounou trop parfaite pour garder le petit diable, une maison de rêve qui leur passe sous le nez, un air de crise financière qui empêche de faire du shopping...Mais heureusement, Becky a TOUJOURS la solution!

Bref, un roman drôle, émouvant auquel on s'accroche du début à la fin... Un tome 7? D'après moi, le sixième opus laisse penser que oui.

Mini-accro du shopping, Sophie Kinsella, éd. Belfond, Mai 2011, 480pp, 19,30€.

Écrit par Gwendoline Fusillier dans Humour, Poche, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

27 08 12

Les fantômes du passé...

Marie-Sizun-Un-l%C3%A9ger-d%C3%A9placement2.jpgHélène (Ellen) habite à New-York depuis 35 ans. Elle a quitté Paris après ses études pour y tenir une librairie avec son mari. Un jour, elle revient dans sa ville natale pour régler un héritage laissé par sa belle-mère... Elle (re)découvre une ville, son appartement de la rue du Cherche-Midi, des secrets lourds du passé qui remontent à la surface... Une enfance et une adolescence difficiles vécues avec l'absence d'une mère partie bien trop tôt...

A Paris, de nombreuses choses ont changé, même si les fantômes du passé resurgissent, elle est réconfortée par sa ville, sa beauté...Une photo découverte dans un tiroir, une nuit passée dans sa chambre de petite fille, une conversation avec l'ancienne voisine, Mme Berthon et le passé commence à révèler ses douloureux secrets...

Marie Sizun nous raconte quelques jours jours essentiels dans la vie d'une femme où se mêlent de nombreux sentiments; regret, haine, souvenir, nostalgie...

"Et voilà que les choses, curieusement, lui apparaissent sous un autre jour, décalées: comme s'il avait suffi d'un rien, d'un léger déplacement, pour qu'elle ressente une tendresse nouvelle, étrangement poignante. Une tendresse plein de questions. C'est elle qui n'avait rien compris."

Professeur de français en France, Allemagne et Belgique, Marie Sizun publie ici son sixième roman aux éditions Arléa. Elle a reçu le grand prix littéraire des lectrices de Elle pour son quatrième roman "La Femme de l’Allemand."

Un léger déplacement, Marie Sizun, éd. Arléa, Janvier 2012, 281 pp, 20€.

Écrit par Gwendoline Fusillier dans Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

17 08 12

Un grand bonheur de lecture : Amélie !

 

nothomb.jpgLe bonheur de lecture ne s'est pas émoussé, il est resté le même depuis son premier roman. Chaqué été, je ressens le même plaisir fou à découvrir le nouvel ouvrage d'Amélie Nothomb ! « Barbe bleue » m'a accroché dès la première ligne ! On comprend le sens du titre dès qu'on rencontre le propriétaire des lieux : « don Elemirio Nibal y Milcar », un nom à la Nothomb, mais qui fait aussi songer à Hergé. C'est un conte, c'est le bonheur de l'enfance, mais sublimés par l'écriture et le talent de l'auteure. Sans dévoiler quoi que ce soit (oh, que je déteste ces critiques en télé qui passent leur temps – comme pour les films d'ailleurs – à nous raconter l'histoire ; je ne sais si c'est pour prouver qu'ils ont vu et lu ou pour nous gâcher le plaisir de la découverte !), je vous dirai par exemple que le personnage s'appelle Saturnine, qu'elle est belle et belge ! Les allusions parsèment l'ouvrage : l'athénée, « faits divers » de la télé belge, Walibi, les « oiseaux sans tête »... J'ajoute que j'adore l'humour que saupoudre toujours avec volupté, j'imagine, Amélie en écrivant : « nous avons « fait » les chutes du Niagara »... « Par où l'on voir que » à la manière des anciens romans français, etc. On retrouve bien sûr l'univers de Nothomb, comme le champagne ou les noms magiques (ceux des huit femmes). Quelques extraits picorés pour vous : « La cuisine est un art et un pouvoir : il est hors de question que je me soumette à celui de qui que ce soit » (P.14), « Je me méfie de ceux qui se déclarent secrets. Ce sont les mêmes qui, cinq minutes plus tard, vous révèlent les moindres détails de leur vie privée. » (P.41), « A chaque fois, l'amour est neuf. Il faudrait un verbe nouveau à chaque fois. » (P.105), « La béatitude de l'amour ressemble à celle que chacun éprouve en présence de sa couleur préférée. » Mais enfin et surtout une des choses les plus belles qu'il m'ait été donné de lire sur l'amour : « Aimer, c'est accepter d'être Dieu ».

 

Jacques MERCIER

 

« Barbe bleue », Amélie Nothomb, roman. Edition Albin Michel. 174 pp. 16,50 euros.

16 08 12

Souvenirs d'une mère au goût amer...

   9782756103921.jpg     Dix ans plus tôt, la mère de la narratrice a rendu son dernier souffle. Mais est-ce à sa mort qu'elle a perdu celle qu'elle a tant aimée ou le deuil a t-il commencé de son vivant? Car celle qui disait l'aimer plus que tout, l'entourait jusqu'alors d'un amour indéfectible, absolu, inconditionnel, a abandonné sa fille à l'orée de son adolescence. Sans une explication. Sans un geste. Sans un mot.

     Les flammes qui crépitaient dans l'âtre de son coeur se sont en effet détournées de sa fille vers un artiste somptueusement inconnu. Un bel Hidalgo aussi prétentieux que possessif. Pas de droit de séjour sur le territoire du coeur maternel désormais entièrement occupé par ce génie de pacotille. Pas même un visa provisoire.

     Restée à la frontière de la vie de sa mère, sans passeport, la narratrice tente comprendre, de mettre des mots sur les maux. Pas simple du tout. A fortiori dans cette famille bourgeoise où le silence est de rigueur, les questions condamnées à rester murées dans l'esprit, les mots cadenassés au silence.

Ne rien montrer.

Ne pas se plaindre.

Accepter l'inacceptable.

Sourire toujours.

Souffrir dedans.

Avancer. Sans elle, sans la colonne vertébrale qu'est l'amour maternel.

     « Parler n'était qu'un signe de faiblesse, la pratique d'un monde qui n'était pas le nôtre ». Les années passent, mais la blessure reste à vif. La narratrice décide alors de transgresser les pratiques familiales, de rompre le silence. Et de pratiquer l'autopsie de sa famille, dont sa mère n'est qu'un maillon, de disséquer au scalpel de sa plume cette intolérable blessure. Afin de parvenir à laisser les cendres s'envoler...

 

     Un magnifique roman, où Nathalie Rheims, en magistrale chirurgienne des âmes, nous montre que l'amour maternel, contrairement aux idées reçues, n'est pas toujours irrévocable...

 

P. 108 : Je découvrais que l'amour inconditionnel n'existe pas. Il y a toujours des conditions, des négociations, des affrontements, des ruptures. Une mère, comme les autres, peut partir à tout instant et vous abandonner.

P.140 : La solvabilité affective d'une mère, c'est l'assurance que son amour est et sera toujours indéfectible.

Laisser les cendres s'envoler, de Nathalie Rheims. Editions Léo Scheer, à paraitre le 22 août 2012, 19€, 255 P.

Karine Fléjo

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15 08 12

Un roman rimbaldien...

Les grands masques.gifMarc Quaghebeur est sans conteste l'un de nos intellectuels les plus brillants (spécialiste de Rimbaud et grand africaniste, il est par ailleurs le meilleur connaisseur actuel des lettres françaises de Belgique dont il manie l'éventail jusque dans ses productions totalement ignorées) et de nos hauts fonctionnaires les plus actifs (ancien commissaire du livre au ministère de la Culture et professeur des universités, il est aussi le patron, à l'Albertine, des Archives et Musée de la littérature).

Il a fait paraître récemment aux Éditions du grand Miroir à Waterloo un roman labyrinthique intitulé Les grands masques, dans lequel le lecteur est mené de Bruxelles à Kinshasa en passant par Bucarest, Paris et La Paz dans un tourbillon d'intrigues et de questions qui furent au cœur des préoccupations et des réalités du siècle passé, à travers un récit dans lequel un couple d'amants, l'artiste peintre Paul De Cormois (fils d'Henri, l'exécuteur testamentaire de son grand-oncle Ernest, qui rallia de Gaulle à Londres avant d'épouser Élisabeth de Hauteville en 1946) et Suzanne Andrieux (fille du docteur Élysée Andrieux, qui, après sa déportation à Dachau, se rapprocha du parti communiste belge) se lancent sur les traces d'une certaine Milena Lilienfeld, épouse Jean Lavigne.

Voici le pitch, donné par l'éditeur :

« Que s'est-il passé entre Milena Lilienfeld, intellectuelle roumaine engagée et espionne de haut vol, et le peintre et résistant Ernest De Cormois ? Sa figure, qui hante ce roman comme le cœur de Milena, ne cesse d'échapper, de tramer et de se donner. C'est que, dans ce récit, chacun avance masqué et plonge au pire de l'Histoire du XXe siècle. Quels intérêts sordides y font courir en Afrique et ailleurs des personnages aux passés troubles ? Quels enjeux se cachent derrière l'assassinat à Houlgate du mari de Milena Lilienfeld ? Qu'a découvert Ernest De Cormois à la fin de sa vie, au seuil de son chef-d'œuvre pictural, Les Juifs de Vienne ? Un demi-siècle après les rencontres décisives des principaux protagonistes, Paul et Suzanne se voient subitement projetés sur les traces (...) de Jean et d'Élysée, d'Élisabeth et de Milena. L'histoire inconnue de leurs ascendants est aussi celle du siècle qui les a faits. Ils en sont les héritiers bien au-delà de ce qu'ils croyaient savoir. Lettres et billets, fax et SMS, dialogues et monologues trament ce roman mosaïque dans lequel se perd un couple d'amants. L'Art et la Politique y jouent un pas de deux qu'on leur reconnaît rarement. »

Un roman à clés, bien entendu (les initiés s'amuseront du portrait fantasque et fantasmé de certains personnages et de l'auteur lui-même) qui se lit comme un Bateau ivre abordant aux rivages de notre temps.

Bernard DELCORD

Les grands masques par Marc Quaghebeur, Waterloo, Éditions du Grand Miroir, mai 2012, 349 pp. en noir et blanc au format 12 x 21,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 12 €

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