24 05 12

Une mise de vendredi 13

laclavetine-paris-mutuels.jpgHuitième ouvrage de la collection "Vendredi 13" (Editions la Branche) dont nous avons évoqué le lancement ,  Paris mutuels est un petit régal de lecture, d'imbroglios,  et d'humour savamment distillés.

Antihéros, proie désignée de prédateurs sans scrupules, Vincent - qui n'a de victorieux que le prénom - se vautre, avec une naïveté confondante, dans le piège amoureux que lui tend Léa, femme aussi impitoyable que fatale:

" J'imaginais mon avenir avec elle. Non pas sous forme d'images claires, mais comme une brume qui m'enveloppait, me berçait. Je l'admirais. Sa beauté m'apparaissait confusément comme une preuve de supériorité indiscutable, elle pulvérisait les doutes, les mécontentements, les craintes, et nimbait de perfection tous les gestes, toutes les paroles, tous les actes de Léa. Que celui qui n'a jamais été amoureux, je veux dire vraiment amoureux, me jette la première pierre."

Dépouillé de tous ses biens, en même temps que de  ses illusions, Vincent verse à son tour dans la racaille, prenant le lecteur à témoin d'un cynisme   tout frais, déconcertant et ..jubilatoire.

Nourrissant une écriture élégante,  rythmée et maîtrisée d'images et d'expressions  bien ficelées, l'auteur prend un plaisir visible à conter.

Et à nous le faire partager.

" Le terme de secrétaire a de quoi faire rire s'agissant de Pepito Gestaide, bien connu dans notre cénacle, un être qui ressemblait moins à un homme qu'à un frigidaire américain, avec le quotient intellectuel d'un freezer et une voix qui évoquait un distributeur de glace pilée."

Une belle surprise de lecture

AE

Paris mutuels, Jean-Marie Clavetine, roman, Editions  la Branche, coll. vendredi 13, avril 2012, 150 pp, 15 €

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16 05 12

Un cahier numéro 11

Marmet-_-a-la-folie5.jpg"L'expérience avait eu pour objectif de récréer une vie résistant à tous les virus et porteuse des remèdes contre les fléaux de l'humanité. Une sorte d'humain médicament, de bébé instrument, une dérive eugéniste en totale transgression avec  la loi , mais autorisée par dérogation exceptionnelle, comme le précisaient les parlementaires"

Convoqué chez le notaire, Pascal Langle se voit remettre un cahier - numéroté 11 - le dernier d'une série rédigée par Ludmilla, sa compagne décédée dix années plus tôt.

 Sa vie prendra dès lors un tour imprévu qui le mettra sur le chemin de trois jeunes filles, Joanna, Marie-Ange et Clémence, programmées à leur insu pour un projet eugéniste, victimes d'une machination démente....

Aux confins des genres du polar,  thriller,  science-fiction, du roman d'amour et même épistolaire - il est question de lettres et de carnets intimes, ces lettres qu'on s'adresse à soi-même - le roman de Pascal Marmet allie une construction bien agencée au rythme judicieusment soutenu d'une plume maîtrisée

AE

A la folie, Pascal Marmet, thriller, Ed. France Empire, février 2012, 180 pp, 19 e

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10 05 12

Sagesse séculaire

les-dix-enfants-que-madame-ming-n-a-jamais-eus-cover.jpg" De la Chine de Mao, madame Ming conservait l'égalitarisme; de celle de Confucius, elle perpétuait l'humanisme."

Appréhendée en sa sagesse profonde, nourrie de proverbes séculaires, Madame Ming exerce, avec dignité, le métier de préposée aux toilettes. Elle fait ainsi la connaissance du narrateur et, la première réserve passée, lui dévoile peu à peu le portrait de ses enfants.

"L'expérience est une bougie qui n'éclaire que celui qui la tient"

Et si ce conte - philosophique - prétendait précisément le contraire?

De sa bougie empreinte de bienveillance,  d'expérience de maturité et de ..maternité,  Madame Ming emmène le narrateur, à travers sa galerie de portraits, véritable Comédie humaine, à établir les bases de la paternité.

Les dix enfants que madame Ming n'a jamais eus, Eric-Emmanuel Scmitt, roman, Albin Michel, avril 2012, 116 pp, 12 €

Festival de la Correspondance de Grignan:  Thème de l'année: les philosophes.

Eric-Emmanuel Schmitt est attendu au Festival, le jeudi 5 juillet à 15 h30, pour un entretien avec Karine Papillaud , centré sur  la veine romanesque de la philosophie.

 

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09 05 12

En quête de "re-père"

vincent.jpg       Quelques mots ce matin-là suffisent à réveiller ses maux. Quand Gilles relève le courrier et trouve une lettre adressée par un notaire normand, une étrange prémonition le gagne. Et si cette lettre avait un rapport avec l'Absent? Car Gilles, malgré une vie de couple épanouie, une petite fille adorable, n'a jamais cicatrisé de cette blessure invisible mais ô combien térébrante : l'absence d'un père. Il a dû de fait grandir sans ce tuteur paternel. Faute de l'avoir connu, Gilles est devenu un quadra hypersensible, abandonnique, dénué de cette armure si belle et si puissante que constitue l'amour d'un papa.

     Mélange d'impatience et d'appréhension. Ce rendez-vous chez le notaire pourrait-il avoir un rapport avec son géniteur, pourrait-il lui fournir les pièces manquantes du puzzle de ses origines? Car les éléments fournis par sa mère Monica lorsqu'il avait 13 ans sont bien maigres et ce sujet tabou depuis.

     Alors... Alors Gilles prend ce train vers Saint-Aubin, et découvre qu'un certain Pierre Chantôme, récemment décédé, lui lègue ses biens, au nombre desquels un somptueux manoir. Pierre Chantôme, son père. Enfin un nom sur l'Absent. Enfin un repère. Enfin un manque en partie comblé. Et Gilles de décider de s'installer avec toute sa tribu dans cette vaste demeure : sa femme Lucie, leur fille Honorine, sa mère Monica et les cinq colocataires octogénaires qui vivent avec cette dernière. Le mystère de ses origines est désormais résolu. Gilles respire.

     Mais ce soulagement est de courte durée. Très vite, apparaissent des éléments troublants. Pas de photo dudit père, un manoir dont le choix des éléments présents semble avoir fait l'objet d'une mise en scène, des voisins étonnés de l'existence d'un fils caché, des proches du défunt qui ne trouvent aucune ressemblance physique entre Gilles et ce Pierre Chantôme, une affiche de spectacle retouchée... Loin de s'éclaircir, le mystère s'épaissit. Mais si près du but, Gilles ne saurait s'avouer vaincu.

     Et de mener son enquête.

     Avec un style parfaitement maitrisé, une écriture fluide et rythmée, Vincent Pichon-Varin nous entraine dans cette quête des origines, en compagnie de personnages indiciblement attachants. Un roman qu'on ne lâche pas des mains.

 

Mon père, c'était toi?, de Vincent Pichon-Varin. Editions du Cherche Midi, mai 2012, 266 P., 17€.

Karine FLEJO

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08 05 12

Huis clos

9782742799527.jpg" Mon nom est Arezki et, d'ordinaire, on ne m'appelle pas. J'ai trente ans et vis au sommet d'une tour claire noyée dans le ciel (...) La tête penchée dans le vide, les yeux fermés, je tente de comprendre le pourquoi d'une existence dénuée de sens, sans plaisir, menée à huis clos comme si le monde autour de moi avait disparu."

Issue du viol collectif de sa mère, la belle Nour, Arezki ignore tout des circonstances de sa naissance. Elles lui seront révélées de façon brutale via  son entourage et des chapitres "off" centrés sur quelques protagonistes de ce crime odieux:

"Nous vivions au coeur d'un système arabe où l'érotisme et la violence étaient les deux alibis d'une époque fondamentalement privée d'amour et qui trouvait dans l'échauffement sexuel une forme de compensation à son incurable sécheresse."

Tout est dit.

Finement ciselé d'une écriture choisie, travaillée, raffinée et dure à la fois,  le roman aborde le thème de la répression sexuelle, du  point de vue des hommes et d'une culpabilité traînée pendant plus de trente ans.

De Paris à l'Algérie, le destin maudit les auteurs d'un tel saccage.

Le plus surprenant est que ce  - court- roman ait été écrit par une femme et qu'il ait échappé à ma vigilance lors de la rentrée littéraire...

AE

L'ampleur du saccage, roman, Kaoutar Harchi, Actes Sud, août 2011, 120 pp, 15 €

Repository.jpgLe livre est repris à la sélection du prix du 2e roman  (Marche-en-Famenne) qui sera attribué ce dimanche 13 mai; Il avait été invité aussi à être de la sélection du prix IIe titre,  octroyé par la Maison Colophon, à Grignan..

 

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02 05 12

Le murmure des fantômes

grâce.jpg

       1981 : Grâce, 34 ans, avait jusqu'alors apparemment tout pour être heureuse. Un mari qu'elle aime d'un amour absolu, deux enfants, un travail. Mais ce bonheur n'est-il que vernis? Car elle ressent avec une acuité de plus en plus douloureuse l'éloignement de son mari, Thomas. Éloignement pour des raisons professionnelles, car ce dernier est représentant en électroménager et sillonne les routes, mais pas seulement. Éloignement affectif aussi. Et la venue de la toute jeune et séduisante fille au pair d'origine polonaise, Christina, de ne pas y être étrangère. Christina, Grâce en est convaincue, constitue un réel danger pour son couple. Et tombe en état de disgrâce. Pourquoi cette crainte à l'endroit de la jeune femme? Quelle est cette brèche qui a fragilisé leur couple au point de les rendre étrangers l'un à l'autre? Qui est donc cet Aurélien Bataille dont le prénom n'est jamais prononcé? Besoin de parler, d'habiller ses maux de mots. Alors Grâce écrit à son fantôme de mari des lettres qu'elle ne lui postera jamais.

      Noël 2010. Quand Nathan rejoint sa mère, Grâce, et Lise, sa soeur, pour les fêtes de fin d'années, l'ambiance de la maison familiale a changé. Quelque chose d'indéfinissable mais pourtant de bien palpable, rend l'atmosphère étrange, lourde. Des évènements inquiétants surviennent dans cette maison réputée être hantée. Et d'apprendre que son père, disparu de la circulation trente ans plus tôt, a refait surface. Une disparition auréolée de mystère, de non-dit. Une absence présente dans les esprits de tous mais inexistante dans les propos.L'heure est désormais venue de s'expliquer, de comprendre. Et Nathan pour ce faire, de dialoguer en pensées avec sa défunte femme, Cora, celle qu'il a tant aimée, celle qui lui a donné deux beaux enfants. Celle, la seule, qui a su dissiper en lui, le temps de leur relation, cette angoisse térébrante d'abandon. Son amour devenu fantôme suite à son décès en couches.

      A trente années d'intervalle, Delphine Bertholon nous invite à découvrir le dialogue virtuel entre Grâce et son fils Nathan, à pénétrer au coeur des secrets de famille, à entendre bruire les non-dits. De rebondissement en rebondissement, l'auteur nous entraine en apnée dans un thriller psychologique magistralement mené.

      De fait, il est impossible de ne pas succomber à la grâce folle de la plume de Delphine Bertholon... Envoutant!

P. 273 : J'ai passé ma vie à t'attendre, quand il aurait fallu que je ne cesse jamais d'être attendue par toi.

Sans arrêt, on se trompe.

Grâce, de Delphine Bertholon. Éditions jean-Claude Lattès, mars 2012. 356 P., 18€.

Karine Fléjo

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28 04 12

" Un monde de passion peuplé de bien étranges oiseauxé

9791090175037FS.jpg" Ce n'est pas croyable! C'est le genre de choses qui ne se passe que dans les romans... Seize ans pour exhumer trois lettres d'un tiroir, ce n'est pas terrible pour un archéologue, tu l'avoueras!"

Surgissant dans la vie de Margaux après un silence inexpliqué de seize ans, Howard Lejeune, éminent archéologue, l'arrache à sa routine parisienne pour l'emmener en Syrie, sur un chantier de fouilles, majeur pour l'Histoire de l'Humanité: il s'agit d'expliquer le "destin ultime de Lugalzagezi", roi de Sumer et de dater sa mort avec précision.

Cédant à la double résurgence de sa passion amoureuse et scientifique, Margaux intègre l'équipe de la mission. Elle en observe les personnalités avec un regard empreint d'humour et d'acuité:

" Puis il y avait Clémence, la doyenne du groupe, qui exerçait la profession de paléoanthropologue. A plus de quatre-vingts ans, l'essentiel de ce qui différenciait cette antique demoiselle de son sujet d’étude était une couche de peau ridée recouvrant son ossature et le fait qu'elle avait l'usage de la parole. Clémence parlait plus que Cévé, ce qui n'était pas difficile, usant d'un vocabulaire suranné qui ne lui servait qu'à exprimer des idées positives et un émerveillement immarcescible pour tout ce qui l'entourait"

Oscillant entre complicité et ...frustrations, le couple  formé par Margaux et Howard s'engage dans le chemin ardu des fouilles  - on doit à Marie-Eve Sténuit une relation vivante et précise du mode opératoire de celles-ci - et de l'éthique scientifique.

"Les ruines n'ont pas de seconde chance"

L’ amour l'aura-t-il?

Le cinquième roman de Marie-Eve Sténuit confirme une plume très belle, subtile,  finement ciselée d'humour, d'(auto)-dérision et de rigueur philosophique.

Je vous le recommande.

AE

Le tombeau du guerrier, Marie-Eve Sténuit, roman, Ed. Serge Safran, avril 2012, 192 pp, 17 €

 Billet de faveur

AE : Marie-Eve Sténuit, vous êtes archéologue, vous dédiez le roman à un archéologue décédé, quelle est la part de vécu dans cette expédition en Syrie :

Marie-Eve Sténuit : Elle est importante bien sûr, certains passages du « Tombeau du guerrier » ont été écrits sur le terrain et les héros de ce livre sont des personnages mosaïques qui doivent chacun un petit quelque chose à l’un ou l’autre de mes collègues. Mais il s’agit tout de même d’une pure fiction. Il y a longtemps que j’avais envie d’écrire une histoire se déroulant dans milieu de l’archéologie, un monde de passions, peuplé de bien étranges oiseaux. Je crois pouvoir me permettre de le dire, puisque j’en fais partie...

AE :  « Avec  le recul, je réalise que c’est là que se joua mon destin, entre deux bouchées de magret et trois gorgées de graves. » déclare Margaux, émoustillée par ses retrouvailles avec Howard et un charmant dîner en tête-à-tête… On retrouve souvent des propos de table dans vos écrits,  des descriptions ..délicieuses,  rédigées avec un plaisir manifeste. La table a-t-elle une vocation destinale ?

Marie-Eve Sténuit : C’est vrai qu’en y repensant, il y a trois scènes de repas dans ce roman qui n’est pas tellement long. Trois tables différentes, trois atmosphères différentes. Ces scènes ne sont pas gratuites, des choses importantes s’y passent ou y sont dites. Un repas en tête-à-tête ou en famille n’est jamais quelque chose d’anodin. C’est un moment d’intimité et de partage, très révélateur, qui peut déboucher sur le meilleur ou sur le pire. Il y a des scènes de table dans chacun de mes romans, même dans « La veuve du gouverneur » où elles apparaissent plutôt « en creux » puisque je décris une situation de famine sur un navire en perdition et même dans « Le bataillon des bronzes » où les personnages sont des statues qui, en principe, ne mangent pas... Sans doute est-ce parce que je considère la gastronomie comme une des grandes réussites de l’Humanité et le signe d’un degré élevé de culture. (Ou plus prosaïquement parce que j’aime bien manger ?)

AE :  « L’Histoire aujourd’hui devenait mon histoire. Une histoire où la terre était aride, couverte de la poussière des siècles, de millénaires de naissances, d’amours, de destins et de morts. L’aventure que j’étais en train de vivre me parut soudain un grain de sable dans l’immensité de ce désert de civilisations enfouies. »

Est-il meilleure, plus sublime définition de votre métier, de votre passion :

Marie-Eve Sténuit : Il y a certainement beaucoup d’autres définitions possibles, mais l’archéologie est un certainement un métier qui vous donne une perspective particulière sur le monde d’aujourd’hui. A l’échelle de l’Humanité, le destin de nos petites personnes représente encore beaucoup moins qu’un grain de sable. Nous sommes des entités infimes sur la ligne du Temps et parmi les milliards d’êtres qui nous ont précédés et qui nous succèderont. Mais les efforts que nous faisons pour exister et pour faire quelque chose de nos vies ridiculement courtes est précisément ce qui fait notre grandeur et la valeur inestimable de chaque jour vécu, dont il ne faut surtout gaspiller aucune seconde. Jongler avec les millénaires vous apprend vite à remettre les événements à leur juste place.

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

25 04 12

Entre rêves et réalité

images.jpg« Constance n'insista pas, il ne fallait pas parler de ses nuits à Benjamin. C'était entre eux un accord tacite: il ne la mêlait pas à ses autres vies, elle ne lui posait pas de questions. » (Extrait p.102)

Quelques-unes des vies et morts de Benjamin P. est un roman qui nous emmène dans la vie de Benjamin... Vie parallèle ou vie réelle... Chaque nuit, Benjamin rêve ou cauchemarde...Tantôt il est un jeune garçon qui vole, tantôt peintre ou chanteur... Une vie nocturne qui le confronte à la mort, à des innovations importantes ou encore à des évènements, des personnages modernes... Toutes ces histoires folles sont entrecoupées de moments de vie « réelle ». Benjamin a la (mal)chance de vivre chaque nuit, une vie parallèle et différente, jusqu'à un tournant particulier de sa vie...

Quelques-unes des vies et morts de Benjamin P., un bouquin de fiction auquel on s'accroche, où à chaque chapitre, on a envie de connaitre la prochaine vie du héros. Des histoires inattendues mêlant la réalité, la famille, avec peut-être des espoirs et des rêves inconscients qu'il tente de réaliser toutes les nuits...

Quelques-unes des vies et morts de Benjamin P., Dominique Greusard, éd. Le Bas Vénitien, mars 2012, 184pp., 15€

Écrit par Gwendoline Fusillier dans Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

23 04 12

Le chant des âmes

9782226240088.jpg      Quand reviennent les âmes errantes est un sublime drame choral à trois voix. Celui d'une femme Chun-niang, appelée dame Printemps, et de deux hommes, Jing Ko et Gao Jian-li, tous deux amoureux d'elle.

      Un ouvrage qui nous invite à nous interroger sur la passion des êtres humains dans toutes ses acceptions, sa noblesse et ses dangers : passion d'amitié, passion d'amour mais aussi passion pour les richesses, pour le pouvoir, pour la domination ou pour la possession. Car comme le souligne fort brillamment François Cheng, une amitié de même qu'un amour vrais, élèvent les âmes, les éclairent. Si d'aucuns ont le pouvoir de séparer les corps, personne n'a la possibilité d'enfermer les âmes, de les séparer. « Plus longue est l'absence, plus ardent devient le désir de l'attente. Pour peu que s'offrent un jour les retrouvailles, les coeurs épris, irrépressiblement, s'embraseront. » Cependant, il est des passions qui exaltent les instincts les plus vils de l'être humain. Rien de noble ici. L'humain devient inhumain. La soif de possession, de puissance est alors à l'origine de guerres inscrites en lettres de sang.

      Et c'est là que la petite histoire rejoint la grande.

      Chun-niang, Jing Ko et Gao Jian-Li forment un trio inséparable. Les deux hommes aiment passionnément Dame printemps, et réciproquement, sans que cela ne suscite de jalousie ni de sentiments mesquins entre eux. Jing Ko, valeureux guerrier incarne le Yang. Gao Jian-Li, artiste joueur de Zhou, symbolise le Yin. Une complétude, une synergie qu'ils vont mettre au service de la lutte contre la tyrannie, le despotisme ambiant. Au péril de leur vie. Mais si Chun-niang demeure physiquement seule, ses deux amours morts au combat dans d'horribles souffrances, chaque nuit de pleine lune, les âmes errantes des deux hommes viennent lui rendre visite et lui parler. «  L'âme? C'est bien par elle que la vraie beauté d'un corps rayonne, c'est par elle qu'en réalité les corps qui s'aiment communiquent. »

     Et ce sont ces dialogues nocturnes, empreints de sagesse, de poésie, d'une réflexion juste, profonde et sensible, que nous dessine la plume experte du calligraphe, poète et romancier François Cheng.

     Remarquable.

 

P. 46 : «  La grande affaire pour un artiste, j'en suis persuadé maintenant, c'est d'entendre et de donner à entendre l'âme qui l'habite et qui résonne de fait à l'âme cachée de l'univers. »

 

P. 52 : «  Si l'amour enseigne le don total et le total désir d'adoration, l'amitié, elle, initie au dialogue à coeur ouvert dans l'infini respect et à l'infini attachement dans la non-possession. »

 

NDT :les évènements relatés dans cet ouvrage ont eu réellement lieu dans la seconde moitié du troisième siècle avant notre ère.

Quant à ce qui s'est passé du côté des âmes, cela relève d'un autre ordre, d'une autre histoire...

 

Quand reviennent les âmes errantes, François Cheng. Éditions Albin Michel, avril 2012, 14€, 155P.

Karine FLEJO

Écrit par Karine Fléjo dans Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

22 04 12

Un Monde à la Page !

10003243SriLnka©R.Dominique_unesco_01.jpgCe lundi 23 avril, sous l’égide de l’UNESCO, il sera temps de fête la Journée Mondiale du Livre et du droit d’auteur. 24 heures entièrement consacrée à la célébration de notre objet fétiche à travers la planète entière ! On sait à quel point la lecture, l’écriture et l’éducation sont des clés essentielles pour assurer le développement social des jeunes... et des moins jeunes. L’UNESCO a donc décidé de fêter le livre, à travers le monde, depuis 1995. Vous pourrez trouver tous les détails de cette grande journée ICI, mais en attendant, l’équipe de Lire est Un Plaisir vous propose un véritable tour du monde littéraire avec un coup de projecteur sur leurs auteurs... venus d’ailleurs !

Entre un avion, un bateau et deux lectures de bio rock’n’roll, Brice Depasse nous confie : « Mes auteurs étrangers favoris : Philip Roth (Un homme, J’ai épousé un communiste), Umberto Eco (Le nom de la rose), Paul Auster (Brooklyn follies), Russell Banks (Trailer park, La réserve).Je sais, ce n’est pas original. ». Gwendoline Fusillier, qui passe une partie de ses journées à rattraper nos boulettes de mise en ligne prend tout de même le temps de lire « international ». La preuve : « Le premier qui me vient à l'esprit est sans doute: « Jamais sans ma Fille » de Betty Mahmoody, publié en 1987. Sinon dans un style plus léger j'aime beaucoup: Anna Sam: « Les tribulations d'une caissière » et « Conseil d'une amie à la clientèle » ou encore Sophie Kinsella avec sa série « Accro du shopping » et enfin Katarina Mazetti: « Le mec de la tombe d'à côté » et « Le caveau de la famille ». Quant à Jacques Mercier, lui qui a si bien incarné les quatre coins de notre Belgique dans Forts en Tête, il n’hésite pas à voyager entre les lignes : « J’adore Lawrence Durrell, surtout dans le "Quatuor d'Alexandrie", une tétralogie qui comporte : "Justine", "Mountolive", "Balthazar" et "Cléa". Il s'agit de la ville d'Alexandrie et de la même histoire vue par les protagonistes. J'ai peu rencontré d'atmosphère aussi fortes : peut-être chez F. S. Fitzgerald ? C'est dans "Justine" que l'auteur écrit : "Une ville devient un univers lorsqu'on aime un seul de ses habitants »... ». Quand à votre serviteur, c’est à travers les romans de Stephen King que, tout jeune, il a baigné dans la culture américaine... Avant de se forger un amour immodéré pour les thrillers au feu des brûlots incendiés par James Elroy, Ernest Hemingway ou encore Graham Masterton... Sans parler de Dona Leone et son oeuvre vénitienne !

Le monde entier célèbre le livre, durant toute une journée... Pour les 364 autres ? Lire est un Plaisir s’en charge !  

Chris Corthouts