18 02 12

Jocelyne et Jocelyn

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"Parce que l'amour ne résisterait pas à la vérité"

C'est bien l'enjeu de ce deuxième et tout frais roman de Grégoire Delacourt.

Nous l'attendions quelque peu au tournant, ce sympathique auteur, après le succès colossal de L'écrivain de la famille (cliquer sur la couverture du livre en vitrine du blog). Allait-il creuser la même veine d'inspiration - avec le risque du réchauffé - s'en écarter radicalement - avec le risque du sans filet ..? En fait, la question ne se pose pas,  La Liste de me envies est un très bon roman, tout simplement, qui revêt, cette fois, l'allure d'un conte philosophique.

Jocelyne Guerbette, 47 ans, est mercière à Arras et anime un blog consacré à la couture, fort d'un succès de 2000 visites par jour... . Elle et mariée à Jo(celyn) - Guerbette - technicien chez  Häagen-Dazs. Le couple a deux enfants devenus adultes et vit une union paisible et monotone, après la crise conjugale provoquée par la mort de leur bébé Nadège.

" Il y avait une chance sur un million pour que j'épouse un Jocelyn et il a fallu que ça tombe sur moi. Jocelyne et Jocelyn."

Il y avait "une chance sur soixante-seize millions" que Jocelyne remporte la cagnotte de l'Euro-Millions  - surtout qu'elle y jouait pour la première fois - "et ça tombait sur moi" ...

Véritable pavé jeté dans une petite vie bien établie,  le chèque de 18.547.301 euros et 28 centimes va remettre en question le fonctionnement du couple et ses principes philosophiques les plus fondamentaux.

Analyse brillante du paradoxe du bonheur, le roman de Grégoire Delacourt entraîne le lecteur à considérer d'un œil neuf la hiérarchie des besoins, folies et simples ..envies.

Avec tendresse, humour -non dénué de cynisme - l'écrivain confirme sa maîtrise du style,  de l’enchaînement des situations et des images bien distillées.

Un roman placé sous le signe d’un nouveau succès.

Mérité.

Apolline Elter

La Liste de mes envies, Grégoire Delacourt, roman, JC Lattès, février 2012, 188 pp, 16 €

Billet de faveur

AE: Grégoire Delacourt, ravie de vous retrouver sur ce blog. Pour votre nouveau roman, vous vous glissez dans la peau d'une femme - Jocelyne - en prise avec des problèmes de surpoids - séquelles des maternités - de violence conjugale - Jo a essuyé sur elle sa culpabilité d'alcoolique - et les préoccupations palpitantes d'un commerce de mercerie. Avez-vous bénéficié de conseils en la matière?

Grégoire Delacourt: Merci (pour ces retrouvailles). Et non, je n’ai pas bénéficié de conseils pour me glisser dans la peau d’une femme comme vous dites, ni faire face en son nom à quelques kilos de trop et une conjugalité parfois délicate. J’ai par contre bénéficié de l’amour de ma mère qui disait qu’un homme pouvait pleurer, qu’il n’en était pas moins homme ; qu’il avait le droit d’avoir et surtout de faire savoir ses sentiments. Ce fut un cadeau dont je me suis souvenu en écrivant ce personnage de Jocelyne. Oser l’impudeur. Oser la tendresse. Et pour la mercerie, je me suis souvenu du magasin que mon père tenait à Valenciennes, où les vendeuses parlaient de boutons, de guipures et autres cordons tressés avec une bouleversante passion.

AE: Le drame - et le ...fil conducteur - du roman est l'absence de communication, cristallisée par le silence qui enveloppe le chèque. Vous travaillez précisément dans le secteur de la communication, si je ne m'abuse...

Grégoire Delacourt: Oui, je travaille dans la réclame. C’est un endroit assez passionnant où les mots s’usent vite parce qu’ils disent souvent la même chose. Alors il faut les ré-assembler, les ré-inventer en permanence pour qu’ils retrouvent leur force, leur efficacité.
Dans mes deux romans, c’est vrai qu’on est confronté à des problèmes de la communication. De la relation. De la parole. Dans le premier Dumbo ne veut rien entendre. Dans celui ci, Jocelyne ne veut rien dire. J’aime bien ces moments délicats, où se tromper de mot peut faire se tromper de route. C’est dangereux. Excitant.

AE: Et puis, il y a ce poignant portrait du père de Jocelyne. Suite à un AVC, il ne dispose que d'une mémoire de 6 minutes... Cet état crée des situations frustrantes dont la révélation comique frise le cynisme.. Nouveau drame de la (non-)communication?

Grégoire Delacourt: Exactement. Lorsque j’ai appris que ce genre de symptôme existait, j’ai tout de suite pensé à en accabler un personnage. Une mémoire de six minutes, c’est la possibilité romanesque extraordinaire de renaître toutes les six minutes, de tout effacer, tout recommencer, tout rendre possible. C’est se reconnecter à l’enfance. La vraie. J’aime bien que dans cette relation, ce soit le père qui est l’enfant et Jocelyne l’adulte.

AE : Quelques scènes du récit se passent à Bruxelles. Vous avez vécu quelques années en notre Capitale, n’est-ce pas ?

Grégoire Delacourt : En effet, j’ai eu la chance d’étudier une année à Saint-Luc et surtout d’y trouver en 1982 mon premier emploi chez Intermarco-Farner (agence de publicité devenue Publicis). J’y ai passé plusieurs années heureuses, malgré le souvenir noir du Heysel (que j’évoque dans « L’Ecrivain de la Famille »). J’aime retourner à Bruxelles, pas assez souvent à mon goût….

AE : Ferez-vous une présentation de votre roman, à la Librairie Tropismes ?

Grégoire Delacourt : J’adorerais. D’autant que je cite cette magnifique librairie dans le livre…

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16 02 12

Glau(que)stria

Claustria.gifL'article ci-dessous a été mis en ligne le 16/02/2012 dans les colonnes du magazine satirique belge sur Internet SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :

La quasi-totalité des médias semble s’être accordée : voici le livre-événement, l’incontournable de la rentrée 2012 –tous les canards parisiens lui ont consacré un papier, l’auteur court de plateaux de télévision en studios de radios, et les blogueurs littéraires se l’arrachent !

Dans son dernier opus baptisé Claustria (on y traite de claustration en Austria), Régis Jauffret a choisi de relater, non sans insister sur les détails les plus gores, l’abominable mais bien authentique histoire de Josef Fritzl, cet Autrichien cinglé dont le monde entier découvrit avec effroi en 2008 qu’à l’insu de son entourage et même de son épouse (?), il avait séquestré pendant vingt-quatre ans sa propre fille dans les méandres sombres et mal aérés d’une cave de la maison familiale située dans la petite bourgade d’Amstetten, violant de manière récurrente son enfant devenue femme, au point de lui faire engendrer sept rejetons (dont l’un finit par décéder dans des circonstances nébuleuses).

Quelle chaumière n’a pas tremblé en prenant connaissance de cette affaire ? Comment un homme peut-il en arriver à faire subir de telles atrocités à la chair de sa chair ? Comment un être humain peut-il faire montre de tant de monstruosité ? Un thème-choc et accrocheur, tout trouvé pour un roman qui balance assez subtilement entre le reportage – l’écrivain bien renseigné explique avoir mené des investigations sérieuses autour de la famille Fritzl – et l’œuvre de fiction, annoncée en préambule, ce qui lui laisse la possibilité de pénétrer librement dans l’imaginaire torturé du fou, se lançant ainsi dans une vaste tentative de comprendre l’inconcevable, comme si la déraison la plus basse, la sauvagerie immonde et infâme dont font preuve quelques humains ne pouvait absolument pas demeurer sans cause ni explications…

Ultra « médiagénique », Jauffret vend son bouquin avec brio à ceux que la curiosité malsaine et excitante n'a pas encore convaincus de se ruer chez leur libraire. À l’entendre, le conte noir de la famille Fritzl nous permettra de nous engouffrer dans les dédales de la psychologie comportementale et même d’aborder des questionnements existentiels –l'auteur situe son ouvrage aux confins de la philosophie, puisqu’il l’amorce par le mythe platonicien de la caverne. Où et dans quelle mesure diffèrent la réalité et sa représentation pour le sujet cloitré ? Quelle demeure la possibilité du bonheur pour l’être privé de liberté ? Comment saisir le paradoxal amour qui peut naître entre la victime et le bourreau (ou psychopathétique syndrome de Stockholm)  ? Etc., etc.

On est attiré… puis on est bien déçu ! Car – et c’est vrai qu’on avait été un peu prévenu – on ne nous sert que du lourd, du glauque, du sordide, du crado… et rien d’autre. À défaut de porter une vraie réflexion, le récit se présente à l’image du fait divers qu’il rapporte : brut, cru et dérangeant. L’auteur tartine sur des descriptions fouillées qui ne nous épargnent rien, il élucubre sans relâche sur les pulsions sexuelles du psychopathe et campe les personnages à la limite de la caricature, déballant un récit fracassant, un document-choc, selon nous comparable à ceux d'une graveleuse mais vendeuse presse à scandale, en définitive bien inutile – sauf à son éditeur !

THÉMIS

Claustria par Régis Jauffret, Paris, Éditions du Seuil, janvier 2012, collection « Cadre rouge », 540 pp. en noir et blanc au format 14,5 x 22 cm sous couverture brochée en couleurs, 12,90 € (prix France)

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15 02 12

Des maux pour le dire

la meilleure.jpg     Victime d'un accident vasculaire cérébral, Fatima est hospitalisée dans un état végétatif. Engluée dans un corps qui ne réagit plus, la parole perdue, elle n'en est pas moins consciente de la réalité qui l'entoure. A défaut de pouvoir bouger et communiquer, elle s'évade de son corps-scaphandre par la pensée. Un voyage intérieur dans une vie antérieure : l'orphelinat, sa famille d'adoption, l'Algérie, l'exode, ses amours chaotiques, mais aussi et surtout, comme un souffle de vie dans cette agonie, la mystérieuse petite fille à la robe jaune. Qui est cette fillette ? Pourquoi cristallise t-elle toutes les pensées de Fatima ? A t-elle existé ? Et si oui, qu'est-elle devenue?

 

     Pas plus qu'elle ne parvient à faire comprendre à son fils Saïd lors de ses visites à son chevet, pourquoi elle est obsédée par « la petite », « jaune », ce terrible et lourd secret qu'elle traine comme une cicatrice sur le coeur et l'âme depuis tant d'années, elle n'a su lui faire comprendre combien elle l'aimait, lui, son fils, la chair de sa chair. Saïd a donc dû grandir avec ce sentiment de n'avoir pas naturellement sa place dans le coeur de sa mère, d'avoir tout à conquérir : « Maintenant que papa est mort, est-ce qu'il y aura une place pour moi dans ton coeur? (…) Une place, une vraie maman. Pas un strapontin. » Entre un père décédé et une maman peu démonstrative, comment se construire et apprendre à s'aimer, à aimer ? La vie sentimentale de Saïd, trentenaire, n'est que heurts, disputes, « je t'aime, moi non plus ». Il ne sait si là est la meilleure façon de s'aimer, mais c'est la seule qu'il ait trouvée.

 

     Un brillant roman à deux voix, celle du fils et de la mère, vibrant duo, où l'auteur mêle avec dextérité humour et tendresse, sensibilité et douceur, profondeur et légèreté. Un livre bouleversant sur la difficulté d'aimer et ... de se le dire.

 

La meilleure façon de s'aimer, de Akli Tadjer. Editions Jean-Claude Lattès, Janvier 2012,  18€, 284 P.


Karine Fléjo 

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13 02 12

La liste de mes envies : un ENORME coup de coeur !!!

                            gregoire.jpgCanevas d'une femme bouleversante

    Jocelyne Guerbette, 47 ans, dite Jo, mène une vie simple à Arras. Un quotidien ponctué de petits bonheurs glanés entre son travail à la mercerie, son blog dixdoigtsdor, sa vie de couple, ses enfants devenus grands, les potins du coin échangés avec ses amies du salon de coiffure. Jusqu'à ce jour où une nouvelle susceptible de bouleverser son existence tombe : elle gagne à l'Euro Millions. Une somme mirobolante. De quoi s'acheter et offrir tant de choses ! Liste de ses besoins, de ses envies, de ses folies, une fois ces trois listes dressées, quels choix opérer? Dépenser tout ou partie de cet argent pour exaucer ses rêves ? Mais exauce t-on ses rêves les plus chers avec de l'argent? Le bonheur, le temps, l'amour, la confiance, la présence, tout ce qui nous est essentiel s'achète t-il seulement...?
    Avec une sensibilité à fleur de plume, un style d'une extraordinaire épure, Grégoire Delacourt nous entraine dans le sillage de Jocelyne. Une femme bouleversante, que l'on suit de fil en aiguille avec une indicible émotion. Pas de patron tout tracé dans ce roman qui à l'image de la vie, n'est que rebondissements. Pas de broderie ni de dentelle inutile, pas plus que de galons ni de rubans. Non, Jo la mercière d'Arras, a l'étoffe d'une femme ancrée dans le réel, authentique, humaine, courageuse. Une femme qui décide de devenir actrice de sa vie, qui fait le choix d'être à un moment où l'argent lui permet d'avoir. Une femme aimante que l'on ne peut qu'aimer. Et à travers elle, au point de croix, l'auteur réalise pour nous un sublime canevas : celui d'un hommage vibrant aux femmes.
    «  Il n'y a que dans les livres qu'on peut changer de vie. Que l'on peut tout effacer d'un mot. Faire disparaître le poids des choses. Gommer les vilénies et au bout d'une phrase, se retrouver soudain au bout du monde » (P.35). Si vous souhaitez vous évader dans un monde de douceur, de bienveillance, de sensibilité, de générosité, si vous avez envie de découvrir l'univers de Jo, cette femme d'une si grande noblesse de coeur et d 'âme, alors n'hésitez pas. N'hésitez plus. Ajoutez en tête de la liste de VOS envies, celle de vous ruer sur l'éblouissant roman de Grégoire Delacourt !

P. 101 : «  Être riche, c'est voir tout ce qui est laid puisqu'on a l'arrogance de penser qu'on peut changer les choses. Qu'il suffit de payer pour ça. »

La liste de mes envies, Grégoire Delacourt, Éditions Jean-Claude Lattès, Février 2012. 16€, 186 P.

 

Karine Fléjo

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02 02 12

Le Bruxelles louche et borgne...

Square des Milliardaires.jpgL'article ci-dessous a été mis en ligne le 02/02/2012 dans les colonnes du magazine satirique belge sur Internet SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :

Le parcours de Giorgio della Rocca, le héros né en 1953 du Square des Milliardaires de Giuseppe Pignato paru chez Publi-press à Bruxelles, débute de façon on ne peut plus classique, s'agissant du fils d’un couple d’immigrés siciliens venus en Belgique durant les Golden Fifties pour échapper à la misère : un père ouvrier qui milite au syndicat socialiste, une mère très catholique, le Borinage puis Bruxelles...

Mais à la rue de Mérode, dans un quartier de petits bourgeois belgo-belges au sein desquels l'enfant, élève intelligent et modèle, sera scolarisé « par charité » avant de mener à bien de brillantes études d'ingénieur polytechnicien.

C'est le début d'une ascension sociale vertigineuse dans l'immobilier qui le mènera à côtoyer la faune snob et friquée qui vivait – et sévit encore... –aux abords de la place située au bout de l'avenue Louise et à l'entrée du Bois de la Cambre, le « square des milliardaires » comme on l'appelait alors...

Il y découvre les us et coutumes de l'establishment des beaux quartiers, épousera une actrice et s'intégrera au monde des « paumés du petit matin » que moquait Jacques Brel [1] : pognon, hâblerie, faux semblants, soirées pour célibataires, drague express, clubs de rencontre, on en passe et de plus sordides...

On s'en voudrait de déflorer la suite, un retour sur terre ou plutôt en enfer qui tient le lecteur en haleine – même si celle-ci s'avère parfois un peu fétide – avec une belle maestria.

Si l'on sait que l'auteur, Guiseppe Pignato, se présente comme « administrateur délégué de sociétés actives dans la publicité, la presse et l'édition et qu'il a été un personnage incontournable dans la faune un peu spéciale des soirées "célibataires", des agences matrimoniales, du speed-dating..., animateur dans certains clubs de rencontre », on comprendra que l'ouvrage, s'il se présente comme un roman, procède peu ou prou de l'autofiction...

PÉTRONE

Square des milliardaires par Giuseppe Pignato, Bruxelles, Éditions Publi-press, juin 2011, 203 pp. en noir et blanc au format 15 x 23 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 14,90 €



[1] « Ils s'éveillent à l'heure du berger pour se lever à l'heure du thé et sortir à l'heure de plus rien...  »

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02 02 12

Une éclaircie qui nous illumine !

Sollers l'éclaircie.jpgDepuis deux ou trois ans, j'ai lu une trentaine d'ouvrages de Philippe Sollers à la suite l'un de l'autre, tant j'ai été subjugué (l'entrée, sur les conseils de Brice et Nicky Depasse, fut "Femmes") ! Inutile de dire que j'attends les sorties avec une impatience d'enfant avant son cadeau d'anniversaire ! (Je suis dans le même état qu'au cours des "Années d'Or", lorsque, programmateur et animateur, je recevais les albums nouveaux des Beatles !) Mes excuses aux libraires qui font bien leur métier, mais j'avais même demandé en pré-commande sur le Net le nouveau roman ! Et je l'ai reçu en avant-première ! Je commence donc la lecture (vous imaginez lorsque vous "savez" que vous n'allez pas être déçu) : "C'est immédiat : je ne peux pas voir un cèdre, dans un jardin ou débordant d'un mur sur la rue, sans penser qu'une grande bénédiction émane de lui et s'étend sur le monde" Voilà, c'est la première phrase du roman "L'éclaircie" ! Vous y êtes, vous nagez dans l'océan d'un autre univers, les mots résonnent en vous en de longs frémissements, remuent des souvenirs, font remonter des images, des sensations, des idées... Le miracle du talent incontestable de Philippe Sollers ! Je ne veux rien vous révéler de trop (j'en arrive à détester ces émissions où l'on raconte le film ou la trame de la pièce de théâtre ou l'histoire du roman !), seulement dire qu'il est question d'Edouard Manet et du "Déjeuner sur l'herbe" (La coïncidence magique est que c'est aussi le nom de mon dernier éditeur de poèmes), de Haydn, de Picasso, de Anne - sa soeur Anne, justement ! - , de glycine, et bien sûr de Nietzsche et de Rimbaud... Quelques phrases, presque au hasard : "Ne parlons même pas de "l'art contemporain", cette plaie de laideur grouillante adaptée à la publicité permanente." Et l'humour aussi, Sollers nous rappelle que la mère de Karl Marx disait : "Au lieu d'écrire Le Capital, il ferait mieux de s'en constituer un" ! Il est question du présent de l'art. Il est question de vieillir, ce qui nous intéressera de plus en plus : "Outre un trop-plein de mémoire, vieillir consiste à se raconter ses gestes avant de les faire, et à ne plus rien attendre de l'extérieur. Mais c'est aussi une nouvelle jeunesse où un artiste peut tout accomplir "comme pour la première fois". Et toujours ses mots et leurs poids "Les hommes pérorent, les femmes sentent, même si elles n'en sont pas conscientes". Enfin il m'absout, moi et mes semblables : "Heureux les peintres et les écrivains qui ont séché la morose école et la barbante université, pour enrichir leurs connaissances dans le boudoir des pensées !" Et si vous voulez vraiment connaître le sens du joli titre de ce dernier livre de Sollers, voici cet extrait encore : "On s'étonne, on s'exclame, on s'indigne ? Trop tard, et pour longtemps. On peut aussi décider, un siècle après, d'"éradiquer" ces phénomènes. Après avoir été religieux, totalitaires, fonctionnaires, publicitaires, les nouveaux imposteurs sont devenus purement techniques. Achetez, communiquez, consommez, communiquez. Allez-y, allez-y, vous n'empêcherez pas l'éclaircie."

Jacques MERCIER

 

"L'Eclaircie", par Philippe Sollers, roman, Editions Gallimard, déc 2011, 240pp, 17,90 euros.

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01 02 12

366 pulsations

images.jpg    « Elle était si parfaite, comment avais-je pu aimer soudain une autre personne ? Comment cela avait-il été possible? Que deux coups de téléphone, un déjeuner, un baiser, un seul baiser et quelques caresses remettent à ce point ma vie, notre vie en question? »  

    La narratrice est à ce point crucial de sa vie où tout peut basculer, fragile funambule en équilibre sur le fil de l'amour. Un baiser, un seul baiser a suffi à déclencher un cataclysme en elle, à risquer de faire exploser le couple si fusionnel qu'elle forme avec Léa depuis trois ans. Un baiser qu'elle a préféré avouer à Léa. Par souci de transparence, d'honnêteté. A moins qu'inconsciemment elle ne se délestât d'un poids trop lourd : celui de la culpabilité écrasante d'avoir cédé à cette pulsion, d'avoir trompé celle qu'elle aime tant. Ou... qu'elle aimait tant ? Présent, imparfait, elle ne sait plus à quel temps conjuguer leur amour. Car ce baiser constitue sans aucun doute à ses yeux une trahison, une tromperie. Elle qui vit dans la peur permanente de blesser sa compagne, fragile petit oiseau blessé, va pourtant susciter une douleur térébrante en elle par cet aveu.
    Aurait-elle mieux fait de se taire ?  Faut-il tout dire à l'être aimé? Et si seulement elle avait  fui les lèvres de Marie ? Mais doit-on résister aux tourbillons du désir et s'empêcher de vivre d'aussi divins vertiges ?
   

     Elle ne sait pas, ne sait plus. Son coeur est comme une boussole affolée qui ignore quelle direction prendre, quelle femme aimer. Sa raison lui dicte de rester avec Léa, si douce, si fragile. Léa qui avant elle, a aimé et perdu l'amour de sa vie, Louise, grand reporter, dans un accident tragique. Léa pour laquelle le spectre de Louise est encore si présent. Léa, à fleur de peau, à vif.
    Mais son coeur lui susurre tantôt le prénom de Léa, tantôt celui de Marie, dans une valse incessante. Une valse à trois temps où Brigitte Kernel analyse au scalpel de sa plume la relation amoureuse, avec une justesse chirurgicale : la déchirure, la déconstruction et la reconstruction. Un tempo rapide, soutenu, à l'image d'un coeur battant, celui d'une femme qui aime, qui tremble, qui souffre, qui espère, qui pleure, qui doute.
   

     A cause d'un baiser n'est pas un roman de 366 pages que l'on tient entre ses mains, mais un coeur avec 366 pulsations... Un coeur battant. Magnifique !

P. 68 : Combien de temps une scène, une photographie, une situation, un objet ou une couleur renvoient-ils à la blessure infligée par une séparation? Que l'on soit quitté ou que l'on ait quitté, car il est vrai que certaines ruptures sont si difficiles à vivre qu'elles dépassent la souffrance engendrée par le deuil d'un parent ou d'un ami.

A cause d'un baiser, Brigitte Kernel, éditions Flammarion, Janvier 2012. 366 P., 18€

Karine Fléjo

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26 01 12

Echappée de l'âme

image007.jpg" Elle vivait seule en dessous de sa vie.

Mourir devenait une question de sincérité."

Il est des solitudes d'autant plus poignantes que vous vivez, entourée d'un mari aimant et de deux magnifiques  enfants.

Il est des détresses à ce point indicibles qu'elles vous isolent du monde des vivants, vous projetant, tel un ballon gonflé d'hélium, dans l'infinie galaxie. Le seul moyen de revenir sur terre s'inscrit dans la perspective morbide de votre ...enterrement.

"Il sera très facile pour tes biographes de te décrire comme une personne répétitivement suicidaire et obsédée par la mort. Ils auront tort, tu le sais bien. Ils parleront de haine, et ils auront tort, tu le sais bien aussi. Il n'y a rien de plus haineux qu'un biographe, comme il n'y a plus menteur que le mémorialiste. Tu n'as jamais eu que l'amour en vue, du moins depuis le jour où tu l'as rencontré."

Dévastée intérieurement par une expérience amoureuse, avortée de façon inexpliquée, Ariana, ravissante jeune femme d'origine espagnole épouse le séduisant Axel, issu d'une famille norvégienne, aisée. Le couple s'installe dans une coquette maison de  la banlieue bruxelloise...

" Ta future belle-mère, à Voss, en Norvège, dit que tu es typiquement la personne qui a l'air de fuir quelque chose et c'est pourquoi, sans le déclarer positivement, elle ne se réjouit pas que son fils veuille t'épouser. Alors que c'est tout le contraire, puisque tu ne fuis pas, tu cherches ce point fixe en toi, qui est toi-même, loin au-dessus duquel le temps te fait flotter et dont il menace toujours de t'exiler définitivement".

Au-delà des sentiments et  de manifestations extérieures incomprises de son entourage, c'est l'âme d'Ariana que Grégoire Polet tente de cerner, multipliant les focus, les interpellations et points de vue. Affinant la perspective toujours et encore, du cisellement d'une plume finement taillée,  trempée de métaphores et  d'énumérations qui progressent, par petites touches,  dans une quête essentielle de  la vérité. La vérité de l'âme aspirée par  une réalité qui n'a plus place sur terre, qui rend  Ariana étrange, étrangère.

" Tu es une comète qui approche du soleil et qui se détruit progressivement en nuages de météores pas plus grands que des grains de sable."

Apolline Elter

Les ballons d'hélium,  roman, Grégoire Polet, Gallimard, janvier 2012, 174 pp, 16 €

 

Billet de faveur

AE: Après le cycle lisse et lumineux de vos trois premiers romans [Madrid ne dort pas, Excusez les fautes du copiste, Leurs vies éclatantes] vous semblez entrer, avec Chucho  [votre précédent roman]  et les présents Ballons d'hélium, dans le cycle d'une réalité plus sombre mais aussi plus profonde. L'écriture doit en être encore plus exigeante. Plus engagée?

Grégoire Polet: L’inspiration sombre ou claire ne se choisit pas vraiment: on suit la marche de sa pensée et son évolution, qui nous font traverser parfois le jour, parfois la nuit. Les deux valent la peine d’être explorés.

Dans Chucho, nous avions un personnage fragile, qui mettait en question notre capacité de modifier notre vie pour accueillir l’autre.

Dans Les Ballons d’hélium, nous avons un personnage, une jeune femme, qui est déçue, insatisfaite, par la vie telle que le monde aujourd’hui la programme, et qui est poussée irrésistiblement à chercher plus loin, non plus dans la vie extérieure, mais du côté de la vie intérieure. Et le monde qu’elle découvre dans sa vie intérieure est très différent du monde matériel, superficiel. Tout est différent; le passage du temps est différent; l’espace est différent; la présence, l’absence sont différentes. Et surtout semblent beaucoup plus vrais que les mesquines réalités extérieures, faites d’oubli, de séparations, de propriétés, d’exclusions, d’irrémédiable. Elle fait l’expérience d’une très forte spiritualisation de l’existence, qui provoque la perte de ses repères habituels, et ne lui permet pas d’en trouver de nouveaux. Ou du moins pas facilement. C’est cette aventure dans l’intériorité, dans l’en-dessous des choses, qu’Ariana vit, guidée par une blessure d’amour. Aventure dramatique, exploration, tourbillon, c’est une trajectoire vitale qui tient à la fois de l’ascension et de la chute libre.

Est-ce une écriture exigeante? Oui. Parce qu’il s’agit de suivre au plus près une démarche vraiment radicale, avec la plus grande sincérité et la plus grande exactitude. De plus, techniquement, il s’agissait de rendre un développement narratif qui épouse les formes de la perception spiritualisante du monde: temporalité non linéaire mais mémorielle; points de vue changeants et glissants, comme dans les rêves.

Est-ce une écriture engagée? En un certain sens, oui. Car indirectement elle milite pour un changement de mentalité, que par ailleurs je vois à l’œuvre autour de moi et que ce roman reflète. C’est un changement du modèle du bonheur. Les crises actuelles accentuent ce mouvement de déception par rapport à un modèle de bonheur attaché à la réussite matérielle et sociale. Ma génération a été élevée dans l’idée du bonheur (d’autres générations avaient été élevées dans l’idée du travail, ou de la liberté, ou de la foi, etc.), et particulièrement du bonheur par la commodité matérielle et le bien-être physique. Ce modèle, très bien intentionné, a pourtant de cruelles limites. Surtout quand l’argent et la prospérité viennent à être incertains. En temps de crise, le confort et la commodité deviennent soit de plus en plus inaccessibles, et donc angoissants; soit, pour ceux qui les obtiennent tout de même, ils deviennent des “blindeurs” d’individus. Or, le bonheur ne prend pas rendez-vous avec les angoissés, et ne pénètre pas les blindages. Devant les failles (la faillite?) de ce modèle de bonheur, la recherche d’autre chose est partout perceptible. Et cette recherche va dans le sens de l’Evolution, telle que l’ont montré les philosophes et paléonthologues (Teilhard de Chardin, par exemple, cité en début de roman). C’est-à-dire dans le sens de: moins de matière, plus d’esprit. Moins de masse, plus d’énergie. Cette fameuse spiritualisation en marche depuis les origines et qui a conduit la matière jusqu’à la vie, et la vie jusqu’à la conscience. Et la conscience jusque… là où nous voudrons bien la mener.

AE:  "....mais l'euphorie pourtant était là, congelant momentanément toute possibilité de vie intérieure, et la jetant avec appétit vers le monde extérieur... "

Cette euphorie, singulièrement absente  - du moins rare - dans le parcours d'Ariana , n'aurait-elle pas pu, au contraire, renverser le cours de sa vie, insuffler un peu de légèreté à la gravité ressentie, injecter de l'hélium dans des ballons qui, du coup, auraient revêtu une signification diamétralement opposée, celle de l'espoir et de la légèreté  de la vie?

Grégoire Polet:

L’euphorie en question dans cette citation, si on se réfère au contexte du roman, est l’euphorie d’avoir gagné 1000 euros. Cette euphorie de la possession l’exile justement de la vie intérieure qui l’intéresse et la jette vers la vie extérieure qui la déçoit, et la pousse à acheter et à s’approprier, “à donner des coups d’euro comme des coups de hache dans le réel pour s’en approprier quelque chose.” Mais Ariana pense que cette euphorie-là en fin de compte ne gonfle que de décevantes baudruches. Avez-vous lu, à ce propos, le passage sur les courses et le shopping dans L’Art français de la guerre, d’Alexis Jenni?

AE: Je ne l'ai pas encore lu mais vais foncer sur ce passage!

Enrobée de mystère, Ariana échappe à la vie et parfois à la logique du lecteur,  tel un ballon, gonflé d'hélium vous  fausse compagnie. Vous tentez de la cerner de la manière la plus juste, la plus analytique possible; ne  vous échappe-t-elle pas, par moments, à vous aussi?

Grégoire Polet: Ariana reflète un changement, une évadée du modèle, et à cause de cela elle subvertit ce modèle et échappe aux grilles habituelles. Après, il y a toutes les circonstances dramatiques de sa psychologie personnelle, qui ne sont certes pas généralisables, et qui la mènent à frôler la limite d’actes terribles. Car Les Ballons d’hélium est d’abord et avant tout un roman d’amour, une histoire d’amour passionnée et tragique.

Ce que j’ai répondu dans cette entrevue ne constitue qu’un commentaire, donne une piste, un éclairage. Mais, évidemment, le roman ne peut pas se résumer à cela.

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

18 01 12

Le soufre

   orban.jpgEn 1927, Virginia Woolf publie «  To the light house » (La promenade au phare), ouvrage qui rencontre un succès respectable et permet au couple qu'elle forme avec Léonard, son mari éditeur, de souffler un peu dans leur modeste demeure de Monk's House. Sujette à des troubles bipolaires, alternant phases d'excitation créatrice et de dépression, Virginia trouve en son mari un être dévoué, aimant, bienveillant à son endroit. Et refuse de se soigner, convaincue que c'est de cette folie que vient son génie, son imagination.

      Et pourtant, malgré la prévenance constante de Léonard, c'est vers l'écrivain Vita Sackeville-West que se portent les élans de Virginia.  La sulfureuse aristocrate, dont le magnifique château familial de Knole se situe proche de chez Virginia, suscite la fascination, l'admiration et l'amour de cette dernière. «  Aime-moi, si ma raison m'ordonne de m'éloigner de toi, mon coeur et mon corps te supplient de rester là, à t'aimer; aime-moi. » Un amour dont leurs maris respectifs auront connaissance, formant ainsi deux couples aux moeurs bien en avance pour l'Angleterre puritaine des années 1920.

      Léonard, qui vit cette relation douloureusement, va devoir cependant faire face à plus grande épreuve encore : Virginia décide de dédier son prochain roman à son amante, de faire d'elle sa muse, son inspiratrice. Lui qui s'est juré en épousant Virginia, de lui tenir la main sur son chemin d'écrivain, subit un terrible affront : il va devoir publier le récit de la passion tourmentée entre ces deux femmes. «  Il fallait que Virginia expulse Vita, qu'elle la traite comme un sujet, la construise comme un chapitre, l'étale comme une phrase. » Un amour scandaleux pour l'époque qui oblige Virginia à biaiser : Vita se cachera derrière Orlando, personnage androgyne principal du roman éponyme. Orlando, une oeuvre à la fois biographique et imaginaire, vibrante déclaration d'amour à Vita, où passion et jalousie dansent une valse endiablée.

     Dans Virginia et Vita, Christine Orban transforme à son tour Virginia Woolf en héroïne de roman et dresse d'elle un portrait incroyablement juste et vivant, celle d'une femme en proie aux affres de la passion et de la création.

Virginia et Vita, de Christine Orban aux Editions Albin Michel, janvier 2012, 233 P., 17€.

Karine Fléjo

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18 01 12

Des mots d'enfants pour se souvenir...

 414bmyfSPKL._SL500_AA300_.jpgMarie-Julie Rosenrot surnommée Lili Rose, a 9 ans en 1940 quand commence l'Exode. Elle part avec sa famille sur les routes françaises. Avec des mots d'enfant, elle nous raconte SA guerre. Un récit poignant avec toute l'insouciance de l'enfance, pourquoi les bombes seraient-elles pires que la punition de sa maman lorsqu'elle est prise en train de voler à l'école? Elle joue à la messe, à la guerre, fait des bêtises, avec ses frères, un monde à part, une bulle à côté des bombardements. Des écrits naïfs, simples qui montrent que le temps passe. Un jour, Lili Rose abandonne son récit de l'Exode...« J'attends mon heure », cette phrase revient régulièrement, mais qu'attend réellement Lili Rose? Deviendra-t-elle celle qu'elle a toujours rêvé d'être? On la retrouve quelques années plus tard, elle a grandit... Le ton change, les mots aussi. On découvre une jeune fille débrouillarde, confiante, qui croit en l'avenir. Désormais, on ne l'appelle plus Lili Rose mais Maroussia. Est venu, le temps où il faut se débrouiller et gagner sa vie. Une période difficile pour la jeune fille. "Je préfère avoir faim que sommeil, encore que je m'endorme mal quand j'ai trop faim." Après des petits boulots pour s'en sortir, elle entreprend des études aux Beaux Arts pour devenir architecte. Elle rencontre des garçons, sort, vit pleinement sa vie d'étudiante. Ses amis l'appellent Marie... Elle voyage, découvre la vie parfois malgré elle. Et puis, elle rencontre Jacques, un mariage, un voyage de noces... Et aujourd'hui, qu'est-elle devenue? Marie-Julie n'est pas morte, elle repense à sa vie à travers une boîte à boutons. " Une boite à boutons, c'est plus, ou mieux, ou pire qu'un album de photos figées, car les boutons ont vécu et s'offrent pour revivre. "

 Marie Faucher est d'abord auteur de contes. Grâce à ces cahiers retrouvés des années plus tard, ces cahiers griffonnés, elle devient plus réaliste et retrace son histoire personnelle. Ces cahiers, qui racontent avec naïveté et simplicité des histoires, l'histoire de cette petite fille. Avec humour, tristesse parfois même dureté, Marie Faucher a continué l'histoire, a voulu montrer comment Lili Rose est devenue grande dans cette société d'après-guerre...

 Sortie prévue ce 19 janvier 2012.

 Les cahiers de Lili Rose, Marie Faucher, éd. Carnets Nord, Janvier 2011, 204pp, 17€.

 

Écrit par Gwendoline Fusillier dans Gwendoline Fusillier, Histoire, Récits, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |