26 09 11

Le choc des cultures !

 

9782742771905.jpgDans Le mec de la tombe d’à côté, Katarina Mazetti nous offre une belle réflexion sur le choc des cultures, un sujet assez contemporain.

Rien ne prédestinait l’amour passionné entre Désirée et Benny et pourtant seul un sourire a suffit. Elle, bibliothécaire vit en ville dans un bel appartement épuré, lui, agriculteur vit à la campagne dans une ferme. Ils n’ont rien en commun et n’auraient jamais dû se rencontrer mais voilà presque tous les jours ils se rendent au cimetière. Désirée vient de perdre son mari et Benny pleure le décès de sa maman. Assis côte à côte sur un banc, ils ne se parlent pas, ils s’agacent même mais un jour ils s’échangent un sourire et là tout bascule. Et nous voilà partis pour belle histoire d’amour…

 

Extrait (p.144-145) : « Il nous est arrivé de louer une cassette vidéo. C’est-à-dire, on ne loue pas un film, on ne réussit jamais à se mettre d’accord sur le choix. On en loue toujours deux. Ensuite elle va chercher son fourre-tout fleuri pendant mon film, et moi je m’endors pendant le sien.

On va aussi bien ensemble que de la merde et des pantalons verts, comme disait mon grand-père. »

 

Katarina Mazetti nous emmène à travers un roman drôle, décapant et tendre. Chaque chapitre est raconté en alternance par l’un des deux protagonistes ce qui fait du lecteur le témoin privilégié de ce récit entre deux êtres que tout oppose.

Bref, un roman qui se lit facilement, destiné à tous et qui pose cette question de savoir si deux personnes que tout éloigne peuvent s’aimer ?

 

La suite de ce roman « Le caveau de la famille » est sorti au mois de mars 2011 aux Editions Gaia.

 

Le mec de la tombé d’à côté, Katarina Mazetti, traduit du suédois par Lena Grumbach et Catherine Marcus, éd. Actes Sud, Collection Babel, avril 2009, 254 pp, 7,50€.

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21 09 11

Savoir-vivre..élémentaire

1206155-f.jpg" Il resta donc assis et réfléchit aux solutions qui s'offraient à lui. Il ne souhaitait pas attirer l'attention. Et quitter en catimini un service funèbre qui touchait à sa fin serait impoli, voire sacrilège. D'autant que les proches de Christopher Madigan ne se bousculaient pas au portillon."

 

Assister à un service funèbre exige un minimum de ...savoir-vivre. Surtout lorsque vous constatez, tel Andy Larkham,  que vous vous êtes trompé d'heure, partant, de défunt. Qu'à cela ne tienne, notre distrait héros signe le registre des condoléances de Christopher Madigan, inconnu au régiment, et... le début d'une immense fortune. Il s'avère en effet, qu'aigri, le multimillionnaire avait décidé de répartir ses avoirs entre les seules personnes présentes à la fin de la cérémonie d'adieux. A savoir, Maral Bernhard, la gouvernante et Andrew Larkham, modeste employé d'une maison d'édition.

 

Outrepassant  les honorables scrupules qui l'engagent à refuser l'héritage indu, Andy entreprend une enquête sur la personnalité du défunt: il serait courtois de le réhabiliter aux yeux de sa fille déshéritée. Décidément Andy a l'élégance,  Nicholas Shakespaere, l'humour, conjointement british...

 

Une plongée dans le passé de Christopher Madigan  qui mènera le lecteur d'Arménie en Australie, au gré d'un bien plaisant roman.

 

Apolline Elter

 

Héritage, Nicholas Shakespaere, roman, traduit de l'anglais par Karine Laléchère, Grasset, août 2011, 424 pp, 20,9 €

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17 09 11

L'envol d'un très beau roman

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Il séjournait dans un coin de votre esprit, vous le retrouvez comme un vieil ami, le phrasé de Véronique Ovaldé, balancelle rythmée, oscillant d'une quête analytique et sans fin, vers l'expression de la vérité. La vérité des âmes.

 

"...Taïbo avait cette sorte de pudeur qui lui interdirait toujours d'être plus qu'un lieutenant de police dans une ville désertée la moitié de l'année, il ne pouvait simplement pas poser la question qui fâchait, pris qu'il était d'une empathie encombrante."

 

Appelé à enquêter sur l'occupation clandestine de villas en l'absence de leurs riches occupants, le lieutenant Taïbo fait la connaissance de Vida Izzara.

 

Paloma, la fille de cette dernière, s'est envolée, quittant le nid familial et la magnifique propriété de Villanueva Nueva où résident ses parents.

 

Cette fuite est l'occasion pour Vida Izzara de remettre sa propre existence en question et de fuir la cage dorée dans laquelle Gustavo, son mari, la comprime.

 

Au départ d'une intrigue minimaliste - il n'est question pour les protagonistes que d'éprouver les ailes de leur liberté - Véronique Ovaldé aspire le lecteur dans la spirale d'une narration rythmée, majestueusement  imagée.

 

Apolline Elter

Des vies d'oiseaux, Véronique Ovaldé, roman, Editions de L'Olivier, août 2011, 238 pp, 19 €

 

Billet de faveur

 

AE : Véronique Ovaldé , la métaphore aviaire traverse le roman : Paloma désigne la « colombe » en espagnol, ses parents vivent dans une villa climatisée, véritable cage,  dont on ne peut ouvrir les fenêtres, Vida a une cervelle d’oiseau – du moins aux yeux de son mari – et son père, atteint d’Alzheimer, tente de démêler les fils d’un « cerveau aux repères volatils ».  Le récit en  devient presque une allégorie. Comment s’est-elle imposée à vous ?

 

Véronique Ovaldé :  c’est en prenant le petit recul que donne la lecture de son propre manuscrit que je me suis rendu compte que mon roman était habité par des oiseaux. Que leur nature volatile, légère, tragique, joyeusement périssable se déployait au fur et à mesure de l’histoire.

 

AE : Paloma  s’interroge : « Il n’y a donc jamais d’autre solution que de partir ? » Faut-il obligatoirement quitter le nid (familial) pour connaître la liberté ? Pour accéder à une meilleure connaissance de soi ?

 

Véronique Ovaldé : La rupture, le départ, la disparition me semblent nécessaires et souvent inacceptables. Il faut, me semble-t-il, se défaire de ses liens et revenir sans cesse à notre nature solitaire…

 

AE : En quoi consiste votre madeleine de Proust ? (C’est la question rituelle de nos billets de faveur)

 

Véronique Ovaldé : En voici quelques-unes en vrac :Le Dix de Balenciaga, le cri des martinets, Luis Mariano, le bruit du ressac assourdi par le plomb d’un soleil à son midi, les cheveux électriques quand on enfile un col roulé en polyester, l’odeur de la gouache…

 

 

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15 09 11

(En)quête épistolaire

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" Oui, il est insupportable de ne pas savoir; ce silence familial est un poison qui contamine tout ce qu'il touche, nos rêves, nos peurs, nos vies d'adulte."


Au départ d'une photo, seule trace qu'elle possède de sa maman décédée quand elle était jeune enfant, Hélène Hivert entreprend de briser le tabou qui a marqué sa mémoire. Elle publie une annonce qui présente sa mère,  entourée de deux hommes, dont elle cherche l'identité. Depuis Ashford, un homme lui répond, un mois plus tard...il s'appelle Stéphane Crüsten, reconnaît d'autant mieux les hommes de la photo qu'il s'agit de son père, récemment décédé et d'un ami de celui-ci.

 

Sa réponse signe le début d'une dense correspondance, qui épousera des formes techniques variées en fonction de l'urgence, du contenu du message  (lettres, cartes postales, courriels et textos), de la progression de l'enquête et d'une intimité...

inéluctable.

Un roman épistolaire - ce ne peut que nous plaire - finement mené, aux rebondissements subtilement négociés.

 

Apoline Elter

 

Eux sur la photo, Hélène Gestern, roman, éditions Arléa, août 2011, 274 pp, 19 €

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15 09 11

Le regard d'un arbre sur la vie

 

51lyGnifXJL._SL500_AA300_.jpg« On m'appelle Tristan, j'ai trois cents ans, j'ai connu toute la gamme des passions humaines... Je suis tombé au lever du jour: une nouvelle vie commence pour moi. »

 

Tristan, le poirier planté sous Louis XV nous emmène sur les traces de ses origines. Et c'est qu'il en a vécu des choses! Des guerres de religion, la Révolution française, l'affaire Dreyfus... Tout au long des 28 chapitres, il revit chaque moment, chaque émotion dont il a été le témoin.

« Un arbre n'a d'autres sentiments que ceux qu'on lui confie. » (page 14)

Malgré ces liens avec le passé il garde une accroche avec le présent , il découvre de nouveaux sentiments à travers ses personnages, de Georges Lannes, son dernier propriétaire à Yannis Karas qui retrace son histoire en passant par Manon qui voit en lui un papa de substitution et qui grâce à lui deviendra une grande artiste.

 

Le dernier roman de Didier Van Cauwelaert nous intrigue, nous fait découvrir la vie, la manière de penser des hommes à travers les branches, les racines et les feuilles de Tristan., le tout sur fond de suspense.

Le journal intime d'un arbre, un livre drôle, poignant qui apporte une réflexion sur la vie ou quelle est, pour un arbre comme pour un être humain, la meilleure façon de ne pas mourir?

 

La sortie est prévue pour le 13 octobre 2011.

 

Le journal intime d'un arbre, Didier Van Cauwelaert, Editions Michel Lafon, octobre 2011, 19€, 250pp.

Écrit par Gwendoline Fusillier dans Didier van Cauwelaert, Romans | Commentaires (1) |  Facebook | |

14 09 11

L'écrit ...vint

423blog.jpg" Cher lecteur,

Je ne sais plus que te dire. Je suis partagée entre "Laisse-moi tranquille!" et "Continue à m'écrire!"  (...) De moi, tu ne connais que les livres, et cela t'a suffi à me connaître à un degré d'intimité qui me terrifie. Pratiquée en profondeur, la lecture est décidément le moyen d'investigation le plus vivisecteur qui soit: tu me connais mieux que si tu étais mon frère"

Amélie Nothomb, 1997."

 

C'est en lisant Hygiène de l'assassin, que Sam est né à la lecture. Il entreprend dès lors une ingestion systématique des romans d'Amélie Nothomb en même temps qu'une correspondance avec l'écrivain: l'ado lui révèle, dans un langage  un brin naïf, ses impressions de lectures, les transformations que cette ingestion opère en lui et  l'affection fascinée qu'il porte à l'auteur. Scènes d'atmosphère, bribes de portrait,  analyse du processus d'écriture, messages issus des forums de ses fans ...apportent un éclairage intéressant sur le mythe  "Nothomb", les relations de l'épistolière avec ses lecteurs et le paradoxe de son inaccessible proximité.

 

" Ce n'est pourtant pas ce qu'elle écrira aujourd'hui. Mais une image en appelle une autre, et tout un récit se trame en son esprit tandis qu'elle se rend, hagarde, dans la cuisine où elle se prépare, comme chaque matin, un demi-litre de thé noir kényan si fort, beaucoup trop fort, amer à la faire grimacer, qu'elle avale d'un seul trait. Qui lui donne encore plus faim. C'est seulement quand elle a faim qu'elle peut écrire."

 

Génération Nothomb, Annick Stevenson, roman, Ed. Luce Wilquin, août 2011, 184 pp, 19 €

 

 

Écrit par Apolline Elter dans Rentrée littéraire, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

11 09 11

Un "murmure " qui fait parler de lui...

du-domaine-des-murmures-224341-100-160.jpgPlonger dans le XIIe siècle et le quotidien d'une recluse, la jeune Esclarmonde, qui paie d'un enfermementà vie le prix de sa liberté intérieure,  peut sembler, à première vue, incongru. C'est compter sans l'enchantement d'une très belle plume, celle de Carole Martinez et d'une puissance narrative, féérique.

 

Promise à Lothaire de Montfaucon, la jeune châtelaine du Domaine des Murmures commet l'affront irréparable de ne pas s'engager à ses côtés, le jour de son mariage. Offerte au Christ dans une quête mystique de liberté paradoxale, elle fait construire une chapelle aux Murmures, dotée d'une cellule où elle sera emmurée à jamais. La communication avec le monde se limitera à une fenestrelle grillagée de barreaux. Violée, le jour de sa mort au monde, elle accouchera d'un petit Elzéar, plus de neuf mois après; il n'en faut pas plus pour que la légende de sa virginité naisse de concert et se propage: les pèlerins accourent de toutes contrées, en quête de sa bénédiction. Du reste, le taux de mortalité diminue de façon spectaculaire à l’entour des Murmures.

 

" J'étais posée comme une borne à la croisée des mondes."

 

Oscillant entre la sainteté, la pureté mystique et... l'hérésie, la vie de la jeune maman est remplie de la présence de Dieu, des pèlerins et de son nourrisson, tandis que son père, à jamais éprouvé par un démon intérieur, s'en va aux Croisades.

 

"Je ne pensais pas accomplir de vrais miracles, mais je ne pouvais nier la démission de la mort. Car les gens du pays ne mourraient toujours pas. Nul n'expirait sur les terres des Murmures et, à l'exception de quelques étrangers, on n'y avait plus enterré personne depuis ma réclusion. Et voilà ce que je ne m'expliquais pas."

 

Un Moyen Age rendu étonnamment vivant, par l'élégance d'un style contemporain et la distillation fine de quelques tournures d'époque. Envoûté par la magie de la narration, le lecteur se sent aspiré dans le récit, ses péripéties, enveloppé chaudement dans le froid cocon d'une robe de pierre.

 

Apolline Elter

 

Du domaine des Murmures, Carole Martinez, roman, Gallimard, août 2011, 202 pp, 16,9 €

 

Billet de ferveur

AE : Carole Martinez, le roman d’Esclarmonde, résonne comme celui de la liberté ultime : refuser le destin tracé par sa famille pour vivre le choix de l’emmurement à vie et de la mort au monde. Le « phénomène » des emmurées était-il fréquent au Moyen Age ?

 

Carole Martinez :Il était courant. Les villes avaient toutes leurs recluses et les habitants leur lançaient du pain pour les remercier de leurs prières. Les emmurées volontaires venaient de toutes les classes sociales et la taille de leur cellule était variable, certaines pouvaient communiquer avec l’extérieur, d’autres pas. A Rome, on dénombrait plus de 200 recluses au début du XIV ème siècle. La dernière recluse romaine est d’ailleurs morte, il y a une vingtaine d’années après quarante ans de réclusion.

 

 AE : Esclarmonde n’est pas une sainte : elle vit ses doutes, ses passages à vide, avec sincérité. C’est ce qui nous la rend étonnamment proche malgré son choix de vie et l’époque qu’elle incarne. Mais tout de même, ce n’était pas un pari gagné que de nous entraîner dans une expérience à ce point mystique. Comment l’argument s’est-il imposé à vous ?

 

Carole Martinez : J'ai cherché dans la grande Histoire des femmes des figures qui pourraient m'inspirer. J'aime les portraits de femmes et j'en voulais six pour représenter les différentes voies d'émancipation ou même de pouvoir que les femmes s’étaient frayées au fil du temps. La voie mystique a été l'une de ces voies, certaines béguines, certaines recluses ont réussi à acquérir une forme de puissance. Puis le marteau de l'hérésie et, plus tard, celui des sorcières se sont abattus reléguant le sacré féminin du côté de l'obscur et du mal.

 

Certes, Esclarmonde s’imagine qu’elle vivra loin du monde dans un tête à tête avec le divin, mais ce qu’elle découvre dans sa cellule, c’est son corps, sa chair, ses sens. Elle ne gagne pas la solitude, mais recueille les confidences de tous ces pèlerins qui viennent jusqu’à sa fenestrelle et, loin de se retrancher de son siècle, elle s’y plonge et en devient le témoin privilégié. Tout s’inverse. La jeune « morte » est infiniment vivante. Voilà ce que je voulais travailler : la beauté du monde à hauteur d’homme (ou de femme).

 

J'avais envie de me tenir en équilibre sur une petite surface, d'éliminer l’insignifiant pour pénétrer au plus profond d’un être, pour ressentir la moindre brise. Esclarmonde contemple le monde, elle ne s’en détache pas, elle se laisse progressivement absorber par l’ici-bas. Elle s’éloigne de la sainte pour se rapprocher de la fée. Il y a un monde entre les deux. C’est cette distance là qui m’intéresse.

 

« Ses repas ravivaient en moi une palette de goûts dont la réclusion grise m’avait sevrée »

 

 AE : Un magnifique passage décrit les repas qu’Esclarmonde donne à son bambin et la résurgence d’une sorte de madeleine de Proust. De quel ordre est la vôtre ?

 

 Carole Martinez : Les mantécaos et le créponne. La merveilleuse cuisine de ma grand-mère.

 

 Ndlr : le roman de Carole Martinez est en lice (première liste) pour l'attribution des prix Goncourt et Renaudot. Notamment. ...Un "murmure" qui devrait faire parler de lui

30 08 11

Florilège de..souvenirs

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«  Il ne fallait pas forcément courir après des idées, s’acharner sur des brouillons, c’était au roman de faire les premiers pas. Il fallait être dans de bonnes conditions pour le recevoir quand il frapperait à la porte de l’imagination. Les mots avançaient vers moi avec la grâce de leur invisibilité. »

 

Les fans de David Foenkinos ne seront pas déçus qui retrouveront leur écrivain-fétiche au rendez-vous de la rentrée et de lui-même.

 Excellant dans la veine de l’attachante (auto)-dérision,  d’un quotidien plutôt terne et d’un loufoque irrésistible, le narrateur propose un florilège de …souvenirs, mus par le  départ de sa grand-mère pour une maison de retraite- il lui est très dévoué - une idylle naissante et une vocation embryonnaire pour le métier d'écrivain.

 

Soixante-huit chapitres s’enchaînent comme les mailles d’un récit ininterrompu- exeunt les sauts de pages -  conclu chacun de l’évocation d’un souvenir attaché au narrateur  ou à un surprenant protagoniste : Lazare, Claude Lelouch,  Aloïs Alzheimer, Vincent Van Gogh..

 Une fresque émouvante, déconcertante et drôle de la complicité qui peut unir des générations éloignées.

 

 Apolline Elter

  Les souvenirs, David Foenkinos, roman, Gallimard, août 2011, 266 pp, 18,5 €

 

05 08 11

Tuer le père, le nouvel Amélie Nothomb

 

nothomb, rentree litteraire, pèreUne rentrée littéraire sans Amélie Nothomb se révèlerait aussi incongrue qu'un pain sans sel,  une vigne sans raisin, un beaujolais sans  mention de nouveauté. Notre compatriote ne faillit pas à ses obligations, qui propose, ce 18 août, la parution d'un nouvel opus,  au titre assassin, "Tuer le père"

Et le lecteur d'appréhender  le pire (scénario), Oedipe et compagnie. ...

Mais encore.

 

Rejeté par Cassandra,  sa mère, le jeune Joe Whip se fait aussitôt adopter par un jeune couple, Norman, célèbre magicien et Christina, sa délicieuse compagne, au demeurant, danseuse du feu. Il apprendra aux côtés de Norman, l'art de la magie et les principes éthiques qui le soutiennent.

"...la magie déforme la réalité dans l'intérêt de l'autre, afin de provoquer en lui un doute libérateur."

Les années pourraient s'écouler paisibles et sans arrière-pensées; ce serait faire fi de la complexité mentale de Joe, l'(anti-)héros et de sa décision inébranlable" de construire [sa] vie sur une parole"

 

Les lecteurs seront partagés en deux camps  les uns jugeant qu'Amélie Nothomb joue par trop avec... le feu et la logique de thèmes sophistiqués, les autres saluant le côté implacable du même raisonnement, la divine plume qui le sous-tend et l'approche fascinée de disciplines peu usuelles: la magie et la danse du feu; sans oublier le côté planant de substances hallucinogènes.... Bien qu'ancré dans la ville de Reno - USA, Etat du Nevada -  et une époque récente, le récit revêt des allures de conte qui échappe à la temporalité. C'est la magie nothombienne, celle même qui ne se contente pas de ne tuer le père ...qu'une seule fois.

 

Apolline Elter

 

Tuer le père, Amélie Nothomb, roman, Albin Michel, 17 août 2011, 152 pp, 16 €

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01 08 11

Quand souffle le vent du nord

Glattaeur, vent du nord, grassetUne femme. Un homme. Ils ne se connaissent pas et une simple faute de frappe va les rapprocher.
Emmi Rothner, mariée, deux enfants, souhaite résilier son abonnement à un magazine. Elle envoie donc un mail mais se trompe dans l’adresse de son correspondant. Par mégarde, elle harcèle Léo Leike, célibataire, sortant d’une relation difficile.
Au départ, celui-ci répond assez sèchement mais petit à petit un dialogue s’installe entre les deux protagonistes. Quelques banalités et ensuite une certaine intimité se crée, une relation platonique sur le principe « suis-moi, je te fuis, fuis-moi, je te suis ».
Au fil de ces échanges, ils apprennent à se connaitre, à se confier, ils deviennent des êtres d’imagination, partagent leur quotidien respectif, imaginent l’autre jusqu’à en devenir accro et ne plus pouvoir se passer l’un de l’autre.
« Écrire, c’est comme embrasser, mais sans les lèvres. Écrire, c’est embrasser avec l’esprit. »
Mais que cherchent-ils ? Il est son reflet, elle est le sien.
Très vite, l’attirance et le besoin de se rencontrer se fait sentir mais c’est prendre le risque de tout gâcher. Quand l’un avance, l’autre recule. Ils en ont très envie mais ils ont peur, peur de n’avoir rien à se dire, peur d’être déçus.
Alors ces deux personnages vont-ils se rencontrer ? Que va-t-il se passer ? Comment va évoluer leur relation ?

Quand souffle le vent du nord, un roman épistolaire remis au goût du jour avec les nouvelles technologies et Internet.
On s’attache aux personnages, on vit avec eux, on partage leurs émotions avec, c’est vrai, un côté un peu voyeur. Au fil des pages, on esquisse tantôt un sourire, tantôt une moue d’inquiétude ou un sentiment de tristesse.
Des échanges drôles, marquants, surprenants, inattendus. Bref, un roman léger, simple, surprenant et parfois un peu décalé.
Un deuxième volet de cette aventure virtuelle, La septième vague, est sorti au mois d’avril toujours aux Éditions Grasset.
Daniel Glattaeur est autrichien, il signe avec Quand souffle le vent du nord son huitième roman et le premier traduit en français.

 

Fusillier Gwendoline

Quand souffle le vent du nord, Daniel Glattaeur, traduit de l’allemand par Anne-Sophie Anglaret, Éditions Grasset, avril 2010, 18€, 348 pp. Également disponible au Livre de Poche, mars 2011, 6,95€, 348 pp.

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