09 11 11

Colette et Bertrand

9782259212908_fiche.jpg Exercice subtil et risqué que de se glisser dans la peau, dans l'âme de Colette, d'autopsier l'amour qui la lia quelque cinq ans à son beau-fils, Bertrand de Jouvenel. Colette avait alors 47 ans, Bertrand, 17...

 

"Bertrand n'est pas un problème parce qu'il a dix-sept ans, Bertrand n'est pas un problème parce qu'il est le fils de mon mari, Bertrand n'est pas un problème parce qu'il m'aime et me désire, Bertrand est un problème car il m'attire."

 

Saisie dans un long monologue avec un médecin, psychanalyste, la célèbre écrivain  fait le point sur sa vie amoureuse, passée et future, sur son enfance et le sentiment fort qui la lie à sa mère.

 

L'amour de Bertrand et de Colette leur permettra-t-il de panser leurs plaies respectives ?

 

Autorisant son imagination personnelle à pratiquer le "mentir vrai, empathique et schizophrénique", Delphine de Malherbe trace de la Phèdre du XXe siècle un portrait intéressant. Un portrait que n'aurait peut-être pas renié Colette...

 

Apolline Elter

 

L'aimer ou le fuir, Delphine de Malherbe, roman, Plon, août 2011, 128 pp, 17 €

Écrit par Apolline Elter dans Rentrée littéraire, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

02 11 11

Les rails de la vie

 index.jpg    Antonio, photographe, revient après dix années d'absence à Lisbonne. Il y rejoint un collaborateur journaliste, Vincent, afin de couvrir le procès d'un tueur en série.

 

     Lisbonne, ville de son premier amour. Lisbonne, ville de sa plus grande blessure. Tandis qu'il n'était âgé que de douze ans, Antonio a en effet rencontré celle que l'on surnomme « Canard ». Un amour mythique, puissant, lumineux. Un amour promis à l'éternité. Un amour hélas aujourd'hui brisé. Chacun a emprunté un chemin de vie différent, sans pour autant oublier...

 

     Vincent, informé de cette relation fondatrice, ne peut se résoudre à ce qu'une si belle romance ait avorté. Et de tout faire pour retrouver la jeune femme. Et de vouloir coûte que coûte que leurs chemins se recroisent pour ne plus faire qu'un. Quels sont les motifs sous-jacents qui guident sa quête ? Parviendra t-il à rétablir ce lien rompu il y a des années ? Peut-on influer sur la destinée des êtres ?

 

     Avec une plume alerte, Hervé Le Tellier nous embarque dès la première page sur sa ligne de tramway Eléctrico W, à travers Lisbonne. Au fil des pages, il nous peint avec brio les paysages des jeux de l'amour, de la jalousie, du poids du destin, de l'improbable réparation des âmes et des coeurs blessés.

 

    Un très agréable voyage littéraire !

Eléctrico W, de Hervé le Tellier. Editions J.C. Lattès, Août 2011. 286 p., 18 €.


Karine Fléjo

 

  

Écrit par Brice dans Rentrée littéraire, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

29 10 11

Une histoire de coeur et pourtant pas d'amour...

 

le-coeur-d-une-autre.jpgBruce Boutard, un quadragénaire un peu bourru découvre après une partie de tennis qu'il est gravement malade. Seule une greffe du coeur pourrait le sauver. Après quelques temps d'attente et par chance on lui trouve un organe. Mais alors qu'il vient d'être greffé, Bruce change du tout au tout; ses goûts, ses pensées, son caractère... Mais que lui est-il arrivé? Il entreprend de faire quelques recherches sur l'identité de son donneur (chose qui est pourtant anonyme) et découvre que c'est une femme... Il veut savoir, il veut la connaitre et ira jusqu'au bout.


« Le coeur d'une autre » est le 4ème roman de Tatiana de Rosnay. Dans celui-elle aborde un thème assez difficile; la relation entre le receveur et le donneur d'organe. L'angle choisi: la différence des sexes.

 

Un livre prenant, rempli d'émotions avec une pincée d'humour. En effet, dès le début de l'histoire Bruce Boutard apparait comme un macho, désordonné et enfermé dans son petit appartement où il n'a de contact qu'avec le livreur, son fils et Ginette, la patronne du Bistrot en bas de chez lui. Après sa greffe, le voilà métamorphosé, prêt à voyager, à faire le ménage et j'en passe...

«Le coeur d'une autre » c'est aussi une belle leçon de vie d'un homme qui semble totalement désespéré et qui reprend goût au désir de vivre grâce au coeur d'une femme.


Le coeur d'une autre, Tatiana de Rosnay, Éditions Le Livre de Poche, Septembre 2011, 6,5€, 281pp

 

Écrit par Gwendoline Fusillier dans Poche, Romans, Tatiana de Rosnay | Commentaires (0) |  Facebook | |

20 10 11

Ode à la vie

9782874230752.jpg

"J'avais ramassé une annonce comme on attrape une bouteille de soude caustique , et j'avais le coeur qui saignait"

 

Une petite annonce peut changer le cours de la vie et surtout le regard que vous portez sur elle. 

 

Lorsqu'elle se présente comme baby-sitter chez Mouche, une dame âgée et malade, Sophie, 14 ans, chausse sans doute des bottes trop grandes pour elle. Il s'agit d'accompagner cette grand-mère, atteinte d'un cancer incurable, au terme de sa vie et de lui permettre de voir sa famille, dans les meilleures conditions.Une exigence: toujours dire la vérité.

 

Apprivoisant cette situation déconcertante et la perspective nouvelle de la mort, Sophie se retrouve au coeur d'un dialogue entre générations, moulu d'estime, de compréhension, de non-dits et de pragmatisme.

 

"Je ne guérirai pas, Sophie. Ce n'est pas l'espoir de guérir qui m'a fait choisir le palliatif, mais l'envie de vivre "

 

Avec un talent marqué pour tremper sa plume dans le sang  et dans le coeur d'ados plutôt matures , Eva Kavian réussit le pari  - subtil et risqué - d'inviter la mort à la table de la vie.

Apolline Elter

 

Premier chagrin, Eva Kavian, roman, Mijade, zone J (Litt. jeunesse) , oct 2011, 190 pp, 6 €

 

 

 

Écrit par Apolline Elter dans Livres pour la jeunesse, Romans, Romans jeunesse | Commentaires (0) |  Facebook | |

18 10 11

Rose et... Joséphine

merveilleuses_01.jpg Débarquée à Brest, de sa Martinique natale, le 12 octobre 1779, Rose de La Pagerie découvre le sol français en même temps que son fiancé, Alexandre de Beauharnais. Le mariage bat rapidement de l'aile à l'instar de cette fin de XVIII e siècle qui endosse la Révolution française, la chute de Louis XVI et l'écrasant régime de la Terreur.

 

"Tout était oublié sauf le goût du bonheur et des ambitions personnelles"

 

Relevées des supplices et de sévices endurés, Rose de Beauharnais et son amie Théresia Cabarrus s'adonnent à la frivolité dans tous ses excès: folles dépenses et collection d'amants seront les témoins d'une course effrénée au plaisir. Jusqu'au jour où Rose rencontre un jeune Corse plein d'ambition, nommé  Premier consul à son retour d'Egypte..un certain Napoléon ...qui la baptise du prénom "Joséphine"...

 

Une plongée historique dans la période de l''"avant Bonaparte" et le destin de personnages ..de roman.

 

Apolline Elter

 

Merveilleuses, Catherine Hermary-Vieille, roman, Albin Michel, oct. 2011, 426 pp, 22 €

Écrit par Apolline Elter dans Rentrée littéraire, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

26 09 11

Le choc des cultures !

 

9782742771905.jpgDans Le mec de la tombe d’à côté, Katarina Mazetti nous offre une belle réflexion sur le choc des cultures, un sujet assez contemporain.

Rien ne prédestinait l’amour passionné entre Désirée et Benny et pourtant seul un sourire a suffit. Elle, bibliothécaire vit en ville dans un bel appartement épuré, lui, agriculteur vit à la campagne dans une ferme. Ils n’ont rien en commun et n’auraient jamais dû se rencontrer mais voilà presque tous les jours ils se rendent au cimetière. Désirée vient de perdre son mari et Benny pleure le décès de sa maman. Assis côte à côte sur un banc, ils ne se parlent pas, ils s’agacent même mais un jour ils s’échangent un sourire et là tout bascule. Et nous voilà partis pour belle histoire d’amour…

 

Extrait (p.144-145) : « Il nous est arrivé de louer une cassette vidéo. C’est-à-dire, on ne loue pas un film, on ne réussit jamais à se mettre d’accord sur le choix. On en loue toujours deux. Ensuite elle va chercher son fourre-tout fleuri pendant mon film, et moi je m’endors pendant le sien.

On va aussi bien ensemble que de la merde et des pantalons verts, comme disait mon grand-père. »

 

Katarina Mazetti nous emmène à travers un roman drôle, décapant et tendre. Chaque chapitre est raconté en alternance par l’un des deux protagonistes ce qui fait du lecteur le témoin privilégié de ce récit entre deux êtres que tout oppose.

Bref, un roman qui se lit facilement, destiné à tous et qui pose cette question de savoir si deux personnes que tout éloigne peuvent s’aimer ?

 

La suite de ce roman « Le caveau de la famille » est sorti au mois de mars 2011 aux Editions Gaia.

 

Le mec de la tombé d’à côté, Katarina Mazetti, traduit du suédois par Lena Grumbach et Catherine Marcus, éd. Actes Sud, Collection Babel, avril 2009, 254 pp, 7,50€.

Écrit par Gwendoline Fusillier dans Poche, Romans | Commentaires (1) |  Facebook | |

21 09 11

Savoir-vivre..élémentaire

1206155-f.jpg" Il resta donc assis et réfléchit aux solutions qui s'offraient à lui. Il ne souhaitait pas attirer l'attention. Et quitter en catimini un service funèbre qui touchait à sa fin serait impoli, voire sacrilège. D'autant que les proches de Christopher Madigan ne se bousculaient pas au portillon."

 

Assister à un service funèbre exige un minimum de ...savoir-vivre. Surtout lorsque vous constatez, tel Andy Larkham,  que vous vous êtes trompé d'heure, partant, de défunt. Qu'à cela ne tienne, notre distrait héros signe le registre des condoléances de Christopher Madigan, inconnu au régiment, et... le début d'une immense fortune. Il s'avère en effet, qu'aigri, le multimillionnaire avait décidé de répartir ses avoirs entre les seules personnes présentes à la fin de la cérémonie d'adieux. A savoir, Maral Bernhard, la gouvernante et Andrew Larkham, modeste employé d'une maison d'édition.

 

Outrepassant  les honorables scrupules qui l'engagent à refuser l'héritage indu, Andy entreprend une enquête sur la personnalité du défunt: il serait courtois de le réhabiliter aux yeux de sa fille déshéritée. Décidément Andy a l'élégance,  Nicholas Shakespaere, l'humour, conjointement british...

 

Une plongée dans le passé de Christopher Madigan  qui mènera le lecteur d'Arménie en Australie, au gré d'un bien plaisant roman.

 

Apolline Elter

 

Héritage, Nicholas Shakespaere, roman, traduit de l'anglais par Karine Laléchère, Grasset, août 2011, 424 pp, 20,9 €

Écrit par Apolline Elter dans Rentrée littéraire, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

17 09 11

L'envol d'un très beau roman

 9782879298276.jpg

Il séjournait dans un coin de votre esprit, vous le retrouvez comme un vieil ami, le phrasé de Véronique Ovaldé, balancelle rythmée, oscillant d'une quête analytique et sans fin, vers l'expression de la vérité. La vérité des âmes.

 

"...Taïbo avait cette sorte de pudeur qui lui interdirait toujours d'être plus qu'un lieutenant de police dans une ville désertée la moitié de l'année, il ne pouvait simplement pas poser la question qui fâchait, pris qu'il était d'une empathie encombrante."

 

Appelé à enquêter sur l'occupation clandestine de villas en l'absence de leurs riches occupants, le lieutenant Taïbo fait la connaissance de Vida Izzara.

 

Paloma, la fille de cette dernière, s'est envolée, quittant le nid familial et la magnifique propriété de Villanueva Nueva où résident ses parents.

 

Cette fuite est l'occasion pour Vida Izzara de remettre sa propre existence en question et de fuir la cage dorée dans laquelle Gustavo, son mari, la comprime.

 

Au départ d'une intrigue minimaliste - il n'est question pour les protagonistes que d'éprouver les ailes de leur liberté - Véronique Ovaldé aspire le lecteur dans la spirale d'une narration rythmée, majestueusement  imagée.

 

Apolline Elter

Des vies d'oiseaux, Véronique Ovaldé, roman, Editions de L'Olivier, août 2011, 238 pp, 19 €

 

Billet de faveur

 

AE : Véronique Ovaldé , la métaphore aviaire traverse le roman : Paloma désigne la « colombe » en espagnol, ses parents vivent dans une villa climatisée, véritable cage,  dont on ne peut ouvrir les fenêtres, Vida a une cervelle d’oiseau – du moins aux yeux de son mari – et son père, atteint d’Alzheimer, tente de démêler les fils d’un « cerveau aux repères volatils ».  Le récit en  devient presque une allégorie. Comment s’est-elle imposée à vous ?

 

Véronique Ovaldé :  c’est en prenant le petit recul que donne la lecture de son propre manuscrit que je me suis rendu compte que mon roman était habité par des oiseaux. Que leur nature volatile, légère, tragique, joyeusement périssable se déployait au fur et à mesure de l’histoire.

 

AE : Paloma  s’interroge : « Il n’y a donc jamais d’autre solution que de partir ? » Faut-il obligatoirement quitter le nid (familial) pour connaître la liberté ? Pour accéder à une meilleure connaissance de soi ?

 

Véronique Ovaldé : La rupture, le départ, la disparition me semblent nécessaires et souvent inacceptables. Il faut, me semble-t-il, se défaire de ses liens et revenir sans cesse à notre nature solitaire…

 

AE : En quoi consiste votre madeleine de Proust ? (C’est la question rituelle de nos billets de faveur)

 

Véronique Ovaldé : En voici quelques-unes en vrac :Le Dix de Balenciaga, le cri des martinets, Luis Mariano, le bruit du ressac assourdi par le plomb d’un soleil à son midi, les cheveux électriques quand on enfile un col roulé en polyester, l’odeur de la gouache…

 

 

Écrit par Apolline Elter dans Rentrée littéraire, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

15 09 11

(En)quête épistolaire

artoff863-188ab.jpg

" Oui, il est insupportable de ne pas savoir; ce silence familial est un poison qui contamine tout ce qu'il touche, nos rêves, nos peurs, nos vies d'adulte."


Au départ d'une photo, seule trace qu'elle possède de sa maman décédée quand elle était jeune enfant, Hélène Hivert entreprend de briser le tabou qui a marqué sa mémoire. Elle publie une annonce qui présente sa mère,  entourée de deux hommes, dont elle cherche l'identité. Depuis Ashford, un homme lui répond, un mois plus tard...il s'appelle Stéphane Crüsten, reconnaît d'autant mieux les hommes de la photo qu'il s'agit de son père, récemment décédé et d'un ami de celui-ci.

 

Sa réponse signe le début d'une dense correspondance, qui épousera des formes techniques variées en fonction de l'urgence, du contenu du message  (lettres, cartes postales, courriels et textos), de la progression de l'enquête et d'une intimité...

inéluctable.

Un roman épistolaire - ce ne peut que nous plaire - finement mené, aux rebondissements subtilement négociés.

 

Apoline Elter

 

Eux sur la photo, Hélène Gestern, roman, éditions Arléa, août 2011, 274 pp, 19 €

Écrit par Apolline Elter dans Rentrée littéraire, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

15 09 11

Le regard d'un arbre sur la vie

 

51lyGnifXJL._SL500_AA300_.jpg« On m'appelle Tristan, j'ai trois cents ans, j'ai connu toute la gamme des passions humaines... Je suis tombé au lever du jour: une nouvelle vie commence pour moi. »

 

Tristan, le poirier planté sous Louis XV nous emmène sur les traces de ses origines. Et c'est qu'il en a vécu des choses! Des guerres de religion, la Révolution française, l'affaire Dreyfus... Tout au long des 28 chapitres, il revit chaque moment, chaque émotion dont il a été le témoin.

« Un arbre n'a d'autres sentiments que ceux qu'on lui confie. » (page 14)

Malgré ces liens avec le passé il garde une accroche avec le présent , il découvre de nouveaux sentiments à travers ses personnages, de Georges Lannes, son dernier propriétaire à Yannis Karas qui retrace son histoire en passant par Manon qui voit en lui un papa de substitution et qui grâce à lui deviendra une grande artiste.

 

Le dernier roman de Didier Van Cauwelaert nous intrigue, nous fait découvrir la vie, la manière de penser des hommes à travers les branches, les racines et les feuilles de Tristan., le tout sur fond de suspense.

Le journal intime d'un arbre, un livre drôle, poignant qui apporte une réflexion sur la vie ou quelle est, pour un arbre comme pour un être humain, la meilleure façon de ne pas mourir?

 

La sortie est prévue pour le 13 octobre 2011.

 

Le journal intime d'un arbre, Didier Van Cauwelaert, Editions Michel Lafon, octobre 2011, 19€, 250pp.

Écrit par Gwendoline Fusillier dans Didier van Cauwelaert, Romans | Commentaires (1) |  Facebook | |