03 06 11

South Pigalle Follies

Anne, Plantagenet, Nation pigalle, interview, podcast

Mondialement connu depuis plus d'un siècle, le quartier de la nuit parisienne est depuis quelques temps colonisé par les bobos de la capitale.

Anne Plantagenet en a tiré un très joli roman choral sur l'identité mêlant une série de personnages dont la vie va être boulversée par la tentative de suicide (ratée mais spectaculaire) d"une vieille dame.

Déjà sur la première liste du Prix Renaudot.

 

Entretien : Brice Depasse


podcast
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Nation Pigalle, Anne Plantagenet, Stock, mai 2011, 492P., 22€50.

30 05 11

Voyage au bout de soi

252219_2085392015852_1276698338_2534209_5277341_n.jpg   Quelques vêtements, un peu d'argent, le strict minimum jeté dans un sac, la décision de Valérie est prise. Ce matin, aux aurores, elle quitte tout. Sans laisser de trace. Vers où ? Pourquoi ? Pour qui ? Si l'avenir la concernant est criblé d'incertitudes, le présent, lui, s'impose à elle comme une évidence : PARTIR. Oser quitter les siens, résister aux assauts de la culpabilité. Regarder droit devant. Ne surtout pas se retourner. 

      Car insidieusement le mal-être s'est installé. Une vie de couple où la routine ronge les liens aussi efficacement qu'une armée de termites, trois enfants à l'aube de prendre leur envol, ce sentiment de ne plus exister dans le regard des autres, de n'être plus que transparence. Valérie étouffe, suffoque.

      Seule la fugue porte en elle l'espoir de lui rendre son souffle. Acte de lâcheté? Non, de survie. « C'était partir ou mourir... » 

      De gare en gare, d'étape en étape, de la Lozère à la Rochelle en passant par le Lubéron, son périple sera aussi et surtout l'opportunité d'un cheminement intérieur. Une fuite dont toutes les rencontres faites en chemin vont converger vers un seul et même point de fuite : la rencontre avec elle-même. C'est en effet dans le miroir des autres, dans leur courage, dans leurs failles, qu'elle va voir ses propres blessures, se voir telle qu'elle est devenue. Et mieux percevoir ce qu'elle ne veut plus être. 

      Parviendra t-elle à mettre à plat les complexes ressorts de ce qui lui arrive aujourd'hui, à rebondir ?

      Ce roman est celui du combat, du courage et de l'espoir. Qui n'a pas un jour éprouvé cette envie de tout laisser derrière soi? Mais qui a osé le faire? Valérie, sur la brillante et sensible plume de Marie-Laure Bigand, a ce courage-là. Et nous emmène avec elle, dès ses premiers pas.

      Un roman sobre et touchant, sur la quête de soi, sur ce bonheur qui prend bien des détours parfois mais surgit toujours par delà les épreuves. Car il n'y a pas de personnes nées sous une mauvaise étoile, mais des personnes qui ne prennent pas le temps de déchiffrer le ciel...

 

Karine Fléjo

 

Et un jour, tout recommencer..., Marie-Laure Bigand, Editions Laura Mare, Mai 2011, 296p. , 19€00.

 

Bibliographie :

Le premier pas, Éditions Laura Mare 2010

D'une vie à l'autre, Éditions Laura Mare 2009

Mais qu'y a t-il derrière la porte ?, Album jeunesse, Éditions Laura Mare 2009

Pour un enfant, Éditions In Octavo 2005

L'auteur a également publié de nombreuses nouvelles aux Éditions in Octavo, Les mots migrateurs, Edilivre.

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29 05 11

Une visite guidée de haut vol

 

Le Palais des livres.gif« La vraie vie privée, c'est l'écriture. »

 

Avec, à son actif, une cinquantaine de romans, recueils de nouvelles, essais... Roger Grenier met au service de sa plume une érudition peu commune en matière de littérature. Une littérature qu'il nous propose de parcourir, en ses sommets, par le biais de thèmes tels l'attente, l'amour, l'impact de la vie privée, le testament artistique, l'inachèvement, l'essence de l'acte d'écriture…

À partir d'une longue pratique du journalisme, il nous démontre l'apport – nutritif – du fait divers à la construction d'un roman.

 

« Le paradoxe de l'écrivain est que, du fond de sa solitude, il ne peut travailler que s'il imagine un public. Ce public influence non seulement le fond, mais la forme. »

 

Puissions-nous être le public attendu d'une « visite guidée » menée de haut vol.

 

Apolline ELTER

 

Le Palais des livres par Roger Grenier, Paris, Gallimard, janvier 2011, 170 pp. en noir et blanc au format 14 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 16.50 € (prix France)

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18 05 11

Le nouvel âge…

Une jeune fille aux cheveux blancs.gifRelevé, rythmé, bien ficelé, drôle, tendre, ironique... voici un premier roman, d'une auteure de 29 ans, vouée à un futur de très bon augure.

Fêtant ses soixante printemps d'une soirée un peu tarte à la crème, Caroline se voit inscrire au « Nouvel Age », un club de pimpants retraités, « bataillon de réservistes se préparant à une guerre sans issue ».

Cela occupera ses loisirs désormais nombreux, puisqu'elle a arrêté son job de dentiste tandis que Philippe, son mari, poursuit sa brillante carrière d'avocat.

« Caresser sa peau tannée, la bosse charmante de son ventre, tendue comme une excuse, avant de me laisser emporter par la tristesse d'un temps révolu. »

Lucide sur les aimables flétrissures du temps et l'image qu'elle renvoie d'elle-même, Caroline observe ses congénères et condisciples avec ce juste et ironique décalage qui fait qu'elle n'est pas encore tout à fait des leurs...

Elle ne tardera pas à se dévergonder, au nez et à la barbe d'un mari... imberbe, à sombrer dans la crise des sexa-sexy, résolument juvéniles, mue de « cette intuition prégnante qu'il faut aller vite. »

Esquivant habilement les poncifs liés au genre, Fanny Chesnel offre ainsi une fine et savoureuse radioscopie du pavillon de l'âge.

 

Apolline ELTER

 

Une jeune fille aux cheveux blancs par Fanny Chesnel, Paris, Éditions Albin Michel, février 2011, 218 pp. en noir et blanc au format 14,5 x 22,5 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 16 € (prix France)

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12 05 11

Un roman qui fera date !

 

Dans les miroirs de Rosalie.gifLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 11/05/2011 sur le site du magazine satirique belge sur Internet SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :

 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le nouveau roman noir de l’académicien belge (par ailleurs aux antipodes de toute forme d’académisme) Jean-Baptiste Baronian, intitulé Dans les miroirs de Rosalie et paru aux Éditions de Fallois/L’Âge d’homme à Paris, est une réussite éclatante, dans tous les sens du terme !

 

L’auteur y confie l’enquête sur le meurtre, commis dans un petit patelin provençal, d’une jeune femme qui avait le feu quelque part, Rosalie Clémenti dite la Puce, ci-devant secrétaire de mairie, à un commissaire vieillissant, blasé et dépressif, une sorte de frère d’armes désabusé de Philip Marlowe et de Sam Spade – les héros respectifs de Raymond Chandler et de Dashiell Hammett – mais dont la cuirasse, avant de céder, se fendille tout au long d’un récit haletant et subtil où les meurtres s’enchaînent avec une régularité stupéfiante, pour déboucher sur une issue qui ne l’est pas moins.

 

La déréliction de cet anti-Maigret est narrée avec une virtuosité qui laisse pantois, dans un style fleuri mêlant avec habileté tristesse et sourires pour donner vie (et mort…) sous le soleil à une quantité de personnages originaux, dont l’auteur lui-même qui se laisse aller de temps à autre à des private jokes du meilleur effet.

 

Biographe remarqué – chez Gallimard – de Charles Baudelaire et d’Arthur Rimbaud, Jean-Baptiste Baronian, accommode ici, à sa façon et à notre estime, ce qui fait le sel, œuvre d’art et œuvre de vie, des Fleurs du mal et du Bateau ivre

 

Excusez du peu !

 

PÉTRONE

 

Dans les miroirs de Rosalie par Jean-Baptiste Baronian, Paris, Éditions de Fallois/L’Âge d’homme, avril 2011, 187 pp. en noir et blanc au format 13,2 x 20 cm sous couverture brochée en couleurs, 16 € (prix France)

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10 05 11

« Il pleure dans mon cœur comme il pleut sur la ville… » (Paul Verlaine)

 

Comme des larmes sous la pluie.jpgLa pluie efface-t-elle les blessures de la vie ? Simon Bersic, auteur à succès, pourra-t-il connaître une nouvelle fois l'amour, après le décès de Méryl, l'Amour de sa vie ? Naëlle, jeune femme aussi belle qu'énigmatique, sortira-t-elle de cette coquille qu'elle semble avoir bétonnée autour de son existence ?

 

« Depuis des années, elle avait développé cette faculté d'échapper à la réalité grâce à la lecture ; ses compagnons de voyage couchés sur papier étaient bien différents de ceux qu'elles côtoyait chaque jour avec leurs odeurs, leur présence envahissante, leurs regards insistants. »

 

Et puis, il y a cette voix enfantine qui interrompt le fil du récit – et sa typographie  – de propos qui se révèlent bien inquiétants. Séquestré dans une cave, un petit garçon vit des moments abominables.

 

Enchaînant les points de vue qui résonnent comme tant de musiques différentes, le fil de la narration, tendu d'une intrigue bien ficelée, est allégé de scènes d'atmosphère familiale judicieusement rassurantes. Pour son premier roman, la comédienne Véronique Biefnot révèle une écriture maîtrisée, une riche palette descriptive et un sens aigu des peintures d'atmosphères.

 

Apolline ELTER

 

Comme des larmes sous la pluie par Véronique Biefnot, Paris, Éditions Héloïse d'Ormesson, mai 2011, 328 pp en noir et blanc au format 14 x 20,5 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 20 € (prix France)

 

Billet de faveur

 

AE : Véronique Biefnot, en filigrane de votre roman, apparaît une vision chevaleresque de l'Amour: Simon abordera Naëlle avec un grand respect de son mystère et d’une souffrance qu'il soupçonne. Le couple formé par Grégoire et Céline semble n'avoir pris aucune ride, après vingt ans de mariage. Voilà qui sort un peu des sentiers battus – et expédiés– aujourd'hui, en matière de scenarii amoureux. Ne pensez-vous pas ?

 

Véronique Biefnot : Bien sûr, chacun de ces couples représente un peu « l'inaccessible étoile » dont je me plais à croire (dans ce tome-ci en tout cas…) qu'on peut l'atteindre à condition d'y mettre du respect, de la patience, de l'attention, du désir et de la tendresse... tout le travail quotidien que représente la vie à deux. Sur un plan plus romanesque, Simon offre à Naëlle ce que chacun d'entre nous (enfin, j'imagine...) rêve de connaître un jour : un amour inconditionnel, absolu, sans attente. Il se voue à cette femme sans savoir si l'avenir leur permettra de se retrouver ; ça correspond à ce besoin fondamental de la petite enfance d'être protégé, aimé sans limite ; un amour romantique, fulgurant et incontournable. Le couple formé par Grégoire et Céline est, lui, plus ancré dans le réel et le quotidien, plus mature ; même si leur amour dure depuis plus de vingt ans (ça existe... j'en connais... et de très près...), ils sont davantage confrontés à une gestion du banal, que je trouve tout aussi exaltante . Je souhaitais faire cohabiter ces deux « visions », pas décrire un univers univoque où l'amour et la passion n'auraient qu'un seul mode d'expression. Dans mon roman, je trouvais plus juste d'alterner le poétique et le sordide, le sublime et le banal, le quotidien et l'exceptionnel... comme dans la vie.

 

AE : L'alternance des focalisations et des typographies confère une musicalité particulière aux différentes expositions. Tel cet adagio de Barber, singulièrement approprié – que Simon écoute en boucle. Avez-vous une musique en tête pour chacun de vos protagonistes ?

 

Véronique Biefnot : Je suis contente que vous me posiez cette question car la musique est, dans mon quotidien, fondamentale et accompagne la plupart de mes moments. Effectivement, cette « bande-son » est significative : Simon, avant sa rencontre avec Naëlle, écoute cet adagio de Barber qui le conforte dans une délicieuse mélancolie ; ensuite, quand il la guette, pendant des heures dans sa voiture, il écoute Radiohead, Aaron et Ozark Henry... Il revient donc au contemporain et à l'action (même si ces musiques gardent une forte connotation méditative). La rencontre avec Naëlle le ramène à la vie et au présent ! Naëlle, elle, n'écoute aucune musique, ne regarde pas la télévision ; ces intrusions la mettent mal à l'aise (je pense que la lecture du roman explique cette forme d'autisme). Quant à Grégoire et Céline, la musique envahit leur maisonnée puisqu'ils s'expriment à travers la création : elle dans la peinture, lui dans la musique.

 

AE : C'était important pour vous d'ancrer ce premier roman dans Bruxelles et le Brabant wallon ?

 

Véronique Biefnot : C'était important de l'ancrer dans le réel car, au-delà de la dimension romanesque, il y a tout de même une série de faits-divers atroces et inouïs qui ont guidé l'élaboration du récit. Le fait que certains d'entre eux se soient déroulés en Belgique n'est qu'un élément supplémentaire (on en dénombre malheureusement dans tous les pays !) mais il est certain que dans la mémoire collective de ce pays, et dans la mienne, assurément, ces faits ont été épouvantablement marquants. Par ailleurs, il me plaisait de décrire Bruxelles sous un autre angle, pas forcément les coins habituels et touristiques, mais le Bruxelles de ses habitants avec les habitudes des différents quartiers et les mouvements d'évolution économique liés, notamment, à la grande quantité d'eurocrates qui y résident désormais, faisant de cette ville un exemple singulier et intéressant de mélange culturel et social .

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01 05 11

En selle pour la gloire !

 

La calèche.gif« Tu verras, quand on a le cuir à fleur de peau, l'outil avance tout seul, même dans l'inconnu. »

 

C'est de Crefeld, village rhénan proche de Cologne, que se tend – de cuir – le berceau d'une épopée familiale : celle de la Maison Hermès. Une saga que Jean Diwo se plaît à tracer dans la forme la plus romanesque qui soit.

 

Du bourrelier Dietrich, remarqué par l'Empereur Napoléon à son arrière-petit-fils, Émile, l'histoire de la dynastie Hermès reste indissociablement liée à l'art de la sellerie et à la culture de l'excellence.

 

« Monté » à Paris, Thierry Hermès installera son atelier, les lignes de force de la griffe et son tout neuf foyer conjugal dans un immeuble donnant sur cour de la rue Montmartre:

 

« Il n'y eut pas d'inauguration mais, le 12 juillet 1828, sous le regard ému de Christine, Thierry passa le tablier de cuir blanc qu'il s'était taillé et annonça : "Aujourd'hui est un grand jour." Alors il déroula sur l'établi, dans un geste un peu théâtral, le beau cuir fauve d'un porc d'Angleterre dans lequel il allait couper les panneaux d'une selle de dame. »

 

Sous une allure aimablement romancée – et une vision largement mythique de l'aventure familiale – le récit de Jean Diwo promène le lecteur, de façon vivante, parmi les événements qui marquèrent le XIXe et l'aube du XXe siècles parisiens.

 

Une lecture plaisante.

 

Apolline ELTER

 

La calèche par Jean Diwo, Paris, Éditions Flammarion, novembre 2010, 282 pp en noir et blanc au format 15 x 24 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 21 € (prix France)

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27 04 11

Un très émouvant premier roman !

biefnot.jpgNon seulement le premier roman de Véronique Biefnot est émouvant, mais "Comme des larmes sous la pluie" est aussi totalement réussi ! Ce n'est pas rien : pouvoir tenir en haleine, nous emporter dans des retournements de situation, nous surprendre par le cheminement des histoires et des personnages ! Ecrivain à succès, Simon Bersic n'en est pas moins fragile et malheureux : il ne parvient pas à surmonter la perte de sa femme. Et si, avec Naëlle, la vie lui offrait une seconde chance ? C'est le début du roman haletant, passionnant et terrible aussi, comme peut l'être parfois la vie elle-même. Véronique Biefnot est belge, comédienne, peintre et metteur en scène. Elle ne masque pas les décors régionaux de son histoire : une soirée à la Jazzstation de St-Josse, le parvis de Saint-Gilles, le magasin Au Chien Vert, la place Flagey, autant de coins de Bruxelles qui servent de décor au récit. Dès le début du livre, nous entrons dans la peau, dans l'âme de plusieurs personnages et une typographie particulière nous fait lire et entendre aussi une autre voix, mystérieuse au début, qui s'inscrira dans l'histoire jusqu'au dénouement final. C'est truffé de trouvailles littéraires, voire poétiques, comme ces "jours bleus" ou la récolte des oeufs de Pâques. Les réflexions sont justes : "Seuls les jeunes enfants et les animaux peuvent nous responsabiliser à ce point, ancrer leur confiance si loin en nous, donner un sens, une nécessité à chacun des gestes du quotidien, fussent-ils les plus insignifiants." Ou plus loin : "Simon se disait que, confrontés à ce qui les dépasse, les hommes ne peuvent décidément que diviniser ou détruire." La rencontre amoureuse est décrite comme seule une écrivaine peut le faire : "Elle sortit... et tout ce qui restait encore de lumière dans le ciel se concentra, incendiant sa silhouette, un couloir étincelant la reliait à lui, effaçant tout alentour, il était happé, happé par elle; sa vie, à présent, lui semblait-il, en dépendait." Magnifique ! Bien entendu, une fois lu, vous comprendrez aussi pourquoi ce livre a été écrit par une Belge, pourquoi tout le roman est "comme recouvert d'un voile d'ombre". Je ne peux que vous conseiller vivement d'entrer dans ce roman et de lire sous le chiffre I, ce premier titre : "... comme la brume matinale dévoile un à un les arbres du jardin..." qui suggère fort bien ce que vous allez vivre en partageant la création de Véronique Biefnot.

Jacques MERCIER

 

Comme des larmes sous la pluie, roman de Véronique Biefnot, Editions Héloïse d'Ormesson, collection : Les sentiments de l'autre. 328 pages. 20 euros.

25 04 11

De Bergues… mais pas seulement !

 

Gens du Nord.gifL’engouement pour le film Bienvenue chez les Ch’tis a relancé l’intérêt du public français pour les habitants du Nord de l’Hexagone, et c’est une bonne chose que d’avoir braqué le zoom sur une population aux traditions solidement ancrées, de rire, d’accueil et de convivialité certes, mais aussi de solidarité, de droiture et d’ardeur au travail.

 

C’est pourquoi nous ne saurions trop recommander la lecture des textes de celui qui fut le Zola des Flandres françaises, Maxence Van der Meersch (1907-1951), qui remporta notamment le prix Goncourt en 1936 pour L’Empreinte du dieu et le Prix de l'Académie française en 1943 pour Corps et âmes, un roman médical qui connut la consécration internationale et fut traduit en treize langues.

 

Son premier ouvrage, La Maison dans la dune (1932), dont l’action se situe dans le Westhoek, connut d’emblée un immense succès et fut adapté par trois fois au cinéma, en 1934, en 1952 et en 1988. Il fut notamment suivi de Quand les sirènes se taisent (1933), une sorte de Germinal d’inspiration catholique relatant une grève ouvrière dans l'industrie textile à Roubaix, d’Invasion 14 (1935) qui retrace les années d'occupation allemande dans le Nord de la France pendant la Première Guerre mondiale et de L’Empreinte du dieu, un drame familial et social dans le milieu des contrebandiers à la frontière belge.

 

L’auteur (qui est mort jeune, de la tuberculose) a par ailleurs rédigé, à partir de l’âge de 27 ans, une trilogie autobiographique intitulée La Fille pauvre dont le dernier volume fut publié après sa mort.

 

Ces romans – à l’exception de Corps et âmes qui, nous l’espérons, figurera dans une compilation ultérieure – ont été rassemblés récemment par les Éditions Omnibus dans un fort recueil intitulé Gens du Nord, que devraient, à notre avis, lire tous les fans du film de Dany Boon !

 

Bernard DELCORD

 

Gens du Nord (La maison dans la dune, 1932 ; Quand les sirènes se taisent, 1933 ; Invasion 14, 1935 ; L'Empreinte du dieu, 1936 ; La Fille pauvre, trilogie autobiographique en trois volumes : Le Péché du monde, 1934, Le Cœur pur, 1948 et La Compagne, 1955, posthume) par Maxence Van der Meersch, préface de Jacques Duquesne, Paris, Éditions Omnibus, janvier 2011, 1248 pp. en noir et blanc au format 13,2 x 19,9 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 26 € (prix France)

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22 04 11

Un roman qui secoue le prunier… et les cocotiers !

 

Le camp des saints.jpgLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 22/04/2011 sur le site du magazine satirique belge SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :

 

« Dans la nuit, sur les côtes du midi de la France, cent navires à bout de souffle se sont échoués, chargés d'un million d'immigrants. Ils sont l'avant-garde du tiers-monde qui se réfugie en Occident pour y trouver l'espérance. À tous les niveaux, conscience universelle, gouvernements, équilibre des civilisations, et surtout chacun en soi-même, on se pose la question trop tard : que faire ? »

 

C'est ce que raconte Le Camp des Saints de Jean Raspail (le titre est emprunté à L’Apocalypse de Saint-Jean), publié pour la première fois en 1973 et qui vient de reparaître avec une préface en forme de mise au poing sur la tronche des bobos intitulée Big Other, allusion transparente au « Big Brother » du 1984 de George Orwell, un autre roman prophétique.

 

Ce livre qui a fait connaître au grand public le Français Jean Raspail, un écrivain royaliste au style flamboyant né en 1925 et qui se défend d'être d'extrême droite, révélait la fascination de l’auteur pour les causes perdues et les peuples disparus.

 

« Y a-t-il un avenir pour l’Occident ? », demandait-il à l’époque, alors que l’on pouvait lire sur la quatrième de couverture de la première édition deux phrases prudentes de l’éditeur : « On épousera ou on n’épousera pas le point de vue de Jean Raspail. Au moins le discutera-t-on, et passionnément ».

 

En 2011, à l'heure où des milliers d'immigrants accostent sur l'île italienne de Lampedusa, ce débat n’a rien perdu de son acuité et le public ne s’y est pas trompé puisque près de 44 000 exemplaires du livre se sont écoulés en deux mois.

 

« Faut-il rapprocher ce phénomène éditorial de la montée du FN de Marine Le Pen dans les sondages ? (…) Le livre est en tous cas chroniqué favorablement sur des sites comme celui d'Action française ou du Rassemblement pour la France (RPF) », écrit doctement le site parisien de RTL[1] qui marche visiblement sur des œufs pour chroniquer l’ouvrage.

 

Comme si le fait qu’il ait un jour louangé Hitler faisait de Churchill un nazi[2] !

 

En tout cas, ce n’est pas en se cachant derrière son petit doigt que l’on fera avancer les choses ni reculer, hélas, la montée en force du racisme et de l’extrême droite en Europe…

 

Car pour qui sait lire (et pour qui l’a lu…), Le Camp des Saints n’est pas, mais alors pas du tout un ouvrage raciste.

 

Même si Jean Raspail, joyeusement provocateur, répertorie avec précision les 87 motifs, si son ouvrage avait été publié pour la première fois aujourd’hui, qui vaudraient à celui-ci des poursuites judiciaires en vertu des lois Pleven (1972), Gayssot (1990), Lellouche (2003) et Perben (2004), inapplicables en l’espèce, la rétroactivité ne jouant pas (encore) sur le plan judiciaire…

 

PÉTRONE

 

Le Camp des Saints précédé de Big Other par Jean Raspail, Paris, Éditions Robert Laffont, février 2011, 393 pp. en noir et blanc au format 13,5 x 21,5 cm sous couverture brochée en couleurs et jaquette en quadrichromie, 22 € (prix France)



[2] “One may dislike Hitler's system and yet admire his patriotic achievement. If our country were defeated, I hope we should find a champion as indomitable to restore our courage and lead us back to our place among the nations.” (Winston Churchill)

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