21 04 16

Montmartre est triste sans toi

_marianne levaux.jpgMarianne Levaux nous plonge corps et âme dans une histoire d'aujourd'hui, qui pourtant a des résonances de toujours. Excellent roman que "Montmartre est triste ce soir" !

La disposition des phrases est particulière – comme une respiration, un halètement - et nous aide à mieux suivre le cours du récit et des réflexions.

Elle a du style et s'y entend pour décrire : « On discernait l'haleine mouillée d'un jardin en contrebas » ou ce trait : « Nathan disait toujours en riant que le pire n'est jamais décevant ».

Les phrases mises en exergue devant chaque chapitre jettent à chaque fois une lumière, une teinte, une intensité différentes sur le décor où l'on va pénétrer. Comme cette citation « Notre défiance justifie la tromperie d'autrui » de La Rochefoucauld.

Laissez-vous prendre par la main, découvrez Eve, peintre, Fernand, le fils du concierge, Juan, le voisin entreprenant, Andréï, le voyeur, Bianca, la galeriste... Des personnages qu'on semble déjà connaître après quelques jours – car l'histoire se déroule entre mars et septembre – et qui vont nous entraîner dans le mystère et la création de Marianne.

Enfin, un dernier mot : j'adore le titre ! « Montmartre est triste sans toi » est une trouvaille. Le roman en recèle bien d'autres.

Jacques MERCIER

"Montmartre est triste sans toi", roman, Marianne Levaux, Edilivre, 240 pp. 19 euros.

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27 01 16

Le Zola des années 1930-1940…

L'empreinte du dieu.jpgNé à Roubaix le 4 mai 1907 et mort le 14 janvier 1951 au Touquet où il s'était établi pour soigner sa tuberculose, Maxence Van der Meersch est l'écrivain des paysages et des gens de la Flandre française.

Il connut un grand succès populaire de son vivant, mais est aujourd'hui – très injustement –oublié en dehors de sa région natale.

Il est notamment l'auteur de La Maison dans la dune (1932, une description de la lutte implacable opposant contrebandiers et douaniers dans le Wetshoek, l'histoire d'un amour pur et sincère et la recherche d'une rédemption impossible ; il a été adapté au cinéma à trois reprises : en 1934, 1952 et 1988), de Quand les sirènes se taisent (1933, sur les grèves des ouvrières d'usines), d’Invasion 14 (1935, sur l'occupation allemande du Nord de la France durant la Grande Guerre), de Maria, fille de Flandre (1935), de L'Élu (1936), de la Vie du Curé d'Ars (1936, hagiographie), de Pêcheurs d'hommes (1940, sur la Jeunesse ouvrière chrétienne), de Corps et Âmes (1943, sur le monde de la médecine, Prix de l'Académie française, son plus grand succès, traduit en treize langues), de La petite sainte Thérèse (1943, une biographie de Sainte-Thérèse de Lisieux violemment contestée par le clergé catholique), de Femmes à l'encan (1945, essai contre la prostitution), de Masque de chair (1958, publication posthume, roman sur l'homosexualité masculine) et d'un triptyque autobiographique, La Fille pauvre (tome I : Le Péché du monde, 1934, tome II : Le Cœur pur, 1948, tome III : La Compagne, publication posthume, 1955).

Il fut lauréat du prix Goncourt en 1936 pour L’empreinte du dieu que les Éditions des Presses de la Cité à Paris ont eu l’excellente idée de remettre à la disposition du public.

Il s’agit de l'histoire tragique de Karelina, timide paysanne belge au joli visage, mariée de force à un colosse brutal, qui doit subir une vie faite d'expédients et les humiliations de son mari. Quand son bourreau est mis sous les verrous, elle s'enfuit. Elle trouve refuge chez son oncle Domitien, écrivain célèbre, dont l'épouse, Wilfrida, reçoit avec joie la jeune femme, qu'elle considère bientôt comme sa propre fille. Les deux femmes ignorent alors qu'elles viennent de sceller leurs destins...

Une œuvre magnifique à (re)découvrir !

Bernard DELCORD

L'empreinte du dieu par Maxence Van der Meersch, Paris, Éditions des Presses de la Cité, collection « Trésors de France », avril 2015, 239 pp. en noir et blanc au format 12,5 x 19,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 12 € (prix France)

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29 11 15

Une incroyable aventure

_germe.jpgGhislaine Jermé a choisi de se consacrer à l'écriture, à l'âge de la retraite. Excellente idée, les projets et leurs réalisations prolongent nos vies et permettent de transmettre aux générations suivantes. Mais en réalité, elle écrit depuis son adolescence et l'on sent son appétit d'écrire intact ? Son premier roman s'appelait « Le soleil de mes rêves » très justement ! Le second s'appelle « Je ne suis pas un monstre ». Au rythme d'un par an, c'est une Incroyable aventure au pays des Societs, comme Tintin, qu'elle a choisi cette fois de partager. Un frère et une soeur décident de partir en vacances en Sibérie. Sont-ils d'innocents touristes ou des transfuges ? Pour quelles raisons les services secrets russes et britanniques sont-ils sur leurs traces ? Toutes les réponses vous seront données.

Ghislaine Jermé a le talent de bien décrire, de nous emmener dans l'action même grâce à des courts paragraphes espacés, qui sont comme un halètrement, une respiration rapide du lecteur qui suit le déroulement de l'histoire. Les très nombreux dialogues donnent une réalité à l'histoire.

Si vous aimez l'aventure, vous serez servi !

 

Jacques MERCIER

 

Incroyable aventure, roman, Ghislaine Jermé, Chat Ailé édition, 318 pp. 18 euros. Www.chataile.com distribué par Maison de la Poésie d'Amay.

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24 11 15

Soyons "ZEN" !

_zen.jpgLe premier roman de Maxence Fermine fut un énorme succès : « Neige ». Paru en 1999, le roman fut traduit en 17 langues. Ce roman initiatique raconte l'histoire de Yuko, un jeune japonais qui compose des haïkus. Depuis lors, Maxence Ferine a écrit une petite vingtaine d'ouvrages, dont « L'apiculteur », « Opium », « La petite marchande de rêves » etc. Il vit en Savoie et se consacre à l'écriture.

Vous qui êtes troublé par le monde tel qu'on nous le présente dans les médias, vous qui êtes assourdis par le brouhaha des moyens de communications, « Zen » un livre qui va vous faire du bien ! Un beau livre, simple, clair, magnifique, tant dans le fond que dans la forme. La mise en page des phrases est magnifique, tout comme le style de l'auteur, entre poésie et récit. Une seule illustration au centre du roman en souligne sa beauté.

Voici un exemple : l'entièreté du chapitre 8 :  

« Être attentif à une branche prise dans le vent du matin. Observer le mouvement de la brume et des nuages. Vivre les lieux. Respirer les parfums de la nature. Saisir l'instant.

Puis s'enfermer dans son atelier. Et reproduire en un trait unique les nuances de la réalité.

Travail solitaire.

Souffle divin.

Comme tous les artistes sur cette terre, changer le monde de façon invisible.

Et cependant évidente. »

C'est l'histoire de Kuro, calligraphiste, et de Yuna, son élève. J'ai un peu de mal à extraire de l'ensemble quelques phrases qui donnent le ton.

« Matin de mai chaud et ensoleillé. Le chant des oiseaux dans les arbres. Musique harmonieuse. Dans le jardin zen, le champ de gravier forme des vagues d'écume. Mer blanche. »

« La musique la plus difficile à créer, mais certainement la plus belle, est celle du silence. »

« Yuna, elle, attend que la toile du silence se déchire d'elle-même. »

Voilà un bon livre, voilà ce qu'on attend aussi de la littérature et de ses écrivains. Merci !

 

Jacques MERCIER

 

« Zen », roman, Maxence Fermine, édition Michel Lafon, 138 pp. 14, 95 euros

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06 11 15

Librothérapie…

Jolie libraire dans la lumière.jpgAu début de Jolie libraire dans la lumière, un joli roman de Frank Andriat paru en 2012 chez Desclée de Brouwer à Paris et qui ressort en poche ces jours-ci chez le même éditeur, Maryline, une jolie libraire, dévore un livre captivant qui réveille en elle de nombreux souvenirs.

Son attitude intrigue un de ses clients, Laurent, qui achète un exemplaire de l’ouvrage pour percer le mystère.

Une chose entraînant l’autre, un passé trouble ressuscite, avec des prolongements actuels et une réflexion douce-amère sur les aléas de la vie, mais aussi sur la capacité de rédemption par la lecture.

Extrait :

Elle l'observa sans répondre. Bien entendu, les histoires pénibles qu'elle avait lues l'avaient persuadée qu'au fond, ses propres difficultés avaient du bon... mais ce qu'achevait de déclarer cet homme était terriblement vrai, fort comme une gifle : les livres ne parlent jamais assez du bonheur.

Et l'ouvrage que vous lisez est-il heureux ? lança-t-elle sans réfléchir.

Il éclata de rire. Après un virage, la lumière du jour était passée de l'autre côté du convoi, mais, en face d'elle, la joie de l'homme éclairait l'espace. Elle s'en voulut d'avoir été aussi maladroite...

 Votre expression est belle, répondit l'homme, ravi. Oui, ce livre est heureux. Il invite ses lecteurs à s'émerveiller des petites choses de la vie.

Un ouvrage original, passionnant et fort bien rédigé, véritable ode à la littérature et à ceux qui la font !

Bernard DELCORD

Jolie libraire dans la lumièrepar Frank Andriat, Paris, Éditions Desclée de Brouwer, collection « Poche », octobre 2015, 155 pp. en noir et blanc au format 11,2 x 18 cm sous couverture brochée en couleurs, 7,90 € (prix France)

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13 10 15

SUPERBE "Compte à rebours" !!!

_juan.jpgUn grand bonheur de lecture, voilà ce que procure « Compte à rebours », le dernier ouvrage de Juan d'Oultremont, chez OnLit. L'accroche résume : « Judas Klaus-Thauman reçoit un courriel d'une jeune inconnue. Elle désire lui envoyer chaque lundi un nouvel épisode de son feuilleton culinaire. En retour, il promet de lui écrire chaque jour durant un an : un compte à rebours au terme duquel... il la demandera en mariage ! « Épouser, c'est comme peindre, c'est choisir. »

Cette histoire commence le lendemain de l'enterrement de l'artiste belge Marthe Wéry. « Le jour où la Belgique enterra une de ses artistes majeures ».

Tout y est : la qualité du style, la forme et le fond, le général et le particulier, l'humour et l'imagination. Juan d'Oultremont, par ailleurs artiste polyvalent – plasticien, il enseigne à l'ERG -, a l'art de rassembler dans cet ouvrage les choses de la vie, celles que seul un artiste curieux relève parfois et qu'on a plaisir à découvrir sous sa plume. « Lui : C'est curieux, les filles retirent leur pull en croisant les bras par devant, alors que les mecs les retire en allant les attraper sur la peau de leur dos.

Elle : Les types doivent toujours avoir l'impression qu'ils font du judo alors que les femmes se déshabillent comme une prière. »

J'aime évidemment, comme amoureux de la langue française, ces moments où une belle faute d'orthographe se glisse dans le texte, clin d’œil malicieux de l'ancien titulaire du Jeu des Dictionnaires, mais est aussitôt corrigée entre parenthèses : « Une fille qu'il a d'amblée (à imprimer sur une des assiettes à dessert)... Car son idée est de reproduire ces fautes sur un service de vaisselle ! Par ailleurs, Juan aime les précisions : « Bien des gens l'ignorent, l'injure est une parole que l'on adresse à un ou une autre, alors que le juron est une interjection qu'on se destine. »

Pour vous, je picore quelques phrases. Comme cette comparaison :

« Vertige, dit-il. L'effet centrifuge que doivent ressentir les jeunes mariés pakistanais dont les parents ont choisi le conjoint. »

La description que voici :

« Comme souvent lorsque l'émotion risque de la submerger, son regard glisse sur sa droite dans un mouvement qui rappelle la dérive de certains icebergs. »

A propos d'un « peut-être », cette phrase - Judas est de nationalité suisse:

« Son peut-être à elle, c'est une façon de répondre comme les portes tambours des grands hôtels genevois – lui pense bien sûr à celles du Cornavin. Une réponse dans laquelle vous pouvez vous engager sans crainte puisqu'il suffit d'y rester pour se retrouver à son point de départ. »

Judas est daltonien, un « grand daltonien », comme on dit un « grand artiste » :

« Temps froid et clair, avec du violet et une pointe de rose circulant par-dessus la collégiale. »

Enfin, cette exceptionnelle définition de l'écume :

« Les savants de l'antiquité étaient déjà unanimes sur un point : sous quelle forme qu'elle apparaisse, l'écume n'existe que par le mouvement. Stabile, elle se désagrège, se dissout et disparaît. »

Et puis, je n'oublie pas l'érotisme que l'auteur distille dans ses œuvres ; pour nous rappeler combien il fait partie de notre existence.

Jacques MERCIER

« Compte à rebours », Juan d'Oultremont, Onlit Édition 2015, 240 pp, 16 euros.

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01 10 15

Le secret de l'empereur... Charles-Quint et l'horloge noire...

secret empereur.jpgEn lisant « Le secret de l'empereur » de Amélie de Bourbon Parme, nous devenons Charles-Quint, quelle expérience ! Nous le sommes et nous pensons comme lui ! Quelle magnifique aventure qui nous plonge dans le XVIe siècle ! Nous sommes dans les rouages du pouvoir (et le mot « rouage » prend ici tout son double sens!) au moment de son abdication à l'avantage de son fils Philippe. L'empereur la souhaite, malgré l'avis de son entourage et de sa famille. C'est un événement incroyable : jamais on n'avait ainsi abdiqué depuis Dioclétien en 305.

La première phrase d'un livre est toujours essentielle : « 24 octobre 1555 – Ce soir-là, l'empereur rejoignit son atelier de mécanique et d'horlogerie plus tard que d'habitude. »

Ce deuxième roman d'Amélie de Bourbon Parme se situe toujours dans l'Histoire puisque le premier était consacré au sacre de Louis XVII. L'abdication est lente et difficile, mais peu à peu l'Empereur le plus puissant du monde deviendra un homme.

« Ces derniers mois, il avait acquis la conviction qu'il était plus facile de prendre le pouvoir que de s'en défaire. »

Un homme avec une passion, celle des horloges. Il a hérité des collections de Philippe le Bon, duc de Bourgogne. Mais une horloge noire retiendra son attention... une horloge astronomique qui inquiètera même le Vatican, puisque son mouvement est différent.

Le style de l'auteure correspond totalement au propos, majestueux et lent, mais convient à notre lecture d'aujourd'hui. Ni le vocabulaire ni la poésie n'en sont absents. Ainsi cette « caquetoire », siège rudimentaire à accoudoirs pour bavarder ; ainsi cette si belle phrase : « La lumière du jour était basse, presque lointaine, comme si elle était occupée à éclairer un autre monde. »

 

Jacques MERCIER

 

« Le secret de l'empereur », Amélie de Bourbon Parme, roman, Edition Gallimard, 320 pp. 20 euros.

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29 08 15

Un classique plus moderne que jamais…

Une tragédie américaine.jpgJournaliste engagé, militant socialiste, romancier hors norme, Theodore Dreiser (1871-1945) est considéré comme le père de la littérature américaine du XXe siècle. Le grand critique et théoricien des lettres américaines H. L. Mencken dit que « Dreiser a joué dans la littérature américaine le rôle qu’a joué Darwin dans la biologie, il l’a transformée radicalement ». Les plus grands écrivains américains du XXe siècle se sont, en effet, réclamés de son héritage.

Il est l’auteur d’Une tragédie américaine (“An American Tragedy”), publié en 1925, dont les Éditions Motifs à Paris ont eu l’excellente idée de le ressortir dans une nouvelle traduction française, un texte fort à la frontière du roman policier et du roman social, inspiré de l'affaire du meurtre d’une ouvrière américaine, Grace Minerva Brown (1886-1906).

En voici le résumé :

Fils d'évangélistes errants, Clyde Griffiths vit mal la mendicité dévote de ses parents. Devenu jeune homme, il trouve un modeste emploi de chasseur à Kansas City dans un hôtel de luxe, où la richesse des autres l'éblouit. Là, ses collègues lui font connaître l'alcool et les prostituées. Mais la vie de Clyde bascule quand il tue un jeune enfant dans un accident de voiture. Il fuit la ville et se réfugie auprès d'un oncle fortuné, Samuel Griffiths, propriétaire d'une usine de cols de chemise à Lycurgue, dans l'État de New York.

Faible, vaniteux, ignorant, sensuel, attiré par le fruit défendu, Clyde entretient une relation clandestine avec une petite ouvrière, Roberta Alden, qui le croit sincèrement amoureux  d'elle. Mais, lors d'une soirée chez son oncle, il est remarqué par la belle Sondra Finchley, une hautaine héritière qui s'éprend de lui. Clyde se voit déjà riche. Mais Roberta est enceinte. Blessée par son infidélité, elle le menace de scandale. Après avoir tenté en vain de la faire avorter, Clyde décide de s'en débarrasser en la noyant…

Considéré aux États-Unis comme l'un des 100 plus grands romans jamais écrits en anglais, Une tragédie américaine a fait l'objet d'adaptations théâtrales, télévisées et cinématographiques – Une tragédie américaine (1931) de Josef von Sternberg avec Phillips Holmes, Sylvia Sidney et Frances Dee, ainsi que le très célèbre Une place au soleil (1951) de George Stevens avec Elisabeth Taylor et Montgomery Clift. Il est également à l'origine d'un opéra du même nom, composé en 2005 par Tobias Picker.

Un chef-d’œuvre impérissable !

Bernard DELCORD

Une tragédie américaine par Theodore Dreiser, traduction de Victor Llona revue et corrigée par Victor Lupan, Paris, Éditions Motifs, collection « Grand Format », septembre 2015, 991 pp. en noir et blanc au format 14,5 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 21,50 € (prix France)

24 08 15

Poignant, et pourtant optimiste…

Zebraska.jpg« Martin Leroy, quinze ans six mois et vingt-deux jours, vient de recevoir un étrange cadeau : un paquet de feuilles reliées. Il croit d'abord à une farce – on ne lit plus de livres en 2050 –, mais lorsqu'il découvre sur la première page la dédicace “À mon petit zébron Marty”, il est pris d'un véritable tremblement. Au risque de paraître ringard, il entame clandestinement la lecture de ce texte qui dévoile la vie mystérieuse et bouleversée d'un enfant Haut Potentiel dans les années 2010 et celle de sa mère touchante et burlesque à la fois...

Il comprend peu à peu qu'il n'est pas étranger aux secrets bien gardés que renferme le récit. On les appelle HP, HPI, surdoués, précoces, zèbres... »

Telle est la trame de Zebraska, un roman particulièrement attachant écrit par Isabelle Bary et paru chez Luce Wilquin à Avin, qui tente « de démystifier ces enfants pas comme les autres, menottés à des clichés fumistes et si souvent incompris ».

Car un enfant HP, c’est épuisant. Pour lui-même et pour son entourage, tant les idées s’enchaînent à une vitesse supersonique dans son esprit à la sensibilité exacerbée, générant une angoisse permanente qui se transmet aussi à son entourage qui aimerait tant le faire rentrer dans le moule de la normalité.

Un ouvrage qui dit aussi ce qu’est être une mère – d’un enfant « normal » ou pas…

Bernard DELCORD

Zebraska par Isabelle Bary, Avin, Éditions Luce Wilquin, février 2015, 218 pp. en noir et blanc au format 14 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 20 €.

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21 08 15

Un roman qui secoue le prunier… et les cocotiers !

Le camp des saints.jpg« Dans la nuit, sur les côtes du midi de la France, cent navires à bout de souffle se sont échoués, chargés d'un million d'immigrants. Ils sont l'avant-garde du tiers-monde qui se réfugie en Occident pour y trouver l'espérance. À tous les niveaux, conscience universelle, gouvernements, équilibre des civilisations, et surtout chacun en soi-même, on se pose la question trop tard : que faire ? »

C'est ce que raconte Le Camp des Saints de Jean Raspail (le titre est emprunté à L’Apocalypse de Saint-Jean), publié pour la première fois en 1973 et qui a reparu en 2011 avec une préface en forme de mise au poing sur la tronche des bobos intitulée Big Other, allusion transparente au « Big Brother » du 1984 de George Orwell, un autre roman prophétique.

Ce livre qui a fait connaître au grand public le Français Jean Raspail, un écrivain royaliste au style flamboyant né en 1925 et qui se défend d'être d'extrême droite, révélait la fascination de l’auteur pour les causes perdues et les peuples disparus.

« Y a-t-il un avenir pour l’Occident ? », demandait-il à l’époque, alors que l’on pouvait lire sur la quatrième de couverture de la première édition deux phrases prudentes de l’éditeur : « On épousera ou on n’épousera pas le point de vue de Jean Raspail. Au moins le discutera-t-on, et passionnément ».

En 2015, à l'heure où des milliers d'immigrants accostent sur l'île italienne de Lampedusa, mais aussi en Grèce, au Monténégro et ailleurs, ou se bousculent à Calais pour entrer clandestinement au Royaume-Uni, ce débat n’a rien perdu de son acuité et le public ne s’y est pas trompé puisque près de 44 000 exemplaires du livre se sont écoulés dans les deux mois qui ont suivi sa réédition.

« Faut-il rapprocher ce phénomène éditorial de la montée du FN de Marine Le Pen dans les sondages ? (…) Le livre est en tous cas chroniqué favorablement sur des sites comme celui d'Action française ou du Rassemblement pour la France (RPF) », écrivait doctement le site parisien de RTL [1] qui marchait visiblement sur des œufs pour parler de l’ouvrage.

Comme si le fait qu’il ait un jour louangé Hitler faisait de Churchill un nazi [2] !

En tout cas, ce n’est pas en se cachant derrière son petit doigt que l’on fera avancer les choses ni reculer, hélas, la montée en force du racisme et de l’extrême droite en Europe…

Car pour qui sait lire (et pour qui l’a lu…), Le Camp des Saints n’est pas, mais alors pas du tout un ouvrage raciste !

Même si Jean Raspail, joyeusement provocateur, répertorie avec précision les 87 motifs, si son ouvrage avait été publié pour la première fois aujourd’hui, qui vaudraient à celui-ci des poursuites judiciaires en vertu des lois Pleven (1972), Gayssot (1990), Lellouche (2003) et Perben (2004), inapplicables en l’espèce, la rétroactivité ne jouant pas (encore) sur le plan judiciaire…

Bernard DELCORD

Le Camp des Saints précédé de Big Other par Jean Raspail, Paris, Éditions Robert Laffont, février 2011, 393 pp. en noir et blanc au format 13,5 x 21,5 cm sous couverture brochée en couleurs et jaquette en quadrichromie, 22 € (prix France)


[2] “One may dislike Hitler's system and yet admire his patriotic achievement. If our country were defeated, I hope we should find a champion as indomitable to restore our courage and lead us back to our place among the nations.” (Winston Churchill)

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