06 10 16

Une rentrée littéraire très pop

RL DERNIER PECHEUR.jpgDepuis trois semaines, la presse nous abreuve du nombre de livres qui sort à la rentrée littéraire.

Stop ! On s’en fout qu’il y ait plus ou moins 600 nouveaux romans français en librairie cet automne. Ce qui nous intéresse, c'est : "est-ce qu’il y a des livres qui valent la peine de mettre un billet de vingt balles sur le comptoir ?"

La suite en podcast :


podcast

Dans cette séquence : Bronson (Arnaud Sagnard), Le dernier des nôtres (Adélaïde de Clermont-Tonnerre), Les pêcheurs d'étoiles (Jean-Paul Delfino) et Jim Morrison et le diable boîteux (Michel Embareck).

05 10 16

Un livre pour faire passer la routinite aigüe

51wodqsyaTL._SX338_BO1,204,203,200_.jpg"Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n'en as qu'une", un titre qui dès le départ donne envie de se plonger dans ce roman de Raphaëlle Giordano. Et bien n'hésitez pas une seconde! 

Vous ferez ainsi la connaissance de Camille, presque la quarantaine, mariée, mère de famille avec un job passionnant... Mais la jeune femme qui a tout pour être heureuse, ne l'est pas. Elle souffre de "routinite aigüe". Elle fera la connaissance de Claude Dupontel. Cet homme, routinologue va clairement changer la vie de la presque quadragénaire. Il lui propose de lui venir en aide et ensemble, ils vont vivre des expériences hors du commun. 

Des rendez-vous inattendus, des défis plus originaux les uns que les autres... Camille va littéralement changer sa manière de vivre pour se faire du bien et enfin être heureuse. La jeune femme va repartir dans une vie meilleure à la conquête de ses rêves. Mais chut, il ne faut pas tout révéler!

A lire absolument, si vous êtes à la recherche de vous-mêmes, que vous vous posez des questions sur votre vie, votre famille, votre personnalité. Nul doute que vous profiterez des conseils donnés par le routinologue tout au long du bouquin. Après le récit, un petit vade-mecum vous est même proposé. A la fin de ce roman, on se remet en question, on fait le ménage dans sa vie et on élimine les personnes ou objets nuisibles! Un livre qui fait véritablement du bien au moral! Une première étape sur le chemin du bien-être. 

Question forme, la plume de l'auteure est agréable à lire, les chapitres sont courts et riches en citations. A lire, pour contrer ou anticiper la routine! 

Raphaëlle Giordano n'en est pas à son premier roman. Ecrivain, artiste, peintre, coach en créativité, elle est tombée dans la psychologie quand elle était petite. Elle en a fait sa grande spécialité. Ses premiers livres proposaient une approche sur le développement personnel.  

"Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n'en as qu'une", Raphaëlle Giordano, éd. Eyrolles, 2015, 217 pages, 14,90 euros. 

Écrit par Gwendoline Fusillier dans Bien-être, Gwendoline Fusillier, Romans, Société, Vie pratique | Commentaires (0) |  Facebook | |

17 08 16

Tendresse et nostalgie !

 

couve moun lakou.jpgC'est une merveilleuse remontée dans l'enfance, une description pittoresque et si vraie d'un village en Jamaïque. Mais c'est aussi un trajet pour s'en éloigner et vivre autrement : de la Jamaïque vers la Guadeloupe et vers la Floride. « Moun Lakou » est un roman coloré et passionnant à suivre. Le « lakou » est un logement misérable.

L'auteure, Marie Léticée, est professeur de littérature et de langue à l’université de la Floride Central (UCF) ou elle enseigne depuis 1988. Dr. Léticée a publié des articles dans Callaloo, Labrys Review et dans Secolas Annals. Elle a aussi reçu plusieurs bourses d’initiative et un prix de l’enseignement à UCF. De plus, elle a créé plusieurs nouveaux cours tels que : La poésie noire des Amériques, la littérature francophone, la littérature antillaise, la littérature créole et le français des affaires. Elle écrit sur plusieurs plans : le roman et l'écriture du roman, dans un style qui ne peut que nous accrocher et nous intéresser. On est dans l'humain, avec les odeurs, les décors, les conversations. Mais aussi la profondeur qui s'en dégage : « La vie, ma chère, n'est qu'une suite de maintenant » ou l'humour, comme ce passage sur les fêtes de Noël et les cantiques pour les « blancs » !

Justement, les dialogues et souvent les mots sont dans leur langue originale, parfois en anglais, parfois en créole. Elle raconte ainsi ceux qui avaient séjourné en France : « Ils nous revenaient tous enrobés de français de Fwans, ce qui leur donnait le droit de nous considérer comme des arriérés sans avenir, emprisonnés que nous étions dans les pattes de notre créole grosso modo. Ils me fascinaient. »

Par la magie de son talent, on comprend presque tout : « Dèmen, si pwèta Dié » ne doit pas être traduit.

Le roman de Marie Léticée est truffée de petites merveilles de phrases. Pour décrire la « cour Monbruno », l'endroit où elle vit son enfance, elle écrit : « Une véritable toile d'araignée où maintes vies se perdaient, englouties par les entrailles voraces de la misère. »

Mais je ne peux pas dire mieux que ce texte d'un lecteur : « Ce roman, un délicat voyge dans les souvenirs d'une île d'avant la modernisation. Le goût des plaisirs simples : des jeux en plein air, des plats préparés pour survivre, des relations directes avec autrui et surtout ses voisins. Bref, une régression qui n'érige pas le passé en élément parfait d'une époque ou d'une existence, mais plutôt comme déclencheur de sourires et de questions sur soi-même. »

Jacques MERCIER

« Moun Lakou », roman, Marie Léticée, édition Ibis Rouge www.ibisrouge.fr , 132 pp, 14X22cm, Photo Jean-Paul Leclercq, 15 euros

 

Écrit par Jacques Mercier dans Jacques Mercier, Récits, Romans, Société | Commentaires (0) |  Facebook | |

15 08 16

Descente aux enfers dans un jardin d’Éden…

LObscurité.jpge premier roman de Jean-François Foulon, Obscurité, paru chez Chloé des Lys à Barry, décrit avec beaucoup de finesse la randonnée tragique en Peugeot 206 d’une femme qui, fuyant la violence conjugale avec ses enfants, en vient à parcourir l’Hexagone à la recherche de quelqu’un qui n’est autre qu’elle-même (les personnages ne sont pas nommés, sauf sa fillette), dans une sorte d’obscure déréliction en spirale.

En voici le pitch :

« Une femme de 38 ans décide subitement de quitter son compagnon, avec qui la vie commune n’est plus possible. Accompagnée de son fils de 12 ans et de sa fille de 8 ans, elle part donc au hasard sur les routes de France, avec le vague espoir de se réfugier chez une ancienne amie, dans le Massif central.

Malheureusement, elle ne trouve là-bas qu’une maison vide. Complètement dépassée par les événements, c’est son fils qui, petit à petit, prendra les choses en main. Ses nouvelles responsabilités le rendent plus mûr et il s’éveille à l’amour auprès d’une adolescente de la région.

Mais il faut de nouveau partir et le trio erre au hasard, passant successivement par la Dordogne, la côte atlantique, les Pyrénées et le Languedoc, pour se retrouver finalement dans les Cévennes. À chaque endroit, les aventures se multiplient, mais ce qui ressemblait au début à des vacances s’est petit à petit transformé en une véritable fuite en avant.

Cette errance géographique renvoie au cheminement intérieur de la mère et à son désarroi. On peut y voir aussi une métaphore de l’existence en général. L’histoire finira tragiquement, car la vie, cruelle, ne fait pas de cadeau à ceux qui tentent malgré tout d’échapper à leur destin. »

Un Easy rider des bleus à l’âme, ma foi très réussi…

Bernard DELCORD

Obscurité par Jean-François Foulon, Barry, Éditions Chloé des Lys, mars 2015, 491 pp. en noir et blanc au format 15 x 20,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 26,50 €

Écrit par Brice dans Bernard Delcord, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

15 08 16

Riquet à la houppe, le nouveau roman d'Amélie Nothomb

 

 

amelie-riquet-houppe.jpgVoici le 25e roman d'Amélie Nothomb : « Riquet à la houppe » ; et voici donc 25 ans que nous nous connaissons ! Entre autres, en étant chaque année une invitée exceptionnelle du « Jeu des Dictionnaires ». On connaît mon enthousiasme pour ses écrits, mais j'ajoute que je n'ai jamais été déçu par eux. Cette re-création du conte de Charles Perrault (paru en 1697!) se joue sur le thème de la laideur et de la beauté ; un thème qui apparaît si souvent dans les romans d'Amélie.

« Le très laid suscite parfois un peu de compassion ; le très beau irrite sans pitié. La clef du succès réside dans la vague joliesse qui ne dérange personne. »

« Elle savait d'expérience combien le monde haïssait la beauté et ne demandait qu'à la traduire en sottise. »

Et de citer Barbey d'Aurevilly : « Le profil est l'écueil de la beauté ou son attestation la plus éclatante.»

 

Il s'agit de l'histoire parallèle de deux enfants, un laid : Déodat et une beauté : Trémière.

 

Et bien sûr voici les caractéristiques habituelles des romans de Nothomb : Le choix des prénoms tout d'abord.

« La mère de Rose s'appelait Passerose, autre nom de la rose trémière. »

« Pour qui aime, découvrir que l'aimée porte un prénom admirable équivaut à un adoubement. »

 

On découvre aussi quelques mots inusités, que l'auteure parsème toujours dans ses livres :

« Sardanapalesque », digne de Sardanapale par le caractère luxueux et débauché.

« Des chausse-trapes » (avec un seul p, comme se doit de l'écrire toute bonne académicienne !)

« Le tadorne de Belon », le plus grand des canards en France.

Et le retour des gossettes, de l'enfançon et de la déréliction, ce sentiment de solitude et d'abandon, que l'on retrouve souvent sous sa plume.

En passant, on saura tout sur les roses, sur l'arrivée du langage dans le cerveau (« Toute intelligence est aussi faculté d'adaptation. »), sur sa lecture récente de tous les volumes de la Comédie humaine de Balzac, sur l'amitié («L'amitié n'apparaît pas pour combler un appétit. Elle surgit quand on rencontre l'être qui rend possible cette relation sublime. »)...

 

J'aime aussi ses réflexions sur les oiseaux :

« Pourquoi inventer la figure de l'ange alors que l'oiseau existe ? »

« Il y aurait une thèse à écrire sur le besoin qu'a éprouvé le français de ridiculiser ces animaux splendides. (Dinde – en anglais turkey ; canard – en japonais kamo ; grue, en japonais tsuru) »

« De tous les animaux sauvages, l'oiseau était le seul que l'on côtoyait au quotidien, chaque jour de l'année. »

 

J'aime aussi son avis éclairé sur la télévision :

« (Devant le téléviseur) Il suffisait de se laisser emporter par ce tapis volant de lumière et de son, on était embarqué dans un monde peuplé de personnages fabuleux, dont les péripéties étaient racontées à une vitesse supersonique, avec des onomatopées étranges et des refrains au goût de bonbon. Au nom de quoi le privait-on de cet enchantement ? »

« Et il n'exclut pas que l'omniprésence de la télévision ait joué un rôle dans cette affaire. Non que les programmes soient forcément en cause. C'était comme si l'appareil lui-même avait capturé la volonté d'Axel. »

 

Enfin, cette phrase, pour clore ces quelques lignes destinées à vous inciter à la lecture de ce nouveau roman :

« Il détestait se sentir orphelin de livres, comme si aucun bouquin n'avait voulu de lui : il demeurait persuadé que c'était les ouvrages qui adoptaient leurs lecteurs et non le contraire. »

 

Jacques MERCIER

 

« Riquet à la houppe », Roman, Amélie Nothomb, Albin Michel, 190 pp, 16,90 euros.

 

 

30 05 16

Quel bazar !

Dumping.jpgHilarant et dévastateur, Dumping, le remarquable roman libertarien du journaliste économique belge Ludovic Delory participe à un concours lancé par Amazon (il y est fort bien placé, et les résultats seront connus en septembre 2016), ce qui explique qu’il n’est diffusé – ô paradoxe – que par ce site capitaliste, mais aussi par l’auteur lui-même.

En voici le prière d’insérer :

« Un bled, un trou perdu, presque une décharge. L'idée de se débarrasser d'un fardeau, de plaquer tout, de s'enfuir : le mot dumping s'imposait pour résumer le destin de ces personnages désireux de se réapproprier leur vie.

Ce roman évolutif avait démarré sur le ton de l'enquête sociologique ; il s'est mué en opéra bouffe, en western moderne, au gré des faits d'actualité qui ont accompagné l'écriture du scénario.

L'affaire Snowden, les subprimes, la faillite de Detroit, le scandale d'un site de rencontres extraconjugales ou encore le mouvement Occupy Wall Street s’entrechoquaient avec l’Atlas de John Galt [1], La guerre de Canudos [2] et le Désert des Tartares [3].

Mais la filiation la plus évidente renvoie bien sûr au Free State Project [4], lancé en 2001 par d'irréductibles optimistes, dans l'État du New Hampshire.  

Dans Dumping, les anarchistes sont naïfs, le shérif est couard et le président joue au golf. Des chiens se marient, le chef du FMI est arrêté, les lanceurs d'alerte sont emprisonnés.

Tout cela n'est que pure fiction. »

Si les « héros » yankees de l’ouvrage ont renoncé au dollar, à leur passeport et à leur vie d’antan pour vivre dans les bois au sein d’une communauté fondée sur la coopération volontaire afin d’être libres et heureux, une certaine réalité ne tardera pas à les rattraper, les faits étant têtus, comme l’assurait Lénine…

L’histoire se lit d’une traite et le style de l’auteur, qui n’est pas sans rappeler par certains aspects celui du fameux Festival de la Couille et autres histoires vraies de Chuck Palahniuk, s’avère tout à la fois enlevé, incisif, pittoresque et non-conformiste.

Un roman-OVNI qui fera date !

Bernard DELCORD

Dumping par Ludovic Delory, Amazon, mai 2016, 372 pp. en noir et blanc au format 15,2 x 22,9 cm sous couverture brochée en couleurs, 10,50 €

Renseignements utiles pour l’achat du livre :

Lien Amazon :

https://www.amazon.fr/Dumping-Ludovic-Delory/dp/153309631... 

Mail : deloryl@hotmail.com

 

[1] John Galt est un personnage du roman de la philosophe et auteure américaine d’origine russe Ayn Rand (1905-1982) intitulé La Grève. À mesure que l'histoire se déroule, on apprend que Galt est créateur, philosophe, et inventeur, représentant le pouvoir et la gloire de l'esprit humain. Il est présenté comme l'antithèse idéale de l'état de la société décrite dans le roman, une société basée sur l'oppression bureaucratique d'une poignée de fonctionnaires qui embrassent la philosophie de l'altruisme et de l'égalitarisme, c'est-à-dire du socialisme, bien que ce mot ne soit jamais écrit dans le texte.

Le roman dépeint les industriels américains comme des géants de l'esprit, une représentation métaphorique d'Atlas, le héros de la mythologie grecque, lequel fut condamné à porter le monde sur ses épaules. En refusant de mettre leur talent productif au service du régime bureaucratique, ces grands industriels, menés par Galt, se mettent en grève. Atlas hausse les épaules, laissant tomber le monde. (Source : Wikipédia)

[2] La guerre de Canudos est un roman du correspondant de guerre brésilien Euclides da Cunha (1866-1907) qui raconte la répression, en 1896-1897, du soulèvement de Canudos, un village au nord-est de Bahia bâti par 30 000 colons établis en communauté autonome. Dans ce livre inclassable où le paysage, le climat et la flore sont des acteurs fondamentaux de la guerre, l’auteur fait passer le souffle de l’épopée et renvoie dos à dos deux barbaries : le mysticisme retardataire et la modernité aveugle... (Source : http://editions-metailie.com/livre/hautes-terres-la-guerr...)

[3] Le Désert des Tartares est un roman de l’écrivain Dino Buzzati paru en 1940. Il traite de la fuite vaine du temps, de l'attente et de l'échec, sur fond d'un vieux fort militaire isolé à la frontière du « Royaume » et de « l'État du Nord ». Les deux territoires sont séparés par un désert énigmatique. Le lieutenant Giovanni Drogo y attend la gloire dont la maladie le privera. Jacques Brel a repris ce thème dans sa chanson Zangra.

[4] Le Free State Project (Projet d'État libre) est une invitation aux libéraux et aux libertariens à se regrouper dans l'État du New Hampshire (États-Unis) afin d'obtenir une puissance politique suffisante pour imposer par le vote leur choix politique et économique. L'objectif est de minimiser l'État et de développer de façon optimale la philosophie libérale (à l’américaine, ndlr). 18 membres du projet ont été élus au Capitole de l'État du New Hampshire et ils sont à l’origine de certaines décisions, comme la libéralisation des brasseries et de la vente de bière ou la légalisation du cannabis médical. (Source : Wikipédia)

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20 05 16

Excellent roman : Autoroute du soleil !

_polet.jpgGrégoire Polet (sur fond de la Fantaisie Op.17 de Schumann) nous emmène avec lui sur l'autoroute du soleil. C'est vif, court, poignant, vrai, et fort bien écrit. Le héros veut s'évader, comme tout le monde : « Vivre libre, c'est s'évader, s'évader, s'évader. On n'arrive pas au bout, mais on s'évade. Vivre libre et mourir en chemin dans un tunnel, avec, dit-on, une lumière au bout ? »

C'est aussi rempli de connotations originales, comme cette remarque au sujet de la fille : « Katherine, avec un K, agressif et agaçant, au lieu d'un C plus tranquille. »

Ou comme cette remarque, que nous avons tous faite en passant près de la Bourse : «  Je me souviens des frères ennemis, Falstaff et Cirio, de part et d'autre de la Bourse : l'un, sombre, démissionnaire, rempli de touristes ; et l'autre lumineux, plus inquiétant encore, rempli de vieilles rombières et capitonné comme un cercueil. »

(Même si le terme « vieille rombière » est outrancier ! J'y fus invité un jour par Annie Cordy, entourée de dizaines de fans âgées...

Bien sûr, de l'érotisme, avec l'image des tourterelles renouvelée : « Ton corps nu sur le lit blanc d'un hôtel, et tes seins seront deux tourterelles envolées dans l'oubli, et nous aurons l'amour des anges, la paix des nuages, le bonheur du silence, les douceurs de la neige et le vertige d'avoir tant vécu. »

Un voyage raconté de l'intérieur. Un voyage qui décrit, comme ses larmes : « le cœur pressé comme le raisin des vignobles traversés ».

« Il y a peu d'objets aussi poétiques dans la vie moderne et quotidienne qu’une autoroute » déclare Grégoire Polet, avec raison.

J'adore la séquence de conduite les yeux fermés.

J'adore l'arrivée au Portugal et la couleur verte de la porte...

Un court roman, un voyage magnifique, une vraie lecture d'été !

 

Jacques MERCIER

 

« Autoroute du soleil », Grégoire Polet, roman, édition OnLit 2016. 12,19cm – 48 pages. 6 euros.

 

 

 

 

Écrit par Jacques Mercier dans Belge, Jacques Mercier, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

02 05 16

La génération d'aujourd'hui !

_srar maeght.jpg« Si vous commencez le roman de Sarah Maeght, vous ne le lâcherez plus... » écrit avec enthousiasme Katherine Pancol à propos de son roman « C'est où, le nord ? ». Et de poursuivre dans une préface qui nous prépare avec désir à la lecture : « Dès la première scène, vous êtes happé. Fait aux pattes. Saucissonné. Vous ne voulez plus lâcher son héroïne, Ella, ni son copain Théo, sa copine Lou qui passe des castings pour une marque de lait concentré, son amant, Victor, ébéniste, son amante Cléo, photographe. Sans oublier sa sœur Julie, amoureuse du gorille du Jardin des Plantes, et Klaus, le poisson rouge qui tourne en rond dans son bocal et se fait du mouron. » J'adore cette manière de présenter les principaux personnages de ce roman alerte, vrai, terriblement d'aujourd'hui. Et d'une écriture nerveuse et drôle.

Une phrase picorée dans le récit : « - Tu crois que j'ai fait le tour de ton corps ?

J'aime ses mots qui ricochent alors qu'il ne lit pas de livres, ses envies de voyages alors qu'il n'a pas de bateau. »

J'aime que les dialogues soient l'épine dorsale de ces histoires. Ce sont les errances d'une fille de vingt-quatre ans qui ne sait pas où elle en est. C'est le portrait d'une génération, avec ses us et coutumes. Voilà un roman sans tricherie, qui nous plonge dans la vie même ! « L'orgasme c'est quand les jambes tremblent, je l'ai appris dans Loft Story »...

 

Jacques MERCIER

 

« C'est où, le nord ? », roman, Sarah Maeght, préface de Katherine Pancol, Albin Michel, 284 pp. 18 euros.

 

Écrit par Jacques Mercier dans Jacques Mercier, Katherine Pancol, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

21 04 16

Montmartre est triste sans toi

_marianne levaux.jpgMarianne Levaux nous plonge corps et âme dans une histoire d'aujourd'hui, qui pourtant a des résonances de toujours. Excellent roman que "Montmartre est triste ce soir" !

La disposition des phrases est particulière – comme une respiration, un halètement - et nous aide à mieux suivre le cours du récit et des réflexions.

Elle a du style et s'y entend pour décrire : « On discernait l'haleine mouillée d'un jardin en contrebas » ou ce trait : « Nathan disait toujours en riant que le pire n'est jamais décevant ».

Les phrases mises en exergue devant chaque chapitre jettent à chaque fois une lumière, une teinte, une intensité différentes sur le décor où l'on va pénétrer. Comme cette citation « Notre défiance justifie la tromperie d'autrui » de La Rochefoucauld.

Laissez-vous prendre par la main, découvrez Eve, peintre, Fernand, le fils du concierge, Juan, le voisin entreprenant, Andréï, le voyeur, Bianca, la galeriste... Des personnages qu'on semble déjà connaître après quelques jours – car l'histoire se déroule entre mars et septembre – et qui vont nous entraîner dans le mystère et la création de Marianne.

Enfin, un dernier mot : j'adore le titre ! « Montmartre est triste sans toi » est une trouvaille. Le roman en recèle bien d'autres.

Jacques MERCIER

"Montmartre est triste sans toi", roman, Marianne Levaux, Edilivre, 240 pp. 19 euros.

Écrit par Jacques Mercier dans Belge, Jacques Mercier, Romans | Commentaires (1) |  Facebook | |

27 01 16

Le Zola des années 1930-1940…

L'empreinte du dieu.jpgNé à Roubaix le 4 mai 1907 et mort le 14 janvier 1951 au Touquet où il s'était établi pour soigner sa tuberculose, Maxence Van der Meersch est l'écrivain des paysages et des gens de la Flandre française.

Il connut un grand succès populaire de son vivant, mais est aujourd'hui – très injustement –oublié en dehors de sa région natale.

Il est notamment l'auteur de La Maison dans la dune (1932, une description de la lutte implacable opposant contrebandiers et douaniers dans le Wetshoek, l'histoire d'un amour pur et sincère et la recherche d'une rédemption impossible ; il a été adapté au cinéma à trois reprises : en 1934, 1952 et 1988), de Quand les sirènes se taisent (1933, sur les grèves des ouvrières d'usines), d’Invasion 14 (1935, sur l'occupation allemande du Nord de la France durant la Grande Guerre), de Maria, fille de Flandre (1935), de L'Élu (1936), de la Vie du Curé d'Ars (1936, hagiographie), de Pêcheurs d'hommes (1940, sur la Jeunesse ouvrière chrétienne), de Corps et Âmes (1943, sur le monde de la médecine, Prix de l'Académie française, son plus grand succès, traduit en treize langues), de La petite sainte Thérèse (1943, une biographie de Sainte-Thérèse de Lisieux violemment contestée par le clergé catholique), de Femmes à l'encan (1945, essai contre la prostitution), de Masque de chair (1958, publication posthume, roman sur l'homosexualité masculine) et d'un triptyque autobiographique, La Fille pauvre (tome I : Le Péché du monde, 1934, tome II : Le Cœur pur, 1948, tome III : La Compagne, publication posthume, 1955).

Il fut lauréat du prix Goncourt en 1936 pour L’empreinte du dieu que les Éditions des Presses de la Cité à Paris ont eu l’excellente idée de remettre à la disposition du public.

Il s’agit de l'histoire tragique de Karelina, timide paysanne belge au joli visage, mariée de force à un colosse brutal, qui doit subir une vie faite d'expédients et les humiliations de son mari. Quand son bourreau est mis sous les verrous, elle s'enfuit. Elle trouve refuge chez son oncle Domitien, écrivain célèbre, dont l'épouse, Wilfrida, reçoit avec joie la jeune femme, qu'elle considère bientôt comme sa propre fille. Les deux femmes ignorent alors qu'elles viennent de sceller leurs destins...

Une œuvre magnifique à (re)découvrir !

Bernard DELCORD

L'empreinte du dieu par Maxence Van der Meersch, Paris, Éditions des Presses de la Cité, collection « Trésors de France », avril 2015, 239 pp. en noir et blanc au format 12,5 x 19,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 12 € (prix France)

Écrit par Brice dans Bernard Delcord, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |