30 05 16

Quel bazar !

Dumping.jpgHilarant et dévastateur, Dumping, le remarquable roman libertarien du journaliste économique belge Ludovic Delory participe à un concours lancé par Amazon (il y est fort bien placé, et les résultats seront connus en septembre 2016), ce qui explique qu’il n’est diffusé – ô paradoxe – que par ce site capitaliste, mais aussi par l’auteur lui-même.

En voici le prière d’insérer :

« Un bled, un trou perdu, presque une décharge. L'idée de se débarrasser d'un fardeau, de plaquer tout, de s'enfuir : le mot dumping s'imposait pour résumer le destin de ces personnages désireux de se réapproprier leur vie.

Ce roman évolutif avait démarré sur le ton de l'enquête sociologique ; il s'est mué en opéra bouffe, en western moderne, au gré des faits d'actualité qui ont accompagné l'écriture du scénario.

L'affaire Snowden, les subprimes, la faillite de Detroit, le scandale d'un site de rencontres extraconjugales ou encore le mouvement Occupy Wall Street s’entrechoquaient avec l’Atlas de John Galt [1], La guerre de Canudos [2] et le Désert des Tartares [3].

Mais la filiation la plus évidente renvoie bien sûr au Free State Project [4], lancé en 2001 par d'irréductibles optimistes, dans l'État du New Hampshire.  

Dans Dumping, les anarchistes sont naïfs, le shérif est couard et le président joue au golf. Des chiens se marient, le chef du FMI est arrêté, les lanceurs d'alerte sont emprisonnés.

Tout cela n'est que pure fiction. »

Si les « héros » yankees de l’ouvrage ont renoncé au dollar, à leur passeport et à leur vie d’antan pour vivre dans les bois au sein d’une communauté fondée sur la coopération volontaire afin d’être libres et heureux, une certaine réalité ne tardera pas à les rattraper, les faits étant têtus, comme l’assurait Lénine…

L’histoire se lit d’une traite et le style de l’auteur, qui n’est pas sans rappeler par certains aspects celui du fameux Festival de la Couille et autres histoires vraies de Chuck Palahniuk, s’avère tout à la fois enlevé, incisif, pittoresque et non-conformiste.

Un roman-OVNI qui fera date !

Bernard DELCORD

Dumping par Ludovic Delory, Amazon, mai 2016, 372 pp. en noir et blanc au format 15,2 x 22,9 cm sous couverture brochée en couleurs, 10,50 €

Renseignements utiles pour l’achat du livre :

Lien Amazon :

https://www.amazon.fr/Dumping-Ludovic-Delory/dp/153309631... 

Mail : deloryl@hotmail.com

 

[1] John Galt est un personnage du roman de la philosophe et auteure américaine d’origine russe Ayn Rand (1905-1982) intitulé La Grève. À mesure que l'histoire se déroule, on apprend que Galt est créateur, philosophe, et inventeur, représentant le pouvoir et la gloire de l'esprit humain. Il est présenté comme l'antithèse idéale de l'état de la société décrite dans le roman, une société basée sur l'oppression bureaucratique d'une poignée de fonctionnaires qui embrassent la philosophie de l'altruisme et de l'égalitarisme, c'est-à-dire du socialisme, bien que ce mot ne soit jamais écrit dans le texte.

Le roman dépeint les industriels américains comme des géants de l'esprit, une représentation métaphorique d'Atlas, le héros de la mythologie grecque, lequel fut condamné à porter le monde sur ses épaules. En refusant de mettre leur talent productif au service du régime bureaucratique, ces grands industriels, menés par Galt, se mettent en grève. Atlas hausse les épaules, laissant tomber le monde. (Source : Wikipédia)

[2] La guerre de Canudos est un roman du correspondant de guerre brésilien Euclides da Cunha (1866-1907) qui raconte la répression, en 1896-1897, du soulèvement de Canudos, un village au nord-est de Bahia bâti par 30 000 colons établis en communauté autonome. Dans ce livre inclassable où le paysage, le climat et la flore sont des acteurs fondamentaux de la guerre, l’auteur fait passer le souffle de l’épopée et renvoie dos à dos deux barbaries : le mysticisme retardataire et la modernité aveugle... (Source : http://editions-metailie.com/livre/hautes-terres-la-guerr...)

[3] Le Désert des Tartares est un roman de l’écrivain Dino Buzzati paru en 1940. Il traite de la fuite vaine du temps, de l'attente et de l'échec, sur fond d'un vieux fort militaire isolé à la frontière du « Royaume » et de « l'État du Nord ». Les deux territoires sont séparés par un désert énigmatique. Le lieutenant Giovanni Drogo y attend la gloire dont la maladie le privera. Jacques Brel a repris ce thème dans sa chanson Zangra.

[4] Le Free State Project (Projet d'État libre) est une invitation aux libéraux et aux libertariens à se regrouper dans l'État du New Hampshire (États-Unis) afin d'obtenir une puissance politique suffisante pour imposer par le vote leur choix politique et économique. L'objectif est de minimiser l'État et de développer de façon optimale la philosophie libérale (à l’américaine, ndlr). 18 membres du projet ont été élus au Capitole de l'État du New Hampshire et ils sont à l’origine de certaines décisions, comme la libéralisation des brasseries et de la vente de bière ou la légalisation du cannabis médical. (Source : Wikipédia)

Écrit par Brice dans Bernard Delcord, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

20 05 16

Excellent roman : Autoroute du soleil !

_polet.jpgGrégoire Polet (sur fond de la Fantaisie Op.17 de Schumann) nous emmène avec lui sur l'autoroute du soleil. C'est vif, court, poignant, vrai, et fort bien écrit. Le héros veut s'évader, comme tout le monde : « Vivre libre, c'est s'évader, s'évader, s'évader. On n'arrive pas au bout, mais on s'évade. Vivre libre et mourir en chemin dans un tunnel, avec, dit-on, une lumière au bout ? »

C'est aussi rempli de connotations originales, comme cette remarque au sujet de la fille : « Katherine, avec un K, agressif et agaçant, au lieu d'un C plus tranquille. »

Ou comme cette remarque, que nous avons tous faite en passant près de la Bourse : «  Je me souviens des frères ennemis, Falstaff et Cirio, de part et d'autre de la Bourse : l'un, sombre, démissionnaire, rempli de touristes ; et l'autre lumineux, plus inquiétant encore, rempli de vieilles rombières et capitonné comme un cercueil. »

(Même si le terme « vieille rombière » est outrancier ! J'y fus invité un jour par Annie Cordy, entourée de dizaines de fans âgées...

Bien sûr, de l'érotisme, avec l'image des tourterelles renouvelée : « Ton corps nu sur le lit blanc d'un hôtel, et tes seins seront deux tourterelles envolées dans l'oubli, et nous aurons l'amour des anges, la paix des nuages, le bonheur du silence, les douceurs de la neige et le vertige d'avoir tant vécu. »

Un voyage raconté de l'intérieur. Un voyage qui décrit, comme ses larmes : « le cœur pressé comme le raisin des vignobles traversés ».

« Il y a peu d'objets aussi poétiques dans la vie moderne et quotidienne qu’une autoroute » déclare Grégoire Polet, avec raison.

J'adore la séquence de conduite les yeux fermés.

J'adore l'arrivée au Portugal et la couleur verte de la porte...

Un court roman, un voyage magnifique, une vraie lecture d'été !

 

Jacques MERCIER

 

« Autoroute du soleil », Grégoire Polet, roman, édition OnLit 2016. 12,19cm – 48 pages. 6 euros.

 

 

 

 

Écrit par Jacques Mercier dans Belge, Jacques Mercier, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

02 05 16

La génération d'aujourd'hui !

_srar maeght.jpg« Si vous commencez le roman de Sarah Maeght, vous ne le lâcherez plus... » écrit avec enthousiasme Katherine Pancol à propos de son roman « C'est où, le nord ? ». Et de poursuivre dans une préface qui nous prépare avec désir à la lecture : « Dès la première scène, vous êtes happé. Fait aux pattes. Saucissonné. Vous ne voulez plus lâcher son héroïne, Ella, ni son copain Théo, sa copine Lou qui passe des castings pour une marque de lait concentré, son amant, Victor, ébéniste, son amante Cléo, photographe. Sans oublier sa sœur Julie, amoureuse du gorille du Jardin des Plantes, et Klaus, le poisson rouge qui tourne en rond dans son bocal et se fait du mouron. » J'adore cette manière de présenter les principaux personnages de ce roman alerte, vrai, terriblement d'aujourd'hui. Et d'une écriture nerveuse et drôle.

Une phrase picorée dans le récit : « - Tu crois que j'ai fait le tour de ton corps ?

J'aime ses mots qui ricochent alors qu'il ne lit pas de livres, ses envies de voyages alors qu'il n'a pas de bateau. »

J'aime que les dialogues soient l'épine dorsale de ces histoires. Ce sont les errances d'une fille de vingt-quatre ans qui ne sait pas où elle en est. C'est le portrait d'une génération, avec ses us et coutumes. Voilà un roman sans tricherie, qui nous plonge dans la vie même ! « L'orgasme c'est quand les jambes tremblent, je l'ai appris dans Loft Story »...

 

Jacques MERCIER

 

« C'est où, le nord ? », roman, Sarah Maeght, préface de Katherine Pancol, Albin Michel, 284 pp. 18 euros.

 

Écrit par Jacques Mercier dans Jacques Mercier, Katherine Pancol, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

21 04 16

Montmartre est triste sans toi

_marianne levaux.jpgMarianne Levaux nous plonge corps et âme dans une histoire d'aujourd'hui, qui pourtant a des résonances de toujours. Excellent roman que "Montmartre est triste ce soir" !

La disposition des phrases est particulière – comme une respiration, un halètement - et nous aide à mieux suivre le cours du récit et des réflexions.

Elle a du style et s'y entend pour décrire : « On discernait l'haleine mouillée d'un jardin en contrebas » ou ce trait : « Nathan disait toujours en riant que le pire n'est jamais décevant ».

Les phrases mises en exergue devant chaque chapitre jettent à chaque fois une lumière, une teinte, une intensité différentes sur le décor où l'on va pénétrer. Comme cette citation « Notre défiance justifie la tromperie d'autrui » de La Rochefoucauld.

Laissez-vous prendre par la main, découvrez Eve, peintre, Fernand, le fils du concierge, Juan, le voisin entreprenant, Andréï, le voyeur, Bianca, la galeriste... Des personnages qu'on semble déjà connaître après quelques jours – car l'histoire se déroule entre mars et septembre – et qui vont nous entraîner dans le mystère et la création de Marianne.

Enfin, un dernier mot : j'adore le titre ! « Montmartre est triste sans toi » est une trouvaille. Le roman en recèle bien d'autres.

Jacques MERCIER

"Montmartre est triste sans toi", roman, Marianne Levaux, Edilivre, 240 pp. 19 euros.

Écrit par Jacques Mercier dans Belge, Jacques Mercier, Romans | Commentaires (1) |  Facebook | |

27 01 16

Le Zola des années 1930-1940…

L'empreinte du dieu.jpgNé à Roubaix le 4 mai 1907 et mort le 14 janvier 1951 au Touquet où il s'était établi pour soigner sa tuberculose, Maxence Van der Meersch est l'écrivain des paysages et des gens de la Flandre française.

Il connut un grand succès populaire de son vivant, mais est aujourd'hui – très injustement –oublié en dehors de sa région natale.

Il est notamment l'auteur de La Maison dans la dune (1932, une description de la lutte implacable opposant contrebandiers et douaniers dans le Wetshoek, l'histoire d'un amour pur et sincère et la recherche d'une rédemption impossible ; il a été adapté au cinéma à trois reprises : en 1934, 1952 et 1988), de Quand les sirènes se taisent (1933, sur les grèves des ouvrières d'usines), d’Invasion 14 (1935, sur l'occupation allemande du Nord de la France durant la Grande Guerre), de Maria, fille de Flandre (1935), de L'Élu (1936), de la Vie du Curé d'Ars (1936, hagiographie), de Pêcheurs d'hommes (1940, sur la Jeunesse ouvrière chrétienne), de Corps et Âmes (1943, sur le monde de la médecine, Prix de l'Académie française, son plus grand succès, traduit en treize langues), de La petite sainte Thérèse (1943, une biographie de Sainte-Thérèse de Lisieux violemment contestée par le clergé catholique), de Femmes à l'encan (1945, essai contre la prostitution), de Masque de chair (1958, publication posthume, roman sur l'homosexualité masculine) et d'un triptyque autobiographique, La Fille pauvre (tome I : Le Péché du monde, 1934, tome II : Le Cœur pur, 1948, tome III : La Compagne, publication posthume, 1955).

Il fut lauréat du prix Goncourt en 1936 pour L’empreinte du dieu que les Éditions des Presses de la Cité à Paris ont eu l’excellente idée de remettre à la disposition du public.

Il s’agit de l'histoire tragique de Karelina, timide paysanne belge au joli visage, mariée de force à un colosse brutal, qui doit subir une vie faite d'expédients et les humiliations de son mari. Quand son bourreau est mis sous les verrous, elle s'enfuit. Elle trouve refuge chez son oncle Domitien, écrivain célèbre, dont l'épouse, Wilfrida, reçoit avec joie la jeune femme, qu'elle considère bientôt comme sa propre fille. Les deux femmes ignorent alors qu'elles viennent de sceller leurs destins...

Une œuvre magnifique à (re)découvrir !

Bernard DELCORD

L'empreinte du dieu par Maxence Van der Meersch, Paris, Éditions des Presses de la Cité, collection « Trésors de France », avril 2015, 239 pp. en noir et blanc au format 12,5 x 19,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 12 € (prix France)

Écrit par Brice dans Bernard Delcord, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

29 11 15

Une incroyable aventure

_germe.jpgGhislaine Jermé a choisi de se consacrer à l'écriture, à l'âge de la retraite. Excellente idée, les projets et leurs réalisations prolongent nos vies et permettent de transmettre aux générations suivantes. Mais en réalité, elle écrit depuis son adolescence et l'on sent son appétit d'écrire intact ? Son premier roman s'appelait « Le soleil de mes rêves » très justement ! Le second s'appelle « Je ne suis pas un monstre ». Au rythme d'un par an, c'est une Incroyable aventure au pays des Societs, comme Tintin, qu'elle a choisi cette fois de partager. Un frère et une soeur décident de partir en vacances en Sibérie. Sont-ils d'innocents touristes ou des transfuges ? Pour quelles raisons les services secrets russes et britanniques sont-ils sur leurs traces ? Toutes les réponses vous seront données.

Ghislaine Jermé a le talent de bien décrire, de nous emmener dans l'action même grâce à des courts paragraphes espacés, qui sont comme un halètrement, une respiration rapide du lecteur qui suit le déroulement de l'histoire. Les très nombreux dialogues donnent une réalité à l'histoire.

Si vous aimez l'aventure, vous serez servi !

 

Jacques MERCIER

 

Incroyable aventure, roman, Ghislaine Jermé, Chat Ailé édition, 318 pp. 18 euros. Www.chataile.com distribué par Maison de la Poésie d'Amay.

Écrit par Jacques Mercier dans Belge, Jacques Mercier, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

24 11 15

Soyons "ZEN" !

_zen.jpgLe premier roman de Maxence Fermine fut un énorme succès : « Neige ». Paru en 1999, le roman fut traduit en 17 langues. Ce roman initiatique raconte l'histoire de Yuko, un jeune japonais qui compose des haïkus. Depuis lors, Maxence Ferine a écrit une petite vingtaine d'ouvrages, dont « L'apiculteur », « Opium », « La petite marchande de rêves » etc. Il vit en Savoie et se consacre à l'écriture.

Vous qui êtes troublé par le monde tel qu'on nous le présente dans les médias, vous qui êtes assourdis par le brouhaha des moyens de communications, « Zen » un livre qui va vous faire du bien ! Un beau livre, simple, clair, magnifique, tant dans le fond que dans la forme. La mise en page des phrases est magnifique, tout comme le style de l'auteur, entre poésie et récit. Une seule illustration au centre du roman en souligne sa beauté.

Voici un exemple : l'entièreté du chapitre 8 :  

« Être attentif à une branche prise dans le vent du matin. Observer le mouvement de la brume et des nuages. Vivre les lieux. Respirer les parfums de la nature. Saisir l'instant.

Puis s'enfermer dans son atelier. Et reproduire en un trait unique les nuances de la réalité.

Travail solitaire.

Souffle divin.

Comme tous les artistes sur cette terre, changer le monde de façon invisible.

Et cependant évidente. »

C'est l'histoire de Kuro, calligraphiste, et de Yuna, son élève. J'ai un peu de mal à extraire de l'ensemble quelques phrases qui donnent le ton.

« Matin de mai chaud et ensoleillé. Le chant des oiseaux dans les arbres. Musique harmonieuse. Dans le jardin zen, le champ de gravier forme des vagues d'écume. Mer blanche. »

« La musique la plus difficile à créer, mais certainement la plus belle, est celle du silence. »

« Yuna, elle, attend que la toile du silence se déchire d'elle-même. »

Voilà un bon livre, voilà ce qu'on attend aussi de la littérature et de ses écrivains. Merci !

 

Jacques MERCIER

 

« Zen », roman, Maxence Fermine, édition Michel Lafon, 138 pp. 14, 95 euros

Écrit par Jacques Mercier dans Jacques Mercier, Littérature générale, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

06 11 15

Librothérapie…

Jolie libraire dans la lumière.jpgAu début de Jolie libraire dans la lumière, un joli roman de Frank Andriat paru en 2012 chez Desclée de Brouwer à Paris et qui ressort en poche ces jours-ci chez le même éditeur, Maryline, une jolie libraire, dévore un livre captivant qui réveille en elle de nombreux souvenirs.

Son attitude intrigue un de ses clients, Laurent, qui achète un exemplaire de l’ouvrage pour percer le mystère.

Une chose entraînant l’autre, un passé trouble ressuscite, avec des prolongements actuels et une réflexion douce-amère sur les aléas de la vie, mais aussi sur la capacité de rédemption par la lecture.

Extrait :

Elle l'observa sans répondre. Bien entendu, les histoires pénibles qu'elle avait lues l'avaient persuadée qu'au fond, ses propres difficultés avaient du bon... mais ce qu'achevait de déclarer cet homme était terriblement vrai, fort comme une gifle : les livres ne parlent jamais assez du bonheur.

Et l'ouvrage que vous lisez est-il heureux ? lança-t-elle sans réfléchir.

Il éclata de rire. Après un virage, la lumière du jour était passée de l'autre côté du convoi, mais, en face d'elle, la joie de l'homme éclairait l'espace. Elle s'en voulut d'avoir été aussi maladroite...

 Votre expression est belle, répondit l'homme, ravi. Oui, ce livre est heureux. Il invite ses lecteurs à s'émerveiller des petites choses de la vie.

Un ouvrage original, passionnant et fort bien rédigé, véritable ode à la littérature et à ceux qui la font !

Bernard DELCORD

Jolie libraire dans la lumièrepar Frank Andriat, Paris, Éditions Desclée de Brouwer, collection « Poche », octobre 2015, 155 pp. en noir et blanc au format 11,2 x 18 cm sous couverture brochée en couleurs, 7,90 € (prix France)

Écrit par Brice dans Bernard Delcord, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

13 10 15

SUPERBE "Compte à rebours" !!!

_juan.jpgUn grand bonheur de lecture, voilà ce que procure « Compte à rebours », le dernier ouvrage de Juan d'Oultremont, chez OnLit. L'accroche résume : « Judas Klaus-Thauman reçoit un courriel d'une jeune inconnue. Elle désire lui envoyer chaque lundi un nouvel épisode de son feuilleton culinaire. En retour, il promet de lui écrire chaque jour durant un an : un compte à rebours au terme duquel... il la demandera en mariage ! « Épouser, c'est comme peindre, c'est choisir. »

Cette histoire commence le lendemain de l'enterrement de l'artiste belge Marthe Wéry. « Le jour où la Belgique enterra une de ses artistes majeures ».

Tout y est : la qualité du style, la forme et le fond, le général et le particulier, l'humour et l'imagination. Juan d'Oultremont, par ailleurs artiste polyvalent – plasticien, il enseigne à l'ERG -, a l'art de rassembler dans cet ouvrage les choses de la vie, celles que seul un artiste curieux relève parfois et qu'on a plaisir à découvrir sous sa plume. « Lui : C'est curieux, les filles retirent leur pull en croisant les bras par devant, alors que les mecs les retire en allant les attraper sur la peau de leur dos.

Elle : Les types doivent toujours avoir l'impression qu'ils font du judo alors que les femmes se déshabillent comme une prière. »

J'aime évidemment, comme amoureux de la langue française, ces moments où une belle faute d'orthographe se glisse dans le texte, clin d’œil malicieux de l'ancien titulaire du Jeu des Dictionnaires, mais est aussitôt corrigée entre parenthèses : « Une fille qu'il a d'amblée (à imprimer sur une des assiettes à dessert)... Car son idée est de reproduire ces fautes sur un service de vaisselle ! Par ailleurs, Juan aime les précisions : « Bien des gens l'ignorent, l'injure est une parole que l'on adresse à un ou une autre, alors que le juron est une interjection qu'on se destine. »

Pour vous, je picore quelques phrases. Comme cette comparaison :

« Vertige, dit-il. L'effet centrifuge que doivent ressentir les jeunes mariés pakistanais dont les parents ont choisi le conjoint. »

La description que voici :

« Comme souvent lorsque l'émotion risque de la submerger, son regard glisse sur sa droite dans un mouvement qui rappelle la dérive de certains icebergs. »

A propos d'un « peut-être », cette phrase - Judas est de nationalité suisse:

« Son peut-être à elle, c'est une façon de répondre comme les portes tambours des grands hôtels genevois – lui pense bien sûr à celles du Cornavin. Une réponse dans laquelle vous pouvez vous engager sans crainte puisqu'il suffit d'y rester pour se retrouver à son point de départ. »

Judas est daltonien, un « grand daltonien », comme on dit un « grand artiste » :

« Temps froid et clair, avec du violet et une pointe de rose circulant par-dessus la collégiale. »

Enfin, cette exceptionnelle définition de l'écume :

« Les savants de l'antiquité étaient déjà unanimes sur un point : sous quelle forme qu'elle apparaisse, l'écume n'existe que par le mouvement. Stabile, elle se désagrège, se dissout et disparaît. »

Et puis, je n'oublie pas l'érotisme que l'auteur distille dans ses œuvres ; pour nous rappeler combien il fait partie de notre existence.

Jacques MERCIER

« Compte à rebours », Juan d'Oultremont, Onlit Édition 2015, 240 pp, 16 euros.

Écrit par Jacques Mercier dans Belge, Jacques Mercier, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

01 10 15

Le secret de l'empereur... Charles-Quint et l'horloge noire...

secret empereur.jpgEn lisant « Le secret de l'empereur » de Amélie de Bourbon Parme, nous devenons Charles-Quint, quelle expérience ! Nous le sommes et nous pensons comme lui ! Quelle magnifique aventure qui nous plonge dans le XVIe siècle ! Nous sommes dans les rouages du pouvoir (et le mot « rouage » prend ici tout son double sens!) au moment de son abdication à l'avantage de son fils Philippe. L'empereur la souhaite, malgré l'avis de son entourage et de sa famille. C'est un événement incroyable : jamais on n'avait ainsi abdiqué depuis Dioclétien en 305.

La première phrase d'un livre est toujours essentielle : « 24 octobre 1555 – Ce soir-là, l'empereur rejoignit son atelier de mécanique et d'horlogerie plus tard que d'habitude. »

Ce deuxième roman d'Amélie de Bourbon Parme se situe toujours dans l'Histoire puisque le premier était consacré au sacre de Louis XVII. L'abdication est lente et difficile, mais peu à peu l'Empereur le plus puissant du monde deviendra un homme.

« Ces derniers mois, il avait acquis la conviction qu'il était plus facile de prendre le pouvoir que de s'en défaire. »

Un homme avec une passion, celle des horloges. Il a hérité des collections de Philippe le Bon, duc de Bourgogne. Mais une horloge noire retiendra son attention... une horloge astronomique qui inquiètera même le Vatican, puisque son mouvement est différent.

Le style de l'auteure correspond totalement au propos, majestueux et lent, mais convient à notre lecture d'aujourd'hui. Ni le vocabulaire ni la poésie n'en sont absents. Ainsi cette « caquetoire », siège rudimentaire à accoudoirs pour bavarder ; ainsi cette si belle phrase : « La lumière du jour était basse, presque lointaine, comme si elle était occupée à éclairer un autre monde. »

 

Jacques MERCIER

 

« Le secret de l'empereur », Amélie de Bourbon Parme, roman, Edition Gallimard, 320 pp. 20 euros.

Écrit par Jacques Mercier dans Histoire, Jacques Mercier, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |