27 04 11

Un très émouvant premier roman !

biefnot.jpgNon seulement le premier roman de Véronique Biefnot est émouvant, mais "Comme des larmes sous la pluie" est aussi totalement réussi ! Ce n'est pas rien : pouvoir tenir en haleine, nous emporter dans des retournements de situation, nous surprendre par le cheminement des histoires et des personnages ! Ecrivain à succès, Simon Bersic n'en est pas moins fragile et malheureux : il ne parvient pas à surmonter la perte de sa femme. Et si, avec Naëlle, la vie lui offrait une seconde chance ? C'est le début du roman haletant, passionnant et terrible aussi, comme peut l'être parfois la vie elle-même. Véronique Biefnot est belge, comédienne, peintre et metteur en scène. Elle ne masque pas les décors régionaux de son histoire : une soirée à la Jazzstation de St-Josse, le parvis de Saint-Gilles, le magasin Au Chien Vert, la place Flagey, autant de coins de Bruxelles qui servent de décor au récit. Dès le début du livre, nous entrons dans la peau, dans l'âme de plusieurs personnages et une typographie particulière nous fait lire et entendre aussi une autre voix, mystérieuse au début, qui s'inscrira dans l'histoire jusqu'au dénouement final. C'est truffé de trouvailles littéraires, voire poétiques, comme ces "jours bleus" ou la récolte des oeufs de Pâques. Les réflexions sont justes : "Seuls les jeunes enfants et les animaux peuvent nous responsabiliser à ce point, ancrer leur confiance si loin en nous, donner un sens, une nécessité à chacun des gestes du quotidien, fussent-ils les plus insignifiants." Ou plus loin : "Simon se disait que, confrontés à ce qui les dépasse, les hommes ne peuvent décidément que diviniser ou détruire." La rencontre amoureuse est décrite comme seule une écrivaine peut le faire : "Elle sortit... et tout ce qui restait encore de lumière dans le ciel se concentra, incendiant sa silhouette, un couloir étincelant la reliait à lui, effaçant tout alentour, il était happé, happé par elle; sa vie, à présent, lui semblait-il, en dépendait." Magnifique ! Bien entendu, une fois lu, vous comprendrez aussi pourquoi ce livre a été écrit par une Belge, pourquoi tout le roman est "comme recouvert d'un voile d'ombre". Je ne peux que vous conseiller vivement d'entrer dans ce roman et de lire sous le chiffre I, ce premier titre : "... comme la brume matinale dévoile un à un les arbres du jardin..." qui suggère fort bien ce que vous allez vivre en partageant la création de Véronique Biefnot.

Jacques MERCIER

 

Comme des larmes sous la pluie, roman de Véronique Biefnot, Editions Héloïse d'Ormesson, collection : Les sentiments de l'autre. 328 pages. 20 euros.

25 04 11

De Bergues… mais pas seulement !

 

Gens du Nord.gifL’engouement pour le film Bienvenue chez les Ch’tis a relancé l’intérêt du public français pour les habitants du Nord de l’Hexagone, et c’est une bonne chose que d’avoir braqué le zoom sur une population aux traditions solidement ancrées, de rire, d’accueil et de convivialité certes, mais aussi de solidarité, de droiture et d’ardeur au travail.

 

C’est pourquoi nous ne saurions trop recommander la lecture des textes de celui qui fut le Zola des Flandres françaises, Maxence Van der Meersch (1907-1951), qui remporta notamment le prix Goncourt en 1936 pour L’Empreinte du dieu et le Prix de l'Académie française en 1943 pour Corps et âmes, un roman médical qui connut la consécration internationale et fut traduit en treize langues.

 

Son premier ouvrage, La Maison dans la dune (1932), dont l’action se situe dans le Westhoek, connut d’emblée un immense succès et fut adapté par trois fois au cinéma, en 1934, en 1952 et en 1988. Il fut notamment suivi de Quand les sirènes se taisent (1933), une sorte de Germinal d’inspiration catholique relatant une grève ouvrière dans l'industrie textile à Roubaix, d’Invasion 14 (1935) qui retrace les années d'occupation allemande dans le Nord de la France pendant la Première Guerre mondiale et de L’Empreinte du dieu, un drame familial et social dans le milieu des contrebandiers à la frontière belge.

 

L’auteur (qui est mort jeune, de la tuberculose) a par ailleurs rédigé, à partir de l’âge de 27 ans, une trilogie autobiographique intitulée La Fille pauvre dont le dernier volume fut publié après sa mort.

 

Ces romans – à l’exception de Corps et âmes qui, nous l’espérons, figurera dans une compilation ultérieure – ont été rassemblés récemment par les Éditions Omnibus dans un fort recueil intitulé Gens du Nord, que devraient, à notre avis, lire tous les fans du film de Dany Boon !

 

Bernard DELCORD

 

Gens du Nord (La maison dans la dune, 1932 ; Quand les sirènes se taisent, 1933 ; Invasion 14, 1935 ; L'Empreinte du dieu, 1936 ; La Fille pauvre, trilogie autobiographique en trois volumes : Le Péché du monde, 1934, Le Cœur pur, 1948 et La Compagne, 1955, posthume) par Maxence Van der Meersch, préface de Jacques Duquesne, Paris, Éditions Omnibus, janvier 2011, 1248 pp. en noir et blanc au format 13,2 x 19,9 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 26 € (prix France)

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22 04 11

Un roman qui secoue le prunier… et les cocotiers !

 

Le camp des saints.jpgLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 22/04/2011 sur le site du magazine satirique belge SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :

 

« Dans la nuit, sur les côtes du midi de la France, cent navires à bout de souffle se sont échoués, chargés d'un million d'immigrants. Ils sont l'avant-garde du tiers-monde qui se réfugie en Occident pour y trouver l'espérance. À tous les niveaux, conscience universelle, gouvernements, équilibre des civilisations, et surtout chacun en soi-même, on se pose la question trop tard : que faire ? »

 

C'est ce que raconte Le Camp des Saints de Jean Raspail (le titre est emprunté à L’Apocalypse de Saint-Jean), publié pour la première fois en 1973 et qui vient de reparaître avec une préface en forme de mise au poing sur la tronche des bobos intitulée Big Other, allusion transparente au « Big Brother » du 1984 de George Orwell, un autre roman prophétique.

 

Ce livre qui a fait connaître au grand public le Français Jean Raspail, un écrivain royaliste au style flamboyant né en 1925 et qui se défend d'être d'extrême droite, révélait la fascination de l’auteur pour les causes perdues et les peuples disparus.

 

« Y a-t-il un avenir pour l’Occident ? », demandait-il à l’époque, alors que l’on pouvait lire sur la quatrième de couverture de la première édition deux phrases prudentes de l’éditeur : « On épousera ou on n’épousera pas le point de vue de Jean Raspail. Au moins le discutera-t-on, et passionnément ».

 

En 2011, à l'heure où des milliers d'immigrants accostent sur l'île italienne de Lampedusa, ce débat n’a rien perdu de son acuité et le public ne s’y est pas trompé puisque près de 44 000 exemplaires du livre se sont écoulés en deux mois.

 

« Faut-il rapprocher ce phénomène éditorial de la montée du FN de Marine Le Pen dans les sondages ? (…) Le livre est en tous cas chroniqué favorablement sur des sites comme celui d'Action française ou du Rassemblement pour la France (RPF) », écrit doctement le site parisien de RTL[1] qui marche visiblement sur des œufs pour chroniquer l’ouvrage.

 

Comme si le fait qu’il ait un jour louangé Hitler faisait de Churchill un nazi[2] !

 

En tout cas, ce n’est pas en se cachant derrière son petit doigt que l’on fera avancer les choses ni reculer, hélas, la montée en force du racisme et de l’extrême droite en Europe…

 

Car pour qui sait lire (et pour qui l’a lu…), Le Camp des Saints n’est pas, mais alors pas du tout un ouvrage raciste.

 

Même si Jean Raspail, joyeusement provocateur, répertorie avec précision les 87 motifs, si son ouvrage avait été publié pour la première fois aujourd’hui, qui vaudraient à celui-ci des poursuites judiciaires en vertu des lois Pleven (1972), Gayssot (1990), Lellouche (2003) et Perben (2004), inapplicables en l’espèce, la rétroactivité ne jouant pas (encore) sur le plan judiciaire…

 

PÉTRONE

 

Le Camp des Saints précédé de Big Other par Jean Raspail, Paris, Éditions Robert Laffont, février 2011, 393 pp. en noir et blanc au format 13,5 x 21,5 cm sous couverture brochée en couleurs et jaquette en quadrichromie, 22 € (prix France)



[2] “One may dislike Hitler's system and yet admire his patriotic achievement. If our country were defeated, I hope we should find a champion as indomitable to restore our courage and lead us back to our place among the nations.” (Winston Churchill)

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10 04 11

Femmes fatales...

 

Romans des femmes.gifRassemblant, sous le titre Romans des femmes, dix textes écrits par Georges Simenon entre 1931 et 1967, les Éditions Omnibus à Paris ont, une fois de plus, fait œuvre utile pour la diffusion et la connaissance d’une production littéraire majeure, ici celle du plus grand des écrivains liégeois, présentée au travers de quelques portraits de femmes.

 

Dans La Nuit du carrefour (1931), l’auteur met en scène une femme sulfureuse, mystérieuse et venue des bas-fonds de la prostitution, tandis que La Veuve Couderc (1940) raconte une l’histoire d’une jalousie et d’un désir de femme mûre. La Fenêtre des Rouet (1942) oppose deux femmes dans un rapport de voyeurisme, l'une révélant à l'autre sa féminité étouffée et éteinte. Le Temps d'Anaïs (1950) présente un homme déchiré entre son épouse obsédée par les hommes et le souvenir d'une très jeune garce. Marie qui louche (1951) décrit la vie de deux filles inséparables que tout sépare, l'une disgracieuse, l'autre destructrice, intrigante et consciente de sa beauté. En Cas de malheur (1955) brosse le portrait d’une femme jeune, libérée, décidée à réussir par tous les moyens, à prendre le pas sur l'homme. Strip-tease (1957) est centré sur les filles de la nuit, tandis que La Vieille (1959) est centré sur des conflits entre trois femmes, la grand-mère, la petite-fille, parachutiste et pilote de rallye, et son amie. Betty (1960) traite de la femme et l'alcool. Dans La Prison (1967), enfin, l’héroïne est une femme moderne des années, libre dans ses choix professionnels et amoureux, emblématique de la génération à la veille de Mai 68.

 

Dix romans qui prouvent incontestablement que si Georges Simenon était un « homme à femmes » d’une certaine bassesse, c’était aussi un grand écrivain des femmes…

 

Bernard DELCORD

 

Romans des femmes par Georges Simenon, Paris, Éditions Omnibus, janvier 2011, 1083 pp. en noir et blanc au format 13 x 19,7 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 22 € (prix France)

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04 04 11

Calamity Charles

 

Charly 9.gif« Pendant la nuit de la Saint-Barthélemy, chaque goutte de sang portait le nom de Dieu. »

 

S'il est un triste sire qui ne laissera à la postérité que le sanglant souvenir d'une nuit affreuse et du massacre de la Saint-Barthélemy, c'est bien Charles IX, fils d'Henri II et de Catherine de Médicis. Velléitaire, Valois dégénéré de fin de dynastie, le jeune roi de 22 ans se voit entraîné par sa Mamma de mère et quelques conseillers mal avisés à ordonner l'odieux massacre de milliers de protestants. Nous sommes le dimanche 24 août 1572.

 

S'attachant, avec une tendre ironie, à brosser du monarque un tableau relativement humain – celui du looser-né –, Jean Teulé décrit avec verve et force détails l'impact désastreux du massacre sur le psychisme fragile de Charles IX : sombré peu à peu dans la démence, le roi souffrira d'hématidrose, transpirant du sang par les pores de sa peau.

 

Ne reculant devant aucun effet de scène, l'écrivain réussit le tour de culot de présenter le terrible massacre sur un ton badin, proche de la veine comique. C'est du Jean Teulé tout craché... Admettons que le procédé aura au moins pour effet d'inscrire en notre mémoire des faits historiques avérés. Tel le rappel de l'Édit de Roussillon (9 août 1564) qui fixa au premier janvier le début de l'année (voir notre billet de vendredi 1er avril sur le blog des Éditions de l’Ermitage). La tradition farceuse du premier avril et celle des poissons accrochés dans le dos seraient une conséquence directe du changement de calendrier.

 

Le roi mourra, à 23 ans, d'une pleurésie, alimentant, à son corps défendant les rumeurs sombres d'un empoisonnement.

 

Apolline ELTER

 

Charly 9 par Jean Teulé, Paris, Éditions Julliard, mars 2011, 236 pp. en noir et blanc au format 13 x 20,5 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 19 € (prix France)

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03 04 11

Faites-vous du bien : découvrez Denis Grozdanovitch


La vie secrète de Denis Grozdanovitch par BriceDepasse

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31 03 11

Qui suis-je ? D’où viens-je ? Où vais-je ?

 

Sans identité.jpgVous sortez d'un coma, l'esprit intact, prêt à réintégrer votre vie, votre foyer. Imaginez – ou plutôt n'imaginez pas, Didier van Cauwelaert l'a fait pour vous – que personne ne vous reconnaisse : votre femme vit avec un autre homme, homonyme... Revendiquant votre identité, vous passez aux yeux de tous pour un usurpateur...

 

Tel est le scenario d'enfer dans lequel Martin Harris se débat, fouillant dans toutes les parcelles de sa mémoire les éléments qui établiront sa vraie et incontestable identité.

 

Passionné par les phénomènes paranormaux et les personnalités qui gravitent à la lisière de la logique et de l'absurde, Didier van Cauwelaert confronte, en une brillante exposition, les théories les plus élaborées en matière de dédoublement de personnalité.

 

« Je me sens Martin Harris, de toutes mes fibres, de toutes mes forces, et encore plus depuis que j'ai essayé de ne plus l'être. »

 

Paru en 2003, le roman Hors de moi, réédité en ce début d'année sous le titre Sans identité, a fait l'objet d'une adaptation cinématographique, en salles depuis début mars 2011.

 

Apolline ELTER

 

Sans identité par Didier van Cauwelaert, Paris, Éditions Albin Michel, 2011 (1re édition 2003, sous le titre Hors de moi), 216 pp. en noir et blanc sous couverture brochée en quadrichromie, 16 € (prix France)

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29 03 11

Le deuil d’un idéal maternel

 

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 Appel de la mère de l’auteur, éplorée. La septuagénaire a en effet recueilli un animal abandonné dans la rue, perclus de froid et de faim. Le lendemain, lorsqu’elle arrive au domicile de sa fille, c’est le choc : ledit animal n’est ni un chat, ni même un chien…mais un singe en peluche. Cette femme qui a conservé toute sa beauté, tout son charisme, dont les traits lisses et apaisés ne laissent rien soupçonner des joutes qui se livrent dans l’oratoire de son cerveau malade n’est pourtant plus la même. Physiquement présente, ses pensées s’évadent de plus en plus vers ce pays de l’absence, pays dans lequel le temps érige chaque jour des frontières plus hautes entre mémoire et oubli. 

La mère de l’auteur est en effet atteinte de la maladie d’Alzheimer. 

Une maladie qui ne sera citée qu’une fois tout au long de ce témoignage bouleversant. Car si les situations évoquées nous permettent d’appréhender avec justesse et pudeur ce qu’est le quotidien de l’entourage, c’est aussi l’opportunité pour Christine Orban de rembobiner le fil de la vie pour remonter jusqu’à sa prime enfance. 

A ce moment charnière où la mémoire de sa mère et son ancrage à notre monde se délitent, où les rôles s’inversent puisqu’il lui faut devenir la mère de sa mère, c’est l’heure des bilans. Qu’en a t-il été de leurs rapports mère-fille depuis toujours ? Cette femme élégante, joyeuse, gamine, mère peut-être trop précocement, s’est-elle seulement comportée un jour en maman à son endroit ? L’enfant s’est vu voler son insouciance tandis que sa mère continuait à s’amuser. L’inversement des rôles n’a donc pas attendu la maladie pour opérer… 

Avant que les frontières de ce pays de l’absence ne deviennent imperméables, que le chemin de la parole ne mène plus à aucune communication entre la mère et la fille, Christine Orban tente de s’infiltrer dans la brèche. Et s’il était trop tard à présent pour partager avec sa mère qu’elle chérit tant, dût-elle s’est construite en opposition à elle, ces non-dits, ces joies, ces frustrations, ses passions, tout ce qu’elle aurait aimé partager avec une maman ? Avec sa maman. Et s’il lui fallait accepter de faire le deuil d’une mère idéale, de devoir à tout jamais renoncer à la changer ?

Avec sobriété, sans effet de style ni pathos, Christine Orban nous livre un récit empli d’amour, de sensibilité, de détresse aussi, sur cette femme qu’elle admire et dont elle eût tant aimé faire la fierté.

 

Karine Fléjo

 

Le pays de l’absence, Christine Orban, Albin Michel, 2011, 168p., 15€00.

28 03 11

Raisons sans raison…

 

Intuitions.gifChez les Royer – Patrice, Nathalie, Grégoire et Amélie – la vie est un long fleuve tranquille – enfin presque...– tracée sans équivoque dans le modus vivendi huppé de Bois-Joli.

 

Le microcosme résidentiel des Yvelines est en effet pétri de tous les poncifs attachés au genre : un maire UMP, reconduit depuis 20 ans, une église dont le taux de fréquentation « est nettement supérieur à la moyenne nationale », des brunchs bien catholiques, des œuvres de charité qui ne le sont pas moins...

 

Un fleuve, en somme, où tout baigne.

 

Il arrive pourtant que le lit de ce dernier souffre quelques débordements: Nathalie vient « d'atteindre ce moment critique de la vie où le temps apporte son lot d'insatisfactions ». Patrice semble de plus en plus distant, Amélie observe le manège de ses parents en affichant un mépris bien adolescent tandis que Grégoire, en stage aux USA, déclenche dans le cours de cette existence tranquille, un ras-de marée sans précédent... L'annonce de son proche mariage aura soudain raison de l'équilibre précaire de sa famille.

 

Persuadée de la perversité de sa future belle-fille, Nathalie tentera de percer son secret en s'infiltrant, pour cette bonne cause, dans son réseau social. C'est alors quelle fragilise un équilibre mental qu'elle avait restauré à grands frais :

 

« Mais il suffit d'un grain de sable pour que les souvenirs remontent à la surface, flottant comme des corps morts. Le plus terrible est qu'en réapparaissant, ce passé peut générer plus de dommages collatéraux plus dramatiques encore que l'événement originel. »

 

Radioscopie sympathique d’un milieu très « convenu » et de ses dérives, Intuitions, le roman de Dominique Dyens, prend progressivement des allures de thriller, qui capture le lecteur aux rets d'une intrigue bien ficelée.

 

Apolline ELTER

 

Intuitions par Dominique Dyens, Paris, Éditions Héloïse d'Ormesson, mars 2011, 188 pp. en noir et blanc au format 14 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 17 € (prix France)

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16 03 11

Une troublante saga familiale !

couturiau.jpg"Les silences de Margaret" nous emmènent dans la découverte d'une grande saga familiale, remplie de secrets, de non-dits, de confessions. C'est passionnant ! Paul Couturiau, après avoir beaucoup écrit sur le Vietnam ("L'inconnue de Saïgon" en 2004, par exemple) et déjà écrit sur la Lorraine ("L'abbaye aux loups" en 2010, par exemple) y revient. C'est son pays d'adoption. Et même si nous revivons des moments bruxellois d'une autre époque (avec ces détails délicieux comme l'allusion aux émissions de Gérard Valet), c'est à Metz que le narrateur, Pierre, avocat, défend sa soeur soupçonnée de meurtre. Tout commence dans une boîte de jazz malfamée (le jazz prend une grande importance tout au long du récit), le "Graoully", qui est également le nom d'un monstre, que la légende locale fait disparaître dans les profondeurs du fleuve. Dès le début du roman, nous sommes plongés dans le coeur de l'action, avec une atmosphère fort bien rendue par l'auteur. On remonte dans le passé (au moment du nazisme) mais avec toujours un retour, fil conducteur, à quelques jours du printemps 1981. Les chapitres sont déclinés par des personnages différents et récurrents. C'est sans conteste la "confession" de Margaret, la grand-mère, qui est la plus émouvante. Beaucoup de dialogues et de détails vrais (exemple : "Dans ces années-là, le train était encore un monstre qui crachait de la fumée au milieu d'un fracas étourdissant et impressionnant pour un enfant que tout terrifiait" P. 34). Une vivacité de style qui suit bien les intrigues, mais aussi chaque mouvement (exemple : "Elle laisse sa phrase en suspens, mais l'accompagne d'un mouvement de la main, qui en rend la fin parfaitement intelligible. Je suis toujours émerveillé par la grâce du moindre geste de Cécilia." P. 286), qui permet de rester au fil de la lecture dans l'ambiance et le propos. Bien entendu, cette quête de l'avocat le confronte à ses propres démons, mais sûrement aussi nous renvoie à nos propres interrogations sur la vie.

Jacques MERCIER

 

Les silences de Margaret, par Paul Couturiau. Editions Presses de la Cité, Coll. Terres de France. 380 pages. Couverture d Christian Schad. 20,50 euros.

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