15 06 11

Blackbook, vous ne l'avez...pas encore lu ???

9782918047681.jpg     Etienne Darc cumule les échecs amoureux et les non succès littéraires. Pas plus qu’il ne semble se sentir aimable au sens « digne d’être aimé », il ne pense avoir les qualités d’un «grand » écrivain, ou plus exactement, de ces écrivains qui font la Une. Les femmes le quittent, les éditeurs le boudent. Mais recherche t-il vraiment la lumière ? Quadra parisien un brin désabusé, un poil macho, avec un cœur gros comme ça, il se voue entièrement à sa vocation. A son Art avec un grand A : l’écriture.

     Car pour Etienne Darc, on entre en écriture comme on entre en religion. Un choix de vie. L’art pour l’art.

     Il se contente donc d’être nègre, travail alimentaire dans lequel il s’investit à fond, avec professionnalisme, passion, désireux de trouver la bonne phrase, le ton juste, voire d’écrire, ô merveilleux fantasme, le livre parfait. Il prête sa plume à des vedettes kleenex ou autres stars convaincues que le monde entier n’attend qu’elles et se languit de savoir à quel rythme elles battent des cils avec ou sans mascara, si leur animal de compagnie est une souris verte et autres sujets existentiels. Autrement dit, il offre son talent à toutes ces personnes à l’ego démesuré, qui savent aussi bien tenir un crayon que piloter la fusée Ariane. Etienne Darc, lui, leur fera décrocher la lune. « Je n’écris pas pour être vu, mais pour être lu ». Le livre paraîtra signé de leur nom sur la couverture, caracolera en tête des ventes, tandis que lui restera dans l’ombre.

    Et c’est ici une ex starlette des années 70 qui fait appel à ses services. Et notre Etienne Darc de partir à sa rencontre à la montagne. Car en tant que nègre biographe, il se doit d’appréhender le quotidien de ladite célébrité pour en restituer le plus fidèlement le portrait. Sauf que cette rencontre va vite se transformer en une comédie désopilante, déjantée, peuplée de rebondissements tous plus hilarants et attendrissants les uns que les autres. 

      Stéphane Nolhart nous offre ici un roman d’un humour irrésistible, où les rires fusent, les personnages et situations cocasses sont légion. Mais aussi et surtout, l’auteur excelle à aborder des sujets profonds avec légèreté, des thèmes sérieux sans se prendre au sérieux.

     Un morceau de bravoure. 

     Que faites-vous là, devant votre écran, après avoir lu ma chronique ? Filez, et vite, vous procurer ce roman ! Un roman qui devrait être remboursé par la sécurité sociale !

 

Karine Fléjo

Blackbook, Stéphane Nolhart, Editions Laura Mare, février 2011, 160p, 14€.

 

 

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14 06 11

Réconciliation avec " soi-m'aime "

9782709630702.jpg      «  Artiste en panne d'inspiration, femme en panne de vie », Noah a érigé une forteresse mentale pour résister à l'assaut des souvenirs.

      Conçue derrière les barricades de mai 68, de parents à peine sortis de l'adolescence et expatriés en Afrique, elle grandira comme elle pourra, livrée à elle-même, dans les rues du Sénégal, entre Dakar et Gorée. Noah devra être son propre tuteur. Une liberté que d'aucuns, à commencer par la propre fille de Noah, jugent enviable. La fillette pouvait en effet agir à sa guise, gosse des rues, véritable mascotte des artisans ferblantiers, mécaniciens, peintres, auprès desquels elle apprendra beaucoup. Mais cette enfance où elle doit se prendre en charge, son père ethnologue trop préoccupé par ses recherches en Afrique, et sa mère absente, était-elle si magique qu'elle en avait l'air ? Car vivre dans la rue, c'est aussi être confronté trop jeune, trop vite, aux épreuves de l'existence comme la mort, la maladie, l'absence.

      Un roman écrit à deux voix, celle de Noah enfant des rues, et celle de cette même fillette devenue adulte. Entre les deux jusqu'alors, des murs étanches qu'aucun souvenir relatif à l'enfance n'avait le droit de franchir. Et pourtant. Pourtant, une remarque de son mari sur cette Afrique devenue sujet tabou, les reproches de sa fille lui enviant cette liberté qu'elle lui refuse, l'impossibilité de se réaliser en tant qu'artiste, vont abaisser le pont-levis de ses résistances. Cette enfance qu'elle avait jusqu'alors présentée comme idéale, mais qu'elle s'obstinait à garder noyée dans les douves du silence, refait surface avec force. Noah va se sentir peu à peu envahie par les souvenirs, devoir les revisiter et surtout... accepter qu'ils n'aient pas été aussi flamboyants qu'elle avait jusqu'alors voulu s'en convaincre.

      Il lui faut retrouver son souffle, se réconcilier avec elle-même, avec son passé de petite négresse blanche, pour pouvoir se reconstruire, construire, avancer. Pour se trouver légitime en tant que femme, en tant que mère, en tant qu'artiste.

      Pour exister.

      Un roman brillant, tant par le style très maitrisé, que par l'acuité de l'analyse. Un double voyage, en Afrique, et au pays de l'enfance, mené de haute plume par Marine Bramly.

 

Karine Fléjo

 

Mon petit bunker, Marine Bramly, Editions JC Lattès, Mars 2011, 249p, 18€.

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11 06 11

Quatre rimes pour un destin

 9782709635479.jpg   A l'âge de sept ans, il écrit ses premières rimes. Quatre rimes pauvres qui vont susciter l'incommensurable fierté de la famille. A leurs yeux, nul doute : un nouveau Rimbaud est né. Et une autre évidence de s'imposer : l'enfant prodige sera un écrivain tout aussi prodige. Désireux de ne pas décevoir ses proches qui placent en lui tant d'espoir, mais aussi avide de cette reconnaissance et de ce merveilleux amour que sa prose ont suscité en eux, il va tenter de faire sien le désir de sa famille, de faire de l'écriture une vocation par procuration. Sauf que les années passent et malgré ses efforts constants, « l'écrivain » se heurte à des écrits vains. Impossible d'aligner une phrase. Impossible de trouver la rime. Les mots se refusent à lui. L'enjeu est trop grand. La pression trop forte.

    Et si les mots avaient le pouvoir de panser les maux ? Devant le couple parental qui se déchire, son frère aux ailes d'ange enfermé dans un ailleurs inaccessible, sa soeur et ses peines de coeur, il cherche les mots à même d'apaiser leurs maux. Ecrire guérit-il?

    Faute de satisfaire à ce qu'on attend de lui, Edouard grandit avec ce sentiment de culpabilité, d'échec et de manque d'estime de soi.

    A l'âge adulte, il se découvre des talents dans le marketing : il devient le roi du slogan publicitaire, de la formule qui chante dans le juke-box cérébral de chacun. Mais cette réussite professionnelle ne le comble pas : ces mots faciles et futiles, ces formules qui claquent sont bien éloignées de ce grand roman qu'il rêve d'écrire. Et que tous attendent de lui.

Il ne veut pas écrire pour manger, mais écrire pour vivre.

    Se résignera t-il ? Ou ce qui était au départ une « vocation imposée », s'avèrera t-elle être une vraie vocation? Saura t-il se dépêtrer du sentiment de n'avoir pas le talent nécessaire et se prouver à lui et aux autres, qu'il est bien « L'écrivain de la famille »?

    C'est un MAGNIFIQUE roman, délicat, émouvant, drôle et tragique à la fois, que nous offre Grégoire Delacourt. Ou quand quatre rimes scellent un destin...

Citation p140 : « Quand on est très petit, la longueur des bras permet juste d'atteindre le coeur de ceux qui nous embrassent. Quand on est grand, de les maintenir à distance. »

Karine Fléjo

 L'écrivain de la famille, Grégoire Delacourt, Editions JC Lattès, 264P, 17€.

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08 06 11

Suicide, mode d’emploi…

 

La Resquilleuse.gif« Dans son ivresse, Matilda entrevit sa vraie nature. Je ne m'entends bien qu'avec des animaux. Je ne fais confiance qu'aux animaux. »

 

C'est en toute lucidité, semble-t-il, que Matilda Poliporte, apparemment inconsolable depuis le décès inopiné – pas sûr… – de son mari, décide de mettre fin à ses jours. Hugh Warner, matricide, recherché par toutes les polices de Grande-Bretagne, nourrit le même projet.

 

Et c'est pour sauver ce dernier de l'acte désespéré que Matilda échoue en son suicide tant bien planifié.

 

Qu'à cela ne tienne, elle s'en va retrouver sa maison bien rangée, son jars enragé et son nouveau protégé, héberger.

 

Bizarre récit sur lequel plane l'ombre du passé pas si lisse de Matilda Poliporte et du meurtre pas si crapuleux d'Hugh Warner. Entre logique et absurde, le récit se lit et le lecteur se déconcerte.

 

Apolline ELTER

 

La Resquilleuse par Mary Wesley, roman traduit de l'anglais par Michèle Albaret, Paris, Éditions Héloïse d'Ormesson, juin 2011, 286 pp. en noir et blanc au format 14 x 20,5 cm sous couverture en quadrichromie, 20 € (prix France)

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03 06 11

South Pigalle Follies

Anne, Plantagenet, Nation pigalle, interview, podcast

Mondialement connu depuis plus d'un siècle, le quartier de la nuit parisienne est depuis quelques temps colonisé par les bobos de la capitale.

Anne Plantagenet en a tiré un très joli roman choral sur l'identité mêlant une série de personnages dont la vie va être boulversée par la tentative de suicide (ratée mais spectaculaire) d"une vieille dame.

Déjà sur la première liste du Prix Renaudot.

 

Entretien : Brice Depasse


podcast
podcast

 

Nation Pigalle, Anne Plantagenet, Stock, mai 2011, 492P., 22€50.

30 05 11

Voyage au bout de soi

252219_2085392015852_1276698338_2534209_5277341_n.jpg   Quelques vêtements, un peu d'argent, le strict minimum jeté dans un sac, la décision de Valérie est prise. Ce matin, aux aurores, elle quitte tout. Sans laisser de trace. Vers où ? Pourquoi ? Pour qui ? Si l'avenir la concernant est criblé d'incertitudes, le présent, lui, s'impose à elle comme une évidence : PARTIR. Oser quitter les siens, résister aux assauts de la culpabilité. Regarder droit devant. Ne surtout pas se retourner. 

      Car insidieusement le mal-être s'est installé. Une vie de couple où la routine ronge les liens aussi efficacement qu'une armée de termites, trois enfants à l'aube de prendre leur envol, ce sentiment de ne plus exister dans le regard des autres, de n'être plus que transparence. Valérie étouffe, suffoque.

      Seule la fugue porte en elle l'espoir de lui rendre son souffle. Acte de lâcheté? Non, de survie. « C'était partir ou mourir... » 

      De gare en gare, d'étape en étape, de la Lozère à la Rochelle en passant par le Lubéron, son périple sera aussi et surtout l'opportunité d'un cheminement intérieur. Une fuite dont toutes les rencontres faites en chemin vont converger vers un seul et même point de fuite : la rencontre avec elle-même. C'est en effet dans le miroir des autres, dans leur courage, dans leurs failles, qu'elle va voir ses propres blessures, se voir telle qu'elle est devenue. Et mieux percevoir ce qu'elle ne veut plus être. 

      Parviendra t-elle à mettre à plat les complexes ressorts de ce qui lui arrive aujourd'hui, à rebondir ?

      Ce roman est celui du combat, du courage et de l'espoir. Qui n'a pas un jour éprouvé cette envie de tout laisser derrière soi? Mais qui a osé le faire? Valérie, sur la brillante et sensible plume de Marie-Laure Bigand, a ce courage-là. Et nous emmène avec elle, dès ses premiers pas.

      Un roman sobre et touchant, sur la quête de soi, sur ce bonheur qui prend bien des détours parfois mais surgit toujours par delà les épreuves. Car il n'y a pas de personnes nées sous une mauvaise étoile, mais des personnes qui ne prennent pas le temps de déchiffrer le ciel...

 

Karine Fléjo

 

Et un jour, tout recommencer..., Marie-Laure Bigand, Editions Laura Mare, Mai 2011, 296p. , 19€00.

 

Bibliographie :

Le premier pas, Éditions Laura Mare 2010

D'une vie à l'autre, Éditions Laura Mare 2009

Mais qu'y a t-il derrière la porte ?, Album jeunesse, Éditions Laura Mare 2009

Pour un enfant, Éditions In Octavo 2005

L'auteur a également publié de nombreuses nouvelles aux Éditions in Octavo, Les mots migrateurs, Edilivre.

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29 05 11

Une visite guidée de haut vol

 

Le Palais des livres.gif« La vraie vie privée, c'est l'écriture. »

 

Avec, à son actif, une cinquantaine de romans, recueils de nouvelles, essais... Roger Grenier met au service de sa plume une érudition peu commune en matière de littérature. Une littérature qu'il nous propose de parcourir, en ses sommets, par le biais de thèmes tels l'attente, l'amour, l'impact de la vie privée, le testament artistique, l'inachèvement, l'essence de l'acte d'écriture…

À partir d'une longue pratique du journalisme, il nous démontre l'apport – nutritif – du fait divers à la construction d'un roman.

 

« Le paradoxe de l'écrivain est que, du fond de sa solitude, il ne peut travailler que s'il imagine un public. Ce public influence non seulement le fond, mais la forme. »

 

Puissions-nous être le public attendu d'une « visite guidée » menée de haut vol.

 

Apolline ELTER

 

Le Palais des livres par Roger Grenier, Paris, Gallimard, janvier 2011, 170 pp. en noir et blanc au format 14 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 16.50 € (prix France)

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18 05 11

Le nouvel âge…

Une jeune fille aux cheveux blancs.gifRelevé, rythmé, bien ficelé, drôle, tendre, ironique... voici un premier roman, d'une auteure de 29 ans, vouée à un futur de très bon augure.

Fêtant ses soixante printemps d'une soirée un peu tarte à la crème, Caroline se voit inscrire au « Nouvel Age », un club de pimpants retraités, « bataillon de réservistes se préparant à une guerre sans issue ».

Cela occupera ses loisirs désormais nombreux, puisqu'elle a arrêté son job de dentiste tandis que Philippe, son mari, poursuit sa brillante carrière d'avocat.

« Caresser sa peau tannée, la bosse charmante de son ventre, tendue comme une excuse, avant de me laisser emporter par la tristesse d'un temps révolu. »

Lucide sur les aimables flétrissures du temps et l'image qu'elle renvoie d'elle-même, Caroline observe ses congénères et condisciples avec ce juste et ironique décalage qui fait qu'elle n'est pas encore tout à fait des leurs...

Elle ne tardera pas à se dévergonder, au nez et à la barbe d'un mari... imberbe, à sombrer dans la crise des sexa-sexy, résolument juvéniles, mue de « cette intuition prégnante qu'il faut aller vite. »

Esquivant habilement les poncifs liés au genre, Fanny Chesnel offre ainsi une fine et savoureuse radioscopie du pavillon de l'âge.

 

Apolline ELTER

 

Une jeune fille aux cheveux blancs par Fanny Chesnel, Paris, Éditions Albin Michel, février 2011, 218 pp. en noir et blanc au format 14,5 x 22,5 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 16 € (prix France)

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12 05 11

Un roman qui fera date !

 

Dans les miroirs de Rosalie.gifLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 11/05/2011 sur le site du magazine satirique belge sur Internet SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :

 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le nouveau roman noir de l’académicien belge (par ailleurs aux antipodes de toute forme d’académisme) Jean-Baptiste Baronian, intitulé Dans les miroirs de Rosalie et paru aux Éditions de Fallois/L’Âge d’homme à Paris, est une réussite éclatante, dans tous les sens du terme !

 

L’auteur y confie l’enquête sur le meurtre, commis dans un petit patelin provençal, d’une jeune femme qui avait le feu quelque part, Rosalie Clémenti dite la Puce, ci-devant secrétaire de mairie, à un commissaire vieillissant, blasé et dépressif, une sorte de frère d’armes désabusé de Philip Marlowe et de Sam Spade – les héros respectifs de Raymond Chandler et de Dashiell Hammett – mais dont la cuirasse, avant de céder, se fendille tout au long d’un récit haletant et subtil où les meurtres s’enchaînent avec une régularité stupéfiante, pour déboucher sur une issue qui ne l’est pas moins.

 

La déréliction de cet anti-Maigret est narrée avec une virtuosité qui laisse pantois, dans un style fleuri mêlant avec habileté tristesse et sourires pour donner vie (et mort…) sous le soleil à une quantité de personnages originaux, dont l’auteur lui-même qui se laisse aller de temps à autre à des private jokes du meilleur effet.

 

Biographe remarqué – chez Gallimard – de Charles Baudelaire et d’Arthur Rimbaud, Jean-Baptiste Baronian, accommode ici, à sa façon et à notre estime, ce qui fait le sel, œuvre d’art et œuvre de vie, des Fleurs du mal et du Bateau ivre

 

Excusez du peu !

 

PÉTRONE

 

Dans les miroirs de Rosalie par Jean-Baptiste Baronian, Paris, Éditions de Fallois/L’Âge d’homme, avril 2011, 187 pp. en noir et blanc au format 13,2 x 20 cm sous couverture brochée en couleurs, 16 € (prix France)

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10 05 11

« Il pleure dans mon cœur comme il pleut sur la ville… » (Paul Verlaine)

 

Comme des larmes sous la pluie.jpgLa pluie efface-t-elle les blessures de la vie ? Simon Bersic, auteur à succès, pourra-t-il connaître une nouvelle fois l'amour, après le décès de Méryl, l'Amour de sa vie ? Naëlle, jeune femme aussi belle qu'énigmatique, sortira-t-elle de cette coquille qu'elle semble avoir bétonnée autour de son existence ?

 

« Depuis des années, elle avait développé cette faculté d'échapper à la réalité grâce à la lecture ; ses compagnons de voyage couchés sur papier étaient bien différents de ceux qu'elles côtoyait chaque jour avec leurs odeurs, leur présence envahissante, leurs regards insistants. »

 

Et puis, il y a cette voix enfantine qui interrompt le fil du récit – et sa typographie  – de propos qui se révèlent bien inquiétants. Séquestré dans une cave, un petit garçon vit des moments abominables.

 

Enchaînant les points de vue qui résonnent comme tant de musiques différentes, le fil de la narration, tendu d'une intrigue bien ficelée, est allégé de scènes d'atmosphère familiale judicieusement rassurantes. Pour son premier roman, la comédienne Véronique Biefnot révèle une écriture maîtrisée, une riche palette descriptive et un sens aigu des peintures d'atmosphères.

 

Apolline ELTER

 

Comme des larmes sous la pluie par Véronique Biefnot, Paris, Éditions Héloïse d'Ormesson, mai 2011, 328 pp en noir et blanc au format 14 x 20,5 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 20 € (prix France)

 

Billet de faveur

 

AE : Véronique Biefnot, en filigrane de votre roman, apparaît une vision chevaleresque de l'Amour: Simon abordera Naëlle avec un grand respect de son mystère et d’une souffrance qu'il soupçonne. Le couple formé par Grégoire et Céline semble n'avoir pris aucune ride, après vingt ans de mariage. Voilà qui sort un peu des sentiers battus – et expédiés– aujourd'hui, en matière de scenarii amoureux. Ne pensez-vous pas ?

 

Véronique Biefnot : Bien sûr, chacun de ces couples représente un peu « l'inaccessible étoile » dont je me plais à croire (dans ce tome-ci en tout cas…) qu'on peut l'atteindre à condition d'y mettre du respect, de la patience, de l'attention, du désir et de la tendresse... tout le travail quotidien que représente la vie à deux. Sur un plan plus romanesque, Simon offre à Naëlle ce que chacun d'entre nous (enfin, j'imagine...) rêve de connaître un jour : un amour inconditionnel, absolu, sans attente. Il se voue à cette femme sans savoir si l'avenir leur permettra de se retrouver ; ça correspond à ce besoin fondamental de la petite enfance d'être protégé, aimé sans limite ; un amour romantique, fulgurant et incontournable. Le couple formé par Grégoire et Céline est, lui, plus ancré dans le réel et le quotidien, plus mature ; même si leur amour dure depuis plus de vingt ans (ça existe... j'en connais... et de très près...), ils sont davantage confrontés à une gestion du banal, que je trouve tout aussi exaltante . Je souhaitais faire cohabiter ces deux « visions », pas décrire un univers univoque où l'amour et la passion n'auraient qu'un seul mode d'expression. Dans mon roman, je trouvais plus juste d'alterner le poétique et le sordide, le sublime et le banal, le quotidien et l'exceptionnel... comme dans la vie.

 

AE : L'alternance des focalisations et des typographies confère une musicalité particulière aux différentes expositions. Tel cet adagio de Barber, singulièrement approprié – que Simon écoute en boucle. Avez-vous une musique en tête pour chacun de vos protagonistes ?

 

Véronique Biefnot : Je suis contente que vous me posiez cette question car la musique est, dans mon quotidien, fondamentale et accompagne la plupart de mes moments. Effectivement, cette « bande-son » est significative : Simon, avant sa rencontre avec Naëlle, écoute cet adagio de Barber qui le conforte dans une délicieuse mélancolie ; ensuite, quand il la guette, pendant des heures dans sa voiture, il écoute Radiohead, Aaron et Ozark Henry... Il revient donc au contemporain et à l'action (même si ces musiques gardent une forte connotation méditative). La rencontre avec Naëlle le ramène à la vie et au présent ! Naëlle, elle, n'écoute aucune musique, ne regarde pas la télévision ; ces intrusions la mettent mal à l'aise (je pense que la lecture du roman explique cette forme d'autisme). Quant à Grégoire et Céline, la musique envahit leur maisonnée puisqu'ils s'expriment à travers la création : elle dans la peinture, lui dans la musique.

 

AE : C'était important pour vous d'ancrer ce premier roman dans Bruxelles et le Brabant wallon ?

 

Véronique Biefnot : C'était important de l'ancrer dans le réel car, au-delà de la dimension romanesque, il y a tout de même une série de faits-divers atroces et inouïs qui ont guidé l'élaboration du récit. Le fait que certains d'entre eux se soient déroulés en Belgique n'est qu'un élément supplémentaire (on en dénombre malheureusement dans tous les pays !) mais il est certain que dans la mémoire collective de ce pays, et dans la mienne, assurément, ces faits ont été épouvantablement marquants. Par ailleurs, il me plaisait de décrire Bruxelles sous un autre angle, pas forcément les coins habituels et touristiques, mais le Bruxelles de ses habitants avec les habitudes des différents quartiers et les mouvements d'évolution économique liés, notamment, à la grande quantité d'eurocrates qui y résident désormais, faisant de cette ville un exemple singulier et intéressant de mélange culturel et social .

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