16 01 15

Sortie surprise de Elle & lui, le nouveau Marc Levy

9782221157831ORI (1).jpgDepuis près de quinze ans, Marc Levy donne rendez-vous à ses lecteurs chaque année au printemps.

Probablement pour des raisons de concurrence avec d'autres poids lourds de l'édition, comme autrefois les Beatles et les Stones, l'auteur publie son nouveau roman, Elle & Lui, sans crier gare. Le plus grand secret a en effet entouré la sortie de ce qui s'annonce comme une comédie romantique, la première publiée Marc Levy depuis 2008.

Le pitch de l'éditeur :

Un site de rencontres les a réunis. 
Ils ne sont pas devenus amants, mais amis. 
Et ils comptent bien en rester là… 


Elle est actrice. Lui écrivain. 
Elle s’appelle Mia. Lui Paul. 
Elle est anglaise. Lui américain. 
Elle se cache à Montmartre. Lui vit dans le Marais. 
Elle a beaucoup de succès. Lui pas vraiment. 
Elle est même une star. Mais lui ne le sait pas. 
Elle se sent seule. Lui aussi. 
Il la fait rire. Elle enchaîne les maladresses. 
Elle ne doit pas tomber amoureuse. Lui non plus. 

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04 01 15

Un roman magistral

Derrière la colline.jpgParu chez Belfond à Paris en 2000, Derrière la colline de Xavier Hanotte (né en 1960) a été réédité dans la collection nationale belge « Espace Nord » à Bruxelles, ce qui met durablement ce roman exceptionnel à la disposition du public, et ce n’est que justice.

L’ouvrage a pour cadre la bataille de la Somme durant la Première Guerre mondiale et, comme l’a fort bien résumé Carmelo Virone sur le site de la Promotion des Lettres [1], il « met en scène un jeune lettré anglais du nom de Nigel Parsons, poète à ses heures sous le pseudonyme de Nicholas Parry, qui vient de se voir refuser la place d'enseignant qu'il postulait.

Poussé par un dépit amoureux et par le militarisme ambiant (l'Angleterre doit voler au secours de la Belgique, dont la neutralité vient d'être violée), il va s'engager dans l'armée en même temps que William, un jardinier avec qui il s'est lié d'amitié. Nous vivrons avec eux les heures glauques de l'attente, dans les tranchées boueuses infestées par les rats et les poux ; nous sui­vrons sur leurs pas les moments d'horreur de la bataille, en ce jour chaotique et funeste du 1er juillet 1916 où 40 000 soldats anglais alignés comme à la parade moururent sous les feux allemands.

Entre Nigel et William, entre l'homme de lettres et celui de la terre, s'est glissé un miroir infidèle, qui renvoie à chacun son image inversée : doubles, jumeaux, frères, amis, différents par la naissance et le destin. L'un périra au combat, l'autre cultivera la mémoire du disparu ».

L’histoire commence d’ailleurs le 30 juin 1948 et, si elle constitue un flash-back apparemment classique, elle est aussi une interrogation sur la restitution des événements non seulement à travers les filtres de la mémoire, mais aussi par le biais des techniques du récit –extraordinairement maîtrisées par l’auteur – qui mènent le lecteur au cœur d’un monde illusoire dont les forces sont supérieures à celles de l’univers réel.

Il s’agit là de ce que le fameux critique français Edmond Jaloux (1878-1949) avait baptisé en 1931 du nom de « réalisme magique » dans les colonnes de l’influent quotidien parisien Le Temps s’agissant d’un autre roman belge dont l’action est située durant la Grande Guerre, Handji de Robert Poulet (1893-1989), avec lequel Derrière la colline présente, mutatis mutandis, bien des similitudes.

Un véritable tour de force littéraire !

Bernard DELCORD

Derrière la colline par Xavier Hanotte, postface de Jérôme Duhamel, Bruxelles, Éditions Les Impressions Nouvelles, collection « Espace Nord », novembre 2014, 399 pp. en noir et blanc au format 12 x 18,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 10 €



[1] http://www.promotiondeslettres.cfwb.be/index.php?id=derrierelacollinehanotte.

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28 12 14

Mort, où est ta victoire ?

On est encore aujourd'hui.jpgUne femme. Un homme. Une rencontre. La complicité autour de l’amour du cinéma. Les films. L’amitié. Le partage des idées. La compréhension de l’autre. La découverte de l’âme. La mort de l’homme. Les rituels. La tristesse. L’espoir ?

Un roman formidable !

Bernard DELCORD

On est encore aujourd'hui par Véronique Janzyk, Bruxelles, Onlit Éditions, octobre 2014, 115 pp. en noir et blanc au format 11,8 x 19,2 cm sous couverture brochée en couleurs, 12 €

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16 12 14

Un livre iconoclaste et totalement original…

Nous faisions semblant d'être quelqu'un d'autre.jpgShani Boianjiu est née en 1987 à Jérusalem et elle a grandi en Galilée, dans le village de Kfar Vradim, proche des frontières syrienne et libanaise. Après deux ans dans l’armée israélienne, elle a étudié à Harvard dont elle est sortie diplômée en 2011.

Son premier roman, paru en langue anglaise et dont la traduction française est sortie à Paris sous le titre Nous faisions semblant d’être quelqu’un d’autre chez Robert Laffont, dans la collection « Pavillons » codirigée par Jean-Claude Zylberstein – qui, une fois de plus, aura eu le nez creux –, constitue un véritable coup de poing littéraire et sociologique, propre à remettre quelques pendules à l’heure, s’agissant de la nature même de Tsahal et de ses jeunes recrues, et à stupéfier les amateurs de formes d’expression littéraire novatrices.

En voici le pitch :

« Camarades de classe depuis l’école primaire, Yaël, Avishag et Léa sont de jeunes Israéliennes fantasques qui se réfugient souvent dans leurs mondes imaginaires pour tenter d’oublier qu’elles s’ennuient à mourir dans le village isolé où elles habitent. Une adolescence ordinaire, mais dans un lieu et à une époque qui sont loin de l’être. À la fin de leurs études secondaires, elles sont incorporées dans l’armée et effectuent pendant deux ans leur service militaire.

Sarcastique et autoritaire, Léa se retrouve postée à un checkpoint en Cisjordanie, tandis que la sombre Avishag sert dans une unité de combat chargée de surveiller la frontière égyptienne et que Yaël entraîne les soldats au maniement des armes. Leur insouciance, leur soif de vivre, leurs corps désirants contrastent de façon saisissante avec le monde confiné, monotone, répétitif et brutal de l’armée où elles sont confrontées à toute la violence d’un pays en guerre et en état d’alerte permanent.

Léa, Avishag et Yaël racontent avec désinvolture et détachement les expériences parfois épouvantables qu’elles traversent et se distraient en s’adonnant à des jeux puérils, mais dangereux, ou en créant des mondes oniriques qui virent parfois au cauchemar. Et, lors de leur retour à la vie civile, on comprend l’impact délétère que cette parenthèse a eu sur leur vie d’adulte : dépressives, inadaptées ou sans perspective d’avenir dans leur travail, elles se retrouvent à vendre des sandwichs ou à faire le vigile dans un aéroport, quand elles n’infligent pas des sévices à des hommes qu’elles séquestrent… Portrait implacable d’une génération perturbée par cet univers troublé où la violence et la peur sont omniprésentes, ce roman initiatique met en lumière toute la difficulté d’être jeune et de forger son identité en Israël. »

Nous insisterons pour notre part sur la grande qualité littéraire de l’ouvrage, dont la forme novatrice dans l’expression du détachement et de la déréliction fait montre d’un talent aussi indiscutable que surprenant…

Une auteure à suivre, donc !

Bernard DELCORD

Nous faisions semblant d'être quelqu'un d'autre par Shani Boianjiu, traduit de l’anglais par Annick Le Goyat, Paris, Éditions Robert Laffont, collection « Pavillons » dirigée par Maggie Doyle et Jean-Claude Zylberstein, août 2014, 321 pp. en noir et blanc au format 13,9 x 21,7 cm sous couverture brochée en couleurs, 21 € (prix France)

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15 11 14

Aux âmes bien nées…

Explosion de particules.jpgFort agréablement écrit, le premier roman de Valentine de le Court s’intitule Explosion de particules, un titre bien choisi puisqu’il y est question du meurtre d’une jeune fille de la noblesse belge, violoniste promise à un bel avenir.

Prénommée Juliette, elle assiste à ses funérailles et voit défiler une faune aristocratique fort éloignée des apparences qu’elle se donne d’ordinaire vis-à-vis du vulgaire, prise dans des contradictions où le passé réel ou supposé des grandes familles à petit « de » se trouve noyé dans les exigences d’un présent qui voit les conventions bourgeoises – voire plébéiennes – éroder le piédestal sur lequel s’étaient hissés les ancêtres.

Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître : l’intrigue se montre habilement construite, le regard de l’auteure s’avère perçant, l’humour décalé est omniprésent et la langue française parfaitement respectée…

Noblesse oblige !

Bernard DELCORD

Explosion de particules par Valentine de le Court, Wavre, Éditions Mols, collection « Autres sillons », septembre 2014, 265 pp. en noir et blanc au format 14,5 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 19,90 €

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12 11 14

Au cœur du conflit algérien

Les Prétoriens.JPGAprès Les Centurions [1] et Les Mercenaires, les Éditions des Presses de la Cité à Paris poursuivent avec Les Prétoriens la réédition des grands romans militaires de Jean Lartéguy, dont on se souviendra qu’il fut un des plus prestigieux reporters de guerre français, qu’il travailla pour Paris-Presse et pour Paris-Match quand ce magazine rivalisait avec les plus importants de la planète et qu’il obtint le fameux prix Albert-Londres en 1955.

Voici le pitch de l’ouvrage, paru en 1961 :

« Rentrés d'Indochine après la pénible épreuve des camps, les compagnons du capitaine Esclavier et de Boisfeuras sont engagés dans un nouveau conflit, entre djebel et désert. Après leurs défaites successives, en Indochine notamment, cette guerre-là, ils veulent la gagner, quel qu'en soit le prix. Les centurions deviennent des prétoriens. Le meurtre d'un des leurs entraîne ces soldats à déborder du cadre de leur action militaire et à “faire de la politique”. »

Profondément anticommuniste, l’auteur n’en était pas moins sévèrement critique vis-à-vis des travers du système colonial tout autant qu’envers la duplicité des hommes politiques à Paris « qui promettaient aux officiers et aux populations que la France resterait aux colonies, à l'heure même où ils entamaient des négociations d'indépendance » (suivez son regard vers Charles de Gaulle, entre autres) ainsi qu’envers les méthodes du FLN quand celles-ci s’avéraient criminelles et, par conséquent, envers les Français qui leur apportaient leur soutien quand celui-ci se soldait par la mort de militaires du contingent.

Un sujet fortement touchy par les temps qui courent, ce qui constitue à notre avis une excellente raison de l’aborder par la lecture de ce livre au scénario par ailleurs passionnant !

Bernard DELCORD

Les Centurions par Jean Lartéguy, Paris, Presses de la Cité, novembre 2013, 464 pp. en noir et blanc au format 14 x 22,5 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 22 € (prix France)


[1] « Paru en 1960, il a pour trame la guerre d'Algérie ; il se vendra à plus d'un million d'exemplaires. Le général David Petraeus, commandant des forces américaines en Irak puis en Afghanistan est un lecteur passionné du roman. Son manuel sur la guerre de contre-insurrection serait inspiré d'un de ses chapitres, dans lequel Lartéguy décrit l'importance de mener contre des insurgés une guerre non-conventionnelle visant à séparer ces insurgés de la population qui assure son ravitaillement et sa couverture. » (Source : Wikipedia.)

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09 11 14

Hisse et ho !

Aventures en mer.jpgSurtout connu pour L’appel de la forêt (1903) et Croc-Blanc (1906), l’écrivain californien Jack London (1876-1916), aussi autodidacte qu’aventurier et vagabond, est également l’auteur de plus de cinquante autres nouvelles, romans et essais (Les vagabonds du rail [1907], Une odyssée au Klondike [1909], Contes des mers du sud [1911], Le Cabaret de la dernière chance [1913]), Le Vagabond des étoiles [1915]…) dont certains, comme Le Peuple de l’abîme (1903), sont des dénonciations en règle du libéralisme anglais et de ses méfaits sociaux.

Les Éditions Omnibus à Paris ont récemment rassemblé cinq de ses meilleurs romans maritimes (La Croisière du Dazzler ; Le Loup des mers ; Les Pirates de San Francisco ; La Croisière du Snark ; Les Mutinés de l'Elseneur) dans un recueil intitulé Aventures en mer qui passionnera les amateurs d’actions viriles sur des mers déchaînées et sous des cieux lointains.

En voici les résumés succincts, fournis par l’éditeur :

La Croisière du Dazzler (1902) : un jeune garçon en échec scolaire fuit la déception de son père en s'embarquant.

Les Pirates de San Francisco (1905) : les souvenirs du jeune Jack London, qui, âgé de quinze ans, pillait les parcs à huîtres dans la baie de San Francisco.

Le Loup des mers (1904) : l'histoire du sulfureux Loup Larsen, un capitaine qui ne connaît que la violence.

La Croisière du Snark (1911) : l'histoire d'un voyage autour du monde de sept années – celui de Jack London lui-même, à travers l'océan Pacifique, d'île en île.

Les Mutinés de l'Elseneur (1914) : embarqué avec un équipage de repris de justice, le dandy Pathurst découvre le déchaînement des éléments, qui n'est rien à côté de celui des passions humaines...

Pour les cœurs sensibles, gare au mal de mer !

Bernard DELCORD

Aventures en mer (La Croisière du Dazzler ; Le Loup des mers ; Les Pirates de San Francisco ; La Croisière du Snark ; Les Mutinés de l'Elseneur) par Jack London, présentation d’Olivier Péretié, Paris, Éditions Omnibus, octobre 2014, 1024 pp. en noir et blanc au format 13 x 19,8 cm sous couverture brochée en quadrichromie et à rabats, 26 € (prix France)

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06 11 14

David Foenkinos, Prix Renaudot 2014 : l'interview

862_2014-09-22_12-26-33_Charlotte.jpg

Il y a dix ans, je disais sur l'antenne de Nostalgie tout le bien que je pensais de ce roman miraculeux qu'est Le potentiel érotique de ma femme d'un certain David Foenkinos.

L'avenir a confirmé le bonheur que ce jeune auteur nous avait procuré avec des romans comme Qui se souvient de David Foenkinos ? et Nos séparations.

Puis vint la consécration publique avec La délicatesse et son million d'exemplaires vendus qu'il adapte lui-même, en compagnie de son frère, au cinéma. Le film avec Audrey Tautou et François Damiens atteint lui aussi la barre du million.

David Foenkinos est un habitué de l'antenne de Nostalgie (son passage lors de la sortie de son John Lennon fut mémorable) et on attend avec impatience de voir ce que Jean-Paul Rouve a fait de son roman Les souvenirs (avec Michel Blanc, Chantal Lauby et Annie Cordy), sortie en janvier 2015.

David Foenkinos était chez nous il y a quelques jours pour parler de Charlotte, un livre atypique qui va probablement redonner une certaine notoriété à une artiste peintre oubliée.

Ecoutez l'interview en cliquant sur ce lien

Brice Depasse

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20 09 14

Sublime regard

 

  "Si l'on scrutait l'âme d'Anna, on découvrirait la naïveté de celle qui n'a pas compris que le temps passe pour de bon, et l'optimisme terrifiant qui jette les êtres par-dessus les balustrades"

C'est bien d'âme, de quête existentielle qu'il agit, dans ce nouveau roman de Geneviève Brisac. Un roman douloureux - " Nous sommes devenus des épines dans les yeux des autres " s'écriait la poétesse Rosa Ausländer- dense, cocasse et même féroce par moments, ample et magistral sur toute sa longueur.

"Tapie dans un coin de mon âme, j'écris ce journal pour me souvenir de tout

Réunies par un même élan altruiste,  communiste, communautaire, deux soeurs, Anna et Molly voient la vie - et leur mère, l'excentrique, délétère Mélini-  lézarder peu à peu l'édifice de leur affection.   Si Molly, la fille préférée, a choisi la médecine pour déployer, pragmatique, son altruisme, Anna a privilégié   la voie de l'écriture - et le pseudo de Deborah  Fox -   écho de ces carnets dans lesquels elle consignait événements et impressions. Proclamée pour un temps, écrivain à succès, elle a déserté  l'écriture.

"Et a coulé comme une brique"

 Hébergée par sa soeur, dévouée, Anna vit une sorte de dépression, dont elle émerge lentement en relisant ses carnets d'antan.  Elle revit l'idéal de sa jeunesse, ses amours, le séjour au Mexique qui se conclut sur l'emprisonnement de son compagnon, Marek Meursault, et quelques scènes cruelles et désopilantes aux côtés de sa mère.

Peu à peu se met en place le retour à l'écriture, celui d'un roman, "Dans les yeux des autres" ..

Apolline Elter

Dans les yeux des autres, Geneviève Brisac, roman, Editions de l'Olivier, août 2014, 306 pp

Billet de faveur

AE : Marek Meursault – patronyme camusien…-  le compagnon de jeunesse d’Anna, voit, dans l’enfermement carcéral la possibilité de se réaliser, de faire une œuvre existentielle ; il semblerait qu’Anna ne puisse sortir de sa propre prison mentale que par le biais de l’écriture. Une façon de réaliser la prophétie de Meursault ?

 Geneviève Brisac : La littérature se nourrit de sa mythologie, dont elle est indissociable. J'ai grandi baignée par la légende innombrable des humiliés et des offensés, de  Villon à Hugo, ou Apollinaire, Pavese ou Morante,   forcément du côté des perdants, des fragiles, des vulnérables.

  Pour en venir à Meursault, qui est aussi, à une lettre près, le nom du héros du Premier Homme de Camus, croyez-moi ou non, c'est une étiquette de Bourgogne qui m'a inspirée. Pourtant, la première pièce dans laquelle j'ai joué, c'était Les Justes, du même Camus, une histoire de révolutionnaires confrontés à des problèmes moraux. Ce fut donc un choix inconscient. Mais dès que j'ai écrit ce nom, j'ai su que c'était le bon.

 Vous évoquez la prison dont il parle beaucoup, mais tous les artistes, au cours des siècles passés, comme les humanistes, les rebelles, tous ceux et celles qui pensent qu'on n'est pas sur la terre pour rester les bras croisés à accepter l'inacceptable, ont su que la prison était un horizon vraisemblable. Et cela reste vrai sur les trois quarts de la planète.

 On écrit parce qu'on baigne dans le fleuve immense des livres. Et de même que Boulgakhov réécrit Faust ou Le Roman de Molière, de même que Vassili Grossman réécrit Guerre et Paix, que Cynthia  Ozick réécrit Henry James, Doris Lessing, quand elle écrit Le Carnet d'or, fait explicitement référence à Joyce en nommant ses deux héroïnes Anna et Molly. Je reprends le flambeau où elle l'a laissé.  Pourquoi?

Parce que cela s'impose à mes yeux: Dans Le Carnet d'or, Doris Lessing interroge la crise politique et la crise littéraire traversées par son héroïne et met en oeuvre sa reconstruction à travers la réécriture de son destin. Cela méritait d'être retenté.

Comme dit Virginia Woolf, une autre de ces artistes à qui je dois tant, Il nous faut des ainées qui nous tendent la main et nous donnent confiance. Cette confiance tellement essentielle à l'art.  

 Vous vous souvenez sans doute de ce film, Nos meilleures années, de Marco Tullio Giordana. Comme ce cinéaste, j'ai voulu raconter une époque que l'on a caricaturée, moquée, et j'ai voulu le faire à ma manière, celle d'une fille devenue femme. La révolution a toujours été racontée par ses héros masculins. Les femmes étaient là, elles se sont tues. Or, comme le dit encore Virginia Woolf, Il y a différentes manières d'appréhender les mêmes faits.

Cependant je ne parlerai pas de désillusion, plutôt de fidélité à des espoirs: espoir de justice, espoir de liberté, espoir de solidarité, espoir de gaité- la si belle riscossa-  sans cette fidélité à ce qu'elle a de meilleur, l'humanité régresse et s'abêtit. La barbarie n'est jamais très loin. Cela s'est vu.

Ca rate toujours? Certes, et alors? N'est ce pas le propre de l'humain de toujours reprendre l'ouvrage. C'est la vie même, et la civilisation. Y croire, mettre ses convictions et sa fierté au -dessus des conformismes ou des intérêts. Une nouvelle génération arrive, rebelle, joyeuse, insolente, solidaire.Vulnérable et consciente de l'être.   Et trouve, maints exemples en témoignent, comme Occupy wall street, que le monde est de plus en plus irrespirable, inhabitable, et que ce n'est pas une fatalité.

 

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Rentrée littéraire, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

02 08 14

Vientos del pueblo

Le mensonge d'Alejandro.jpgUn an après celle de La vengeance de Baudelaire, un thriller littéraire très réussi, voilà que paraît, toujours aux Éditions MA à Paris, la traduction française d’un roman plus politique du grand reporter et baroudeur flamand Bob Van Laerhoven, Le mensonge d’Alejandro, dont l’intrigue policière et amoureuse se déroule en Amérique latine à l’époque des Pinochet, Noriega, Videla et autres crapules à la solde de l’impérialisme yankee, qui écrasèrent leur peuple sous prétexte de lui éviter une oppression soviétique à la cubaine…

En voici le pitch :

« Terreno, Amérique du Sud, 1983. Après dix années de dictature, la junte du général Pelaròn semble vaciller. Alejandro Maldiga, guitariste du poète et chanteur populaire Victor Pérez, exécuté par le régime, quitte la sinistre prison baptisée "La Cène".

La résistance cherche de nouveau à attirer Maldiga dans ses rangs, mais Alejandro a changé.

Dévoré par la culpabilité – il se sent responsable de la mort de son ami Pérez –, Maldiga devient involontairement le centre d'un réseau d'intrigues dramatiques qui mèneront à une catastrophique rébellion populaire. »

Ce texte formidable, au centre duquel on aura reconnu un important soutien de Salvador Allende, le guitariste chilien Victor Jara [1] mort le 16 septembre 1973 après que des séides lui eurent tranché les doigts à la hache dans l’enceinte du stade de Santiago – avec la complicité du dear Henry Kissinger, dénoncée par Julos Beaucarne dans une lettre émouvante… –, ce texte formidable, donc, analyse avec brio les mécanismes de la dictature et de ses méthodes répressives qui demeurent, hélas, plus florissantes que jamais aux quatre coins de la planète.

Et la polluent de façon bien pire que celle dénoncée par les écologistes bobos…

Bernard DELCORD

Le mensonge d'Alejandro par Bob Van Laerhoven, traduit du néerlandais par Marie Hooghe, Paris, Éditions MA, mai 2014, 295 pp. en noir et blanc au format 14 x 22 cm sous couverture brochée en couleurs, 17,90 € (prix France)


[1] On lui doit les albums Canto a lo Humano (1966), Canciones folclóricas de América (1967), El Verso es una paloma (1967), Te recuerdo Amanda (1969), Canto libre (1970), El Derecho de vivir en paz (1971), La Población (1972), Canto por traversura (1973), Presente (1975, posthume) et la fameuse chanson Vientos del pueblo (1973).

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