20 04 13

Prose gastronomique

Gestapo et chocolat.jpgLe texte ci-dessous a paru le 20 avril 2013 dans l'édition belge de l'hebdomadaire Marianne :

S'étant lancées dans un genre nouveau, le roman culinaire, les Éditions Memory à Tenneville ont fait coup double en publiant Gestapo et chocolat de Claude Raucy & Cédric Lamkin et Prestidigi' Saveurs d'Amandine Fairon & Olivier Bauche, deux textes issus de l'association d'un écrivain et d'un maître des fourneaux, complétés des recettes originales faisant partie intégrante de l'intrigue, présentées sous forme de fiches détachables.

Voici l'argument du premier : Julien vient passer quelques jours à Williers, un village près d’Orval où il venait en vacances chez son grand-père lorsqu’il était enfant, afin de rencontrer Valentin qu’il a connu par le Net. Tous deux se découvrent une passion pour le chocolat et projettent d’écrire un livre sur celui-ci. Mais qui était le grand-père de Julien et qui est vraiment Valentin ?

Et celui du second : Vika, jeune étrangère, rencontre Thomas dans un bar marchois et l'accompagne à son cours de cuisine à « La Gloriette ». C’est dans les lettres qu’elle envoie à sa grand-mère que Vika dévoile une histoire douloureuse entrecoupée de recettes de cuisine qu’elle partage avec son aïeule.

Des livres à dévorer !

Bernard DELCORD

 Prestidigi' Saveurs.jpgGestapo et chocolat par Claude Raucy & Cédric Lamkin et Prestidigi' Saveurs par Amandine Fairon & Olivier Bauche, Tenneville, Éditions Memory, février 2013, 82 pp. en noir et blanc au format 13 x 20 cm sous couverture brochée en couleurs, 12 € chacun

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13 04 13

Crime et châtiments...

L'Enfer d'une saison.jpg Le texte ci-dessous a paru dans la livraison du 13 avril 2013 de l’édition belge du magazine Marianne :

L'académicien belge Jean-Baptiste Baronian est l'un des meilleurs spécialistes actuels des inspirateurs de la poésie symboliste (on lui doit, publiées chez Gallimard, de remarquables biographies de Baudelaire en 2006, de Verlaine en 2008 et de Rimbaud en 2009) et ses connaissances intimes de la vie et de la production littéraire de ces géants des lettres constituent un avantage décisif pour leur mise en perspective auprès du public.

C'est pourquoi son roman L'Enfer d'une saison paru ces jours-ci à Paris constitue un événement considérable, qui retrace au plus près les événements ayant conduit Paul Verlaine, l'auteur des Poèmes saturniens, à la prison de Mons après qu'il eut, à Bruxelles le 10 juillet 1873, tiré deux coups de revolver sur Arthur Rimbaud, et qui décrit dans un style flamboyant les dix jours d'errance « à la fois mystérieuse, vertigineuse et magnifique » de ce dernier dans la capitale belge, où il est allé de surprise en surprise.

Une pérégrination qui certes bouleversa le destin de « l'homme aux semelles de vent », mais aussi celui de la littérature française tout entière...

Un livre captivant, dans tous les sens du terme !

Bernard DELCORD

L'Enfer d'une saison par Jean-Baptiste Baronian, Paris, Éditions de Fallois/L'Âge d'homme, février 2013, 179 pp. en noir et blanc au format 13 x 20 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 18 € (prix France)

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13 04 13

Bienvenue chez les Flamands carolos...

La merditude des choses.gifLe texte ci-dessous a paru dans la livraison du 13 avril 2013 de l’édition belge du magazine Marianne :

Saluons comme il se doit la parution en poche, chez 10/18 à Paris, de la version française (l'ouvrage a été traduit en douze langues) de La merditude des choses, un roman flamboyant pondu – c'est le mot ! – en 2008 par l'écrivain flamand Dimitri Verhulst (né en 1972) et dont l'adaptation cinématographique de Felix Van Groeningen remporta le prix Art & Essai 2009 au Festival de Cannes.

L'auteur y raconte, dans un style breughelien et avec des accents qui rappellent ceux du grand Hugo Claus [1], son enfance à Nieuwerkerken près d'Alost.

En voici le pitch : Dimitri vit chez sa grand-mère dans un trou perdu de Flandre, avec son père et ses trois oncles – des soiffards invétérés buvant sa maigre pension et fans furieux de Roy Orbison. Entre deux cuites, des amours sales, une course cycliste nudiste et la ronde des huissiers, le clan des Verhulst ne travaille pas, ou seulement en cas d'extrême nécessité, et vit en parasite, fier de sa nullité. Une certaine forme de bonheur, qui ne convainc pas les services sociaux...

Ni les flamingants parvenus façon (Vlaanderen) Bar(s)t De Wever ?

Bernard DELCORD

La merditude des choses par Dimitri Verhulst, traduit du néerlandais par Danielle Losman, Paris, Éditions 10/18, février 2013, 215 pp. en noir et blanc au format 11 x 17,8 cm sous couverture souple en quadrichromie, 7,50 € (prix France)



[1] Exemples : « Palmyre avait tout d'une sirène : elle était mince et sentait le poisson ». « Il y a deux personnes que je hais. Deux femmes. De l'une je suis né, et l'autre est en ce moment en train de mettre au monde mon enfant ». « Nos meubles n'allaient plus rapporter grand-chose en vente publique, ils avaient été trop souvent la cible malheureuse d'une frustration dont il fallait se défouler ».

 

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08 04 13

Les "demains" qui chantent de Guillaume Musso

Demain, Guillaume Musso, 2013, XOAprès avoir été le N°2 durant de longues années (ce qui est déjà exceptionnel), Guillaume Musso a réussi à s'installer confortablement à la première place des vendeurs de livres dans l'Hexagone.

Pourtant, son nouveau roman ne voit pas ce très sympathique auteur se reposer sur ses lauriers. Que du contraire, puisqu'il offre aujourd'hui le meilleur livre qu'il ait écrit à ce jour.

Rayon page turner, Guillaume Musso vaut à lui seul l'armée des auteurs de Dan Brown car il n'a nul besoin de complot ni d'ésotérisme pour maintenir son lecteur prisonnier d'une histoire dont il n'aura de cesse de voir le terme. La compagnie de ses personnages en plus. Une jeune New Yorkaise en mal d'âme soeur s'éprend sur internet d'un professeur de Harvard, veuf incosolable.

Ca sent le roman à l'eau de rose, pas vrai ?

Et c'est là qu'une nouvelle fois, Guillaume Musso vous cueille de manière magistrale dans ce nouveau divertissement d'excellente qualité. Nous n'en dirons pas plus. Ou plutôt si, un tas de choses puisque Guillaume Musso était l'invité de Brice Depasse dans Nostalgie Pop culture.

Ecoutez le podcast intégral

Guillaume Musso, Brice Depasse

06 04 13

L'homme qui valait un demi-million de livres

Affaire, Harry, Quebert, Joel DickerLa vérité sur l'affaire Harry Quebert a été pour 500.000 d'entre nous, la meilleure lecture de cet hiver voire de ces dernières années.

Joël Dicker est devenu en l'espace d'un trimestre le nom qui court sur toutes les lèvres, auteur d'un livre d'une qualité telle qu'on ne peut imaginer un instant qu'il n'est pas fait pour rester.

L'interview que vous propose Nicky Depasse est celle d'un écrivain qui a retrouvé la sérénité après la bourrasque médiatique de l'automne dernier. A l'image du  personnage principal de son roman. A moins que ce ne soit le contraire ? Si c'est le cas, nous sommes en face du plus grand coup de bluff de toute l'histoire de la littérature.

 
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Joel Dicker, Nicky Depasse, Harry QuebertCette interview a été diffusée dans le Café de Flore de Nicky Depasse, le lundi et le jeudi à 13 heures sur Radio Judaïca, 90.2 FM.

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28 03 13

Bernard Werber au Café de Flore

Bernard, Werber, troisième, humanitéEn novembre dernier, Bernard Werber était au micro de Nicky Depasse à l'occasion de la sortie du premier voulme d'une nouvelle trilogie, nouvelle aventure humaine, Troisième humanité.


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Café de Flore, le lundi et le jeudi à 13 heures, sur Radio Judaïca.

 

20 03 13

Une fresque fantastique et magnifique !

 

d_un-certain_fevrier.jpgEnfin ! Avec quelle impatience nous attendions l'écrivain(e) qui poursuivrait cette merveilleuse lignée des « Maîtres de l'Imaginaire » ! Nancy Vilbajo non seulement s'inscrit dans ce réalisme poétique, qu'illustrent bien des auteurs (Jean Ray, Thomas Owen, Jean-Baptiste Baronian, Jean Muno, André-Marcel Adamek, pour ne citer qu'eux), mais elle rejoint aussi le cercle fermé du « Fantastique féminin », qualifié par Anne Richter, fine analyste, d'art sauvage !

 

« Tout ce dont je suis sûr » dit un des personnages « c'est que parfois, il faut accepter de traverser cet impossible univers, celui qui n'est pas soumis aux servitudes du début et de la fin ».

 

C'est une fresque magnifique qui commence avant l'humanité et qui se poursuit dans l'épopée d'une ville, jamais nommée – il n'en est nul besoin, vous la connaissez ! -, mais qui est révélée ici dans toute sa beauté, son histoire, sa violence et son mystère, ses amours, ses traditions, son architecture et sa musique. « Nous sommes tous à la recherche d'un endroit, qui pour y bâtir son foyer, qui pour s'y recueillir, qui pour y mourir » dit d'emblée l'auteure. Mais la ville de ce livre « D'un certain février » est vivante, les veines gonflées du sang de la musique...

Une superbe phrase décrit ce rapport ville-musique-histoire... : « A chaque fois, c'était pareil, elle avait l'impression que ses racines lui sortaient des jambes et l'envoyaient puiser toutes ses forces dans une mystérieuse mémoire collective ».

 

Nous suivons ainsi l'histoire des personnages, des « élus » liés au-delà des générations et qui nous emmènent dans un fantastique flamboyant, poétique, lyrique, dont on peut difficilement se détacher une fois la lecture entamée. Et je vous rassure déjà : la finale est grandiose !

Les récits de Nancy Vilbajo nous font entrer dans une multitude d'émotions palpables par le miracle de ses mots et de son style : la peur, par exemple, comme dans « La nuit des goules », où le naturel des dialogues contraste avec l'effroi.

La mort est aussi un des sujets principaux du livre. « La mort nous fascine alors que nous habitons un monde qui ne tourne que pour ce qui vit », observe l'auteure. Ou ailleurs cette si juste ntotation : « Une nuit sans rêve c'est l'apéritif de la mort ».

La mort et son corollaire la guerre : « Sans prévoir, la guerre se dénuda sous mes yeux. Comme elle était laide sans son masque de bravoure ! »

Mais dans ce tableau de la vie et de la mort, on trouve aussi l'enfance et ses « contes de fée », la nature et ses jardins, le sourire de l'humour et les secrets. Le secret ! On trouve aussi comme nom propre d'un personnage « Secret ». Mais secret est un mot magique, qui parcourt comme une vibration invisible toute la lecture.

 

C'est un livre original, qui comporte par exemple en son sein une courte nouvelle de Gérard Prévot, sans doute un des plus grands et des plus méconnus Maîtres de l'Imaginaire belge, un de nos grands auteurs fantastiques. Ce n'est pas un hasard puisqu'il est né dans cette même ville. Avec quel talent Nancy Vilbajo parvient à l'intégrer dans sa propre odyssée !

 

N'en doutez pas, nous sommes ici en présence d'une grande écrivaine et d'un grand livre ! Un de ceux qu'appelait de ses vœux Friedrich Nietzsche dans « Le gai savoir » : « Qu'importe un livre qui ne sait même pas nous transporter au-delà de tous les livres ? » Ou comme ceux définis par Jean d'Ormesson dans « C'est une chose étrange à la fin que le monde » : « Les bons livres sont ceux qui changent un peu leurs lecteurs. » Croyez-moi, vous ne serez plus les mêmes après avoir lu cet ouvrage aux résonnances infinies, comme l'écho des tambours...

 

Jacques Mercier

"D"un certain février". Nancy Vilbajo. Editions Murmures des soirs. Collection "Fantastique", 20X15. broché. 338p. 20 euros. 

           

 

20 03 13

Etre ou paraître?

Un so9782709642866-G.jpgir, tandis qu'il regarde tranquillement la télévision, Arthus Dreyfuss, 20 ans, garagiste de la petite ville de Long, entend sonner à sa porte. Il s'agit ni plus ni moins de l'actrice aux proportions parfaites, élue la plus belle poitrine d'Hollywood, celle qui fait fantasmer les hommes et verdir de jalousie les femmes : Scarlett Johansson. Mirage? Non. Cette dernière, épuisée, veut disparaître quelques jours, se fondre dans l'anonymat, être une fille banale. Just boring. Arthur hésite alors un quart de millionième de seconde. Et accepte. Il la prend sous son aile, lui offre son toit et lui laisse sa chambre. Just that.

 

     Lui qui jusqu'alors était fasciné par la mécanique automobile et la poésie dont «  les mots, emperlés d'une certaine manière, étaient capables de modifier la perception du monde », voit sa vie transformée. Mais saura t-il la réparer, elle? Saura t-il rendre le sourire à la petite fille blessée en elle? Car tous deux se révèlent avoir l'âme cabossée par les embardées nombreuses sur l'autoroute de leur vie. Il leur manque des pièces d'origine, du carburant de réassurances, de tendresse, d'attentions. Parviendront-ils à refaire le plein d'amour? Et de quel amour? Car le seul amour qui vaille, souligne l'auteur, le seul amour vrai, est celui qui permet « d' être vu comme on se voit : dans la bienveillance de notre estime de soi » .

     La mécanique de l'âme n'aura t-elle pour eux plus aucun secret?

     Dans ce magnifique roman, Grégoire Delacourt dénonce cette tendance actuelle à sacraliser le corps, à défaut de sacraliser l'âme. L’importance sociale de la minceur, de la beauté, et plus largement, la recherche obsédante de l’amélioration de l'image, relèguent au second rang la vraie beauté, celle qui existe au delà des apparences, celle de l'estime de soi. Au scalpel de sa plume, il dissèque les âmes humaines avec une justesse chirurgicale, met les coeurs à nu et opère chez l electeur une indicible émotion...

     « La première chose qu'on regarde » est une vibrante ode à l'amour. «  L'amour qui se transmet entre les êtres et ne se perd jamais. » (p194). Bouleversant. Brillant. Incontournable. Just that.

 La première chose qu'on regarde, de Grégoire Delacourt, aux éditions JC Lattès. Mars 2013, 17€, 250 pages.

Karine Fléjo

P.45 « La rouille grignote les âmes de ceux qui ne réalisent pas leurs rêves »

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11 03 13

Le Sardanapale byronien des lettres françaises…

Romans par Jules Barbey d'Aurevilly.jpgRassemblant Une vieille maîtresse (1851), L'Ensorcelée (1855), Le Chevalier des Touches (1864), Un prêtre marié (1865), Les Diaboliques (1874), Une page d'histoire (1886), Troisième Mémorandum (1883, rédigé en 1856) et Cinquième Mémorandum (1966, posthume, rédigé entre 1864 et 1886), la compilation des Romans de Jules Barbey d'Aurevilly parue récemment aux Éditions Gallimard dans la collection « Quarto » constitue, à n'en pas douter, un must pour tous les amateurs de littérature puissante et baroque, « interpellante » (comme on dit aujourd'hui en moldo-valaque) et loin de tout politiquement correct, ce qui, on en conviendra, est tout à la fois alléchant et réjouissant.

C'est que ce dandy des lettres, découvreur de Stendhal et réhabilitateur de Balzac, brillant polémiste contempteur de la modernité, du positivisme, du Parnasse et des hypocrisies du parti catholique, réactionnaire en diable (Hugo, Flaubert et Zola ne prisèrent guère ses assauts qui au contraire plurent, par la suite, à Charles Baudelaire, Léon Bloy, Joris-Karl Huysmans, Octave Mirbeau, Paul Morand, Georges Bernanos et Marcel Proust) et à qui ses amis catholiques n'eussent jamais donné le bon Dieu sans confession, n'avait pas sa plume en poche et n'hésitait pas – horresco referens pour les béni-oui-oui de tous bords – à appeler un chat un chat et, le cas échéant, une chatte une chatte.

Écoutons son éditrice scientifique, Judith Lyon-Caen :

« Passionnément attaché à Dieu et au Roi, par haine de la tiédeur, exécration de toute recherche de consensus, goût de la radicalité, Jules Barbey d'Aurevilly (1808-1889) peuple de fantômes le vide du présent dans ce lieu ouvert à toutes les résurgences du passé qu'est le Cotentin – un Ouest où le temps ne passe pas comme ailleurs, et dont il enveloppe les petites villes, jadis aristocratiques et bretteuses, d'un regard nostalgique.

Ce faisant, les romans de Barbey disent ce qu'aucune philosophie politique, ni aucune historiographie ne théorise ni ne figure : ils parlent du passé, comme ce qui hante, ce qui trouble, ce qui revient. Dissimulé derrière le stéréotype du vieux dandy catholique, monarchiste et scandaleux de la décadence fin de siècle, le romancier déborde d'une énergie littéraire qui parle à la fois de sexe, de politique, et des paysans de brumes – forgeant ainsi un singulier rapport à la mélancolie.

Il faut saisir la force de l'histoire dans ses romans, non seulement quand ils racontent des épisodes de la Chouannerie, mais jusque dans la peinture des enfers de la passion et du désir. Dans l'univers aurevillien, le mouvement de l'histoire et le rapport au temps s'incarnent, à proprement parler, et le sexe y est d'autant plus brutal, tourmenté, scandaleux, qu'il est historique et politique : les passions racontent la violence de l'histoire, qui marque les corps. »

Une lecture ô combien revigorante !

Bernard DELCORD

Romans par Jules Barbey d'Aurevilly, édition établie et présentée par  Judith Lyon-Caen, Paris, Éditions Gallimard, collection « Quarto », février 2013, 1216 pp. en noir et blanc au format 14 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 25 € (prix France)

Écrit par Brice dans Bernard Delcord, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

25 02 13

Champs d'horreur...

D'une guerre à l'autre.gifDéjà connu pour un fameux canular [1], Roland Lécavelé, dit Roland Dorgelès (Amiens,1885-Paris, 1973), un jeune journaliste montmartrois, s'engage dans l'infanterie en 1914, expérience de l'horreur absolue qu'il met en scène en 1919 dans Les Croix de bois, un texte magistral couronné du prix Fémina. Ce roman hallucinant, qui raconte la vie – si on peut dire... – dans les tranchées de la Grande Guerre (et qui est le pendant français d'À l'ouest, rien de nouveau de l'écrivain allemand Erich-Maria Remarque), n'a pas pris une ride et se doit d'être remis en avant à l'occasion des fêtes commémoratives de 2014, tout comme d'ailleurs les nouvelles du Cabaret de la Belle Femme (1919) et le « poème d'épouvante » qu'est Le Réveil des morts (1923).

Mais Dorgelès n'en resta pas là.

En 1939, trop âgé pour reprendre du service actif, il se fait observateur de cet étrange intermède qu'il baptisera plus tard La Drôle de guerre (1957), jusqu'à la débâcle et la défaite de 1940 qu'il avait laissé entrevoir dans Retour au front (1940), une publication largement censurée, avant de rédiger Carte d'identité, le récit sec et glacial d'un épisode de la barbarie nazie dont il avait été le témoin.

Cet auteur prolixe (de 55 ouvrages et de très nombreux articles) qui suscita bien des polémiques fut élu président de l'Académie Goncourt en 1954, fonction qu'il occupa jusqu'à sa mort.

Les Éditions Omnibus à Paris ont rassemblé les six textes dont nous venons de parler dans D'une guerre à l'autre, un fort volume préfacé par l'éminent historien Jean-Pierre Rioux qui remet ces ouvrages en perspective avec une belle intelligence de la personnalité et des idées parfois contradictoires de leur auteur.

« Krieg, gross malheur ! » s'exclamaient les héros de Remarque.

Qui avaient ô combien raison...

Bernard DELCORD

D'une guerre à l'autre (Les Croix de bois, Le Cabaret de la Belle Femme, Le Réveil des morts, La Drôle de guerre, Retour au front, Carte d'identité) par Roland Dorgelès, présentation de Jean-Pierre Rioux, Paris, Éditions Omnibus, janvier 2013, 992 pp. en noir et blanc au format 13,4 x 19,8 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 28 € (prix France)


[1] En 1910, avec ses amis du cabaret du Lapin Agile, il fomente une énorme fumisterie à l'occasion du Salon des Indépendants où il fait passer un tableau peint par un âne et intitulé Et le soleil s'endormit sur l'Adriatique pour une œuvre d'un jeune Génois surdoué nommé Jochim Raphaël Boronali. Ce nom était l'anagramme d'Aliboron, l'âne de Buridan, et le tableau retint l'attention de la critique, voire son enthousiasme...

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