28 03 13

Bernard Werber au Café de Flore

Bernard, Werber, troisième, humanitéEn novembre dernier, Bernard Werber était au micro de Nicky Depasse à l'occasion de la sortie du premier voulme d'une nouvelle trilogie, nouvelle aventure humaine, Troisième humanité.


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Café de Flore, le lundi et le jeudi à 13 heures, sur Radio Judaïca.

 

20 03 13

Une fresque fantastique et magnifique !

 

d_un-certain_fevrier.jpgEnfin ! Avec quelle impatience nous attendions l'écrivain(e) qui poursuivrait cette merveilleuse lignée des « Maîtres de l'Imaginaire » ! Nancy Vilbajo non seulement s'inscrit dans ce réalisme poétique, qu'illustrent bien des auteurs (Jean Ray, Thomas Owen, Jean-Baptiste Baronian, Jean Muno, André-Marcel Adamek, pour ne citer qu'eux), mais elle rejoint aussi le cercle fermé du « Fantastique féminin », qualifié par Anne Richter, fine analyste, d'art sauvage !

 

« Tout ce dont je suis sûr » dit un des personnages « c'est que parfois, il faut accepter de traverser cet impossible univers, celui qui n'est pas soumis aux servitudes du début et de la fin ».

 

C'est une fresque magnifique qui commence avant l'humanité et qui se poursuit dans l'épopée d'une ville, jamais nommée – il n'en est nul besoin, vous la connaissez ! -, mais qui est révélée ici dans toute sa beauté, son histoire, sa violence et son mystère, ses amours, ses traditions, son architecture et sa musique. « Nous sommes tous à la recherche d'un endroit, qui pour y bâtir son foyer, qui pour s'y recueillir, qui pour y mourir » dit d'emblée l'auteure. Mais la ville de ce livre « D'un certain février » est vivante, les veines gonflées du sang de la musique...

Une superbe phrase décrit ce rapport ville-musique-histoire... : « A chaque fois, c'était pareil, elle avait l'impression que ses racines lui sortaient des jambes et l'envoyaient puiser toutes ses forces dans une mystérieuse mémoire collective ».

 

Nous suivons ainsi l'histoire des personnages, des « élus » liés au-delà des générations et qui nous emmènent dans un fantastique flamboyant, poétique, lyrique, dont on peut difficilement se détacher une fois la lecture entamée. Et je vous rassure déjà : la finale est grandiose !

Les récits de Nancy Vilbajo nous font entrer dans une multitude d'émotions palpables par le miracle de ses mots et de son style : la peur, par exemple, comme dans « La nuit des goules », où le naturel des dialogues contraste avec l'effroi.

La mort est aussi un des sujets principaux du livre. « La mort nous fascine alors que nous habitons un monde qui ne tourne que pour ce qui vit », observe l'auteure. Ou ailleurs cette si juste ntotation : « Une nuit sans rêve c'est l'apéritif de la mort ».

La mort et son corollaire la guerre : « Sans prévoir, la guerre se dénuda sous mes yeux. Comme elle était laide sans son masque de bravoure ! »

Mais dans ce tableau de la vie et de la mort, on trouve aussi l'enfance et ses « contes de fée », la nature et ses jardins, le sourire de l'humour et les secrets. Le secret ! On trouve aussi comme nom propre d'un personnage « Secret ». Mais secret est un mot magique, qui parcourt comme une vibration invisible toute la lecture.

 

C'est un livre original, qui comporte par exemple en son sein une courte nouvelle de Gérard Prévot, sans doute un des plus grands et des plus méconnus Maîtres de l'Imaginaire belge, un de nos grands auteurs fantastiques. Ce n'est pas un hasard puisqu'il est né dans cette même ville. Avec quel talent Nancy Vilbajo parvient à l'intégrer dans sa propre odyssée !

 

N'en doutez pas, nous sommes ici en présence d'une grande écrivaine et d'un grand livre ! Un de ceux qu'appelait de ses vœux Friedrich Nietzsche dans « Le gai savoir » : « Qu'importe un livre qui ne sait même pas nous transporter au-delà de tous les livres ? » Ou comme ceux définis par Jean d'Ormesson dans « C'est une chose étrange à la fin que le monde » : « Les bons livres sont ceux qui changent un peu leurs lecteurs. » Croyez-moi, vous ne serez plus les mêmes après avoir lu cet ouvrage aux résonnances infinies, comme l'écho des tambours...

 

Jacques Mercier

"D"un certain février". Nancy Vilbajo. Editions Murmures des soirs. Collection "Fantastique", 20X15. broché. 338p. 20 euros. 

           

 

20 03 13

Etre ou paraître?

Un so9782709642866-G.jpgir, tandis qu'il regarde tranquillement la télévision, Arthus Dreyfuss, 20 ans, garagiste de la petite ville de Long, entend sonner à sa porte. Il s'agit ni plus ni moins de l'actrice aux proportions parfaites, élue la plus belle poitrine d'Hollywood, celle qui fait fantasmer les hommes et verdir de jalousie les femmes : Scarlett Johansson. Mirage? Non. Cette dernière, épuisée, veut disparaître quelques jours, se fondre dans l'anonymat, être une fille banale. Just boring. Arthur hésite alors un quart de millionième de seconde. Et accepte. Il la prend sous son aile, lui offre son toit et lui laisse sa chambre. Just that.

 

     Lui qui jusqu'alors était fasciné par la mécanique automobile et la poésie dont «  les mots, emperlés d'une certaine manière, étaient capables de modifier la perception du monde », voit sa vie transformée. Mais saura t-il la réparer, elle? Saura t-il rendre le sourire à la petite fille blessée en elle? Car tous deux se révèlent avoir l'âme cabossée par les embardées nombreuses sur l'autoroute de leur vie. Il leur manque des pièces d'origine, du carburant de réassurances, de tendresse, d'attentions. Parviendront-ils à refaire le plein d'amour? Et de quel amour? Car le seul amour qui vaille, souligne l'auteur, le seul amour vrai, est celui qui permet « d' être vu comme on se voit : dans la bienveillance de notre estime de soi » .

     La mécanique de l'âme n'aura t-elle pour eux plus aucun secret?

     Dans ce magnifique roman, Grégoire Delacourt dénonce cette tendance actuelle à sacraliser le corps, à défaut de sacraliser l'âme. L’importance sociale de la minceur, de la beauté, et plus largement, la recherche obsédante de l’amélioration de l'image, relèguent au second rang la vraie beauté, celle qui existe au delà des apparences, celle de l'estime de soi. Au scalpel de sa plume, il dissèque les âmes humaines avec une justesse chirurgicale, met les coeurs à nu et opère chez l electeur une indicible émotion...

     « La première chose qu'on regarde » est une vibrante ode à l'amour. «  L'amour qui se transmet entre les êtres et ne se perd jamais. » (p194). Bouleversant. Brillant. Incontournable. Just that.

 La première chose qu'on regarde, de Grégoire Delacourt, aux éditions JC Lattès. Mars 2013, 17€, 250 pages.

Karine Fléjo

P.45 « La rouille grignote les âmes de ceux qui ne réalisent pas leurs rêves »

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11 03 13

Le Sardanapale byronien des lettres françaises…

Romans par Jules Barbey d'Aurevilly.jpgRassemblant Une vieille maîtresse (1851), L'Ensorcelée (1855), Le Chevalier des Touches (1864), Un prêtre marié (1865), Les Diaboliques (1874), Une page d'histoire (1886), Troisième Mémorandum (1883, rédigé en 1856) et Cinquième Mémorandum (1966, posthume, rédigé entre 1864 et 1886), la compilation des Romans de Jules Barbey d'Aurevilly parue récemment aux Éditions Gallimard dans la collection « Quarto » constitue, à n'en pas douter, un must pour tous les amateurs de littérature puissante et baroque, « interpellante » (comme on dit aujourd'hui en moldo-valaque) et loin de tout politiquement correct, ce qui, on en conviendra, est tout à la fois alléchant et réjouissant.

C'est que ce dandy des lettres, découvreur de Stendhal et réhabilitateur de Balzac, brillant polémiste contempteur de la modernité, du positivisme, du Parnasse et des hypocrisies du parti catholique, réactionnaire en diable (Hugo, Flaubert et Zola ne prisèrent guère ses assauts qui au contraire plurent, par la suite, à Charles Baudelaire, Léon Bloy, Joris-Karl Huysmans, Octave Mirbeau, Paul Morand, Georges Bernanos et Marcel Proust) et à qui ses amis catholiques n'eussent jamais donné le bon Dieu sans confession, n'avait pas sa plume en poche et n'hésitait pas – horresco referens pour les béni-oui-oui de tous bords – à appeler un chat un chat et, le cas échéant, une chatte une chatte.

Écoutons son éditrice scientifique, Judith Lyon-Caen :

« Passionnément attaché à Dieu et au Roi, par haine de la tiédeur, exécration de toute recherche de consensus, goût de la radicalité, Jules Barbey d'Aurevilly (1808-1889) peuple de fantômes le vide du présent dans ce lieu ouvert à toutes les résurgences du passé qu'est le Cotentin – un Ouest où le temps ne passe pas comme ailleurs, et dont il enveloppe les petites villes, jadis aristocratiques et bretteuses, d'un regard nostalgique.

Ce faisant, les romans de Barbey disent ce qu'aucune philosophie politique, ni aucune historiographie ne théorise ni ne figure : ils parlent du passé, comme ce qui hante, ce qui trouble, ce qui revient. Dissimulé derrière le stéréotype du vieux dandy catholique, monarchiste et scandaleux de la décadence fin de siècle, le romancier déborde d'une énergie littéraire qui parle à la fois de sexe, de politique, et des paysans de brumes – forgeant ainsi un singulier rapport à la mélancolie.

Il faut saisir la force de l'histoire dans ses romans, non seulement quand ils racontent des épisodes de la Chouannerie, mais jusque dans la peinture des enfers de la passion et du désir. Dans l'univers aurevillien, le mouvement de l'histoire et le rapport au temps s'incarnent, à proprement parler, et le sexe y est d'autant plus brutal, tourmenté, scandaleux, qu'il est historique et politique : les passions racontent la violence de l'histoire, qui marque les corps. »

Une lecture ô combien revigorante !

Bernard DELCORD

Romans par Jules Barbey d'Aurevilly, édition établie et présentée par  Judith Lyon-Caen, Paris, Éditions Gallimard, collection « Quarto », février 2013, 1216 pp. en noir et blanc au format 14 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 25 € (prix France)

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25 02 13

Champs d'horreur...

D'une guerre à l'autre.gifDéjà connu pour un fameux canular [1], Roland Lécavelé, dit Roland Dorgelès (Amiens,1885-Paris, 1973), un jeune journaliste montmartrois, s'engage dans l'infanterie en 1914, expérience de l'horreur absolue qu'il met en scène en 1919 dans Les Croix de bois, un texte magistral couronné du prix Fémina. Ce roman hallucinant, qui raconte la vie – si on peut dire... – dans les tranchées de la Grande Guerre (et qui est le pendant français d'À l'ouest, rien de nouveau de l'écrivain allemand Erich-Maria Remarque), n'a pas pris une ride et se doit d'être remis en avant à l'occasion des fêtes commémoratives de 2014, tout comme d'ailleurs les nouvelles du Cabaret de la Belle Femme (1919) et le « poème d'épouvante » qu'est Le Réveil des morts (1923).

Mais Dorgelès n'en resta pas là.

En 1939, trop âgé pour reprendre du service actif, il se fait observateur de cet étrange intermède qu'il baptisera plus tard La Drôle de guerre (1957), jusqu'à la débâcle et la défaite de 1940 qu'il avait laissé entrevoir dans Retour au front (1940), une publication largement censurée, avant de rédiger Carte d'identité, le récit sec et glacial d'un épisode de la barbarie nazie dont il avait été le témoin.

Cet auteur prolixe (de 55 ouvrages et de très nombreux articles) qui suscita bien des polémiques fut élu président de l'Académie Goncourt en 1954, fonction qu'il occupa jusqu'à sa mort.

Les Éditions Omnibus à Paris ont rassemblé les six textes dont nous venons de parler dans D'une guerre à l'autre, un fort volume préfacé par l'éminent historien Jean-Pierre Rioux qui remet ces ouvrages en perspective avec une belle intelligence de la personnalité et des idées parfois contradictoires de leur auteur.

« Krieg, gross malheur ! » s'exclamaient les héros de Remarque.

Qui avaient ô combien raison...

Bernard DELCORD

D'une guerre à l'autre (Les Croix de bois, Le Cabaret de la Belle Femme, Le Réveil des morts, La Drôle de guerre, Retour au front, Carte d'identité) par Roland Dorgelès, présentation de Jean-Pierre Rioux, Paris, Éditions Omnibus, janvier 2013, 992 pp. en noir et blanc au format 13,4 x 19,8 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 28 € (prix France)


[1] En 1910, avec ses amis du cabaret du Lapin Agile, il fomente une énorme fumisterie à l'occasion du Salon des Indépendants où il fait passer un tableau peint par un âne et intitulé Et le soleil s'endormit sur l'Adriatique pour une œuvre d'un jeune Génois surdoué nommé Jochim Raphaël Boronali. Ce nom était l'anagramme d'Aliboron, l'âne de Buridan, et le tableau retint l'attention de la critique, voire son enthousiasme...

Écrit par Brice dans Bernard Delcord, Histoire, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

08 02 13

Tout, tout, tout sur les parfums...

parfum marmet_0001.jpgPascal Marmet nous offre un livre complet : un roman, une histoire, de la presque vraie vie, de l'information... Tout, tout, vous saurez tout sur les parfums ! On lit ce "Roman du Parfum" de plusieurs manières simultanées, c'est fantastique ! L'auteur explique dans l'introduction le fonctionnement de son livre, l'explication de l'intervention en fil rouge de l'acteur Tony Curtis (et nous vivons avec lui une histoire plus authentique que la vraie vie sans aucun doute, tant est grand le talent de l'auteur !) et de la narratrice, "nez" chez les grands parfumeurs, la belle Sabrina. Les premières pages dans l'aéroport avec Sabrina qui "sent" vraiment les moindres parfums, odeurs, qu'elle croise sont magistrales et nous forcent à avancer au plus vite dans la connaissance du sujet. J'aime quand elle raconte son amour de la lecture, page 17 : "Lire fut ma câlinothérapie, mon espace de soin, la cathédrale où j'édifiais mon être, le palais de mots qui tapissait mon mur intérieur". J'aime aussi ce qui déclencha son don : "La première fois où je pris conscience du royaume des odeurs, ce fut sous un tilleul." Et d'expliciter quelques lignes plus loin : "Quand l'orage d'un gris anthracite a menacé, le ciel s'est plombé. C'est alors que des seaux d'eau ont traversé le ciel. Au milieu de cette approximative nuit, l'arbre a irradié comme s'il avait emprisonné du soleil dans ses feuilles. Une cascade d'effluves et de bienfaits s'est répandue sur mon front. Je buvais cette odeur, m'en empreignais jusqu'à l'ivresse, je m'y noyais". On suit toute l'histoire des parfums, on apprend ou réapprend toute l'histoire de la création des grands parfums. Qui sait que c'est Ibn Sina, l'inventeur des essences essentielles ? Que Giovanni Maria Farina est l'inventeur de l'eau de Cologne ? etc. L'humour n'est pas absent, comme de faire faire dire "je n'en ai rien à cirer" à un cireur de chaussures de Broadway ! La philosophie non plus n'est pas absente : "Je crois aussi qu'il faut rester un débutant éternel et ne pas se prendre pour Dieu", lit-on. Ou ceci : "L'audace est toute l'histoire de ma vie parce qu'on ne découvre pas de terre nouvelle sans consentir à perdre de vue les rivages de nos certitudes." Et puis cette formidable mine de renseignements sur l'aventure du parfum. Par exemple : "Lorsque Poppée décède, Néron l'incendiaire fit brûler le stock annuel de cannelle importée de Ceylan juste pour noyer son chagrin dans cet arôme"... Ou ceci à propos d'Estée Lauder : "Un jour, par colère, elle a cassé la bouteille du parfum dans un magasin. Pendant plusieurs jours, les clientes ont réclamé ce parfum et il a fait sa fortune" ! C'est à un merveilleux voyage que vous invite Pascal Marmet, respirez bien !

 

Jacques MERCIER

 

"Le Roman du Parfum", Pascal Marmet, Editions du Rocher, 266 pages. 20,20 euros.

Écrit par Jacques Mercier dans Histoire, Jacques Mercier, Patrimoine, Romans, Société | Commentaires (1) |  Facebook | |

02 02 13

Les mystères de Bruxelles ! Un régal !

 

dulle griet.jpgDéjà le pseudonyme « Dulle Griet » choisi par cet auteur bruxellois me plaît beaucoup. Dulle Griet c'est Margot la Folle qu'on trouve au milieu du tableau de Bruegel. Elle est l'incarnation de l'avidité furieuse et se dirige vers l'enfer pour y mettre son butin en sécurité ! Sous ce joli pseudonyme se cache un lauréat de plusieurs prix littéraires et surtout un excellent auteur de polars. Il nous a déjà livré « Petits meurtres chez ces gens-là » et cette fois, il s'agit de « Les fenêtres murmurent » dans la collection « Les Mystères de Bruxelles ». Étrangement sur la couverture on découvre le célèbre Gille de Binche et son masque et pas une vue de Bruxelles, mais bien entendu le récit nous en donnera la raison. Le livre commence par « Vé van Boma, patate mè saucisse », qu'on se doit de renvoyer en note en bas de page pour traduire « Vive Bonne-Maman... » ! Outre le bonheur pour nous de découvrir les décors typiques de la capitale de l'Europe, ainsi que son patois, l'histoire elle-même nous tient en haleine : Que s'est-il passé dans la rue Porselein, à Anderlecht ? L'inspecteur Lilas Klaus et son partenaire Serge Zwanze (en bruxellois, c'est la blague typique du coin !) vont essayer d'élucider les énigmes en cette période de carnaval 2012, car on suit de jour en jour, avec la mention des dates, l'avancée palpitante de l'histoire. Une petite interrogation à l'auteur : il parle de « brise-lames », d'Ostende, de James Ensor dans les premières pages, dans un souffle magique ; mais le « brise-larmes » qui apparaît tout-à-coup est-il conscient ou une jolie faute typographique ? Je penche pour la volonté de glisser ce néologisme poétique ! Pour vous donner le ton, quelques phrases cueillies dans le feu de l'action : « Elle songe qu'il n'existe pas meilleure protection contre la tentation que la conviction de n'être soi-même une tentation pour personne » C'est à propos d'une femme qui ne se trouve pas belle. Et un peu plus loin : « Aussi, il faut bien l'avouer, parce que la réalité a beau être une sacrée garce, les rêves et les illusions ont la vie dure et ne meurent jamais tout à fait. » Ici on a le ton « policier » si particulier au genre et la réflexion qui en fait un grand roman, au-delà des anecdotes. C'est Érasme que Dulle Griet a choisi de mettre en exergue avec cette phrase : « La perversité des méchants a plus d'effet que la sympathie des bons » !

 

Jacques MERCIER

 

« Les fenêtres murmurent », par Dulle Griet, Collection « Les Mystères de Bruxelles », Éditions Presses de la cité, 2013, 308 pp. 20,50 euros.

Écrit par Jacques Mercier dans Belge, Jacques Mercier, Romans, Thriller, Polar | Commentaires (2) |  Facebook | |

01 02 13

So British!

L'amour, toujours l'amour.gifAuteure d'essais décapants (J'ai épousé un Français, Snobismes et voyages), de biographies remarquées (Le Roi Soleil, Madame de Pompadour, Voltaire amoureux) et traductrice dans la langue de Shakespeare de La Princesse de Clèves, la très francophile, très noble et très Honorable romancière britannique Nancy Mitford (Londres, 1904–Versailles, 1973) – elle était l'aînée des six filles du baron Redesdale et exerça un rôle prépondérant dans la vie mondaine des deux côtés du Channel – évoque avec humour le milieu aristocratique de l'Angleterre de l'entre-deux-guerres dans ses romans, dont À la poursuite de l'amour, qui obtint un succès colossal à sa parution en 1945.

Les Éditions Omnibus à Paris ont eu l'excellente idée de faire reparaître la version française ce best-seller, accompagnée de trois autres textes (L'amour dans un climat froid, Le Cher Ange et Pas un mot à l'ambassadeur), dans une belle compilation au titre très Frenchy, L'amour, toujours l'amour, véritable condensé de drôlerie, de finesse et d'esprit, plein de fantaisie et de gaieté, dont le thème central est l'amour : celui dont rêvent les fillettes exaltées, celui que plus tard elles espèrent et recherchent, celui qu'elles manigancent ou encore celui qu'elles croient trouver dans le mariage.

Un bijou d'humour, serti dans ce mélange de tradition et d'excentricité propre à la haute société anglaise et qui fait le charme indémodable de la parfois perfide Albion...

Bernard DELCORD

L'amour, toujours l'amour par Nancy Mitford, Paris, Éditions Omnibus, janvier 2013, 928 pp. en noir et blanc au format 13,4 x 19,8 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 27 € (prix France)

Écrit par Brice dans Bernard Delcord, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

09 01 13

Un roman qui vous veut du bien !

41M0HwcIrKL._SL500_AA300_.jpgQu'y a t-il de commun entre Mariette, professeur d'histoire-géo, Monsieur Mike, ex-militaire à la rue et la jeune Millie ? Burn-out, solitude, violence, tous trois sont à un carrefour de leur existence. Dans une impasse diraient les fatalistes. Mais ce serait mal connaître le formidable élan vital qui porte la plume de Valérie Tong-Cuong : "La fatalité n'était rien d'autre qu'un argument justifiant la lâcheté, le pessimisme d'humeur et l'absence de volonté." (P.16). C'est même quand il ne semble plus y avoir d'espoir qu'il ne faut désespérer de rien. Encore faut-il ne pas être seul avec sa détresse. De fait, un certain Jean, directeur d'une association caritative appelée L'atelier, se présente à eux tel un messie. A ces accidentés de la vie, il va proposer des béquilles psychologiques, financières, affectives. Une main tendue. Un lieu où " retrouver un sens à leur vie, une direction, le bonheur d'exister, la conscience d'être."


     Mais un miracle peut-il opérer au sein de cet atelier sans la participation active de ces êtres blessés? Pour avancer, ne doivent-ils pas auparavant affronter leurs démons, leurs doutes, les zones d'ombre de leur passé? Être et non plus par-être, ne plus se mentir ni mentir aux autres, pour... "ren-être"?

     Avec une plume d'une vibrante sensibilité, d'une puissance inouïe, Valérie Tong-Cuong nous démontre que "tout est possible lorsque l'intention est là. L'intention, c'est cette volonté extrême de vivre, au sens le plus fort du terme. Vivre en pleine conscience de chaque instant, de chaque élément qui nous entoure ou nous gouverne. Vivre en pleine confiance également, confiance en l'avenir, en l'autre, en la possibilité du bonheur."

     Un roman choral indiciblement lumineux, véritable hymne à la reconquête de notre vie!
    

     Ruez-vous dessus!!!

P.85 : Nous vous apprendrons à vous regarder telle que vous êtes vraiment, et non au travers des yeux des autres, ni des filtres que vous a imposés votre histoire. C'est ce qui nous tue, les filtres. Il faut les cerner et les anéantir.

L'atelier des miracles, de Valérie Tong-Cuong, éditions JC Lattès , janvier 2013, 17€.

Karine Fléjo

Écrit par Karine Fléjo dans Karine Fléjo, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

25 12 12

Des foudres de guerre...

Les Mercenaires.gifAprès avoir ressorti en 2011 Les Centurions [1] de Jean Lartéguy (dont l’édition originale date de 1960), les Presses de la Cité à Paris ont remis Les Mercenaires sur le métier (le roman avait paru en 1954 sous le titre Du sang sur les collines), et c'est une bonne nouvelle pour les amateurs de récits pleins de sang, de sueur et de larmes.

On se souviendra qu'ancien officier de commandos dans l’Armée française de libération durant la Seconde guerre mondiale puis correspondant de guerre du Paris Match de la grande époque, Prix Albert Londres 1955, Jean Lartéguy, narrateur remarquable, couvrit successivement la révolution d'Azerbaïdjan (1945), les conflits de Palestine (1948, 1956, 1967), de Corée (1950-53), d’Indochine (1946-54), d’Algérie (1954-62) puis du Viêt Nam (1959-65) et enfin différentes révolutions en Amérique Latine (années 60-70).

Dès l'incipit, l'auteur donne le ton : « Les mercenaires que j'ai rencontrés et dont parfois j'ai partagé la vie combattent de vingt à trente ans pour refaire le monde. Jusqu'à quarante ans, ils se battent pour leurs rêves et cette image d'eux-mêmes qu'ils se sont inventée. Puis, s'ils ne se font pas tuer, ils se résignent à vivre comme tout le monde, mais mal, car ils ne touchent pas de retraite, et ils meurent dans leur lit d'une congestion ou d'une cirrhose du foie. Jamais l'argent ne les intéresse, rarement la gloire, et ils ne se soucient que fort peu de l'opinion de leurs contemporains. C'est en cela qu'ils diffèrent des autres hommes ».

Ces mercenaires au destin héroïque et pitoyable sont le capitaine Lirelou, ses camarades et son mentor Faugât, un Auvergnat communiste rencontré en 1936 dans les Brigades internationales durant la guerre d'Espagne. On suit ces hommes sur les principaux théâtres de guerre du milieu du XXe siècle, de la guerre d'Espagne à la Seconde Guerre mondiale dans les premiers commandos parachutistes, puis en Indochine au sein d'un maquis contre le Viêt-Minh, jusqu'à la guerre de Corée où des Français combattirent sous mandat de l'ONU.

Loin d'être une apologie de la guerre, ce texte apporte une réflexion sur les thèmes de l'engagement, de la résistance, de la fidélité à ses camarades et du sens de l'honneur du soldat pour qui parfois la désobéissance est la seule façon de rester fidèle à ses engagements [2].

C'est le roman de la fierté nationale déçue, des énergies qui n'ont pas trouvé leur emploi, des sacrifices sans foi et sans cause. Plus encore que les centurions, ces mercenaires sont pour la plupart des aventuriers à l'état pur, inoubliables figures d'hommes, les fils maudits d'un siècle de violence...

Bernard DELCORD

Les Mercenaires par Jean Lartéguy, Paris, Presses de la Cité, novembre 2012, 443 pp. en noir et blanc au format 14 x 22,5 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 21,50 € (prix France)


[1] http://lireestunplaisir.skynetblogs.be/archive/2011/12/18/un-grand-roman-a-la-kessel.html

[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Mercenaires_%28roman%29

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