11 03 13

Le Sardanapale byronien des lettres françaises…

Romans par Jules Barbey d'Aurevilly.jpgRassemblant Une vieille maîtresse (1851), L'Ensorcelée (1855), Le Chevalier des Touches (1864), Un prêtre marié (1865), Les Diaboliques (1874), Une page d'histoire (1886), Troisième Mémorandum (1883, rédigé en 1856) et Cinquième Mémorandum (1966, posthume, rédigé entre 1864 et 1886), la compilation des Romans de Jules Barbey d'Aurevilly parue récemment aux Éditions Gallimard dans la collection « Quarto » constitue, à n'en pas douter, un must pour tous les amateurs de littérature puissante et baroque, « interpellante » (comme on dit aujourd'hui en moldo-valaque) et loin de tout politiquement correct, ce qui, on en conviendra, est tout à la fois alléchant et réjouissant.

C'est que ce dandy des lettres, découvreur de Stendhal et réhabilitateur de Balzac, brillant polémiste contempteur de la modernité, du positivisme, du Parnasse et des hypocrisies du parti catholique, réactionnaire en diable (Hugo, Flaubert et Zola ne prisèrent guère ses assauts qui au contraire plurent, par la suite, à Charles Baudelaire, Léon Bloy, Joris-Karl Huysmans, Octave Mirbeau, Paul Morand, Georges Bernanos et Marcel Proust) et à qui ses amis catholiques n'eussent jamais donné le bon Dieu sans confession, n'avait pas sa plume en poche et n'hésitait pas – horresco referens pour les béni-oui-oui de tous bords – à appeler un chat un chat et, le cas échéant, une chatte une chatte.

Écoutons son éditrice scientifique, Judith Lyon-Caen :

« Passionnément attaché à Dieu et au Roi, par haine de la tiédeur, exécration de toute recherche de consensus, goût de la radicalité, Jules Barbey d'Aurevilly (1808-1889) peuple de fantômes le vide du présent dans ce lieu ouvert à toutes les résurgences du passé qu'est le Cotentin – un Ouest où le temps ne passe pas comme ailleurs, et dont il enveloppe les petites villes, jadis aristocratiques et bretteuses, d'un regard nostalgique.

Ce faisant, les romans de Barbey disent ce qu'aucune philosophie politique, ni aucune historiographie ne théorise ni ne figure : ils parlent du passé, comme ce qui hante, ce qui trouble, ce qui revient. Dissimulé derrière le stéréotype du vieux dandy catholique, monarchiste et scandaleux de la décadence fin de siècle, le romancier déborde d'une énergie littéraire qui parle à la fois de sexe, de politique, et des paysans de brumes – forgeant ainsi un singulier rapport à la mélancolie.

Il faut saisir la force de l'histoire dans ses romans, non seulement quand ils racontent des épisodes de la Chouannerie, mais jusque dans la peinture des enfers de la passion et du désir. Dans l'univers aurevillien, le mouvement de l'histoire et le rapport au temps s'incarnent, à proprement parler, et le sexe y est d'autant plus brutal, tourmenté, scandaleux, qu'il est historique et politique : les passions racontent la violence de l'histoire, qui marque les corps. »

Une lecture ô combien revigorante !

Bernard DELCORD

Romans par Jules Barbey d'Aurevilly, édition établie et présentée par  Judith Lyon-Caen, Paris, Éditions Gallimard, collection « Quarto », février 2013, 1216 pp. en noir et blanc au format 14 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 25 € (prix France)

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25 02 13

Champs d'horreur...

D'une guerre à l'autre.gifDéjà connu pour un fameux canular [1], Roland Lécavelé, dit Roland Dorgelès (Amiens,1885-Paris, 1973), un jeune journaliste montmartrois, s'engage dans l'infanterie en 1914, expérience de l'horreur absolue qu'il met en scène en 1919 dans Les Croix de bois, un texte magistral couronné du prix Fémina. Ce roman hallucinant, qui raconte la vie – si on peut dire... – dans les tranchées de la Grande Guerre (et qui est le pendant français d'À l'ouest, rien de nouveau de l'écrivain allemand Erich-Maria Remarque), n'a pas pris une ride et se doit d'être remis en avant à l'occasion des fêtes commémoratives de 2014, tout comme d'ailleurs les nouvelles du Cabaret de la Belle Femme (1919) et le « poème d'épouvante » qu'est Le Réveil des morts (1923).

Mais Dorgelès n'en resta pas là.

En 1939, trop âgé pour reprendre du service actif, il se fait observateur de cet étrange intermède qu'il baptisera plus tard La Drôle de guerre (1957), jusqu'à la débâcle et la défaite de 1940 qu'il avait laissé entrevoir dans Retour au front (1940), une publication largement censurée, avant de rédiger Carte d'identité, le récit sec et glacial d'un épisode de la barbarie nazie dont il avait été le témoin.

Cet auteur prolixe (de 55 ouvrages et de très nombreux articles) qui suscita bien des polémiques fut élu président de l'Académie Goncourt en 1954, fonction qu'il occupa jusqu'à sa mort.

Les Éditions Omnibus à Paris ont rassemblé les six textes dont nous venons de parler dans D'une guerre à l'autre, un fort volume préfacé par l'éminent historien Jean-Pierre Rioux qui remet ces ouvrages en perspective avec une belle intelligence de la personnalité et des idées parfois contradictoires de leur auteur.

« Krieg, gross malheur ! » s'exclamaient les héros de Remarque.

Qui avaient ô combien raison...

Bernard DELCORD

D'une guerre à l'autre (Les Croix de bois, Le Cabaret de la Belle Femme, Le Réveil des morts, La Drôle de guerre, Retour au front, Carte d'identité) par Roland Dorgelès, présentation de Jean-Pierre Rioux, Paris, Éditions Omnibus, janvier 2013, 992 pp. en noir et blanc au format 13,4 x 19,8 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 28 € (prix France)


[1] En 1910, avec ses amis du cabaret du Lapin Agile, il fomente une énorme fumisterie à l'occasion du Salon des Indépendants où il fait passer un tableau peint par un âne et intitulé Et le soleil s'endormit sur l'Adriatique pour une œuvre d'un jeune Génois surdoué nommé Jochim Raphaël Boronali. Ce nom était l'anagramme d'Aliboron, l'âne de Buridan, et le tableau retint l'attention de la critique, voire son enthousiasme...

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08 02 13

Tout, tout, tout sur les parfums...

parfum marmet_0001.jpgPascal Marmet nous offre un livre complet : un roman, une histoire, de la presque vraie vie, de l'information... Tout, tout, vous saurez tout sur les parfums ! On lit ce "Roman du Parfum" de plusieurs manières simultanées, c'est fantastique ! L'auteur explique dans l'introduction le fonctionnement de son livre, l'explication de l'intervention en fil rouge de l'acteur Tony Curtis (et nous vivons avec lui une histoire plus authentique que la vraie vie sans aucun doute, tant est grand le talent de l'auteur !) et de la narratrice, "nez" chez les grands parfumeurs, la belle Sabrina. Les premières pages dans l'aéroport avec Sabrina qui "sent" vraiment les moindres parfums, odeurs, qu'elle croise sont magistrales et nous forcent à avancer au plus vite dans la connaissance du sujet. J'aime quand elle raconte son amour de la lecture, page 17 : "Lire fut ma câlinothérapie, mon espace de soin, la cathédrale où j'édifiais mon être, le palais de mots qui tapissait mon mur intérieur". J'aime aussi ce qui déclencha son don : "La première fois où je pris conscience du royaume des odeurs, ce fut sous un tilleul." Et d'expliciter quelques lignes plus loin : "Quand l'orage d'un gris anthracite a menacé, le ciel s'est plombé. C'est alors que des seaux d'eau ont traversé le ciel. Au milieu de cette approximative nuit, l'arbre a irradié comme s'il avait emprisonné du soleil dans ses feuilles. Une cascade d'effluves et de bienfaits s'est répandue sur mon front. Je buvais cette odeur, m'en empreignais jusqu'à l'ivresse, je m'y noyais". On suit toute l'histoire des parfums, on apprend ou réapprend toute l'histoire de la création des grands parfums. Qui sait que c'est Ibn Sina, l'inventeur des essences essentielles ? Que Giovanni Maria Farina est l'inventeur de l'eau de Cologne ? etc. L'humour n'est pas absent, comme de faire faire dire "je n'en ai rien à cirer" à un cireur de chaussures de Broadway ! La philosophie non plus n'est pas absente : "Je crois aussi qu'il faut rester un débutant éternel et ne pas se prendre pour Dieu", lit-on. Ou ceci : "L'audace est toute l'histoire de ma vie parce qu'on ne découvre pas de terre nouvelle sans consentir à perdre de vue les rivages de nos certitudes." Et puis cette formidable mine de renseignements sur l'aventure du parfum. Par exemple : "Lorsque Poppée décède, Néron l'incendiaire fit brûler le stock annuel de cannelle importée de Ceylan juste pour noyer son chagrin dans cet arôme"... Ou ceci à propos d'Estée Lauder : "Un jour, par colère, elle a cassé la bouteille du parfum dans un magasin. Pendant plusieurs jours, les clientes ont réclamé ce parfum et il a fait sa fortune" ! C'est à un merveilleux voyage que vous invite Pascal Marmet, respirez bien !

 

Jacques MERCIER

 

"Le Roman du Parfum", Pascal Marmet, Editions du Rocher, 266 pages. 20,20 euros.

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02 02 13

Les mystères de Bruxelles ! Un régal !

 

dulle griet.jpgDéjà le pseudonyme « Dulle Griet » choisi par cet auteur bruxellois me plaît beaucoup. Dulle Griet c'est Margot la Folle qu'on trouve au milieu du tableau de Bruegel. Elle est l'incarnation de l'avidité furieuse et se dirige vers l'enfer pour y mettre son butin en sécurité ! Sous ce joli pseudonyme se cache un lauréat de plusieurs prix littéraires et surtout un excellent auteur de polars. Il nous a déjà livré « Petits meurtres chez ces gens-là » et cette fois, il s'agit de « Les fenêtres murmurent » dans la collection « Les Mystères de Bruxelles ». Étrangement sur la couverture on découvre le célèbre Gille de Binche et son masque et pas une vue de Bruxelles, mais bien entendu le récit nous en donnera la raison. Le livre commence par « Vé van Boma, patate mè saucisse », qu'on se doit de renvoyer en note en bas de page pour traduire « Vive Bonne-Maman... » ! Outre le bonheur pour nous de découvrir les décors typiques de la capitale de l'Europe, ainsi que son patois, l'histoire elle-même nous tient en haleine : Que s'est-il passé dans la rue Porselein, à Anderlecht ? L'inspecteur Lilas Klaus et son partenaire Serge Zwanze (en bruxellois, c'est la blague typique du coin !) vont essayer d'élucider les énigmes en cette période de carnaval 2012, car on suit de jour en jour, avec la mention des dates, l'avancée palpitante de l'histoire. Une petite interrogation à l'auteur : il parle de « brise-lames », d'Ostende, de James Ensor dans les premières pages, dans un souffle magique ; mais le « brise-larmes » qui apparaît tout-à-coup est-il conscient ou une jolie faute typographique ? Je penche pour la volonté de glisser ce néologisme poétique ! Pour vous donner le ton, quelques phrases cueillies dans le feu de l'action : « Elle songe qu'il n'existe pas meilleure protection contre la tentation que la conviction de n'être soi-même une tentation pour personne » C'est à propos d'une femme qui ne se trouve pas belle. Et un peu plus loin : « Aussi, il faut bien l'avouer, parce que la réalité a beau être une sacrée garce, les rêves et les illusions ont la vie dure et ne meurent jamais tout à fait. » Ici on a le ton « policier » si particulier au genre et la réflexion qui en fait un grand roman, au-delà des anecdotes. C'est Érasme que Dulle Griet a choisi de mettre en exergue avec cette phrase : « La perversité des méchants a plus d'effet que la sympathie des bons » !

 

Jacques MERCIER

 

« Les fenêtres murmurent », par Dulle Griet, Collection « Les Mystères de Bruxelles », Éditions Presses de la cité, 2013, 308 pp. 20,50 euros.

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01 02 13

So British!

L'amour, toujours l'amour.gifAuteure d'essais décapants (J'ai épousé un Français, Snobismes et voyages), de biographies remarquées (Le Roi Soleil, Madame de Pompadour, Voltaire amoureux) et traductrice dans la langue de Shakespeare de La Princesse de Clèves, la très francophile, très noble et très Honorable romancière britannique Nancy Mitford (Londres, 1904–Versailles, 1973) – elle était l'aînée des six filles du baron Redesdale et exerça un rôle prépondérant dans la vie mondaine des deux côtés du Channel – évoque avec humour le milieu aristocratique de l'Angleterre de l'entre-deux-guerres dans ses romans, dont À la poursuite de l'amour, qui obtint un succès colossal à sa parution en 1945.

Les Éditions Omnibus à Paris ont eu l'excellente idée de faire reparaître la version française ce best-seller, accompagnée de trois autres textes (L'amour dans un climat froid, Le Cher Ange et Pas un mot à l'ambassadeur), dans une belle compilation au titre très Frenchy, L'amour, toujours l'amour, véritable condensé de drôlerie, de finesse et d'esprit, plein de fantaisie et de gaieté, dont le thème central est l'amour : celui dont rêvent les fillettes exaltées, celui que plus tard elles espèrent et recherchent, celui qu'elles manigancent ou encore celui qu'elles croient trouver dans le mariage.

Un bijou d'humour, serti dans ce mélange de tradition et d'excentricité propre à la haute société anglaise et qui fait le charme indémodable de la parfois perfide Albion...

Bernard DELCORD

L'amour, toujours l'amour par Nancy Mitford, Paris, Éditions Omnibus, janvier 2013, 928 pp. en noir et blanc au format 13,4 x 19,8 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 27 € (prix France)

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09 01 13

Un roman qui vous veut du bien !

41M0HwcIrKL._SL500_AA300_.jpgQu'y a t-il de commun entre Mariette, professeur d'histoire-géo, Monsieur Mike, ex-militaire à la rue et la jeune Millie ? Burn-out, solitude, violence, tous trois sont à un carrefour de leur existence. Dans une impasse diraient les fatalistes. Mais ce serait mal connaître le formidable élan vital qui porte la plume de Valérie Tong-Cuong : "La fatalité n'était rien d'autre qu'un argument justifiant la lâcheté, le pessimisme d'humeur et l'absence de volonté." (P.16). C'est même quand il ne semble plus y avoir d'espoir qu'il ne faut désespérer de rien. Encore faut-il ne pas être seul avec sa détresse. De fait, un certain Jean, directeur d'une association caritative appelée L'atelier, se présente à eux tel un messie. A ces accidentés de la vie, il va proposer des béquilles psychologiques, financières, affectives. Une main tendue. Un lieu où " retrouver un sens à leur vie, une direction, le bonheur d'exister, la conscience d'être."


     Mais un miracle peut-il opérer au sein de cet atelier sans la participation active de ces êtres blessés? Pour avancer, ne doivent-ils pas auparavant affronter leurs démons, leurs doutes, les zones d'ombre de leur passé? Être et non plus par-être, ne plus se mentir ni mentir aux autres, pour... "ren-être"?

     Avec une plume d'une vibrante sensibilité, d'une puissance inouïe, Valérie Tong-Cuong nous démontre que "tout est possible lorsque l'intention est là. L'intention, c'est cette volonté extrême de vivre, au sens le plus fort du terme. Vivre en pleine conscience de chaque instant, de chaque élément qui nous entoure ou nous gouverne. Vivre en pleine confiance également, confiance en l'avenir, en l'autre, en la possibilité du bonheur."

     Un roman choral indiciblement lumineux, véritable hymne à la reconquête de notre vie!
    

     Ruez-vous dessus!!!

P.85 : Nous vous apprendrons à vous regarder telle que vous êtes vraiment, et non au travers des yeux des autres, ni des filtres que vous a imposés votre histoire. C'est ce qui nous tue, les filtres. Il faut les cerner et les anéantir.

L'atelier des miracles, de Valérie Tong-Cuong, éditions JC Lattès , janvier 2013, 17€.

Karine Fléjo

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25 12 12

Des foudres de guerre...

Les Mercenaires.gifAprès avoir ressorti en 2011 Les Centurions [1] de Jean Lartéguy (dont l’édition originale date de 1960), les Presses de la Cité à Paris ont remis Les Mercenaires sur le métier (le roman avait paru en 1954 sous le titre Du sang sur les collines), et c'est une bonne nouvelle pour les amateurs de récits pleins de sang, de sueur et de larmes.

On se souviendra qu'ancien officier de commandos dans l’Armée française de libération durant la Seconde guerre mondiale puis correspondant de guerre du Paris Match de la grande époque, Prix Albert Londres 1955, Jean Lartéguy, narrateur remarquable, couvrit successivement la révolution d'Azerbaïdjan (1945), les conflits de Palestine (1948, 1956, 1967), de Corée (1950-53), d’Indochine (1946-54), d’Algérie (1954-62) puis du Viêt Nam (1959-65) et enfin différentes révolutions en Amérique Latine (années 60-70).

Dès l'incipit, l'auteur donne le ton : « Les mercenaires que j'ai rencontrés et dont parfois j'ai partagé la vie combattent de vingt à trente ans pour refaire le monde. Jusqu'à quarante ans, ils se battent pour leurs rêves et cette image d'eux-mêmes qu'ils se sont inventée. Puis, s'ils ne se font pas tuer, ils se résignent à vivre comme tout le monde, mais mal, car ils ne touchent pas de retraite, et ils meurent dans leur lit d'une congestion ou d'une cirrhose du foie. Jamais l'argent ne les intéresse, rarement la gloire, et ils ne se soucient que fort peu de l'opinion de leurs contemporains. C'est en cela qu'ils diffèrent des autres hommes ».

Ces mercenaires au destin héroïque et pitoyable sont le capitaine Lirelou, ses camarades et son mentor Faugât, un Auvergnat communiste rencontré en 1936 dans les Brigades internationales durant la guerre d'Espagne. On suit ces hommes sur les principaux théâtres de guerre du milieu du XXe siècle, de la guerre d'Espagne à la Seconde Guerre mondiale dans les premiers commandos parachutistes, puis en Indochine au sein d'un maquis contre le Viêt-Minh, jusqu'à la guerre de Corée où des Français combattirent sous mandat de l'ONU.

Loin d'être une apologie de la guerre, ce texte apporte une réflexion sur les thèmes de l'engagement, de la résistance, de la fidélité à ses camarades et du sens de l'honneur du soldat pour qui parfois la désobéissance est la seule façon de rester fidèle à ses engagements [2].

C'est le roman de la fierté nationale déçue, des énergies qui n'ont pas trouvé leur emploi, des sacrifices sans foi et sans cause. Plus encore que les centurions, ces mercenaires sont pour la plupart des aventuriers à l'état pur, inoubliables figures d'hommes, les fils maudits d'un siècle de violence...

Bernard DELCORD

Les Mercenaires par Jean Lartéguy, Paris, Presses de la Cité, novembre 2012, 443 pp. en noir et blanc au format 14 x 22,5 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 21,50 € (prix France)


[1] http://lireestunplaisir.skynetblogs.be/archive/2011/12/18/un-grand-roman-a-la-kessel.html

[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Mercenaires_%28roman%29

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09 12 12

Un récit haletant !

Un jour je serai Roi.gifLe texte ci-joint a été expédié dans la newsletter de décembre 2012 des guides gastronomiques belges DELTA (www.deltaweb.be) puis mis en ligne sur leur site (http://www.deltaweb.be/restaurants-hotels-Un-recit-haleta...).

Auteur de plusieurs romans historiques à succès, dont Le secret de Champollion et L'insoumise du Roi-Soleil, l'écrivain français Jean-Michel Riou s'est lancé dans la rédaction de la saga Versailles, le palais de toutes les promesses, dont le premier opus, Un jour je serai Roi, vient de sortir en version de poche aux Éditions J'ai Lu à Paris.

L'histoire de ce premier tome, qui va de 1638 à 1664, se passe à l'époque où Louis XIV a décidé d'édifier le plus grand palais du monde dans un marais insalubre. Cette nouvelle déclenche l'arrivée d'une armée humaine décidée à tirer de l'événement la fortune et la gloire. Maçons, artisans, aventuriers, filles de mauvaise vie affluent alors par milliers sur le chantier titanesque. Parmi eux, Toussaint Delaforge, un bâtard et enfant de la misère. Pour découvrir le secret de ses origines, il s'est enfui du collège de Montcler et a été recueilli par Pontgallet, bâtisseur du roi, qui lui a proposé une place sur le chantier du château de Versailles. C'est le début d'une nouvelle vie dans laquelle notre héros vise un double objectif : prouver que le marquis de La Place est son père et se façonner un avenir, quitte à faire couler le sang. Trompant les hommes autant que les femmes, son ambition transcende tout afin de le venger de ceux qui ont trahi sa vie.

Troussé dans une fort belle langue et particulièrement bien informé de la grande comme de la petite histoire d'alors, ce texte qui n'est pas sans rappeler d'autres chefs-d'œuvre de la fiction historique – comme Le parfum de Patrick Süskind ou Louis XIV et son siècle d'Alexandre Dumas – se lit d'une traite et laisse véritablement pantois.

 Signalons que la version princeps du deuxième volume de ce roman-fleuve, Le Roi noir de Versailles, dont l'intrigue se noue entre 1668 et 1670, est quant à elle parue en novembre 2012 aux Éditions Flammarion. Nous y reviendrons.

Bernard DELCORD

Un jour je serai Roi par Jean-Michel Riou, Paris, Éditions J'ai Lu, novembre 2012, 703 pp. en noir et blanc au format 11 x 17,5 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 7,80 € (prix France)

Le Roi noir de Versailles.gif

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07 12 12

« Jeunesse : temps des échecs » (Henry de Montherlant)

 

Sex Toy.gifConnu plutôt comme le comique de service (on lui doit les fameuses Brèves de comptoir, des recueils de blagues à l'accent populaire qui se sont vendus comme des croissants-crèmes), Jean-Marie Gourio, qui fut jadis rédacteur en chef de Charlie Hebdo, est aussi un romancier puissant capable d'œuvres originales et dérangeantes où la noirceur le dispute à la profondeur.

Nous en voulons pour preuve son dernier opus, Sex Toy, paru chez Julliard à Paris, qui raconte les affres vécues par une gamine à la dérive découvrant la pornographie dont les images obscènes prennent rapidement le pouvoir dans son esprit et polluent ses émotions.

En voici le pitch :

Didrie est une adolescente de treize ans. Elle sèche le lycée et préfère traîner avec une bande de garçons de son âge qui passent leur temps à se saouler et à surfer de façon compulsive sur des sites pornos. Obsédée par cette sexualité malsaine qu’elle a le sentiment de voir dans les yeux de tous les hommes, y compris dans ceux de son propre père, Didrie s’enlise dans l’alcool. L’effroi et le dégoût que lui inspirent le viol, la prostitution et la pédophilie empêchent son corps de se développer. Romantique sous ses allures de rebelle, elle voue un amour chaste et absolu à son amoureux, Frankie, qui lui permet tout juste d’échapper à une existence de plus en plus sordide. Mais à force de perdre pied avec la réalité, ses pires cauchemars vont prendre le dessus, jusqu’à faire d’elle à la fois la victime et l’instigatrice d’un drame effroyable.

Et l'argument :

Écrit selon le point de vue de la jeune fille, Sex Toy prend les apparences d'un monologue ininterrompu. Dès la première page, le lecteur est happé, emporté par un flot qui emprunte ses mots au registre des adolescents d’aujourd’hui. Avec une sensibilité époustouflante, Jean-Marie Gourio réussit à épouser les pensées d’une gamine de treize ans, rendant compte des difficultés de la puberté et d’un rapport ambivalent, entre fascination et répulsion, au corps et au sexe. Le ton est suffocant, les mots sont crus, d’une violence presque insoutenable. Mais comment restituer autrement la commotion intérieure suscitée par ces images pornographiques sur des jeunes gens fragiles, entièrement livrés à eux-mêmes ?

En s’emparant de phénomènes récents tels que la consommation pathologique d’alcool chez les jeunes, l’invasion incontrôlée du porno dans leur quotidien, le danger des réseaux sociaux sur Internet, Jean-Marie Gourio décrit des ados fracassés par la vie, incapables de distinguer ni le bien du mal ni la réalité de la fiction, et qui souffrent d’une perte complète de repères. Sans porter aucun jugement sur ses personnages, il exhibe froidement les mécanismes de la tragédie qui va se dérouler sous nos yeux. Roman noir au suspense infernal, Sex Toy est aussi un livre sans concession qui suscite une réflexion sociale. Un livre coup de poing qui questionne la société sur son incapacité à protéger la jeunesse ; un réquisitoire puissant et troublant contre la démission des adultes face au désarroi des adolescents.

Une véritable bombe sexuelle !

Bernard DELCORD

Sex Toy par Jean-Marie Gourio, Paris, Éditions Julliard, août 2012, 210 pp. en noir et blanc au format 13,5 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 17 € (prix France)

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17 10 12

25 ans, l'heure du bilan

 4473922-6718628.jpgEmma est une jeune femme pétillante, déjà ex-journaliste à 25 ans, elle s'est reconvertie plusieurs fois dans divers métiers. Aujourd'hui, elle pose ses valises aux Galeries Lafayette, à Paris. L'occasion pour elle de dresser un premier bilan... pas terrible, il faut le dire! Elle décide de repartir à zéro et de faire de l'année de ses 25 ans, un moment exceptionnel et déterminant.

 "Je suis comme vous, unique!", est le premier roman d'Astrid El Chami. D'origine franco-libanaise, l'auteur a grandi en Belgique avant de s'installer à Paris en 1999.

A travers son livre, elle emmène le lecteur dans les péripéties de la vie d'Emma, une jeune parisienne qui voit plutôt la vie en rose même si tout est gris. Anecdotes de travail, amours déchus, soucis familiaux,  Emma croque la vie à pleine dent sans se soucier. Le livre est divisé en deux parties, la seconde nous emmène dans deux scénarios bien différents mêlant rêve et réalité.

 "Je suis comme vous, unique!" fait partie de ses livres dont on n'a pas envie de tourner la dernière page... Ceux dont on a envie de connaître rapidement la suite, tant on est plongé aux côtés de l'héroïne, on partage son quotidien, voire même, on s'identifie à elle,  et finalement... on se dit que l'on est tous un peu comme Emma, uniques! Bref, un livre drôle, humain à découvrir rapidement...

  "Je suis comme vous, unique!", Astrid El Chami, Ed. La Bourdonnaye, 184pp. Un livre numérique à découvrir sur les traditionnelles plateformes de téléchargement.

 N'hésitez pas à consulter le blog d'Emma: http://leclindoeildemma.com/

Écrit par Gwendoline Fusillier dans Humour, Récits, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |