02 01 08

Le goût de l'immortalité

DUFOUR CJ’ai lu le livre de Catherine à sa sortie chez Mnémos, aussi réagis-je tout de suite à la 4° de couv qui, à mon avis, inverse le cœur du livre en présentant Cmatic comme le personnage central et l’adolescente « étrange » (de fait la narratrice) comme un personnage secondaire.
La couv’ de Jackie Paternoster est totalement sans intérêt. Mais le livre n’a rien perdu de sa noirceur et de son intérêt à la relecture.
L’histoire : en racontant ses souvenirs, la narratrice, qui a trouvé une voie magique vers l’immortalité quand d’autres la cherchent dans les greffes et le clonage, nous montre l’enfer pollué et inhumain qu’est devenu le monde du 22° siècle ; un monde où les blancs ont disparu, mais où les imiter, rechercher leurs souvenirs, est du plus haut chic dans la bonne société asiatique ; où les étages séparent suburbains sauvages et habitants des tours… Un monde où il faut vraiment être profondément intoxiqué par le « goût de l’immortalité » pour vouloir prolonger encore son existence…
Le style de ce roman est inimitable, que ce soit par l’usage particulier que fait la narratrice des majuscules, réservées aux Espèces Animales ou aux Fleurs et refusées aux noms propres, par les mélanges de citations venues des cultures asiatiques, parfois aussi des cultures occidentales…
Une fois que l’on a pénétré dans cet enfer futur, plus rien ne surprendra le lecteur, tellement ce monde est, hélas, cohérent et possible !
Bref, une des œuvres les plus construites et réussies que nous ait proposé récemment la SF française.
Ce livre a obtenu le Prix Bob Morane en 2006.
Georges Bormand

Catherine Dufour, Le Goût de l’immortalité, Livre de poche, septembre 2007, 320p, 6€.

Acheter « Le goût de l’imortalité » de Catherine Dufour

Écrit par Brice dans Science-Fiction | Commentaires (0) |  Facebook | |

21 12 07

Blade runner by Philip Kindred Dick ?

BLADE RUNNER DVDJe vous en ai parlé il y a peu, Blade runner, un des films majeurs du XX° siècle est enfin publié dans la version intégrale voulue par son réalisateur, Ridley Scott, après 25 ans de malentendus avec la firme, Warner. Nathan Skweres, l'une des voix journalistiques du Grand Morning de Nostalgie, vous parle, ci-dessous, du roman de Philip K. Dick qui a inspiré ce long métrage culte.

« Blade Runner : Final cut », de Ridley Scott, Warner, 2007, 112 min, 24€98

Acheter «Blade Runner : Final cut »

Écrit par Brice dans Science-Fiction | Commentaires (0) |  Facebook | |

20 12 07

Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?

DICK ANDROIDSDo androids dream of electric sheep ? C'est le titre original du roman qui a inspiré à Riddley Scott son Blade Runner.
On comprend à la vision du film pourquoi le réalisateur n'a pas conservé le titre donné par Philip K. Dick à un livre paru en 1968 : on ne voit guère de moutons électriques, dans Blade Runner. Or c'est une des clés du roman de Dick : en 1992 (saisissant effet de rétro-futur pour le lecteur de 2007), dans une Californie post-catastrophe nucléaire, le luxe ultime est de posséder un animal, un être vivant qui ait survécu au carnage. Plus l'animal est gros, plus il est cher, et plus on l'exhibe comme une preuve de richesse et de réussite. Les membres de la classe moyenne qui aspirent à la reconnaissance n'ont pas d'autre choix que de se procurer des animaux électriques, des pièces si bien réalisées qu'on ne peut les distinguer des vrais.
Cette dimension a été en grande partie gommée à l'écran (si l’on excepte quelques allusions, notamment sur le serpent dans la boîte de strip-tease, ou la chouette chez les Rosen).
Elle complique il est vrai l'histoire, mais dans le même temps, cette recherche effrénée d'un mouton électrique explique la motivation de Rick Deckard à multiplier les contrats : il doit ramener un maximum d'argent au foyer s'il veut offrir un animal à son épouse. Car oui, Deckard est marié dans le livre !
Exit donc l'image du chevalier solitaire, figure d'un Sam Spade post-moderne (héros de Dashiell Hammet, immortalisé à l’écran par Humphrey Bogart) tel que l’imagine Ridley Scott.
Nathan Skweres

BLADE RUNNER 1

Écrit par Brice dans Science-Fiction | Commentaires (0) |  Facebook | |

20 12 07

L’empathie est le propre de l’homme

DICK BLADE RUNNERIdem pour les androïdes : créés au départ pour aider l'homme dans ses tâches quotidiennes, les robots-humains ont été perfectionnés, de génération électronique en génération électronique, pour aboutir à des êtres presque identiques aux humains.
C'est sur ce « presque » que repose toute l'intrigue de Blade Runner (le roman est finalement paru sous ce titre en édition de poche J'ai Lu SF après le succès du film, avant cela il a été édité dans les années 70 sous le titre un peu ridicule de Robot Blues). Une intrigue philosophique digne des grands penseurs, de Platon à Lacan, en passant par Descartes. La trouvaille géniale de Dick, c'est que les androïdes ont fini par s'ignorer robots. Ils se pensent pensant, ils se croient humains.
Des entreprises sont mêmes spécialisées dans la création de souvenirs artificiels insérés dans la mémoire des robots : l'andro est alors convaincu d'avoir eu une enfance, une adolescence... (une idée exploitée dans plusieurs récits de Dick, notamment Souvenirs de Mars, la nouvelle qui a inspiré le film de Verhoeven, Total Recall). Tant et si bien qu'une des tâches des blades runners est de leur prouver qu'ils ne sont que des machines.
Cela passe par un test d’empathie, le test Voigt-Kampff, imposé par la police à tous les individus suspectés d’être non-humains (cf. la superbe scène d’introduction du film).
L’empathie, c’est LE petit détail qui manque aux androïdes.
Dick propose ainsi une définition claire de l’homme. « … de toute évidence, l’empathie appartenait en propre à l’esprit humain, alors que l’intelligence se retrouvait, avec des différences de degré, à tous les échelons de l’évolution, jusque chez les arachnides. D’abord, la faculté empathique ne pouvait appartenir qu’à un animal social. Un organisme solitaire, comme celui de l’araignée, n’en avait aucun besoin. Bien au contraire, l’empathie amoindrirait probablement les chances de survie de l’araignée qui en serait dotée. Elle deviendrait consciente du désir de vivre de sa proie. Avec une telle faculté, tous les prédateurs, y compris les mammifères les plus évolués, les félins, crèveraient de faim… (…) en dernière analyse, l’empathie brouillait les frontières entre chasseur et chassé, entre vainqueur et vaincu. »
Un aspect évidemment beaucoup plus développé dans le livre de P. K. Dick que dans le film de R. Scott.
Nathan Skweres

BLADE RUNNER 2

Écrit par Brice dans Science-Fiction | Commentaires (0) |  Facebook | |

20 12 07

Dick, c’est mystique

Philip_K_DickA chaque page, Philip K. Dick s’éloigne de l’intrigue policière pour retourner vers les thèmes de prédilection de son œuvre.
Il réintroduit dans ce roman le culte du mercerisme, déjà abordé dans une de ses nouvelles ultérieures, La petite boîte noire : des appareils disponibles dans tous les foyers américains permettent de se connecter virtuellement à Wilbur Mercer, personnage obscur, imaginaire peut-être… Une sorte d’Internet sensoriel, devenu une véritable religion, les utilisateurs ressentent au même instant les mêmes sensations, celle de ce Mercer (Christ suppliciant ? ou bien Sisyphe électronique, comme le voit Denis Guiot dans la revue Fictions [texte intégral : http://www.noosfere.com/heberg/Le_ParaDick/articles/critiqueDG0180.html]) gravissant lourdement une colline, quelque part…
Cette machine crée une véritable dépendance auprès des fidèles.
Quand il s’adresse directement à Deckard, Mercer lui adresse une leçon de vie noirissime :
« On te demandera de faire le mal où que tu ailles. C’est le fondement de la vie : avoir à violer sa propre identité. Chaque créature vivante y est amenée un jour. C’est l’ombre ultime, la défaire de la création ; c’est l’ouvrage de la fatalité ; la fatalité qui se nourrit de la vie. Partout dans l’univers. »
De même, la longue scène finale du roman, où l’on voit Deckard au fin fond du désert retrouver un crapaud vivant (hallucination ? délire mystique ?) n’aurait assurément pas trouvé sa place dans le film.
Crapaud qui s’avèrera en toute fin être lui-même… artificiel.
Jeu de vrai faux-semblants à répétition, Blade Runner se termine sur avec un dénouement vertigineux, entre simulacre et simulation (et l’allusion à Jean Baudrillard n’est évidemment pas innocente).
« … ça ne fait rien. Ces machins électriques ont une vie bien à eux… aussi terne soit-elle… »
Nathan Skweres

Écrit par Brice dans Science-Fiction | Commentaires (0) |  Facebook | |

20 12 07

Les 3 vies de Dick

DICK MinorityOn reprochera à Philip K. Dick d’avoir bâclé certaines scènes de Blade Runner.Et on peut faire cette critique pour tous les romans de l’auteur : toute sa vie, Dick a écrit avec un sentiment d’urgence, prenant rarement la peine de se relire. Il enchaînait les ouvrages, tayloriste de la plume, sans jamais tomber dans la facilité.
Sans vouloir faire de l’exégèse dickienne à la petite semaine, on peut situer Blade Runner dans la deuxième partie de l’œuvre de Dick, avec des romans de science-fiction tirant de façon timide mais lancinante vers la philosophie spiritualiste : des personnages évoluant dans un environnement futuriste sont souvent dotés de dons paranormaux (Dr Bloodmoney, L’œil dans le ciel, en sont de bons exemples).
La première période, celles des nouvelles des années 50, étaient typiquement science-fiction, Dick, alors jeune auteur payé au cachet par des maisons d’édition « paperback » (directement en édition de poche) n’avait pas vraiment l’occasion de faire autre chose que de répondre à la commande d’un éditeur frileux.
Cette période recèle pourtant de perles, comme Minority Report (adapté avec génie par Spielberg).
DICK UBIKLa troisième période, celle de la maturité (si tant est qu’on puisse parler de maturité avec un auteur mort à à peine plus de 50 ans !) est aussi celle de la créativité délirante : Ubik, La trilogie divine, … Autant d’univers délirants que Dick considérait comme sa propre réalité : l’homme, habitué aux expériences psychédéliques influencées par diverses substances prohibées, bascule par moment dans une réalité parallèle : il se croit vivant dans les années 70 de notre ère, premier chrétien persécuté par les Romains. Ses œuvres les plus déroutantes et les plus attachantes datent de cette période : ses romans deviennent pour lui le moyen d’exprimer par la fiction l’avancée de ses recherches en science religieuse, en philosophie, en linguistique…
Philip K. Dick est mort le 2 mars 1982 d'une défaillance cardiaque.Le film de Ridley Scott est sorti aux Etats-Unis le 25 juin de la même année.
Nathan Skweres

«Ubik», Philip K. Dick, 10 :18, 1999, 288p, 6€56

Acheter «Ubik»

«Minority Report», Philip K. Dick, Folio SF, 2002, 436p, 8€40

BLADE RUNNER 3

Écrit par Brice dans Science-Fiction | Commentaires (0) |  Facebook | |

11 11 07

Jean M. Jarre & Arthur C. Clarke

OXYGENEQui n'a pas écouté Oxygène ou Equinoxe de Jean-Michel Jarre pour accompagner ses lectures ? Je ne m'en suis pas privé à l'époque. Trente ans après, le compositeur vient de réenregistrer sa première grande oeuvre (l'entretien intégral sera bientôt diffusé sur Nostalgie). Ce fut aussi l'occasion pour moi de le faire parler de ses lectures mais aussi de lui demander de quel livre il aimerait composer la bande originale.

  JEAN-MICHEL JARRE - Brice Depasse
2001

«Oxygène», de Jean-Michel Jarre, Capitol, EMI, 17€99

Acheter «Oxygène - Nouvel enregistrement»

«2001-3001, les odyssées de l'espace», d’Arthur C. Clarke, Omnibus, 979p, 22€10

Acheter «2001-3001, les odyssées de l'espace»

Photo JM Jarre : Alain Trellu

Jean-Michel Jarre08

Écrit par Brice dans Science-Fiction | Commentaires (0) |  Facebook | |

11 11 07

Les enfants de la destinée

BAXTER Exultant25000 ans après Jésus-Christ, l’humanité dans la diversité de ces évolutions...
L’humanité toujours en guerre. Une guerre millénaire pour la conquête de la galaxie, une guerre contre un ennemi méconnu, inconnu, une guerre qui est un moteur de l’économie, de la survie. Une guerre qui est le début et la fin de tout.
Dans ce roman touffu mais dont on sort époustouflé par le voyage et les diverses dérives d’étoiles en étoiles, d’évolutions en révolutions, nous suivons quelques enfants-soldats.
Car l’humanité à travers son gouvernement, la Coalition, a fait le choix de la guerre pour s’imposer. Pour la guerre, toutes les énergies ont été mobilisées à commencer par un programme de sélection génétique dont le terme ultime et sans espérance est l’enfant-soldat. Même plus le temps de vivre qu’il faut déjà mourir.
L’humanité n’a plus grand-chose d’humain sauf pour ceux qui détiennent le pouvoir. Enfin en apparence. Les espaces-temps se chevauchent et les paradoxes temporels ne s’effarouchent plus. Ainsi vous pouvez vous rencontrer à d’autres moments de votre vie. Il a bien fallu résoudre ce problème d’interaction dans le cours de l’histoire. Vous et votre « clone » du futur, ou vos clones du futur êtes punis pour tout délit de l’un ou de l’autre. De toute façon, la punition ressemble de très près à la vie ordinaire : c’est une vie très courte.
Pour survivre en nombre, il a fallu choisir des priorités : une vie courte, la transmission des gênes les plus efficaces pour la guerre, la satisfaction des besoins élémentaires. Une vie qui ne laisse aucune place à autre chose que la conquête.
Donc depuis des millénaires, les enfants-soldats vont à la guerre contre les Xeelees dont on ne sait rien. La seule communication engagée avec eux, c’est la guerre. Juste parce qu’ils sont là sur le chemin des étoiles et entravent l’expansion de l’humanité. Heureusement qu’il y a quelques éléments subversifs pour mettre à mal le programme de la Coalition. D’abord, c’est une boucle dans le temps qui nous permet de suivre le chemin d’un même individu et de ses amis.Et là, ces quelques éléments subversifs vont en attirer d’autres et mettre leur grain de sel ou de sable dans les rouages du temps et de la Coalition. Les dogmes sont mis à mal derrière la face cachée des planètes. Nos héros ouvrent les yeux sur d’autres perspectives de vie. Ils croiseront les personnages de Coalescence, enfin leurs descendants. Et tous ces personnages deviennent des compagnons à travers notre lecture.
Vous me direz, ce n’est jamais qu’une autre guerre des étoiles…
Mais non, il y a longtemps qu’un bouquin ne m’a pas fait cet effet. Enfin une épopée galactique. Le dernier, c’était Peter F. Hamilton avec « Rupture dans le réel ».
Tout le côté hard science, je l’ai absorbé comme un poème… Il faut dire que je suis nulle en physique… Mais Stephen Baxter a fini par me faire croire que je pouvais ressentir, appréhender l’immensité de l’univers.
La destinée de nos héros remet en perspective nos petites vies humaines, de petits points dans l’espace-temps… Et ce pourquoi nous nous accrochons à des philosophies, des croyances, des mythologies rien que pour survivre sans brûler nos neurones en incandescence de désespoir.
Dans ce roman, il y a un foisonnement d’idées, de réflexions, de prospections… Sans oublier l’essentiel : il faut aller au-delà des apparences, traverser le voile de ce qui apparaît comme réel et ne l’est peut-être pas.
Et puis l’évolution, la diversité des évolutions possibles…
J’étais si fascinée par cette lecture que, contrairement à d’habitude où je dévore les livres, je l’ai grignoté soir après soir, en fermant les yeux de temps en temps, jouant avec les phosphènes kaléidoscopiques sous mes paupières. C’est rare qu’un livre vous emporte si loin de vous, qu’on puisse s’oublier. Bon, c’était comme une transe hallucinante parfois. Et dans le même temps, ces 528 pages se lisent en fluidité. J’attends la suite parce que je m’attendais bien à être étonnée mais là…
Il y a deux autres opus, « Transcendent » et « Resplendent ».Et bravo au traducteur Dominique Haas qui a su transmettre l’épopée avec talent.
« Exultant » devrait provoquer une lecture jouissive, en allégresse c’est-à-dire vous faire exulter. A lire absolument !
Channe

Stephen Baxter, "Exultant - Les enfants de la destinée", Traduction : Dominique Haas, Illustration : Gundee Vasan, Presses de la Cité, 528p, 23€50.

Acheter «Les Enfants de la destinée, Tome 2 : Exultant»

Écrit par Brice dans Science-Fiction | Commentaires (0) |  Facebook | |

27 10 07

Quel est l’avenir de l’humanité ?

BAXTERQuestion à laquelle Stephen Baxter propose des réponses.
Je sais, en lisant le résumé du livre ou la quatrième de couverture, pendant un instant on se dit : ce n’est pas possible. Encore une histoire de conspiration. Rassurez-vous, Stephen Baxter ne remet pas le couvert pour un « Da Vinci Code ». Il s’agit ici d’un vrai roman de science-fiction. Lisible par tous, il est là le petit miracle. Un livre de « hard science » lisible par tous. Mais vraiment tous. Un roman de science-fiction mâtiné de roman historique, mais ce n’est pas du « steampunk ». C’est juste pour décrire le processus et donner de la perspective à la réflexion. Car au final, nous avons là le premier volet d’un roman philosophique comme les grands « Dan Simmons » et sa thématique d’Hypérion, Orson Scott Card et son cycle d’Ender ou Brian Aldiss et sa trilogie d’Helliconia. _ Bien d’autres aussi…
Donc, nous voilà avec un livre de hard science qui se lit, se dévore tout simplement. A la différence de Greg Bear et de sa passionnante réflexion sur l’avenir de l’homme dans « L’échelle de Darwin » où le lecteur doit s’efforcer de comprendre deux ou trois bricoles concernant la génétique, là, tout coule de source. Pas de longues explications, juste l’histoire de quelques êtres humains.
Tout en suivant l’enquête de Georges Poole sur sa sœur et la mystérieuse institution qui l’a accueillie, acheté, kidnappée ( ?) nous faisons un saut dans le temps, pour suivre la décadence de l’empire romain, à l’échelle de la Grande-Bretagne puis de Rome. Ce qui était une légende familiale, un gentil récit des origines de la famille, un conte, prend de la consistance.
Tout comme cette décadence de l’empire romain s’inscrit en perspective avec la déliquescence de nos sociétés occidentales en malaise…. Un malaise que George Poole éprouve dans sa propre vie… Le 21e siècle est-il spirituel par défaut d’utopie ? L’humanité a-t-elle un avenir alors que la planète s’échauffe ? Est-ce qu’il y aura un après-demain et comment peut on le préparer ? Qu’en est-il d’une évolution de l’humanité ?
Pas question de vous en dire plus sous peine de baliser votre chemin de lecture et d’entraver vos propres réflexions. Stephen Baxter nous confronte aux choix de ces personnages, des choix dictés par leur culture, leur éducation et leur instinct de survie. Des choix qui ont créés des chemins de traverse pour certains d’entre eux. Allons-nous vers une coalescence de certaines aptitudes pour créer une nouvelle humanité capable d’affronter les avenirs incertains ? Il y a des choix à faire dans l’urgence pour la planète, parce que nous avons refusé de voir la vérité auparavant.
Faut-il privilégier l’individu, le groupe, certains individus dans le groupe ? D’autres questionnements se bousculent, le féminin et le masculin et les facultés d’adaptation de l’un et de l’autre, la reproduction de l’espèce, la résistance à la majorité, la guerre, la violence, le fascisme ? Est-ce qu’au nom de la survie de l’espèce, on peut faire l’impasse sur l’éthique ? Le grand talent de Baxter, c’est qu’on ne s’ennuie pas pendant cette réflexion philosophique. On lit un bon bouquin et on est dans l’attente de la suite jusqu’à la dernière page.
Et notre destin est-il écrit par avance ?
J’attends avec impatience la forme que vont prendre les trois romans qui vont suivre. Stephen Baxter va certainement nous proposer d’autres sauts temporels, d’autres perspectives…
Channe

Stephen Baxter, "Coalescence - Les enfants de la destinée", Traduction : Dominique Haas, Illustration : Gundee Vasan, 540p, Presses de la Cité, 23€

Acheter « Les Enfants de la destinée, Tome 1 : Coalescence »

Écrit par Brice dans Science-Fiction | Commentaires (0) |  Facebook | |

27 09 07

Sceptique devant la fosse commune

GORGUNJe connais Kenan Görgün. Enfin… Je ne vais pas vous jouer ici le couplet du copinage sauvage, voire de la complicité inévitable entre les critiques et les auteurs. Non. Je connais Kenan Görgün pour l’avoir croisé à plusieurs reprises, lors d’une célèbre Foire du Livre de Bruxelles, sous les pyramides, où l’équipe de Phénix (une revue de l’imaginaire dirigée par Marc Bailly, dont la signature croise parfois dans les eaux bouillantes de Lire est un Plaisir) s’était fait un plaisir d’organiser quelques rencontres avec des écrivains de ce que certains appellent encore de la paralittérature. A l’époque, Kenan Görgün écrivait beaucoup, débordait de projets de toutes sortes et brûlait de ce désir d’être lu et publié.
Vorace lecteur, j’avais eu l’occasion de parcourir certains de ses textes et d’en retirer au moins une certitude : le bougre ne manquait pas d’énergie, ni de style… Mais se foutait comme de sa dernière chemise des règles les plus élémentaires de la narration, bien décidé à secouer le lecteur… pour le simple plaisir de le secouer.
Ses premiers écrits publiés, ce ne fut guère une surprise, prirent la forme de nouvelles. Parce dans cette forme concentrée, où l’histoire a parfois moins d’importance au cœur de la folie des sentiments, ou dans les méandres brûlants d’une idée délirante, Kenan Görgün excelle. L’énergie, déjà citée plus haut, vous explose à la figure, les phrases vous maltraitent avec la force d’un boxeur poids lourd et votre esprit s’extasie devant tant de maîtrise de l’art de la déflagration littéraire.
Aujourd’hui, Kenan Görgün débarque chez Fayard avec ce « Fosse Commune ». Et là, au fil d’un récit qui n’en est pas vraiment un, la faille narrative s’élargit soudain pour engloutir totalement le lecteur et le recracher au bout de cinquante pages… s’il tient jusque-là. N’est pas Dantec qui veut. Et si même l’auteur d’Artefact (dont Brice vous parle ci-avant) épuise au fil de ses disgressions aux odeurs douteuses, que dire d’un « jeune auteur » dont c’est la première tentative de harponner le lecteur dans la cour des grands ? Je connais Kenan Görgün. Et je trouve dommage qu’une grande maison comme Fayard publie en l’état cette brique qui ne manque pas de « moments » mais entérine une espèce de marche folle vers des textes qui confondent style et substance, réflexions et vaines disgressions. Au point de flirter avec les frontières de la fumisterie pure et simple. Evidemment, la cervelle farcie de thrillers et de romans à la mécanique parfaitement huilée, je suis peut-être imperméable au chef-d’œuvre, incapable de surprendre le génie au cœur d’un texte qui n’est pas fait « pour tout le monde ». Mais on touche alors à un élitisme littéraire qui m’énerve encore davantage et qui consiste à porter au pinacle tout ce qui est obscur et torturé, ampoulé et chiadé, dans une espèce d’ultime snobisme qui voudrait que ne plus rien dire, ni raconter, constitue forcément un aboutissement et une réussite.
Je connais Kenan Görgün. Je suis déçu que l’énergie et le talent qu’il possède, se déversent dans cette littérature de poseur.
Ah zut, du coup, je crois que j’ai omis de vous expliquer ce que raconte « Fosse Commune »… Et bien justement, à force de vouloir m’éblouir et me secouer, l’auteur est parvenu à me le faire oublier.
Dr Corthouts

Écrit par Brice dans Science-Fiction | Commentaires (0) |  Facebook | |