16 03 10

Jugnot joue Claudel

claudel_paquetC'est dur de n'avoir que sa vie quand elle est vide de tout, mais coupante comme un éclat de verre.
Que donc contient l'encombrant paquet, accroche énigmatique du monologue écrit et mis en scène par Philippe Claudel (Les âmes grises, La petite fille de Monsieur Linh, Le rapport de Brodeck, Il y a longtemps que je t'aime, ...)?
Tandis que le lecteur (spectateur) se répand en conjonctures, tour à tour, terre-à-terre et existentielles, il se voit emporté dans le tourbillon d'une logorrhée aux accents beckettiens. Un monologue qui le prend à témoin, d'une vie rêvée ou dépréciée, mêlée de banal tragique, de loufoque pathétique.
Moi, j'ai seulement pris tout ce qui traînait, nos bassesses, nos veuleries, nos promesses reniées, toute la laideur du monde et celle de nos actes, et j'en ai fait un gros paquet. Toutes ces ordures, il faut bien que quelqu'un se dévoue pour les ramasser et les déverser quelque part!
Créée en janvier 2010, avec Gérard Jugnot dans le rôle principal...et unique, la pièce se joue jusqu'au 27 mars au Petit Théâtre de Paris.
Apolline Elter

Le paquet, Philippe Claudel, Théâtre, Stock, janvier 2010, 88 pp, 10€00.

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09 10 09

Un rendez-vous à ne pas manquer !

L'oral et Hardi (2)Invité 2009 de la Chaire de poétique de l’UCL à Louvain-la-Neuve, Jean-Pierre Verheggen est l’un des plus brillants bretteurs de nos lettres si bravement belges, qui en comptent pourtant beaucoup. Mais de tous ceux-là, le plus fort, le plus sauvage, le plus invinciblement drôle (avec Le degré Zorro de l’écriture, Ninietzsche, peau d’chien, Les folies belgères, Ridiculum vitae, On n’est pas sérieux quand on a 117 ans, L’Idiot du Vieil-Âge ou Le 12 septembre, ce dernier titre avec le bédéiste Johan de Moor…), le plus étonnamment théorique (Artaud Rimbur, essai comparatif sur l’œuvre d’Artaud et de Rimbaud, Divan le terrible, contre Freud, Vie et mort pornographique de Madame Mao, contre le maoïsme, Orthographe 1er, roi sans faute, sur l’écrit et l’oral) mais aussi le plus irrésistiblement poignant (avec Gisella, tombeau de son épouse défunte), c’est sans doute Jean-Pierre Verheggen, natif de Mazy-lez-Jodoigne, au pays du marbre noir, dont l’œuvre poético-dévastatrice (« C’est un subversif, ce type ! », antienne actuelle de la presse littéraire française découvrant ses textes à travers le one-man-show que leur consacre Jacques Bonnafé dans L’Oral et Hardi, nominé aux Molières en 2008 et primé en 2009) plonge des racines profondes dans les carrières de Carrare, le pays de sa femme et du marbre blanc. Alliant le côté obscur de la farce et la blancheur éthérée des nuits d’amour aux portes de l’angoisse, « sa poésie est avant tout une parodie de la poésie, une critique radicale de l'idéologie que véhicule ce genre et un pastiche burlesque de ses conventions. À partir de là, il développe dès 1968 le concept de réécriture et en applique les effets à des champs d'investigation plus larges, allant de la bande dessinée à la langue politique la plus stéréotypée, en passant par la perversion d'un langage par un autre, en l'occurrence du français classique et scolaire par son wallon maternel, sauvage et sexuel », comme l’a écrit Marc Quaghebeur en 1982 dans son Alphabet des lettres belges de langue française.

Récompensé à Paris, comme nous l’avons dit, L’Oral et Hardi, le spectacle de Jacques Bonnaffé à partir de textes de Jean-Pierre Verheggen, triomphe actuellement en France et fait escale à Bruxelles au Théâtre 140 (du 14 au 16 octobre 2009).

Le public est aussi convié à un brunch littéraire le dimanche 11 octobre de 11 à 13 heures.
Prix : 5 euros petit-déjeuner inclus.
Organisation : Entrez Lire.
Lieux : Passa Porta, 46 rue Antoine Dansaert 1000 Bruxelles.
Réservation : 02/513.46.74 ou info@entrezlire.be.
Une occasion unique d’inviter ces deux "moliérisés" de l’allocution poétique à boire un café, en toute simplicité...

Bernard DELCORD

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09 09 09

Portraits de galerie

Opera mundi (Engel)On connaît la maîtrise de Vincent Engel en matière de fresques littéraires comme Retour à Montechiarro, Requiem vénitien, Les Angéliques, Les Absentes ou La Peur du Paradis, autant de vastes compositions plébiscitées par le public qui aime à y retrouver le souffle des grands narrateurs d’antan, façon Jules Romains des Hommes de bonne volonté ou Panaït Istrati des Récits d'Adrien Zograffi. Il a fait paraître récemment chez Luc Pire à Bruxelles, sous le titre d’Opera mundi, un petit recueil de neuf nouvelles habiles qui mettent en œuvre des peintures, des sculptures, des artistes, des modèles, des copistes, des plagiaires, des visiteurs et des gardiens de musée, pris sur le vif dans de brefs récits remarquablement ramassés et illustrés au moyen d’instantanés photographiques d’Emmanuel Crooÿ, saisissants à souhait. Il appert donc que notre Rubens des lettres en est aussi, quand il le veut et avec autant de maîtrise, le Bonnard ou le Vuillard !
Bernard DELCORD

Opera mundi par Vincent Engel, cahier de photographies (similis) d’Emmanuel Crooÿ, Bruxelles, Éditions Luc Pire, collection « Le grand miroir », 2009, 110 pp. en noir et blanc au format 14,7 x 20 cm sous couverture souple en quadrichromie, 18 €

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09 09 09

Un rêveur à voix haute

Théâtre de VrebosLes Éditions Le Cri à Bruxelles ont publié tout récemment une brique de 932 pages intitulée Œuvre théâtrale complète.

Il s’agit de celle de Pascal Vrebos, le célèbre journaliste belge de radio et de télévision, professeur au Conservatoire de Bruxelles et à l’ULB, et elle compte 23 pièces aux titres parfois bien alléchants (Le mouroir des alouettes, L’homme descend du songe ou encore Tête de truc) mêlant situations dramatiques et amusantes, tendresse, érotisme, humour, jeux de mots, cynisme, délire verbal et absurde bien de chez nous.

Ses personnages, des gens simples à la recherche de la paix et du bonheur, s’y retrouvent régulièrement confrontés à la violence du monde, aux dangers de la science et à l’hypocrisie de leurs semblables (quand il y en a encore…) et ils mettent en évidence l’affirmation de Pierre Dac selon qui « quelqu’un venu de rien pour n’arriver nulle part n’a de merci à dire à personne »…

Sorte de Ionesco post-moderne mâtiné de Sartre, de Pinter, de Woody Allen, de Ghelderode et de Crommelynck, le dramaturge Vrebos, couvert de lauriers à travers le monde, traduit et joué dans un grand nombre de langues, est largement méconnu en Belgique, et c’est tout aussi normal que regrettable : Jésus-Christ lui-même n’assurait-il pas que nul n’est prophète en son pays ?

Gageons que ce pavé théâtral fera tout de même quelques grands ronds dans la mare de l’indifférence dramatique, du repli tragique et de l’ignorance comique où se complait le grand public de notre « petite terre d’héroïsme » !

Bernard DELCORD

Œuvre théâtrale complète par Pascal Vrebos, préface de Jacques De Decker, Bruxelles, Éditions Le Cri, collection « Terre neuve », septembre 2009, 932 pp. en noir et blanc au format 13 x 20,5 cm sous couverture souple en quadrichromie, quelques photographies de plateau, 30 €

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23 02 09

Dieu et moi

DJAVANI_lireLettre ouverte aux fanatiques est l'adaptation théâtrale du récit Allah et moi de Raphaël-Karim Djavani dans lequel il s'adresse directement à Allah sans passer par les intermédiaires pour l'interroger sur les horreurs commises en son nom. Djavani a connu l'Iran du Shah et celui des ayatollahs après la révolution. Il a combattu avec les modjahidins, quitté son pays livré à l'ignorance et la violence, pris la nationalité française.
L'interprétation de son texte par Roda Fawaz (mise en scène d'Olivier Coyette) au Théâtre de Poche à Bruxelles, jusqu'au 7 mars est une première. Cliquez sur les images pour tout renseignement sur le spectacle.

  RAPHAEL-KARIM DJAVANI - Brice Depasse 1
  RAPHAEL-KARIM DJAVANI - Brice Depasse 2

RaphaelKarim_Djavani2
Allah et moi,Raphaël-Karim Djavani, Flammarion, 2007, 118p., 13€00.

Lettre ouverte aux fanatiques, Théâtre de Poche, du 21 février au 7 mars, réservation: 02/649 17 27 ou reservation@poche.be.

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29 07 08

Des (pas) bêtes de scène

GIDELHenri Gidel est un grand spécialiste de l’histoire culturelle de la France à la fin du XIXe siècle et durant la première moitié du XXe, de la scène en particulier. À ce titre, il a rédigé de nombreuses biographies très informées, de Cocteau, Coco Chanel et Picasso notamment. Les Éditions Omnibus à Paris ont regroupé, dans un gros volume, trois d’entre elles dont une double : Les Deux Guitry (prix Goncourt 1995 de la biographie), Feydeau et Sarah Bernhardt, passionnantes d’un bout à l’autre.
De la première se dégage une force considérable, celle de la description scrupuleuse d’un amour quasi fusionnel entre deux hommes longtemps brouillés : un père à l’ego surdimensionné, Lucien Guitry (1860-1925), monstre sacré avant l’heure, acteur adulé et couvert de femmes, et un fils de génie, Sacha (1885-1957), qui le surpassa en tout par l’effet d’une admiration sans borne masquant, sans la panser, la blessure profonde d’avoir déplu à l’auteur de ses jours.
De Georges Feydeau (1862-1921), horloger du vaudeville, on apprend beaucoup, mais sans connaître vraiment. Et pour cause ! D’origines incertaines (trois hommes auraient pu revendiquer sa paternité), ce créateur à la vocation artistique indéfinie (il fit autant pour la peinture que pour le théâtre) et aux amours fluctuantes périt à l’asile, complètement fou, des suites d’une syphilis. Mais quel talent ! Ses pièces, chose rare, sont toutes de pures merveilles dans leur genre, fonctionnant sur une logique à la fois drôle et imparable quoiqu’un peu (voire beaucoup) délirante. Citons, au hasard et parmi bien d’autres, La Dame de chez Maxim, Le Dindon, On purge bébé, La puce à l’oreille
Quant à Sarah Bernhardt (1844-1923), tragédienne immense, première star mondiale de l’histoire (sa tournée aux USA en 1880 remporta un succès inouï), fille d’une courtisane de nationalité inconnue, elle excellait dans les rôles de travesti (L’Aiglon d’Edmond Rostand, certes, mais aussi Hamlet ou Pelléas), avait le sens de la publicité (elle fit dessiner ses affiches par Mucha ou enregistrer sa voix par Edison) et craignait fort de se laisser surprendre par la mort (son cercueil l’accompagnait partout…). Sa vie pleine de rebondissements est un roman picaresque qui se lit d’une traite. Et, comme pour le reste de l’ouvrage, on en clôt le récit debout et sous les acclamations !
Bernard Delcord

Henri GIDEL, Gens de théâtre, Paris, Éditions Omnibus, 2008, 1079 pp., 30 €.

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28 07 08

Les mots et les choses

arditiOn ne présente plus Pierre Arditi, grand acteur devant l’Éternel ! Amoureux du théâtre qu’il pratique avec brio, et de ses dialogues qui font mouche, il a rassemblé dans Les répliques les plus drôles du théâtre paru aux Éditions du Cherche Midi à Paris, des formules d’auteur assassines où la faconde souvent misogyne le dispute à l’expérience plus ou moins virile :
Florilège :
« Prenez un cercle, caressez-le, il deviendra vicieux. » (Eugène Ionesco, La Cantatrice chauve)
« L’homme chasse la femme jusqu’à ce qu’elle l’attrape. » (Marcel Achard, L’Idiote).
-Elle peut être nue sous ce manteau, et armée.-Si elle est nue, c’est qu’elle est armée (Jacques Audiberti, La Fête noire)
« Tu as vu des femmes qui aiment les pauvres ? » (Marcel Pagnol, Topaze)
« Faire l’amour avec une femme qui ne vous plaît pas, c’est aussi triste que de travailler. » (Jean Anouilh, L’Hermine)
« Quand on dit d’une femme qu’elle est encore jeune, c’est qu’elle ne l’est plus tellement. » (Françoise Dorin, Les Bonshommes)
-Vous aimez les pétomanes, vous ?
-Oh ! Je ne peux pas les sentir ! (Sacha Guitry, L’Illusionniste)
-Je ne bois du vin que lorsque je suis de bonne humeur.
-Diable ! Une bouteille doit vous durer longtemps… (Eugène Labiche, Embrassons-nous,
Folleville !
)
-Et quel effet ça fait d’avoir soixante-dix ans ?-On regarde les menuisiers avec moins de sympathie… (Bertrand Blier, Les Côtelettes)
Les choses de la vie, en somme…
Bernard Delcord

Pierre Arditi, Les Répliques les plus drôles du théâtre, Paris, Le Cherche Midi, 2008, 272 pp., 17 €

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20 01 08

Un Molière moderne

FEYDEAULes vaudevilles de Georges Feydeau (1862-1921), qui faisaient l’admiration de Sacha Guitry, sont de véritables mécaniques de précision comparables à ces mécanismes d’horlogerie suisses qui ont fait l’orgueil et la fortune du seul pays du monde où les trains ont toujours été à l’heure… Ce constat se vérifie une fois encore à la lecture (et, espérons-le, au spectacle prochain) de ses œuvres courtes que les Éditions Omnibus ont eu l’excellente idée de faire reparaître cette semaine, en les complétant d’un inédit (L’Homme de paille) et de deux pièces qui valurent en 1892 à leur auteur une consécration jamais démentie depuis : Champignol malgré lui et Le Système Ribadier. On connaît les ressorts de son théâtre, tout en quiproquos, imbroglios et bons mots, où les cocus foisonnent mais ne sont pas toujours ceux que l’on croit, et où les gourgandines sont futées, aux langues affutées et bien pendues… Du Molière endiablé, écrit pour un Louis de Funès dans ses meilleurs jours mâtiné de Gérard Philipe dans toute sa splendeur, tourbillonnant, virevoltant, vibrionnant et qui, à la manière d’un chat racé, retombe toujours sur ses pattes. Bravo, l’artiste !
Bernard Delcord

Georges FEYDEAU, Pièces courtes, monologues et vaudevilles, Paris, Éditions Omnibus, 2008, 992 pages, 25,00 €.

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05 01 08

Le beau livre du père Ubu

UBU ROI Le "merdre" du père Ubu, même roi, ne fait plus rire les enfants comme il le faisait il y a quelques années encore. Il ne choque a fortiori plus les adultes comme il le fit à la création de "Ubu roi" à la fin du XIX° siècle.
Mais le texte d'Alfred Jarry a gardé tout son impact car il démontre, encore et toujours, qu'aussi haut qu'on soit assis, on n'est jamais assis que sur son ... séant.
"Ubu roi", c'est l'absurdité du pouvoir, la bêtise du despotisme, la cruauté de la dictature, bref un texte, si surréaliste qu'il soit, édifiant et comique, que les jeunes adolescents se doivent de découvrir.
Cette belle édition chez Gallimard jeunesse est illustrée par Ricardo Mosner, peintre d'origine argentine mais aussi homme de théâtre; la boucle est bouclée.
Brice Depasse

«Ubu roi», de Alfred Jarry, illustrations de Ricardo Mosner, Giboulées, Gallimard jeunesse, octobre 2007, 30€00

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03 11 07

Primo Levi au Poche

PRIMO LEVILe texte de Primo Levi interprété par Frederik Haùgness au Poche est un des témoignages les plus bouleversants sur la déportation des Juifs et l’horreur du camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz.
Primo Levi, né à Turin en 1919, est arrêté comme résistant en février 44 et déporté à Auschwitz où il restera jusqu’en 1945. Primo Levi ne veut pas romancer son expérience, il veut «fournir des documents à une étude dépassionnée de certains aspects de l’âme humaine». Il montre avec minutie les affres du camp, fait la chronique de son séjour là-bas.
Son témoignage est capital : des êtres humains ont été niés dans leur humanité; taire leur expérience, ce serait en quelque sorte pérenniser, parachever le travail des Nazis qui leur ont dit : vous n’existez pas. Le détenu n°174517 sera toujours là pour communiquer aux jeunes générations, en toute humilité, le sort de ses 20 ans, jusqu’à son suicide brutal en 1987.
Combattre l’incommunicabilité d’Auschwitz était son premier mot d’ordre.

"Si c'est un homme" de Primo Levi
Au Théâtre de Poche à Bruxelles
du 6 au 24 novembre 2007 à 20h30 (Matinées scolairesles jeudis à 14h30)
Mise en scène : Michel Bernard
Avec Frederik Haùgness

Nous avons 3 x 2 places à vous offrir pour la représentation du 10 novembre, cliquez ici

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