13 02 09

Folio fait son cinéma

ETE_MEURTRIERInitiative originale chez Folio Polar, avec la publication commune de cinq romans policiers « classique » et d’une itération plus moderne, tous les six accompagnés de leur adaptation cinématographique en DVD. Côté metteur en scène, on flirte avec la crème US et française, puisque se pressent au portillon John Huston, Howard Hawks, Claude Miller ou encore Jean Becker. Du Grand Sommeil à Mortelle Randonnée en passant par L’Eté Meurtrier et la formidable Nuit du Chasseur ces longs métrages illustrent à quel point les relations entre la pellicule et le papier peuvent être fructueuses. Cette collection permet aussi de découvrir les étranges arcanes de l’adaptation, travail de funambule réalisé par des scénaristes plus ou moins doués.

GRAND_SOMMEILLa preuve en est donnée, par l’absurde, avec le film le plus récent ; La Sentinelle, tiré d’un roman de bonne tenue… qui prend la mise formatée d’une sorte de téléfilm de luxe, où Michael Douglas et Kieffer Sutterland viennent cabotiner sans grande inspiration aux côté d’une Eva Langoria-Parker totalement fadasse. Ou quand la machine hollywoodienne confond adaptation et plate refonte.
Dr Corthouts

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05 02 09

Do you speak Maya ?

DOUGLAS_PRESTONIl ne fait aucun doute que Douglas Preston est tombé dans la marmite du « high concept » lorsqu’il était petit ! Le quoi ? Le « high concept », soit cette idée forte, capable de soutenir un roman (ou un film) tout entier et de tenir les lecteur en haleine ! Visez plutôt les prémices de Codex : un trio de demi-frères que tout sépare se retrouvent à la faveur de la disparition de leur paternel. La surprise ? Le père aventurier s’est fait inhumer quelque part dans le monde avec un demi milliard de dollars d’œuvres d’arts et d’objets archéologiques en tout genre. S’ensuit donc une chasse au trésor lors de laquelle les uns et les autres auront l’occasion de montrer leurs plus bas instincts.
Certes, Preston ne s’embarrasse dans ses romans que très rarement de subtilités et use (abuse ?) de personnages stéréotypés… mais présente le tout avec un tel sens du rythme et de l’aventure qu’il est très difficile de déposer le livre une fois le premier chapitre découvert.
Au cœur de cet hiver glacial, une petite excursion dans la touffeur de la jungle hondurienne, sur les traces d’un Codex maya, cela ne se refuse pas.
Dr Corthouts

Le Codex, Douglas Preston, J’ai Lu, 2008, 442p., 7€60.

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02 02 09

Hérésie en demi-teinte

WEBERDans le premier volume des Racines de l'Ordre Noir, Patrick Weber nous invitait sur la piste des Vikings, peuplades ombrageuses du grand nord qui fascinait les dignitaires nazis. Avec un sens certain du rythme, s'appuyant sur des recherches nombreuses et pointues, celui que l'on connait pour ses chroniques dans « C'est du Belge » ou « 50° Nord » tissait une intrigue où les obsessions des monstres du National Socialisme se mêlaient aux mystères encore nombreux qui entourent les affréteurs de drakkars.
Cette fois, la guerre est belle et bien terminée et on retrouve le héros de Patrick Weber, Pierre Le Bihan, début des années 50, aux prises avec un autre embrouillamini historique de choix : l'hérésie cathare.
Si, cette fois encore, on devine l'auteur passionné par son sujet, parfaitement informé et prompt à nous plonger dans une ambiance résolument d'époque, la mayonnaise de l'intrigue, elle, a plus de mal à prendre. La faute peut-être à un suspense en dent de scie, un enchaînement de coïncidences parfois un peu facile et un héros qui semble davantage subir l'action qu'il ne la provoque.
Le sujet n'en demeure pas moins fascinant... et l'on aurait presque tendance à regretter que Patrick Weber ne nous fasse pas profiter plus avant des trésors de renseignements qu'il a accumulés avant de se lancer dans l'écriture de cette nouvelle aventure. Brasser davantage les racines même du mystère aurait sans doute aidé le lecteur à se sentir plus impliqué dans une intrigue que l'on traverse parfois sans trop se poser de questions.
Reste que dans la catégorie pourtant bien achalandée des thrillers « ésotériques » au sens le plus large, Patrick Weber se débrouille plutôt bien et évite les pièges des théories fumeuses et des méga-organisations tentaculaires dissimulées derrière chaque pilier d'église. On ne peut pas en dire autant de nombreux autres auteurs à succès !
Dr Corthouts

Les racines de l'Ordre Noir, Tome 2 : Cathares, Patrick Weber, Timiée éditions, 386p., 21€00.

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02 02 09

Le Cadeau de Tata Estelle

ROBERTSAllez, une fois n'est pas coutume, je m'en vais vous offrir un bon petit conseil du Dr Corthouts. Soit, cette situation, toujours un peu embarrassante : votre Tata Estelle vous demande gentiment ce que vous êtes en train de lire pour le moment. Et bien entendu, amateur des chroniques du Dr Corthouts, ne vous viennent à l'esprit que des titres de thriller qui ne manqueront pas de faire dresser les cheveux sur la tête de votre Tata, elle qui tremble déjà lorsque Julie Lescaut reçoit un coup de téléphone imprévu au milieu de l'après-midi. Mais ne perdez pas espoir ! Car voici venir Nora Roberts ! Nora est un peu à Mary Higgins Clark ce que Mary est à Maxime Chattam, si vous voyez ce que je veux dire. Autrement dit, une version ultra-light du concept même de « polar », assaisonné d'une bonne dose de romance et de drame familial façon « soap opera ». Il va sans dire que votre Tata Estelle, va ADORER ! Si tu m'abandonnes met donc en scène une jeune et jolie policière, négociatrice de son état, qui rencontre lors d'une de ses interventions un bel homme. Le bel homme veut la belle femme. Mais elle résiste. Alors, il insiste. Et il séduit toute sa famille ou presque. Sa fille, sa mère, ses copines ... mais STOP ! Je vous vois venir ! Quand je dis « il les séduit », c'est évidemment qu'il les met dans sa poche, façon Michel Drucker. Ici, pas question de coup tordus, de crapuleuses séances de tortures psychologiques ou d'amant éconduit soudain transformé en anthropophage ! Chez Nora Roberts, tout le monde mange avec ses couverts, les méchants sont punis et les belles gens finissent ensemble à la fin. D'ailleurs, comment pourrait-il en être autrement, puisqu'il y a un ours en peluche sur la couverture du roman !
Cadeau idéal donc pour Tata Estelle... Par contre pour les sevrer aux romans de Mo Hayder, prévoyez tout de même une assistance médicale pour éviter le choc diabétique.
Dr Corthouts

Si tu m'abandonnes, Nora Roberts, Michel Lafon, janvier 2009, 393p., 17€90.

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19 12 08

Chaos calme

OBEDIENCEPour son premier roman, Will Lavender a voulu tenter l’aventure du thriller original… Et franchement, il n’est pas passé loin de la montre en or ! Avec Obédience, ce tout jeune professeur de littérature emprunte des chemins peu balisés. Les élèves d’un campus universitaire se voient proposer, par leur professeur de logique, de relever un défi pas commun : sauver la vie d’une jeune fille en résolvant, de façon logique et sur base d’indices envoyés par mail, le mystère de sa disparition. Intéressante pédagogie ? Certes… Sauf lorsque la frontière entre la réalité et la fiction se trouble et que les étudiants ne savent pas trop bien qui est qui et qui fait quoi ! Jeux de dupes et miroir déformants de la mesquinerie humaine, Obédience aurait pu devenir un véritable chef d’œuvre. Aurait pu, car le jeune Will Lavender manque de rigueur formelle. Chaotique, par moment fastidieuse, l’écriture de ce romancier en devenir déforce le propos et le concept, fascinant, de départ. Rendez-vous donc dans deux ou trois ans, avec cet auteur qui fera reparler de lui.
Dr Corthouts

Obédience, Will Lavender, Michel Lafon, novembre 2008, 302p., 20€90.

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08 10 08

Born in the Bayou

BIGUENETAuteur de nouvelles reconnu aux Etats-Unis, John Biguenet, passe à la vitesse supérieure avec ce roman vénéneux aux thèmes universels. Dans le décor pour le moins inédit du monde des éleveurs d’huîtres du Golfe du Mexique, deux familles se déchirent sur fond de récession et de catastrophe écologique et économique. Au cœur de toutes les passions et de toutes les violences, Theresa, jeune et fougueuse, prend des allures de Scarlett O’Hara du nouveau siècle. Le canevas est certes moins épique, mais les passions, les interrogations et l’attachement au sol marécageux du Bayou valent bien les péripéties de la belle du Sud inventée par Margaret Mitchell. L’histoire se développe sur le canevas codifié de la saga familiale made in USA, mais les personnages, eux, font preuve d’une belle complexité, obligés qu’ils sont de combattre les fantômes du passé tout en gardant les yeux fixés sur un avenir bien incertain.
Le style carré, dépouillé presque, de l’auteur renforce encore cette impression de tension dissimulée sous les eaux trop calmes... tel un alligator guettant sa proie dans la vase du bayou.
Dr Corthouts

Le secret du Bayou, John Biguenet, Albin Michel, 2008, 407p., 19€90.

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04 10 08

Hard Core Littérature

KETCHUMAlors que les monstres sanguinolents des années soixante-dix et quatre vingts passent tous sous les fourches caudines du remake – Massacre à la Tronçonneuse, Vendredi 13, Halloween, Les Griffes de la Nuit – va-t-on voir également, en littérature, le retour de l’horreur hardcore née dans la foulée des premiers romans de Stephen King ? En tous les cas, cette édition française du Off Season de Jack Ketchum pourrait servir de manifeste sans concessions pour une vague de romans destinée aux lecteurs avertis. Que les choses soient claires : ce roman n’est PAS à mettre entre toutes les mains. L’histoire débute dans une patelin perdu du Maine, alors qu’une jeune femme tente d’échapper aux exactions d’une bande d’enfants enragés. Cut sur une jeune auteure new-yorkaise réfugiée, pour terminer son dernier roman, dans une cabane perdue au milieu de nulle part. Le temps pour quelques amis de venir lui rendre une petite visite et tout ce beau monde va subir les attaques sauvages d’une famille de cannibales dégénérés ! Présentés de cette manière, l’histoire prend évidemment des airs série « z » noyée d’hémoglobine, mais le roman de Ketchum ressemble surtout à une métaphore perverse sur les limites de la sauvagerie et les atours de notre monde « civilisé ».
Morte Saison est un roman à « savourer » au second degré, un œil sur le contexte historique entourant son écriture. Soit le texte écrit par un sale gamin trop heureux de pouvoir foutre un solide boxon dans le monde plutôt tiède de la littérature de genre. Ne manquez d’ailleurs pas à ce propos la postface du roman (qui parait ici dans une version inexpurgée, éditée en 1999 au Etats-Unis) dans laquelle Ketchum raconte par le menu les hilarantes coupes que voulait pratiquer l’éditeur dans le manuscrit d’origine.
Franchement ? Un roman d’une rare violence, d’une sauvagerie aux limites du supportable… Mais un roman qui ne vous laissera pas indifférent, comme certaines productions pâlottes qui se targuent aujourd’hui du label « terreur ».
Dr Corthouts

Morte saison, Jack Ketchum, Bragelonne, 2008, 280p., 20€00 env.

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02 10 08

Duel au sommet de l’émotion

SCHWARTZUne nuit. Une station service. Un homme pressé. Et la vie de deux familles bascule. Les prémices du roman de John Burnham Schwartz sont à la fois simples et terrifiants : après un concert, Ethan Learner, un universitaire et sa famille font un arrêt « toilettes » au bord d’une route mal éclairée. Son fils Josh, dix ans, s’éloigne de la station service. Dwight Arno, avocat, file à vie allure. En retard, il doit ramener son fils auprès de son ex-épouse au plus vite, afin d’éviter de sérieux problèmes de garde. En dix secondes, le drame se noue. Arno percute le jeune Josh et s’enfuit.
La mort de Josh ronge alors Ethan et Arno en parallèle. L’un devient obsédé par l’idée de punir le meurtrier de son fils, l’autre refuse de se livrer à la police, mais ploie chaque jour un peu plus sous le poids de la culpabilité.
Avec finesse, force et émotion, Burnham Schwartz analyse le parcours inévitablement lié de ces deux hommes frappés par le pire des drames. Survivre à un enfant. Survivre dans la peau d’un meurtrier. D’autant que l’un comme l’autre porte en lui des doutes, des erreurs, des questions… mais aussi des espoirs, des rêves et des réflexions.
On regrettera simplement que ce voyage, qui mène à l’incontournable confrontation entre deux êtres à la fois si proches et si différents, soit parfois traversé d’improbables coïncidences et de moments de pseudo-tension fabriquées plus que nées de la logique interaction entre les personnages.
Le roman a donné lieu à une adaptation cinématographique avec River Phenix et Marc Ruffalo, mais la galette n’est pas encore passée sur la table du Dr Corthouts pour autopsie.
Pour l’instant donc, le roman, solide, émouvant et interpellant trouvera tout naturellement sa place dans vos lectures d’hiver.
Dr Corthouts

Reservation road, John Burnham Schwartz, Albin Michel, septembre 2008, 400p., 20€00 env.

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02 10 08

Mode opératoire automatisé

COOKRobin Cook s’est hissé sur la plus haute marche des listes de vente en creusant le sillon du thriller médical. Ne comptez donc pas sur lui, dans son nouveau roman, pour soudain embrasser l’histoire angoissante d’un cheval d’arçon amoureux d’une barre fixe sur fond d’olympiades chinoises trop politiquement correctes. Etat critique se déroule donc dans le milieu hospitalier, plus exactement dans une conglomérat de cliniques privées où des staphylocoques dorés jouent les mouches du coche et déciment les patients aussi sûrement qu’une rafale de kalachnikov. Ajoutez à cela l’entrée imminente de ce conglomérat en bourse, des actionnaires qui ont davantage leur place dans Les Sopranos qu’à la table de l’ambassadeur, ainsi qu’un couple de médecins légistes fraîchement mariés… et vous obtenez tous les éléments d’un thriller de facture classique. Trop classique ? Hé, que voulez vous que je vous dise ? A force d’enquiller les briques annuelles avec une régularité de métronome, Cook fait bien entendu partie de ces auteurs qui s’appuient sur une formule invariable et des personnages plutôt monolithiques … mais qui drainent également une base de fans toujours prêts à le suivre dans sa salle d’opération pour assister à la même ablation des amygdales. « Est-un bien ? Un Mal ? C’est ainsi ! » dixit J.J. Goldman. Et qui suis-je pour lui donner tord ?
Dr Corthouts

Etat critique, Robin Cook, Albin Michel, septembre 2008, 480p., 21€90.

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26 09 08

La nuit, tous les diables sont gris

MASTERTONLe nouveau roman de Graham Masterton démarre sur les chapeaux de roues . Un jeune couple se fait cisailler dans sa demeure de Virginie – l’action se déroule à Richmond - par un assaillant invisible qui laisse une femme décapitée et son mari en train de se vider de son sang. La police se révèle incapable de relever la moindre empreinte digitale sur les lieux du crime. L’arme ayant servi à taillader le couple est introuvable. Seul témoin de l’incident, Sandra, une adolescente trisomique, affirme avoir aperçu un « Homme Très Effrayant » vêtu de gris, armé d’une épée, sortir de la maison juste après le méfait accompli...
Decker McKenna, le lieutenant chargé de l’enquête, n’a toujours pas fait le deuil du meurtre de sa femme, Cathy. Cette dernière, ou plus exactement son fantôme, vient bientôt l’avertir qu’il court un grave danger. Mais Decker n’a guère le temps de se préoccuper de ces sombres prédictions car un second homicide, suivant le même mode opératoire que le premier, est bientôt commis sur la personne d’un ancien major de l’armée américaine, sans lien apparent avec le premier crime.
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Franck Boulègue

Graham Masterton, Le Diable en Gris, traduit de l’anglais par François Truchaud, 378 p., Milady, 7€00 env.

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