01 08 07

L'écrivain est mort ce soir

KING LiseyDepuis le milieu des années quatre vingt et la sortie de « Ca », Stephen King n’a jamais cessé d’explorer ce que l’on pourrait nommer les voies de l’écrivain. Soient des réflexions sur la création, l’écriture, les fans, les pseudonymes, la réussite, la page blanche qui se déclinent de romans en romans, trouvent échos dans ses nouvelles et nimbent jusqu’à sa saga définitive, celle de la Tour Sombre. Il n’est donc pas surprenant, en cette rentrée littéraire 2007, de voir débarquer le maître de Bangor, faussement retraité faut-il le rappeler, avec une nouvelle pierre à poser sur la voie : Histoire de Lisey.
Réflexion sur l’écriture donc dans ce nouvel ouvrage, mais aussi et surtout réflexion sur l’absence, la douleur et le deuil étrange de celui qui reste. Celle qui reste dans le cas précis, puisque l’histoire de Lisey est celle de la femme d’un écrivain célèbre qui, quelques temps après la mort de son mari, découvre peu à peu l’univers fantasmagorique dans lequel il puisait son inspiration.
De son propre aveu, fasciné par la mort depuis son accident en 1999, King se livre ici à un exercice étrange, entre réflexion sur son art, métaphore de la créativité, parallèle entre écriture et thérapie et thriller horrifique. Le tout en écrivant ce qui doit être une des lettres d’amour les plus touchantes adressée à son épouse, Tabitha, personnage de l’ombre au combien important dans la carrière de créateur de cauchemars le plus prolifique de ces trente dernières années.
Ce mélange des genres et cette forte connotation autobiographique qui baigne Histoire de Lisey, en fait aussi une œuvre non pas ardue, mais peut-être complexe à appréhender pour un novice de l’univers Kingien. Avec sa narration éclatée, son écriture qui brouille la frontière entre rêve et réalité, ce nouveau roman ne propose pas non plus d’enjeu narratif clairement défini et s’apparente davantage à une balade au gré des chemins imagnaires d’un auteur en pleine possession de ses moyens plutôt qu’à un itinéraire balisé pour amateur de frissons cartésiens. Cet avertissement posé, les fans de King et de récits atypiques puisant aux sources de l’écriture seront comblés par cette foisonnante aventure livresque.
Dr Corthouts

Stephen King, Histoire de Lisey, Albin Michel, en librairie le 23 août prochain.

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24 07 07

Chronique sous le parasol

KINGComme mes petits camarades, je passe une partie de mon été… à lire ! L’été, c’est pour essentiellement pour moi la période du rattrapage, de la découverte et des relectures. Histoire de vous faire partager ces quelques semaines pas comme les autres, voici donc les dix étapes de mon été livresque :
1) Relire un Stephen King. Oui. King est et restera définitivement l’auteur de mon entrée en apnée livresque et celui dont je dévore les sorties religieusement, en V.O., depuis plus de vingt ans. Cette année, j’ai relu « La Part des Ténèbres », soit l’histoire effrayante d’un « pseudonyme » qui prend vie et refuse d’être sacrifié sur l’autel de la littérature « comme il faut » par son créateur. Toutes les névroses de King sont contenues dans cet exercice dément d’introspection horrifique.
2) Lire l’intégrale d’un auteur découvert dans l’année. Là pour le coup, c’est une auteure, Karin Slaughter. Une véritable découverte que cette bonne femme qui allie dans ses romans les recherches d’une Patricia Cornwell, la violence et la dureté d’une Mo Hayder et enfin le rythme d’une série télé de la nouvelle génération… Au programme, « Mort Aveugle », « Au fil du Rasoir », « A Froid », « Indélébile », « Sans Foi ni Loi ».
3) Lire le nouvel Harry Potter. Je ne suis pas un Potter-maniaque, mais je dois avouer que la série, même si elle possède ses faiblesses, a le mérite d’être bien écrite et menée avec entrain. Certains romans sont trop longs, mais ces « Reliques de la Mort » terminent la grande aventure avec classe et une logique narrative certaine. Oui, Miss Rowling avait réellement imaginé les grandes lignes et certains détails de sa saga depuis longtemps. Je vous en reparle dans quelques jours…
LE ROY4) Faire semblant de m’intéresser à la « vraie » littérature. Chaque année, c’est pareil, je dépose sur ma table de lecture l’un ou l’autre « classique », voire des romans incontournables de l’année écoulée… Mais, invariablement, une couverture flamboyante, ou de très mauvais goût, me détourne du chemin qui mène à l’Epiphanie. Bah, un jour je finirai bien par ne plus confondre Patrick Cauvin et Raoul Cauvin, non ?
5) Tenter d’établir un vrai classement de mes lectures des six premiers mois de l’année… Tâche qui se heurte invariablement à ma très mauvaise mémoire et à mon organisation digne de celle d’un bibliothécaire aveugle, sourd, muet et analphabète. Mais bon, là je pense avoir capté cinq incontournables : « Cold Granite », de Stuart McBride, « Prédateurs », de Maxime Chattam, « La Mort Leur Va Si Bien », de Peter James, « Le Syndrome Copernic » de mon ami Henri Loevenbruck, « Pig Island » de Mo Hayder et enfin « L’œil de Caine » de Patrick Bauwen.
6) Découvrir avec effarement un auteur à côté duquel j’étais passé. Et la palme revient cette année, sans aucun problème, à Philip Leroy. Tapez son nom dans notre moteur de recherche, Marc Bailly en dit du bien dans deux chroniques … Et ma foi, il a bien raison. Ce Français est un véritable faiseur d’intrigues, dans la droite ligne d’un certain Dean Koontz, méga-star américaine.
7) Résister à l’envie de dévorer deux, quatre, six bouquins dérivés de l’univers de Star Wars. Fan total de l’univers de Georges Lucas, j’ai depuis quelques années déjà abandonné l’idée de suivre la pléthore de romans dérivés publiée chaque année… Mais, en été, pop-corn movies oblige, ça me chatouille. Alors, je feuillette et je découvre assez rapidement qu’aucun auteur (même si certaines pointures s’y sont frottées) ne peut rivaliser avec le hurlement d’un chasseur-tie en pleine descente sur la tranchée de l’Etoile Noire ! Et je fais chauffer les DVD.
LAMBERT8) Surfer sur les divers sites d’auteurs et de maisons d’édition… Et découvrir comme souvent avec quel talent, quel professionnalisme et quel respect des lecteurs les anglo-saxons font leur boulot. Certes, le livre est, entre leurs mains, un « produit », mais bon sang, il n’y a pas de commune mesure entre la manière dont le lecteur de passage se sent accueilli sur un site anglais et sur un site français… Bien sûr, pas question de basculer dans la généralisation abusive, ni de rêver d’un monde ou la consommation prend le pas sur le plaisir… Mais faites un simple test, découvrez un auteur en poche et « googlez »-le. Selon sa nationalité, vous m’en direz des nouvelles…
9) Prendre quelques jours pour lire un livre dans la ville où il se déroule. Une idée qui m’était venue alors que je lisais un polar de Michael Connelly en rêvant d’être à L.A. Vu le prix des transports en Europe, il y a possibilité de réaliser l’aventure parfois à moindre frais. Cette année, j’étais à Londres et j’y ai dévoré « Zoulou Kingdom », de Christophe Lambert. Une incroyable histoire dans laquelle, en plein ère victorienne, des Zoulous tentent de prendre Londres d’assaut. Une réflexion pertinente sur la colonisation, des scènes de bataille surréalistes, une structure et des références qui font fichtrement penser au Titanic de James Cameron… Lire tout cela sous Tower Bridge ? Un régal.
10) Me torturer les méninges pour trouver une dixième étape à cette chronique… Ah ! Voilà, c’est fait ! Allez, rendez-vous à la rentrée, je vous garde quelques cadavres au frais !
Dr Corthouts.

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24 06 07

L'affaire Lubsky : que vaut La cellule Zarkane ?

LUBSKYS’il avait fallu à Richard Bachman, pseudonyme bien connu de Stephen King, cinq romans pour mourir frappé par un « cancer du pseudonyme », Joseph Lubsky n’aura, lui, pas survécu à sa première intervention chirurgicale, pardon télévisée, sur le plateau de Laurent Ruquier. Frappé en plein front par une balle de 9mm tiré par un automatique télévisuel parfaitement huilé, l’auteur de la cellule Zarkane a rapidement trouvé une place à l’arrière de l’armoire à costume de son créateur, Patrick Sébastien.
Si l’on peut sourire du meli-mélo médiatique et littéraire qui a suivi cette fausse « affaire » (avec un Sébastien qui ne savait plus sur quel pied danser pour récupérer le truc sans passer pour un gusse) une question finit tout de même par revenir : " si Lubsky et Sébastien n’avaient pas été la même personne, le roman aurait-il été publié ?" Car finalement, sans entrer dans les détails d’un débat sans fin, c’est bien là le cœur de la question : le monde de l’édition est-il à ce point entré dans une logique commerciale et médiatique que le qualité d’un écrit n’est plus qu’une simple valeur ajoutée, tout au plus un « bonus » à l’importance toute relative aux côtés du « produit livre » ? Pas plus tard que vendredi dernier, l’excellent Jean d’Ormesson ne défendait pas une thèse différente sur le plateau de Guillaume Durand. Arguant avec un demi-sourire que Proust n’aurait sans doute eu aucune chance de succès dans l’actuel monde de l’édition !
Soit ! Débat, il y a. Mais demande également de la part de Patrick Sébastien de juger le roman de Lubsky non pas à l’aune de l’image de l’animateur, mais bien selon des critères objectifs, solides, littéraires. Qui suis-je pour refuser les doléances de l’homme qui nous a offert « Le Plus Grand Cabaret du Monde », « Shirley et Dino » ou encore Carlos déguisé en Claudia Schiffer !
Cela dit, une fois La Cellule Zarkane refermée, subsiste un problème : Joseph Lubsky a beau être l’auteur du roman, on y retrouve les mêmes qualités et les mêmes tares que celles de l’animateur Sébastien. Soit, dans la colonne "tares" : une histoire excessivement mélodramatique, des références martelées avec la finesse d’un bateleur, des personnages stéréotypés, des dialogues qui sonnent faux… Et dans la colonne des qualités : un vrai travail d’auteur, un attachement aux personnages, un amour pour la marginalité et un respect que l’on imagine sincère pour les petites gens et les perdus de la vie qui se sont faits tout seuls, quelque soit la qualité morale de leur réussite.
Tout cela ne fait certainement pas un « thriller haletant » comme nous l’annonce un bandeau de couverture une fois de plus empreint de finesse. Lubsky s’est trompé d’étagère en pensant vendre son roman dans la nouvelle vague des polars noirs et autres thrillers nerveux qui envahissent nos librairies à un rythme de plus en plus soutenu. La Cellule Zarkanne est davantage un roman-vie, une réflexion un rien bateau sur la solitude et les marginaux, … et un excellent matériau de base pour une mini-série télévisée tendance grande saga d’un petit gitan devenu gangster. Autant le savoir.
Chris Corthouts

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17 06 07

L'héritage des Templiers

STEVEBERRYSouvenirs, souvenirs… En 1988, lorsque le monde du cinéma fut secoué par l’arrivée d’un certain Piège de Cristal, thriller fondateur de John McTiernan, il n’a pas fallut six mois pour voir fleurir, sur les écrans, des imitations de toutes sortes. Piège de Cristal dans un train, sur un bateau, dans une tour en feu, dans l’arrière cuisine de ma grand-mère ou la niche de mon chien, … Tout le monde y allait de l’exploitation souvent foireuse de la formule de « l’homme seul au mauvais moment, au mauvais endroit ». Tout cela pour vous dire que depuis l’arrivée, dans le milieu littéraire d’un certain Da Vinci Code, tous le monde où presque s’est empressé d’exploiter le filon des mystères de la chrétienté et des secrets dissimulés depuis deux millénaires par l’une ou l’autre société secrète en cheville avec le PDG du Vatican.
Steve Berry, déjà auteur de quelques thrillers, ajoute donc son propre volume à cette nouvelle littérature populaire et mélange cette fois les périls de Rennes-le-Château avec une bonne dose d’action musclée (et résolument cinématographique ET peu crédible) et des considérations sur la survivance de l’ordre des Templiers.
La recette est évident connue mais qui n’a pas, parfois, envie de s’envoyer un bon boulet-frites ou un plat de spaghetti bolognaise sans fioritures ? Et dans la catégorie « pur divertissement », Berry sait doser ses effets, nouer ses ficelles – même si elles sont décidemment épaisses - et offrir un divertissement sans ennui. Son seul défaut est de venir après une volée d’autres romans/thrillers sur le même sujet. A vous de voir si vous pouvez supporter pour la quinzième fois la mise en scène des tortures infligées à Jacques de Molay, supposé dernier Templier ou pour la centième fois de marcher sur les traces de l’Abbé Saunière.
Chris Corthouts

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16 06 07

Des prédateurs dans le Grand Morning

CHATTAMCe vendredi, j'ai eu le plaisir de dire tout le bien que je pensais du dernier Chattam, en compagnie de Bruno et Max et de l'ambassadrice des Philippines, très fan de Thriller, qui s'en est allée acquérir ce livre suite à mon billet.
En cliquant sur la couverture, vous pourrez lire la critique des Prédateurs par le Dr Corthouts.

  LIRE EST UN PLAISIR 1506

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08 06 07

L’heure du chat

QUINNLa seconde guerre mondiale et les dérives effroyables du régime nazi ont toujours été un terrain fertile pour l’imagination des auteurs de thriller. Il faut admettre que le mystère de cette aliénation de masse qui a débouché sur les pires atrocités, les exterminations massives de population laissera perplexe durant des années encore.
Peter Quinn, dans « L’Heure du Chat » plonge plutôt dans une époque moins « glorieuse », où la montée en puissance du National Socialisme et de son Nervien à moustache était encore vu, par certains décideurs politiques des deux côtés de l’Atlantique, comme une force avec laquelle parlementer. On sait où cela a mené l’Europe et le reste du monde !
Malin, Quinn tisse au cœur de cette époque où la frontière entre le bien et le mal, les intérêts économiques et la défense des droits les plus élémentaires, se fait de plus en plus floue, une intrigue presque « classique ».
Soit un détective privé tout droit sorti des pages d’un Chandler, lancé sur la piste d’un tueur après la découverte du corps mutilé d’une jeune infirmière. Sauf que cette enquête aux allures trop simples va mettre au jour les agissements d’une bande de fieffés malades, inspirés par les théories eugéniques pondues par les « scientifiques » du Troisième Reich.
Menée avec un soin particulier de véracité historique, explorant la fascination pas toujours saine d’une certaine élite pour la perfection génétique et évoquant, au travers le prisme de l’histoire, des considérations contemporaines, « L’Heure du Chat » n’est pas qu’un bon thriller, c’est un livre qui fait réfléchir… A glisser dans la valise pour ne pas bronzer stupide !
Dr Corthouts

L’heure du chat, Peter Quinn, Paris : JC Lattès, 2007. 527 pages, 20,90 €

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02 06 07

Le sang des ogres

BRANDONL’année dernière, Ulysse Brandon débarquait dans l’arène du thriller contemporain avec "Octobre Noir" (cliquez sur la couverture), solide variation sur le thème du « film de commandos » tissé d’une tripotée de scènes d’action à faire baver d’envie les amateurs de James Cameron !
Impossible pour Brandon de s’arrêter en si bon chemin et sa livraison annuelle vire rapidement à la poésie du chaos avec, en toile de fond, la chute de Berlin à la fin de la Seconde Guerre Mondiale.
Oui, dans Le Sang des Ogres, il n’est plus question de technologie ou de terrorisme religieux, mais bien d’une bande de pieds nickelés décidés à profiter du pandémonium de la chute du Reich pour faire main basse sur quelques œuvres d’art confisquées par les nazis tout au long du conflit. Evidemment, comme souvent lors de ce genre d’entreprise, les choses ne vont pas se passer comme prévu ; l’amour, la trahison, le violence et la peur seront les invités de marque d’une aventure noyée dans la poussière et les gravats.
Ulysse Brandon plonge donc dans une période hallucinante de l’histoire de la Seconde Guerre pour nous concocter une histoire où planent de nombreuses références cinématographiques, littéraires ou encore picturales. Au départ, le foisonnement géographique et le nombre surprenant de personnages, historiques ou fictifs, peut dérouter le lecteur… Mais dès que les balles se mettent à siffler ou des pans entiers de maison s’écroulent autour des héros, Brandon retrouve sa verve et cette manière particulière d’articuler le chaos pour soumettre ses personnages à la souffrance… mais aussi à un cheminement aux conséquences dramatiques.
Pour son second roman, Brandon s’éloigne un peu du style, trop formaté parfois, des thrillers de la nouvelle génération, mais ne perd rien de son efficacité au cœur d’une action toujours trépidante. Le pari du « second roman écrit à l’ombre du succès » semble être remporté par le sieur Brandon… Tout bénéfice pour le lecteur, donc !
Chris Corthouts

  GILLES GALLIMARD - Chris Corthouts

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01 06 07

L'île au cochon

MOHAYDERLe nom de Mo Hayder ne résonne pas encore avec la même force que celui d’un Connelly dans le monde du polar, mais depuis la sortie de Tokyo en 2005, « y a un truc qui bouge » comme disait un de mes amis après avoir absorbé, juste pour rire, une surdose de Viagra lors d’une soirée bien arrosée. La « révélation » n’est pas totale. Sans doute en partie parce que la demoiselle Haider n’est jamais là où on l’attend. Loin d’entrer tranquillement dans la case « polar » et de nous servir une ration d’enquête plus ou moins macabre avec une régularité de métronome, elle s’empresse plutôt de brouiller les cartes, de dérouter les attentes… dans le but unique de secouer ses lecteurs.
La preuve en est avec ce Pig Island qui débute comme un épisode des X-Files : sur une île au large des côtes écossaises, un petit groupe de croyants est accusé de satanisme. Des accusations renforcées par une bande vidéo sur laquelle on aperçoit ce qui pourrait être une créature hybride, mi-homme, mi-bête, d’apparence diabolique. Il n’en faut pas plus pour qu’un spécialiste des « arnaques mystiques », John Oakes prenne le bateau et cherche à démystifier ce qu’il considère comme un canular élaboré.
Hayder pourrait alors se contenter d’un thriller conventionnel, relecture moderne de l’Ile du Docteur Moreau ou variation sur "The Wicker Man", chef d’œuvre du cinéma britannique, mais décide, pour le plaisir du lecteur, de concentrer son histoire sur les doutes, les faillies, les fêlures et les rendez-vous manqués de ses personnages. Ce roman prend alors des allures de quête, flirte avec les limites du fantastique, surprend par ses passages d’horreur graphique et finit par séduire à travers sa réflexion sur la différence, les extrémismes et le mal-être.
Une preuve éclatante du talent de Mo Hayder et de l’évidente profondeur thématique que peut cacher la trompeuse patine d’un roman de « genre ». Un pur plaisir, totalement envôutant.
Dr Corthouts

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31 05 07

Manitou, Manitou, tout est Manitou

MASTERTONAvec Du Sang pour Manitou, Graham Masterton retourne aux origines de son style et effectue une fois encore la fusion presque parfaite entre la terreur, l’humour british totalement décalé et des préoccupations contemporaines.
L’histoire débute comme un thriller horrifique « classique » alors qu’une étrange et meurtrière épidémie semble frapper New-York. Certains habitants souffrent de fièvre et vomissent des flots de sang … qui s’avère ne pas être le leur.
Entre en scène Harry Erskine, le héros des trois premiers romans de la série « Manitou » (et de quelques autres épisodes), sorte de détective de l’étrange, vrai médium, faux diseur de bonne aventure, ayant déjà tant souffert de ses excursions dans le paranormal qu’il finit par regarder la vie avec un détachement hilarant. C’est évidemment à travers les yeux de Harry que nous allons vivre cette nouvelle aventure où le Manitou, méchant de service, semble dans un premier temps, ne pas avoir sa place… Je n’irai pas plus loin dans le résumé pour ne pas vous casser le suspense ou vous priver de la découverte de quelques scènes horrifiques pas piquées des hannetons. Car s’il est bien un auteur qui, depuis sa première publication il y a plus de 30 ans, n’a jamais succombé aux sirènes du politiquement correct, d’une horreur « light » ou d’un gore dilué c’est bien Masterton. « J’aime les romans courts, avoue-t-il. Les romans qui vont à l’essentiel… Et par le passé je me suis parfois laissé aller à me regarder écrire. Ce qui a donné des romans un peu longuets, je l’avoue. Avec Du sang pour Manitou, je reviens aux sources. Et aux sources du personnage de Harry Erskine également, avec ce côté décalé et son humour macabre ».
De fait, le roman vous prend à la gorge dès les premières pages et se transforme rapidement en un véritable roller-coaster. On crie, on frisonne et on est agréablement surpris de voir comment Masterton parvient encore à renouveler une formule que l’on imaginerait usée jusqu’à la corde.
Dr Corthouts

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21 05 07

The woods : le nouveau Coben ... en v.o.

COBENL’année dernière, avec "Promets Moi", Harlan Coben avait réussi le mélange entre son personnage fétiche, Myron Bolitar et l’univers plus « grand public » de ses thrillers à succès. Cette année, retour à la banlieue tranquille, aux histoires de passé trouble et aux surprises enfilées comme des perles sur un collier !
Paul Copeland, procureur du New Jersey, est tout entier absorbé par une sordide histoire de viol dans un dortoir d’université lorsque son passé lui saute littéralement à la figure. Vingt années se sont écoulées depuis que la sœur de Paul et trois de ses amis ont été victimes, dans une forêt entourant un camp de vacances, d’un serial killer adepte du couteau.
Mais comment les choses se sont elles réellement passées durant cette terrible nuit ? Et surtout, comment se fait-il qu’un jeune garçon que tout le monde croyait mort lors de ce terrible épisode réapparaisse soudain, sur la table du médecin légiste de Manhattan ?
Comme à son habitude, il ne faut pas plus de 20 pages à Harlan Coben pour vous saisir par le poignet et vous obliger à tourner les pages de son dernier roman comme si votre vie en dépendait. Avec des fins de chapitre ciselées pour entretenir un savant suspense, ce satané géant chauve parvient une fois de plus en emporté la mise… Et surtout à se renouveler dans un genre qu’il a lui-même ciselé et qu’il exploite depuis bientôt dix ans ! A épingler cette fois, le personnage de Paul Copeland, héros malgré lui de cette sordide histoire, dont la moralité flirte parfois avec le côté obscur. Adepte de la manipulation, voire de la menace à peine voilée, Copeland n’est pas le héros sans reproche d’une formule que l’on pourrait imaginer figée dans le marbre. Des choix troubles qui rendent ce nouveau Coben d’autant plus humain… Et moins lisse que les précédents romans de l'auteur.
Dr Corthouts

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