31 10 11

C’est arrivé près de chez vous…

 

Meurtre à Waterloo.jpgParu aux Éditions Luc Pire à Liège (qui se sont associées pour l’occasion à la SNCB afin d’offrir aux usagers de cette dernière – et aux autres lecteurs, bien entendu – des romans policiers dont l’action se situe dans notre pays, rédigés par des auteurs belges de renom) dans une collection initiée, dirigée et éditée par votre serviteur, Meurtre à Waterloo de Jean-Baptiste Baronian fourmille de rebondissements, de traits ironiques et d’allusions diverses propres à réjouir ceux qui connaissent la Butte du Lion et son Panorama, et à inciter les autres à se fendre d’une petite visite…

 

La trame de ce polar ?

 

Un détective privé (qui partage bien des passions avec l’auteur, les beaux livres et le bon vin, notamment) enquête sur un, puis deux meurtres commis parmi les membres du Cercle belge des amis de Napoléon, un cénacle dont le moins que l’on puisse dire est que l’attrait du passé y débouche sur des passions toujours bien contemporaines : le sexe, l’argent, la jalousie et le pouvoir.

 

L’intrigue est rondement menée, le cadre parfaitement restitué (les lieux touristiques, bien sûr, mais aussi la ville elle-même, avec ses restaurants, ses commerces et son urbanisme chic) et la solution constitue un clin d’œil envers l’un des plus célèbres romans d’Agatha Christie – le lecteur nous aura compris en refermant l’ouvrage.

 

Un livre qui, en tout cas, lui aura éventuellement permis de voyager… en voyageant !

 

Bernard DELCORD

 

Meurtre à Waterloo par Jean-Baptiste Baronian, Liège, coédition SNCB & Éditions Luc Pire, collection « Romans de gare – Kill and read », octobre 2011, 143 pp. en noir et blanc au format 12 x 18,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 10 €

 

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10 10 11

Avant-Première de Choix !

Vertiges

 

De Franck Thilliez

 

Editions Fleuve Noir

 

thilliez_vertige.jpgCertains secrets sont inavouables, mais serions-nous prêts à mourir pour les cacher?


Un homme se réveille au fond d'un gouffre, au coeur d'un environnement hostile, deux inconnus et son fidèle chien comme seuls compagnons d'infortune. Il est enchaîné au poignet, l'un des deux hommes à la cheville et le troisième est libre, mais sa tête est recouverte d'un masque effroyable, qui explosera s'il s'éloigne des deux autres. Qui les a emmenés là ? Pourquoi ? Bientôt, une autre question s'imposera, impérieuse : jusqu'ou faut-il aller pour survivre ?

 

Y a du pervers dans le Thilliez ! Cela ne fait plus aucun doute. A la lecture du quatrième de couverture ci-reproduit avec toute l’attention  voulue, les influences de ce nouveau roman du « noir saigneur du nord » semblent évidente : la série Saw ! Hostel ! Cube ! Mais cela serait trop facile… Je vous le dis, Franck Thilliez est tordu… Et on adore cela !

Dans Vertige, il s’éloigne résolument des contrées du polar glauque, il abandonne durant quelques centaines de pages le destin de son commissaire Sharko et de sa compagne d’infortune, la demoiselle Henebelle,  pour plonger tête la première dans la noirceur d’un thriller pur jus. Avec le temps, l’écriture de Franck a pris de l’assurance… Et il ose aujourd’hui « dévisser » et se lancer dans le vide, sans la ligne de secours que constitue la squelette rassurant d’une intrigue policière. Mieux, il forge un huis-clos, un jeu de dupe à trois personnages, une quasi unité de lieu… Sans que jamais le rythme ne faiblisse, l’intérêt ne s’étiole. Avec une science consommée du suspense, le nordiste s’appuie sur des personnages solidement charpentés, aux réactions totalement réalistes et atrocement humaines.

Il y a du Stephen King et du Serge Burssolo dans ce type là ! Et je n’aborderai même pas la chute du roman qui, sans avoir l’air d’y toucher, oblige le lecteur à s’interroger sur tout ce qu’il vient de lire ! Un tour de force que l’on associe généralement aux longs métrages de cinéma… mais que Thilliez parvient à transposer sur le page écrite avec brio et cohérence.

Un coup de maître pour un auteur qui n’a pas fini de nous surprendre.

 

Dr  Corthouts

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29 09 11

La Mémoire dans la Peau

Le Passager, de Jean Christophe Grangé – Editions Albin Michel

 

Je suis l'ombre. Je suis la proie. Je suis le tueur. Je suis la cible. Pour m'en sortir, une seule option : fuir l'autre. Mais si l'autre est moi-même ?

 

 

passager_grange.jpgLe quatrième de couv’ du nouveau roman de Jean-Christophe Grangé est pour le moins laconique, façon accroche d’affiche de ciné… Mais ce n’est pas pour autant que « Le Passager » prend des allures de scénario à peine épaissi… Avec plus de sept cents pages au compteur, cette descente aux enfers dans les tréfonds du cerveau humain prend le temps de s’installer… Et d’enserrer le lecteur entre les bras de son intrigue en forme de poupée russe. Comme toujours ultra-pointu, Grangé explore les méandres de la mémoire humaine et aborde un phénomène authentique : celui « des voyageurs sans bagages », ces gens qui perdent totalement la mémoire après un violent trauma. Vient se greffer sur cette chasse à l’homme d’un genre nouveau une série de crimes, inspirés de la mythologie… et l’histoire torturée d’une jeune femme flic en total déséquilibre.

Il y a certes longtemps que Jean Christophe Grangé ne nous surprend plus, son obsession pour les personnages déchirés et les intrigues à double/tripe/quadruple fonds étant bien connu des amateurs, mais dans Le Passager, la recette est préparée avec professionnalisme. Actions, réflexions, complots, hommes de l’ombre et héros ordinaires plein de ressources se conjuguent pour offrir aux lecteurs une aventure automnale de qualité. On regrettera seulement l’un ou l’autre longueur… Et ici et là quelques préjugés qui flirtent avec une idéologie appuyée à droite. L’auteur s’en défendrait sans doute en les attribuant à ses personnages de la maréchaussée, mais le lecteur attentif ne manquera pas de grincer des dents.

 

Dr Corthouts

 

 

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19 09 11

Y a Pas de Miracle !

 

Remède Mortel, de Harlan Coben

 

Editions Belfond

 

coben_miracle.jpgUne clinique new-yorkaise hautement sécurisée. Un médecin qui se suicide. Des patients sauvagement assassinés. Coïncidences ? Complot ? Et si l'annonce prochaine d'une extraordinaire découverte médicale avait déclenché cette vague meurtrière ? Sara Lowell, jeune journaliste très en vue, mène l'enquête. Mais ses révélations pourraient bien faire d'elle la prochaine victime d'un mystérieux serial killer... Guerre des lobbies pharmaceutiques, machination politique, pression des médias, mensonges... Au coeur d'un débat toujours aussi brûlant, un thriller angoissant et terriblement réaliste par celui qui allait devenir le maître de vos nuits blanches.

 

Je ne saurais que trop vous conseiller de lire l’avant-propos de ce « nouveau » roman de Harlan Coben, empilé sur les tables des libraires depuis le 15 septembre dernier. En quelques mots, le roi du thriller quotidien nous met en garde : ce roman n’est PAS neuf, c’est le second opus des « manuscrits perdus », premières tentatives de publication d’un auteur en devenir. Il renchérit d’ailleurs : le roman est livré au lecteur « dans l’état », sans aucune mise à jour, ni éventuelle modernisation… Du coup, si je m’explique la démarche éditoriale derrière une telle opération -  en clair, offrir une sortie « bonus » aux amateurs entre deux Coben printaniers – j’ai du mal à croire qu’un tel concentré de clichés, de personnages stéréotypés et de situations téléphonées puisse attirer de nouveaux lecteurs dans l’escarcelle de celui qui est davantage connu pour son efficacité que ses longueurs. Objet d’étude ? Preuve par 400 pages que tout auteur peut évoluer ? Pur objet de lucre ? Difficile de choisir la catégorie dans laquelle glisser ce « Remède Mortel ». Certaines des qualités d’Harlan Coben apparaissent bien en filigrane au cours du roman, mais le tout est noyé sous une solide couche de maladresse… Cynique, j’ai l’espoir que l’auteur de "Ne le dis à personne" a touché un solide chèque pour laisser s’échapper de son fond de tiroir une œuvre aussi médiocre.

 

Dr Corthouts

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08 06 11

Le crime vu de Sirius…

 

L’Étoile de l’Est.jpgLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 08/06/2011 sur le site du magazine satirique belge sur Internet SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :

 

Franc-maçon lui-même, l’auteur liégeois de L’Étoile de l’Est (qui se cache derrière un pseudonyme évoquant le père du roman policier, l’Anglais William Wilkie Collins, 1824-1889) situe l’action de son premier polar dans le petit monde des logeards en bord de Meuse (son flic en est, notamment, mais il n’y a pas que lui…), et son intrigue – fort bien ficelée, ma foi… – ravira autant les fils de la Veuve que les profanes…

 

Prostitution occasionnelle et de mineures, boîtes à partouzes et gangsters plus ou moins albanais sont aussi de la partie fine… ment jouée de ce roman passionnant qui s’achève sur un rebondissement plus qu’inattendu.

 

Et même une réflexion philosophique (implicite, œuf corse…) sur la tenue des femmes…

 

Lisez donc ce roman de derrière les fagots, vous comprendrez !

 

Et vous aimerez…

 

PÉTRONE

 

L’Étoile de l’Est par Christophe Collins, Liège, Éditions 3Cinq7, mars 2011, 251 pp. en noir et blanc au format 15 x 21 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 19 €

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02 06 11

David Fincher a tourné une nouvelle version de Millenium

Le film du réalisateur de Seven sortira début 2012 avec Daniel Craig dans le rôle de Michael Blomqvist. Le cinéma américain ira-t-il aussi loin dans le glauque que la version du compatriote de Stieg Larsson ? Nous verrons si le résultat est à la hauteur de cette ahurissant trailer sur bande sonore de cover de Led Zeppelin. L'attente va être longue.

Brice Depasse

 

28 02 11

Voici 25 plaisirs littéraires !

Mini lits.jpgCes "25 minitrips en wagon-lit décapotable" sont 25 plaisirs littéraires magnifiques ! Leur édition est déjà une chose étrange et belle puisqu'au départ ces textes variés ont été publiés sur le site www.onlit.org. C'est un cadeau littéraire aux habituels lecteurs des nouvelles technologies. Leur caractéristique première est d'être courts, mais aussi d'aborder tous les genres en toute liberté ! Mon bonheur de lire a été renouvelé d'un auteur à l'autre, sans fléchissement et c'est déjà fantastique ! A ne pas manquer non plus la présentation en quelques lignes de chaque écrivain(e), insolite, drôle, inventive ! Essayons de survoler le tout : On commence par l'hyperdoué Nicolas Ancion et ses phrases amples qui donnent à voir et à sentir, à ressentir. Félicia Atkinson écrit dans son poème "les girafes au long cou recherchent les feuilles hautes, les feuilles hautes sont assoiffées de lumière (que cherche alors la lumière)..." Alain Bertrand, qui vit à Bastogne, évoque le ski et l'imaginaire. Pierre Borion aime la liberté de l'écriture et dans "Insomnie" il rêve de remplacer le pape ! "Les Françaises ont quelque chose de français qui les rend belles" écrit Frédéric Bourgeois, ce Namurois féru de photos. Lucielle Calmel juxtapose dans "Sud Ouest". Et puis toutes ces affirmations de Corentin Candi : "Corentin Candi ne choisit jamais la bonne fille, à la caisse." ou "Corentin Candi croit à la vie avant la mort." Laurent d'Ursel nous livre un cri, en une phrase de deux pages ! Le Liégeois Serge Delaive propose un joli poème sur l'amour déçu. D'une grande originalité le texte numéroté de Cedric Francis dans la tête d'un coureur cycliste qui pense à "la soeur de Lucien" ! "Je ne suis pas timide mais j'évite de prononcer des mots inutiles" déclare Corentin Jacobs dans sa contribution. Et plus loin : "Une femme est une mouche : pour l'attraper, pas d'hésitation n'est possible sinon elle s'envole !" J'ai adoré (comme beaucoup) le premier roman d'Edgar Kosma ("Eternels instants", analysé ici-même), j'ai aussi apprécié cette présentation par les sens de ses quelques personnages ! J'aime le ton, le vocabulaire de Lario Lacerda. Nous entrons dans le monde culinaire avec beaucoup d'humour et le "chef au chapeau" de Pierre-Brice Lebrun. Dans les "Appauvrismes" de Benoït Leclerc, je retiens "Lis-toi Entre les lignes Tourne sur toi-même Tu feras un singulier livre". Merveilleux texte de Karel Logist, le poète du Fram : cette fille en chemisier sur les affiches et la fin drôle, une vraie chute ! Avec Lucie Lux, nous entrons dans l'érotisme. Des sensations qu'on partage de l'intérieur avec la fille qui s'exhibe ! Sujet culinaire, documenté, avec la recette et les lieux, pour Jacques Raket et les "frivolités de la reine" (nos "choesels") ! Avant le texte halluciné et les musiques citées pour le lire, je ne résiste pas à vous lire dans la notice biographique cette épitaphe "Ci-gît mille édits, / Oh ! / Notre regrettée femme de méninges, / Née d'une maquerelle et d'un séraphin, / Elle vient de jeter l'encre" Et les premières lettres donnent "conne" ! Georges Richardot nous récite des "Il a fait" splendides. Laurence Soetens nous emmène dans le monde de Face Book, de Google et des pseudos. David Spailer allie littérature et polaroïds. J'aime aussi beaucoup "Room 14" de Vincent Tholomé, et sa façon prenante de tisser son texte, monologue, avec des points... Enfin restent Luc Vandermaelen et l'Ardèche, ainsi que Andy Vérol et cet amour terrifiant, brutal et la prison... Quelles heures heureuses j'ai passées à la lecture de ce recueil, que je ne peux que vous recommander chaleureusement !

Jacques MERCIER

 

25 minitrips en wagon-lit décapotable, collectif, Ed. La Renaissance du Livre, collection Grand Miroir, 200 pp, site: www.onlit.org Prix : 16 euros.

 

12 02 11

Un Boris Vian culinaire…

J'irai cracher dans vos soupes.gifDéconfit de l'infâme « jatte » qui règle son « frichti » de taulard, Frédéric Boucher, dit Fredo le Toqué, décide de se faire la malle, s'évade de la prison de la Santé et s'en va narguer la France par le biais des ses prestigieux chefs étoilés : Pierre Bocuse, Alain Ducasse, Joël Robuchon, Frédéric Anton, Thierry Marx, les frères Pourcel.... – dont les noms ont été finement déguisés pour les besoins de la fiction– qui se verront punis par leurs pêchés capitaux respectifs. Justicier aux allures de Pied Nickelé, l'escroc donnera bien du fil à tordre au commissaire Broutard et son équipe, les conviant à un de jeu de piste, constitué de plats successifs, des plus inventifs...

 

Mêlant l’argot et le talent d'une écriture soignée en une joyeuse envolée masculine, Danielle Thiéry saisit dans son roman J'irai cracher dans vos soupes l'occasion du polar pour régler quelques comptes en matière de gastronomie :

 

« Toute la journée, Thierry Crax [entendons Marx] peaufina son menu. Le but était atteint, ce soir, grâce aux conseils avisés de son âme damnée, Germain Pipette, le physicien qui l'aidait à mettre au point ses recettes moléculaires et à mettre des bulles et de la légèreté dans une cuisine qui finissait par ne plus guère avoir de sens ni de goût mais qui, grâce aux textures sur-gonflées, permettait de faire de gros profits avec peu de matière première ».

 

Une cavale sympathique dans l'univers des étoiles...

 

Apolline ELTER

 

J'irai cracher dans vos soupes par Danielle Thiéry, Paris, Éditions  Jacob Duvernet, janvier 2011 264 pp. en noir et blanc au format 14 x 22 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 16,90 € (prix France)

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08 02 11

Le polar de papa

La soupière chinoise.jpgLorsque le cadavre de Jean-Paul Mignard, jeune et fringant président du Parti Chrétien Historique, est retrouvé dans les bureaux de la rue du Temple, le petit monde judiciaire et politique belge entre en ébullition. Un bouillon d’autant plus brûlant que les négociations pour la formation d’un gouvernement s’éternisent, alors que Wallons et Flamands se regardent comme des bêtes curieuses, venues de planètes décidément différentes…

 

Cinq petites lignes de résumé et vous avez compris dans quel univers Philippe Moureaux situe son premier polar : celui des romans à clés, des fictions politiques à tendance référentielle, des récréations littéraires où le jeu consiste autant à tenter de débusquer l’assassin… que de deviner qui se cache derrière les divers personnages caricaturés par l’auteur.

 

Sur un rythme plutôt pédestre, on traverse donc la Belgique du nord au sud, alors que se dénouent les fils d’une intrigue où surgissent, plus ou moins grimés, tous les acteurs de notre quotidien médiatique et politique : jeunes politiciens aux dents longues, aristocrates désœuvrés, flics désabusés, juges d’instructions poussés aux fesses par la presse, extrémistes flamands déguisés en flèches politiques, souverain en colère… La liste est longue et ressemble à s’y méprendre à une compilation des manchettes de la presse depuis les élections de juin dernier.

 

Mais au-delà de ce systématique théâtre de marionnettes, Philippe Moureaux nous dévoile-t-il une âme d’auteur de polar ? Pas vraiment… L’intrigue est trop classique et le développement trop factuel pour que vibre la fibre sombre des véritables amateurs de cirés humides et de rigoles sanglantes. Par contre, l’écriture est ciselée, l’ambiance délicieusement surannée et les dialogues particulièrement travaillés… à mille lieues des staccatos à l’emporte-pièce influencés par le modernisme des médias audio-visuels. Dans l’état, La soupière chinoise parait un peu suspendue dans le temps, avec son intrigue au décor ultra-actuel et son style qui élude l’évolution du roman noir depuis Simenon. Étrange et fascinante anomalie temporelle et littéraire… Reflet de notre Belgique, elle-aussi suspendue entre deux époques ?

 

Dr Corthouts

 

PS : Au passage, soulignons la qualité de la couverture du livre, épurée mais efficace.

 

La soupière chinoise par Philippe Moureaux, Bruxelles, Éditions Luc Pire, février 2011, 219 pp. en noir et blanc au format 14 x 21,5 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 24 €

09 01 11

Heurs du crime

Coups de feu dans la nuit.gifSaluons comme il se doit, d’un grand coup de borsalino, les Éditions Omnibus à Paris qui viennent de rééditer, sous le titre Coups de feu dans la nuit, l’intégrale des 65 nouvelles écrites par Dashiell Hammett (1894-1961), car le moins que l’on puisse écrire, c’est qu’il s’agit-là d’un véritable régal !

 

Né à Baltimore (Maryland) dans une famille pauvre, cet écrivain américain avait été, entre 1915 et 1922, détective chez Pinkerton à San Francisco (une agence célèbre dont tous le personnel était vêtu et chaussé de noir, ce qui inspira à Hergé la tenue des Dupond-Dupont), avant de rallier la rédaction du magazine pulp[1] Black Mask pour y révolutionner la littérature policière en créant la “Hard-boiled School” –que l'on pourrait traduire par l'« école des durs à cuire »– où il mettait en scène deux figures de limiers devenues mythiques, celle de Sam Spade, le personnage principal du Faucon maltais (immortalisé en 1941 à l'écran par Humphrey Bogart dans le film de John Huston), et celle du Continental Op’, un employé anonyme de l'agence Continentale, héros de la plupart des récits policiers de Hammett.

 

La revue Black Mask devint alors le creuset d'un type de récits durs mettant en scène, dans un langage peu policé, des détectives privés solitaires aux prises avec la corruption de la grande ville, ses flics pourris, ses gangsters violents, ses femmes fatales, ses histoires sordides, la prohibition, la prostitution, les coups tordus et la délinquance abjecte, aux antipodes du petit monde so British d’Agatha Christie ou d’Arthur Conan Doyle.

 

Dashiell Hammett fut bientôt rejoint dans les colonnes de Black Mask par un autre géant littéraire yankee, Raymond Chandler (1888-1959), le créateur de Philip Marlowe (dans Le Grand sommeil, un roman traduit en français par Boris Vian), ainsi que par un grand maître du polar, Erle Stanley Gardner (1889-1970), à qui l’on doit le fameux avocat-détective Perry Mason.

 

La carrière de Dashiell Hammett ne dura que douze ans (jusqu’en 1934), après quoi cet auteur prolixe sombra dans l’alcoolisme avant de devenir l’une des victimes les plus durement frappées par le fascisme maccarthyste (il fut même jeté en prison tandis que les bibliothèques publiques étaient purgées de ses œuvres) et de mourir à New York des suites d’un cancer du poumon.

 

Ses écrits eurent néanmoins de nombreux émules parmi les écrivains du XXsiècle, notamment Georges Simenon et Jean-Patrick Manchette.

 

Bernard DELCORD

 

Coups de feu dans la nuit par Dashiell Hammett, préface de Richard Layman, présentation de Natalie Beunat, Paris, Éditions Omnibus, janvier 2011, 1312 pp. en noir et blanc au format 13 x 19,5 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 29 € (prix France)



[1] Pour « pulpe » : nom donné au mauvais papier imprégné de morceaux de bois sur lesquels ces ouvrages étaient imprimés ; il semble que Black Mask soit le pulp magazine qui inspira Quentin Tarantino en 1994 pour son film Pulp Fiction dont le titre d’origine aurait été Black Mask avant d’être définitivement changé. (Voir http://www.blackmaskmagazine.com/history.html).

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