07 12 10

Retour en force


9782749912134.jpgRen Bryce, agent du FBI aussi douée qu'incontrôlable, est confrontée à de sérieux problèmes. Sa psy, qui l'aidait tant bien que mal à ne pas perdre pied, a été brutalement assassinée et ses dossiers médicaux ont été modifiés. Ren doit donc à la fois rétablir sa réputation et traquer l'assassin de celle qui était sa meilleure alliée. Sans soutien moral,  bravant la méfiance de ses collègues du FBI, la jeune enquêtrice explore désespérément les pistes qui mènent au tueur. Elle ne le lâchera pas, quel que soit le danger, quel que le soit le prix à payer.

En 2006, lorsque la jeune Alex Barclay déboule dans le petit monde du thriller, elle s’offre un joli panier à trois points. Avec « Darkhouse », déjà chez Michel Lafon, elle semble alors partie pour marcher, fièrement, dans les traces d’une Mo Hayder… excepté l’extrême noirceur.
La sortie de « Last Call » remet les compteurs à zéro. Ou presque. Suite peu inspirée, personnages en papier calque, intrigue brouillonne, le syndrome du second roman frappe en plein. A un point tel que j’ai loupé son roman suivant, « Froid Comme Le Sang », première aventure de l’agent bipolaire Ren Bryce. Séance de rattrapage donc, avec ce « Blackrun ». Et sympathique surprise. Alex Barclay a gagné en efficacité ce qu’elle a perdu en originalité. Sur un rythme infernal, pied au planché, avec l’œil clairement vissé à une plausible adaptation cinématographique, ce « Blackrun » brûle tous les feux rouges… Au risque parfois de perdre un lecteur trop dilettante. Typique d’un roman qui se lit en une seul cession (peut-être deux ?), « Blackrun » ne s’embarrasse pas de psychologie inutile, ni de redite narrative. Construit en chapitres courts, s’appuyant sur les fondamentaux des lecteurs de polars modernes, un roman qui n’a d’autres prétentions que de divertir. Certes, on est loin des travaux d’un Michael Connelly, ou de la noirceur très british d’un Stuart McBride… Mais il faut de tout pour faire un monde d’écriture.
Dr Corthouts

Blackrun, Alex Barclay, Michel Lafon, novembre 2010, 317p., 20€90

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01 12 10

Sans complexe sous-terrain

BRUSSOLO.gifQuand on est recruté par une agence immobilière spécialisée dans la remise en état d'anciennes scènes de crime, mieux vaut s'attendre au pire... C'est ainsi que Mickie Katz, jeune décoratrice de la très mystérieuse Agence 13, doit accepter de travailler pour un milliardaire obsédé par la troisième guerre mondiale. Afin de mettre sa famille à l'abri d'un futur holocauste nucléaire, ce magnat du pétrole vient d'acquérir un bunker creusé dans le désert du Nevada par l'US Air Force au temps de la guerre froide. Le rôle de Mickie est simple : décorer le labyrinthe de béton pour en faire un paradis cinq étoiles qui rendra la claustration agréable aux survivants du conflit. Mais dès le début des travaux, les événements vont prendre un tour inquiétant dans cette
forteresse mystérieusement baptisée depuis 40 ans Dortoir interdit.

Je ne sais s’il faut encore présenter Serge Brussolo. En tout le cas, pas aux amateurs de romans de « genre ». Polar, mystère historique, fantastique, étrange, thriller, jeunesse… L’homme est capable de forger, au feu de son insolent talent, tout arme et outil. Protéiforme ? Non. Car, que cela soit dans le domaine de l’enqête historique, ou du plus moderne des thriller, le style Brussolo est quasi unique. Une écriture, sèche, nerveuse, qui sert le récit. Une capacité presque surnaturelle à foncer vers ’essentiel, pour s’assurer que le lecteur ne se perdra pas dans la narration… mais qu’il ne pourra pas lâcher un roman une fois ouvert. Ajoutez à cela une fine analyse psychologique des personnages et une fascination répétée pour les caractères originaux… Et vous obtenez ce qui se rapproche le plus de la « formule parfaite » du roman populaire.

Au sein de ce Dortoir Interdit, sous les oripeaux du thriller sanglant, se cache une intéressante réflexion sur la paranoïa, la manipulation et les liens familiaux. A l’aide d’un personnage « extérieur », la solide Mickie Katz, Brussolo pose un regard aigu sur les dérives d’un système, sur les obsessions de la société américaine (la peur de l’étrange, l’obsession de la sécurité, la descendance, etc.) mais aborde, par assimilation, l’avenir de la société occidentale dans son entièreté. Et par là même, celui de la vieille Europe et ses démons.

A glisser sous le sapin, pour des fêtes frissonnantes et intelligente… avec le second volume, « Ceux d’En-Bas » dont je vous parlerai dans quelques jours.
 

Dr Corthouts

Serge Brussolo, Dortoir interdit, Agence 13, Pocket, novembre 2010, 345p., 6€50.

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04 10 10

Dieu est Humour !

Werber Cyclope.jpgOn ne lâche plus le livre une fois qu'on l'a entamé ! C'est un polar, noir certes, mais dont le sujet est l'humour ! Dans la lignée des grands narrateurs d'histoire (Je pense à Manchette, par exemple), Bernard Werber propose plusieurs niveaux de lecture : l'idée philosophique, l'histoire elle-même, qui est une enquête et la découverte d'un monde, celui des humoristes dans ce cas-ci. Beaucoup d'italiques, d'inserts, comme il aime le faire et cela donne un relief incroyable à la lecture. Comme cette séquence récurrente des "blagues", qu'on apprendra inventées par une société vieille de trois-mille ans et qui les lance dans l'oreille de l'Humanité anonymement pour transmettre en même temps des valeurs ! (Une partie de ces histoires drôles provient du site officiel de Bernard www.bernardwerber.com , car l'auteur communique et dialogue d'une façon totalement nouvelle, actuelle avec ses lecteurs, qui peuvent intervenir). Une façon aussi de faire un livre sur l'humour qui ne soit pas ridicule. Il s'agit donc d'une enquête menée par les deux héros Isidore Katzenberg et Lucrèce Nemrod, qui termine la trilogie sur l'origine de l'Humanité "Le Père de nos pères", sur la compréhension du cerveau "L'Ultime secret", en proposant ici le mystère du rire avec "Le rire du Cyclope". C'est l'histoire d'une enquête qui commence après la mort (en riant seul dans sa loge après un spectacle) du plus grand humoriste du monde : Darius, appelé le Cyclope car il n'a en effet qu'un oeil. Je vous laisse découvrir les méandres incroyables et passionnants de l'histoire, comme Bernard Werber peut à chaque fois nous l'apporter et avec un tel talent, du cyle des "Fourmis" jusqu'à celui des "Dieux", etc. Si le talent de Werber est incontestable dans l'originalité, la recherche des détails qui frappent et intéressent (je pense au début du livre à l'ambiance d'une salle de rédaction de magazine, les coulisses d'un music-hall ou dans la propriété d'Isidore les trois dauphins nommés John, Paul et Ringo, auxquels s'ajoute évidemment George, un requin blanc sauvé du braconnage en mer !), il est injuste de ne jamais parler du style de cet auteur à succès. Limpidité, efficacité, mots justes, phrases courtes et lumineuses... sont des constats à dire et redire pour ceux qui doutent... "Dieu est humour" ou cette pensée de Lucrèce à propos de la mort et de l'humour noir de Dieu lors de l'enterrement du Cyclope : "Cyclope, tu m'as abandonnée. Comme les parents m'ont abandonnée. Comme tous cxes gens qui m'approchent et qui finissent par m'abandonner. J'ai l'impression que là-haut un dieu farceur nous fait le cadeau de la rencontre avec certains êtres merveilleux pour voir notre mine déconfite lorsque ensuite ils nous les enlève." On trouve aussi des réflexions (dans la bouche de Lucrèce) comme : "Quelle femme osera révéler à un homme que le vrai point G est celui qui se trouve à la fin du mot shopping ?" Après 20 ans de carrière, le romancier Bernard Werber est au mieux de sa forme et de sa création. Il écrit, comme toujours, pour le plaisir des lecteurs, pour sa curiosité. Il y réussit : on referme le livre en souriant et non pas, comme c'est souvent la cas, avec des tonnes de nouvelles questions existentielles sans réponse ! "Le rire du Cyclope" est un livre complet, un vrai roman dans le fond et la forme. Lire et rire, un si beau mariage !

22 07 10

Des aventures à couper le souffle

La maison des morts étranges.gif« Maîtresse anglaise du crime » avec Dorothy Sayers et Agatha Christie, la Londonienne Margery Allingham (1904-1966) a créé en 1929 dans Crime à Black Dudley le personnage d’Albert Campion, une sorte de détective parodique aux allures on ne peut plus banales et à l’intelligence on ne peut plus aiguë, qu’elle fera vivre par la suite dans une trentaine de romans et dans quelques nouvelles, des textes riches en aventures trépidantes et en rebondissements inouïs qui connurent un succès gigantesque dans le monde anglo-saxon et demeurent largement méconnus du public francophone. Les Éditions Omnibus à Paris ont comblé récemment cette lacune en rassemblant sous le titre La maison des morts étranges et autres aventures d’Albert Campion 8 récits palpitants (4 romans et 4 nouvelles) de Margery Allingham, présentés avec beaucoup d’à-propos par François Rivière, un orfèvre du genre il est vrai, qui y voit avec l’éditeur « des bijoux de mystère, d'humour et d'aventures ». Ils ont parfaitement raison…

Bernard DELCORD

 

La maison des morts étranges et autres aventures d’Albert Campion (Crime à Black Dudley, Au cœur du labyrinthe, Jusqu’à la lie, La maison des morts étranges, Le chapeau magique, La bonne formule, La maison fantôme & Chanson de gestes) par Margery Allingham, préface de François Rivière, Paris, Éditions Omnibus, mai 2010, 1016 pp. en noir et blanc au format 13,1 x 19,8 cm sous couverture brochée en quadrichromie et à rabats, 26 € (prix France)

 

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18 07 10

Humeur Noire

spirale_des_abysses.jpgJusqu'où peut-on aller pour retrouver son fils ? Cette question, Serge Papadakis, ex-mercenaire et ancien policier d'élite du Service de protection des hautes personnalités, n'aurait jamais dû se la poser. Il ignorait l'existence de Thomas, conçu trente ans plus tôt et disparu depuis peu. Succombant à sa pulsion de paternité, il se lance sur ses traces. Une route inattendue, terrifiante, placée sous le signe de la violence et de la barbarie. Qui est vraiment Thomas ? Que cherche-t-il ? Quels sont ces spectres qui le hantent ? Confronté à l'inimaginable, Papadakis verra ses certitudes vaciller, emportées dans le tourbillon de la Spirale des abysses.

La critique comparative, tout le monde connaît. « Et voici qu’entre dans l’arène le nouveau machin, ou la nouvelle bidule… ». Cela permet de situer tout de suite le débat, de brosser rapidement l’univers de l’auteur(e) en question et finalement de s’assurer que les lecteurs comprennent rapidement dans quelles eaux ils naviguent. Franchement ? Je n’aime pas trop. Parce que c’est réducteur, cela sonne « promo-quatrième de couv’ facile » et surtout parce que cela pue la fainéantise de chroniqueur pressé. Voilà, c’est dit. Et pour le coup, Olivier Descosse se positionne clairement comme le nouveau Jean Christophe Grangé. Ha, ha, ha, vous ne l’aviez pas vu venir hein celle-là ? Je sais, je suis un peu c… parfois. Mais franchement, à la lecture de cette Spirale, je n’ai pas cessé une seule seconde de penser à l’auteur des Rivières Pourpres. Personnages sombres et torturés, aventures aux confins de l’horreur, passé recomposé, jeu de piste macabre sur les traces d’un tueur aux limites de l’irrationnel et réflexions tendues sur le mal dans ce qu’il a de plus humain. Alors quoi ? Suiveur servile le Descosse ? Heureusement non. Et quand bien même on pourrait l’accuser de braconner sur les mêmes terres que l’ancêtre des auteurs de « polar à la française », il le fait avec un tel talent, un tel rythme et une telle maîtrise du suspense que toute tentative de lui coller une étiquette de pâle clone resteraient lettres mortes. Personne n’a jamais songé à accuser Led Zeppelin de composer du rock’n’roll… Donc ne comptez pas sur moi pour allumer un auteur aussi talentueux parce qu’il tricote du thriller. Avec de telles mailles, moi j’en reprend pour dix pelotes quand il veut !

Dr CORTHOUTS


La siprale des abysses, Olivier Descosse, Flammarion, mai 2010, 461p., 19€90.

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03 07 10

Humeur Noire

DESCOSSEJusqu'où peut-on aller pour retrouver son fils ? Cette question, SergePapadakis, ex-mercenaire et ancien policier d'élite du Service de protection des hautes personnalités, n'aurait jamais dû se la poser. Il ignorait l'existence de Thomas, conçu trente ans plus tôt et disparu depuis peu. Succombant à sa pulsion de paternité, il se lance sur ses traces. Une route inattendue, terrifiante, placée sous le signe de la violence et de la barbarie. Qui est vraiment Thomas ? Que cherche-t-il ? Qui sont ces spectres qui le hantent ? Confronté à l'inimaginable,Papadakis verra ses certitudes vaciller, emportées dans le tourbillon dela Spirale des abysses.
La critique comparative, tout le monde connaît. « Et voici qu’entre dans l’arène le nouveau machin, ou la nouvelle bidule… ». Cela permet de situer tout de suite le débat, de brosser rapidement l’univers de l’auteur(e) en question et finalement de s’assurer que les lecteurs comprennent rapidement dans quelles eaux ils naviguent. Franchement ? Je n’aime pas trop. Parce que c’est réducteur, cela sonne « promo-quatrième de couv’ facile » et surtout parce que cela pue la fainéantise de chroniqueur pressé. Voilà, c’est dit. Et pour le coup, Olivier Descossese positionne clairement comme le nouveau Jean Christophe Grangé. Ha, ha, ha, vous ne l’aviez pas vu venir hein celle-là ? Je sais, je suis un peu c… parfois. Mais franchement, à la lecture de cette Spirale, je n’ai pas cessé une seule seconde de penser à l’auteur des Rivières Pourpres. Personnages sombres et torturés, aventures aux confins de l’horreur, passé recomposé, jeu de piste macabre sur les traces d’un tueur aux limites de l’irrationnel et réflexions tendues sur le mal dans ce qu’il a de plus humain. Alors quoi ? Suiveur servile le Descosse ? Heureusement non. Et quand bien même on pourrait l’accuser de braconnersur les mêmes terres que l’ancêtre des auteurs de « polar à la française», il le fait avec un tel talent, un tel rythme et une telle maîtrise du suspense que toute tentative de lui coller une étiquette de pâle clone resteraient lettres mortes. Personne n’a jamais songé à accuser Led Zeppelin de composer du rock’n’roll… Donc ne comptez pas sur moi pour allumer un auteur aussi talentueux parce qu’il tricote du thriller. Avec de telles mailles, moi j’en reprend pour dix pelotes quand il veut !
Dr Corthouts

La Spirale des Abysses, Olivier Descosse, Flammarion, mai 2010, 461p., 19€90.

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26 06 10

Hommage au roi

GRAHAM2Avocat d'affaires, Peter Shepard, a tout pour être heureux : une grande maison sur les hauteurs de San Francisco, une femme amoureuse, deux petites filles irrésistibles. Pourtant, certains jours, ses angoisses sont si fortes qu'il est obligé d'aller s'asseoir sur un banc dans un parc. Toujours le même banc, toujours les mêmes angoisses. Ce que Shepard redoute, c'est le Big One, ce tremblement de terre dont tout le monde sait qu'il finira par engloutir la Californie. Et le pire advient. Mais ce n'est pas la terre qui a tremblé, c'est le passé qui a ouvert une brèche sous ses pieds, le plongeant en enfer et le forçant à se souvenir que, vingt ans plus tôt, six enfants s'étaient fait une promesse dans les cachots d'un centre de redressement. Un pacte qu'il a trahi. Il est temps pour lui de retourner à Rédemption.
Dans son précédent roman, l’Apocalypse selon Marie, Patrick Graham tirait déjà son chapeau au maître Stephen King. Sur une trame qui rappelait celle du Fléau, l’auteur français portait le monde au bord du chaos, conjurant des forces obscures, de la magie et un soupçon d’horreur. Cette fois, avec Retour à Rédemption, de fantastique il n’est plus question. Le mal qui rôde entre les barbelés d’un centre pour jeunes délinquants est humain… horriblement humain. Mais l’ombre de Stephen King, elle, plane toujours sur l’univers de Graham. Le King de Stand By Me, de la Rédemption de Shawshank ou encore des Régulateurs.Parfaitement digérée, les influences du maître de Bangor servent à Patrick Graham comme autant de tubes de peinture pour brosser son propre portrait des brisures de l’adolescence, des horreurs de la vie, des injustices du quotidien. Jouant sur une palette particulièrement sombre, l’histoire des enfants perdus de Redemption s’articule autour d’une narration éclatée, entre aujourd’hui et un passé pas si lointain. Entre un univers adulte faussement stable et les gouffres sans fond des traumatismes irrésolus, le lecteur devient le témoin d’un voyage aux frontières du supportable. D’autant qu’au contraire de Stephen King,Patrick Graham possède une écriture sèche, débarrassée des digressions qui font à la fois la force et la faiblesse de l’auteur de Salem. Une écriture d’une telle intensité qu’elle appelle la lecture du roman quasi d’une seule traite, sans reprendre son souffle. Au risque de finir brisé, rongé, abusé … vaincu par la noirceur de Rédemption. Une noirceur où ne brille guère d’espoir. Pour les enfants perdus de Patrick Graham,la Fée Clochette s’est envolée depuis longtemps, les ailes arrachées par un Monsieur Mouche devenu complètement fou. Lecture d’été ? Certainement pas. Mais lecture exceptionnelle. Sans hésitation.
Dr CORTHOUTS

Retour à Rédemption, Patrick Graham, Anne Carrière, mars 2010, 387p, 21,50€

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04 06 10

Notules de JL Kuffer : L'épouvantail de Connelly

CONNELLYUn vertige glacé saisit le lecteur de L'épouvantail en pénétrant, dans le sillage d'un hacker démoniaque, au coeur des fichiers personnels d'un journal et des rédacteurs de ce journal, pour assister ensuite à la traque physique des personnages espionnés, et à l'élimination d'un d'eux. Que l'usage de l'Internet puisse avoir quelque chose de diabolique, nul n'en doute, mais encore s'agit-il d'en illustrer une modulation crédible sans tomber dans le gadget technologique ou la paranoïa naïve. Or, c'est le cas du dernier thriller de Michael Connelly, toujours aussi rigoureux dans sa documentation et qui installe, en l'occurrence, un psychopathe de haute compétence au coeur d'une "ferme" informatique, serial killer en blouse blanche. Une douzaine d'années après Le poète de fameuse mémoire, nous retrouvons le journaliste Jack McAvoy et sa complice Rachel Walling réintégrée dans le FBI. Le duo, reconstitué après des coups encaissés de part et d'autre, fonctionne toujours aussi bien, et le roman nous vaut un bel aperçu du climat des rédactions actuelles en voie de RDP (réduction du personnel), sur fond de passage progressif de l'écrit au numérique. Après Le vertict du plomb, et malgré les redites et autres stéréotypes, Michael Connelly reste un des maîtres actuels du genre.
Jean-Louis KUFFER

Michael Connelly. L'épouvantail. Traduit de l'anglais par Robert Pépin. Seuil policiers, mai 2010, 491p. 21€80.

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16 05 10

Back In Business

SULITZER2Franz Cimballi est de retour ! Qui ça ? Les lecteurs de la jeune génération ne se souviennent sans doute pas du personnage inventé par Paul Loup Sulitzer, héros d'une série de best-sellers au coeur des années quatre-vingt. A l'époque de l'argent roi, alors que les golden-boys infiltraient tous les milieux (aaahh, ces grands messes présidées par Nanard Tapie...) et jetaient les bases d'une "culture"individualiste uniquement basée sur le nombre de zéros inscrit sur des comptes en banque offshore, Sulitzer avait importé en France le modèle anglo-saxon du "roman de plage". Des briques vite lues, aux histoires ultra-classiques, baignées de violence, de sexe et d'argent. Dans la foulée, Sulitzer développait également une logique de travail et d'écriture "inédite" : une volée de "collaborateurs" oeuvrant à la construction de ces romans, pensés comme des produits plus que des objets culturels.
Depuis, l'eau a coulé sous les ponts, la vie n'a pas épargné Sulitzer (de scandales financiers en divorces médiatiques, en passant par de sérieux problèmes de santé) et "l'auteur" revient donc à ses premières amours... Retour gagnant ? Rien n'est moins sur. Car depuis les années quatre-vingts, le monde du livre français à bien changé. Le thriller à la française a gagné ses lettres de noblesse, les auteurs du genre surfent sur le succès... Et les sujets abordés sont aussi nombreux quepassionnants. La place de Sulitzer au sein de ce foisonnement ? Pas évidente à défendre. Le rythme de ce Money2 est soutenu, mais pêche souvent par un excès de facilité, les personnages semblent tout droit sorti d'un vieux manuel de romans populaires d'autrefois (quand ils ne flirtent pas avec un racisme de mauvais aloi... comme ces chinois qui parlent en remplaçant les "r" par des "l" !) et surtout, la plupart des situations manque de tension, tant l'écriture manque de relief, de style.
Reste que les amateurs des premières aventures de Franz Cimabali seront heureux de retrouver un personnage familier, mais les nouveaux lecteurs auront toutes les difficultés à s'attacher à ce personnage totalement anachronique.
Dr CORTHOUTS

Money2, Paul Loup Sulitzer, Ed du Rocher, avril 2010, 330p., 18€00

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02 05 10

Incroyant !

LOEVENBRUCKSous couvert de protection de l'environnement, une organisation internationale met la main sur plusieurs régions du globe. Leur motif réel ? Un secret enfoui dans le coeur de la terre depuis la nuit des temps. Alerté par une série de disparitions étranges, Ari Mackenzie, pourtant retiré des Renseignements généraux, décide de mener l'enquête. Se pourrait-il qu'il y ait un lien entre les recherches clandestines de cette multinationale et les découvertes de l'alchimiste Nicolas Flamel ? Malgré lui, le commandant Mackenzie est à nouveau confronté à une affaire singulière. La plus dangereuse de sa carrière, sans doute. Ladernière, peut-être.
C’est avec un peu de retard… Bon, d’accord, avec un retard certain, voici que je reviens sur le roman d’Henri Loevenbruck qui fait suite à l’excellent Rasoir d’Ockham. Suite quasi directe donc, puisque l’on retrouve la même personne, le flic Ari Mackenzie, mis en congé, frustré de n’avoir pu poursuivre son enquête, mais également déterminé à ne plus se laisser entrainer dans de sombres histoires aux relents ésotériques. Mais les héros les plus intéressants sont évidement ceux qui refusent l’aventure… jusqu’à ce qu’elles viennent leur grignoter l’arrière train. C’est ce qui va arriver à Ari, plongé de nouveau dans un imbroglio qui aurait pu, sous la plume d’un auteur plus paresseux, ressembler à laenième décalque d’un Da Vinci Code. Mais Henri Loevenbruck est tout (motard, musicien, observateur, commentateur, blond, charmeur, membre de la Ligue de l’Imaginaire, amateur de pur malt…) sauf paresseux. Il tisse donc une intrigue solide, qui fait sauter les poncifs du polar mystique à grand coup de pompes dans le train… mais parvient à nous enchanter de bout en bout en évoquant références livresques et cinématographiques (un pont suspendu au dessus d’une gorge profonde, ça ne vous dit rien ?). Une aventure policière menée tambour battant qui valait donc bien une petite chronique de rattrapage. Voilà, c’est fait.
Dr Corthouts

Les Cathédrales du Vide, Henri Loevenbruck, Flammarion, octobre 2009, 411p., 19€90.

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