21 04 18

« Un bon maître est celui qui accepte d'être pillé par ses élèves. » (Proverbe japonais)

Japonismes – Impressionnismes.jpgRédigé par une équipe de spécialistes [1] dirigée par Marina Ferretti Bocquillon [2] et coédité par Gallimard à Paris, le Musée des Impressionnismes à Giverny et l’Arp Museum Bahnhof Rolandseck à Remagen en Allemagne, le catalogue de l’exposition Japonismes – Impressionnismes présentée à Giverny jusqu’au 15 juillet 2018, puis du 26 août 2018 au 20 janvier 2019 à Remagen est tout simplement somptueux, tant dans sa forme que dans son contenu.

En voici la présentation :

« Avec l'ère Meiji (1868-1912), le Japon met fin à une longue période d'isolement et s'ouvre à l'Occident, exportant massivement sa production artistique. Lassés du modèle antique et sensibles au raffinement de l'art japonais, les peintres occidentaux découvrent avec enthousiasme une nouvelle esthétique. Les estampes – caractérisées par la vivacité des couleurs, l'absence de modelé des formes traitées en aplats, ainsi que l'originalité de compositions fondées sur l'asymétrie et l'ignorance délibérée de la perspective – séduisent les artistes les plus novateurs, parmi lesquels Claude Monet, Vincent Van Gogh et Paul Signac, qui entament alors une véritable révolution plastique.

 

Le japonisme est un phénomène si vaste qu'il paraît aujourd'hui plus pertinent d'évoquer ses manifestations au pluriel, comme il est question d'impressionnismes. À travers l'exposition "Japonismes - Impressionnismes" et son catalogue, le musée des impressionnismes Giverny et l'Arp Museum Bahnhof Rolandseck de Remagen souhaitent mettre en lumière l'influence de l'art japonais sur l'œuvre des peintres impressionnistes et postimpressionnistes, des années 1860 à l'aube du XXsiècle. »

Ajoutons que l’exposition présente 120 œuvres, d’Émile BERNARD, Maki BOKUSEN, Pierre BONNARD, George Hendrik BREITNER, Gustave CAILLEBOTTe, Mary CASSATT, William Merritt CHASE, Jules CHÉRET, Henri-Edmond CROSS, Giuseppe DE NITTIS, Edgar DEGAS, Maurice DENIS, Kikugawa EIZAN, James ENSOR, Yashima GAKUTEi, Paul GAUGUIN, Henri GUÉRARD, Paul HELLEU, Utagawa HIROSHIGE, Katsushika HOKUSAI, KEIICHI, Torii KIYONAGA, Toyoara KUNICHIKA, Utagawa KUNISADA, Utagawa KUNIYOSHI, Maximilien LUCE, Édouard MANET, Henri MATISSE, Claude MONET, Berthe MORISOT, Camille PISSARRO, Lucien PISSARRO, Paul RANSON, Auguste RENOIR, Henri RIVIÈRE, Ker-Xavier ROUSSEL, Paul SÉRUSIER, Georges SEURAT, Yanagawa SHIGENOBU I, Paul SIGNAc, Henri de TOULOUSE-LAUTREC, Utagawa TOYOTUNI II, Kitagawa UTAMARO, Félix VALLOTTON, Louis VALTAT, Théo VAN RYSSELBERGHE, Vincent VAN GOGH, Édouard VUILLARD, James McNeill WHISTLER et Utagawa YOSHIMURA.

Ne la manquez pas !

Bernard DELCORD

Japonismes – Impressionnismes, ouvrage collectif sous la direction de Marina Ferretti Bocquillon, Paris, coédition Gallimard – Musée des Impressionnismes Giverny – Arp Museum Bahnhof Rolandseck, avril 2018, 216 pp. en quadrichromie au format 22,8 x 28,5 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 29 € (prix France)

INFORMATIONS PRATIQUES

Musée des Impressionnismes Giverny

99 Rue Claude Monet

27620 Giverny

France

Tél. : 00 33 2 32 51 94 65

Dates :

Jusqu’au 15 juillet 2018

Tarifs :

Adulte : 7,50 €

12-17 ans : 5 €

7-11 ans : 3,50 €

Moins de 7 ans : gratuit

Tarif réduit : 5 € (conditions sur http://www.mdig.fr/sites/default/files/sites/default/file...)

Personne avec handicap : 3,50 € (gratuit pour l'accompagnateur)

Forfait famille : pour 3 billets achetés, 1 entrée enfant est offerte.

Gratuit le 1er dimanche du mois pour tous les individuels

Horaires :

Ouvert tous les jours de 10 h à 18 h (dernière admission à 17 h 30)

 

[1] Geneviève Aitken (chargée d’études documentaires au Centre de Recherches et Restaurations des Musées de France), Sophie Basch (universitaire franco-belge spécialiste de l'orientalisme littéraire et scientifique, de la littérature fin-de-siècle et de l'histoire culturelle), Jocelyn Bouquillard (conservateur à la Bibliothèque Nationale de France) et Vanessa Lecomte (attachée de conservation du Musée des Impressionnismes Giverny).

[2] Directeur scientifique du Musée des Impressionnismes Giverny.

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15 04 18

« Une œuvre d'art doit être un tout complexe (…) vivant de sa vie propre et à son propre compte. » (František Kupka)

 

Kupka.jpg

Historien de l'art, spécialiste de l'œuvre du peintre austro-hongrois František Kupka (1871-1957) et de celle de l'artiste constructiviste russe Antoine Pevsner (1884-1962), Pierre Brullé est l'un des commissaires de la rétrospective Kupka organisée au Grand Palais à Paris jusqu’au 30 juillet 2018 et il en a rédigé un « carnet d’expo » paru aux Éditions Gallimard.

Écoutons-le :

« Figure majeure de l'art du XXsiècle, auteur d'une création picturale très originale, Kupka est le premier artiste à affronter le public parisien avec des œuvres non figuratives lors du Salon d'automne de 1912.

Le rejet de toute référence au monde sensible lui a été dicté par des réflexions personnelles, au terme d'un raisonnement logique rigoureux.

Singulier et solitaire, il développe par la suite une œuvre cohérente et variée, dans la fidélité à ses choix esthétiques initiaux, et crée une "autre réalité" en peinture, caractérisée notamment par la prégnance du géométrique et le lyrisme de la couleur. »

Anarchisant et antimilitariste, mais néanmoins volontaire dans l’armée française en 1914 (il se retrouva alors sur le front dans la Somme, dans la même compagnie que le poète suisse Blaise Cendrars, avant de tomber malade en 1915, d’être évacué sur Paris, puis d’être à nouveau mobilisé en 1918 et de terminer la guerre avec le grade de capitaine et la Légion d'honneur), Kupka commença sa carrière comme peintre académique, puis impressionniste et symboliste avant de passer à l’abstraction à partir de 1908.

Kupka - Disques de Newton.jpg

Disques de Newton, huile sur toile, 1912.

© ADAGP Paris 2018

Un vrai parcours du combattant !

Bernard DELCORD

Kupka par Pierre Brullé, Paris, Éditions Gallimard et Rmn – Grand Palais, collection « Découvertes Gallimard – Carnet d’expo », mars 2018, 64 pp. en quadrichromie au format 12 x 17 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 9,20 € (prix France)

INFORMATIONS PRATIQUES

GRAND PALAIS, GALERIES NATIONALES

3, avenue du Général Eisenhower

75008 Paris

Tél. : 00 33 (0)1 44 13 17 17

Tarifs :

Plein tarif : 14 €

Tarif réduit : 10 €

Tarif tribu (4 personnes dont 2 jeunes de 16-25 ans) : 38 €

Gratuit pour les jeunes de 16 à 25 ans inclus, sans billet ni réservation, les mercredis 4 avril, 2 mai, 6 juin et 4 juillet, entre 19 heures et 22 heures (dernière entrée 21 heures)

Horaires d’ouverture du musée :

Lundi, jeudi, vendredi, samedi et dimanche de 10 heures à 20 heures

Mercredi de 10 heures à 22 heures

Fermeture hebdomadaire le mardi

Fermeture exceptionnelle le samedi 14 juillet

Fermeture anticipée à 18 heures le jeudi 22 mars 2018

Dans le cadre de la nuit des musées, l'exposition sera ouverte et gratuite à partir de 20 heures le samedi 19 mai 2018 (entrée jusqu'à minuit – fermeture à 1 heure)

Accès :

Accès pour les personnes à mobilité réduite : avenue du Général Eisenhower – Porte B.

En transports en commun :

RER : ligne C, arrêt Invalides

Métro : ligne 13, arrêt Champs-Élysées-Clemenceau ; ligne 9, arrêt Franklin D. Roosevelt

Bus : lignes 42, 72, 73, 83, 93

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14 04 18

« Pour connaître les hommes, il faut les voir agir. » (Jean-Jacques Rousseau)

Lassaâd Metoui – Le pinceau ivre.jpgÀ l’occasion de la carte blanche [1] laissée (à l’Institut du Monde arabe à Paris jusqu’au 30 septembre 2018) au calligraphe tunisien Lassaâd Metoui Alain Rey (°1928), le lexicographe bien connu (Il est le rédacteur en chef des publications des Éditions Le Robert), amoureux de la langue et des signes, dévoile dans un joli petit ouvrage intitulé Lassaâd Metoui – Le pinceau ivre, ses affinités électives avec la production de l’artiste.

En voici la présentation :

« Lassaâd Metoui, né en 1963 dans l'oasis de Gabès, a été initié très tôt à la calligraphie arabe. Il est aujourd'hui un artiste majeur dans cette discipline.

À la croisée des cultures, sa pratique témoigne de la quête d'une modernité plastique qui emprunte plusieurs voies : des livres, où ses œuvres dialoguent avec les textes de Khalil Gibran, Roumi, Victor Hugo, Andrée Chedid, Yasmina Khadra [2] ou… Alain Rey, des expositions, et des performances au cours desquelles le public assiste à la genèse de la pensée, du geste et des formes.

Sur papier ou sur toile, les compositions de Lassaâd Metoui conjuguent les ondulations des lettres de l'alphabet arabe avec des motifs ancestraux ou issus de la nature.

Elles sont nourries par la vision d'artistes qui ont interrogé le regard porté sur le réel – Delacroix, Matisse, Picasso, Giacometti, Hartung ou Soulages. »

Sans oublier l’art d’Extrême-Orient, notamment japonais.

Lassaâd Metoui – Bazar 2013.jpg

 

Bazar, 2013

Ajoutons enfin que les travaux de Lassaâd Metoui sont présents dans de nombreuses collections privées et publiques (Centre Georges Pompidou, musée Guimet, British Museum, musée du Bardo, musée d’Art du Castello Sforzesco de Milan…)

Bernard DELCORD

Lassaâd Metoui – Le pinceau ivre par Alain Rey, Paris, Éditions Gallimard et Institut du Monde arabe, collection « Découvertes Gallimard – Carnet d’expo », avril 2018, 64 pp. en quadrichromie au format 12 x 17 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 9,20 € (prix France)

INFORMATIONS PRATIQUES

Institut du Monde arabe

1, rue des Fossés-Saint-Bernard

75005 Paris

Tél. : 00 33 1.40.51.38.14

Tarifs :

Plein tarif : 5 €

Tarif réduit : 3 €

Horaires d’ouverture de l’exposition :

Tous les jours (sauf lundi) de 10 heures à 18 heures,

Week-ends et jours fériés (sauf 1er mai) jusque 19 heures

Fermeture des caisses 45 minutes avant la fermeture de l’exposition

Accès :

Métro Jussieu

Site Web : https://www.imarabe.org/fr

 

[1] Le principe de la carte blanche : faire dialoguer un créateur avec les collections du musée, lui permettant d’exprimer son vécu, sa relation et sa perception du monde arabe. Lassaâd Metoui y a toute sa place, tant dans sa pratique d’une calligraphie réinterprétée que dans le lien qu’il entretient avec les mots. Son « Pinceau ivre » donne forme et couleur au langage et incarne les sons et rythmes de l’oralité.

(Source : https://www.imarabe.org/fr/expositions/le-pinceau-ivre)

[2] Et Amélie Nothomb.

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28 03 18

« La peinture me harcèle et me tourmente de mille manières, comme la maîtresse la plus exigeante. » (Eugène Delacroix)

Delacroix– Peindre contre l'oubli.jpgHistorien et critique d'art, Stéphane Guégan est conseiller scientifique auprès de la Présidence du musée d'Orsay. Commissaire de nombreuses expositions (Delacroix, Ingres, Chassériau, Manet), il est l'auteur de plusieurs livres sur la peinture et la littérature des XIXe et XXsiècles, du romantisme de 1830 à Gauguin, Derain et Picasso.

À l’occasion de l’exposition Delacroix (1798-1863) présentée du 29 mars au 23 juillet 2018 au musée du Louvre à Paris en association avec le Metropolitan Museum of Art de New York, il a fait paraître aux Éditions Flammarion un essai magistral intitulé Delacroix– Peindre contre l'oubli.

Réunissant 180 œuvres, la rétrospective du Louvre relève un défi resté inédit depuis l’exposition parisienne qui commémorait en 1963 le centenaire de la mort de l’artiste.

Malgré sa célébrité, il reste encore beaucoup à comprendre sur la carrière de Delacroix. L’exposition propose une vision synthétique renouvelée, s’interrogeant sur ce qui a pu inspirer et diriger l’action prolifique de l’artiste, et déclinée en trois grandes périodes.

La première partie traite de la décennie 1822-1832 placée sous le signe de la conquête et de l’exploration des pouvoirs expressifs du médium pictural ; la deuxième partie cherche à évaluer l’impact de la peinture de grand décor mural (activité centrale après 1832) sur sa peinture de chevalet où s’observe une attraction simultanée pour le monumental, le pathétique et le décoratif ; enfin, la dernière partie s’attache aux ultimes années, les plus difficiles à appréhender, caractérisées par une ouverture au paysage et par un nouveau rôle créateur accordé à la mémoire.

Les écrits de l’artiste viennent enrichir et compléter la redécouverte de ce génie en constant renouvellement [1].

Écoutons Stéphane Guégan :

« Le romantisme n'enjolive pas le monde, il le dévoile ou le réincarne à travers ses fictions, ses voyages et ses passions. Il dit le réel en saisissant l'imagination. Delacroix (1798-1863) fut la flamme de ce romantisme-là, embrassant et embrasant les grands thèmes qui le définissent.

La politique, l'Orient, l'Éros, le sacré, Dante ou Shakespeare agissent, chez lui, d'une façon neuve, poétique, duelle, contagieuse.

Eugène Delacroix, L’Assassinat de l’évêque de Liège, (1830, musée du Louvre)..jpg

Eugène Delacroix, L’Assassinat de l’évêque de Liège, (1830, musée du Louvre).

Ce peintre qu'on dit coupé du présent et des femmes, en retrait de l'actualité et de ses désirs, fixe son époque comme nul autre. La chute de l'Empire et les révolutions du siècle ont laissé des traces profondes sur ses caricatures, souvent tues, et sur sa peinture, arrimée au combat démocratique. Le règne du "beau idéal" s'effondre...

Mais Delacroix est aussi l'homme d'un héritage assumé : David et son énergie virile, Guérin et ses noirceurs ont nourri sa jeunesse ; Géricault l'a durablement électrisé, et Gros l'a précipité dans la guerre moderne, de la Grèce au Maroc.

Jamais très loin, Raphaël, Titien, Michel-Ange, Rubens et Rembrandt entraînent aussi l'œuvre au-delà d'elle-même. »

Accompagné de 150 illustrations, son bel ouvrage rend compte d'une vie et d'une carrière. Il explore surtout le fonctionnement d'une triple mémoire, affective, culturelle et républicaine, au cœur d'une aventure picturale qui glisse vers Manet, Cézanne, Gauguin et Picasso.

Bernard DELCORD

Delacroix– Peindre contre l'oubli par Stéphane Guégan, Paris, Éditions Flammarion, mars 2018, 264 pp. en quadrichromie au format 22,3 x 27,8 cm sous couverture cartonnée et jaquette en couleurs, 35 € (prix France)

INFORMATIONS PRATIQUES

Musée du Louvre

Place du Carrousel

F-75058 Paris

Dates :

du 29 mars au 23 juillet 2018

Lieu :

Hall Napoléon

Tarifs :

Billet unique (collections permanentes et expositions) : 15 € sur place.

Horaires :

Ouvert tous les jours, sauf le mardi, de 9 h à 18 h.

Nocturnes les mercredi et vendredi jusqu’à 21 h 45.

Renseignements :

Tél. 00 331 40 20 53 17

Pour s’y rendre :

– En métro : lignes 1 et 7, station "Palais-Royal/Musée du Louvre" ; ligne 14, station "Pyramides".

– En bus : bus n° 21, 24, 27, 39, 48, 68, 69, 72, 81, 95.

– En voiture : un parc de stationnement souterrain est accessible par l'avenue du Général-Lemonnier, tous les jours de 7 h 00 à 23 h 00.

– En Batobus : Escale "Louvre", quai François-Mitterrand.

 

[1] Source : https://www.louvre.fr/expositions/delacroix-1798-1863

25 02 18

Genèse d’une œuvre majeure…

Tintoret – Naissance d'un génie.jpgÀ l’occasion de l’exposition Tintoret – Naissance d'un génie présentée au musée du Luxembourg à Paris du 7 mars au 1er juillet 2018 pour célébrer le 500anniversaire de la naissance du peintre vénitien (1519-1594), les Éditions Gallimard et la Réunion des Musées nationaux à Paris se sont associées pour publier un « carnet d’expo » éponyme du plus bel effet rédigé par Guillaume Cassegrain, professeur d’histoire de l’art à l’université de Grenoble et grand spécialiste de la production picturale dans la Cité des Doges.

Le Tintoret (1518-1594) [1], est, avec le Titien (1488-1576) et Véronèse (1528-1588), l'un des peintres les plus fascinants de la Renaissance vénitienne et l’exposition met à l'honneur ses « œuvres de jeunesse ».

La plus ancienne que l'on conserve de sa main, L'Adoration des mages, est exécutée alors qu'il n'a pas vingt ans. Des commandes importantes du début des années 1550 contribuent ensuite à le propulser sur le devant de la scène : Le Péché originel pour une l’une des plus importantes confréries de la ville, la Scuola Grande di San Marco, ou La Princesse, saint Georges et saint Louis pour le siège d'une administration vénitienne, près du Rialto.

C'est une période déterminante pour comprendre comment ce jeune homme ambitieux, pétri de tradition vénitienne, mais ouvert aux multiples nouveautés venues du reste de l'Italie [2] et brillant maître du clair-obscur, est décidé à renouveler la peinture dans une Venise cosmopolite en associant la couleur du Titien au dessin de Michel-Ange.

Qu’il s’agisse de peinture religieuse ou profane, de décors de plafond ou de petits tableaux rapidement exécutés, de portrait de personnalités en vue ou d'amis proches, de dessins ou d’esquisses, les œuvres exposées rendent compte de la diversité du travail du Tintoret et de sa volonté de frapper l'œil et l'esprit par son audace.

Tintoret – Naissance d'un génie (La Princesse, saint Georges et saint Louis).jpg

 La Princesse, saint Georges et saint Louis (1552)

Huile sur toile, 226 x 146 cm, Gallerie dell'Accademia, Venise

Un livre à acquérir et une exposition à ne pas manquer !

Bernard DELCORD

Tintoret – Naissance d'un génie par Guillaume Cassegrain, Paris, Éditions Gallimard et Rmn – Grand Palais, collection « Découvertes Gallimard – Carnet d’expo », mars 2018, 64 pp. en quadrichromie au format 12 x 17 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 9,20 € (prix France)

INFORMATIONS PRATIQUES

Musée du Luxembourg

19 rue de Vaugirard

75006 Paris

Tél. : 00 33 1 40 13 62 00

Tarifs :

Plein tarif : 13 €

Tarif réduit : 9 € (16-25 ans inclus, demandeur d'emploi et familles nombreuses)

Tarif spécial jeunes : 9 € pour 2 personnes de 16 à 25 ans inclus, du lundi au vendredi après 16h

Gratuit pour les moins de 16 ans et les bénéficiaires des minima sociaux

Des audioguides (en 4 langues : français, anglais, espagnol et allemand et une version enfant) sont proposés sur place à la location au tarif de 5 € par appareil

Horaires d’ouverture du musée :

À partir du 7 mars pour l'exposition Tintoret – Naissance d'un génie

Du lundi au jeudi de 10h30 à 18h.

Vendredi, samedi, dimanche et jours fériés de 10h30 à 19h.

Fermeture le 1er mai

(Pas de jour de fermeture hebdomadaire)

Accès :

En transports en commun :

RER : ligne B, arrêt Luxembourg (sortie Jardin du Luxembourg)

Métro : ligne 4, arrêt Saint Sulpice ; ligne 10, arrêt Mabillon

Bus : lignes 58, 84, 89, arrêt Luxembourg ; lignes 63, 70, 87, 86, arrêt Saint Sulpice

En voiture :

Parking Marché Saint-Germain (accès par la rue Lobineau, Paris 6e)

Parking Place Saint Sulpice, Paris 6e

 

[1] Le Tintoret, de son vrai nom Jacopo Comin, doit son surnom (« le petit teinturier ») à son père, Battista Robusti, qui travaillait dans une teinturerie (tintorìa en italien).

[2] Comme les courants maniéristes toscan, romain et émilien diffusés à Venise par des artistes comme Sansovino, Salviati et Schiavone.

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15 02 18

Garçons et garçonnes...

Tamara de Lempicka.jpgÉlève à Paris de Maurice Denis puis d’André Lhôte, la peintre Maria Górska (née en 1898, probablement à Varsovie alors dans l’empire russe, et décédée à Cuernavaca au Mexique en 1980), connue sous le nom de Tamara de Lempicka [1] fut une figure de proue de l’Art déco.

À l’époque de sa gloire artistique (entre 1920 et 1935, après quoi son œuvre sombra dans l’oubli pour être redécouverte à la fin des années 1970) et de ses fastes mondains, ses tableaux, qui synthétisaient l'art maniériste de la Renaissance et le néo-cubisme, firent autant scandale qu’ils furent admirés, en raison de leur sensualité saphique exacerbée, en particulier la toile intitulée La belle Rafaëla (1927) représentant l’un des nombreux modèles féminins qu’elle croquait ouvertement, et pas seulement avec ses pinceaux...

C’est à la genèse de cette peinture qu’est consacrée la bande dessinée très réussie – ses qualités scénaristiques et graphiques se doivent d’être soulignées – de Virginie Greiner et de Daphné Collignon intitulée Tamara de Lempicka parue chez Glénat à Grenoble.

Les auteures y ressuscitent avec brio le Paris interlope, sans complexe ni tabou, des années 1920 où l’on voyait André Gide, Jean Cocteau, Colette et le gotha de l’époque s’encanailler dans les célèbres cabarets des années folles et Tamara de Lempicka se mettre en quête d’inspiration, d’acheteurs, de modèles ou d’amours d’un soir, au grand dam de son époux Tadeusz qui, outre ses nuits d’excès, lui reprochait de ne pas s’occuper de leur fille Kizette, mais se trouvait sous la dépendance financière de la peintre parce que la vente de ses tableaux faisait vivre la famille sur un grand pied...

La belle Rafaela 1927.jpg

Tamara de Lempicka, La belle Rafaëla.

Huile sur toile, 65 x 92 cm (1927)

Le portrait fidèle d’une femme très émancipée dans un monde bouillonnant !

Bernard DELCORD

Tamara de Lempicka par Virginie Greiner et Daphné Collignon, Grenoble, Éditions Glénat, collection « Les Grands Peintres », novembre 2017, 56 pp. en noir et blanc au format 24 x 3 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 14,50 € (prix France)

 

[1] En 1916, elle avait épousé le comte Tadeusz Łempicki (1888-1951), un jeune avocat polonais. Elle divorcera en 1928 pour se remarier en 1933 avec le baron Raoul Kuffner (1886-1961). Cela ne l’empêcha pas, tout au long de sa vie, de revendiquer sa bisexualité.

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14 02 18

Quand la plume rivalisait avec le pinceau…

Les dangers de la cour suivi de Alfred et de Victoria.jpgÉtablie par Servane Dargnies [1] sous la direction de Dominique de Font-Réaulx [2] et parue chez Flammarion à Paris à l’occasion de deux grandes expositions [3], l’édition scientifique d’une pièce de théâtre – Les dangers de la cour – et de deux nouvelles – Alfred et Victoria – rédigées par le peintre Eugène Delacroix (1798-1863), considéré comme le principal représentant du romantisme pictural en France [4], constitue une surprise considérable.

Écoutons les éditrices :

« Artiste peintre majeur du XIXsiècle, Delacroix, nous le savons moins, fut également un écrivain remarquable, dont les qualités d'expression étaient  servies par une culture classique profonde et un sens aigu de la composition et de la narration. C'est à dix-sept ans à peine qu'il écrit ses premières lignes au moment où il entrait chez Pierre-Narcisse Guérin pour se former comme peintre. Le jeune homme hésite brièvement entre la carrière d'artiste et celle d'écrivain qu'il abandonne néanmoins pour se consacrer à la peinture qui lui était plus spontanée.

Chacun de ces trois écrits de jeunesse met en scène de très jeunes gens, Victoria, Alfred et un jeune narrateur sans nom, tous trois orphelins. Les embûches et les injustices auxquelles les héros sont confrontés, la jalousie de leur entourage, sont autant de reflets des propres sentiments de Delacroix orphelin à dix-sept ans. (…)

Ces deux nouvelles et cette pièce de théâtre permettent de découvrir un Delacroix à l'aube de sa vie d'adulte. On y rencontre un jeune homme encore en formation, sensible à la poésie et au théâtre. L'ouvrage affirme une très grande aisance dans la composition du récit. Ses écrits gardent la trace d'une naïveté et d'une liberté de l'ébauche, en correspondance avec son style pictural. Les Dangers de la cour sont marqués par l'évolution du roman du XVIIIsiècle, les nouvelles valeurs de la société et l'esprit des Lumières luttant contre l'intolérance et les abus de pouvoir. »

Une belle découverte littéraire !

Bernard DELCORD

Les dangers de la cour suivi de Alfred et de Victoria par Eugène Delacroix, textes établis par Servane Dargnies sous la direction de Dominique de Font-Réaulx, Paris, Éditions Flammarion, janvier 2018, 240 pp. en noir et blanc et un cahier de 16 pp. d’illustrations en quadrichromie au format 13,5 x 22 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 17 € (prix France)

 

[1] Servane Dargnies est conservateur du patrimoine, pensionnaire de l'Institut national français d'histoire de l'art.

[2] Dominique de Font-Réaulx est directrice du musée national Eugène-Delacroix. Elle enseigne également à l'École du Louvre et à l'Institut de Sciences politiques de Paris.

[3] Expositions « DELACROIX (1798-1863) » du 29 mars au 23 juillet 2018 au musée du Louvre et « UNE LUTTE MODERNE, DE DELACROIX À NOS JOURS » du 11 avril au 23 juillet 2018 au musée national Eugène-Delacroix à Paris.

[4] On lui doit notamment des œuvres fameuses comme La Mort de Sardanapale (1827-1828), L’Assassinat de l’évêque de Liège (1830), La Liberté guidant le peuple (1830), Fantasia marocaine (1832), Le Christ sur la croix (1835), Portrait de Frédéric Chopin et George Sand (1838), Cavalier arabe attaqué par un lion (1849-1850), La Mer à Dieppe (1852), La Chasse aux lions (1854), Les deux Foscari (1855), L'Enlèvement de Rébecca (1858)…

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08 02 18

Splendeurs baroques…

L'hôtel de ville de Liège – Un remarquable florilège d'ornements.jpgGrand spécialiste de l’histoire de l’art, de la musique et de l’ornementation architecturale, Bernard Wodon [1] a fait paraître récemment, dans la collection des « Carnets du Patrimoine » publiée à Namur par l’Institut du Patrimoine wallon, un passionnant petit ouvrage intitulé L'hôtel de ville de Liège – Un remarquable florilège d'ornements dans lequel il retrace et commente en détail la construction, durant le premier tiers du XVIIIsiècle, de ce magnifique bâtiment baroque érigé sur un plan en U.

Situé à l'emplacement de l'ancienne maison communale gothique, détruite par les troupes françaises en 1691 sur ordre de Louis XIV, ce monument municipal a été classé en 1942 et inscrit au patrimoine exceptionnel de Wallonie depuis 2002, en raison notamment de son remarquable état de conservation, de la splendeur des deux cages de ses escaliers d’honneur et de la richesse décorative de ses nombreuses salles ornées par quantité d’artistes, liégeois pour la plupart.

Une véritable débauche de feuilles d’acanthe, de rinceaux, d’espagnolettes, de culots, d’attiques, de trophées, de panneaux et de plafonds peints, de dorures, de stucs, de dais, de dessus de porte sculptés, d’atlantes, de caryatides, de boiseries travaillées, de toiles murales, de manteaux de cheminées…

De toute beauté !

Bernard DELCORD

L'hôtel de ville de Liège – Un remarquable florilège d'ornements par Bernard Wodon, Namur, Institut du Patrimoine wallon, collection « Carnets du Patrimoine », décembre 2017, 52 pp. en quadrichromie au format 16 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 6 €

[1] Docteur en musicologie et histoire de l’art de l’Université catholique de Louvain, Bernard Wodon a entre autres fonctions été chargé du cours d’analyse du décor monumental à l’Université de Liège. Il est notamment l’auteur de -2000 +2000, 4000 ans de patrimoine (Bruxelles, Éditions Didier Hatier, 2002), de l’Histoire de la Musique (Paris, Larousse, collection « In extenso », 2008, rééd. 2014), de 1000 ans de rayonnement artistique liégeois (Liège, Éditions de la Province de Liège, 2016), de L’Opéra dans l’Histoire (Liège, Éditions de la Province de Liège, 2017),  – quatre ouvrages dont votre serviteur a assuré la direction éditoriale –, ainsi que de L'Ornement. De l'Antiquité au XXsiècle (Paris, Citadelles & Mazenod, 2014).

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03 02 18

« À l'œuvre, on connaît l'ouvrier. » (Aristophane)

Claude Debussy .jpgPianiste virtuose et producteur de radio depuis 2005 (des émissions Notes du traducteur puis Portraits de famille sur France Musique), Philippe Cassard (°1962) a consacré une part importante de ses activités à Claude Debussy (1862-1918). Il interprète régulièrement l'intégrale de la musique pour piano de ce musicien d’avant-garde à son époque [1], qu'il a enregistrée pour Virgin's Classics et Decca [2]. Parallèlement à sa carrière pianistique, il a publié un essai sur Franz Schubert chez Actes Sud en 2008 et un livre d'entretiens sur le cinéma et la musique, Deux temps trois mouvements chez Capricci en 2012.

Il revient cette année chez Actes Sud avec un Claude Debussy particulièrement intéressant dans la mesure où, en plus de données biographiques et d’analyses de l’œuvre de l’auteur du Prélude à l’après-midi d’un faune (symphonie sous-titrée Églogue pour orchestre d'après Stéphane Mallarmé, 1894), de Pelléas et Mélisande (opéra en cinq actes d’après l’œuvre éponyme de l’écrivain belge Maurice Maeterlinck, 1902) et de La Mer (trois esquisses symphoniques pour orchestre, 1905), il donne à connaître en de courts chapitres le point de vue de l’interprète particulièrement en phase avec les nombreuses pièces pianistiques qu’il exécute.

Un concert magnifique !

À l'instar de tous les volumes de la collection « Classica », cette biographie intimiste est en outre enrichie d'un double index, de repères bibliographiques et d'une discographie.

Bernard DELCORD

Claude Debussy par Philippe Cassard, Arles, Actes Sud, collection « Classica », janvier 2018, 152 pp. en noir et blanc au format 10 x 19 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 16,50 € (prix France)

Œuvres principales de Claude Debussy :

Œuvres pour piano

1888-1889 : Petite Suite, pour piano à 4 mains

1888-1891 : Arabesques

1890-1905 : Suite bergamasque

1903 : Estampes

1904 : Masques

1904 : L’Isle joyeuse

1904 : Images - Livre I

1906-1908 : Children’s Corner

1907 : Images - Livre II

1909-1912 : Préludes

1914-1915 : Six épigraphes antiques, pour piano à 4 mains

1915 : En blanc et noir, pour 2 pianos à 4 mains

1915 : Études

Musique de chambre

1893 : Quatuor à cordes en sol mineur

1913 : Syrinx, pour flûte

1915 : Sonate pour violoncelle et piano

1915 : Sonate pour flûte, alto et harpe

1916-1917 : Sonate pour violon et piano

Œuvres symphoniques

1892-1894 : Prélude à l’après-midi d’un faune

1897-1899 : Nocturnes

1903-1905 : La Mer

1905-1912 : Images pour orchestre

Musique de ballet

1912 : Jeux

1913 : La Boîte à joujoux

Œuvres lyriques

1884 : L’Enfant prodigue, cantate sacrée sur un livret d’Édouard Guinand

1888 : La Damoiselle élue, cantate sur un livret de Dante Gabriel Rossetti (orchestrée en 1902).

1893-1902 : Pelléas et Mélisande, drame lyrique en cinq actes sur un livret de Maurice Maeterlinck

1908-1916 : La Chute de la maison Ushern 4, 34, 35 et Le Diable dans le beffroi, deux opéras (inachevés) en un acte, d’après Edgar Allan Poe traduit par Charles Baudelaire

1911 : Le Martyre de saint Sébastien, mystère en cinq actes sur un livret de Gabriele D’Annunzio

Mélodies

1888 : Ariettes oubliées d’après Verlaine

1887-1889 : Cinq poèmes de Charles Baudelaire

1891 : Fêtes galantes (premier recueil) d’après Verlaine

1891 : Trois mélodies d’après Verlaine

1897-1899 : Trois chansons de Bilitis d’après Pierre Louÿs

1904 : Fêtes galantes (second recueil) d’après Verlaine

1904 : Trois chansons de France d’après Charles d’Orléans et Tristan L’Hermite

1909 : Trois chansons de Charles d’Orléans

1904-1910 : Le Promenoir des deux amants d’après Tristan L’Hermite

1910-1911 : Trois ballades de François Villon

1913 : Trois poèmes de Stéphane Mallarmé

[1] Le nom de Philippe Cassard est étroitement lié à Debussy, dont il a enregistré une intégrale en 1994, et qu'il a jouée en une journée et quatre concerts à Besançon, Paris, Marseille, Angoulême, Londres, Dublin, Sydney, Tokyo, Lisbonne, Vancouver et Singapour. Il a aussi interprété en une journée l’intégrale pour piano solo à la Philharmonie de Liège en 2012.

[2] Debussy : Œuvres pour piano à 4 mains et 2 pianos (Prélude à l'après-midi d'un faune, Petite suite, En blanc et noir, Lindaraja, Première Suite pour orchestre), avec François Chaplin (Decca, 2012). On lui doit aussi Debussy : Mélodies avec Natalie Dessay, soprano (Virgin's Classics, 2012), Debussy (Toccata, Jardins sous la pluie) et Debussy : Préludes (livres 1 et 2), Images (livres 1 et 2), Estampes, Images oubliées, L'Isle Joyeuse (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_Cassard)

21 01 18

« Il y a toujours un moment dans leur vie où les gens s'aperçoivent qu'ils m'adorent. » (Salvador Dali)

Une vie de Gala.jpgLauréate du prix Interallié pour Malika (Éditions du Mercure de France) en 1992, du prix Méditerranée pour Gala (Éditions Flammarion) en 1994 et du Prix Renaudot en 1998 pour Le Manuscrit de Port-Ébène, (Éditions Grasset), l’écrivaine Dominique Bona (°1953) est depuis 2013 membre de l'Académie française où elle occupe le fauteuil 33 à la suite de Michel Mohrt (1914-2011).

Reprenant, cette fois sous le titre Une vie de Gala, son ouvrage biographique de 1994, les Éditions Flammarion en ont fait un beau livre remarquable, magnifiquement illustré – la version princeps ne l’était pas – et riche d’archives inédites, une vaste mine d’or pour les historiens et les admirateurs du surréalisme.

C’est qu’Elena Diakonova, plus connue sous le nom de Gala [1], fut la mystérieuse épouse (à partir de 1916) de Paul Eluard (1895-1952), qu’elle a quitté en 1928 pour Salvador Dalí (1904-1989, mariage civil avec Gala en 1932, mariage religieux en 1958) après avoir été la maîtresse de Max Ernst (1891-1976, amant de Gala dès 1922), des artistes dont elle marqua les œuvres respectives d’une empreinte profonde, en particulier celle de ses deux maris, ainsi que l’écrit Dominique Bona :

« Solitaire, fermée sur un monde intérieur dont elle garde farouchement le secret, Gala fascine et joue de ses multiples sortilèges. En elle, ces deux grands artistes du XXsiècle ont puisé une énergie vitale, puissante. Elle fut une part de leur génie ».

Libre, volage et cependant jalouse – d’Amanda Lear, par exemple, la jeune égérie de Dali devenu vieux –, elle inspira à Eluard nombre de ses plus beaux poèmes d’amour et au peintre de Cadaques certaines de ses toiles les plus inspirées, comme le Portrait de Gala avec deux côtelettes d’agneau sur son épaule (1933), Portrait géodésique de Gala (1936), La Galarina (1945), Ma femme nue, regardant son propre corps devenir marches, trois vertèbres d’une colonne, ciel et architecture (1945), Leda atomica (1949), La Madone de Port Lligat (1950), La Découverte des Amériques par Christophe Colomb (1959) et à Max Ernst La Belle Jardinière (1924).

Loin des deux descendantes de sa compatriote le comtesse de Ségur, une grande fille modèle, en somme…

Bernard DELCORD

Une vie de Gala par Dominique Bona, Paris, Éditions Flammarion, novembre 2017, 232 pp. en quadrichromie au format 21 x 26,2 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 29,90 € (prix France)

 

[1] Née à Kazan (Russie) le 7 septembre 1894 et morte à Portlligat, Espagne, le 10 juin 1982.

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