Jacques Mercier

Jacques Mercier a écrit 11 notes

Toutes les notes par cet auteur

02.02.2012

Une éclaircie qui nous illumine !

Sollers l'éclaircie.jpgDepuis deux ou trois ans, j'ai lu une trentaine d'ouvrages de Philippe Sollers à la suite l'un de l'autre, tant j'ai été subjugué (l'entrée, sur les conseils de Brice et Nicky Depasse, fut "Femmes") ! Inutile de dire que j'attends les sorties avec une impatience d'enfant avant son cadeau d'anniversaire ! (Je suis dans le même état qu'au cours des "Années d'Or", lorsque, programmateur et animateur, je recevais les albums nouveaux des Beatles !) Mes excuses aux libraires qui font bien leur métier, mais j'avais même demandé en pré-commande sur le Net le nouveau roman ! Et je l'ai reçu en avant-première ! Je commence donc la lecture (vous imaginez lorsque vous "savez" que vous n'allez pas être déçu) : "C'est immédiat : je ne peux pas voir un cèdre, dans un jardin ou débordant d'un mur sur la rue, sans penser qu'une grande bénédiction émane de lui et s'étend sur le monde" Voilà, c'est la première phrase du roman "L'éclaircie" ! Vous y êtes, vous nagez dans l'océan d'un autre univers, les mots résonnent en vous en de longs frémissements, remuent des souvenirs, font remonter des images, des sensations, des idées... Le miracle du talent incontestable de Philippe Sollers ! Je ne veux rien vous révéler de trop (j'en arrive à détester ces émissions où l'on raconte le film ou la trame de la pièce de théâtre ou l'histoire du roman !), seulement dire qu'il est question d'Edouard Manet et du "Déjeuner sur l'herbe" (La coïncidence magique est que c'est aussi le nom de mon dernier éditeur de poèmes), de Haydn, de Picasso, de Anne - sa soeur Anne, justement ! - , de glycine, et bien sûr de Nietzsche et de Rimbaud... Quelques phrases, presque au hasard : "Ne parlons même pas de "l'art contemporain", cette plaie de laideur grouillante adaptée à la publicité permanente." Et l'humour aussi, Sollers nous rappelle que la mère de Karl Marx disait : "Au lieu d'écrire Le Capital, il ferait mieux de s'en constituer un" ! Il est question du présent de l'art. Il est question de vieillir, ce qui nous intéressera de plus en plus : "Outre un trop-plein de mémoire, vieillir consiste à se raconter ses gestes avant de les faire, et à ne plus rien attendre de l'extérieur. Mais c'est aussi une nouvelle jeunesse où un artiste peut tout accomplir "comme pour la première fois". Et toujours ses mots et leurs poids "Les hommes pérorent, les femmes sentent, même si elles n'en sont pas conscientes". Enfin il m'absout, moi et mes semblables : "Heureux les peintres et les écrivains qui ont séché la morose école et la barbante université, pour enrichir leurs connaissances dans le boudoir des pensées !" Et si vous voulez vraiment connaître le sens du joli titre de ce dernier livre de Sollers, voici cet extrait encore : "On s'étonne, on s'exclame, on s'indigne ? Trop tard, et pour longtemps. On peut aussi décider, un siècle après, d'"éradiquer" ces phénomènes. Après avoir été religieux, totalitaires, fonctionnaires, publicitaires, les nouveaux imposteurs sont devenus purement techniques. Achetez, communiquez, consommez, communiquez. Allez-y, allez-y, vous n'empêcherez pas l'éclaircie."

Jacques MERCIER

 

"L'Eclaircie", par Philippe Sollers, roman, Editions Gallimard, déc 2011, 240pp, 17,90 euros.

Écrit par Jacques Mercier dans Jacques Mercier, Philippe Sollers, Romans | Commentaires (2) |  Facebook | |

31.01.2012

Les jolis délires de Jean-Luc !

Fonck Reveillez vous.jpgVoilà un livre qui fait du bien ! Qui vous fait sourire, rire, revenir en arrière pour être sûr que vous avez bien saisi l'allusion, le calembour, le jeu de mot... Et c'est du Jean-Luc Fonck ! C'est dire que plus c'est "vaseux", mieux c'est ! Du plaisir à longueur de phrases, de pages, d'histoires ! Le titre est bien à la mesure du propos : "Rêvéveillez-moi" ! Il s'agit de 25 courts texte qui racontent chacun un rêve. Un rêve où l'auteur se retrouve chien, poisson, fermier ou même Laura Ingalls ! Comme toujours, Jean-Luc, qu'on le veuille ou non, que l'on le ressente ou pas, va plus loin que l'anecdote. Je l'ai comparé, dès que j'eus l'honneur de lire ces premiers écrits en avant-première (c'était à la fois dans la DH et dans "Le jeu des Dictionnaires"), à un Boris Vian belge. Je pensais à l'imagination, au délire, mais aussi à l'aspect plus littéraire et de fond. Alors, laissons-nous aller, quel que soit le degré de lecture, aux jeux de mots. Rencontrons donc, prenons l'exemple du rêve où Jean-Luc est chien, en début de volume : "Shirley Basset, Joe Cocker, Danois Summer, La Bande à Basile ("C'est le chenil qui redémarre..."), Michel Berger... et Desireless, parce que tous les chiens qui veulent sortir désirent laisse !" Pour s'endormir le soir, il y a pas meilleure lecture ! Et puisqu'il faut une âme d'enfant, l'édition propose - en sus - de feuilletter très vite les pages pour voir la photo de Jean-Luc s'animer... Vous vous souvenez de votre enfance ? C'est aussi un grand jeu de références musicales et télévisuelles ! Sacré Jean-Luc ! Encore une fois bravo !

Jacques MERCIER

 

"Rêvéveillez-moi", Jean-Luc Fonck, Luc Pire éditions(Editions Naimette), 2012, 160 pages, www.sttellla.be

Écrit par Jacques Mercier dans Humour, Jacques Mercier, Nouvelles | Commentaires (0) |  Facebook | |

29.01.2012

Comment échapper à la "sélection naturelle" !

jesus darwin.jpgComme il n'y a pas de hasard, il était logique qu'après avoir lu "Jésus" de Petitfils (Voir dans les rubriques précédentes), je suive avec intérêt la présentation du livre "De Jésus à Jésus en passant par Darwin" du professeur Christian de Duve, prix Nobel de médecine. Dans cet essai, relativement court, l'éminent scientifique nous raconte le cheminement de sa croyance depuis le Jésus de son enfance jusqu'aux plus récentes réflexions scientifiques. "Tous ces enseignements étaient présentés dans un contexte religieux que je ne songeais pas à mettre en doute, d'autant plus qu'il répondait sentimentalement à une disposition qui me portait naturellement vers la ferveur." écrit-il. Beaucoup se reconnaîtront ! Et puis : "Il y eut néanmoins un prix à payer : les convictions religieuses qui avaient inspiré mes premières années ne résistèrent pas aux impératifs de raisonnement scientifique, au souci d'une perpétuelle remise en question et au refus des affirmations sans preuve." Et d'expliquer sa vue actuelle de l'évolution de l'espèce humaine. L'auteur raconte la sélection naturelle et notre seul espoir qui est l'épigénétique, le seul espoir de s'opposer à cette loi naturelle. Pour cela, il faut éduquer, avoir des éducateurs et c'est dans ce contexte qu'il présente les maîtres, les guides, les sages et donc Jésus. "Ce que Jésus enseigne, c'est exactement le comportement qu'il faut pour contrecarrer les méfaits de la sélection naturelle et sauver l'humanité de la perte à laquelle ses gènes la condamnent." Christian de Duve nous parle encore de cette notion de "l'ultime réalité", qui englobe l'ensemble de tout ce qui existe; un monde étrange qui pourrait sans doute un jour nous être accessible. Les poètes peuvent parfois y parvenir, par leur capacité émotive. Et de conclure sur le mot "Amour" ! (Une fois encore, j'ai pu immédiatement acheter, télécharger le livre en numérique et le lire... Je ne me lasse pas de cette facilité dans la transmission de l'art !)

Jacques MERCIER

 

"De Jésus à Jésus, en passant par Darwin", par Christian de Duve, Edition Odile Jacob, 2011. 91 pages. Broché: 8,55 euros. Numérique : 6,99 euros sur Kindle.

Écrit par Jacques Mercier dans Documents, récits, essais, Jacques Mercier | Commentaires (0) |  Facebook | |

1 2 Page suivante