Jacques Mercier
Jacques Mercier a écrit 14 notes
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16.11.2011
Un magnifique et émouvant témoignage !
C'est le premier livre de Nadia Salmi et il est magnifique ! C'est un roman, car on romance toujours un peu, les souvenirs se déforment, on ne se souvient pas de tout, mais c'est avant tout un récit poignant et qui nous bouscule avec un talent rare. La mission de Nadia Salmi, qui se découvre (comme dit le bandeau) parmi les 400.000 Français, petite-fille d'un soldat allemand, est de crier son amour, sa compréhension à sa mère ! Après avoir lu en avant-première le manuscrit, je ne peux que vous retranscrire des extraits de la lettre que j'ai envoyée à Nadia Salmi, croisée au hasard d'une interview (elle travaille pour le moment à la télévision à Lille, mais vit à Bruxelles).
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23.10.2011
Un étonnant dialogue : Femme - Prêtre !
Elle, c'est Marie-Annick Retif, qui chante depuis longtemps sous le nom de Mannick ; lui, c'est Gabriel Ringlet, vice-recteur de l'Université de Louvain, écrivain et ... libre de sa parole ! "Entre toutes les femmes" emprunte le titre à un poème de Charles Le Quintrec. Nous lisons une conversation détonante, chaleureuse, intéressante, intelligente, émouvante, passionnée autour des chansons de Mannick (évidemment vous pouvez écouter les chansons sur le site de Mannick, mais tous les textes sont repris dans l'ouvrage. Comme dit fort à propos Gabriel : "N'est-ce pas la force du chanson : revêtir parfois le grave dans l'habit musical du léger ?") et d'un classement des femmes en "printanières", "rebelles", "brûlantes", "souffrantes", "subversisves", "désirantes", "prêtresses" et "accouchantes". Chaque chapitre propose une réflexion (et qui décoiffe souvent, tant la vérité de s'exprimer est forte de chaque côté) en se plaçant sous le regard d'une femme : naître, partir, aimer, souffrir, résister, croire, célébrer et mourir. C'est dans l'actualité de notre vie d'être humain, c'est une vision sincère de la femme, c'est aussi une confidence très belle de l'homme et du prêtre. On n'évite pas la sensualité, la prêtrise des femmes, l'euthanasie, etc. Mais c'est bien au-delà : la tendresse, la compassion, la souffrance, le bonheur, la mort, l'amour... C'est d'une très belle écriture, fluide, réelle. Quelques moments picorés ça et là dans ce livre bien plus important qu'il n'y paraît : "Rien n'est pire que le pouvoir qui ne dit pas son nom. Le pouvoir "spirituel" en particulier." J'aime aussi cette référence à Teilhard de Chardin, que j'avais adoré, lorsque j'étais adolescent chez les Jésuites : "Dans la vie, je n'ai jamais rien fait de grand que sous le regard d'une femme." Gabriel Ringlet : "Je suis toujours étonné de voir le peu de liberté que chacun s'autorise". Les deux personnages ne sont pas toujours d'accord, cela va de soi : Gabriel : "Mais ose-t-on encore dire aujourd'hui qu'il est plus important d'être vivant que d'être heureux ?", Mannick : "Je tique sur cette réflexion. J'ai souvent pensé le contraire !" Dans l'actualité aussi après les propos de Mgr Léonard et des directeurs d'école divorcés, puisqu'on cite cette déclaration du Père Charles Delhez : "A être trop rigide, on en arriverait au paradoxe suivant : il vaudrait mieux être un meurtrier repenti qu'un divorcé remarié. Le meurtrier peut sortir de prison, le divorcé non." Sur Dieu : "Je trouve normal que Dieu change de rôle de siècle en siècle et de culture en culture, car le récit continue. Encore faut-il, à travers ces rôles que nous lui prêtons, reconnaître la trace d'authenticité de la divinité." Bien entendu, Mannick s'interroge sur le rôle des femmes dans l'Eglise : "Ai-je bien compris que la domination masculine sur l'ordination date des origines apostoliques et non des origines évangéliques"... En effet ! Notons aussi un bien émouvant témoignage sur Soeur Sourire, dont Gabriel Ringlet a connu le parcours douloureux...
Jacques MERCIER
Entre toutes les femmes, Mannick et Gabriel Ringlet, Edition DDB, Desclée de Brouwer, En couverture une huile sur bois de Philippe Ringlet, 334 pages, 18 euros.
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20.10.2011
Réconcilier la science et Dieu ?
Longtemps j'ai cru que les religions remplissaient par des "mystères" nos ignorances scientifiques ; je sais aujourd'hui après la lecture de plusieurs ouvrages passionnants de Trinh Xuan Thuan ("La mélodie secrète" ou "L'infini dans la paume de la main") que la science peut s'accommoder de l'existence d'un Dieu ! Dans "Le Cosmos et le Lotus", sous-titré "Confessions d'un astrophysicien", le célèbre savant d'origine vietnamienne, mais éduqué à la française et formé aux Etats-Unis, explique son parcours professionnel et personnel, mais aussi en deuxième partie de l'ouvrage, il détaille très clairement le point actuel de ses recherches. Le titre le dit, il est imprégné de traditions bouddhiste et confucéenne, mais finalement n'est pas d'accord avec tous leurs préceptes. Il m'est difficile de rendre compte de mes notes de lecture (j'en ai une dizaine de pages, des notations qui me paraissent essentielles pour ma propre compréhension de l'existence), donc j'essaie d'esquisser des pistes. Sur l'unicité de la nature : "La nature est donc belle parce qu'elle possède un ordre, parce qu'elle est régie par des lois. Plus étonnant encore, ces lois peuvent être exprimées en termes mathématiques". L'auteur met aussi en parallèle, ce qui me réjouit, le processus de la création scientifique et celui de la création artistique. "Quand on crée une oeuvre d'art, on a le même sentiment de s'être approché un bref instant de la Vérité éternelle, d'avoir soulevé un modeste pan du Grand Mystère". Sa grande idée est, bien sûr, que tout a été prévu pour que l'homme apparaisse et puisse contempler la création, ici et maintenant. Que nous sommes reliés à tout. "Le simple fait de respirer nous relie à tous les êtres qui ont vécu sur le globe". Mais aussi "Nous descendons tous d'un seul et même organisme, une cellule primitive datant d'environ 3,8 milliards d'années". On connaît un peu cette théorie des atomes qui changent en onde ou en point selon l'observateur. "Ce concept de changement perpétuel et omniprésent rejoint ce que dit la cosmologie moderne : tout bouge, tout change, tout évolue, tout est impermanent, du plus petit atome à l'univers entier en passant par les galaxies, les étoiles et les hommes." Et cette incroyable affirmation, qui nous donne de l'espoir, qui gonfle l'âme : "Si l'univers est aussi vaste, c'est pour permettre notre présence. Si l'univers est tel qu'il est, c'est parce que l'homme est là pour l'observer et se poser des questions." Il reste bien des problèmes à régler (comme l'unification des quatre forces fondamentales dans la nature) et nous connaissons aussi le théorème de Gödel qui dit qu'il existe une limite à notre connaissance d'un système donné, car nous faisons nous-mêmes partice de ce système. L'auteur nous parle encore de tant de choses : de la liberté, de la spiritualité, de la créativité... Un livre qui exalte, qui nous change !
Jacques MERCIER
"Le Cosmos et le Lotus", Trinh Xuan Thuan, édition Albin Michel, 264 pp. 19 euros.
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24.08.2011
Le nouveau Christophe Marmorat : "exaltant" !
Le sixième tome de la série "Ancrage" de Christophe Marmorat est exaltant, enthousiasmant, enrichissant... "La direction des risques" (vivre au féminin masculin) est une de ces lectures qui vous change, vous rend heureux ! Le livre mêle au fond beaucoup de genres : le journal, le dialogue, la nouvelle, les poèmes, le "blog" pour utiliser un terme à la mode... Avec toujours cette musique qui accompagne, qui souligne, qui explique la création de l'auteur. Son procédé consiste, comme vous le savez sans doute, à écouter en boucle un fond sonore qui produit une écriture minimaliste et fluide. Comme il l'écrit dans "A propos de l'écriture musicale" (en écoutant "A song of you" des Carpenters, dont il est question au début du livre) : "Je n'invente rien, je n'imagine rien, non. Je me contente de décrire, de reproduire ce que je vois et ressens (...) Le tempo est une des clés de cette écoute éveillée." On se laisse porter par le rythme de Marmorat, par le fil de ses pensées et nous traversons des paysages magnifiques et des descriptions superbes ("Maintenant il pleut très fort. J'adore ce temps qui nous rend les jours de soleil plus délicieux qu'ils devraient nous paraître, normalement.") : l'égo ("A ceux qui me disent que c'est égocentrique, nombriliste, je réponds qu'avez-vous à apporter de riche aux autres si vous êtes pauvres de vous-mêmes ?", la mort, l'instant esthétique, le discernement (grâce aux Jésuites), l'écriture elle-même ("J'ai observé un phénomène étrange depuis que j'écris et publie mes livres : Je n'ai plus d'âge dans la vie. Je n'ai plus que deux bornes : L'instant et l'infini.")... Et puis nous revient son admiration pour Elodie Frégé ( Mais oui !) et de la poésie aussi, comme ceci : "Mais, / Tu as une longue chevelure brune, / Et des yeux de la même couleur que ces larmes / Qui tapissent le Jardin du Luxembourg à l'automne." Enfin, ce qui semble l'évidence du livre "Vivre au féminin masculin", la part féminine qu'il se découvre : "Le masculin et le féminin existent en grammaire et en médecine." Et n'exisent que là, insiste l'auteur en quête de son identité. Mais le texte est encore riche d'autres réflexions sur des peintres, de textes sur des femmes, du chamanisme, de l'âme et de l'esprit... J'utilise l'adjectif "riche", car en effet on s'en sort enrichi de cette très belle lecture ! Exaltant, oui ! Vraiment ! Et enfin cet "autoportrait" superbe : "Un sourire, De l'enfance. / Un enthousiasme Adolescent. / Des mots Adultes." Qui fait mieux ?
Jacques MERCIER
La Direction des risques, vivre au féminin masculin, une écriture musicale de Christophe Marmorat, édition Ancrage 2011. cmarmorat@yahoo.fr 278 pages. 20 Euros.
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