21 04 18

Une année bissextile très spéciale...

_russon bissextile.jpgLa Loi décide de tout et on vit dans les contraintes d'une société surveillée. Demain ou déjà aujourd'hui ? Eric Russon avec Bissextile nous plonge dans un univers proche de Jacques Sternberg. Une mère violoncelliste connue, mais sans amour maternel pour sa fille Sarah, une villa entre mer et forêt angoissante... quelques ingrédients de ce thriller fort bien écrit par ce spécialiste de l'actualité culturelle. Après Crispations chez Lamiroy, voici un deuxième roman aussi bien réussi.

Beaucoup de dialogues donnent vie à l'histoire, qu'on suit, comme il se doit, avec un intérêt croissant vers la fin des énigmes.

Pour vous donner une idée du style, voici quatre courts extraits :

Sa vie ressemble à une vieille armoire, avec une foule de tiroirs où chaque objet a sa place, bien séparé des autres. Et il y a fort à craindre qu'à sa mort, tous les tiroirs soient jetés à terre et leur contenu répandu, mélangé. Les compartiments qu'elle a passé une vie entière à garder fermés risquent de se retrouver sens dessus dessous.

 

Il a suffi de deux générations pour que l'oubli s'installe. Si des vieux comme lui ne l'entretenaient pas, la mémoire s'effacerait. Certaines mots ont déjà été retirés des nouveaux dictionnaires. Pourquoi les y laisser puisqu'ils ne désignent plus rien ? Des livres ont été bannis des bibliothèques et des librairies, ils pourraient inutilement instiller des valeurs subversives.

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Cette couleur qui n'existe nulle part ailleurs. Ni bleus. Ni verts. Juste suffisamment clairs pour vous brûler à l'intérieur. Lucie Beaumont aurait très bien pu ne jamais parler. Ses yeux se chargeaient de transmettre à qui croisait son regard l'essentiel de ce qu'elle voulait dire, son humeur ou ses envies. On dirait presque qu'en s'ouvrant, ses yeux éclairent un peu plus la pièce.

 

Ses pas font gémir le plancher. La poussière danse en suspension dans les rayons de lumière qui quadrillent l'espace. Au-dessus d'elle, le sous-bois de poutres lui souhaite la bienvenue en craquant. Elle avance presque sur la pointe des pieds pour ne pas troubler le sommeil des armoires, des malles, des vélos rouillés, des poupées dormant les yeux ouverts dans un rocking-chair crasseux, ou des lustres qui n'éclairent plus rien depuis une éternité.

 

J'adore les gens qui ont un tel talent, merci Eric !

 

Jacques Mercier

 

Bissextile, Eric Russon, Roman, 356 pp. Édition Robert Laffont, 20 euros.

 

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18 03 18

Superbe roman : Le champ de bataille !

colin.jpg« Le champ de bataille » de Jérôme Colin est un magnifique petit (parce qu'il se dévore et en donne l'impression) roman d'aujourd'hui (dans cette ère du « virtuolithique », comme on le dit sur la quatrième de couverture). Vous ne serez pas déçu du voyage. C'est la plupart d'entre nous en ce moment – ou plus précisément il y a quelques mois en Belgique. C'est une observation juste et sensible de l'histoire d'un couple et de ses deux enfants ado et pré-ado. Les rapports entre les parents, avec les enfants, avec l'école, avec une psy. C'est l'occasion de réflexions tellement pertinentes sur l'éducation, sur les apparences, sur la communication. Et puis, surtout, c'est une fort belle création autour de l'amour entre les êtres.

Le style est superbe. Beaucoup de dialogues. Des énumérations étonnantes (J'ai détesté...), telle celle-ci :

« Nous avons attendu. L'attente est une composante essentielle de la vie de parent. On attend qu'ils s'endorment. On attend qu'ils terminent la sieste. On attend qu'ils acceptent de se laver les dents. On attend qu'ils s'habillent. On attend à la sortie de l'école. On attend après l'entraînement de football. On attend à la sortie du cours de danse. On attend les résultats du bulletin. On attend qu'ils soient rentrés pour pouvoir enfin s'endormir en se disant que, ce soir encore, tout le monde est vivant dans la maison. »

Nous nous trouvons parfois face à des décomptes, face à une succession d'heures précises. Cette diversité est pour beaucoup dans le grand plaisir de lecture.

Jérôme Colin met le doigt sur nos peurs, nos faiblesses. C'est toujours la même chose : nous avons envie de faire, mais on ne le fait pas. Ainsi le héros se réfugie-t-il dans les toilettes pour s'évader :

« Je ne suis jamais allé en Thaïlande parce qu'il y a toujours une bonne raison de ne pas voyager. C'est pour cela que nos vies sont si petites alors que le monde est si grand. »

On trouve aussi, pour l'auteur plongé dans les médias lui-même, une extraordinaire critique de ce que deviennent les médias, entre autres lors de catastrophes. Il met vraiment le doigt où cela blesse !

Quelques petites phrases, pour vous donner le ton du roman : A propos du couple :

« Je lui ai proposé de boire un verre de vin, elle a répondu : « Pas aujourd'hui, faisons plutôt ça demain... » Je détestais cette phrase. Comme si l'on pouvait remettre le plaisir au lendemain. Comme si nos heures n’étaient pas comptées. Car demain n'est pas une certitude, c'est au mieux une éventualité. »

De la femme :

« Le pragmatisme des femmes est une création divine. »

De l'adolescence :

« L'avantage, quand il parle, c'est qu'on n'entend pas les fautes d'orthographe. »

De notre pays :

« J'ai toujours aimé la capacité des Belges à réagir à l'adversité. Nous le faisons avec une sorte de fatalité comique, qui semble dire que rien, jamais, ne nous mettra véritablement à terre. »

Voilà un de ces livres qui vous réconcilient avec le roman ou vous confortent dans votre désir de lecture. Un roman qui comporte toutes les qualités qu'on en attend, perdus que nous sommes entre les réseaux sociaux, l'information permanente et les composantes de notre société qui ne semblent pas avancer au même rythme. (Je suis fier d'avoir un jour aidé Jérôme en étant son invité dans le casting gagnant de « Hep, Taxi ! »... )

 

Jacques MERCIER

 

« Le champ de bataille », Jérôme Colin , roman, Allary Éditions, 208 pp, 17,90 euros.

 

 

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05 03 18

Intuition

 

_thomassetie.jpgAvec une belle persévérance, Monique Thomassettie poursuit un prolifique travail d'écriture : nouvelles, textes, poèmes, journal. Ce livre Intuition est entièrement réalisé par elle-même, comme elle le signale : « Forme et fond ; inspiration / travail (écriture, peinture, dessin) ; structure ou archiecteure ; ainsi que la couverture. Et la composition / mise en page. Et l'insertion des images. Comme dans tous mes livres parus chez M.E.O. Et à Monéveil. La couverture présente est une huile de 19921 titrée « Villes promises ».

Ce tome VII contient de la poésie Ma lucide candeur ou Les Ajours de ma nuit, un Journal et l'Arc-en-ciel de mes orages, de courts textes.

Voici quelques mots trouvés dans le livre, dans les endroits poétiques) :

Les vrais poètes ne sont pas « voleurs de feu »

Le feu est en eux

 

En date du 7 juillet 2017 :

Au fond marin de mes yeux

revient un paysage

imaginaire, mais inspiré de mes voyages.

 

En septembre et titré « Musique » ces sublimes vers :

Toute enfance

est une éternité

inachevée.

 

Je vous laisse découvrir tout ce livre touffu, riche, varié, profond, poétique et sincère.

 

Jacques MERCIER

 

Inutition (Tome VII), Monique Thomassettie, 256 pp, 15cmX21cm, Edition Monéveilo, monique.thomassettie@belgacom.net (20 euros?)

 

 

 

 

 

04 03 18

Du bout du jour

_colmant.jpgC'est par les réseaux sociaux que l'écrivaine Martine Rouhart a pu découvrir la poésie de Philippe Colmant et lui écrire une préface. On y lit : « Une poésie introspective, une mise à nu, des descriptions pensives : l'univers de Philippe Colmant, qui nous livre ici un peu de son âme, touche par sa profondeur et sa sincérité. »

Ce que j'aime aussi dans « Du bout du jour », ce sont les photos réalisées par l'auteur lui-même. Ce sont des illustrations magnifiques.

Dès le premier court poème, on est emporté :

Il est de ces matins

Où, pris à contre-jour,

Le monde se résume

A ma fenêtre ouverte

Sur un jardin de pluie

Implorant le soleil.

 

Celui-ci :

J'ai appris l'essentiel :

Certains arbres sont creux

Pour abriter les rêves ;

D'autres, plus vigoureux

Pour nourrir de leur sève

Les racines du ciel

Et enfin, pour vous donner l'eau à la bouche et les mots dans le cœur :

Il reste quelques rêves

Oubliés par la nuit

Dans les replis du cœur

Où le jour n'entre pas.

 

Il me semble que c'est le onzième recueil de poème de Philippe Colmant depuis cinq ans. Mais ce poète prolifique ne déçoit pas et ajoute une fleur nouvelle au bouquet, à chaque parution.

 

Jacques MERCIER

 

« Du bout du jour », poèmes, Philippe Colmant. Éditions Demdel. 100 pp. 16Cm/24cm. 12 euros.

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04 03 18

Trajectoires

_marotta.jpgFrédéric Marotta l'explique très bien dans sa préface : « Il existe différents genres de poésie et elle reste toujours aussi difficile à définir, mais elle demeure existante et riche de diversité dans de multiples productions de l'âme humaine sur notre planète Terre, en vers ou en prose, pourvu qu'elle éclose et que jamais elle ne tombe dans le néant. » Et plus loin : « Ne l'oublions pas, ce genre littéraire qu'est la poésie est né de la sensibilité et de l'imagination, et c'est en cela qu'il est essentiel. »

Les poèmes de Frédéric dans Trajectoires sont imprimés sur deux colonnes et peuvent presque se lire de droite à gauche. J'aime l'entrée en matière du premier, intitulé « Sauvage » :

Sybille / A recouvré tendresse / Après sauvages nuances / De noirs / Et de sombres envies / Grises, / Grisée, / Aigrie, / Avançant au hasard / Au-dessus du vide / Et de déferlantes passions.

J'apprécie aussi « Perle, sublime folie », où l'on découvre : « Néanmoins, / La tristesse se dissipe, / Le silence s'immobilise/ Enveloppant / Fêlure/ Et

« Tout est dans l'instant, / Où s'envole l'âme humaine / Rejoignant constellations / Témoignant de notre éternité... »

Et tout est dit, du poète visionnaire et inspiré !

Jacques Mercier

 

« Trajectoires » (aux confins de l'immensité), Poésie, Frédéric Marotta, Les Presses du midi, 82 pp, illustration de Yulia Philippe, 14,5cmX20,5cm , 12 euros. www.lespressesdumidi.fr

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02 03 18

Voir les Beatles !

IMG_5858.JPGCe fut un événement de la dernière Foire du Livre : De la signature du contrat à la première séance de dédicaces en passant par l’écriture, la correction, la mise en page et l’impression, Ob-La-Di, Ob-La-Dan ! de Brice Depasse est un pari réussi.

Au-delà de sa création, il s'agit d'une histoire vraie qui s'est déroulée en juillet 1968 : Dan Lacksman (qui possède un des meilleurs studios européens et fut membre du trio Telex), fan des Beatles décide d'essayer de les rencontrer à Londres.

Je vous laisse découvrir cette aventure, remplie de dialogues, d'humour, écrite de main de maître par l'auteur. Et surtout, vous découvrirez la conclusion incroyable qui fut possible grâce à la fille de Dan, Caroline, qui travaille aujourd'hui chez EMI, la maison de disques des Beatles...

 

Deux, trois moments picorés dans le petit livre :

Alors qu'il propose à une jeune Française en échange d'un service de leur faire et puis surtout de lui envoyer des photos, elle est réticente : 

« 

  • Et qu'est-ce qui me prouve que tu vas me les envoyer ces photos ?

  • Tu ne connais pas les Bruxellois, on dirait. Chez nous, on dit ce qu'on fait et on fait ce qu'on dit. »

 

Et cette réflexion de l'auteur à propos des photos :

« Avec les filles, on est souvent déçu. Il suffit qu'elles ne s'aiment pas sur la photo pour qu'elles la fassent disparaître. Ce doit être pour cela qu'il n'y avait aucune femme sur la photo de Yalta en 1945. Imaginez qu'elle ait fait brûler les négatifs parce qu'elle fermait les yeux sur le cliché. »

 

J'aime aussi cette notation en bas de page alors qu'évidemment on trouve des dialogues en anglais facile :

« Je vous propose une traduction simultanée sinon vous allez devoir sans cesse faire des allers-retours en bas de page et ce n'est pas pratique (Toujours note de l'auteur) »

 

Et encore ceci :

« L'homme courageux n'est pas celui qui ignore la peur mais celui qui arrive à la surmonter. »

 

« Moment fugace et fondateur qui prouve que la vie de chacun de nous est un roman dont la fin n'est jamais écrite. »

 

C'est un vrai petit roman « historique » de notre temps, avec le suspense, les rebondissements, les surprises... Si vous lisez peu, n'hésitez pas, c'est une bonne entrée en matière dans le monde de la littérature !  

 

Jacques Mercier

 

« Ob-la-di, ob-la-dan ! », Brice Depasse, Collection Opuscule, 46 pp, 10X14 cm, Édition Eric Lamiroy, 2018, 4 euros

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08 02 18

La cité des femmes

_liberski.jpgComme à la fin de toute bonne lecture, on s'attriste d'en avoir terminé : le plaisir est envolé. C'est la sensation que j'ai en refermant La cité des femmes, le dernier roman de Stefan Liberski. Un excellent ouvrage qui nous emmène en Italie, à Cineccità (« Cinecittà un lieu d'où le monde, malgré tous ses malheurs, apparaissait pour ce qu'il était aussi : une cour de récréation » écrit-il) entre autres avec Federico Fellini et surtout au coeur d'une terrifiante histoire d'un amour passionnel et dont le héros, Etienne, ne peut se sortir.

Les notations, les descriptions, l'ambiance, les dialogues, les innombrables mots italiens originaux en italiques, l'humour, la justesse, le style... tout est réussi dans ce nouveau roman de Liberski !

On sait que l'auteur fut lui-même présent pour le tournage du film de Fellini : La cité des femmes et on ne doute pas que bien des choses livrées soient en partie autobiographiques. (On y croise Anna Prucnal, Chantal Akerman, Marguerite Duras...)

Voici quelques extraits pour vous donner le ton : A propos de la langue italienne,

« Plongé dans une langue encore mal connue, il se retrouvait dans l'état bienheureux de l'enfance. Il se laissait porter par le bruissement alentour. Enfant, on n'a pas à choisir, rien à débattre. Les parents décident. »

A propos de Rome,

« A son filet d'éternité, Rome retenait des bribes de mondes disparus. De la nuit des temps révolus quelques tisons rougeoyaient encore, peut-être comme nous parvient la lumière de ces étoiles mortes il y a des siècles. »

A propos d'un trajet la nuit en voiture ;

« Ils rentrèrent tard à Rome, passant par de petites villes endormies. Dans la lumière des phares, les places, les fontaines et les églises d'un autre âge surgissaient un instant, décors oubliés d'un film somptueux, puis retournaient à la nuit. »

A la toute fin du livre, comme une morale, cette réflexion superbe :

« Le malheur est rassurant. Il faut un courage inouï pour le débouter du quotidien, plus encore que pour le sublimer dans une oeuvre. »

 

Le roman m'a donné envie de revoir quelques films de Fellini, et pourquoi pas Juliette des esprits, qui m'avait tant glacé le sang !

 

Jacques Mercier

 

La cité des femmes – Stefan Liberski – Roman, édition Albin Michel, 300 pp, 19 euros.

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30 11 17

Le semeur de croix

colmant.jpgComme j'aime les expressions, celle qui convient le mieux pour ce premier roman policier de Philippe Colmant (Poète, par ailleurs) c'est « tenir en haleine » ! On ne décroche pas une seconde de la lecture passionnante de ce « Semeur de croix ». C'est d'autant plus incroyable que nous savons, nous les lecteurs, dès le début qui est le coupable ! Le suspens se porte donc ailleurs : le commissaire Van Calster parviendra-t-il à découvrir qui est ce tueur en série et pourquoi il sème des croix sur chaque victime. C'est que ce tueur porte le nom improbable de Jézus Crucifix (mais sera appelé tout au long du livre par la lettre J. )

C'est une nouvelle sorte de roman policier, de thriller, qui s'apparente très fort aux séries télévisées. C'est une de ses qualités.

Ce meurtrier est aussi un amateur de poésie et de musique classique ! « J. Aimait autant le silence que la musique, tant il est vrai que le silence la contient tout entière. »

Le style de l'auteur est évidemment fluide, simple, clair et parfois poétique et drôle : « Octobre touchait à sa fin. Les parcs de la ville rouillaient dans le recueillement, tandis que les belles avenues arborées avaient déjà perdu l'essentiel de leurs feuilles. »

« Dehors, un merle courageux et obstiné chantait à tue-tête »

« Le soir semblait tout à coup pressé de tomber ».

 

Philippe Colmant, excellent observateur des mœurs de notre temps, l'égratigne aussi parfois avec raison : « Il demanda au chauffeur de brancher la radio. Les nouvelles étaient assez lacunaires, ce qui n'empêchait nullement les médias de se lancer dans une surenchère presque frénétique de scoops et de chiffres. De quoi avoir la nausée ».

J'adore aussi dans les suspens ces notations qui nous titillent la curiosité : « Il affirmait ne rien craindre. L'avenir lui montrerait qu'il avait tort »

Pour nos longues soirées d'hiver assurément !

 

Jacques MERCIER

 

« Le semeur de croix », roman, Philippe Colmant, édition Demdel, 240 pp, 12,50 euros. www.demdel-editions.com

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26 11 17

Belge une fois

belge une fois.jpgQuelle excellente idée que de donner la parole à ces nouveaux communicateurs que sont les blogueurs ! En l’occurrence, il s'agit de blogueurs belges, Natacha Filipak et Arthur Renson, propriétaires de la marque « Belge une fois » qui se décline de plusieurs façons.

L'édition Racine leur a demandé de proposer dans un superbe petit livre cartonné 32 expressions connues chez nous. Un régal pour les amateurs de notre patrimoine. Le sous-titre est « le parler belge illustré ».

Pour vous donner « l'eau à la bouche » (puisque nous sommes dans les expressions, domaine que j'adore, comme vous savez!), voici la première expression du livre : « Avoir bon ».

« Liste non exhaustive de tous ces moments qui te font dire combien tu as bon ... ! - Le « chpops » d'une bouteille de champagne. -La jouissance de péter le papier bulle. - Recevoir sa bière après une longue file d'attente au bar. - Réussir une mayonnaise du premier coup. - Entendre le pop-corn exploser dans le micro-ondes. » Génial, non ?

Au hasard des mots, en voici quelques-uns qui apparaissent dans ce beau livre à offrir pour les fêtes : Baraki, Babeleir, Douf, Bisbrouille, Drache, Froucheler, Boentje, Racuspoter, Spiter, Rawette...

Les dessins d'Arthur rivalisent de drôlerie avec les textes de Natacha. Voilà un merveilleux objet pour mettre en valeur notre patrimoine avec humour.

 

Jacques MERCIER

 

Belge une fois, le parler belge illustré, édition Racine, 64 pp, 17cm/17cm, couverture cartonnée, couleurs, 15 euros.

 

26 11 17

Une révélation : Adeline Dieudonné !


adeline couve opuscule.jpgAlors qu'il est question dans ce magnifique petit roman de rafales de kalachnikov, la lecture du livre « Seule dans le noir » peut se comparer à une rafale de phrases, de mots, de sensations. On la prend en plein cœur et on en sort tout étourdi, heureux d'être en vie. C'est rapide, terrible et efficace.

J'avais lu Bonobo Moussaka, le premier texte de théâtre de Adeline Dieudonné (dont Eric De Staercke explique dans la préface du livre paru chez Lamiroy* : « Le héros de cette histoire, c'est notre petite voix intérieure, une voix qui s'exprime sans concessions, sans entraves sans inhibition car elle est tout intérieure et que seul le lecteur peut l'entendre ») et j'avais été frappé par cette réflexion : « Elle se dit qu'elle est probablement un peu trop sentimentale. Ça vous perd toujours d'être sentimentale... »

On suit ici l'événement terrifiant qui arrive à Julianne, de l'intérieur, avec sa perception des choses. Tout ce qui vient à l'esprit dans un moment critique nous est livré :

« Elle se forçait à regarder au moins une émission didactique par semaine. Cela lui semblait le minimum vital pour ne pas sombrer complètement neuneu. Déjà qu'elle avait renoncé à lire. Trop silencieux. La télé lui donnait l'illusion d'une présence. »

J'ai adoré deux passages essentiels. Vous découvrirez le second en lisant le petit roman, - car ils sont écrits en parallèle, comme deux serre-livres - mais voici le premier, une merveille d'écriture et d'inspiration :

« Sa façon de voir le monde comme un jardin, avec des ronces, des orties, des jours de pluie et quelques lapins morts, c'est vrai, mais aussi avec de la lumière, une brise chaude au parfum de cannelle, des pivoines qui sentent le printemps, un petit ruisseau qui fait son bruit de petit ruisseau, un gazon doux sous les pieds nus, des fruits sucrés qu'on trouve un peu partout si on prend la peine de les chercher. »

J'aime aussi ces pensées que seule peut avoir une nouvelle génération qui découvre la réalité de l'existence :

« A peu de choses près, notre civilisation tient sur le respect des actes de propriété. Et des déclarations TVA. »

Un joyau de plus dans cette extraordinaire collection hebdomadaire d'Eric Lamiroy !

 

Jacques MERCIER

 

Seule dans le noir, Opuscule, Adeline Dieudonné, 36 pp. 4 euros, Édition Eric Lamiroy.

*chez www.lamiroy.be : 10 euros

 

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