10 10 17

Quel bonheur que la découverte de "Chacun son Chat!" de Geluck

chat.jpgCe que je pourrais vous dire d'enthousiasmant pourrait vous paraître exagéré, puisque Philippe Geluck est mon ami, et pourtant ce nouvel album du Chat (le 21e!) « Chacun son Chat » me semble le meilleur, le plus abouti, le plus varié, le plus profond et le plus drôle !

Je pourrais analyser et détailler, comme je le faisais quand j'interviewais Philippe sur antenne à pareille occasion, mais je me suis donné le bonheur de ne pas prendre de notes en découvrant hier soir l'album : simplement sourire, rire, réfléchir. Et me dire souvent, comme toujours : « Bigre ! C'est une réflexion drôle d'une telle évidence, j'aurais dû la trouver, mais lui, il trouve ce trait avant nous et c'est ça son génie ! »

Déja la page de titre avec cette déclaration (hommage à Barbara) : « Ma plus belle histoire d'humour... C'est vous ! »

Cette si touchante allusion à Goscinny et Uderzo qui occupe toute la première page : « Nous sommes en 2017 après J.-C. Le monde entier est envahi par une sorte de morosité bien compréhensible. Le monde entier ? Pas vraiment ! Un petit pays résiste encore et toujours à la déprime générale... »

"Allez !", comme on dit trop souvent en télévision pour accélérer artificiellement le rythme d'une émission, allez, encore quelques textes pour vous donner le ton de l'ouvrage (Ils prendront place dans mes phrases très matinales ces jours prochains!):

« Les ennuis de mes amis sont mes ennuis »

« Rien ne sert de courir, surtout si c'est dans le mauvais sens... »

« S'il y a une autre vie après la vie, j'aimerais qu'on m'explique quel est l'intérêt de mourir ? »

Une dernière ?

« Si tu y réfléchis un peu, tu constateras que dans ta vie, tu auras passé plus de temps avec tes lunettes qu'avec tes enfants ! »

 

Ne ratez pas les ajouts quotidiens de l'Appli Le Chat sur iPhone !

 

Jacques MERCIER

 

Chacun son Chat, Philippe Geluck, 48 pp, 22,6X30,5 cm, Edition Casterman ou Geluck.com 11,50 ou 11,95 euros.

 

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09 10 17

Leçons de ténèbres

_hoex.jpgLe texte de présentation du dernier livre de Corinne Hoex, sans doute écrit par les éditions Le Cormier, nous explique mieux que je ne puis le faire la démarche, l'origine, le pourquoi de « Leçons de ténèbres ».

« Chaque poème respire, tient son propre souffle, inscrit sa solitude, celle d'une indivisible et humaine condition »

Ce qu'il faut savoir c'est que les « Leçons de ténèbres » appartiennent à l'histoire de la musique liturgique depuis la Renaissance et l'époque baroque. Avec ces textes, nous sommes proches et loin des musiques de Carlo Gesualdo. Chaque mouvement des cinq suites poétiques qui composent le livre inscrit notre conscience du monde en un éternel présent, consignant l'évocation de cette condition humaine qui aura traversé toutes les époques.

Je picore pour vous quelques extraits, en avouant que cela ne peut pas refléter l'ouvrage qui doit être reçu dans son ensemble.

« Elles sont féminines. Plurielles. Envahissantes. Somptueuses. Terribles.

Elles sont l'autre côté. La face noire de la lumièe. Sa souffrance. Son vertige. »

Ou plus loin :

« T'effacer. Te dissoudre.

Mon âme est triste.

Mon âme est triste.

Et cette voix en toi.

Cette voix qui grandit. »

Ou encore :

« Et vacillant

cette flamme

dans l'instant dérisoire.

Vacillant dans l'espace obscur

plus vide qu'une tombe. »

J'ajoute seulement le bonheur de savoir que Corinne Hoex occupe désormais le fauteuil de Françoise Mallet-Joris l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique.

 

Jacques MERCIER

 

Leçons de ténèbres, poèmes, Corinne Hoex, Le Cormier, (14 cmX21 cm), 70 pp. 16 euros.

 

 

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21 09 17

Petit Tom de ma vie

couv jacobs.jpgVoilà un livre extraordinaire et touchant. Il est conçu sous la forme d'un journal, de lettres écrites en temps réel par une maman à son petit garçon Tom. L'idée forte de l'auteure, Céline Jacobs, est de transmettre à son enfant sa mémoire, celle à laquelle il n'a pas accès, soit depuis le moment de la grossesse jusqu'à ses 4 ans. Nous avons tous rêvé de lire un tel document qu'on retrouverait dans les archives maternelles. Mais « Petit Tom de ma vie » est bien plus qu'un compte-rendu. L'auteure y livre une analyse psychologique et des pensées philosophiques pertinentes : sur la vie de couple, sur sa propre vie, sur la maladie, l'école et bien sûr sur le bouleversement d'une naissance. Plus tard, Tom pourra répondre à la question « Qui suis-je ? » puisque l'essentiel de notre existence est influencée par ces années-là !

Voici quelques exemples, presque pris au hasard, mais qui vous donneront le ton général du livre, d'une fort belle écriture au demeurant.

« Mardi 13 décembre 2011, 12h30

La nouvelle année arrive à grands pas. Et toi aussi. ! Voilà que je commence à te sentir bouger... C'est stupéfiant. Je ressens des sortes de « bulles » dans mon ventre quand tu remues, c'est plutôt agréable »

« En fait, tu as deux parents plutôt marginaux. Si tu devais ne retenir qu'une chose, sache que nous sommes deux jeunes adultes qui ont eu une enfance difficile pour différentes raisons. Cela nous a beaucoup fait souffrir. Mais aujourd'hui, on essaye de comprendre ce qui s'est passé pour apprendre qui on est et tâcher de retrouver un équilibre. »

Tom passe par de multiples désagréments, maladies, etc. Cela s'ajoute aux soucis des deux parents.

« Mercredi 26 mars 2014, 1h30

Mon petit bout, Tom, On va être obligé de t'opérer, après ton deuxième anniversaire. Sinon, ça deviendra encore plus grave. Plus on attend, plus ce sera difficile. Je suis désolée que tu doives traverser cette expérience. Ton papa et moi, nous sommes très attristés mais forcés d'agir « dès que possible ».

« Ton papa et moi, on prend du recul. Comme il le dit lui-même, de toute manière, il n'y a pas d'espace ici pour vivre bien à trois. C'est une maison pour toi et moi. Mais il est toujours là. Il m'aide à faire la vaisselle et les courses, très gentiment. On s'aime beaucoup. C'est sûr. Mais on se sent mieux ainsi. »

« Pour l'instant, tu apprends que c'est pas facile de s'exprimer et d'être contrarié mais je souhaite que tu intègres le plus tôt possible que c'est dans ton intérêt de comprendre la réalité. Ta réalité surtout, savoir qui tu es (c'est aussi pour cela que je t'écris ce livre) pour te connaître et ne pas te laisser piéger par des personnes qui pourraient abuser de ta crédulité ou de ta naïveté. Il est capital que tu aies confiance en toi pour cela. »

Et bien sûr, la vie extérieure, hors l'école et la maison, fait aussi irruption avec sa réalité.

« Mardi 22 mars 2016, 20h02

Catastrophe à Bruxelles ! Attentat-suicide à Zaventem et explosion dans le Métro à Maelbeek, au cœur de l'Europe... Est-ce qu'il va y en avoir d'autres ? »

Réellement il s'agit d'un livre touchant et qui fait réfléchir, qui rappelle nos propres souvenirs, nos existences d'enfant ou de parent. Céline Jacobs, qui a étudié le journalisme, écrit avec justesse. Elle-même a vécu la maladie, la souffrance, l'hospitalisation, elle connaît de l'intérieur ce monde qu'elle décrit.

 

Jacques MERCIER

 

Petit Tom de ma vie, Céline Jacobs, récit, Netbook 2017, 14,8cm/21 cm, 204 pp. 17 euros. www.editions-netbook.com

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19 09 17

Le talent d'Isabelle Wéry !

03_Fumer_des_Gitanes_HD_bord_noir.jpgLe talent d'Isabelle Wéry : celui de nous plonger efficacement et avec un tel bonheur dans l'histoire qu'elle nous raconte. C'est une voix qui nous berce, nous bouscule, nous charme et nous étonne. "Fumer des Gitanes" est le troisième numéro de la collection Opuscules, qui nous plaît dans sa diversité et sa régularité (sortie tous les vendredis), mais aussi par le format court et pourtant semblable à un roman. La quatrième de couverture est toujours une belle accroche, qui n'en dévoile pas trop, mais nous donne envie de poursuivre :

Imagine... Tu gardes le manoir de tes amis. Une baraque inouïe. Avec parc immense et piscine. C'est l'été flamboyant. Et ce soir, tu invites une femme, belle comme une italienne. Tu espères bien l'impressionner. Tu t'es ruiné en viande rouge maturée, en vins fous. Ce soir, tu le sens, tu emballes sec. Un paquet de Gitanes traîne dans le petit salon...

On y trouve de superbes pages sur la rencontre amoureuse, on s'en serait douté (lire ses textes pour le théâtre (La Mort du Cochon, Mademoiselle Ari Nue...) ou son second roman :  Marilyn Désossée (Editions Maelström) qui a été finaliste du Prix Victor Rossel et a reçu l'European Union Prize for Literature en 2013. 

J'adore aussi les détails vrais comme la mort de Simone Veil ou le passage de Julien Doré chez Ruquier. 

A savourer en attendant le métro, dans les encombrements ou dans son lit avant de s'endormir. Le plaisir est le même.

 

Jacques MERCIER

 

Fumer des gitanes, Isabelle Wéry, Edition Eric Lamiroy, collection Opsucules N°3, 36 pp, 10X14cm, Prix : 4€ ( + 1€ en envoi postal)www.lamiroy.net 

 

 

 

 

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13 09 17

L'intimité du romancier.

_janzyk.jpgUn homme tourmenté se réfugie dans la littérature. Avec Véronique Janzyk nous sommes dans son intimité. « J'ai senti battre notre cœur » est le titre évident de ce superbe roman. Rarement, on peut se glisser ainsi dans les rouages de l'âme humaine, de ses passions, de ses doutes. Véronique le fait dans un superbe style et par le biais étonnant, entre autres, de la marche. « La marche, c'est comme l'écriture, dis-tu. La respiration du marcheur, c'est sa musique et ses enjambées son style. » et « Ni dans la marche ni dans l'écriture il n'est possible de tricher. Personne ne peut marcher à la place d'un autre. Personne ne peut écrire le livre d'un autre. » et « Nous avons fait à deux ce qui d'habitude se fait seul : marcher, lire et écrire. »

Le style de l'écrivain, c'est la manière dont il tourne les phrases. Son ton, c'est son souffle.Déjà la rencontre est insolite et belle : « Je t'ai rencontré sous un ciel étoilé. Une reconstitution du ciel, dans un musée. »

Mais bien d'autres citations sont à pécher dans le livre. En voici quelques-unes :

« Écrire, c'est cadrer. Tu cadres la réalité. Une partie de la réalité devient ta réalité. »

« Les bleus d'enfance ne s'effacent pas. Il y a dedans assez d'encre pour écrire toute une vie. »

« Peut-être n'est-ce pas tant la géographie que le trajet qui rend aux êtres leur place. »

Il y a aussi un chien : « Parfois, il y a une voix pour la faire revenir. Ma voix comme une laisse. » Magnifique !

 

P.S : Le livre sort le 4 octobre. www.onlit.net 

 

Jacques MERCIER

 

J'ai senti battre notre cœur, roman, Véronique Janzyk, 112 pp, 12X19cm, Onlit Édition 2017, 12 euros.

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10 09 17

L'amour en poésie

_colmant.jpgCe n'est pas la première fois que j'attire votre attention sur le talent du poète Philippe Colmant, poète doublé d'un excellent photographe. « Nés du fleuve embrasé » se divise en quatre parties : le fleuve confident, messager, embrasé et sublimé. Le poème doit se savourer chacun pour soi ; c'est une infusion. Mais pour vous donner une idée de l'ouvrage, voici un court extrait.

 

C'est comme un paradis

Où poussent des récifs,

Etranges stèles noires.

C'est une crique calme

Où la mer se repose

Après avoir servi.

 

J'y allais le matin

Avec les veuves mortes

Pour écouter le chant

De lointaines sirènes

Et ramasser les corps

Des rêves immergés

Rejetés par la vague.

 

Il s'agit toujours d'amour et dans sa préface, Thierry Dekock écrit : « Ouvrir les yeux le matin et pouvoir dire « j'aime et je suis aimé », c'est vivre un rêve éveillé. » La poésie raconte aussi les rêves.

 

Jacques MERCIER

 

« Nés du fleuve embrasé », Philippe Colmant, poèmes, Editions Demdel, 16cm/24 cm, 138 pp, 12 euros.

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07 09 17

Opuscule : une idée géniale !

opuscule_1.jpgOpuscule_2_-_HD_-_Thierry_Coljon_-_TCJ_N_EXISTE_PAS_-_bord_noir.jpgQuelle excellente idée que cette collection « Opuscule » ! Un petit format carte postale, à peine 50 pages et une parution hebdomadaire... Elle vient de commencer en septembre et j'ai donc pu lire les deux premiers numéros (avant de m'y retrouver moi-même!).

Ce qui frappe c'est la facilité avec laquelle nous entrons dans un univers : on est happé par le format, la tension nécessaire à la création d'un tel court texte (un petit roman, une grande nouvelle?) et la diversité des thèmes.

Eric Neirynck avec « L'apostrophe Bukowski » se sert de ce passage légendaire en 1978 de cet auteur ivre-mort chez Bernard Pivot. C'est vivant, plein de dialogues savoureux, avec des documents d'époque... Quant au style, il ne m'étonne pas que l'auteur ait consacré un livre à Louis-Ferdinand Céline !

Thierry Coljon avec « TJC n'existe pas » c'est autre chose. Ce journaliste musical du Soir avait tout en mains pour imaginer un succès international « à la Daft Punk » d'un artiste belge, donc anonyme. Qui s'y cache ? On est avec le narrateur dans les coulisses du show-biz. « Cette histoire, je l'ai d'abord rêvée » explique Thierry Et puis, au fil du temps je l'ai brodée pour le seul plaisir de m'amuser » J'ajoute : et pour notre plus grand plaisir ! J'attends avec impatience la sortie du suivant, le N°3 : « Fumer des gitanes » écrit par Isabelle Wéry !

 

Jacques MERCIER

 

L'apostrophe Bukowski – Eric Neirinck, Édition Lamiroy, collection Opuscule N°1 – 44 pp, 10cm/14cm. 4 euros www.lamiroy.net

TCJ n'existe pas – Thierry Coljon, Édition Lamiroy, collection Opuscule N°2 – 40 pp, 10 cm/14 cm. 4 euros www.lamiroy.net

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23 08 17

Frappe-toi le coeur !

couve ntohtomb.jpgAmélie Nothomb a le chic pour trouver le beau titre insolite. Cette fois, il s'agit de la phrase d'Alfred de Musset : « Frappe-toi le coeur, c'est là qu'est le génie ». Comme depuis le tout premier ouvrage de l'écrivaine, j'ai adoré !

Dès le début, après quelques lignes, cette incroyable attirance dans l'histoire, le livre, les phrases. On est hyptonisés par le récit, la curiosité titillée.Vous trouverez des analyses fouillées du futur nouveau succès un peu partout, je vous distille donc ici quelques phrases qui m'ont frappé.

Vous le savez, Amélie a toujours adoré la recherche de prénoms incroyables pour ses personnages. Alors, cette fois, elle prend le contrepied pour nous surprendre :

« Marie aimait son prénom. Moins banal qu'on ne le croyait, il la comblait. Quand elle disait qu'elle s'appelait Marie, cela produisait son effet. « Marie », répétait-on, charmé. »

Et puis ceci, toujours à propos des noms :

« C'est mon vrai nom. Mes parents s'appellent Monsieur et Madame Deux. Et comme ils ne manquent pas d'humour, ils m'ont baptisée Elisabeth. » 

Quelques courts moments :

« Quel plaisir d'être cent fois respirée, mille fois convoitée, jamais butinée ! »

« Elle était si heureuse qu'elle se croyait amoureuse. »

« Tous les enfants prient sans forcément savoir à qui s'adresser. »

« Je ne suis pas cultivée, vous savez. Mais j'ai toujours aimé lire. »

« Elle travailla tellement que le temps ne contenait plus de pulpe. »

« Chaque jour était le trognon d'un jour et ce n'était pas elle qui en croquait la chair. »

Le talent d'Amélie est aussi d'allier la belle écriture au monde actuel, comme dans ce passage :

« A l'âge où les filles trouvent trop cool d'arriver en classe avec un jean troué et une chemise de bûcheron, elle portait les tenues strictes des danseuses classiques à la ville.

-Tu es limite chiante, lui dit Karine qui se considérait comme son amie la plus lucide.

-Pourquoi limite ? Fut l'éclairante réponse de Diane. »

C'est aussi un récit d'amour et d'amitié, qui m'a parfois fait songer au trouble que j'avais ressenti, adolescent, à la lecture du « Rempart des béguines » d'une autre Belge, Françoise Mallet-Joris.

 

Jacques MERCIER

 

« Frappe-toi le coeur », Amélie Nothomb, Albin Michel, 180 pp, 20X1,8X13,5 cm, 16,90 euros, parution Parution le 24 août 2017

05 08 17

« J'ai dit bizarre… Comme c'est bizarre ! » (Jacques Prévert, dialogue dans Drôle de drame)

Hôtel meublé.jpgGérald Bertot alias Thomas Owen est né le 22 juillet 1910 à Louvain et il est mort le 2 mars 2002 à Bruxelles.
 
Ses études de droit terminées en 1933, il est engagé dans une meunerie, le Moulin des Trois Fontaines à Vilvorde, dont il sera le directeur pendant quarante-trois ans. Il sera également président général des Meuneries belges, puis du Groupement des Associations meunières de la CEE.
 
Parallèlement, attiré par le surréalisme, il devient critique d'art pour La Libre Belgique et L'Écho sous le pseudonyme de Stéphane Rey.
 
Mobilisé en 1939, il échappe à la déportation qui suit la capitulation de l’armée belge.
 
Sa rencontre avec Stanislas-André Steeman servira alors de déclencheur à sa carrière d'écrivain. L’auteur de L’assassin habite au 21 (1939) l'encourage à écrire des romans policiers, genre peu disponible à l'époque.
 
De 1941 à 1943, Thomas Owen publiera plusieurs nouvelles et romans policiers, caractérisés par « un humour assez féroce », qui attirèrent sur lui l'attention de la critique.
 
Il se tourna ensuite vers la littérature fantastique, en faisant paraître Les Chemins étranges en 1943. C'est de ce genre particulier, romans, contes et récits d'épouvante, que lui viendra la reconnaissance du grand public. Ses nouvelles fantastiques plongent le lecteur dans un univers en perpétuelle collision avec l'horreur et l'irrationnel (1).
 
Il est élu membre de l’Académie royale de langue et littérature françaises de Belgique en 1975, au fauteuil 28 dans lequel il succéda à Constant Burniaux (2) et qui est aujourd’hui celui de Jean-Baptiste Baronian.
 
C’est aussi en 1943 que Thomas Owen rédigea Hôtel meublé, un curieux polar qu’ont ressorti les Impressions nouvelles à Bruxelles, dans la fameuse collection « Espace Nord ».
 
En voici le pitch, fourni par l’éditeur :
 
« Un crime a été commis : Oswald Stricker, vieil expert et usurier, détenteur d’une fortune secrète, est retrouvé mort dans son appartement. L’inspecteur Maudru est chargé de cette curieuse affaire. Il sera très vite secondé par Madame Aurélia, détective amateur, qui va s’installer dans le logement du défunt pour mener l’enquête au plus près des locataires – aussi morbides que saugrenus, vivant dans la misère et prêts à tout pour s’enrichir. Un huis clos fantastico-macabre aux allures de Cluedo. »
 
Ajoutons que le titre lui-même relève de l’étrange, dans la mesure où l’intrigue de ce roman ironique se passe dans une maison qui n’est pas un hôtel meublé, mais qui pourrait l’être, non pas pour des raisons immobilières, mais parce que les personnages pour le moins pittoresques et inquiétants qui l’habitent semblent plus passagers que stables…
 
Un texte tout ce qu’il y a de décapant !
 
Bernard DELCORD
 
Hôtel meublé par Thomas Owen, postface de Rossano Rosi, Bruxelles, Les Impressions nouvelles, collection « Espace Nord », novembre 2016, 237 pp. en noir et blanc au format 12 x 18,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 9,00 €

(1) Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Thomas_Owen
 
(2) 1892-1975, à qui l’on doit un intéressant Crânes tondus (1930).

29 07 17

« J'avance dans l'hiver à force de printemps. » (Charles-Joseph de Ligne, Almanach de Bruxelles)

Aux Armes de Bruxelles.jpgSplendide ode pérégrine sous la plume inspirée d’un grand styliste doublé d’un dandy des idées et des lettres, une version revue et augmentée d’Aux Armes de Bruxelles par Christopher Gérard (1) est sortie ces jours-ci à Paris, aux Éditions Pierre-Guillaume de Roux, un événement considérable pointé fort justement par Jacques De Decker, secrétaire perpétuel de l’Académie royale de langue et de littérature française de Belgique, dans la préface qu’il lui a donnée.
 
À l’enseigne d’une maison de bouche vénérable de la capitale des Belges et de l’Europe, ce texte d’amour pour une femme mystérieuse, Louise (forcément !), et pour une ville qui ne l’est pas moins tant ses beautés se font discrètes, guide le lecteur dans un parcours initiatique dont les étapes, commentées par un cicérone enthousiaste, lucide et averti, sont des églises, une mosquée, des musées, des parcs, des monuments, des restaurants, des maisons de thé, des boutiques d’antiquaires ou de jouets, des librairies, des personnages célèbres (notamment Bruegel, Charles Quint, Voltaire, Baudelaire, Khnopff, Horta, Claudel, Ensor, Ghelderode, Yourcenar, le capitaine Haddock…) et bien d’autres choses encore.
 
Une réussite absolue qui n’est pas sans rappeler Les Horreurs de l’amour du regretté Jean Dutourd qui aurait sûrement jubilé à sa lecture !
 
Bernard DELCORD
 
Aux Armes de Bruxelles par Christopher Gérard, nouvelle édition revue et augmentée, préface de Jacques De Decker, Paris, Éditions Pierre-Guillaume de Roux, juillet 2017, 288 pp. en noir et blanc au format 12,3 x 19,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 21,90 € (prix France)
 
 
(1) La version princeps avait paru à Lausanne en 2009, aux Éditions L’Âge d’Homme, dans la collection « La Petite Belgique » dirigée par Jean-Baptiste Baronian.

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