28 03 18

Visions stupéfiantes

9782226402103-j.jpgComment échapper au carcan de son époque sans être taxé de fou? 

C'est mission quasiment impossible: le docteur Otto Gross (1877-1920) , psychanalyste, neurologue, disciple, un temps, de Freud, intime, un autre temps, de  Jung, paiera de séjours en asiles d'aliénés ses visions "anarchistes" de la société alliées à une consommation de stupéfiants.

Brimé d'un père omnipotent, le criminaliste autrichien Hans Gross,  le jeune homme va tenter, sa vie durant, de conquérir un espace de liberté, exprimant des visions avant-gardistes, tant en matière de sexualité, d'érotisme, qu'alimentaires - il est végétarien -  sociétales -  la colonie suisse Monte Verità annonce le mouvement hippie - féministes,  culturelles - il influence le dadaïsme berlinois - qu'éthiques: aidant Lotte Hatemmer et Sophie Benz à se suicider, Otto Gross  prône déjà une certaine forme d'euthanasie.

Face à cet être explosif, impossible à résumer, Marie-Laure de Cazotte a choisi d'en tracer le portrait intime, saisi  de l'intérieur, enrobant les faits biographiques avérés de sa compréhension fascinée de l'âme d'Otto Gross . Car c'est bien d'âme qu'il s'agit pour un être qui a passé sa vie, à pénétrer celle des autres. Ce faisant, la lauréate du Prix Horizon 2016 ( A l'ombre des vainqueurs, Ed. Albin Michel, 2014- billet de faveur en vitrine du blog) réhabilite le génie d'un homme souvent réduit à son image d'anarchiste et de toxicomane.

Une lecture..fascinante

Mon nom est Otto Gross, Marie-Laure de Cazotte, roman, Ed Albin Michel, mars 2018, 348 pp

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17 03 18

Une valise d'Amour

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J'ai ouvert une vieille valise à laquelle je n'avais pas touché depuis plus de cinquante ans. Je l'avais bouclée en déménageant ici rue des Saints-Pères avec Joris, en me promettant sûrement de faire le tri, ce que je n'ai jamais fait. " 

Frappée d'une brusque cécité,  puis de la récupération d'une - faible - partie de sa vision, l'époustouflante nonagénaire ouvre la valise de son passé.  Un passé marqué, à quinze ans,  par sa déportation aux camps d'Auschwitz-Birkenau, Bergen-Belsen et Theresienstadt,  d'où elle sera libérée le 10 mai 1945. 

Nous avions découvert, avec émotion, la lettre qu'elle adressait à son père, Et tu n'es pas revenu,  déjà aidée,  en sa relation  des faits, par la merveilleuse Judith Perrignon (Ed Grasset, 2015 - voir chronique sur ce blog) qui n'ayant " pris que ses mots a permis à [ses] amis de [la] retrouver" s'émerveille Marceline Loridan-Ivens, lors d'une interview radiophonique diffusée le 10 février passé (nous n'avons pas noté la chaîne ni le nom de son interlocuteur et le prions de nous en excuser) 

L'amie de Simone Veil - elle fit  partie du même convoi - visite à notre intention cette valise d'Amour, y découvrant lettres et  quelques pans de son passé qu'elle avait totalement oubliés.

 " C'est là que surgit l'amour, puisqu'il faut bien qu'on en parle, là que commence le ballet des hommes qui a chassé le nom de mon père de mon état civil"

Née Rozenberg, le 19 mars 1928, Marceline cherche -sans doute - dans le regard des hommes qu'elle côtoie, à son retour des camps, 'la certitude d'être vivante".  Elle épouse "très vite, trop vite"  Francis Loridan, un ingénieur de (re) constructions  mais ce mariage d'huile et de feu se réduit à une relation à dominante épistolaire - on songe à celui d'Alexandra David-Néel - dont elle garde le patronyme avant de rencontrer l'homme de sa vie, Joris Ivens, de 30 ans son aîné, celui avec qui "tout s'est mis en place naturellement."

Réduite à un simple matricule par la cruauté nazie et les dégradations corollaires, la jeune fille en conserve un rapport  perverti à son corps, à la sexualité, à l'amour.  Il la  sépare irrémédiablement de ceux qui n'ont pas vécu cette expérience.Elle ne trouvera jamais la paix car elle aura "toujours un camp dans sa tête" (ITW 10 février) 

Soucieuse que son récit perdure au-delà de sa vie, en un monde qui n'a fait que semblant de tirer les leçons de l'holocaute, Marceline Loridan-Ivens nous offre un témoignage inestimable, frappé de sobriété, de phrases courtes, de sentences fortes, percutantes.

Une sur-vie riche de vérité, de transmission, d'émotion.

Une lecture absolument recommandée

Apolline Elter 

L'amour après, Marceline Loridan-Ivens, avec Judith Perrignon, récit, Ed. Grasset, janvier 2018, 160 p

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04 03 18

« Nous parlions d'amour de peur de nous parler d'autre chose. » (Benjamin Constant)

Benjamin Constant (1767-1830) – Les égarements du cœur et les chemins de la pensée .jpgProfesseur honoraire du département de langues et littératures romanes (Université de Liège) spécialisé en littérature française des XVIIe et XVIIIe siècles et grand connaisseur de l’œuvre de l’écrivain vaudois Benjamin Constant, Paul Delbouille (°1933) est l’auteur, aux Éditions Slatkine à Genève, d’un impressionnant – et passionnant – essai intitulé Benjamin Constant (1767-1830) – Les égarements du cœur et les chemins de la pensée, la première biographie en français depuis trente ans consacrée à l'auteur des Principes de politique, (1806) et d'Adolphe (1816) [1], et ce, dans le cadre de l'édition en cours des Œuvres complètes de Benjamin Constant, une entreprise scientifique internationale dont l’enseignant liégeois est l'un des principaux artisans.

Écoutons-le :

« Pionnier du libéralisme politique, précurseur de l'écriture intime et du roman psychologique, théoricien du sentiment religieux, penseur de la modernité, Benjamin Constant est aujourd'hui considéré comme une figure majeure de l'histoire intellectuelle du tournant des XVIIIe et XIXe siècles.

Né à Lausanne en 1767 dans une famille d'origine huguenote, il n'a cessé par la suite de sillonner l'Europe, en privilégiant l'Allemagne, où il a mené de vastes recherches érudites, et la France, où il s'est illustré dans le domaine de l'action politique en tant que membre du Tribunat sous le Consulat et membre de la Chambre des députés sous la Restauration.

Chef de file de l'opposition libérale, il a exercé une influence significative dans la vie parlementaire et médiatique. À sa mort en décembre 1830, la population parisienne lui a offert des funérailles triomphales.

Cette trajectoire singulière – entre Lumières, Révolution, Empire et Restauration – n'a manqué ni de rebondissements ni de zones d'ombre, d'autant que plusieurs aventures sentimentales mouvementées sont venues se mêler à la carrière politique et littéraire de Benjamin Constant, à l'image de sa célèbre liaison avec Germaine de Staël. »

Assise sur une base documentaire nouvelle, cette biographie fournit le récit détaillé d'une destinée passionnante et constitue pour les chercheurs un instrument de travail de première importance.

Bernard DELCORD

Benjamin Constant (1767-1830) – Les égarements du cœur et les chemins de la pensée par Maurice Delbouille, Genève, Éditions Slatkine, août 2015, 743 pp. en noir et blanc + 16 pp en quadrichromie au format 15 x 22 cm sous couverture brochée en couleurs, 55 € (prix France)

 

[1] Adolphe raconte l'inexorable décomposition d'une relation amoureuse. Après avoir séduit Ellénore par vanité plus que par amour, Adolphe ne parvient ni à rompre ni à aimer. Son indécision, entre sincérité et mauvaise foi, ainsi qu’une sorte de sadisme mêlé de compassion, précipiteront la course à l’abîme de ce couple fatal. Échappé comme par mégarde de la plume de Constant pour se divertir de ses déboires sentimentaux avec Charlotte de Hardenberg et Madame de Staël (c'est une certaine conception de la genèse du texte), Adolphe est un chef d’œuvre du roman d’analyse : une « histoire assez vraie de la misère du cœur humain ».

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Adolphe_(roman)

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10 02 18

Le « Goebbels français »

Philippe Henriot – La résistible ascension d'un provocateur.jpgAgrégé d'histoire, docteur et HDR de l'Institut d'études politiques de Paris, Christian Delporte (°1958) est un historien français spécialiste d’histoire politique et culturelle de la France du XXsiècle, notamment de l’histoire des médias, de l’image et de la communication politique. Il fut l'élève de René Rémond et de Serge Berstein, est professeur à l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines et dirige la revue Le Temps des médias.

On lui doit, parue récemment chez Flammarion à Paris, une biographie fortement charpentée intitulée Philippe Henriot – La résistible ascension d'un provocateur dans laquelle il revient sur la « carrière » du très brillant – et en cela très dangereux – thuriféraire du nazisme en France sous la botte hitlérienne.

S'appuyant sur des archives inédites, notamment celles des Renseignement généraux, Christian Delporte retrace le parcours et décrit la personnalité du troisième homme fort de Vichy, député catholique de la 4circonscription de Bordeaux en 1932, réélu en 1936, député jusqu'en 1940 et pourtant antiparlementaire, antisémite viscéral, comploteur contre la République en février 1934, membre du comité directeur de l'Union antimaçonnique de France en 1935, antiallemand devenu pro-hitlérien à partir du 22 juin 1941, quand l'Allemagne envahit l'URSS, éditorialiste de Radio-Vichy de février 1942 à décembre 1943, tribun de Radio-Paris (on l’appelait « l'homme à la voix d'or ») à partir de cette date [1], membre de la Milice française en mars 1943, secrétaire d'État à l'Information et à la Propagande du gouvernement Laval en janvier 1944, un ultra parmi les ultras qui paradoxalement se rêvait poète ou écrivain, admirait Flaubert et Anatole France, et chassait les papillons qu'il collectionnait avec passion...

Philippe Henriot (7 janvier 1889 – 28 juin 1944), surnommé le « Goebbels français » par les dignitaires nazis, est finalement tombé à Paris sous le balles d’un commando du COMAC, le Comité d'action militaire dépendant du Comité central des mouvements de Résistance.

Au passage, Christian Delporte répond avec subtilité dans son ouvrage à des questions comme : comment devient-on Philippe Henriot ? Comment le catholicisme français peut-il parfois nourrir de tels dévoiements, qui conduisent à la trahison même de son pays ?

Des péchés mortels sans absolution possible…

Bernard DELCORD

Philippe Henriot – La résistible ascension d'un provocateur par Christian Delporte, Paris, Éditions Flammarion, collection « Grandes biographies », janvier 2018, 415 pp. en noir et blanc au format 15,2 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 25 € (prix France)

[1] Sur les ondes de Radio-Londres, c’est l’humoriste Pierre Dac qui lui donnait la réplique, avec l’immense talent qu’on lui connaît.

09 02 18

Le roi Jean...

De Lattre par Ivan Cadeau.jpgOfficier au Service historique de la Défense et docteur en histoire, Ivan Cadeau est également rédacteur en chef adjoint de la Revue historique des armées. Auteur de plusieurs ouvrages, il a publié en 2013, chez Perrin à Paris, La Guerre de Corée 1950-1953.

Dans la même maison, il a fait paraître ensuite De Lattre, une biographie lumineuse particulièrement passionnante du général d'armée et maréchal de France à titre posthume Jean de Lattre de Tassigny (1889-1952).

Jeune dragon arrivé quatrième en 1908 au concours d’entrée à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr-l’École, ce brillantissime officier supérieur reçut des funérailles nationales en janvier 1952 après une carrière militaire exceptionnelle.

Qu’on en juge :

– Blessé cinq fois, il a terminé la Première Guerre mondiale avec huit citations, la Légion d'honneur et la Military Cross.

– en 1925-26, il a participé à la guerre du Rif au Maroc, où il fut à nouveau blessé.

– Au début de la Seconde Guerre mondiale, plus jeune général de France, à la tête de sa division lors de la bataille de France, il tient tête aux Allemands à la bataille de Rethel, en Champagne et sur la Loire jusqu’au 22 juin 1940.

– Commandant de la 16e division militaire à Montpellier, lorsque la zone libre est envahie par les troupes allemandes, à la suite du débarquement des Alliés en Afrique du Nord, le 11 novembre 1942, il est arrêté et condamné à dix ans de prison pour avoir donné l’ordre à ses troupes de résister par les armes aux troupes du IIIReich. Il parvient ensuite à s'évader et rallie la France libre.

– À la tête de la 1re armée française débarquée en Normandie en juin 1944, il mène la campagne victorieuse, dite « Rhin et Danube » et il est le seul général français de la Seconde Guerre mondiale à avoir commandé de grandes unités américaines.

– Il a représenté la France à la signature de la capitulation allemande à Berlin, le 8 mai 1945, aux côtés d'Eisenhower, Joukov et Montgomery.

– Commandant en chef des forces françaises en Allemagne en 1945, puis inspecteur général de l'Armée de terre et chef d’État-Major général de la Défense nationale en 1947, il devient vice-président du Conseil supérieur de la guerre.

– De 1948 à 1950 auprès du maréchal Montgomery, il est le premier commandant en chef des Forces terrestres de l’Europe occidentale.

– Fin 1950, il est envoyé redresser la situation sur le front de la guerre d'Indochine, et cumule alors les postes de haut-commissaire en Indochine et de commandant en chef du corps expéditionnaire. Il remporte en 1951 plusieurs victoires importantes contre le Việt Minh, mais, très affecté par la mort de son fils Bernard (tué au combat à Ninh Binh, le 30 mai 1951) et atteint d’un cancer de la hanche, il doit quitter l'Indochine dès la fin de l'année pour se faire soigner en France où il décédera peu de temps après. [1]

« Quant à la personnalité du maréchal de Lattre, écrit Ivan Cadeau, elle continue bien après sa mort à susciter les plus vifs commentaires, les uns mettant en avant ses atouts – animateur hors pair, travailleur infatigable –, les autres préférant relever ses défauts – ses colères, sa vindicte, son goût du faste. »

Un peu comme George Patton…

Bernard DELCORD

De Lattre par Ivan Cadeau, Paris, Éditions Perrin, novembre 2017, 325 pp. en noir et blanc au format 14 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 22 € (prix France)

[1] Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_de_Lattre_de_Tassigny

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03 02 18

« À l'œuvre, on connaît l'ouvrier. » (Aristophane)

Claude Debussy .jpgPianiste virtuose et producteur de radio depuis 2005 (des émissions Notes du traducteur puis Portraits de famille sur France Musique), Philippe Cassard (°1962) a consacré une part importante de ses activités à Claude Debussy (1862-1918). Il interprète régulièrement l'intégrale de la musique pour piano de ce musicien d’avant-garde à son époque [1], qu'il a enregistrée pour Virgin's Classics et Decca [2]. Parallèlement à sa carrière pianistique, il a publié un essai sur Franz Schubert chez Actes Sud en 2008 et un livre d'entretiens sur le cinéma et la musique, Deux temps trois mouvements chez Capricci en 2012.

Il revient cette année chez Actes Sud avec un Claude Debussy particulièrement intéressant dans la mesure où, en plus de données biographiques et d’analyses de l’œuvre de l’auteur du Prélude à l’après-midi d’un faune (symphonie sous-titrée Églogue pour orchestre d'après Stéphane Mallarmé, 1894), de Pelléas et Mélisande (opéra en cinq actes d’après l’œuvre éponyme de l’écrivain belge Maurice Maeterlinck, 1902) et de La Mer (trois esquisses symphoniques pour orchestre, 1905), il donne à connaître en de courts chapitres le point de vue de l’interprète particulièrement en phase avec les nombreuses pièces pianistiques qu’il exécute.

Un concert magnifique !

À l'instar de tous les volumes de la collection « Classica », cette biographie intimiste est en outre enrichie d'un double index, de repères bibliographiques et d'une discographie.

Bernard DELCORD

Claude Debussy par Philippe Cassard, Arles, Actes Sud, collection « Classica », janvier 2018, 152 pp. en noir et blanc au format 10 x 19 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 16,50 € (prix France)

Œuvres principales de Claude Debussy :

Œuvres pour piano

1888-1889 : Petite Suite, pour piano à 4 mains

1888-1891 : Arabesques

1890-1905 : Suite bergamasque

1903 : Estampes

1904 : Masques

1904 : L’Isle joyeuse

1904 : Images - Livre I

1906-1908 : Children’s Corner

1907 : Images - Livre II

1909-1912 : Préludes

1914-1915 : Six épigraphes antiques, pour piano à 4 mains

1915 : En blanc et noir, pour 2 pianos à 4 mains

1915 : Études

Musique de chambre

1893 : Quatuor à cordes en sol mineur

1913 : Syrinx, pour flûte

1915 : Sonate pour violoncelle et piano

1915 : Sonate pour flûte, alto et harpe

1916-1917 : Sonate pour violon et piano

Œuvres symphoniques

1892-1894 : Prélude à l’après-midi d’un faune

1897-1899 : Nocturnes

1903-1905 : La Mer

1905-1912 : Images pour orchestre

Musique de ballet

1912 : Jeux

1913 : La Boîte à joujoux

Œuvres lyriques

1884 : L’Enfant prodigue, cantate sacrée sur un livret d’Édouard Guinand

1888 : La Damoiselle élue, cantate sur un livret de Dante Gabriel Rossetti (orchestrée en 1902).

1893-1902 : Pelléas et Mélisande, drame lyrique en cinq actes sur un livret de Maurice Maeterlinck

1908-1916 : La Chute de la maison Ushern 4, 34, 35 et Le Diable dans le beffroi, deux opéras (inachevés) en un acte, d’après Edgar Allan Poe traduit par Charles Baudelaire

1911 : Le Martyre de saint Sébastien, mystère en cinq actes sur un livret de Gabriele D’Annunzio

Mélodies

1888 : Ariettes oubliées d’après Verlaine

1887-1889 : Cinq poèmes de Charles Baudelaire

1891 : Fêtes galantes (premier recueil) d’après Verlaine

1891 : Trois mélodies d’après Verlaine

1897-1899 : Trois chansons de Bilitis d’après Pierre Louÿs

1904 : Fêtes galantes (second recueil) d’après Verlaine

1904 : Trois chansons de France d’après Charles d’Orléans et Tristan L’Hermite

1909 : Trois chansons de Charles d’Orléans

1904-1910 : Le Promenoir des deux amants d’après Tristan L’Hermite

1910-1911 : Trois ballades de François Villon

1913 : Trois poèmes de Stéphane Mallarmé

[1] Le nom de Philippe Cassard est étroitement lié à Debussy, dont il a enregistré une intégrale en 1994, et qu'il a jouée en une journée et quatre concerts à Besançon, Paris, Marseille, Angoulême, Londres, Dublin, Sydney, Tokyo, Lisbonne, Vancouver et Singapour. Il a aussi interprété en une journée l’intégrale pour piano solo à la Philharmonie de Liège en 2012.

[2] Debussy : Œuvres pour piano à 4 mains et 2 pianos (Prélude à l'après-midi d'un faune, Petite suite, En blanc et noir, Lindaraja, Première Suite pour orchestre), avec François Chaplin (Decca, 2012). On lui doit aussi Debussy : Mélodies avec Natalie Dessay, soprano (Virgin's Classics, 2012), Debussy (Toccata, Jardins sous la pluie) et Debussy : Préludes (livres 1 et 2), Images (livres 1 et 2), Estampes, Images oubliées, L'Isle Joyeuse (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_Cassard)

25 01 18

Madeleines proustiennes d'une enfance soviétique

Le déjeuner de Pâques était l'un des cinq grands festins familiaux de l'année (les déjeuners du samedi et les thés vespéraux avec les amis qui débarquaient chez nous parce qu'ils avaient vu de la lumière, ne comptaient pas) et occupait la première place pour les efforts déployés.

Les préparatifs commençaient un an à l'avance, parce qu'il fallait dénicher les denrées indispensables.

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S'il est coutume d'associer le régime communiste, qui sévit dans l'ex-Union soviétique , à son cortège de privations, de frustrations, il est moyen aussi de le  considérer sous un autre angle et par le prisme d'une petite fille, gourmande, qui s"éveille à la vie et la la tendresse d'une famille aimante.

La fillette qu'est l'auteur, dans les années soixante,  s'extasie des merveilles d'inventivité de son entourage et des spécialités quotidiennes, saisonnières et festives qui évoquent à son palais tant de madeleines proustiennes .

Vif, joyeux et frais, le récit est doté d'un carnet de recettes et d'un précieux glossaire

Souvenirs culinaires d'une enfance heureuse, Alice Danchokh, récit traduit du russe par Anne Coldefy-Foucard,  Ed. du Rocher,  janvier 2018, 220 pp

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Biographies, Cuisine | Commentaires (0) |  Facebook | |

21 01 18

« Waterzooie ! Waterzooie ! Waterzooie ! Morne plat ! » (René Goscinny in Astérix chez les Belges)

Goscinny – Faire rire, quel métier.jpgAux visiteurs de l’exposition intitulée René Goscinny. Au-delà du rire qui se tient jusqu’au 4 mars 2018 au Musée d’art et d’histoire du judaïsme à Paris, nous conseillons vivement la lecture du petit ouvrage d’Aymar du Chatenet et de Caroline Guillot plaisamment intitulé Goscinny – Faire rire, quel métier ! paru dans la collection « Découvertes Gallimard » en 2009 et qui n’a pas pris une ride.

Les auteurs y retracent, appuyée par 150 documents iconographiques, la vie (1926-1977) et la carrière prolifique, multiforme et pleine d’humour du génial scénariste d'Astérix, de Lucky Luke, du Petit Nicolas, d'Iznogoud, de Modeste et Pompon, d’Oumpah Pah le Peau-Rouge ou encore des « Dingodossiers » [1] qui a su s'associer aux plus grands dessinateurs (Sempé, Uderzo, Morris, Franquin, Tabary...) et qui, par son action à la direction du légendaire magazine Pilote, a mis le pied à l’étrier le pied de nombreuses grosses pointures de la bande dessinée française (Bilal, Bretécher, Cabu, Druillet, Fred, Giraud, Gotlib, Mézières, Reiser…)

Un véritable bain de Jouvence !

Bernard DELCORD

Goscinny – Faire rire, quel métier ! par Aymar du Chatenet et Caroline Guillot, Paris, Éditions Gallimard, collection « Découvertes Gallimard », octobre 2009, 128 pp. en quadrichromie au format 12,5 x 17,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 15,70 € (prix France)

Informations pratiques :

À l’occasion de la commémoration des quarante ans de la disparition de René Goscinny, le mahJ, en partenariat avec l’Institut René Goscinny, présente la première rétrospective consacrée au co-créateur d’Astérix et du Petit Nicolas. L'exposition rassemble plus de 200 œuvres, dont des planches et scénarios originaux, et de nombreux documents inédits issus des archives Goscinny.

Adresse :

Musée d’art et d’histoire du judaïsme

Hôtel de Saint-Aignan

71, rue du Temple

75003 Paris

Tél. 00 33 1 53 01 86 60

Horaires :

Du mardi au vendredi de 11 h à 18 h

Samedi et dimanche de 10 h à 18 h

Les caisses ferment 45 minutes avant la fermeture du musée

Prix :

Plein tarif : 8 €

Tarif réduit : 5 € (18-25 ans, familles nombreuses, Amis du Louvre)

Exposition « Goscinny et le cinéma, Astérix, Lucky Luke et Cie », à la Cinémathèque française : demi-tarif (soit 5,50 €) sur présentation du billet d’entrée à l’exposition « René Goscinny. Au-delà du rire », et gratuité pour les moins de 18 ans.

L’exposition est accessible aux personnes à handicap moteur ou à mobilité réduite

[1] Il est aussi le scénariste du film-culte Le Viager réalisé par Pierre Tchernia et dont le rôle principal est joué par Michel Serrault (1972).

21 01 18

« Il y a toujours un moment dans leur vie où les gens s'aperçoivent qu'ils m'adorent. » (Salvador Dali)

Une vie de Gala.jpgLauréate du prix Interallié pour Malika (Éditions du Mercure de France) en 1992, du prix Méditerranée pour Gala (Éditions Flammarion) en 1994 et du Prix Renaudot en 1998 pour Le Manuscrit de Port-Ébène, (Éditions Grasset), l’écrivaine Dominique Bona (°1953) est depuis 2013 membre de l'Académie française où elle occupe le fauteuil 33 à la suite de Michel Mohrt (1914-2011).

Reprenant, cette fois sous le titre Une vie de Gala, son ouvrage biographique de 1994, les Éditions Flammarion en ont fait un beau livre remarquable, magnifiquement illustré – la version princeps ne l’était pas – et riche d’archives inédites, une vaste mine d’or pour les historiens et les admirateurs du surréalisme.

C’est qu’Elena Diakonova, plus connue sous le nom de Gala [1], fut la mystérieuse épouse (à partir de 1916) de Paul Eluard (1895-1952), qu’elle a quitté en 1928 pour Salvador Dalí (1904-1989, mariage civil avec Gala en 1932, mariage religieux en 1958) après avoir été la maîtresse de Max Ernst (1891-1976, amant de Gala dès 1922), des artistes dont elle marqua les œuvres respectives d’une empreinte profonde, en particulier celle de ses deux maris, ainsi que l’écrit Dominique Bona :

« Solitaire, fermée sur un monde intérieur dont elle garde farouchement le secret, Gala fascine et joue de ses multiples sortilèges. En elle, ces deux grands artistes du XXsiècle ont puisé une énergie vitale, puissante. Elle fut une part de leur génie ».

Libre, volage et cependant jalouse – d’Amanda Lear, par exemple, la jeune égérie de Dali devenu vieux –, elle inspira à Eluard nombre de ses plus beaux poèmes d’amour et au peintre de Cadaques certaines de ses toiles les plus inspirées, comme le Portrait de Gala avec deux côtelettes d’agneau sur son épaule (1933), Portrait géodésique de Gala (1936), La Galarina (1945), Ma femme nue, regardant son propre corps devenir marches, trois vertèbres d’une colonne, ciel et architecture (1945), Leda atomica (1949), La Madone de Port Lligat (1950), La Découverte des Amériques par Christophe Colomb (1959) et à Max Ernst La Belle Jardinière (1924).

Loin des deux descendantes de sa compatriote le comtesse de Ségur, une grande fille modèle, en somme…

Bernard DELCORD

Une vie de Gala par Dominique Bona, Paris, Éditions Flammarion, novembre 2017, 232 pp. en quadrichromie au format 21 x 26,2 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 29,90 € (prix France)

 

[1] Née à Kazan (Russie) le 7 septembre 1894 et morte à Portlligat, Espagne, le 10 juin 1982.

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07 01 18

La vie et les écrits d’un titan…

Churchill (Moi, Winston Churchill).jpg

Immense personnalité du XXe siècle, Winston Churchill, (1874-1965) fut non seulement le Premier ministre du Royaume-Uni de 1940 à 1945 [1] et, à ce titre, artisan de la victoire contre le nazisme et le fascisme à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, mais aussi un orateur hors pair dont les bons mots sont passés à la postérité, un peintre estimé dont les œuvres s’arrachent et, surtout, un surdoué de l'écriture dont le talent inouï a été couronné en 1953 par le prix Nobel de littérature [2].

À ceux qui souhaiteraient (re)découvrir l’homme, nous ne saurions trop conseiller la lecture de la biographie superbement illustrée (avec plus de 200 photographies) que Béatrix de l’Aulnoit a fait paraître à Paris aux Éditions Tallandier sous le titre Moi, Winston Churchill, un récit enlevé abordant les nombreuses et paradoxales facettes de l’acteur politique – dans tous les sens du terme – et son impact sur son temps aux quatre coins de la planète.

Churchill (La Guerre du Fleuve).jpg

Et à ceux qui seraient désireux d’aborder l’œuvre, nous recommandons la lecture de La Guerre du Fleuve – Un récit de la reconquête du Soudan, un flamboyant reportage [3] de la guerre menée par lord Kitchener contre les rebelles mahdistes, rédigé en 1899 et publié dans sa traduction française aux Belles Lettres à Paris en 2015.

On y trouve de la gloire, du sang, de la sueur, des larmes… et du génie !

Bernard DELCORD

Moi, Winston Churchill par Béatrix de l’Aulnoit, Paris, Éditions Tallandier, octobre 2017, 190 pp. en quadrichromie au format 22,5 x 27,5 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 34 € (prix France)

La Guerre du Fleuve – Un récit de la reconquête du Soudan par Winston Churchill, traduction de l’anglais par John Le Terrier, Paris, Éditions Tallandier, collection « Mémoires de guerre » dirigée par François Malye, mars 2015, 328 pp. en noir et blanc au format 12,5 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, 23 € (prix France)

Pour vous, nous avons recopié la belle et très éclairante introduction

de Béatrix de l’Aulnoit à son récit de vie :

« Winston Churchill, c’est d’abord un style avant d’être un destin. L’homme qui a vaincu Hitler serait-il devenu une icône mondiale sans son humour ravageur, ses extravagances, sa panoplie d’acteur ? Lorsqu’il allume un cigare, peint une toile derrière son chevalet, construit le mur de son potager, Churchill montre autant d’énergie et de soin pour se mettre en scène que lorsqu’il galvanise l’Angleterre à la BBC pendant la Seconde Guerre mondiale.

De sa naissance à Blenheim, il a acquis une assurance aristocratique qui constitue le socle de son inébranlable confiance en sa bonne étoile. Pourtant, dès le début, les difficultés rencontrées sont immenses. Ses carnets scolaires sont désastreux. L’adolescent est affublé d’un “zézaiement” inconciliable avec une brillante carrière politique. Il rate à deux reprises l’examen d’entrée de l’académie militaire de Sandhurst, avant d’être admis piteusement 92e sur 102. Quant à son père, second fils du duc de Marlborough, il n’a hérité d’aucune fortune et a brutalement sabordé sa carrière en donnant sa démission de chancelier de l’Échiquier.

Très vite, Winston comprend qu’il ne peut compter que sur lui-même. Il se constitue une bibliothèque de grands auteurs, écrit sur tout et n’importe quoi, négocie âprement ses contrats. Cette force de caractère, où ténacité et pragmatisme se côtoient à parts égales, est la deuxième composante du style churchillien. Le génie de la politique à la Chambre des communes, le vainqueur des nazis, le prix Nobel de littérature, est un bourreau de travail. La nuit, Churchill dicte articles et livres debout derrière son pupitre. Le matin, il réécrit ses discours dans son lit en compagnie de son chat Tango. Le soir, en sortant du ministère, il lit ses dossiers dans un bain chaud. Et l’exacte température de ce bain est contrôlée par son valet qui y plonge un thermomètre.

De son grand-père maternel américain, aventurier qui a frôlé plusieurs fois la faillite, le jeune homme a hérité son indépendance d’esprit. De sa mère, personnage flamboyant et fantasque, son goût du luxe, autre constante du style churchillien : “Je me contente de peu, mais toujours du meilleur”, a-t-il l’habitude de dire, incarnant de façon étourdissante ce mélange de traditions et de folies que nous envions tant aux Britanniques. (…)

Winston porte des caleçons et des vestes de pyjamas en soie rose hors de prix et affirme que sa peau blanche de roux n’en supporterait pas d’autres. Il ne peut se passer d’un maître d’hôtel. Il aime le cognac au petit déjeuner, le champagne au déjeuner, les dîners arrosés de grands bordeaux, les soirées autour des tables de jeu dans la fumée d’un Roméo et Juliette. Les jolies femmes qui ont de l’esprit. Winston n’est pas snob, mais tous ses amis sont richissimes, à commencer par le duc de Westminster, première fortune d’Angleterre.

C’est un romantique qui s’est marié sur un coup de foudre et restera fidèle toute sa vie à Clementine Hozier. Sa seule maîtresse s’appelle Chartwell, sa propriété dans le Kent, pour laquelle il se ruinera. Mais c’est là, au milieu de ses enfants, chevaux, chiens, cochons, moutons, canards, oies, cygnes, papillons et poissons rouges, qu’il est heureux et se ressource.

Toute sa vie, Winston Churchill a vécu au-dessus de ses moyens, mais, durant quatre-vingt-dix ans, il s’est donné les moyens de vivre selon ses déraisonnables caprices qui font de lui le plus humain des monstres sacrés de l’Histoire. »

 

[1] Il le fut aussi du 26 octobre 1951 au 6 avril 1955.

[2] Parmi ses ouvrages les plus célèbres, citons ses souvenirs d’enfance, My Early Life, 1930, les quatre tomes de la biographie de son glorieux ancêtre, Marlborough: His Life and Times, 1933-1938, les six volumes de ses souvenirs de guerre, The Second World War, 1948-1954 et les quatre volumes d'un vaste essai historique, A History of the English-Speaking Peoples, 1956-1958, qui couvrent la période allant de l'invasion de la Grande-Bretagne par César (55 av. J.-C.) au début de la Première Guerre mondiale (1914).

[3] En dépit de quelques préjugés sans fondement, époque oblige, sur les populations locales.