10 02 18

Le « Goebbels français »

Philippe Henriot – La résistible ascension d'un provocateur.jpgAgrégé d'histoire, docteur et HDR de l'Institut d'études politiques de Paris, Christian Delporte (°1958) est un historien français spécialiste d’histoire politique et culturelle de la France du XXsiècle, notamment de l’histoire des médias, de l’image et de la communication politique. Il fut l'élève de René Rémond et de Serge Berstein, est professeur à l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines et dirige la revue Le Temps des médias.

On lui doit, parue récemment chez Flammarion à Paris, une biographie fortement charpentée intitulée Philippe Henriot – La résistible ascension d'un provocateur dans laquelle il revient sur la « carrière » du très brillant – et en cela très dangereux – thuriféraire du nazisme en France sous la botte hitlérienne.

S'appuyant sur des archives inédites, notamment celles des Renseignement généraux, Christian Delporte retrace le parcours et décrit la personnalité du troisième homme fort de Vichy, député catholique de la 4circonscription de Bordeaux en 1932, réélu en 1936, député jusqu'en 1940 et pourtant antiparlementaire, antisémite viscéral, comploteur contre la République en février 1934, membre du comité directeur de l'Union antimaçonnique de France en 1935, antiallemand devenu pro-hitlérien à partir du 22 juin 1941, quand l'Allemagne envahit l'URSS, éditorialiste de Radio-Vichy de février 1942 à décembre 1943, tribun de Radio-Paris (on l’appelait « l'homme à la voix d'or ») à partir de cette date [1], membre de la Milice française en mars 1943, secrétaire d'État à l'Information et à la Propagande du gouvernement Laval en janvier 1944, un ultra parmi les ultras qui paradoxalement se rêvait poète ou écrivain, admirait Flaubert et Anatole France, et chassait les papillons qu'il collectionnait avec passion...

Philippe Henriot (7 janvier 1889 – 28 juin 1944), surnommé le « Goebbels français » par les dignitaires nazis, est finalement tombé à Paris sous le balles d’un commando du COMAC, le Comité d'action militaire dépendant du Comité central des mouvements de Résistance.

Au passage, Christian Delporte répond avec subtilité dans son ouvrage à des questions comme : comment devient-on Philippe Henriot ? Comment le catholicisme français peut-il parfois nourrir de tels dévoiements, qui conduisent à la trahison même de son pays ?

Des péchés mortels sans absolution possible…

Bernard DELCORD

Philippe Henriot – La résistible ascension d'un provocateur par Christian Delporte, Paris, Éditions Flammarion, collection « Grandes biographies », janvier 2018, 415 pp. en noir et blanc au format 15,2 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 25 € (prix France)

[1] Sur les ondes de Radio-Londres, c’est l’humoriste Pierre Dac qui lui donnait la réplique, avec l’immense talent qu’on lui connaît.

09 02 18

Le roi Jean...

De Lattre par Ivan Cadeau.jpgOfficier au Service historique de la Défense et docteur en histoire, Ivan Cadeau est également rédacteur en chef adjoint de la Revue historique des armées. Auteur de plusieurs ouvrages, il a publié en 2013, chez Perrin à Paris, La Guerre de Corée 1950-1953.

Dans la même maison, il a fait paraître ensuite De Lattre, une biographie lumineuse particulièrement passionnante du général d'armée et maréchal de France à titre posthume Jean de Lattre de Tassigny (1889-1952).

Jeune dragon arrivé quatrième en 1908 au concours d’entrée à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr-l’École, ce brillantissime officier supérieur reçut des funérailles nationales en janvier 1952 après une carrière militaire exceptionnelle.

Qu’on en juge :

– Blessé cinq fois, il a terminé la Première Guerre mondiale avec huit citations, la Légion d'honneur et la Military Cross.

– en 1925-26, il a participé à la guerre du Rif au Maroc, où il fut à nouveau blessé.

– Au début de la Seconde Guerre mondiale, plus jeune général de France, à la tête de sa division lors de la bataille de France, il tient tête aux Allemands à la bataille de Rethel, en Champagne et sur la Loire jusqu’au 22 juin 1940.

– Commandant de la 16e division militaire à Montpellier, lorsque la zone libre est envahie par les troupes allemandes, à la suite du débarquement des Alliés en Afrique du Nord, le 11 novembre 1942, il est arrêté et condamné à dix ans de prison pour avoir donné l’ordre à ses troupes de résister par les armes aux troupes du IIIReich. Il parvient ensuite à s'évader et rallie la France libre.

– À la tête de la 1re armée française débarquée en Normandie en juin 1944, il mène la campagne victorieuse, dite « Rhin et Danube » et il est le seul général français de la Seconde Guerre mondiale à avoir commandé de grandes unités américaines.

– Il a représenté la France à la signature de la capitulation allemande à Berlin, le 8 mai 1945, aux côtés d'Eisenhower, Joukov et Montgomery.

– Commandant en chef des forces françaises en Allemagne en 1945, puis inspecteur général de l'Armée de terre et chef d’État-Major général de la Défense nationale en 1947, il devient vice-président du Conseil supérieur de la guerre.

– De 1948 à 1950 auprès du maréchal Montgomery, il est le premier commandant en chef des Forces terrestres de l’Europe occidentale.

– Fin 1950, il est envoyé redresser la situation sur le front de la guerre d'Indochine, et cumule alors les postes de haut-commissaire en Indochine et de commandant en chef du corps expéditionnaire. Il remporte en 1951 plusieurs victoires importantes contre le Việt Minh, mais, très affecté par la mort de son fils Bernard (tué au combat à Ninh Binh, le 30 mai 1951) et atteint d’un cancer de la hanche, il doit quitter l'Indochine dès la fin de l'année pour se faire soigner en France où il décédera peu de temps après. [1]

« Quant à la personnalité du maréchal de Lattre, écrit Ivan Cadeau, elle continue bien après sa mort à susciter les plus vifs commentaires, les uns mettant en avant ses atouts – animateur hors pair, travailleur infatigable –, les autres préférant relever ses défauts – ses colères, sa vindicte, son goût du faste. »

Un peu comme George Patton…

Bernard DELCORD

De Lattre par Ivan Cadeau, Paris, Éditions Perrin, novembre 2017, 325 pp. en noir et blanc au format 14 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 22 € (prix France)

[1] Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_de_Lattre_de_Tassigny

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03 02 18

« À l'œuvre, on connaît l'ouvrier. » (Aristophane)

Claude Debussy .jpgPianiste virtuose et producteur de radio depuis 2005 (des émissions Notes du traducteur puis Portraits de famille sur France Musique), Philippe Cassard (°1962) a consacré une part importante de ses activités à Claude Debussy (1862-1918). Il interprète régulièrement l'intégrale de la musique pour piano de ce musicien d’avant-garde à son époque [1], qu'il a enregistrée pour Virgin's Classics et Decca [2]. Parallèlement à sa carrière pianistique, il a publié un essai sur Franz Schubert chez Actes Sud en 2008 et un livre d'entretiens sur le cinéma et la musique, Deux temps trois mouvements chez Capricci en 2012.

Il revient cette année chez Actes Sud avec un Claude Debussy particulièrement intéressant dans la mesure où, en plus de données biographiques et d’analyses de l’œuvre de l’auteur du Prélude à l’après-midi d’un faune (symphonie sous-titrée Églogue pour orchestre d'après Stéphane Mallarmé, 1894), de Pelléas et Mélisande (opéra en cinq actes d’après l’œuvre éponyme de l’écrivain belge Maurice Maeterlinck, 1902) et de La Mer (trois esquisses symphoniques pour orchestre, 1905), il donne à connaître en de courts chapitres le point de vue de l’interprète particulièrement en phase avec les nombreuses pièces pianistiques qu’il exécute.

Un concert magnifique !

À l'instar de tous les volumes de la collection « Classica », cette biographie intimiste est en outre enrichie d'un double index, de repères bibliographiques et d'une discographie.

Bernard DELCORD

Claude Debussy par Philippe Cassard, Arles, Actes Sud, collection « Classica », janvier 2018, 152 pp. en noir et blanc au format 10 x 19 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 16,50 € (prix France)

Œuvres principales de Claude Debussy :

Œuvres pour piano

1888-1889 : Petite Suite, pour piano à 4 mains

1888-1891 : Arabesques

1890-1905 : Suite bergamasque

1903 : Estampes

1904 : Masques

1904 : L’Isle joyeuse

1904 : Images - Livre I

1906-1908 : Children’s Corner

1907 : Images - Livre II

1909-1912 : Préludes

1914-1915 : Six épigraphes antiques, pour piano à 4 mains

1915 : En blanc et noir, pour 2 pianos à 4 mains

1915 : Études

Musique de chambre

1893 : Quatuor à cordes en sol mineur

1913 : Syrinx, pour flûte

1915 : Sonate pour violoncelle et piano

1915 : Sonate pour flûte, alto et harpe

1916-1917 : Sonate pour violon et piano

Œuvres symphoniques

1892-1894 : Prélude à l’après-midi d’un faune

1897-1899 : Nocturnes

1903-1905 : La Mer

1905-1912 : Images pour orchestre

Musique de ballet

1912 : Jeux

1913 : La Boîte à joujoux

Œuvres lyriques

1884 : L’Enfant prodigue, cantate sacrée sur un livret d’Édouard Guinand

1888 : La Damoiselle élue, cantate sur un livret de Dante Gabriel Rossetti (orchestrée en 1902).

1893-1902 : Pelléas et Mélisande, drame lyrique en cinq actes sur un livret de Maurice Maeterlinck

1908-1916 : La Chute de la maison Ushern 4, 34, 35 et Le Diable dans le beffroi, deux opéras (inachevés) en un acte, d’après Edgar Allan Poe traduit par Charles Baudelaire

1911 : Le Martyre de saint Sébastien, mystère en cinq actes sur un livret de Gabriele D’Annunzio

Mélodies

1888 : Ariettes oubliées d’après Verlaine

1887-1889 : Cinq poèmes de Charles Baudelaire

1891 : Fêtes galantes (premier recueil) d’après Verlaine

1891 : Trois mélodies d’après Verlaine

1897-1899 : Trois chansons de Bilitis d’après Pierre Louÿs

1904 : Fêtes galantes (second recueil) d’après Verlaine

1904 : Trois chansons de France d’après Charles d’Orléans et Tristan L’Hermite

1909 : Trois chansons de Charles d’Orléans

1904-1910 : Le Promenoir des deux amants d’après Tristan L’Hermite

1910-1911 : Trois ballades de François Villon

1913 : Trois poèmes de Stéphane Mallarmé

[1] Le nom de Philippe Cassard est étroitement lié à Debussy, dont il a enregistré une intégrale en 1994, et qu'il a jouée en une journée et quatre concerts à Besançon, Paris, Marseille, Angoulême, Londres, Dublin, Sydney, Tokyo, Lisbonne, Vancouver et Singapour. Il a aussi interprété en une journée l’intégrale pour piano solo à la Philharmonie de Liège en 2012.

[2] Debussy : Œuvres pour piano à 4 mains et 2 pianos (Prélude à l'après-midi d'un faune, Petite suite, En blanc et noir, Lindaraja, Première Suite pour orchestre), avec François Chaplin (Decca, 2012). On lui doit aussi Debussy : Mélodies avec Natalie Dessay, soprano (Virgin's Classics, 2012), Debussy (Toccata, Jardins sous la pluie) et Debussy : Préludes (livres 1 et 2), Images (livres 1 et 2), Estampes, Images oubliées, L'Isle Joyeuse (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_Cassard)

25 01 18

Madeleines proustiennes d'une enfance soviétique

Le déjeuner de Pâques était l'un des cinq grands festins familiaux de l'année (les déjeuners du samedi et les thés vespéraux avec les amis qui débarquaient chez nous parce qu'ils avaient vu de la lumière, ne comptaient pas) et occupait la première place pour les efforts déployés.

Les préparatifs commençaient un an à l'avance, parce qu'il fallait dénicher les denrées indispensables.

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S'il est coutume d'associer le régime communiste, qui sévit dans l'ex-Union soviétique , à son cortège de privations, de frustrations, il est moyen aussi de le  considérer sous un autre angle et par le prisme d'une petite fille, gourmande, qui s"éveille à la vie et la la tendresse d'une famille aimante.

La fillette qu'est l'auteur, dans les années soixante,  s'extasie des merveilles d'inventivité de son entourage et des spécialités quotidiennes, saisonnières et festives qui évoquent à son palais tant de madeleines proustiennes .

Vif, joyeux et frais, le récit est doté d'un carnet de recettes et d'un précieux glossaire

Souvenirs culinaires d'une enfance heureuse, Alice Danchokh, récit traduit du russe par Anne Coldefy-Foucard,  Ed. du Rocher,  janvier 2018, 220 pp

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Biographies, Cuisine | Commentaires (0) |  Facebook | |

21 01 18

« Waterzooie ! Waterzooie ! Waterzooie ! Morne plat ! » (René Goscinny in Astérix chez les Belges)

Goscinny – Faire rire, quel métier.jpgAux visiteurs de l’exposition intitulée René Goscinny. Au-delà du rire qui se tient jusqu’au 4 mars 2018 au Musée d’art et d’histoire du judaïsme à Paris, nous conseillons vivement la lecture du petit ouvrage d’Aymar du Chatenet et de Caroline Guillot plaisamment intitulé Goscinny – Faire rire, quel métier ! paru dans la collection « Découvertes Gallimard » en 2009 et qui n’a pas pris une ride.

Les auteurs y retracent, appuyée par 150 documents iconographiques, la vie (1926-1977) et la carrière prolifique, multiforme et pleine d’humour du génial scénariste d'Astérix, de Lucky Luke, du Petit Nicolas, d'Iznogoud, de Modeste et Pompon, d’Oumpah Pah le Peau-Rouge ou encore des « Dingodossiers » [1] qui a su s'associer aux plus grands dessinateurs (Sempé, Uderzo, Morris, Franquin, Tabary...) et qui, par son action à la direction du légendaire magazine Pilote, a mis le pied à l’étrier le pied de nombreuses grosses pointures de la bande dessinée française (Bilal, Bretécher, Cabu, Druillet, Fred, Giraud, Gotlib, Mézières, Reiser…)

Un véritable bain de Jouvence !

Bernard DELCORD

Goscinny – Faire rire, quel métier ! par Aymar du Chatenet et Caroline Guillot, Paris, Éditions Gallimard, collection « Découvertes Gallimard », octobre 2009, 128 pp. en quadrichromie au format 12,5 x 17,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 15,70 € (prix France)

Informations pratiques :

À l’occasion de la commémoration des quarante ans de la disparition de René Goscinny, le mahJ, en partenariat avec l’Institut René Goscinny, présente la première rétrospective consacrée au co-créateur d’Astérix et du Petit Nicolas. L'exposition rassemble plus de 200 œuvres, dont des planches et scénarios originaux, et de nombreux documents inédits issus des archives Goscinny.

Adresse :

Musée d’art et d’histoire du judaïsme

Hôtel de Saint-Aignan

71, rue du Temple

75003 Paris

Tél. 00 33 1 53 01 86 60

Horaires :

Du mardi au vendredi de 11 h à 18 h

Samedi et dimanche de 10 h à 18 h

Les caisses ferment 45 minutes avant la fermeture du musée

Prix :

Plein tarif : 8 €

Tarif réduit : 5 € (18-25 ans, familles nombreuses, Amis du Louvre)

Exposition « Goscinny et le cinéma, Astérix, Lucky Luke et Cie », à la Cinémathèque française : demi-tarif (soit 5,50 €) sur présentation du billet d’entrée à l’exposition « René Goscinny. Au-delà du rire », et gratuité pour les moins de 18 ans.

L’exposition est accessible aux personnes à handicap moteur ou à mobilité réduite

[1] Il est aussi le scénariste du film-culte Le Viager réalisé par Pierre Tchernia et dont le rôle principal est joué par Michel Serrault (1972).

21 01 18

« Il y a toujours un moment dans leur vie où les gens s'aperçoivent qu'ils m'adorent. » (Salvador Dali)

Une vie de Gala.jpgLauréate du prix Interallié pour Malika (Éditions du Mercure de France) en 1992, du prix Méditerranée pour Gala (Éditions Flammarion) en 1994 et du Prix Renaudot en 1998 pour Le Manuscrit de Port-Ébène, (Éditions Grasset), l’écrivaine Dominique Bona (°1953) est depuis 2013 membre de l'Académie française où elle occupe le fauteuil 33 à la suite de Michel Mohrt (1914-2011).

Reprenant, cette fois sous le titre Une vie de Gala, son ouvrage biographique de 1994, les Éditions Flammarion en ont fait un beau livre remarquable, magnifiquement illustré – la version princeps ne l’était pas – et riche d’archives inédites, une vaste mine d’or pour les historiens et les admirateurs du surréalisme.

C’est qu’Elena Diakonova, plus connue sous le nom de Gala [1], fut la mystérieuse épouse (à partir de 1916) de Paul Eluard (1895-1952), qu’elle a quitté en 1928 pour Salvador Dalí (1904-1989, mariage civil avec Gala en 1932, mariage religieux en 1958) après avoir été la maîtresse de Max Ernst (1891-1976, amant de Gala dès 1922), des artistes dont elle marqua les œuvres respectives d’une empreinte profonde, en particulier celle de ses deux maris, ainsi que l’écrit Dominique Bona :

« Solitaire, fermée sur un monde intérieur dont elle garde farouchement le secret, Gala fascine et joue de ses multiples sortilèges. En elle, ces deux grands artistes du XXsiècle ont puisé une énergie vitale, puissante. Elle fut une part de leur génie ».

Libre, volage et cependant jalouse – d’Amanda Lear, par exemple, la jeune égérie de Dali devenu vieux –, elle inspira à Eluard nombre de ses plus beaux poèmes d’amour et au peintre de Cadaques certaines de ses toiles les plus inspirées, comme le Portrait de Gala avec deux côtelettes d’agneau sur son épaule (1933), Portrait géodésique de Gala (1936), La Galarina (1945), Ma femme nue, regardant son propre corps devenir marches, trois vertèbres d’une colonne, ciel et architecture (1945), Leda atomica (1949), La Madone de Port Lligat (1950), La Découverte des Amériques par Christophe Colomb (1959) et à Max Ernst La Belle Jardinière (1924).

Loin des deux descendantes de sa compatriote le comtesse de Ségur, une grande fille modèle, en somme…

Bernard DELCORD

Une vie de Gala par Dominique Bona, Paris, Éditions Flammarion, novembre 2017, 232 pp. en quadrichromie au format 21 x 26,2 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 29,90 € (prix France)

 

[1] Née à Kazan (Russie) le 7 septembre 1894 et morte à Portlligat, Espagne, le 10 juin 1982.

Écrit par Brice dans Arts, Bernard Delcord, Biographies | Commentaires (0) |  Facebook | |

07 01 18

La vie et les écrits d’un titan…

Churchill (Moi, Winston Churchill).jpg

Immense personnalité du XXe siècle, Winston Churchill, (1874-1965) fut non seulement le Premier ministre du Royaume-Uni de 1940 à 1945 [1] et, à ce titre, artisan de la victoire contre le nazisme et le fascisme à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, mais aussi un orateur hors pair dont les bons mots sont passés à la postérité, un peintre estimé dont les œuvres s’arrachent et, surtout, un surdoué de l'écriture dont le talent inouï a été couronné en 1953 par le prix Nobel de littérature [2].

À ceux qui souhaiteraient (re)découvrir l’homme, nous ne saurions trop conseiller la lecture de la biographie superbement illustrée (avec plus de 200 photographies) que Béatrix de l’Aulnoit a fait paraître à Paris aux Éditions Tallandier sous le titre Moi, Winston Churchill, un récit enlevé abordant les nombreuses et paradoxales facettes de l’acteur politique – dans tous les sens du terme – et son impact sur son temps aux quatre coins de la planète.

Churchill (La Guerre du Fleuve).jpg

Et à ceux qui seraient désireux d’aborder l’œuvre, nous recommandons la lecture de La Guerre du Fleuve – Un récit de la reconquête du Soudan, un flamboyant reportage [3] de la guerre menée par lord Kitchener contre les rebelles mahdistes, rédigé en 1899 et publié dans sa traduction française aux Belles Lettres à Paris en 2015.

On y trouve de la gloire, du sang, de la sueur, des larmes… et du génie !

Bernard DELCORD

Moi, Winston Churchill par Béatrix de l’Aulnoit, Paris, Éditions Tallandier, octobre 2017, 190 pp. en quadrichromie au format 22,5 x 27,5 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 34 € (prix France)

La Guerre du Fleuve – Un récit de la reconquête du Soudan par Winston Churchill, traduction de l’anglais par John Le Terrier, Paris, Éditions Tallandier, collection « Mémoires de guerre » dirigée par François Malye, mars 2015, 328 pp. en noir et blanc au format 12,5 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, 23 € (prix France)

Pour vous, nous avons recopié la belle et très éclairante introduction

de Béatrix de l’Aulnoit à son récit de vie :

« Winston Churchill, c’est d’abord un style avant d’être un destin. L’homme qui a vaincu Hitler serait-il devenu une icône mondiale sans son humour ravageur, ses extravagances, sa panoplie d’acteur ? Lorsqu’il allume un cigare, peint une toile derrière son chevalet, construit le mur de son potager, Churchill montre autant d’énergie et de soin pour se mettre en scène que lorsqu’il galvanise l’Angleterre à la BBC pendant la Seconde Guerre mondiale.

De sa naissance à Blenheim, il a acquis une assurance aristocratique qui constitue le socle de son inébranlable confiance en sa bonne étoile. Pourtant, dès le début, les difficultés rencontrées sont immenses. Ses carnets scolaires sont désastreux. L’adolescent est affublé d’un “zézaiement” inconciliable avec une brillante carrière politique. Il rate à deux reprises l’examen d’entrée de l’académie militaire de Sandhurst, avant d’être admis piteusement 92e sur 102. Quant à son père, second fils du duc de Marlborough, il n’a hérité d’aucune fortune et a brutalement sabordé sa carrière en donnant sa démission de chancelier de l’Échiquier.

Très vite, Winston comprend qu’il ne peut compter que sur lui-même. Il se constitue une bibliothèque de grands auteurs, écrit sur tout et n’importe quoi, négocie âprement ses contrats. Cette force de caractère, où ténacité et pragmatisme se côtoient à parts égales, est la deuxième composante du style churchillien. Le génie de la politique à la Chambre des communes, le vainqueur des nazis, le prix Nobel de littérature, est un bourreau de travail. La nuit, Churchill dicte articles et livres debout derrière son pupitre. Le matin, il réécrit ses discours dans son lit en compagnie de son chat Tango. Le soir, en sortant du ministère, il lit ses dossiers dans un bain chaud. Et l’exacte température de ce bain est contrôlée par son valet qui y plonge un thermomètre.

De son grand-père maternel américain, aventurier qui a frôlé plusieurs fois la faillite, le jeune homme a hérité son indépendance d’esprit. De sa mère, personnage flamboyant et fantasque, son goût du luxe, autre constante du style churchillien : “Je me contente de peu, mais toujours du meilleur”, a-t-il l’habitude de dire, incarnant de façon étourdissante ce mélange de traditions et de folies que nous envions tant aux Britanniques. (…)

Winston porte des caleçons et des vestes de pyjamas en soie rose hors de prix et affirme que sa peau blanche de roux n’en supporterait pas d’autres. Il ne peut se passer d’un maître d’hôtel. Il aime le cognac au petit déjeuner, le champagne au déjeuner, les dîners arrosés de grands bordeaux, les soirées autour des tables de jeu dans la fumée d’un Roméo et Juliette. Les jolies femmes qui ont de l’esprit. Winston n’est pas snob, mais tous ses amis sont richissimes, à commencer par le duc de Westminster, première fortune d’Angleterre.

C’est un romantique qui s’est marié sur un coup de foudre et restera fidèle toute sa vie à Clementine Hozier. Sa seule maîtresse s’appelle Chartwell, sa propriété dans le Kent, pour laquelle il se ruinera. Mais c’est là, au milieu de ses enfants, chevaux, chiens, cochons, moutons, canards, oies, cygnes, papillons et poissons rouges, qu’il est heureux et se ressource.

Toute sa vie, Winston Churchill a vécu au-dessus de ses moyens, mais, durant quatre-vingt-dix ans, il s’est donné les moyens de vivre selon ses déraisonnables caprices qui font de lui le plus humain des monstres sacrés de l’Histoire. »

 

[1] Il le fut aussi du 26 octobre 1951 au 6 avril 1955.

[2] Parmi ses ouvrages les plus célèbres, citons ses souvenirs d’enfance, My Early Life, 1930, les quatre tomes de la biographie de son glorieux ancêtre, Marlborough: His Life and Times, 1933-1938, les six volumes de ses souvenirs de guerre, The Second World War, 1948-1954 et les quatre volumes d'un vaste essai historique, A History of the English-Speaking Peoples, 1956-1958, qui couvrent la période allant de l'invasion de la Grande-Bretagne par César (55 av. J.-C.) au début de la Première Guerre mondiale (1914).

[3] En dépit de quelques préjugés sans fondement, époque oblige, sur les populations locales.

19 12 17

Bel hommage

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 Nous ne pouvons mieux conclure cette décade consacrée à la célèbre écrivain, premier membre féminin de l'Académie française - qu'en célébrant la parution, ce jour, du magnifique album de vie que Michèle Goslar lui consacre.

Fondatrice  en 1989 du CIDMY - Centre International de Documentation Marguerite Yourcenar - à Bruxelles , la biographe peut prétendre à une connaissance intime de la femme de lettres. Croyez-moi, c'est un exploit car la vie privée de Marguerite Yourcenar était chasse gardée, la diffusion de ses photos,  aussi. Une partie de ses archives est du reste consignée, résolûment cadenassée,  jusqu'en 2037, année cinquantenaire de son décès.

 Alors célébrons à notre tour ce magnifique hommage au trentenaire de sa disparition  - le 17 décembre 1987 -  en découvrant  une  " Yourcenar" de l'intérieur,  ses enfance, jeunesse, maturité, relations familiales  -  père, demi-frère, odieuse grand-mère,   bonnes, .... -  amours déçues, comblées (Grace Frick) , passion de l’Histoire,  du voyage - instrument de vraie connaissance humaine - philosophie, rapport à la nature , à la vie, à la mort.

 Une biographie introspective, richement illustrée de photos singulièrement vivantes

 Vous l'aurez compris: je suis conquise et vous recommande vivement la découverte de ce joyau.

 Apolline Elter

 Yourcenar en images, Michèle Goslar, Ed Racine,  beau livre, déc.2017, 208 pp

Billet de faveur

AE : Michèle Goslar, pouvez-vous rappeler,  à l’intention des visiteurs du Pavillon,  comment est née votre passion pour Marguerite Yourcenar. Avez-vous eu l’occasion de la rencontrer ?


Michèle Goslar :: Ma passion pour Yourcenar est née de la lecture de Mémoires d'Hadrien qu'un professeur m'avait conseillé de lire "plus tard" et que je n'ai redécouvert, par hasard que vingt ans après ce conseil judicieux. Cette lecture m'a bouleversée et j'ai plongé dans tous les écrits de Yourcenar. 

C'est un autre hasard de vacances manquées en mer qui m'a amenée à vouloir la rencontrer l'été 1987 à Petite Plaisance. La rencontre a été manquée et c''est en apprenant sa mort quelques mois plus tard que j'ai décidé de lui consacrer mon temps, mon énergie et de la rencontrer vraiment en rédigeant sa biographie et en lui consacrant un Centre de Documentation.Trente ans après, mon enthousiasme est resté intact.

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Biographies | Commentaires (0) |  Facebook | |

02 12 17

Un Gauguin magistral

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"Gauguin aime saisir le caractère du pays qu’il représente."

Et des pays, il en a connu, l'artiste.  Tôt orphelin de père - le prénommé Clovis [Gauguin] - Paul passe sa prime enfance auprès de sa famille (grand-)-maternelle, au Pérou. Il en revient,  âgé de six ans, avec sa mère, Aline Chazal,  et une pratique  lacunaire  de la langue française. Cette lacune sera comblée par l'écoute attentive des oeuvres de Jean-Jacques Rousseau dont la pensée imprégnera la sienne.  Bon élève, il est également bon disciple, puisant à l'enseignement de Pissarro, Degas, Cézanne, les premières leçons d'un art en constante mutation, constante interrogation.

   Marié à une Danoise - Mette - père de cinq enfants, Paul Gauguin rompt après quelques années sa résidence à Copenhague et le constant obstacle que Mette oppose à sa pratique de l'art. La jeune femme n'admettra jamais qu'il choisisse la voie de l'art plutôt que le métier de négoce et de bourse auquel il s'astreint quelque temps.  A cette séparation s'ajoute la privation de quatre de ses enfants :  il emmène en France son fils Clovis, âgé de six ans, laissant notamment Aline, sa fille aimée -  qui a hérité de son caractère - à sa mère.

  A Paris, c'est la misère qui l'attend.

  Il met bientôt le cap sur Pont-Aven.

  L'entrée en contact avec Théo Van Gogh, le marchand d'art, frère de Vincent est une opportunité pour  Paul Gauguin.  S'il accepte, en 1888,  l'invitation de Vincent à Arles, dans la fameuse 'maison jaune", c'est surtout pour conserver les faveurs de Théo. Son attitude envers Vincent, fragile,  pétri de doutes,  est destructrice.  Vincent en vient à se trancher l'oreille, le 23 décembre 1888,  dans un accès de folie qui lui vaut un temps d'internement. La "crise d'Arles" interrompt – provisoirement-   les relations entre Paul  et Théo.

   C'est en 1891 – il va avoir 43 ans – que Gauguin met le cap sur Tahiti, entreprenant avec Daniel de Monfreid une correspondance d'éloignement précieuse pour ses biographes, et une période d'amours et d'art très créatrice. Imprégné de la mythologie et des moeurs locales, il sent la nécessité d’"outrer" les couleurs.  Quand il se trouve à court de toiles - difficultés financières obligent - il sculpte sur bois. Un art dont le biographe déplore qu'il passe trop souvent à la trappe.

   Le retour en France et en Bretagne est marqué d'un drame - la rixe de Concarneau , durant laquelle le peintre et ses amis sont sauvagement pris à partie -  qui lui fait perdre à vie l'usage d'un de ses pieds.  Souffrance, prise de morphine et l'incitation à l'alcoolisme qu'elle engendre auront de dramatiques effets sur la production de l'artiste.

   Il retourne à Tahiti toujours désargenté, tandis que Mette toujours à Copenhague tire un confortable profit de la vente de ses oeuvres.

   Grugé par  Charles Morice, un prétendu ami dans la publication de son récit Noa-Noa, Gauguin se sent également exploité par son marchand d'art Ambroise Vollard.  Voilà qui n'arrange pas un caractère déjà belliqueux à la base.

   La dernière partie de sa vie se déroule aux îles Marquises, lesquelles généreront une nouvelle mutation chromatique de son oeuvre. Sa santé se dégrade au même titre que ses finances. Son coeur cesse de battre le matin du 8 mai 1903.

  Précise et extraordinairement fouillée, cette biographie détaille toutes les oeuvres de l'artiste à l'aune de sa vie, de son tempérament. Elle nous révèle tant les influences, les éloignements - avec l'impressionnisme notamment - ruptures, ... que   le renouvellement constant qui caractérisent l'oeuvre de l'artiste.

« Quelles que soient les opinions qu'on peut se forger sur l'homme, ses moeurs, son tempérament, [Paul Gauguin] mérite d'être aimé pour son projet d'artiste-monde."

  Un portrait magistral 

  Apolline Elter

  Gauguin, David Haziot, biographie, Ed. Fayard, sept. 2017, 808 pp

Billet de ferveur

AE : Notre regard sur Gauguin est réducteur. Nous le cantonnons à sa production picturale « exotique ». Vous le déplorez

L’exposition, «  Gauguin, l’alchimiste »  qui se tient en ce moment au Grand Palais, tend à montrer toutes les facettes de son art,  peintures de toutes époques, esquisses, grès, céramiques, sculptures sur bois et même ses écrits.  Cette mise en perspective vous satisfait-elle ?  

David Haziot : Cette exposition parisienne est magnifique pour la sculpture, jamais je n’en ai vu d’aussi complète, ni d’aussi belle, pour révéler cet aspect de Gauguin qui fut un extraordinaire sculpteur, d’une originalité stupéfiante le plus souvent. Pissarro avait voulu l’inciter à aller pleinement dans cette direction, mais Gauguin refusa en écrivant à son ami et maître que si la peinture se vendait mal, c’était pire encore pour la sculpture.

   Il s’adonna donc à cet art quand il n’avait plus de toile à peindre, par envie brusque, pour se venger d’un ennemi ou adversaire dont il mit l’effigie sur son terrain ouvert à tous à Tahiti ou à Hiva Oa, ou quand il espéra en tirer profit en travaillant dans un atelier de céramique avec Chaplet ou Delaherche.

   Malgré ces restrictions, le catalogue des sculptures de Gauguin compte plus de 250 numéros, car il travailla aussi tous ses objets familiers, cannes, sabots, accoudoirs de meubles, compotiers, etc. Il confie à la sculpture le plus intime de son inspiration et cet art joue le rôle pour lui de journal, de laboratoire d’essais. Par exemple, quand il se cherche encore à Tahiti, c’est dans la sculpture qu’il trouvera la solution, en reprenant les formes et motifs de l’art marquisien et en les fracturant, en les ouvrant comme des fleurs pour faire des œuvres non plus closes dans une mythologie qui a réponse à tout, mais libres, ouvertes sur un avenir ignoré.

   On trouve aussi dans cette exposition des exemples de l’art de la gravure de Gauguin, si nouveaux par leur technique inversée : au lieu de creuser l’intérieur des formes sur son bois pour ne laisser s’encrer que les contours, il incise les contours et laisse le reste plein. Il en résulte ces surprenantes gravures noires pour représenter un pays de lumière comme Tahiti, ou sa mythologie religieuse.

  En revanche, je suis resté un peu sur ma faim pour la peinture présentée dans cette exposition. Il y a trop peu d’œuvres, malgré certaines qu’on ne voit pas souvent comme Intérieur rue Carcel, un chef d’œuvre inspiré de Degas, mais j’ai déploré l’accrochage et la mise en lumière un peu trop sombre à mon goût. L’impression de voir les œuvres au fond d’une crypte parfois. Cela nuit aux couleurs de Gauguin qui peint la plupart du temps en tons proches. J’avais trouvé la mise en lumière des Gauguin de la collection Chtchoukine bien meilleure à la Fondation Vuitton (œuvres sur murs gris éclairées par des spots en vraie lumière blanche à 5 à 6000°K). La salle Gauguin brillait de mille feux. Mais ne boudons pas notre plaisir de voir des œuvres qui voyagent rarement. Elles valent le détour et l’attente qui précède parfois l’entrée, si on n’a pas acheté un coupe-file. Une très belle exposition parisienne assurément, dont on peut remercier les organisateurs.  

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Biographies | Commentaires (0) |  Facebook | |

20 11 17

Jacques Brel, poète de l'intemporel !

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C'est en poète que Frédéric Marotta aborde l'oeuvre de Jacques Brel. Il est certain que Brel n'a jamais voulu qu'on le qualifie de poète (ni Brassens, par ailleurs), laissant cette appellation aux poètes littéraires ; sans doute une question de génération. Car « poète de l'intemporel », il l'est assurément et l'auteur en fait une belle démonstration.

Son résumé biographique commence avec l'explication de toute une vie : « Jacques Brel aura toute sa vie le sentiment de ne pas avoir eu d'enfance. »

Dans le chapitre « L'amour », Marotta écrit : « La femme est, dès le début, un horizon, un repère, un but de « voyage », une raison de se dépasser. Brel est comme Roméo, ce héros tragique de Shakespeare, il est un « amoureux de l'amour ». J'aime beaucoup son analyse des textes selon le feu, la terre et le ciel. Et enfin cette déclaration de Brel lui-même : « Je crois que ce que j'appelle amour dans mes chansons est, en réalité, de la tendresse. »

Dans « L'amitié », l'auteur redit combien celle-ci était importante pour l'artiste. « En définitive, Jacques Brel n'a vécu qu'en donnant, en s'offrant, en se dépassant « pour » et « par » amour. »

Après « La mort », nous trouvons – textes à l'appui - la comparaison de Brel et de Don Quichotte. « Il en a l'étoffe et le rêve, le physique aussi, il en a toute la folie et la démesure. » Et relire « Rêver un impossible rêve... » de « La Quête » est encore un bonheur, dès années plus tard.

Nous avons ici un livre subjectif et pourtant précis, lisible et sérieux, poétique et documenté. Dans la préface, Nara Noïan, qui a chanté Brel, écrit : « La poésie musicale et subtile, la « prose crue », la réalité amère sans fioritures comme Camus dans la littérature ». C'est on ne peut plus juste !

Tout Brel, et ce livre, nous ramène à l'amour, ce que confirme l'auteur dans la dernière page de l'essai : « L'énergie d'amour demeure la pierre angulaire à l'évolution de l'être humain sur toute la planète ».

 

Jacques MERCIER

 

« Brel, poète de l'intemporel », essai, Frédéric Marotta, 86 pp, 13 euros. www.lespressesdumidi.fr