02 12 17

Un Gauguin magistral

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"Gauguin aime saisir le caractère du pays qu’il représente."

Et des pays, il en a connu, l'artiste.  Tôt orphelin de père - le prénommé Clovis [Gauguin] - Paul passe sa prime enfance auprès de sa famille (grand-)-maternelle, au Pérou. Il en revient,  âgé de six ans, avec sa mère, Aline Chazal,  et une pratique  lacunaire  de la langue française. Cette lacune sera comblée par l'écoute attentive des oeuvres de Jean-Jacques Rousseau dont la pensée imprégnera la sienne.  Bon élève, il est également bon disciple, puisant à l'enseignement de Pissarro, Degas, Cézanne, les premières leçons d'un art en constante mutation, constante interrogation.

   Marié à une Danoise - Mette - père de cinq enfants, Paul Gauguin rompt après quelques années sa résidence à Copenhague et le constant obstacle que Mette oppose à sa pratique de l'art. La jeune femme n'admettra jamais qu'il choisisse la voie de l'art plutôt que le métier de négoce et de bourse auquel il s'astreint quelque temps.  A cette séparation s'ajoute la privation de quatre de ses enfants :  il emmène en France son fils Clovis, âgé de six ans, laissant notamment Aline, sa fille aimée -  qui a hérité de son caractère - à sa mère.

  A Paris, c'est la misère qui l'attend.

  Il met bientôt le cap sur Pont-Aven.

  L'entrée en contact avec Théo Van Gogh, le marchand d'art, frère de Vincent est une opportunité pour  Paul Gauguin.  S'il accepte, en 1888,  l'invitation de Vincent à Arles, dans la fameuse 'maison jaune", c'est surtout pour conserver les faveurs de Théo. Son attitude envers Vincent, fragile,  pétri de doutes,  est destructrice.  Vincent en vient à se trancher l'oreille, le 23 décembre 1888,  dans un accès de folie qui lui vaut un temps d'internement. La "crise d'Arles" interrompt – provisoirement-   les relations entre Paul  et Théo.

   C'est en 1891 – il va avoir 43 ans – que Gauguin met le cap sur Tahiti, entreprenant avec Daniel de Monfreid une correspondance d'éloignement précieuse pour ses biographes, et une période d'amours et d'art très créatrice. Imprégné de la mythologie et des moeurs locales, il sent la nécessité d’"outrer" les couleurs.  Quand il se trouve à court de toiles - difficultés financières obligent - il sculpte sur bois. Un art dont le biographe déplore qu'il passe trop souvent à la trappe.

   Le retour en France et en Bretagne est marqué d'un drame - la rixe de Concarneau , durant laquelle le peintre et ses amis sont sauvagement pris à partie -  qui lui fait perdre à vie l'usage d'un de ses pieds.  Souffrance, prise de morphine et l'incitation à l'alcoolisme qu'elle engendre auront de dramatiques effets sur la production de l'artiste.

   Il retourne à Tahiti toujours désargenté, tandis que Mette toujours à Copenhague tire un confortable profit de la vente de ses oeuvres.

   Grugé par  Charles Morice, un prétendu ami dans la publication de son récit Noa-Noa, Gauguin se sent également exploité par son marchand d'art Ambroise Vollard.  Voilà qui n'arrange pas un caractère déjà belliqueux à la base.

   La dernière partie de sa vie se déroule aux îles Marquises, lesquelles généreront une nouvelle mutation chromatique de son oeuvre. Sa santé se dégrade au même titre que ses finances. Son coeur cesse de battre le matin du 8 mai 1903.

  Précise et extraordinairement fouillée, cette biographie détaille toutes les oeuvres de l'artiste à l'aune de sa vie, de son tempérament. Elle nous révèle tant les influences, les éloignements - avec l'impressionnisme notamment - ruptures, ... que   le renouvellement constant qui caractérisent l'oeuvre de l'artiste.

« Quelles que soient les opinions qu'on peut se forger sur l'homme, ses moeurs, son tempérament, [Paul Gauguin] mérite d'être aimé pour son projet d'artiste-monde."

  Un portrait magistral 

  Apolline Elter

  Gauguin, David Haziot, biographie, Ed. Fayard, sept. 2017, 808 pp

Billet de ferveur

AE : Notre regard sur Gauguin est réducteur. Nous le cantonnons à sa production picturale « exotique ». Vous le déplorez

L’exposition, «  Gauguin, l’alchimiste »  qui se tient en ce moment au Grand Palais, tend à montrer toutes les facettes de son art,  peintures de toutes époques, esquisses, grès, céramiques, sculptures sur bois et même ses écrits.  Cette mise en perspective vous satisfait-elle ?  

David Haziot : Cette exposition parisienne est magnifique pour la sculpture, jamais je n’en ai vu d’aussi complète, ni d’aussi belle, pour révéler cet aspect de Gauguin qui fut un extraordinaire sculpteur, d’une originalité stupéfiante le plus souvent. Pissarro avait voulu l’inciter à aller pleinement dans cette direction, mais Gauguin refusa en écrivant à son ami et maître que si la peinture se vendait mal, c’était pire encore pour la sculpture.

   Il s’adonna donc à cet art quand il n’avait plus de toile à peindre, par envie brusque, pour se venger d’un ennemi ou adversaire dont il mit l’effigie sur son terrain ouvert à tous à Tahiti ou à Hiva Oa, ou quand il espéra en tirer profit en travaillant dans un atelier de céramique avec Chaplet ou Delaherche.

   Malgré ces restrictions, le catalogue des sculptures de Gauguin compte plus de 250 numéros, car il travailla aussi tous ses objets familiers, cannes, sabots, accoudoirs de meubles, compotiers, etc. Il confie à la sculpture le plus intime de son inspiration et cet art joue le rôle pour lui de journal, de laboratoire d’essais. Par exemple, quand il se cherche encore à Tahiti, c’est dans la sculpture qu’il trouvera la solution, en reprenant les formes et motifs de l’art marquisien et en les fracturant, en les ouvrant comme des fleurs pour faire des œuvres non plus closes dans une mythologie qui a réponse à tout, mais libres, ouvertes sur un avenir ignoré.

   On trouve aussi dans cette exposition des exemples de l’art de la gravure de Gauguin, si nouveaux par leur technique inversée : au lieu de creuser l’intérieur des formes sur son bois pour ne laisser s’encrer que les contours, il incise les contours et laisse le reste plein. Il en résulte ces surprenantes gravures noires pour représenter un pays de lumière comme Tahiti, ou sa mythologie religieuse.

  En revanche, je suis resté un peu sur ma faim pour la peinture présentée dans cette exposition. Il y a trop peu d’œuvres, malgré certaines qu’on ne voit pas souvent comme Intérieur rue Carcel, un chef d’œuvre inspiré de Degas, mais j’ai déploré l’accrochage et la mise en lumière un peu trop sombre à mon goût. L’impression de voir les œuvres au fond d’une crypte parfois. Cela nuit aux couleurs de Gauguin qui peint la plupart du temps en tons proches. J’avais trouvé la mise en lumière des Gauguin de la collection Chtchoukine bien meilleure à la Fondation Vuitton (œuvres sur murs gris éclairées par des spots en vraie lumière blanche à 5 à 6000°K). La salle Gauguin brillait de mille feux. Mais ne boudons pas notre plaisir de voir des œuvres qui voyagent rarement. Elles valent le détour et l’attente qui précède parfois l’entrée, si on n’a pas acheté un coupe-file. Une très belle exposition parisienne assurément, dont on peut remercier les organisateurs.  

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Biographies | Commentaires (0) |  Facebook | |

20 11 17

Jacques Brel, poète de l'intemporel !

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C'est en poète que Frédéric Marotta aborde l'oeuvre de Jacques Brel. Il est certain que Brel n'a jamais voulu qu'on le qualifie de poète (ni Brassens, par ailleurs), laissant cette appellation aux poètes littéraires ; sans doute une question de génération. Car « poète de l'intemporel », il l'est assurément et l'auteur en fait une belle démonstration.

Son résumé biographique commence avec l'explication de toute une vie : « Jacques Brel aura toute sa vie le sentiment de ne pas avoir eu d'enfance. »

Dans le chapitre « L'amour », Marotta écrit : « La femme est, dès le début, un horizon, un repère, un but de « voyage », une raison de se dépasser. Brel est comme Roméo, ce héros tragique de Shakespeare, il est un « amoureux de l'amour ». J'aime beaucoup son analyse des textes selon le feu, la terre et le ciel. Et enfin cette déclaration de Brel lui-même : « Je crois que ce que j'appelle amour dans mes chansons est, en réalité, de la tendresse. »

Dans « L'amitié », l'auteur redit combien celle-ci était importante pour l'artiste. « En définitive, Jacques Brel n'a vécu qu'en donnant, en s'offrant, en se dépassant « pour » et « par » amour. »

Après « La mort », nous trouvons – textes à l'appui - la comparaison de Brel et de Don Quichotte. « Il en a l'étoffe et le rêve, le physique aussi, il en a toute la folie et la démesure. » Et relire « Rêver un impossible rêve... » de « La Quête » est encore un bonheur, dès années plus tard.

Nous avons ici un livre subjectif et pourtant précis, lisible et sérieux, poétique et documenté. Dans la préface, Nara Noïan, qui a chanté Brel, écrit : « La poésie musicale et subtile, la « prose crue », la réalité amère sans fioritures comme Camus dans la littérature ». C'est on ne peut plus juste !

Tout Brel, et ce livre, nous ramène à l'amour, ce que confirme l'auteur dans la dernière page de l'essai : « L'énergie d'amour demeure la pierre angulaire à l'évolution de l'être humain sur toute la planète ».

 

Jacques MERCIER

 

« Brel, poète de l'intemporel », essai, Frédéric Marotta, 86 pp, 13 euros. www.lespressesdumidi.fr

15 11 17

Les deux têtes de l'aigle...

François-Joseph et Sissi – Le devoir et la rébellion.jpgHistorien de grand talent et spécialiste des têtes couronnées, Jean des Cars [1] signe aux Éditions Perrin à Paris François-Joseph et Sissi – Le devoir et la rébellion, un essai brillant et bellement illustré dans lequel il se penche sur le couple paradoxal et romanesque constitué à leur mariage le 24  avril 1854 par le très autocrate François-Joseph  Ier, empereur d’Autriche et roi apostolique de Hongrie, né le 18  août 1830 à Vienne et mort dans cette ville le 21  novembre 1916, et par son épouse anarchisante Élisabeth Amélie Eugénie de Wittelsbach, dite « Sissi », duchesse en Bavière, née le 24  décembre 1837 à Munich et morte assassinée le 10  septembre 1898 à Genève, en Suisse [2].

Voici ce qu’il nous en dit :

« François-Joseph et Sissi. Pour l'éternité, ils constituent un couple légendaire parmi les plus célèbres de l'histoire. Pour le meilleur et pour le pire, entre quelques joies et d'innombrables tragédies, toutes ancrées dans la mémoire européenne, préludes à la fin d'un monde, celui d'avant 1914, "le monde d'hier" de Stefan Zweig.

Quelle fut leur vie, publique et privée ? Comment fonctionna cette monarchie conjugale, double, elle aussi ? Dans quels domaines furent-ils d'accord ? Apprirent-ils la vérité sur la mort, à Mayerling, de leur seul fils et héritier ? Et cette question simple, mais essentielle : se sont-ils réellement aimés à défaut d'être heureux ?

De l'union à la cohabitation, des crises à l'entente cordiale, de l'amusement à l'agacement, de l'exaspération à la colère, cette biographie croisée présente le destin exceptionnel de deux têtes couronnées devenues des mythes de leur vivant.

Celui du "dernier monarque de la vieille école", amoureux définitif de son épouse fuyante, assassinée par un anarchiste ignorant que sa victime était bien plus révolutionnaire que lui et qu'elle espérait cette délivrance. Une mort qui bouleversa les peuples et laissa son mari inconsolable. »

Dans cet ouvrage magistral, Jean des Cars, avec la maestria qui lui est coutumière, marche sur les pas d'un homme de devoir et d'une femme en rébellion.

Pour rappel à nos lecteurs belges, ces souverains eurent quatre enfants, dont l’un eut des liens directs avec le roi Léopold II :

– Sophie Frédérique Dorothée Marie Josèphe (1855-1857), archiduchesse d'Autriche.

– Gisèle Louise Marie (1856-1932), archiduchesse d'Autriche. Elle épousa (1873) le prince Léopold de Bavière (1846-1930)

– Rodolphe François Charles Joseph (1858-1889), archiduc d'Autriche et prince héritier de l’empire austro-hongrois. Il épousa (1881) la princesse Stéphanie de Belgique (1864-1945). Il mourut avec sa maîtresse Marie Vetsera, née en 1871, dans le pavillon de chasse de Mayerling le 30 janvier 1889.

– Marie Valérie Mathilde Amélie (1868-1924), archiduchesse d'Autriche. Elle épousa (1890) l'archiduc François-Salvator de Habsbourg-Toscane, prince de Toscane (1866-1939).

Bernard DELCORD

François-Joseph et Sissi – Le devoir et la rébellion par Jean des Cars, Paris, Éditions Perrin, novembre 2017, 543 pp. en quadrichromie au format 16 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 25 € (prix France

[1] Jean Marie de Pérusse des Cars, dit Jean des Cars, né le 24 avril 1943 à Paris, est l’auteur d’une œuvre abondante, avec notamment des titres comme Louis II de Bavière ou le roi foudroyé (Perrin, 1975), Malesherbes, gentilhomme des Lumières (Éditions de Fallois, 1994), La princesse Mathilde (Perrin, 1996), Eugénie, la dernière impératrice (Perrin, 1997), Sissi, impératrice d'Autriche (Perrin, 1999), Rodolphe et les secrets de Mayerling (Perrin, 2004), La saga des Romanov (Plon, 2008), La saga des Habsbourg. Du Saint Empire à l'union européenne (Perrin, 2010), La saga des Windsor (Perrin, 2011), La saga des reines (Perrin, 2012), La saga des favorites (Perrin, 2013), Le sceptre et le sang (Perrin, 2014), Nicolas II et Alexandra de Russie. Une tragédie impériale (Perrin, 2015), Le siècle des sacres (Perrin, 2016).

[2] C’est de cet événement que s’inspira Jean Cocteau pour rédiger en 1944 sa pièce de théâtre L’Aigle à deux têtes, créée le 21 décembre 1946 au théâtre Hébertot à Paris.

08 11 17

L’exécuteur des basses œuvres de Staline…

Le fonctionnaire de la Grande Terreur – Nikolaï Iejov.jpgLe nom de Nikolaï Iejov (1895-1940), ministre du NKVD, la police politique soviétique, est associé pour toujours au moment le plus sinistre de l'histoire russe, celui de la Grande Terreur (1937-1938) et de ses millions de victimes.

Pour rédiger sa biographie intitulée Le fonctionnaire de la Grande Terreur : Nikolaï Iejov dont la traduction française est publiée chez Gallimard à Paris, Alexeï Pavlioukov, chercheur à l’Institut de sociologie de l’Académie des Sciences de Russie, a eu accès aux archives centrales du FSB (les services de police politique actuels qui ont pris à Moscou la succession du KGB, lui-même héritier du NKVD), habituellement fermées aux chercheurs, et en particulier aux dossiers d'instruction de Iejov lui-même et de ses plus proches collaborateurs, quand ils furent à leur tour arrêtés.

Présentation de l’ouvrage, véritable plongée dans les entrailles de la Bête immonde stalinienne :

« Cherchant à se disculper, tous racontèrent dans le détail comment la machine avait été mise en marche sur ordre de Staline, et comment elle avait fonctionné pendant un peu moins de deux ans avec ses quotas de victimes planifiés.

Iejov, personnalité banale, sinon falote, apprenti tailleur, soldat adhérant pendant la révolution au parti bolchevik dont il devient un fonctionnaire, s'élève peu à peu à l'intérieur de l'appareil grâce à une vertu que très vite relèvent ses chefs : l'aptitude à exécuter coûte que coûte les ordres reçus, sans états d'âme autres que la promesse d'une promotion.

Petit, timide, piètre orateur, inculte, il serait probablement depuis longtemps oublié s'il était resté un homme de l'appareil du parti responsable des cadres et n'avait pas été, par la volonté de Staline, appelé à s'occuper de la police politique.

Le lecteur suit pas à pas cette ascension, puis la chute quand Staline décide de mettre fin à la Grande Terreur et de se débarrasser de ses exécutants.

Iejov fut un rouage essentiel de la Grande Terreur et sa biographie est en réalité celle d'un système avec la part de hasards, de rencontres, d'opportunités de carrière, de logique bureaucratique et d'effets sanguinaires, dictés tant par l'aveuglement idéologique que par les circonstances d'une réalité qui échappe aux plans et se montre rétive aux programmes.

C'est, somme toute, la biographie scrupuleuse d'une criminalité de bureau. »

Commise par un « nain sanglant » qui n’est pas sans rappeler celle tout aussi sanguinaire de Joseph Goebbels, le nabot d’Hitler…

Bernard DELCORD

Le fonctionnaire de la Grande Terreur : Nikolaï Iejov par Alexeî Pavlioukov, traduction du russe par Alexis Berelowitch, Paris, Éditions Gallimard, collection « Nrf », avril 2017, 653 pp. en noir et blanc au format 14 x 22,4 cm sous couverture brochée en couleurs, 32 € (prix France)

08 11 17

« La pluie est traversière / elle bat de grain en grain / quelques vieux chevaux blancs / qui fredonnent Gauguin… » (Jacques Brel – Les Marquises)

Gauguin (cover).jpgPaul Gauguin (1848-1903) est l’un des peintres français majeurs du XIXe siècle et l’un des plus importants précurseurs de l’art moderne.

Une exposition intitulée Gauguin l’alchimiste lui est consacrée à Paris au Grand Palais jusqu’au 22 janvier 2018 par l’Art Institute of Chicago, l’Établissement public des musées d’Orsay et de l’Orangerie et la Réunion des musées nationaux-Grand Palais.

Elle retrace son étonnante carrière, dans laquelle il a exploré les arts les plus divers : peinture, dessin, gravure, sculpture, céramique... et les chefs-d’œuvre réunis pour l’occasion mettent en avant le travail de l’artiste sur la matière ainsi que son processus de création : Gauguin va bâtir son art sur la répétition de thématiques et de motifs récurrents.

Cet événement majeur est l’occasion pour les Éditions Flammarion de ressortir l’incontournable Gauguin de l’historienne de l'art et conservatrice de musées Françoise Cachin (1936-2011) paru en 1988, un essai biographique magistral richement illustré et habilement développé.

En voici la présentation de l’éditeur :

« Unique à bien des égards, la vie romanesque Gauguin est tout compte fait bien moins extraordinaire que son itinéraire de peintre qu'elle occulte souvent. Ce livre, ici réédité, retrace l'aventure artistique de Gauguin et de sa génération et les étapes majeures de l'évolution de son œuvre, à travers une abondante illustration et l'analyse d'une centaine de ses œuvres – tableaux, dessins, sculptures.

Des commentaires des tableaux au texte, on suit les interrogations et les doutes de l'artiste, ses enthousiasmes et ses brouilles, l'aventure tragique d'Arles avec Van Gogh, jusqu'au départ pour les îles. À Tahiti puis aux Marquises, on le sait, Gauguin veut retrouver la naïveté des premiers âges et ressourcer son être loin des entraves de la civilisation. Ici, l'auteur éclaire la part respective du mythe et de la mystification dans la vision de la Polynésie que nous a léguée Gauguin.

Mais, jusqu'au bout, les motifs d'inspiration polynésiens seront loin de recouvrir les composantes d'un art prodigieusement savant qui mêle les sources les plus diverses – par exemple Degas, Cézanne, Puvis de Chavanne, l'art égyptien, l'art précolombien – à une subtilité de coloris toute occidentale. »

Précisons en outre qu’un film d’Édouard Deluc intitulé Gauguin – Voyage de Tahiti avec Vincent Cassel dans le rôle-titre est sorti en salles le 20 septembre 2017

Bernard DELCORD

Gauguin par Françoise Cachin, Paris, Éditions Flammarion, septembre 2017, 312 pp. en quadrichromie au format 22 x 27,9 cm sous couverture cartonnée et jaquette en couleurs, 35 € (prix France)

Informations pratiques :

Exposition Gauguin l’alchimiste

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GRAND PALAIS, GALERIES NATIONALES

3, avenue du Général Eisenhower

75008 Paris

Serveur vocal : 00 33 (0)1 44 13 17 17

Galeries nationales

Entrée Clemenceau, place Clemenceau, Paris 8e

Entrée Square Jean Perrin, Champs-Élysées, avenue du Général Eisenhower, Paris 8e

Entrée Winston Churchill, avenue Winston Churchill, Paris 8e

Accès pour les personnes à mobilité réduite : Avenue du Général Eisenhower – Porte B

Des places de stationnement pour personnes handicapées, sous réserve de disponibilité, sont situées dans l'avenue du Général Eisenhower, devant le square Jean Perrin.

Une salle de l’exposition Gauguin l’alchimiste n’est pas accessible aux personnes en fauteuil roulant (salle accessible uniquement par 11 marches)

Horaires :

Jusqu’au 22 janvier 2018

Tous les jours de 10 h à 20 h

Nocturnes les mercredis, vendredis et samedis jusque 22 h

Fermé le mardi

Fermetures anticipées à 18 h les dimanches 24 et 31 décembre.

Fermé le lundi 25 décembre 2017

Pendant les vacances de Noël (du 23 décembre 2017 au 7 janvier 2018), ouvert tous les jours y compris le mardi de 9 h à 22 h (fermeture à 20 h le 7 janvier)

Tarifs :

Plein tarif : 14 €

Tarif réduit : 10 €

Tarif tribu (4 personnes dont 2 jeunes de 16-25 ans) : 38 €

03 11 17

« Le pouvoir ne doit pas être conquis, il doit être détruit. » (Mikhail Bakounine)

Bakounine – La vie d'un révolutionnaire.jpgHanns-Erich Kaminski, né à Labiau en Prusse orientale le 29 novembre 1899, probablement mort en Argentine en 1963, est un journaliste et écrivain libertaire allemand d'expressions allemande et française.

On lui doit Zur Theorie des Dumping, sa thèse de doctorat défendue à l’université de Heidelberg en 1921, Fascismus in Italien (Berlin, 1925), Ceux de Barcelone (Denoël, Paris, 1937), Céline en chemise brune ou le Mal du présent (Les Nouvelles Éditions Excelsior, 1938), Troisième Reich, Problème sexuel (écrit en français, mais paru seulement dans une version en espagnol à Buenos-Aires en 1940), Journal de Lisbonne (manuscrit coécrit avec Anita Karfunkel et probablement perdu) et, surtout, Bakounine, la vie d'un révolutionnaire (Aubier-Montaigne, Paris, 1938), une biographie magistrale récemment republiée à Paris aux Éditions de la Table ronde dans la collection de poche « La petite vermillon ».

Mikhaïl Aleksandrovitch Bakounine, né le 18 mai 1814 (30 mai 1814 dans le calendrier grégorien) à Priamoukhino (gouvernement de Tver, Empire russe) et décédé le 1er juillet 1876 à Berne (Suisse), est un révolutionnaire, philosophe et théoricien de l'anarchisme qui a abondamment écrit sur le rôle de l'État et posé les fondements du socialisme libertaire.

Très influencé par la dialectique hégélienne, il fut l’adversaire déterminé de Karl Marx au sein de la Première Internationale [1] dont il sera exclu au congrès de La Haye (en septembre 1872).

Son engagement militant l’amena à participer activement à des mouvements révolutionnaires (à Paris en 1848 – puis durant la Commune de 1870 – et à Dresde en 1849, ce qui lui valut en 1850 une condamnation à mort rapidement commuée par peur de l’opinion publique et son extradition vers les geôles de la Russie tsariste qui le déporta ensuite en Sibérie jusqu’en 1859) et à propager ses idées en Angleterre, en Belgique, en France, en Italie, en Espagne et en Suisse où il mourra d'une urémie.

Voici la présentation de l’ouvrage par l’éditeur :

« La silhouette d'un colosse traverse les révolutions politiques de l'Europe. Bakounine accourt là où règne l'émeute, et la crée quand elle n'existe pas. Arrêté lors de l'insurrection de Dresde, sa tête mise à prix, il est condamné à mort puis livré au tsar Nicolas. Ses forteresses le retiendront six ans, mais pas la Sibérie, d'où il s'enfuira pour reprendre son combat contre toutes les autorités de la terre.

Inlassablement, il insistera sur la nécessité de saper les fondements juridiques de l'ordre existant pour rendre vaine toute tentative de restauration, s'attaquant aux institutions plutôt qu'à ses représentants.

Des conspirations de sa jeunesse à la “dictature invisible” qui lui paraîtra plus tard mieux adaptée à son projet d'incendier châteaux, cadastres et hypothèques, Bakounine cherchera à réunir les conditions d'une liberté qui ne doit pas être octroyée, mais conquise...

Hanns-Erich Kaminski a su décrire avec justesse et chaleur la vie étonnante de cet aristocrate russe devenu un vagabond magnifique et dépenaillé, à qui on ne pouvait refuser que de partager son rêve. »

Véritable thriller politique, cette biographie du Camarade Vitamine comme l’appelait Léo Ferré est aussi un exposé lumineux des thèses libertaires qui demeurent, au cœur des temps rétrogrades que nous connaissons, ceux du politiquement correct, du moralisme étroit, de la bien-pensance et des lobbies religieux ou sectaires de toutes obédiences, plus que jamais nécessaires !

Bernard DELCORD

Bakounine – La vie d'un révolutionnaire par Hanns-Erich Kaminski, Paris, Éditions de la Table ronde, collection « La petite vermillon », septembre 2017, 403 pp. en noir et blanc au format 10 ;8 x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 8,70 € (prix France)

 

[1] L'Association internationale des travailleurs (AIT) est le nom officiel de la Première Internationale, fondée le 28 septembre 1864 à Londres au Saint-Martin's Hall.

03 11 17

« On crée pour l’éternité, même si elle se charge de démentir. » (François Mitterrand)

Le dossier Mitterrand.jpgCent ans après la naissance et vingt ans après la mort de François Mitterrand (1916-1996), les Éditions de la République, émanation de Éditions Ophrys, et le magazine « L'Histoire » ont fait paraître Le dossier Mitterrand, un brillant essai rédigé par 14 spécialistes éminents placés sous la houlette de l’historien Michel Winock, professeur émérite à Sciences Po Paris, qui se penchent sur la personnalité indéchiffrable de l’ancien Président de la République française (du 21 mai 1981 au 17 mai 1995), sur sa carrière politique et sur son bilan à la tête de l'État.

De Vichy à la Résistance, l’ouvrage tente de faire la lumière sur une trajectoire controversée, celle d’un jeune homme de droite devenu le leader de la gauche. Était-il vraiment socialiste ? Quels étaient ses rapports avec l'argent ? Comment ce brillant stratège a-t-il amené la gauche au pouvoir en 1981 ? Qu'a-t-il fait de sa victoire ? De quelle manière gouvernait-il ? Que faut-il retenir de ses deux septennats ? Où sont ses archives et comment peut-on les consulter ?

Autant de questions abordées, autant de mystères plus ou moins élucidés par les brillants exégètes que sont Franz-Olivier Gisbert (journaliste et écrivain), Jean-Pierre Azéma (professeur émérite à Sciences Po), Benjamin Stora (professeur à l'université Paris-XIII ainsi qu’à l’INALCO – Langues orientales à Paris et inspecteur général de l'Éducation nationale française), Jean Garrigues (professeur à l’université d’Orléans), Alain Bergounioux (professeur associé à Sciences Po), Ludivine Bantigny (maître de conférences à l’université de Rouen), Jean-Michel Gaillard (auteur de nombreux ouvrages historiques, décédé en 2005), Mathias Bernard (professeur à l’université de Clermont-Ferrand), Robert Badinter (ex-Garde des Sceaux du 23 juin 1981 au 18 février 1986), Jean-Luc Bœuf (haut fonctionnaire), Yves Léonard (professeur d’histoire contemporaine à Sciences Po), Édouard Vernon (historien), Jacques Marseille (décédé en 2000, il fut professeur à l’université Paris I Sorbonne) et François Bazin (ancien rédacteur en chef du Nouvel Observateur).

Écrit à 15 mains, cet ouvrage historique est aussi palpitant qu’un polar !

Bernard DELCORD

Le dossier Mitterrand, ouvrage collectif sous la direction de Michel Winock, Paris, Éditions de la République & L’Histoire, décembre 2016, 190 pp. en noir et blanc au format 12 x 18 cm sous couverture brochée en couleurs, 12 € (prix France)

14 10 17

Le Che mourait voici cinquante années

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Décédé il y a cinquante ans, le 9 octobre 1967,  Le Che reste La figure emblématique des guérilleros cubains,  des combattants farouches pour  la liberté des peuples. A l'occasion de cet anniversaire, le journaliste, écrivain, grand reporter Jean Cormier a augmenté d'éléments neufs la biographie qu'il lui consacrait en 1995, nourrie alors  de la collaboration d'Hilda, la fille aînée du Che (décédée en 1995) et d'Alberto Granado, l'ami de jeunesse et des grandes traversées à mobylettes. Ce dernier s'est éteint en 2011.

 Médecin, archéologue, écrivain, journaliste, photographe, poète, joueur d'échecs, sportif, il va devenir guérillero, président de la Banque  nationale, ministre, ambassadeur ... Pas de doute, le Che est  pluriel.

 Pas de doute non plus, la valeur n'attend pas le nombre des années. 

Né en Argentine, le 14 juin 1928,  aîné d'une fratrie nombreuse, Ernesto est tôt frappé d'asthme; le mal sera le moteur de son fabuleux destin.  Il justifie sa soif de lectures - qui meublent les nuits frappées de crises et d'insomnies - son activité exubérante.

S'il étudie la médecine,  pour soigner son prochain, il veut surtout partager avec lui cette soif de liberté dont il fait son combat de vie.  La rencontre avec le Cubain  Fidel Castro, au Mexique, le soir du 9 juillet 1955 scelle son intégration dans le Mouvement du 26  juillet et la lutte qui mènera les barbudos à la prise de la Havane, le 2 janvier 1959 et au renversement corollaire du régime de Batista.

Leader incontesté du pays, Fidel Castro offre la nationalité cubaine à son ..fidèle allié, dès le 9 janvier 1959.  Che accède ainsi aux plus hautes responsabilités de l'Etat (Présidence de la Banque nationale cubaine,  attribution du tout nouveau ministère de l'Industrie, ...) Mais l'homme des révolutions ne peut se satisfaire à vie des situations apaisées. Il se sent bientôt appelé vers d'autres combats, au Congo, meutri par le récent assassinat de Patrice Lumumba, en Bolivie, où il sera capturé,  mitraillé de nombreuses balles.

Cette défection à la cause cubaine, qui ne fut qu'un temps la sienne, ne fera pas la joie de Fidel Castro qui rendra publique, le 3 octobre 1965, la célèbre lettre de démission, d'adieu du Che, à vocation strictement posthume..

Une enquête fouillée, minutieuse, qui restitue dans son élan de vie, la grande figure christique du Che

Apolline Elter 

S : Che Guevara- Le temps des révélations, Jean Cormier, essai, Ed. du Rocher 1995,  6e éd.,  augmentée, sept. 2017,  540 pp

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07 10 17

« Soyez réalistes : demandez l'impossible ! » (Che Guevara)

Che Guevara – Compagnon de la révolution.jpgErnesto Rafael Guevara, né le 14 juin 1928 à Rosario, en Argentine, est tombé le 9 octobre 1967 à La Higuera, en Bolivie, sous les balles d’un commando de l’armée bolivienne lancé à ses trousses à la demande de la CIA et, peut-être, de l’URSS, si l’on en croit son frère, Juan Martin Guevara. (1)
 
Plus connu sous le nom de « Che Guevara », c’était un révolutionnaire marxiste et internationaliste argentin ainsi qu'un homme politique d'Amérique latine.
 
Il avait notamment été un des dirigeants de la révolution cubaine qui renversa le dictateur Fulgencio Batista le 1er janvier 1959 et qui installa Fidel Castro au pouvoir, révolution qu'il a théorisée et tenté d'exporter vers d'autres pays, comme la République démocratique du Congo (où il se joignit aux maquis de Laurent-Désiré Kabila) ou la Bolivie.
 
À l’occasion du cinquantième anniversaire de sa disparition, les Éditions Gallimard à Paris ont ressorti (l’édition princeps date de 1997), dans leur belle collection « Découvertes », la courte biographie riche de 150 illustrations intitulée Che Guevara – Compagnon de la révolution parue sous la plume du grand reporter Jean Cormier (°1943) avec la collaboration de l’historien et biographe Jacques Lapeyre.
 
L’ouvrage est bien fait, les événements sont bien précisés, qui ont fait du Che, parce qu’il était beau, parce qu’il était audacieux, parce qu’il était brillant, parce qu’il savait ce qu’il voulait et parce qu’il est mort jeune et au combat, une légende qui se poursuit de nos jours...
 
Pointons néanmoins une petite lacune qui change certaines choses : il n’est pas rappelé que le 2 février 1959, Ernesto Guevara s'est installé dans la prison de La Cabaña, à l'entrée du port de La Havane. Il y fut le procureur d'un tribunal révolutionnaire qui a exécuté plus d'une centaine de policiers et militaires du régime précédent jugés coupables de crimes de guerre. Des volontaires y étaient invités à participer au peloton d’exécution, par exemple des membres des familles des victimes. Certains condamnés à mort devaient, devant leurs parents proches, justifier leur exécution.
 
Puis le Che créa des camps de « travail et de rééducation »…
 
Nobody’s perfect, pas vrai ?
 
Bernard DELCORD
 
Che Guevara – Compagnon de la révolution par Jean Cormier avec la collaboration de Jacques Lapeyre, Paris, Éditions Gallimard, collection « Découvertes », septembre 2017, 144 pp. en quadrichromie au format 12,5 x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 15,60 € (prix France)

(1) http://www.levif.be/actualite/international/le-parti-communiste-a-sans-doute-trahi-che-guevara/article-normal-732449.html

04 10 17

A quatre mains

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"Nous avons choisi le point de vue de la vie pour raconter celle de Gabriële Buffet"

 Et c'est en effet un portrait particulièrement vivant de leur arrière-grand-mère, Gabriële Buffet (1881-1985) que tracent, à plumes chorales, parfaitement synchronisées,  les soeurs Berest, Anne et Claire.

Jeune fille indépendante, musicienne avertie, Gabriële vit à Berlin, en ce XXe siècle débutant. Elle rencontre l'artiste- peintre d'origine cubaine Francis Picabia, au cours d'un déjeuner familial. Riche, fantasque,  gâté,  amateur de voitures, ..  Francis Picabia (1879-1951) trouve en Gabriële, l'interlocutrice, la muse, la protectrice dont il ne pourra se passer, toute sa vie durant, même s'il multiplie les frasques et infidélités d'une union matrimoniale contractée en 1909.

A l'âge de 27 ans, Gabriële sacrifie sa carrière musicale - prometteuse -  à celle de son mari.Ce sera au même âge que  Vincente Picabia, leur fils cadet, mettra fin à séjours quelques décennies plus tard.. Il était le grand-père des narratrices.

Le couple est insolite, aussi indépendant qu'interdépendant. Son histoire nous mène de Paris à New York, en passant par la Suisse, au coeur des liens tissés avec Marcel Duchamp, Guillaume Apollinaire, Tristan Tzara et les mouvances avant-gardistes de la première moitié du XXe siècle.. Un curieux marché, conclu avec Germaine Everling, maîtresse de Francis Picabia, porte, un temps, le ménage à trois personnes..

La séparation qui advient peu après (en 1919)  n'entamera jamais les liens d'un duo décidément singulier.De son côté, Gabriële  "retournera à New York où elle vivra enfin une relation amoureuse exclusive avec Marcel Duchamp" 

Un récit de vie - plus que centenaire - captivant

Apolline Elter

Gabriële, Anne et Claire Berest, récit, Ed. Stock, août 2017,  450 pp