07 06 17

Bon anniversaire, Madame

Hébard.jpg Le jour de ses quatre-vingts ans, Frédérique Hébrard fait le serment , à Anne Franck  à "toutes ses espérances massacrées" d'écrire un livre de souvenirs  et d'hommages à ces nombreuses  et admirables femmes qu'elle a côtoyées depuis sa tendre enfance.

La fille de l'académicien André Chamson, épouse de Louis Velle, romancière à succès - On lui doit La Demoiselle d'Avignon, Le château des Oliviers, - fête, ce 7 juin, ses 90 printemps, promesse accomplie.

Guerre de 40-45,  début sur les planches, rencontres avec l'homme de sa vie - son mari- et avec des personnalités solaires et généreuses, telles les actrices Michèle Morgan, Brigitte Fossey, Eva Darlan...glaciales,  telle Simone de Beauvoir ou violentes..., maternités, souci de santé.. jalonnent le récit d'une vie heureuse et bien remplie,  empreinte d'une fondamentale bienveillance et de l'idée thucydidienne que " Les choses n'arrivent qu'à ceux qui peuvent les raconter." 

Bon anniversaire, Madame

 Apolline Elter

  Elle était une fois, Frédérique Hébrard, souvenirs, Ed Flammarion, mars 2017, 382 pp

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01 06 17

Minimalisme vous avez dit?

Certaines biographies vous subjuguent tant elles ciblent l'essence de leur sujet, 

Tel le portrait, par Laurence  Benaïm,  du décorateur Jean-Michel FRANK ( 1895- 1941)  pape du minimalisme et de la période des Arts déco.

Je vous reviens, à son sujet, à la rentrée, mais je ne peux vous  laisser passer été sans toucher mot de cette découverte. Le nombre de post-it fleurissant sur la tranche de l'ouvrage est, pour le moins, .éloquent

Jugez-en:

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Né à Paris, le 28 février 1895, au sein d'une famille juive aisée, Jean-Michel doit à son teint bistre, sa petite taille, sa démarche ..insolite, la conscience immédiate d'être différent. L'affaire Dreyfus qui sévit, dès sa naissance, fait grand obstacle à la volonté d'intégration des Frank à la France.

Nés sur le sol français, les frères aînés de Jean-Michel meurent en 1915 sous les drapeaux - français - de la Grande Guerre tandis que leur père se voit refuser la nationalité française, sous prétexte d'origines allemandes; il  ne s'en remet pas, se suicide, le 11 novembre 1915 à 11 heures, tandis que son épouse tombe progressivement en grave dépression..  Jean-Michel a 20 ans. Le destin familial va le poursuivre toute sa vie, semer le germe de son propre suicide, à New York, le 8 mars 1941.

Entre-temps, il a connu le monde, exprimé son angoisse existentielle, à travers une série de chantiers de décoration intérieure, qui en raison de la fortune, de la notoriété des commanditaires, signeront sa gloire. Il aménage - et dépouille de la sorte -  les intérieurs de Colette et Pierre Drieu de la Rochelle,  Marie-Laure et Charles de Noailles, .. de François Mauriac, Elsa Schiaparelli,  Nelson Rockfeller.. faisant du vide, de l'absence, du silence mais aussi du jeu de la lumière, sa marque de fabrique.  Les tons sont sobres, d'une palette qui va du blanc au brun, en passant par le beige; les matériaux rares, luxueux et communs, s'associent en une mixité bien d'avant-garde, les revêtements en galuchat, côtoyant ceux faits de simple paille. Notamment...

Une ascèse qui invite à la méditation et préfigure par de nombreux points notre esthétique contemporaine.

Un récit flamboyant

A suivre, assurément.

Apolline Elter

Jean-Michel Frank, Le chercheur de silence, Laurence Benaïm, biographie, Ed. Flammarion, avril 2017, 342 pp

 

 

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29 05 17

Bon anniversaire, Mr Président

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John Fitzgerald Kennedy eût eu cent ans, ce jour; le 22 novembre 1963 en a décidé autrement qui commémore son tragique assassinat.

Derrière le mythe du président rayonnant,jeune, beau, en un mot, particulièrement séduisant,  du couple glamour qu'il forme avec "Jackie", se découvre un homme malade - il était notamment atteint d'insuffisance rénale, la fameuse maladie d'Addison - souffrant du dos et de multiples affections.  A cela se greffe une addiction au sexe - JFK aime les femmes, à l'instar de son père - et les multiples médications qu'il ingère, augmentent, entre autres, sa libido...

Un mythe s'effrite, celui de son union avec Jackie, laquelle en prend également pour son grade.

Mais tant son temps que la postérité, auront, je crois, l'envie de préserver au martyr de Dallas, sa légende, son intimité.

A Elter

JFK, Une histoire sexuelle,  Georges Ayache, essai, Ed. du Rocher, mai 2017, 222 pp

 

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25 05 17

La misérable...

Jours de famine et de détresse.jpgTroisième d’une famille de neuf enfants, Cornelia Hubertina Doff, dite Neel Doff (Buggenum, 27 janvier 1858 - Ixelles, 14 juillet 1942) est une auteure néerlandaise d'expression française et néerlandaise.

Durant son enfance, elle a suivi ses parents dans leurs déplacements successifs (Amsterdam, Anvers, Bruxelles...) et a connu l'extrême pauvreté.

Elle parvint à en sortir en posant pour des peintres belges de renom, comme Félicien Rops ou James Ensor, ainsi que pour un personnage de Charles De Coster, Nele, sculptée par Charles Samuel et par Paul De Vigne.

Elle s'installa dans la région de Bruxelles et prit fait et cause pour les ouvriers et les plus pauvres en s'engageant dans le socialisme. Elle s’est mariée avec Fernand Brouez (1860-1900), éditeur en chef de La Société nouvelle. Elle rencontra alors l'avocat et militant socialiste, ami de la famille Brouez, Georges Sérigiers qu'elle épousa en secondes noces en 1901.

C'est dans sa maison d'Anvers qu'elle a écrit directement en français son premier livre, largement autobiographique, Jours de famine et de détresse, paru chez Fasquelle à Paris et finaliste au prix Goncourt de 1911, un texte remarquable que les Impressions nouvelles à Bruxelles ont réédité récemment dans la collection « Espace Nord ».

En voici le pitch :

« Amsterdam, fin du XIXsiècle. Keetje a neuf ans. Dans sa famille, la misère s'est implantée à demeure : elle va s'aggravant à chaque nouvel enfant, et l'usure et le découragement de ses parents rendent de plus en plus fréquents les jours de famine et de détresse...

C'est avec violence et simplicité que Neel Doff, des années plus tard, raconte ses années noires d'enfance et d'adolescence. Avec précision, “tatouée” par la misère, elle prend la plume pour évoquer le froid extrême, les expulsions, les puces, les vaines recherches d'un travail quel qu'il soit et, pour finir, la prostitution. »

C’est avec Keetje (Paris, Ollendorf, 1919) et Keetje Trottin (Paris, Crès, 1921) que Neel Doff clora sa trilogie autobiographique.

Le réalisme et la qualité littéraire de ses œuvres la firent comparer à Émile Zola. En 1975, Keetje Trottin a été adapté au cinéma par Paul Verhoeven sous le titre Keetje Tippel. [1]

Une auteure et une œuvre inoubliables !

Bernard DELCORD

Jours de famine et de détresse par Neel Doff, postface d'Élisabeth Castadot, Bruxelles, Les Impressions nouvelles, collection « Espace Nord », février 2017, 206 pp. en noir et blanc au format 12 x 18,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 8,50 €

 

[1] Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Neel_Doff

03 05 17

Ses fans n'oublient pas

004585378.jpgOn se rappelle sa chevelure, flamboyante, son regard, doté d'un subtil strabisme-  magnétique- ses Paroles, paroles, aux "r" roulés, en duo avec Alain Delon, .. Bambino  et compagnie, ...  et la façon brusque dont Dalida quitte la vie, le 3 mai 1987, lestée d'une importante dose de barbituriques.

L'hommage que lui  rendent Fabien Lecoeuvre et Philippe Lorin ( merveilleuses illustrations et portraits) , à l'occasion de ce poignant  trentenaire, nous permet de remonter le cours de la vie Yolanda Gigliotti, depuis sa naissance, près du Caire, le 17 janvier 1933, son élection au titre de "Miss Egypte", en 1954, sa montée à Paris, ses premiers amours, amants, succès, qui la mènent de l'Olympia aux galas en USA jusqu'à ses deux tentatives de suicide, en 1967 et 1987

"Faussement forte", la diva a-t-elle succombé à ses doutes, angoisses existentielles, à la peur de se voir vieillir, celle de la solitude, au suicide de trois de ses anciens compagnons,  à l'impossibilité d'avoir pu enfanter, après un avortement? 

Une chose est sûre, le public n'oublie pas, qui l'entend encore déclarer, de son timbre velouté: " Pour moi, le public a le visage de l'amour" 

Apolline Elter

Chez Dalida- Le temps d'aimer, Fabien Lecoeuvre, Philippe Lorin (illustrations), beau livre, Ed. du Rocher, janvier 2017,  120 pp

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19 04 17

Sese Seko

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 "Ses deux ressorts, la violence et l’argent, ont terrorisé et corrompu deux générations de Zaïrois. On rêve à ce qu’aurait pu devenir son pays si Mobutu avait réussi son rendez-vous avec l’histoire en canalisant, pour le meilleur, l’énergie positive et le génie créatif hors pair du peuple congolais."

Mobutu Sese Seko décédait  d'un cancer, le 7 septembre 1997. Ce vingtième anniversaire offre l'occasion au journaliste français  Jean-Pierre Langellier de se pencher sur le parcours  politique et de vie du président zaïrois , en un essai passionnant, d'une maturité confondante.

Jeune journaliste malin et vif, Mobutu - qui signifie "poussière" en dialecte Ngbandi, de sa tribu natale - s'adjoint rapidement le titre de Sese Seko, gage d'éternité.  Tout frais trentenaire - il est né le 14 octobre 1930 - il se rend rapidement indispensable aux instances politiques qui vont gérer la toute fraîche indépendance du Congo ( 0 juin 1960) .  Ami de Lumumba, il prend bientôt ses distances et oeuvre, discrètement, à son assassinat.

Il s'arroge le pouvoir suprême fin 1965, en organisant un coup d'Etat dont il nie le nom. S'instaure alors une dictature faite de répressions - cruelles et sanglantes - de manipulations, sophismes et d'une confusion entretenue entre l'information et la propagande. 

"Mobutu utilise le passé récent du pays, chaotique et sanglant, comme un repoussoir légitimant sa remise en ordre autoritaire."

Le Président s'enrichit à outrance tandis que l'Etat sombre dans la banqueroute; il  élimine ses ennemis , d'une simple sentence " Faites disparaître" sans souiller ses mains poncepilatiennes du moindre sang.

S'il parvient, avec entregent et dépenses somptuaires , à placer son  pays sur les devants de la scène internationale,  il rate l'opportunité de s'en retirer dignement, après l'"échec fracassant" de la zaïrisation, et doit à l'hospitalité de son ami, le Roi Hassan II du Maroc, son ultime salut.

Richement étayée de recherches et de sources livresques de haut vol - dont les études de notre compatriote David van Reybrouck - cette biographie est remarquable.

Apolline Elter 

Mobutu, Jean-Pierre Langeliier, biographie, Ed. Perrin, mars 2017, 450 pp

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13 04 17

Récits de vies...

Pergaud – Qui suis-je.jpgSpécialisées dans les biographies de personnalités (souvent d’extrême droite, mais pas toujours) plus ou moins connues du grand public qu’elles publient dans leur collection « Qui suis-je ? », les Éditions Pardès à Grez-sur-Loing ont fait paraître, au dernier trimestre de 2016, quatre ouvrages consacrés respectivement à trois écrivains, deux Français (Louis Pergaud et Henry de Montherlant) et un Espagnol (Ramón del Valle-Inclán), ainsi qu’à un théoricien fasciste belge, Jean Thiriart.

Dans Pergaud – Qui suis-je ?, Bernard Piccoli, instituteur retraité et qui est depuis 2009 le président de l’Association des Amis de Louis Pergaud, retrace la courte vie (1882-1915) de l’auteur de La Guerre des boutons (1912), instituteur lui aussi, qui avait obtenu le prix Goncourt en 1910 pour De Goupil à Margot, histoires de bêtes et dont l’existence fut écourtée par la Première Guerre mondiale. Parti pour Verdun le 3 août 1914, l’écrivain y fut incorporé au 166e régiment d’infanterie et il disparut le 8 avril 1915 au cours de l’attaque de la côte 233 de Marchéville-en-Woëvre, dans la Meuse.

On doit à cet observateur sensible de la vie des bêtes, par ailleurs indigné par l’injustice, la méchanceté et la misère, des poèmes (L’Aube, 1904, L’Herbe d’avril, 1908), des histoires animalières (La Revanche du corbeau, 1911, Le Roman de Miraut, chien de chasse, 1913) et un recueil posthume de nouvelles villageoises (Les Rustiques, 1921).

Valle-Inclán – Qui suis-je.jpg

De son côté, agrégée d'espagnol, docteure en littérature générale et comparée, Annick Le Scoëzec Masson est l’auteure de Valle-Inclán – Qui suis-je ? qui traite d’un écrivain galicien méconnu en France et dont elle a traduit les Sonates.

Cet ouvrage retrace le parcours intellectuel d'un artiste hors norme et présente les multiples facettes d'une œuvre abondante, complexe et en constante évolution.

Voici ce qu’en dit la biographe :

« Ramón del Valle-Inclán (1866-1936) fait, en Espagne, l'objet d'une reconnaissance toujours plus approfondie le plaçant au panthéon des lettres hispaniques.

Rénovateur des formes dramaturgiques et du langage théâtral dans les années 1920, à l'instar d'un Brecht ou d'un Pirandello, il fut aussi un grand prosateur et un poète en quête de spiritualité. Passionné de politique, il se livra également à une critique impitoyable de la vie de son temps.

Ancrée dans une terre ancestrale, riche en légendes, la Galice, mais aussi dans le Madrid des années 1900 et celui des années vingt et trente, à la veille de la guerre civile, sans oublier l'Amérique de l'ancien empire colonial et ses tyrans d'opérette (Tirano Banderas, 1926), son œuvre se signale par une écriture exigeante, traversée de préoccupations avant-gardistes.

Des Sonates (1903-1905), quatre courts récits poétiques, à La Guerre carliste (1908-1909), trilogie romanesque, des Comédies barbares (1907, 1908 et 1923), trilogie dramatique galicienne, à Lumières de bohème (1920), pièce madrilène qui fonde l'esthétique propre de Valle-Inclán, sans oublier Carnaval de Mars (1930), satire d'une année caricaturale, l'éventail de la création cet auteur ne cesse de déployer les aspects foisonnants d'une vision magistrale à (re)découvrir.

Elle culmine avec l'entreprise de L'Arène ibérique, (1927, 1928, 1932) trilogie romanesque inachevée (un fragment en a encore été rédigé en 1938), synthèse de la réflexion esthétique, historique et idéologique de l'écrivain. »

Montherlant – Qui suis-je.jpg

Né en 1983 à Châteauroux, Sébastien Robert qui est professeur de lettres modernes au lycée Duhamel du Monceau (Pithiviers) s’est fendu d’un Montherlant – Qui suis-je ? dont voici le pitch :

« Henry de Montherlant (1895-1972) est le fils unique d'une famille de petite noblesse. Dès l'enfance, quatre grandes passions orienteront l'œuvre du futur écrivain : l'antiquité romaine, le sport, la corrida et l'écriture. La dernière parachève les précédentes. Bachelier en 1911, il découvre la camaraderie et la sensualité. Sur le front en 1918, il est blessé puis démobilisé l'année suivante. Publiant son premier roman, Le Songe (1922), il se montre attaché aux valeurs héroïques et au culte du corps, comme dans Les Olympiques (1924).

Indépendant, assoiffé de liberté, souhaitant se dépayser, il devient le « voyageur traqué » de l'Espagne à la Tunisie. Romancier à succès de l'entre-deux-guerres (Les Célibataires, 1934 et la série Les Jeunes Filles, 1936-1939), essayiste audacieux (Service inutile, 1935), il deviendra un dramaturge reconnu. De La Reine morte (1942) à La Guerre civile (1964), en passant par Le Maître de Santiago (1947), le théâtre de Montherlant prendra pension à la Comédie-Française jusque dans les années 1960.

Sans avoir fait acte de candidature, il est élu à l'Académie française en 1960. Couvert de gloire, considéré par François Mauriac comme un écrivain appartenant à la lignée de Chateaubriand ou de Barrès, il publie son dernier roman, Un assassin est mon maître, en 1971. Affaibli par plusieurs chutes, devenant aveugle, il se suicide dans son salon du quai Voltaire, à Paris, le 21 septembre 1972. »

Jean Thiriart – Qui suis-je.jpg

Enfin, dans Thiriart – Qui suis-je ?, Yannick Sauveur, docteur en sciences de l’information et de la communication, ami pendant vingt ans  de celui dont il raconte la vie, fait découvrir le parcours singulier d’un théoricien néo-fasciste belge largement oublié dans son propre pays.

Né à Bruxelles dans une famille de la petite bourgeoisie et influencé par les idées du sociologue et économiste italien Vilfredo Pareto (1848-1923), l’optométriste Jean Thiriart (1922-1992), qui fut successivement socialiste (il milita à la Jeune garde socialiste unifiée et à l’Union socialiste antifasciste), communiste et pacifiste (à la Ligue scolaire internationale pour la paix), puis national-socialiste (au Fichte Bund), collaborateur des nazis (chez les Amis du Grand Reich allemand) et plus tard soutien de l’OAS avant de finir national-communautariste, prêcha de façon récurrente pour l’avènement d’une Europe unie de Dublin à Vladivostok.

En 1960, après l’indépendance du Congo belge, il fonda le Comité d’action et de défense des Belges d’Afrique, puis le Mouvement d’Action civique (MAC), visant à exercer un contrôle moral sur la vie politique avant de donner naissance à Jeune Europe, dès le printemps 1961, qui soutint l’OAS et l’Algérie française. Ce mouvement, qui se déclinait aussi sous la forme d’un hebdomadaire, rejetait le communisme et la ploutocratie, tout en prônant la neutralité de l’Europe et la réunification de l’Allemagne.

En 1964, Thiriart publie un essai, Un Empire de 400 millions d’hommes, et, en 1967, Jeune Europe cède la place au mensuel La Nation européenne.

En 1992, Thiriart, qui a vu dans la chute du Mur de Berlin l’occasion de voir aboutir ses idées,  se rend à Moscou, où il s’entretient avec l’écrivain Anatoli Ivanov, l’intellectuel nationaliste Alexandre Douguine, le haut fonctionnaire communiste Egor Ligatchev, les hommes politiques nationalistes Sergueï Babourine et Alexandre Doughine, le militariste Voktor Alksnis, entre autres.

Il meurt en 1992, victime d’une crise cardiaque.

Bernard DELCORD

Louis Pergaud – Qui suis-je ? par Bernard Piccoli, Grez-sur-Loing, Éditions Pardès, collection « Qui suis-je ? », septembre 2016, 128 pp. en noir et blanc au format 12,4 x 17,6 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 12 € (prix France)

Ramón del Valle-Inclán – Qui suis-je ? par Annick Le Scoëzec Masson, Grez-sur-Loing, Éditions Pardès, collection « Qui suis-je ? », octobre 2016, 128 pp. en noir et blanc au format 12,4 x 17,6 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 12 € (prix France)

Henry de Montherlant – Qui suis-je ? par Sébastien Robert, Grez-sur-Loing, Éditions Pardès, collection « Qui suis-je ? », octobre 2016, 128 pp. en noir et blanc au format 12,4 x 17,6 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 12 € (prix France)

Jean Thiriart – Qui suis-je ? par Yannick Sauveur, Grez-sur-Loing, Éditions Pardès, collection « Qui suis-je ? », décembre 2016, 128 pp. en noir et blanc au format 12,4 x 17,6 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 12 € (prix France)

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11 04 17

L’homme aux doigts d’or…

Django Reinhardt - Le génie vagabond .jpgSorti en juin 2015 et réédité en avril 2017 à l’occasion de la sortie du film d'Étienne Comar intitulé Django avec Reda Kaleb et Cécile de France, Django Reinhardt – Le génie vagabond, la biographie, rédigée par Noël Balen [1], ramène sur le devant de la scène l'un des guitaristes de jazz les plus fulgurants du XXe siècle.

De sa naissance à Liberchies [2] (Belgique) le 23 janvier 1910 dans une famille de Sinti nomades habitués à traverser l’Europe de part en part jusqu'à sa mort à l’hôpital de Fontainebleau le 16 mai 1953 des suites d’une congestion cérébrale (il repose au cimetière de Samois-sur-Seine en Seine-et-Marne), cette biographie retrace les étapes de la carrière exceptionnelle et de l'existence riche de contrastes de ce Manouche : les premiers bals musettes, l'incendie de sa roulotte le 26 octobre 1928, à Saint-Ouen, et sa main gauche mutilée (il en perdit définitivement l’usage de l’annulaire et de l’auriculaire), la révélation du jazz et la rencontre avec Stéphane Grappelli, la création du Quintette du Hot Club de France, les années de gloire et les dépenses fastueuses, les déceptions américaines auprès de Duke Ellington et les difficiles retrouvailles de l'après-guerre...

Considéré avec Charlie Christian, Joe Pass et Wes Montgomery comme l’un des meilleurs guitaristes de jazz, Django Reinhardt est une référence majeure pour des guitaristes comme Andrès Segovia, Mark Knopfler ou Jimi Hendrix, qui a intitulé son dernier album Band of Gypsys (1970) pour lui rendre hommage [3].

L’ouvrage se complète d'une discographie chronologique exhaustive.

Bernard DELCORD

Django Reinhardt – Le génie vagabond par Noël Balen, Monaco, Éditions du Rocher, juin 2015, réédition avril 2017, 292 pp. + un cahier photo de 12 pp. en noir et blanc au format 15,2 x 23,5 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 19,90 € (prix France)

 

[1] Écrivain et musicien, Noël Balen partage son activité entre littérature, productions discographiques et conférences sur les musiques noires américaines. Parmi ses nombreux ouvrages musicologiques, figure L'Odyssée du jazz, considéré comme un classique. Par ailleurs, il écrit la série romanesque Le sang de la vigne, vingt-quatre enquêtes au cœur des grands vignobles, en collaboration avec Jean-Pierre Alaux. Il cosigne également avec Vanessa Barrot les romans de la série Crimes gourmands.

[2] Chaque année, depuis 2010, le Musée Django Reinhardt y ouvre ses portes durant tout un week-end à l'occasion du festival annuel de jazz manouche « Django à Liberchies ». La donation du journaliste belge Marc Danval y présente de nombreux documents d'époque (disques 78 tours et 33 tours, photos, revues…) et une iconographie détaillée y retrace chaque étape de la vie du musicien.

[3] Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Django_Reinhardt

07 04 17

« Un compositeur de l’inouï… »

Gabriel Fauré.jpgJacques Bonnaure, professeur agrégé de lettres, est critique musical. Il collabore notamment à La Lettre du musicien, Opéra Magazine et Classica. Il a publié un Saint-Saëns (2010) et un Massenet (2011) ainsi que, tout récemment, un Gabriel Fauré dans la collection « Classica » des Éditions Actes Sud.

Élève de Camille Saint-Saëns à l’école Niedermeyer et maître de Maurice Ravel au Conservatoire de Pais, Gabriel Fauré, né à Pamiers (Ariège) en 1845 et mort à Paris en 1924, est un pianiste, organiste et compositeur français célèbre pour son Requiem (1887), ses compositions orchestrales (Pavane, 1887, Pelléas et Mélisande, 1898, Masques et Bergamasques, 1919), sa musique pour piano (Valses-Caprices, Impromptus, Nocturnes, Barcarolles, Préludes…), sa musique de chambre (sonates pour violon et piano, sonates pour violoncelle et piano, Trio pour piano et cordes, quatuors pour piano et cordes, quintettes pour piano et cordes, Quatuor à cordes, Élégie, 1880, Romance sans parole), ses mélodies (Cinq mélodies de Venise, 1881, L'Horizon chimérique, 1921), La Bonne Chanson, 1892-1894, sur des poèmes de Paul Verlaine, et son opéra en trois actes Pénélope (1913).

Voici ce qu’en écrit Jacques Bonnaure :

« Compositeur très en vue, qui fut un charismatique directeur du Conservatoire de Paris, considéré avec Debussy et Ravel comme l'un des trois grands noms de la musique française de son temps, auteur de quelques pages célèbres, Gabriel Fauré n'en est pas moins un artiste mystérieux et méconnu.

Peu carriériste, grandi dans l'ombre de son aîné et ami Camille Saint-Saëns, il s'affirma peu à peu comme un maître d'une rare subtilité, refusant les brillantes séductions de la musique symphonique, alors en pleine expansion en France, pour explorer les sortilèges de la mélodie, de la musique pour piano et de la musique de chambre. 

Ce fut, pour la meilleure part de son œuvre, un compositeur de l'inouï. »

À l'instar de tous les volumes de la collection « Classica », cette biographie passionnante est en outre enrichie d'un double index, de repères bibliographiques et d'une discographie.

Bernard DELCORD

Gabriel Fauré par Jacques Bonnaure, Arles, Actes Sud, collection « Classica », avril 2017, 190 pp. en noir et blanc au format 10 x 19 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 18 € (prix France)

30 03 17

Ici, l’ombre…

Gaspard de Cherville (cover).jpgDans Gaspard de Cherville, l’autre « nègre » d’Alexandre Dumas (Paris, Honoré Champion), le chercheur belge Guy Peeters [1] a tenté de restituer la personnalité d’un écrivain oublié ou occulté depuis plus d’un siècle et d’éclairer la relation et les rapports de travail qu’il a entretenus avec Alexandre Dumas de 1852 à sa mort.

Écoutons le biographe :

« Alexandre Dumas, né le 24 juillet 1802 à Villers-Cotterêts (Aisne) et mort le 5 décembre 1870 à Puys, près de Dieppe (Seine-Maritime), a publié de nombreuses œuvres qu’il a achetées à des écrivains sans notoriété qui se voyaient rebutés par les éditeurs. Avec le nom de Dumas sur le manuscrit, ils le savaient, les portes s’ouvraient toutes grandes.

Mais Dumas a eu aussi deux collaborateurs – des “nègres”, disait-on –, avec lesquels il élaborait, parfois au jour le jour, ses romans-feuilletons.

Le premier d’entre eux, Auguste Maquet, est le co-auteur des Trois Mousquetaires, du Comte de Monte-Cristo et de bien d’autres best-sellers qui n’auraient pas vu le jour sans lui.

Quelques années après que Maquet, faute d’être rétribué, a mis fin à la collaboration, Dumas a recruté, en 1856, un second “nègre”, Gaspard Pescow, marquis de Cherville, né à Chartres (Eure-et-Loir) le 11 décembre 1819 et mort à Noisy-le-Roi (Seine-et-Oise) le 10 mai 1898, qui va écrire avec lui dix romans et une pièce de théâtre.

Tâche ardue, car peu de travaux existent sur le sujet, et Cherville n’a pas laissé de mémoires. Il s’est refusé à les rédiger par pudeur, en ce qui concerne sa vie privée, et par amitié et refus de ternir l’image de Dumas qui l’avait sauvé de la misère alors qu’il végétait, ruiné, sans travail et exilé en Belgique.

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La correspondance Dumas-Cherville, assez rare, ne suffit pas à rendre compte des relations des deux écrivains. Subsistent, par contre, à la Bibliothèque Nationale de France et à celle de l’Arsenal, de nombreuses lettres adressées par le marquis à l’éditeur Jules Hetzel, qui a été son mentor, et au romancier et dramaturge Jules Claretie, pendant et après sa collaboration avec le romancier. Restent aussi, disséminés çà et là dans les œuvres de Cherville, écrites seul ou en collaboration, et dans ses innombrables articles, des éléments autobiographiques intéressants. Enfin, il est utile de découvrir de visu les lieux où a vécu cet écrivain : Chartres et Saint-Priest, Chapelle-Guillaume (Eure-et-Loir), Bruxelles, Spa, La Varenne-Saint-Hilaire...

Reconstruire la biographie de Gaspard de Cherville, ce n’est pas seulement éclairer la trajectoire chaotique d’un homme et des écrits qu’il a produits avec Dumas ou qu’il a publiés sous son nom. C’est aussi récolter des informations sur le Dumas des dernières années, plus rarement approché que celui des débuts triomphants, et sur ses pratiques d’écriture. C’est encore, entre autres, constater que Victor Hugo a recueilli dans Napoléon le Petit le témoignage direct de Cherville sur les massacres bonapartistes du 4 décembre 1851 ; remarquer les rapports tendus qu’ont entretenus Hetzel, Dumas et Cherville avec un éditeur belge ; revenir sur le rôle important qu’a tenu Noël Parfait, l’infatigable secrétaire d’Alexandre Dumas ; juger l’attitude de Dumas fils à l’égard du collaborateur de son père...

Enfin, et ce n’est pas la seule surprise, découvrir le jeune Émile Zola demandant conseil pour sa carrière à Gaspard de Cherville et s’inspirant plus tard de textes et de réflexions du marquis pour écrire certains épisodes de La Terre. »

“Vous savez ce que je vous ai dit le jour de notre première collaboration, et ce que je vous ai répété vingt fois depuis, écrivait Dumas à Gaspard de Cherville : en littérature, le doute de soi n’est pas de la modestie. Vous doutiez de vous, et vous aviez tort ; vous pouviez faire mieux, et vous faisiez aussi bien que ceux qui tiennent les feuilletons des plus grands journaux”.

Tout montre qu’Alexandre Dumas ne le méjugeait pas et que Cherville a eu le tort de ne pas assez l’entendre… »

Une biographie passionnante, claire, sans jargon, nourrie de nombreux inédits et parsemée d’anecdotes amusantes, susceptible d’accrocher tant les spécialistes avertis de l’œuvre de Dumas que les dix-neuviémistes en général ou les lecteurs curieux.

Bernard DELCORD

Gaspard de Cherville, l’autre « nègre » d’Alexandre Dumas par Guy Peeters, Paris, Éditions Honoré Champion, collection « Romantisme Modernité », février 2017, 550 pp. en noir et blanc au format 15,5 x 23,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 95,00 € (prix France)

 

[1] Licencié et agrégé en philosophie et lettres de l’Université Libre de Bruxelles, Guy Peeters (°1947) consacre ses recherches à la vie et à l’œuvre de quelques écrivains du XIXe siècle : hommes de lettres engagés, comme Victor Hugo, Lamennais, Béranger ou Lamartine. Les Cahiers d’études sur les Correspondances du XIXe siècle, les Actes du Colloque international Lamartine de Mâcon, Nineteenth-Century French Studies (New York), entre autres, ont accueilli quelques-uns de ses travaux.

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