23 05 18

Cinéma, science et sexe…

Ecstasy and me.jpgHedy Lamarr est une actrice, productrice de cinéma et inventrice autrichienne et américaine, née Hedwig Eva Maria Kiesler le 9 novembre 1914 à Vienne (Autriche-Hongrie) et morte le 19 janvier 2000 à Casselberry (Floride).

Au cours de sa carrière cinématographique, durant laquelle elle fut sacrée « plus belle femme du monde », elle a joué sous la direction des plus grands réalisateurs : King Vidor, Jack Conway, Victor Fleming, Richard Thorpe, Jacques Tourneur, Marc Allégret, Cecil B. DeMille ou Clarence Brown.

Outre sa carrière au cinéma, elle a marqué l'histoire scientifique des télécommunications en inventant (1940), en collaboration avec le compositeur d’avant-garde George Antheil, pianiste et inventeur comme elle, la « technique Lamarr », un système secret de communication applicable aux torpilles radioguidées, qui permettait au système émetteur-récepteur de la torpille de changer de fréquence, rendant pratiquement impossible la détection de l'attaque sous-marine par l'ennemi. Il s'agit d'un principe de transmission (étalement de spectre par saut de fréquence) toujours utilisé pour le positionnement par satellites (GPS, GLONASS…), les liaisons chiffrées militaires, les communications des navettes spatiales avec le sol, la téléphonie mobile ou dans la technique Wi-Fi.

En 1933, dans Extase, un film tchèque de Gustav Machaty, dont l'histoire est proche de L'Amant de lady Chatterley, sa nudité intégrale et une scène d'orgasme avaient fait sensation et cette réputation sulfureuse ne la quitta plus. Le film, présenté à la Biennale de Venise, fut condamné par le pape Pie XII. Par la suite, la jeune femme remporta un grand succès en jouant Elizabeth d'Autriche (Sissi) sur scène.

Les Éditions Séguier à Paris ont publié sous le titre Ecstasy and me – La folle autobiographie d’Hedy Lamarr la traduction française de ses mémoires parus aux États-Unis en 1966 et qui ont causé des dommages à son image de déesse intouchable, la star s'y attardant sur sa vie privée mouvementée. Cet ouvrage figure parmi les dix autobiographies les plus érotiques de tous les temps selon le magazine Playboy. L’actrice a cru à l’époque que la franchise du texte avait mis un point final à sa carrière et en a accusé ses nègres. Le livre a été même précédé de deux introductions, une médicale et une psychiatrique, car la sexualité non maritale était alors considérée comme pathologique.

Recopions ici la présentation de l’éditeur français :

« Beauté vénéneuse, filmographie fournie et amants célèbres : Hedy Lamarr avait tout pour figurer au panthéon des reines du cinéma, entre Greta Garbo et Marlene Dietrich. Mais elle semble avoir joué de malchance... Peut-être était-elle trop sulfureuse pour l'Amérique puritaine des années 1940 ? Elle fuit son premier époux, déguisée en prostituée ; se maria six fois ; revendiqua sa bisexualité ; prit pour amants les plus grands noms d'Hollywood ; abusa de la chirurgie esthétique ; dilapida sa fortune ; se retira de la vie publique à quarante ans, ne réapparaissant qu'au gré de ses condamnations pour vol à l'étalage.

Dans cette autobiographie controversée, Hedy Lamarr livre, avec une remarquable candeur, les détails de son ascension spectaculaire, brossant au fil des pages un portrait au vitriol du Hollywood décadent des années 1940. »

Very hot, indeed!

Bernard DELCORD

Ecstasy and me – La folle autobiographie d’Hedy Lamarr, traductions de l’américain par Charles Villalon, Paris, Éditions Séguier, avril 2018, 438 pp. en noir et blanc au format 15 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 22 € (prix France)

FILMOGRAPHIE D’HEDY LAMARR

1930 : Geld auf der Straße de Georg Jacoby : la jeune fille à la table du night-club

1931 : Tempête dans un verre d'eau (Die Blumenfrau von Lindenau) de Georg Jacoby : la secrétaire

1931 : Die Koffer des Herrn O.F. d’Alexis Granowsky : Helene, la fille du maire

1932 : Man braucht kein Geld de Carl Boese : Käthe Brandt

1933 : Extase de Gustav Machatý : Eva Hermann

1938 : Casbah (Algiers) de John Cromwell : Gaby

1939 : La Dame des Tropiques (Lady of the Tropics) de Jack Conway : Manon de Vargnes Carey/Kira Kim

1940 : Cette femme est mienne (I Take This Woman) de W.S. Van Dyke : Georgi Gragore Decker

1940 : La Fièvre du pétrole (Boom Town) de Jack Conway : Karen Vanmeer

1940 : Camarade X de King Vidor : Golubka, ou Theodore Yahupitz et Lizvanetchka 'Lizzie'

1941 : Viens avec moi (Come Live with Me) de Clarence Brown : Johnny Jones

1941 : La Danseuse des Folies Ziegfeld (Ziegfeld Girl) de Robert Z. Leonard : Mrs. Sandra Kolter

1941 : Souvenirs (H.M. Pulham, Esq.) de King Vidor : Marvin Myles Ransome

1942 : Tortilla Flat de Victor Fleming : Dolores Ramirez

1942 : Carrefours (Crossroads) de Jack Conway : Lucienne Talbot

1942 : Tondelayo (White Cargo) de Richard Thorpe : Tondelayo

1944 : Le Corps céleste (The Heavenly Body) d'Alexander Hall : Vicky Whitley

1944 : Les Conspirateurs (The Conspirators) de Jean Negulesco : Irene Von Mohr

1944 : Angoisse (Experiment Perilous) de Jacques Tourneur : Allida Bederaux

1945 : La Princesse et le Groom (Her Highness and the Bellboy) de Richard Thorpe : Princesse Veronica

1946 : Le Démon de la Chair (The Strange Woman) de Edgar G. Ulmer : Jenny Hager

1947 : La Femme déshonorée (Dishonored Lady) de Robert Stevenson : Madeleine Damien

1948 : Vivons un peu (Let's Live a Little) de Richard Wallace : Dr. J.O. Loring

1949 : Samson et Dalila (Samson and Delilah) de Cecil B. DeMille : Delilah

1950 : La Dame sans passeport (A Lady Without Passport) de Joseph H. Lewis : Marianne Lorress

1950 : Terre damnée (Copper Canyon) de John Farrow : Lisa Roselle

1951 : Espionne de mon cœur (My Favorite Spy) de Norman Z. McLeod : Lily Dalbray

1954 : L'Amante di Paride de Marc Allégret et Edgar G. Ulmer : Hedy Windsor/Hélène de Troie/Impératrice Joséphine/Geneviève de Brabant

1954 : L'Eterna femmina de Marc Allégret

1957 : L'Histoire de l'humanité (The story of Mankind) d'Irwin Allen : Jeanne d'Arc

1958 : Femmes devant le désir (The Female Animal) d'Harry Keller : Vanessa Windsor

 

 

Sources : Wikipédia.

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04 05 18

L’homme d’un grand rêve…

Martin Luther King.jpgÀ l’occasion du cinquantenaire de son décès, les Éditions Gallimard à Paris ressortent la biographie de Martin Luther King bellement rédigée avec lyrisme par Alain Foix [1] et parue en 2012.

Martin Luther King Jr., né à Atlanta (Géorgie) le 15 janvier 1929 et mort assassiné le 4 avril 1968 à Memphis (Tennessee), était un pasteur baptiste afro-américain inspiré par Gandhi, militant non-violent pour les droits civiques des Noirs aux États-Unis, pour la paix et contre la pauvreté.

Entré à l'âge de 15 ans au Morehouse College, une université réservée aux garçons noirs, après avoir sauté deux années de lycée et sans avoir officiellement obtenu son certificat de fin d'études, il en sort avec le diplôme de Bachelor of Arts en sociologie le 20 juin 1948 et rentre au Crozer Theological Seminary pour un Bachelor of Divinity à Chester (Pennsylvanie) – qui correspond à une licence en théologie – qu'il obtient le 12 mai 1951. Il obtient son doctorat en théologie, à l'université de Boston, le 18 juin 1955.

Devenu en 1953 le pasteur de l'église baptiste de l'avenue Dexter à Montgomery (Alabama), il a organisé et dirigé avec le soutien du pasteur Ralph Abernathy des actions telles que le boycott (il dura 382 jours…) des bus de cette ville pour défendre le droit de vote, la déségrégation et l'emploi des minorités ethniques après que, le 1er décembre 1955, Rosa Parks, une femme noire, eut été arrêtée pour avoir violé les lois ségrégationnistes de la ville en refusant de céder sa place à un Blanc.

Martin Luther King fut lui-même conduit en prison durant cette campagne extrêmement tendue au cours de laquelle des racistes blancs ont eu recours au terrorisme : la maison de Martin Luther King fut attaquée à la bombe incendiaire le matin du 30 janvier 1956, ainsi que celle de Ralph Abernathy et quatre églises, et King a été victime de violences physiques.

Il a prononcé un discours célèbre le 28 août 1963 devant le Lincoln Memorial à Washington durant la marche pour l'emploi et la liberté : “I have a dream” (cf. infra).

Il était soutenu par John F. Kennedy dans la lutte contre la ségrégation raciale aux États-Unis ; la plupart de ces droits seront promus par le “Civil Rights Act” et le “Voting Rights Act” sous la présidence de Lyndon B. Johnson.

Martin Luther King fut le plus jeune lauréat du prix Nobel de la paix en 1964 pour sa lutte non-violente contre la ségrégation raciale et pour la paix.

Il commença alors une campagne contre la guerre du Viêt Nam et la pauvreté, qui prit fin en 1968 avec son assassinat officiellement attribué à James Earl Ray, dont la culpabilité et la participation à un complot sont toujours débattues.

Il s’est vu décerner à titre posthume la médaille présidentielle de la Liberté par Jimmy Carter en 1977, le prix des droits de l'homme des Nations unies en 1978, la médaille d'or du Congrès en 2004, et il est considéré comme l'un des plus grands orateurs américains. Depuis 1986, le Martin Luther King Day est jour férié aux États-Unis [2].

Bernard DELCORD

Martin Luther King par Alain Foix, Paris, Éditions Gallimard, collection « Folio biographies », avril 2018, 307 pp. en noir et blanc + 1 cahier de 8 pp. en quadrichromie au format 10,8 x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 8,90 € (prix France)

J'ai un rêve

(Discours prononcé le 28 août 1963 par Martin Luther King à Washington devant le Lincoln Memorial)

Il y a cinq fois vingt ans, un grand Américain, qui aujourd'hui encore nous inonde de son ombre symbolique, a signé la Proclamation d'émancipation. Ce décret d'une importance capitale est devenu une lueur d'espoir pour des millions d'esclaves noirs marqués au fer rougi à la flamme d'une injustice avilissante. Ce décret fut perçu comme l'aube empreinte de joie annonçant la fin d'une longue nuit de captivité.

Mais, un siècle plus tard, les Noirs ne sont toujours pas libres. Un siècle plus tard, la vie des Noirs est toujours cruellement entravée par la ségrégation et les chaînes de la discrimination. Un siècle plus tard, les Noirs vivent sur un îlot de pauvreté perdu au milieu d'un vaste océan de prospérité matérielle. Un siècle plus tard, les Noirs dépérissent toujours en marge de la société américaine et sont des exilés sur leur propre terre. Si nous sommes ici aujourd'hui, c'est pour dénoncer une condition honteuse.

Nous venons en quelque sorte à la capitale pour encaisser un chèque. Lorsque les architectes de notre république ont écrit les mots magiques de la Constitution et de la Déclaration d'indépendance, ils ont signé un chèque plein de promesses dont chaque Américain est devenu l'héritier. Ce chèque a été la promesse faite à tous les hommes, qu'ils soient noirs ou blancs, de jouir des droits inaliénables de la vie, de la liberté et de la quête du bonheur. Aujourd'hui, tout montre que l'Amérique n'a pas tenu sa promesse, tout au moins en ce qui concerne les citoyens de couleur. Au lieu de faire honneur à son obligation sacrée, l'Amérique a remis au peuple noir un chèque en bois, un chèque qui revient marqué de ces mots : « Sans provision ». Mais nous refusons de croire que la banque de la justice a fait faillite. Nous refusons de croire qu'il n'y a pas les fonds nécessaires dans les grands coffres de l'opportunité de la nation. Et c'est pourquoi nous venons encaisser notre chèque et exigeons le versement des richesses de la liberté et la garantie de la justice.

Nous sommes également venus dans ce lieu sacré pour rappeler à l'Amérique l'urgence absolue du moment présent. L'heure est passée de s'accorder le luxe de calmer les esprits ou de se laisser endormir par la théorie évolutive du gradualisme. Il est temps de s'engager réellement et de créer une démocratie. Il est temps de sortir de la vallée obscure et désertée de la ségrégation et d'emprunter la voie éclairée par les rayons du soleil de la justice raciale. Il est temps pour notre nation d'échapper aux sables mouvants de l'injustice raciale et de s'agripper au solide rocher de la fraternité. Il est temps, maintenant, que la justice devienne une réalité pour chacun des enfants de Dieu.

Il serait fatal pour la nation de passer outre l'urgence du moment présent. Cet été étouffant marqué par le mécontentement légitime des Noirs ne prendra fin qu'avec l'arrivée d'un automne vivifiant qui véhiculera la liberté et l'égalité. L'année 1963 n'est pas une fin, mais un commencement. Celles et ceux qui espèrent que les Noirs se contenteront d'exprimer leur colère auront un dur réveil si la nation revient, comme si de rien n'était, à ses affaires. L'Amérique ne connaîtra ni le repos ni la tranquillité tant que les Noirs ne jouiront pas de leurs droits civiques. Les tumultes de la révolte continueront à ébranler les fondations de notre nation jusqu'au jour où la lumière de la justice brillera enfin.

Mais je tiens à dire quelque chose à mon peuple prêt à franchir le seuil du palais de la justice. En voulant accéder à la place qui nous revient, nous ne devons pas nous rendre coupables d'actes frauduleux. N'étanchons pas notre soif de liberté en buvant à la coupe de l'amertume et de la haine, mais menons notre combat avec dignité et discipline. Ne laissons pas notre revendication créative dégénérer en violence physique. Encore et encore, élevons-nous vers les hauteurs majestueuses en veillant à ce que la force de l'âme l'emporte sur la force physique.

Ce nouveau militantisme merveilleux dans lequel s'engouffre la communauté noire ne doit pas nous conduire à la méfiance envers le peuple blanc, car nombre de nos frères blancs – comme le prouve leur présence aujourd'hui – ont compris que leur destinée est intimement liée à la nôtre. Ils doivent maintenant comprendre que leur liberté est inextricablement liée à la nôtre. Nous ne pouvons pas faire route seuls.

Et alors que nous marchons, nous devons nous engager à toujours aller de l'avant. À ne jamais faire demi-tour. Il y a ceux qui demandent aux partisans des droits civiques : « Quand serez-vous satisfaits ? » Nous ne serons pas satisfaits tant que les Noirs seront les victimes des horreurs indescriptibles dues à la brutalité de la police. Nous ne serons pas satisfaits tant que nos corps, pliant sous le poids de la fatigue du voyage, ne pourront pas se reposer dans les motels au bord des routes ou dans les hôtels en centre-ville. Nous ne serons pas satisfaits tant qu'un Noir du Mississippi n'aura pas le droit de vote et tant qu'un Noir à New York ne verra pas ce pour quoi il peut voter. Non, non. Nous ne sommes pas satisfaits et nous ne serons pas satisfaits tant que la justice n'aura pas gain de cause et que la vertu ne s'imposera pas.

Je n'oublie pas que certains d'entre vous sont venus ici après avoir été jugés et avoir subi moult souffrances. Certains d'entre vous viennent tout juste de quitter une cellule de prison étroite. Certains d'entre vous viennent de lieux où la quête de liberté les a exposés aux tempêtes des persécutions et aux brutalités policières.

Vous êtes les vétérans de la souffrance créative. Continuez à œuvrer avec la conviction que la souffrance non méritée est rédemptrice. Retournez dans le Mississippi. Retournez en Alabama. Retournez en Caroline du Sud. Retournez en Géorgie. Retournez en Louisiane. Retournez dans les bidonvilles et les ghettos des villes du Nord, convaincus que, d'une manière ou d'une autre, cette situation peut changer et changera. Ne nous embourbons pas dans la vallée du désespoir, je vous le dis aujourd'hui, mes amis. Et même si nous sommes confrontés aux difficultés d'aujourd'hui et de demain, je garde en moi un rêve. Et ce rêve est profondément enraciné dans le rêve américain.

J'ai un rêve qu'un jour cette nation se relèvera et verra se réaliser son credo : nous tenons ces vérités comme allant de soi, que tous les hommes naissent égaux en droits.

J'ai un rêve qu'un jour sur les collines rouges de la Géorgie, les fils des premiers esclaves et les fils des premiers maîtres seront capables de s'asseoir côte à côte à la table de la fraternité.

J'ai un rêve qu'un jour même l'État du Mississippi, un État étouffé par la chaleur de l'injustice, étouffé par la chaleur de l'oppression, deviendra une oasis de liberté et de justice.

J'ai un rêve qu'un jour mes quatre jeunes enfants vivront dans une nation où ils ne seront pas jugés pour la couleur de leur peau, mais pour ce qu'ils sont.

J'ai un rêve aujourd'hui !

J'ai un rêve qu'un jour, en Alabama, État connu pour ses racistes haineux, son gouverneur qui n'a sur les lèvres que les mots interposition et invalidation, qu'un jour en Alabama, les petits garçons noirs et les petites filles noires donneront la main à des petits garçons blancs et des petites filles blanches comme s'ils étaient frères et sœurs.

J'ai un rêve aujourd'hui !

J'ai un rêve qu'un jour toutes les vallées seront élevées, toutes les collines et les montagnes seront nivelées, tous les lieux rugueux seront lissés et tous les endroits tortueux seront redressés, et que la gloire du Seigneur sera révélée et que tous les hommes la verront ensemble.

Tel est notre espoir. Telle est la foi que je veux ramener avec moi dans le Sud. Avec cette foi, nous serons capables de tailler dans la montagne du désespoir un bloc d'espoir. Avec cette foi, nous serons capables de transformer les dissensions fracassantes de notre nation en une belle symphonie de fraternité. Avec cette foi, nous serons capables de travailler ensemble, de prier ensemble, de combattre ensemble, d'être emprisonnés ensemble, d'œuvrer ensemble pour la liberté en sachant qu'un jour nous serons libres.

Et quand ce jour arrivera, tous les enfants de Dieu pourront chanter : « Mon pays c'est toi, doux pays de liberté que je chante. Pays où mes pères sont morts, pays dont les pèlerins sont fiers, sur tous les versants des montagnes, que retentisse la liberté ! ». Et si l'Amérique veut être une grande nation, ce jour doit arriver.

Et que la liberté retentisse de tous les sommets des collines prodigieuses du New Hampshire.

Que la liberté retentisse des montagnes toutes-puissantes de New York.

Que la liberté retentisse des hauteurs des Alleghany en Pennsylvanie.

Que la liberté retentisse des sommets enneigés des montagnes Rocheuses du Colorado.

Que la liberté retentisse des pentes douces de Californie.

Mais pas seulement. Que la liberté retentisse de Stone Mountain en Géorgie.

Que la liberté retentisse de Lookout Mountain au Tennessee.

Que la liberté retentisse de toutes les collines et de toutes les montagnes du Mississippi, de tous les versants des montagnes, que la liberté retentisse !

Et quand cela se produira, quand nous laisserons cette liberté retentir, quand cette liberté retentira de tous les villages et de tous les hameaux, de tous les États et de toutes les villes, nous pourrons précipiter la venue de ce jour où tous les enfants de Dieu, les Noirs et les Blancs, les Juifs et les Gentils, les protestants et les catholiques pourront se donner la main et entonner les paroles du vieux negro spiritual « Enfin libres ! Enfin libres ! Merci Dieu Tout-Puissant, nous sommes enfin libres ! ».

(Extrait de Ces grands discours qui ont changé le monde, de Jésus à Obama, présentation de Simon Sebag Montefiore, Paris, Éditions Dunod, 2010)

 

[1] Écrivain et metteur en scène, Alain Foix (né à Pointe-à-Pitre en 1954), docteur en philosophie à la Sorbonne et diplômé d'études supérieures de 3cycle en ethnologie, fut professeur de philosophie et journaliste pigiste avant de devenir directeur de la Scène nationale de la Guadeloupe, du théâtre Le Prisme à Saint-Quentin-en-Yvelines et de La Muse en Circuit, Centre national de création musicale. Il est actuellement directeur artistique et metteur en scène de la compagnie Quai des arts. Il a déjà publié deux ouvrages dans la collection « Folio Biographies » : Toussaint Louverture (2007) et Che Guevara (2015).

[2] Sources : https://fr.wikipedia.org/wiki/Martin_Luther_King

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26 04 18

Au train où vont les choses...

005377780 (1).jpgFins connaisseurs de l'oeuvre, des lettres et expéditions asiatiques de la célèbre exploratrice, Eric Faye et Christian Garcin ont pris le parti de confronter les lieux qu'elle a  parcourus, voici un siècle  - le plus souvent à pied et dans des conditions éprouvantes -  à leur réalité actuelle.  Ils nous livrent le récit de deux voyages, du Tibet au Yunnan ( sud-ouest de la Chine) , réalisés mi-2015 et mi-2017, ainsi que le compte rendu d'une visite, le 8 avril 2016,  à Samten Dzong, la fameuse "forteresse de méditation"  de Digne les Bains et d'un entretien tonique avec Marie-Madeleine Peyronnet,  très attachante gardienne du temple.

 " Lhassa, enfin! Lhassa s'est présenté à nous à la mi-journée, après des heures de descente lente vers des vallées de plus en plus vertes et de plus en plus peuplées de yaks sombres, de maisons blanches aux toits plats et de drapeaux de prières égrenés le long de cordes qui, tendues autour d'un axe, formaient des chapiteaux multicolores.

 Lhassa, enfin; (...)"

 Lhassa en ... train. Car aujourd'hui Lhassa est reliée à Pékin par une ligne ferroviaire,  traçant  la volonté du gouvernement chinois d'extraire le Tibet de son isolement. Si la situation présente quelque avantage, elle change par trop radicalement la physionomie de l'ancienne cité interdite, celle dont Alexandra David-Néel franchit les portes, en 1924, clandestine, déguisée en mendiante, accompagnée de son fidèle Aphur Yongden

 " Le Tibet est ce grenier du monde où l'on ne monte presque jamais, où dorment les secrets de famille dans des malles à souvenirs. "

 Traversé par le fantôme de l'exploratrice, le récit en  souligne les exploits à l'aune de conditions de voyage actuelles nettement plus confortables et sécurisées , ne fût-ce que sur le plan sanitaire. Une façon  élégante de rendre hommage à une future centenaire qui avait le coeur bien accroché. De rendre justice aussi à  Aphur Yongden, son compagnon de route, qu'elle adoptera et à Philippe Néel, son mari, confident épistolaire, aide logistique primordiale.

 " Néanmoins, le Tibet touche. On n'en revient pas indemne (...) "

 C'est tout le bien que je vous souhaite à la lecture de ce récit intègre.

 Apolline Elter

Dans les pas d'Alexandra David-Néel - Du Tibet au Yunnan

 Par Eric Faye et Christian Garcin, récit, Ed. Stock,  avril 2018, 320 pp

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25 04 18

« En politique, on succède à des imbéciles et on est remplacé par des incapables. » (Georges Clemenceau)

Clemenceau – Édition du centenaire.jpgProfesseur émérite à Sciences Po, Michel Winock est l'auteur d'une œuvre considérable qui lui vaut d'être reconnu comme l'un des meilleurs historiens et biographes actuels.

Il a fait paraître chez Perrin à Paris, sous-titrée « Édition du centenaire », une luxueuse version nouvelle, revue, actualisée, augmentée et enrichie d'un cahier iconographique supplémentaire de sa biographie de Georges Clemenceau (1841-1929) publiée en version princeps chez le même éditeur en 2007 [1] puis dans la collection de poche « Tempus » en 2011.

Médecin, homme intransigeant plus tard ami de Claude Monet, maire républicain et antimonarchiste du XVIIIarrondissement de Paris durant la guerre de 1870 (époque où il rompit définitivement avec Jules Ferry), député de la Seine en 1871 sur les listes de l’Union républicaine, il tenta en vain de jouer les intermédiaires entre la Commune et les Versaillais, puis fut élu conseiller municipal de Paris en 1871 et en 1874 avant d’être choisi comme président du conseil municipal de cette ville en 1875 et de remporter un siège de député radical (d’extrême gauche, donc) de la capitale française en 1876 jusqu’en 1893.

Ardent défenseur de la séparation des Églises et de l’État, militant opiniâtre en faveur de l’amnistie des Communards, adversaire du colonialisme et de l’impérialisme prônés par Jules Ferry autant que de l’anarchisme violent, orateur brillant et féroce – ce talent lui permit de faire tomber quantité de ministères – dreyfusard de choc aux côtés d’Émile Zola, Georges Clemenceau fut sénateur de 1902 à 1906, puis ministre de l’Intérieur appelé à envoyer une troupe de 20 000 soldats le 20 mars 1906 pour calmer des grévistes à Lens, ce qui l’amena à rompre avec la gauche socialiste, révolutionnaire et syndicaliste.

Président du Conseil de 1906 à 1909, il ferrailla contre le pape et l’Église catholique, mais celui que l’on surnommait alors le « premier flic de France » [2] fut confronté en 1907 et 1908 à d’autres grèves dures dans lesquelles des personnes périrent et qui l’amenèrent à agir avec poigne, ce qui lui valut de se brouiller avec Jean Jaurès.

Redevenu Président du Conseil le 16 novembre 1917  [3], il fut un chef de guerre habile et inflexible, ce qui lui valut un second surnom, celui de « Père la Victoire », et il fut l’un des artisans du traité de Versailles signé le 28 juin 1919. Il présenta la démission de son cabinet le 17 janvier 1920 et quitta la politique, notamment pour voyager, avant de s’éteindre le 24 novembre 1929 des suites d’une crise d’urémie.

On lui doit un grand nombre de bons mots – parfois très féroces – restés à la postérité :

« On ne ment jamais tant qu'avant les élections, pendant la guerre et après la chasse. »

Au sujet de Georges Mandel, son directeur de cabinet :« Quand je pète, c'est lui qui pue. »

À Paul Deschanel, qui lui demandait de « solutionner » un problème : « Nous voulons bien essayer de solutionner votre problème, mais il faudrait d'abord nous l'explicationner ».

À propos du maréchal Lyautey, dont les mœurs étaient bien connues : « Voilà un homme admirable, courageux, qui a toujours eu des couilles au cul… même quand ce n'étaient pas les siennes ».

« Donnez-moi quarante trous du cul et je vous fais une Académie française. »

« Toute tolérance devient à la longue un droit acquis. »

Enfin, d’aucuns disent que ses dernières volontés étaient : « Pour mes obsèques, je ne veux que le strict minimum, c'est-à-dire moi. »

Bernard DELCORD

Clemenceau – Édition du centenaire par Michel Winock, Paris, Éditions Perrin, novembre 2017, 570 pp. en noir et blanc + 2 cahiers de 8 pp. en quadrichromie au format 16,5 x 24,8 cm sous couverture cartonnée et jaquette en couleurs, 35 € (prix France)

 

[1] Elle fut couronnée par le prix Aujourd'hui.

[2] Il soutint la création de la Police scientifique par Alphonse Bertillon et des brigades régionales mobiles (dites « Brigades du Tigre ») par Célestin Hennion, nommé à la tête de la nouvelle Sûreté générale qui créa un fichier des récidivistes et un service d'archives.

[3] Poste que le Tigre occupa jusqu’au 18 janvier 1920.

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28 03 18

Visions stupéfiantes

9782226402103-j.jpgComment échapper au carcan de son époque sans être taxé de fou? 

C'est mission quasiment impossible: le docteur Otto Gross (1877-1920) , psychanalyste, neurologue, disciple, un temps, de Freud, intime, un autre temps, de  Jung, paiera de séjours en asiles d'aliénés ses visions "anarchistes" de la société alliées à une consommation de stupéfiants.

Brimé d'un père omnipotent, le criminaliste autrichien Hans Gross,  le jeune homme va tenter, sa vie durant, de conquérir un espace de liberté, exprimant des visions avant-gardistes, tant en matière de sexualité, d'érotisme, qu'alimentaires - il est végétarien -  sociétales -  la colonie suisse Monte Verità annonce le mouvement hippie - féministes,  culturelles - il influence le dadaïsme berlinois - qu'éthiques: aidant Lotte Hatemmer et Sophie Benz à se suicider, Otto Gross  prône déjà une certaine forme d'euthanasie.

Face à cet être explosif, impossible à résumer, Marie-Laure de Cazotte a choisi d'en tracer le portrait intime, saisi  de l'intérieur, enrobant les faits biographiques avérés de sa compréhension fascinée de l'âme d'Otto Gross . Car c'est bien d'âme qu'il s'agit pour un être qui a passé sa vie, à pénétrer celle des autres. Ce faisant, la lauréate du Prix Horizon 2016 ( A l'ombre des vainqueurs, Ed. Albin Michel, 2014- billet de faveur en vitrine du blog) réhabilite le génie d'un homme souvent réduit à son image d'anarchiste et de toxicomane.

Une lecture..fascinante

Mon nom est Otto Gross, Marie-Laure de Cazotte, roman, Ed Albin Michel, mars 2018, 348 pp

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Biographies | Commentaires (0) |  Facebook | |

17 03 18

Une valise d'Amour

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J'ai ouvert une vieille valise à laquelle je n'avais pas touché depuis plus de cinquante ans. Je l'avais bouclée en déménageant ici rue des Saints-Pères avec Joris, en me promettant sûrement de faire le tri, ce que je n'ai jamais fait. " 

Frappée d'une brusque cécité,  puis de la récupération d'une - faible - partie de sa vision, l'époustouflante nonagénaire ouvre la valise de son passé.  Un passé marqué, à quinze ans,  par sa déportation aux camps d'Auschwitz-Birkenau, Bergen-Belsen et Theresienstadt,  d'où elle sera libérée le 10 mai 1945. 

Nous avions découvert, avec émotion, la lettre qu'elle adressait à son père, Et tu n'es pas revenu,  déjà aidée,  en sa relation  des faits, par la merveilleuse Judith Perrignon (Ed Grasset, 2015 - voir chronique sur ce blog) qui n'ayant " pris que ses mots a permis à [ses] amis de [la] retrouver" s'émerveille Marceline Loridan-Ivens, lors d'une interview radiophonique diffusée le 10 février passé (nous n'avons pas noté la chaîne ni le nom de son interlocuteur et le prions de nous en excuser) 

L'amie de Simone Veil - elle fit  partie du même convoi - visite à notre intention cette valise d'Amour, y découvrant lettres et  quelques pans de son passé qu'elle avait totalement oubliés.

 " C'est là que surgit l'amour, puisqu'il faut bien qu'on en parle, là que commence le ballet des hommes qui a chassé le nom de mon père de mon état civil"

Née Rozenberg, le 19 mars 1928, Marceline cherche -sans doute - dans le regard des hommes qu'elle côtoie, à son retour des camps, 'la certitude d'être vivante".  Elle épouse "très vite, trop vite"  Francis Loridan, un ingénieur de (re) constructions  mais ce mariage d'huile et de feu se réduit à une relation à dominante épistolaire - on songe à celui d'Alexandra David-Néel - dont elle garde le patronyme avant de rencontrer l'homme de sa vie, Joris Ivens, de 30 ans son aîné, celui avec qui "tout s'est mis en place naturellement."

Réduite à un simple matricule par la cruauté nazie et les dégradations corollaires, la jeune fille en conserve un rapport  perverti à son corps, à la sexualité, à l'amour.  Il la  sépare irrémédiablement de ceux qui n'ont pas vécu cette expérience.Elle ne trouvera jamais la paix car elle aura "toujours un camp dans sa tête" (ITW 10 février) 

Soucieuse que son récit perdure au-delà de sa vie, en un monde qui n'a fait que semblant de tirer les leçons de l'holocaute, Marceline Loridan-Ivens nous offre un témoignage inestimable, frappé de sobriété, de phrases courtes, de sentences fortes, percutantes.

Une sur-vie riche de vérité, de transmission, d'émotion.

Une lecture absolument recommandée

Apolline Elter 

L'amour après, Marceline Loridan-Ivens, avec Judith Perrignon, récit, Ed. Grasset, janvier 2018, 160 p

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04 03 18

« Nous parlions d'amour de peur de nous parler d'autre chose. » (Benjamin Constant)

Benjamin Constant (1767-1830) – Les égarements du cœur et les chemins de la pensée .jpgProfesseur honoraire du département de langues et littératures romanes (Université de Liège) spécialisé en littérature française des XVIIe et XVIIIe siècles et grand connaisseur de l’œuvre de l’écrivain vaudois Benjamin Constant, Paul Delbouille (°1933) est l’auteur, aux Éditions Slatkine à Genève, d’un impressionnant – et passionnant – essai intitulé Benjamin Constant (1767-1830) – Les égarements du cœur et les chemins de la pensée, la première biographie en français depuis trente ans consacrée à l'auteur des Principes de politique, (1806) et d'Adolphe (1816) [1], et ce, dans le cadre de l'édition en cours des Œuvres complètes de Benjamin Constant, une entreprise scientifique internationale dont l’enseignant liégeois est l'un des principaux artisans.

Écoutons-le :

« Pionnier du libéralisme politique, précurseur de l'écriture intime et du roman psychologique, théoricien du sentiment religieux, penseur de la modernité, Benjamin Constant est aujourd'hui considéré comme une figure majeure de l'histoire intellectuelle du tournant des XVIIIe et XIXe siècles.

Né à Lausanne en 1767 dans une famille d'origine huguenote, il n'a cessé par la suite de sillonner l'Europe, en privilégiant l'Allemagne, où il a mené de vastes recherches érudites, et la France, où il s'est illustré dans le domaine de l'action politique en tant que membre du Tribunat sous le Consulat et membre de la Chambre des députés sous la Restauration.

Chef de file de l'opposition libérale, il a exercé une influence significative dans la vie parlementaire et médiatique. À sa mort en décembre 1830, la population parisienne lui a offert des funérailles triomphales.

Cette trajectoire singulière – entre Lumières, Révolution, Empire et Restauration – n'a manqué ni de rebondissements ni de zones d'ombre, d'autant que plusieurs aventures sentimentales mouvementées sont venues se mêler à la carrière politique et littéraire de Benjamin Constant, à l'image de sa célèbre liaison avec Germaine de Staël. »

Assise sur une base documentaire nouvelle, cette biographie fournit le récit détaillé d'une destinée passionnante et constitue pour les chercheurs un instrument de travail de première importance.

Bernard DELCORD

Benjamin Constant (1767-1830) – Les égarements du cœur et les chemins de la pensée par Maurice Delbouille, Genève, Éditions Slatkine, août 2015, 743 pp. en noir et blanc + 16 pp en quadrichromie au format 15 x 22 cm sous couverture brochée en couleurs, 55 € (prix France)

 

[1] Adolphe raconte l'inexorable décomposition d'une relation amoureuse. Après avoir séduit Ellénore par vanité plus que par amour, Adolphe ne parvient ni à rompre ni à aimer. Son indécision, entre sincérité et mauvaise foi, ainsi qu’une sorte de sadisme mêlé de compassion, précipiteront la course à l’abîme de ce couple fatal. Échappé comme par mégarde de la plume de Constant pour se divertir de ses déboires sentimentaux avec Charlotte de Hardenberg et Madame de Staël (c'est une certaine conception de la genèse du texte), Adolphe est un chef d’œuvre du roman d’analyse : une « histoire assez vraie de la misère du cœur humain ».

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Adolphe_(roman)

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10 02 18

Le « Goebbels français »

Philippe Henriot – La résistible ascension d'un provocateur.jpgAgrégé d'histoire, docteur et HDR de l'Institut d'études politiques de Paris, Christian Delporte (°1958) est un historien français spécialiste d’histoire politique et culturelle de la France du XXsiècle, notamment de l’histoire des médias, de l’image et de la communication politique. Il fut l'élève de René Rémond et de Serge Berstein, est professeur à l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines et dirige la revue Le Temps des médias.

On lui doit, parue récemment chez Flammarion à Paris, une biographie fortement charpentée intitulée Philippe Henriot – La résistible ascension d'un provocateur dans laquelle il revient sur la « carrière » du très brillant – et en cela très dangereux – thuriféraire du nazisme en France sous la botte hitlérienne.

S'appuyant sur des archives inédites, notamment celles des Renseignement généraux, Christian Delporte retrace le parcours et décrit la personnalité du troisième homme fort de Vichy, député catholique de la 4circonscription de Bordeaux en 1932, réélu en 1936, député jusqu'en 1940 et pourtant antiparlementaire, antisémite viscéral, comploteur contre la République en février 1934, membre du comité directeur de l'Union antimaçonnique de France en 1935, antiallemand devenu pro-hitlérien à partir du 22 juin 1941, quand l'Allemagne envahit l'URSS, éditorialiste de Radio-Vichy de février 1942 à décembre 1943, tribun de Radio-Paris (on l’appelait « l'homme à la voix d'or ») à partir de cette date [1], membre de la Milice française en mars 1943, secrétaire d'État à l'Information et à la Propagande du gouvernement Laval en janvier 1944, un ultra parmi les ultras qui paradoxalement se rêvait poète ou écrivain, admirait Flaubert et Anatole France, et chassait les papillons qu'il collectionnait avec passion...

Philippe Henriot (7 janvier 1889 – 28 juin 1944), surnommé le « Goebbels français » par les dignitaires nazis, est finalement tombé à Paris sous le balles d’un commando du COMAC, le Comité d'action militaire dépendant du Comité central des mouvements de Résistance.

Au passage, Christian Delporte répond avec subtilité dans son ouvrage à des questions comme : comment devient-on Philippe Henriot ? Comment le catholicisme français peut-il parfois nourrir de tels dévoiements, qui conduisent à la trahison même de son pays ?

Des péchés mortels sans absolution possible…

Bernard DELCORD

Philippe Henriot – La résistible ascension d'un provocateur par Christian Delporte, Paris, Éditions Flammarion, collection « Grandes biographies », janvier 2018, 415 pp. en noir et blanc au format 15,2 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 25 € (prix France)

[1] Sur les ondes de Radio-Londres, c’est l’humoriste Pierre Dac qui lui donnait la réplique, avec l’immense talent qu’on lui connaît.

09 02 18

Le roi Jean...

De Lattre par Ivan Cadeau.jpgOfficier au Service historique de la Défense et docteur en histoire, Ivan Cadeau est également rédacteur en chef adjoint de la Revue historique des armées. Auteur de plusieurs ouvrages, il a publié en 2013, chez Perrin à Paris, La Guerre de Corée 1950-1953.

Dans la même maison, il a fait paraître ensuite De Lattre, une biographie lumineuse particulièrement passionnante du général d'armée et maréchal de France à titre posthume Jean de Lattre de Tassigny (1889-1952).

Jeune dragon arrivé quatrième en 1908 au concours d’entrée à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr-l’École, ce brillantissime officier supérieur reçut des funérailles nationales en janvier 1952 après une carrière militaire exceptionnelle.

Qu’on en juge :

– Blessé cinq fois, il a terminé la Première Guerre mondiale avec huit citations, la Légion d'honneur et la Military Cross.

– en 1925-26, il a participé à la guerre du Rif au Maroc, où il fut à nouveau blessé.

– Au début de la Seconde Guerre mondiale, plus jeune général de France, à la tête de sa division lors de la bataille de France, il tient tête aux Allemands à la bataille de Rethel, en Champagne et sur la Loire jusqu’au 22 juin 1940.

– Commandant de la 16e division militaire à Montpellier, lorsque la zone libre est envahie par les troupes allemandes, à la suite du débarquement des Alliés en Afrique du Nord, le 11 novembre 1942, il est arrêté et condamné à dix ans de prison pour avoir donné l’ordre à ses troupes de résister par les armes aux troupes du IIIReich. Il parvient ensuite à s'évader et rallie la France libre.

– À la tête de la 1re armée française débarquée en Normandie en juin 1944, il mène la campagne victorieuse, dite « Rhin et Danube » et il est le seul général français de la Seconde Guerre mondiale à avoir commandé de grandes unités américaines.

– Il a représenté la France à la signature de la capitulation allemande à Berlin, le 8 mai 1945, aux côtés d'Eisenhower, Joukov et Montgomery.

– Commandant en chef des forces françaises en Allemagne en 1945, puis inspecteur général de l'Armée de terre et chef d’État-Major général de la Défense nationale en 1947, il devient vice-président du Conseil supérieur de la guerre.

– De 1948 à 1950 auprès du maréchal Montgomery, il est le premier commandant en chef des Forces terrestres de l’Europe occidentale.

– Fin 1950, il est envoyé redresser la situation sur le front de la guerre d'Indochine, et cumule alors les postes de haut-commissaire en Indochine et de commandant en chef du corps expéditionnaire. Il remporte en 1951 plusieurs victoires importantes contre le Việt Minh, mais, très affecté par la mort de son fils Bernard (tué au combat à Ninh Binh, le 30 mai 1951) et atteint d’un cancer de la hanche, il doit quitter l'Indochine dès la fin de l'année pour se faire soigner en France où il décédera peu de temps après. [1]

« Quant à la personnalité du maréchal de Lattre, écrit Ivan Cadeau, elle continue bien après sa mort à susciter les plus vifs commentaires, les uns mettant en avant ses atouts – animateur hors pair, travailleur infatigable –, les autres préférant relever ses défauts – ses colères, sa vindicte, son goût du faste. »

Un peu comme George Patton…

Bernard DELCORD

De Lattre par Ivan Cadeau, Paris, Éditions Perrin, novembre 2017, 325 pp. en noir et blanc au format 14 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 22 € (prix France)

[1] Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_de_Lattre_de_Tassigny

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03 02 18

« À l'œuvre, on connaît l'ouvrier. » (Aristophane)

Claude Debussy .jpgPianiste virtuose et producteur de radio depuis 2005 (des émissions Notes du traducteur puis Portraits de famille sur France Musique), Philippe Cassard (°1962) a consacré une part importante de ses activités à Claude Debussy (1862-1918). Il interprète régulièrement l'intégrale de la musique pour piano de ce musicien d’avant-garde à son époque [1], qu'il a enregistrée pour Virgin's Classics et Decca [2]. Parallèlement à sa carrière pianistique, il a publié un essai sur Franz Schubert chez Actes Sud en 2008 et un livre d'entretiens sur le cinéma et la musique, Deux temps trois mouvements chez Capricci en 2012.

Il revient cette année chez Actes Sud avec un Claude Debussy particulièrement intéressant dans la mesure où, en plus de données biographiques et d’analyses de l’œuvre de l’auteur du Prélude à l’après-midi d’un faune (symphonie sous-titrée Églogue pour orchestre d'après Stéphane Mallarmé, 1894), de Pelléas et Mélisande (opéra en cinq actes d’après l’œuvre éponyme de l’écrivain belge Maurice Maeterlinck, 1902) et de La Mer (trois esquisses symphoniques pour orchestre, 1905), il donne à connaître en de courts chapitres le point de vue de l’interprète particulièrement en phase avec les nombreuses pièces pianistiques qu’il exécute.

Un concert magnifique !

À l'instar de tous les volumes de la collection « Classica », cette biographie intimiste est en outre enrichie d'un double index, de repères bibliographiques et d'une discographie.

Bernard DELCORD

Claude Debussy par Philippe Cassard, Arles, Actes Sud, collection « Classica », janvier 2018, 152 pp. en noir et blanc au format 10 x 19 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 16,50 € (prix France)

Œuvres principales de Claude Debussy :

Œuvres pour piano

1888-1889 : Petite Suite, pour piano à 4 mains

1888-1891 : Arabesques

1890-1905 : Suite bergamasque

1903 : Estampes

1904 : Masques

1904 : L’Isle joyeuse

1904 : Images - Livre I

1906-1908 : Children’s Corner

1907 : Images - Livre II

1909-1912 : Préludes

1914-1915 : Six épigraphes antiques, pour piano à 4 mains

1915 : En blanc et noir, pour 2 pianos à 4 mains

1915 : Études

Musique de chambre

1893 : Quatuor à cordes en sol mineur

1913 : Syrinx, pour flûte

1915 : Sonate pour violoncelle et piano

1915 : Sonate pour flûte, alto et harpe

1916-1917 : Sonate pour violon et piano

Œuvres symphoniques

1892-1894 : Prélude à l’après-midi d’un faune

1897-1899 : Nocturnes

1903-1905 : La Mer

1905-1912 : Images pour orchestre

Musique de ballet

1912 : Jeux

1913 : La Boîte à joujoux

Œuvres lyriques

1884 : L’Enfant prodigue, cantate sacrée sur un livret d’Édouard Guinand

1888 : La Damoiselle élue, cantate sur un livret de Dante Gabriel Rossetti (orchestrée en 1902).

1893-1902 : Pelléas et Mélisande, drame lyrique en cinq actes sur un livret de Maurice Maeterlinck

1908-1916 : La Chute de la maison Ushern 4, 34, 35 et Le Diable dans le beffroi, deux opéras (inachevés) en un acte, d’après Edgar Allan Poe traduit par Charles Baudelaire

1911 : Le Martyre de saint Sébastien, mystère en cinq actes sur un livret de Gabriele D’Annunzio

Mélodies

1888 : Ariettes oubliées d’après Verlaine

1887-1889 : Cinq poèmes de Charles Baudelaire

1891 : Fêtes galantes (premier recueil) d’après Verlaine

1891 : Trois mélodies d’après Verlaine

1897-1899 : Trois chansons de Bilitis d’après Pierre Louÿs

1904 : Fêtes galantes (second recueil) d’après Verlaine

1904 : Trois chansons de France d’après Charles d’Orléans et Tristan L’Hermite

1909 : Trois chansons de Charles d’Orléans

1904-1910 : Le Promenoir des deux amants d’après Tristan L’Hermite

1910-1911 : Trois ballades de François Villon

1913 : Trois poèmes de Stéphane Mallarmé

[1] Le nom de Philippe Cassard est étroitement lié à Debussy, dont il a enregistré une intégrale en 1994, et qu'il a jouée en une journée et quatre concerts à Besançon, Paris, Marseille, Angoulême, Londres, Dublin, Sydney, Tokyo, Lisbonne, Vancouver et Singapour. Il a aussi interprété en une journée l’intégrale pour piano solo à la Philharmonie de Liège en 2012.

[2] Debussy : Œuvres pour piano à 4 mains et 2 pianos (Prélude à l'après-midi d'un faune, Petite suite, En blanc et noir, Lindaraja, Première Suite pour orchestre), avec François Chaplin (Decca, 2012). On lui doit aussi Debussy : Mélodies avec Natalie Dessay, soprano (Virgin's Classics, 2012), Debussy (Toccata, Jardins sous la pluie) et Debussy : Préludes (livres 1 et 2), Images (livres 1 et 2), Estampes, Images oubliées, L'Isle Joyeuse (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_Cassard)