12 01 17

Un Virginien hors du commun

Tandis que tous les yeux seront bientôt rivés sur la figure et houppe donaldesques du nouveau président des Etats-Unis, il est bon de se pencher sur l'un de ses plus illustres prédécesseurs, un des pères fondateurs de la la fédération, entendez son troisième  président, Thomas Jefferson (1743-1826)

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« Thomas Jefferson a rédigé seul, à 33 ans, le premier jet du texte de la Déclaration d’indépendance des États-Unis d’Amérique. Il a été gouverneur de Virginie, ministre plénipotentiaire à Paris, secrétaire d’État, vice-président puis président. Il a fait plus que doubler la superficie des États-Unis. Il en est l’un des Pères fondateurs. L’Histoire lui a fait ses plus grandes faveurs en lui offrant un destin magnifique. Il a eu une longue vie heureuse. Il aimait passionnément les livres. Ses amis lui ont été fidèles. »

Investi d'une sympathie et d'une connivence assumées, par-delà les siècles qui séparent les deux hommes, André Querton, diplomate honoraire,  nous trace de l'illustre Virginien - fondateur de l'Université de Charlotesville, près de sa résidence de Monticello - un portrait engagé, flamboyant.

L'homme est en effet fascinant qui jouit d'une curiosité insatiable, d'un appétit livresque incommensurable - sa bibliothèque rassemble la plus importante collection privée d'ouvrages des Etats-Unis - d'un esprit brillant  et méthodique qu'il met au service de la politique, de son pays et d'innombrables correspondants.  

Agé de 33 ans, il rédige le premier jet de la Déclaration d'indépendance des Etats- Unis

Aimant la vie, le vin et la famille -  il conçoit un nombre important d'enfants légitimes et autres - il assiste en témoin éclairé à la Révolution française, tandis qu'il exerce à Paris, sa charge de ministre plénipotentiaire. De retour au pays, il assume bientôt un double mandat présidentiel : 1801-1809 avant de s'en retourner en sa retraite paisiblement active de Monticello

Sondant le coeur de l'homme,  le moteur de son ardeur et d'un destin hors du commun,  André Querton en réalise, de plume alerte et fluide,  un portrait vivant, des plus engageants. 

  Thomas Jefferson, vie, liberté et bonheur: Portrait amoureux,  André Querton, essai, Ed. Mardaga, sept.  2016, 206 p

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Documents, récits, essais | Commentaires (0) |  Facebook | |

04 01 17

« L'économiste doit étudier le présent à la lumière du passé afin d'éclairer le futur. » (John Maynard Keynes)

Mon cours d'économie idéal .jpgYánis Varoufákis, né le 24 mars 1961, est un économiste et un homme politique marxiste libertaire grec, spécialiste de la théorie des jeux. Il enseigne l’économie à l’Université d’Athènes et à la Lyndon B. Johnson Graduate School of Public Affairs de l’Université du Texas à Austin (États-Unis).

Ancien conseiller économique de Giórgos Papandréou, avant de démissionner de cette fonction, il s'est rendu célèbre en critiquant très sévèrement les plans de sauvetage de la Grèce, s'attirant au passage l'inimitié des cercles dirigeants du pays. Élu député sous la bannière de Syriza lors des élections anticipées du 25 janvier 2015, sans être toutefois membre de ce parti, il a été nommé ministre des Finances du gouvernement d'Alexis Tsípras, le 27 janvier 2015. Il démissionne de son poste au lendemain du référendum du 5 juillet de la même année. La raison officielle invoquée est que son départ permettrait une plus facile obtention d'un accord entre la Grèce et la troïka européenne. Quelques jours après, dans une interview au Newstatesman, il révèle que sa position, celle d'une ligne dure dans les négociations avec les créanciers, passant par la préparation tactique d'un Grexit, a été mise en infériorité au sein du gouvernement Tsípras I [1].

Cet homme de convictions est aussi un grand vulgarisateur comme le montre son ouvrage intitulé Mon cours d'économie idéal – 8 brèves leçons pour tout comprendre publié chez Flammarion à Paris dans la célèbre collection « Champs » et qu’il a rédigé pour sa fille qui vit en Australie.

Voici ce qu’il écrit en guise de préambule :

« Ce livre n'a pas été conçu pour ennuyer le lecteur. Il a été écrit pour mettre à l'épreuve la capacité de son auteur à convaincre une adolescente récalcitrante que l'économie est trop importante pour être laissée aux seuls économistes. Et qu'elle peut même être amusante. En fait, je l'ai rédigé pour tester les limites de ma propre compréhension : si je ne suis pas capable d'énoncer clairement les questions fondamentales de l'économie, c'est que je ne les conçois pas bien moi-même. »

En s'inspirant de films tels que Matrix ou Blade Runner, en puisant dans la mythologie ou dans la vie quotidienne et en répondant à des questions d’apparence saugrenue comme : « Pourquoi les Aborigènes d’Australie n’ont-ils pas colonisé la Grande-Bretagne ? », Yanis Varoufakis tranche avec le discours dominant des économistes contemporains.

Son propos ? Intéresser chacun à l'origine de la richesse, de la pauvreté, de la puissance économique et de sa distribution dans la société, pour que nous soyons tous conscients de ce qui fait tourner le monde… et pour le changer, si possible !

Un ouvrage en tout point rafraîchissant !

Bernard DELCORD

Mon cours d'économie idéal – 8 brèves leçons pour tout comprendre par Yánis Varoufákis, Paris, Éditions Flammarion, collection « Champs actuel », septembre 2016, 215 pp. en noir et blanc au format 10,9 x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 7 € (prix France)

 

[1] Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Y%C3%A1nis_Varouf%C3%A1kis

04 12 16

Une bien belle chronique...

_marguerite et léon.jpgCe court récit de vie, je l'ai lu il y a une semaine et il me reste encore en mémoire. C'est qu'il touche, c'est qu'il est écrit d'une manière belle et efficace. Lorsque j'ai rencontré son auteure, Nelly Hostelaert, elle m'a avoué son admiration pour les livres de René Hénoumont (« Un oiseau pour le chat », par exemple), que j'ai eu la chance de croiser à la rédaction du Pourquoi Pas ? et dont j'appréciais également la plume.

On retrouve dans « Marguerite et Léon » cette façon vivante de raconter ; et souvent le passé est au présent, ce qui le rend palpable. C'est une chronique de famille, de quelques générations qui se suivent depuis le début du XXe siècle à Baudour, en Belgique.

Outre le texte, des photos, des articles de presse, des documents illustrent le propos. On retrouve les colombophiles, le tir à l'arc, les guinguettes...

On découvre avec l'écrivaine les premiers congés payés à Coxyde au « Lys Rouge », le meurtre dans le village, oeuvre d'un ancien bagnard, mais aussi les deux grandes guerres, la résistance et le travail obligatoire, la situation de la femme.

C'est tout un siècle qui est balayé ici en quelques pages, mais vu de l'intérieur, à hauteur humaine. Depuis l'époque des servantes au château de Baudour, où l'on prenait les eaux chez la princesse de Ligne, jusqu'aux noces d'or fêtées au début du XXIe siècle ! Ce que j'apprécie aussi dans l'ouvrage c'est la vérité, celle des faits, celle des noms aussi.

Si vous avez envie de plonger dans ce passé récent, mais qui s'enfuit de plus en plus vite aujourd'hui, je vous conseille « Marguerite et Léon »...

 

Jacques MERCIER

 

« Marguerite et Léon », Nelly Hostelaert, récit, 118 pp, 15 euros. franz.nelly@yahoo.fr

 

 

28 11 16

« L’automobile est un équivalent assez exact des cathédrales gothiques. » (Roland Barthes)

1000 anecdotes de l'automobile.jpgPierre-Olivier Marie, journaliste spécialisé dans l’automobile, est rédacteur en chef adjoint du site Caradisiac.com. Il a également participé à la création de Car Life et Question Auto, passé plusieurs années à Auto Plus, et signé des articles dans de nombreux magazines, de L’Optimum à Marianne.

Il est l’auteur chez Hugo Image à Paris de 1000 anecdotes de l'automobile, dans lequel il a collecté de nombreuses petites histoires – 1000 précisément – qui tournent autour de cet objet de passion et de fascination qu'est l'auto, et il les a croisées avec ce que l'on appelle communément la grande histoire.

Saviez-vous, notamment...

– qu'avant de se rêver Président de la République, François Fillon s'imaginait pilote de course,

– que le premier vainqueur du Grand Prix de Monaco en 1929, devenu agent secret, s'illustra dans la Résistance avant d'être exécuté dans un camp de concentration en 1945,

– que Bernie Ecclestone, big boss de la Formule 1, aurait participé à l'un des plus fameux hold-up de l'histoire,

– que la Bentley de Keith Richards disposait d'un compartiment secret pour cacher de la drogue,

– que le grand pilote argentin Fangio fut retenu en otage par des rebelles castristes,

– que Rudolf Diesel disparut dans des conditions bien mystérieuses, noyé dans la Manche en 1913,

– que les 24 heures du Mans 1967 furent l'occasion d'un incroyable coup de bluff,

–  que, souvent, ce sont les voitures personnelles d'Hergé qui ont inspiré celles que l'on retrouve dans les aventures de Tintin,

– que le Colonel Kadhafi avait créé une voiture de sport,

– que François Mitterrand avait « forcé » Jacques Séguéla à vendre sa Rolls-Royce,

– que la passion d'Eric Clapton pour les Ferrari est consécutive d'une visite que lui a rendue George Harrison en 1969,

– que Georges Wolinski a réalisé une bande dessiné publicitaire pour la Renault 4 ?

De A comme « Accélérez » à Z comme « 007 », en passant par Blindage, Dieu, Hollande (François), Lagerfeld, Nürburgring, Platanes ou Trintignant, cet ouvrage fourmille de petites histoires qui éclairent la grande.

Au fil des pages, on comprendra mieux pourquoi et comment ingénieurs, entrepreneurs, artistes, écrivains, collectionneurs, gangsters et pilotes trompe-la-mort ont pu se passionner pour cette invention qui s'est imposée comme une compagne essentielle de notre quotidien.

Bernard DELCORD

1000 anecdotes de l'automobile par Pierre-Olivier Marie, starter de Luc Ferry, Paris, Hugo Image, mai 2016, 208 pp. en quadrichromie au format 17 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 16,50 € (prix France)

16 11 16

Trois textes magistraux…

Dix thèses sur la guerre.jpgÉlie Barnavi, né en 1946 à Bucarest (Roumanie), est un historien, essayiste, chroniqueur et diplomate israélien (De 2000 à 2002, il a été ambassadeur d’Israël en France), professeur émérite d’histoire de l’Occident moderne à l’Université de Tel-Aviv, Conseiller scientifique auprès du Musée de l’Europe à Bruxelles.

En 1967, il a fait son service militaire dans les paras lors de la guerre des Six Jours. Membre du mouvement La paix maintenant, il a appelé, dans une lettre co-signée en novembre 2014 par 660 figures publiques israéliennes, les parlementaires européens à reconnaître immédiatement l'État palestinien.

Il travaille actuellement au développement du grand projet européen d’exposition relative aux relations entre l’Europe et la civilisation musulmane au fil des siècles [1].

Chez Flammarion, dans la fameuse collection « Champs », il a republié récemment trois essais remarquables, Dix thèses sur la guerre, Israël – Un portrait historique et Les religions meurtrières.

Du premier, voici ce qu’il nous explique :

« Ces Dix thèses sur la guerre constituent un exercice d'écriture singulier : je ne suis pas un spécialiste d'histoire militaire. Ma "légitimité" vient d'ailleurs : la guerre fait partie de mon expérience de citoyen et de soldat. Elle a accompagné toute ma vie, et pénétré ma façon de m'exprimer et de penser. (…)

J'ai toujours été fasciné par le mystère fondamental que, me semble-t-il, la guerre recèle. Enrôlés dans une entreprise destinée à tuer leurs semblables et à y risquer leur propre vie, les humains sont appelés à faire fi, tout à la fois, de l’interdit moral de ne point attenter à la vie d’autrui et de l’instinct de conservation qui leur commande de préserver la leur. Pour ce faire, il leur faut remplir un certain nombre de conditions psychologiques, sociales et culturelles (…). La guerre pose aussi un certain nombre de défis éthiques, juridiques et philosophiques. Tel est pour l’essentiel l’objet de ces “thèses”. (…)

Historien de formation et universitaire de métier, je tente ici d'oublier ce que j'ai lu afin de poser sur le phénomène de la guerre un regard neuf, aussi "innocent" que possible. Partir non des livres, mais de l'expérience. J'aimerais croire que, nourrie de la réflexion, l'expérience de la guerre m'a au moins apporté un surcroît de lucidité. Mais l'intellectuel dans la guerre est-il mieux armé pour l'appréhender que Monsieur Tout-le-Monde ? Peut-être. »

Sa présentation du deuxième ouvrage est tout aussi claire :

Israël – Un portrait historique.jpg

« Plutôt que de faire une histoire de facture classique de l'État d'Israël, j'ai voulu en brosser à larges traits, à travers les problèmes qu'il a eu à affronter depuis sa venue au monde, le profil historique. Il est assurément difficile de condenser en si peu de pages une histoire aussi pleine que celle de l'État juif. Il est encore plus difficile, sinon parfaitement absurde, de prétendre à la froide objectivité sur un sujet aussi brûlant, aussi passionnément disputé que celui-là.

Mais si l'on fait grâce à l'historien de l'impartialité de l'entomologiste, on est en droit d'attendre de lui une rigoureuse honnêteté intellectuelle, sans laquelle il sera peut-être un excellent pamphlétaire, mais sûrement un exécrable historien. Je me suis par conséquent efforcé de respecter scrupuleusement le précepte que Cicéron propose à l'historien : ne rien oser dire qu'il sache faux, oser dire tout ce qu'il croit vrai. »

Et, pour le troisième, écoutons l’éditeur :

Les religions meurtrières par Élie Barnavi.jpg

« Un spectre hante le monde : le terrorisme à fondement religieux, surtout islamique. Cet essai tente d'expliquer les ressorts de ce phénomène, religieux mais aussi politique, sans nul doute le plus angoissant de notre temps. En exposant une série de "thèses" brèves et fortement argumentées, l'auteur situe ce phénomène dans le contexte historique et culturel de la religion politique en général. Il explique pourquoi la tentation fondamentaliste révolutionnaire est aujourd'hui plus forte dans l'islam que dans d'autres systèmes religieux tout aussi politiques que lui ; mais il n'en reste pas là : il cherche avant tout à définir les moyens de combattre cette tentation.

Rédigé dans une langue simple et illustré par des exemples concrets, Les religions meurtrières se veut le vade-mecum du citoyen déboussolé face à cet ennemi auquel il doit désormais se mesurer. »

Nous n’aurions pu mieux dire !

Bernard DELCORD

Dix thèses sur la guerre par Élie Barnavi, Paris, Éditions Flammarion [2014], collection « Champs essais », septembre 2015, 144 pp. en noir et blanc au format 10,9 x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 6 € (prix France)

Israël – Un portrait historique par Élie Barnavi, Paris, Éditions Flammarion [1982,1988], collection « Champs histoire », septembre 2015, 439 pp. en noir et blanc au format 10,9 x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 10 € (prix France)

Les religions meurtrières – Nouvelle édition par Élie Barnavi, Paris, Éditions Flammarion [2006, 2008], collection « Champs actuel », mai 2016, 192 pp. en noir et blanc au format 10,9 x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 7 € (prix France)

 

[1] Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lie_Barnavi

09 11 16

Sagesse hippique…

Mille et un proverbes sur le cheval.jpgLes Mille et un proverbes sur le cheval présentés par Jean-Louis Gouraud, un amusant petit ouvrage paru à Monaco aux Éditions du Rocher, rassemble, en provenance de partout, des sentences, maximes et autres aphorismes sur la plus noble conquête de l’homme qui reflètent les rapports très particuliers qu’entretiennent depuis des temps immémoriaux le cavalier et sa monture.

Florilège :

– Quand l’alezan fuit sous le soleil, il devient vent.

– Le cavalier est un homme mis à la disposition d’un cheval.

– Quand le cheval transpire, le cavalier se salit.

– Un âne est un cheval pour celui qui va à pied.

– Le cheval court, le cavalier se vante.

– Valet à cheval s’estime prince.

– Un âne reste un âne, même s’il se trouve parmi des milliers de chevaux.

– Comparer l’homme au baudet porte tort au baudet.

– Le cheval galeux se lie d’amitié avec le cheval aveugle.

– Les plus grands ennemis du cheval sont le repos et la graisse.

– Lorsque le cheval se distingue, il ne doit pas oublier que c’est au bœuf qu’il doit son orge.

– Un cheval peut bien courir ventre à terre, il ne se débarrassera pas de sa queue.

Notre conclusion ?

–Ils se ressemblent comme deux crottins d’un même cheval !

Bernard DELCORD

Mille et un proverbes sur le cheval présentés par Jean-Louis Gouraud, Monaco, Éditions du Rocher, collection « Cheval Chevaux », octobre 2016, 137 pp. en noir et blanc au format 12,5 x 18 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 12,90 € (prix France)

02 11 16

L'électrochoc entre la chanson française et le rock !

 

bigot je t'aime.jpgYves Bigot dans « Je t'aime moi non plus », le premier des deux volumes d'une histoire de la chanson française et du rock, nous propose un livre magistral. Tout y est : l'analyse de plus d'un demi-siècle de musique chez nous, les exemples, les interviews, les références. L'introduction seule mérite d'être lue par tous, mais surtout sans doute par ceux qui aiment et le rock et la chanson ! En voici quelques extraits :

« Ce generation gap, le premier connu de l'histoire de l'humanité, prise de pouvoir de la culture par la jeunesse du monde, forte d'une éducation sans pareille, d'une rare période de paix et de plein-emploi, de croissance euphorique, de mobilité sociale inédite, ne s'exprimera nulle part plus fortement que dans sa musique et va engendrer un schisme et une frustration. »

Bien sûr, tout ce qui concerne l'utilisation de la langue française et les raisons des difficultés à la chanter en rythme y est évoqué !

« Je mesure mieux encore à quel point le français, si riche, si précis, si précieux, si complet si parfait, si exigeant, si sexy dit-on, doit impérieusement être défendu, protégé, revendiqué, mais aussi parfois dé ringardisé. »

ou

« Les fréquences du français sont réduites, concentrées entre 1000 et 2000 hertz (soit le nombre de vibrations par seconde qui confèrent au son sa hauteur, du grave à l'aigu), ce qui noie facilement dans celles des instruments, alors que celles de l'anglais notamment lui permettent de passer plus facilement par-dessus celles des guitares électriques... »

Ou encore

« On ne saurait donc s('étonner de la sacralisation des auteurs-compositeurs-interprètes des années 50/60 qui prolongent la tradition poétique de la lignée Villon-Ronsard-Hugo-Rimbaud à peine retouchée music-hall fantaisiste et jazz par Trenet (puis Bécaud, Salvador et Nougaro)... »

Pour tomber sur cette si belle phrase :

« Le française, une langue qui raisonne plus qu'elle ne résonne. »

 

Je pourrais multiplier à l'infini les extraits, souvent drôles avec ce clin d’œil qui caractérise la personnalité brillante de l'auteur :

 

« Chaque groupe en tournée, tout au long des années 70, 80 et 90, parfois encore aujourd'hui, saura immédiatement qu'il est en France en entendant le public taper dans les mains à contretemps, quand ça n'est pas carrément à côté. »

Comme l'indique le titre, le premier des artistes analysé en détails est Serge Gainsbourg : « Pour les Britanniques, Gainsbourg est un Dylan français (pour sa virtuosité avec les mots), avec la personnalité d'un Miles Davis (pour sa distance cynique, narquoise, et son attitude cool suprême), vieux et déglingué à la Tom Waits. »

Vient ensuite Claude Nougaro :

« Nous n'avons pas toujours été si complices. Que du contraire, comme on dit à Bruxelles... »

Suivent Hugues Aufray, Nino Ferrer, Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Dick Rivers, Sylvie Vartan, Salvatore Adamo (On s'aperçoit combien l'auteur a saisi l'essence même de la Belgique, dans ses différences et ses qualités), Arno, Jacques Dutronc, Françoise Hardy, Ronnie Bird, Claude François, Michel Berger (auquel Yves Bigot a déjà consacré un livre), Christophe, Joe Dassin, Mort Shuman, Antoine, etc.

 

Yves Bigot a vécu cette histoire en direct. Sa carrière est complète : radio, presse, télévision, maison de disques.

 

Jacques MERCIER


« Je t'aime moi non plus » (les amours de la chanson française et du rock), Yves Bigot, essai, (volume 1 – de Gainsbourg à Goldman) Ed Don Quichotte 2016, 436 pp, format 22,5X14 cm, Broché : 19,90 euros ; Kindle : 13,99 euros.

 

05 10 16

Comment supporter la vie ?

 

_schreiber.jpgSi le titre du livre est « Fragments de lucidité », le sous-titre est plus explicite : « Comment supporter les choses comme elles sont ! ». Ce dernier ouvrage de Jean-Louis Servan-Schreiber est illustré de manière géniale par Xavier Gorce, qui souligne avec humour et talent les propos.

De ce manuel du mieux vivre aujourd'hui, je vous propose quelques extraits, retenus au fil de ma lecture.

Le buzz politique, les compétitions sportives, la vie des pipoles et la météo nourrissent l'essentiel de l'espace médiatique et des bavardages. Le reste du temps de parole est absorbé par les tracas familiaux et les discussions de travail entre collègues.

Même si ce 'est qu'une illusion de plus, l'idée que ma vie ne soit pas insignifiante m'aide à me lever le matin.

Après l'éclipse du religieux et la faillite des idéologies, nous voici désorientés. La modernité nous a fourni tous les conforts, sauf celui de l'esprit.

La vie nous oblige souvent à choisir entre les souffrances ou l'ennui.

Miser sur une notoriété fugitive ou une trace durable serait un péché contre la lucidité, une naïveté de plus.

Désormais, tous les habitants de la planète sont invités à focaliser leur attention sur les mêmes événements : ce soir, sur un crash aérien majeur, demain matin sur un changement de dirigeant en Chine.

 Pour ma part, ma mort idéale, c'est la fin de De Gaulle : il est en train de faire une réussite, il tombe et meurt peu après. Ce type a tout réussi, sa mort comme sa vie.

Bonne lecture. Comme il est agréable de se plonger dans un essai rafraîchissant et intelligent, sans être touffu !

Jacques MERCIER

« Fragments de lucidité » (Comment supporter les choses comme elles sont), Jean-Louis Servan-Schreiber, Essai, Edition Fayard, 2016, 220 pp. 16,50 euros.

 

 

 

 

 

11 09 16

La confiance et la peur

_massin.jpgLe titre de ce superbe essai du docteur Christophe Massin, psychiatre, est Une vie de confiance ; mais le sous-titre est important : Dialogues sur la peur et autres folies.

Il s'agit d'un original dialogue avec un couple qui s'interrogent sur leurs blocages. L'idée est de passer de la peur à la confiance. On assiste donc à une expérience tout au long de ce livre qui a des résonances multiples en nous.

Voici quelques phrases extraites du livre et retirées de leur contexte, mais qui vous donneront le ton du livre.

« La peur animale apparaît en situation de danger réel et présent, avec une intensité adaptée.... La peur psychologique, elle, se déclenche à l'idée d'un danger qu'elle projette, ou alors elle amplifie considérablement la peur animale. »

« Ce qui compte, c'est de reconnaître les tiennes (ses peurs) et à quel registre elles appartiennent. En schématisant, elles touchent trois domaines, toi-même, ta relation avec les autres, ta relation avec la vie. »

« Souviens-toi que la méfiance est contagieuse. »

« Nous confondons souvent la vie et nos congénères, et notre méfiance envers la vie concerne en réalité l'espèce humaine. »

« Tu ne te tortures plus dans l'angoisse du futur, tu sais qu'en te détendant maintenant, tu te rends au mieux disponible pour le moment et pour celui qui va suivre. »

« Tu ne peux surpasser tes capacités intellectuelles ou physiques, mais tu peux être indéfiniment plus confiant, plus aimant ! »

Et cette extraordinaire phrase, qui devrait diriger toute notre vie :

« Prends le risque de te montrer, si tu veux être aimé pour ce que tu es. »

 

Jacques MERCIER

« Une vie de confiance », Dialogues sur la peur et autres folies, Essai, Dr Christophe Massin, Odile Jacob, 2016, 172 pp. 20,90 euros

 

 

01 09 16

Un petit carnet bleu

51eF0ROFOHL._SX195_.jpgSold out dès son entrée en librairie, le 17 août, le témoignage de Carine Russo, le journal qu'elle adresse à Mélissa, sa fillette arrachée voici 21 ans à la vie simple, banale et belle d'enfant aimée - faut-il vous rappeler la monstrueuse "Affaire Julie et Mélissa" qui mit la Belgique en émoi, du 24 juin 1995 au 17 août 1996, jour de macabre découverte - est digne.

Longtemps reportée, la démarche était malaisée.

" Oser me souvenir M'en faire un devoir. Pour elle, ma fille. Pour moi, pour mon fils. Pour tous ceux qui l'ont connue et aimée. Pour la rendre à la vie, laisser une trace d'elle quelque part, au creux de quelques pages. Parler d'elle. Pour ne pas laisser cette injustice suprême de la voir niée jusque dans sa tombe. Pour qu'on se souvienne d'elle... Oui, oser se souvenir, dire, rappeler cette histoire."

D"un ton sobre, cette Maman "désenfantée" offre à notre empathie, irrépressible sympathie la relation des faits qui ont jalonné quatorze mois d'attente rendue d'autant plus insupportable que les parents étaient privés d'informations, désinvestis de leur rôle et découvraient au fil des mois les dysfonctionnements ahurissants de l'enquête.

"Le temps des autres n'est plus le nôtre. L'attente a suspendu nos vies."

Corollaires d'une grande solidarité familiale, amicale et des multiples actions entreprises pour activer les recherches, la perte d'anonymat, la surexposition médiatique,  l'invasion constante de la maison - la salle à manger était devenue un QG -  la sonnerie continuelle du téléphone et sa prolifération anarchique de fausses pistes ... furent tant d'épreuves supplémentaires infligées à une famille dévastée.

On ne peut qu'admirer que le couple de Gino et Carine Russo ait résisté à ce cataclysme, qu'il ait raison gardée. Surtout qu'aujourd'hui encore subsistent tant de questions non résolues, dont celle cruciale du sort des petites filles durant les 104 jours d'emprisonnement de Marc Dutroux.

" A l'approche de l'hiver, le manque de ma petite fille me tenaillait tellement, mon besoin d'elle, de l'entendre, de la voir, de lui parler était devenu si pressant que je me suis mise à lui écrire dans un petit carnet bleu. Quelques lignes, presque chaque jour. En les relisant, elles me sont apparues singulièrement révélatrices de mon état d'esprit du moment. Pour cette raison, j'ai fait le choix de les retranscrire intégralement."

Et le lecteur de parcourir, pudique,  bouleversé, cette correspondance d'une maman tendre, chaleureuse, angoissée.. et d'acquérir la conviction qu'elle n'a pu rester lettre morte:  où qu'elle fût, Mélissa était imprégnée de l'amour de sa famille - les lettres n'en sont que la verbale confirmation.

Et la lectrice que je suis de remercier ces parents qui, par leurs actions justes et répétées, ont clairement permis au système policier belge  de s'améliorer, gagner en transparence et donc en efficacité - songeons à la création de Child Focus, cellule réactive, dès les premières minutes de signalement d'une disparition - à la fusion des corps de gendarmerie et de police, ... - et de leur souhaiter de vivre désormais une vie la plus apaisée possible - Mélissa demeurera part entière de mémoire, de famille - à l'abri des "journaleux" et de toute exposition médiatique toxique.

Apolline Elter

Quatorze mois, Carine Russo, témoignage,Ed.  La Renaissance du Livre, août 2016, 318 pp

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Documents, récits, essais | Commentaires (0) |  Facebook | |