30 06 17

Le bonheur de lire Jean d'Ormesson !

guide égarés.jpgVous avez peut-être manqué la sortie de ce merveilleux livre de Jean d'Ormesson ? C'est le moment de le découvrir. Ce « Guide des égarés » est comme toujours une source de beauté et de réflexion. Des courts textes dont les enchaînements vont de soi, comme si nous poursuivions avec l'auteur une longue et douce pensée toujours renouvelée.

Voici quelques phrases pour vous donner le ton :

 

La lumière n’est peut-être rien d’autre que le premier et le plus simple de nos bonheurs.

 

Nous ne voyons les arbres, la mer, les îles du Dodécanèse, les astres dans le ciel, les champs de lavande au printemps, les objets de chaque jour, le visage des êtres aimés que parce que la lumière nous les offre.

 

Nous pouvons vivre – plus ou moins bien – sans livres, sans rêves, sans idées, sans amour. Nous ne pouvons pas nous passer de l’air que nous respirons et que nous ne voyons pas.

 

Tout passe. Rien ne dure. Mais, dans un triangle, le carré de l’hypoténuse est égal, a toujours été égal et sera toujours égal à la somme des carrés des deux autres côtés.

 

Mais, au lieu de considérer le mal comme la rupture scandaleuse d’un ordre universel dominé par le bien, peut-être devrions-nous inverser la perspective. Et voir le bien comme une exception lumineuse dans un monde où règne le mal.

 

Vivre, c’est d’abord essayer d’éviter le pire. Et le pire n’est pas toujours la mort.

 

Entrer dans ce monde est un mystère. En sortir est un mystère. Et l’entre-deux, que nous appelons la vie, est encore un mystère.

 

Chacun a le droit, et peut-être le devoir, d’être heureux.

 

Le bonheur n’est pas un but, encore moins une carrière ou une obligation, mais un don gratuit, une surprise et la récompense de ceux qui ne passent pas leur temps à le cultiver.

 

Rien n’échoue comme le succès.

 

Mieux vaut parfois aimer les autres que de leur dire notre vérité. Il y a quelque chose de supérieur à la vérité – comme d’ailleurs à tout le reste : c’est l’amour.

 

Nous ne savons ni pourquoi nous sommes nés ni ce que nous devenons après la mort. Nous sommes tous des égarés.

 

Jacques MERCIER

 

« Le guide des égarés », Jean d'Ormesson, Edition Gallimard, 2016. 118 x 185 mm , 128 pp. 14 euros.

30 06 17

Tout commence à Sumer

 

 

histoire sumer.jpgOn n'en finit pas de découvrir la richesse de la civilisation sumérienne. Elle date de 3000 ans avant notre ère ! Certains pensent qu'une civilisation plus avancée de l'univers est venue donner l'impulsion nécessaire pour cet épanouissement. Ce qui est sûr c'est qu'une série impressionnante de « premières » dans nos civilisations actuelles sont nées à Sumer.

Ce livre « L'histoire commence à Sumer » est la référence historique, écrite il y a déjà quelques décennies par Samuel Noah Kramer, qui enseignait à l'Université de Pennsylvanie. Depuis lors bien des découvertes ont eu lieu, de nouveaux écrits, mais c'est une excellente base pour explorer les nouveaux rebondissements...

Quelques exemples de premières :

 

Les premières écoles :

Après que Sumer eut été progressivement conquis, dans le dernier quart du IIIe millénaire, par les Sémites akkadiens, les professeurs sumériens entreprirent la rédaction des plus vieux « dictionnaires » que l'on connaisse. Les conquérants sémitiques, non seulement avaient emprunté aux Sumériens leur écriture, mais ils en avaient conservé précieusement les œuvres littéraires, qu'ils étudièrent et imitèrent longtemps, après que le sumérien eut disparu comme langue parlée. D'où le besoin de « dictionnaires » dans lequel les expressions et les mots sumériens fussent traduits en akkadien.

 

Le premier Moïse :

Quand le monde eut été créé et que le sort de Sumer et de la cité d'Ur eut été décidé, An et Enlil, les deux principaux dieux sumériens, nommèrent roi d'Ur le dieu de la lune, Nanna. Celui-ci à son tour choisit Ur-Nammu comme son représentant terrestre pour gouverner Sumer et Ur. Les premières décisions du nouveau chef eurent pour objet d'assurer la sécurité politique et militaire du pays.

 

La première cosmologie :

Pour expliquer la marche et le gouvernement de l'univers, les philosophes sumériens avaient recours non seulement à des personnalités divines, mais aussi à des forces impersonnelles, à des lois et règlements divins, les « me ». Ce mot est attesté dans un grand nombre de documents : on constate notamment que des « me » président au devenir de l'homme et de sa civilisation.

 

Notre auteur en énumère environ cent. (Une soixantaine est intelligible aujourd'hui)

 

Les premiers animaux des fables :

Ces compilations de proverbes et de dictons ne nous traduisent qu'un aspect de la littérature sapentale des Sumériens. Ils connaissent d'autres genres d'écrits utilitaires destinés à inculquer la « sagesse » et par là l'exercice d'une vie équilibrée et heureuse.

L'almanach du fermer offre un exemple de traité didactique ; et sous son air de narration sans autre but que le plaisir littéraire, la Vie d'un écolier est au fond une sorte de portrait moral. Autre genre : la controverse.

 

Premiers parallèles avec la Bible, le paradis :

Il est passionnant de suivre le cheminement des idées et des œuvres à travers ces vieilles civilisations, des Sumériens aux Babyloniens et aux Assyriens, aux Hittites, aux Hurrites et aux Araméens. Les Sumériens n'exercèrent évidemment pas une influence directe sur les Hébreux, puisqu'ils avaient disparu bien avant l'apparition de ces derniers. Mais il n'est guère douteux qu'ils influencèrent profondément les Cananéens, prédécesseurs des Hébreux en Palestine. C'est ainsi qu'on peut expliquer les nombreuses analogies relevées entre les textes sumériens et certains livres de la Bible.

 

Le premier Noé :

Le déluge via Babylone et remontant à Sumer.

 

Le premier symbolisme sexuel :

Les chants érotiques qui célébraient le mariage d'un roi-berger et de la déesse de la fertilité pourraient fort bien être les précurseurs du Cantique des Cantiques, cette suite disparate de chants d'amour sensuels dont la présence dans l'Ancien Testament, aux côtés du Livre de Moïse, des Psaumes où domine la prière et du Livre des Prophètes plein d'appels tonnants à la morale, a toujours surpris et laisse encore perplexe plus d'un spécialiste de la Bible.

 

La première légende de la résurrection :

La déesse de l'amour, que ce soit la Vénus romaine, l'Aphrodite grecque ou l'Ishtar des Babyloniens, a toujours enflammé l'imagination des hommes et surtout des poètes. Les Sumériens l'adoraient sous le nom d'Inanna, la « Reine du ciel ».

 

Le premier saint Georges :

Avant Saint Georges : Héraclès et Persée.

La mise à mort du Dragon était un thème familier de la mythologie sumérienne dès le IIIe millénaire avant Jésus-Christ.

 

L'été est une période propice à la découverte, n'hésitez pas à vous ouvrir de nouveaux horizons sur notre passage sur Terre !

 

Jacques MERCIER

 

« L'histoire commence à Sumer », Samuel Noah Kramer, Essai, Champs Histoire, Flammarion 86/94. 320 pp. 9 euros.

 

19 06 17

« La littérature est une affaire sérieuse, pour un pays, elle est, au bout du compte, son visage… » (Louis Aragon)

De la Révolution à la Belle Époque.jpgAlain Viala est historien et sociologue de la littérature française. Professeur émérite à la Sorbonne, il enseigne à l'université d'Oxford. Il est l'auteur de Naissance de l'écrivain. Sociologie de la littérature à l'Age classique (Éditions de Minuit), du Dictionnaire du littéraire et de La France galante (Presses universitaires de France). Paul Aron est professeur de littérature à l'Université libre de Bruxelles. Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont, aux Presses universitaires de France, Histoire du pastiche. Ensemble, ils ont publié Sociologie de la littérature (Presses universitaires de France) et Les 100 mots du littéraire (Presses universitaires de France).

Ces deux spécialistes se sont associés une nouvelle fois pour faire paraître chez cet éditeur le troisième volume de la collection « Une histoire brève de la littérature française », intitulé De la Révolution à la Belle Époque dans lequel ils passent au peigne fin le contexte (historique, sociologique, politique, culturel…) et l’histoire de la production foisonnante des œuvres littéraires et artistiques françaises entre 1789 et 1914, issues d’auteurs et d’artistes innombrables qui ont marqué et marquent encore l’histoire de la pensée mondiale.

C’est qu’à cette époque, comme l’écrit Alain Viala : « Avec la Révolution française, triomphe de la liberté comme idéal, nous entrons dans une longue période faite de turbulences politiques et de bouleversements sociaux, durant laquelle le littéraire est, plus que jamais, investi dans les débats. Les romantiques crient leur “mal du siècle”, les réalistes dressent le portrait d'une société inégale, les naturalistes dénoncent et accusent. Les poètes établissent des canons qu'ils s'empressent de transgresser et les dramaturges expérimentent ».

Un essai passionnant qui mène le lecteur à (re)découvrir l’impact des Maximilien Robespierre, Jacques-Louis David, André Chénier, Madame de Staël, Alphonse de Lamartine, François-René de Chateaubriand, Charles Fourier, Victor Hugo, Stendhal, Honoré de Balzac, Alfred de Vigny, George Sand, Alfred de Musset, Alexandre Dumas fils, Théophile Gautier, Gérard de Nerval, Gustave Flaubert, Émile Zola, Gustave Courbet, Guy de Maupassant, Joris-Karl Huysmans, Jules Vallès, Charles Baudelaire, Paul Verlaine, Arthur Rimbaud, Ernest Renan, Lautréamont, Maurice Maeterlinck, Claude Debussy, Léon Bloy, Stéphane Mallarmé, Maurice Barrès, Marcel Proust, Charles Péguy, Pierre Loti, Francis Jammes, Georges Rodenbach, Guillaume Apollinaire, Paul Claudel, Alfred Jarry, Blaise Cendrars, et bien d’autres encore…

Une synthèse éclairante et éclairée !

Bernard DELCORD

De la Révolution à la Belle Époque par Alain Viala avec la collaboration de Paul Aron, Paris, Presses universitaire de France, collection « Une histoire brève de la littérature française », mai 2017, 397 pp. en noir et blanc au format 12,5 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, 22,00 € (prix France)

18 06 17

De l’art du polar...

Le Policier fantôme.jpgVoilà que reparaît dans la collection « Espace Nord » et dans une version habilement mise à jour, Le Policier fantôme (l’édition princeps date de 1984), le premier essai d’envergure de Luc Dellisse, une « mise en situation du roman policier belge de type classique », complétée d’un répertoire alphabétique des auteurs dressé avec l’aide de Patrick Moens, une véritable mine d’informations sur la genèse, la typologie et la carrière d’œuvres et d’auteurs fort variés.

On y croise en effet des noms célèbres (Georges Simenon, Stanislas-André Steeman, Jean Ray, Thomas Owen, Jean-Baptiste Baronian, Marie Gevers, Robert Poulet,  José-André Lacour, Jef Geeraerts, Henri Vernes, Paul Kenny, André-Paul Duchâteau, Maurice Tillieux, René Hénoumont, Nadine Monfils, Frank Andriat, Alain Berenboom, Patrick Delperdange, Xavier Deutsch, Barbara Abel,  Pascale Fonteneau, Benoît Peeters, Xavier Hanotte, Patrick Weber…), d’autres qui le sont moins (Martine Cadière, Michel Joiret, Philippe Bradfer, Guy Delhasse, Willy Grimmonprez…), mais aussi d’illustres inconnus (Carine, Robert Bedronne, Paul Darlix, Jacques Dastière, Réginald Harlowe, Octave Joly, Louis-Thomas Jurdant, Élie Lanotte, Jean Marsus, René-Joseph Musette, José Ortmans, Mister Van, Firmin Van den Bosch, Nory Zette…) qui tous occupent une place, petite ou grande, dans ce genre littéraire d’une vitalité exceptionnelle sous nos cieux (rarement) ensoleillés.

Le fruit savoureux de lectures innombrables !

Bernard DELCORD

Le Policier fantôme – Mise en situation du roman policier belge de type classique par Luc Dellisse, Bruxelles, Les Impressions nouvelles, collection « Espace Nord », juin 2017, 385 pp. en noir et blanc au format 12 x 18,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 11 €

24 05 17

Le jazz

 

_le jazz.jpgLe Jazz” est le premier ouvrage d’une toute nouvelle collection proposée par les Editions Ikor. Il est écrit par un jazzman : Stéphane Mercier

Ce livre s’adresse à tout public. En effet, l’apparition du jazz est présentée dans son contexte politique et social. Les parallèles sont tirés entre l’évolution du jazz et les événements marquants de notre société démocratique et capitaliste: l’immigration, la ségrégation, la prohibition, la Seconde Guerre mondiale, les grandes inventions et les révolutions ont influencé cet idiome en perpétuel changement. La grande Histoire est contée à travers les petites histoires de ces personnalités attachantes.

Aujourd’hui, le jazz est plus que jamais parmi nous, car cette musique créative et interactive se veut porteuse de messages de justice, d’égalité, de tolérance et d’anti-conformisme.

L’auteur vous invite donc à entrer dans la fabuleuse histoire du jazz, qui est d’une certaine manière notre histoire à tous…

Passionné d’histoire du jazz depuis les années 80, le saxophoniste Stéphane Mercier étudie au Jazz Studio d’Anvers, au Conservatoire Royal de Bruxelles et au Berklee College of Music.

Les sept années passées ensuite à New York lui donnent l’occasion de croiser certains acteurs de première main comme Herbie Hancock, Wynton Marsalis, Horace Silver, Tommy Flanagan ou George Benson. Il entend des histoires de proches de Duke Ellington et de Charlie Parker, comme celles de l’éminent professeur Herb Pomeroy.

Rentré en Europe, Toots Thielemans l’aide à rencontrer Quincy Jones, lançant une série d’interviews, dont celle de Kenny Garrett, saxophoniste ayant cotoyé les derniers grands orchestres et leaders de la grande époque.

En 2013, il monte un spectacle sur l’histoire du jazz : “La Boîte de Jazz” attire 27 000 spectateurs en un an et demi, soit 270 représentations à guichets fermés.

C'est un petit livre « tout simple », pas cher et très bien écrit et vraiment agréable à parcourir (vous pouvez l'emporter partout). C'est aussi une mine de renseignements : disques, livres, anecdotes sur le jazz si vous voulez prolonger la lecture ou l'étoffer. Le début d'une belle collection et une belle carte de visite pour son auteur.

Jacques Mercier

« Le Jazz », Stéphane Mercier, Ikor Editions, collection "c'est tout simple" sous la direction de Marc Bailly, 110 pp, 12cmX17cm, 9,99 euros. www.ikoreditions.com

 

 

18 05 17

In fine

3DMotsFinBD_small.pngCatherine Guennec aime les répertoires.

Au gré de lectures nombreuses et d'une curiosité insatiable, elle collectionne les histoires d'amour ( Le petit livre des grandes histoires d'amour), les mots doux ( Mon petit trognon potelé) , les insultes (Espèce de savon à culotte), tous savoureux recueils répertoriés sur votre blog préféfé.

Aussi est-ce avec une joie sans... fin que nous avons lu, d'une traite - mais oui - les quelque deux cents adieux historiques, légendaires ou avérés , qu'ont prononcés des personnages célèbres, restitués, dans leur contexte d'émission, par ordre alphabétique des patronymes.

D'Honoré de Balzac qui aurait réclamé à son chevet le docteur Horace Bianchon, acteur de sa Comédie humaine à Stefan Zweig, qui en sa lettre testamentaire révèle son impatience à en finir avec la vie, les sentences défilent, souvent sobres, factuelles " Je ne me sens pas bien " ( Maria Callas), " C'est comme cela que l'on meurt " (Coco Chanel), " Tout est bien " ( André Gide) " C'est fait!" (Prince de LIgne) gourmandes " Il y a longtemps que je n'ai mangé avec tant de plaisir" (Denis Diderot) , "J'ai faim" (Philippe Pétain) élégantes " Tu leur diras, toi, que j'ai eu une belle vie" (Charlotte Delbo) , litotes " Ce n'est rien" ( d'Henri IV, poignardé) quand elles ne sont simple soupir (Chopin, Stendhal)

Une lecture instructive qui nous rappelle, finement, que toute existence connaît son terme.

Apolline Elter

Les mots de la fin, 200 adieux historiques, Catherine Guennec, recueil, Ed de l'Opportun, avril 2017, 352 pp

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Documents, récits, essais | Commentaires (0) |  Facebook | |

18 05 17

La Kollaboration !

colla.jpgCet ouvrage est magistral. Il raconte en détails une époque et ses dérives. Ce n'est pas seulement un document, avec ses dates, ses noms, ses précisions, c'est une histoire. Ce n'est pas un roman, même si on peut le lire ainsi, car tout est vrai, vérifié même.

L'auteur, Eddy De Bruyne, a déjà écrit plusieurs livres qui ont traité de la collaboration ; cette fois, il s'attache à la collaboration en Wallonie et en particulier à celle de la région de Liège. L'éditeur explique à propos de « Entre collaboration et kollaboration » : « L'ensemble jette une lumière crue sur une époque particulièrement trouble mettant en scène victimes et protagonistes. »

« En guise de prélude », en début de livre, et sous le titre « La croisière s'amuse », l'auteur nous raconte la randonnée en bateau-mouche que fit Léon Degrelle en septembre 1936. On lui avait refusé un meeting en salle, il choisit de le faire sur la Meuse, à l'aide d'un haut-parleur ! Quant aux dernières pages, pour boucler l'aventure, nous découvrons les « Tribulations d'un agent double liégeois » !

Au fil des chapitres, on découvre la magistrature et l'occupant, les apprentis policiers de Rex ou le recrutement pour la légion Wallonie.

En passant, nous avons également l'envie des uns d'un séparatisme wallon, des autres d'un rattachisme.

Le texte rend ces événements actuels, lisibles, et donc d'autant plus intéressants à découvrir.

Un exemple ? Quelques lignes prises au début de la page 90 : « Au début de l'Occupation, le département politique et culturel de la « Sipo-Sd » de Bruxelles approuvait un éventuel rattachement de la Wallonie à la France en échange de la session de l'Alsace et de la Lorraine à l'Allemagne. Par la suite, il approuva plutôt l'idée de la constitution d'un État wallon autonome auquel seraient rattachées les provinces du Nord français, soit la Franche-Comté, la Picardie et les Flandres. »

Voici déjà deux livres remarquables (avec « L'Opéra dans l'Histoire ») parus dans cette superbe collection dirigée avec le talent qu'on lui connaît par Bernard Delcord.

 

Jacques Mercier

 

Entre collaboration et Kollaboration, Eddy De Bruyne, Les éditions de la province de Liège, 428 pp, 24 euros. www.edplg.be

 

 

11 04 17

Presse de caniveau…

Scandale à la une.jpgDans Scandale à la Une paru aux Éditions Hugo-Desinge à Paris, Gérard Aimé recense et commente 500 couvertures racoleuses de torche-culs français et américains de l'après-guerre, destinées à les faire vendre en masse aux gogos, aux pipelettes, aux porteurs d’un durillon de comptoir et aux adolescents boutonneux.

En France, ces canards déchaînés dans la sottise ont ou avaient pour nom Détective, Infos du Monde, Radar, Ici Paris, France Dimanche, Qui ? Police... Aux États-Unis, National Bulletin, Weekly World News, Police Gazette, National Examiner, The National Tattler, National Mirror, Close-Up, The National Insider...

Car si le scandale peut parfois trouver sa légitimité en s’affichant à la Une d’un journal –songeons au fameux « J’accuse » d’Émile Zola en faveur d’Alfred Dreyfus paru le 13 janvier 1898 dans L’Aurore à l’instigation de Bernard Lazare et de Georges Clemenceau –, il est, dans la presse, presque toujours utilisé à des fins bassement mercantiles en s’adressant à la naïveté, au voyeurisme et aux instincts les plus vils de son lectorat putatif.

Le résultat ? Un déferlement d’accroches, photos à l’appui, de scoops (même faux), de sexe, de glauque, d'exotisme, de témoignages (même faux aussi), de jamais vu, tous plus surréalistes les uns que les autres, confinant souvent à la paranoïa et versant régulièrement dans la drôlerie involontaire…

Florilège :

« Je suis le fils du Pape », « 39 coups de couteau, c’est tout ce que portait la strip-teaseuse », « Je n'ai pas dormi depuis 32 ans », « [Une femme] gagnée au poker par un impuissant », « Bonne chrétienne, elle oublie qu’elle a été violée », « Son assassin ne croyait pas la voir revivre ! », « Malheureux en amour, il se livre aux fauves », « À cause du LSD, une jeune fille donne naissance à une grenouille », « Une nouvelle maladie vénérienne : la blennorragie des amygdales », « Des martiens homosexuels découverts dans l’épave d’une soucoupe volante », « Ma cliente n’avait pas la clé de sa ceinture de chasteté », « Charles Manson est le fils illégitime d’Adolf Hitler », « Un boucher vend les seins de sa femme comme nourriture pour chiens », « Il ignorait que sa maîtresse était un homme… »

Albert Einstein, dit-on, aurait déclaré : « Il n'existe que deux choses infinies, l'univers et la bêtise humaine... mais, pour l'univers, je n'ai pas de certitude absolue ».

C’est absolument exact !

Bernard DELCORD

Scandale à la Une par Gérard Aimé, Paris, Éditions Hugo-Desinge, avril 2017, 160 pp. en couleurs au format 17 x 24 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 16,95 € (prix France)

07 04 17

Massacre à la machette…

Le génocide des Tutsi au Rwanda.jpgConstitutionnaliste et politologue belge, Filip Reyntjens est professeur émérite de droit et de sciences politiques à l'université d'Anvers. Ancien expert auprès du Tribunal pénal international pour le Rwanda, il a aussi participé à l'élaboration de la Constitution rwandaise.

Il a fait paraître à Paris, aux Éditions des Presses universitaires de France, dans la collection « Que sais-je ? », une brillante synthèse historique sur Le génocide des Tutsi au Rwanda, perpétré d'avril à juillet 1994 et qui fut exceptionnel par son envergure, sa rapidité et son mode opératoire : plus d'un demi-million de victimes ont été exterminées en cent jours.

Elles sont généralement tombées sous les coups d'un très grand nombre d'assassins ayant eu recours à des armes rudimentaires.

L’auteur tente de comprendre les ressorts de cette tragédie en répondant à des questions simples : comment s'est-elle déroulée ? Quelles en ont été les causes, lointaines ou plus immédiates ? Quelles séquelles a-t-elle laissées, au Congo notamment ?

Il montre aussi que ce génocide n'appartient pas qu'à l'histoire, car il reste un enjeu politique contemporain, tant au Rwanda qu'ailleurs, notamment en France où les controverses restent intenses et où les termes du débat sont souvent violents [1].

Et insultent la mémoire des victimes, Tutsi, Hutu modérés, Twa et casques bleus belges…

Bernard DELCORD

Le génocide des Tutsi au Rwanda par Filip Reyntjens, Paris, Éditions des Presses universitaires de France, collection « Que sais-je ? », avril 2017, 127 pp. en noir et blanc au format 11,5 x 17,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 9 € (prix France)

 

[1] Le gouvernement français était alors dirigé par Édouard Balladur tandis que François Mitterrand exerçait la présidence de la République, et leur attitude face aux crimes perpétrés par les génocidaires hutu, très nombreux dans l’armée rwandaise dont beaucoup de cadres avaient été formés dans l’Hexagone, est à tout le moins sujette à caution, voire pire…

21 03 17

Quand son monde était tailleur…

Un monde sur mesure.jpg

Nathalie Skowronek est une écrivaine belge née en 1973 qui vit à Bruxelles.

Son roman, Karen et moi (Arléa, 2011) raconte la fascination d'une femme pour l'écrivaine danoise Karen Blixen. Il a fait partie des sélections du Prix Rossel des Jeunes, Prix Première, Grand Prix des lectrices du magazine Elle et Prix des lecteurs du Télégramme.

Max, en apparence (Arléa, 2013) a été finaliste du Prix Rossel. Il dresse le portrait d'un rescapé d'Auschwitz parti refaire sa vie dans le Berlin d'après-guerre, à travers le regard de sa petite-fille.

Son essai La Shoah de Monsieur Durand est paru en 2015 aux éditions Gallimard. Il éclaire avec intelligence ce qu’est en train de vivre la quatrième génération de Juifs après Auschwitz. [1]

Dans Un monde sur mesure paru chez Grasset à Paris, elle retrace l’histoire de sa famille venue de Pologne en Belgique au cours des années 1920, des petits tailleurs juifs, pauvres et industrieux œuvrant à Charleroi dans un atelier des plus modestes, leur petit appartement, et dont les enfants essaimeront le commerce à Gand et à Bruxelles, ouvrant avec un certain succès des boutiques de vêtements bâtis sur mesure, en bons et infatigables « confectionneurs de shmattes, ces chiffons, ces loques, ou bouts de tissus sans valeur, qu’un extraordinaire fourmillement va transformer en vêtement que les client(es) vont s’arracher de saison en saison, mode après mode ».

L’auteure témoigne de la mutation radicale du métier avec l’émergence du « prêt-à-porter » et son cortège de nouveaux fournisseurs en Extrême-Orient, avec l’apparition de nouvelles pratiques commerciales et avec la création de nouveaux points de vente, toutes choses qui ont supplanté le « sur mesure » et précipité la fin du Yiddishland.

Extrait :

« Des marchés où s’était épuisée notre arrière-grand-mère aux magasins de prêt-à-porter montés par nos parents, tout nous ramenait aux tailleurs juifs des shtetls de Pologne.

Quatre générations plus tard, on ne se fournissait plus dans le Sentier, à Paris, mais chez d’invisibles intermédiaires qui ramenaient la marchandise du Bangladesh, du Pakistan ou de Chine. Qu’importait la provenance des pièces, qui les avait confectionnées et comment, nous devions reconnaître parmi les vêtements entassés les articles susceptibles de plaire. Il fallait être rapide, choisir juste. Nous prenaient de court ces nouvelles enseignes qui ouvraient dans toute l’Europe. Le shmattès yiddish allait bientôt disparaître. »

Insistons sur la qualité de la narration et sur la construction du récit, véritable miroir d’époques successives décrites avec une finesse de tous les instants et une grande sensibilité aux drames de l’Histoire – le souvenir de la Shoah n’est jamais loin –, dans un texte mémorable, aux divers sens du terme.

Comme un mix du Proust de la Recherche du temps perdu et du Zola d’Au bonheur des dames

De la belle ouvrage !

Bernard DELCORD

Un monde sur mesure par Nathalie Skowronek, Paris, Éditions Grasset, mars 2016, 189 pp. en noir et blanc au format 13 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 18,00 € (prix France)

 

[1] Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Nathalie_Skowronek