10 04 18

« Quand on n'aime pas trop, on n'aime pas assez. » (Roger de Bussy-Rabutin, 1618-1693)

Le Grand Siècle déshabillé.jpgAuteur d'une Anthologie de la poésie érotique française (Fayard, 2004), Jean-Paul Goujon a assuré l'édition de l'Œuvre érotique de Pierre Louÿs. Il est l'auteur de diverses biographies dont celles de Léon-Paul Fargue (Gallimard, 1997, Grand Prix de la biographie de l'Académie française) et de Pierre Louÿs (Fayard, 2002, prix Goncourt de la biographie).

Il a fait paraître aux Éditions Robert Laffont, dans la célèbre collection « Bouquins », une compilation de textes intitulée Le Grand Siècle déshabillé – Anthologie érotique du XVIIe siècle,

Voici ce qu’il en écrit :

« Loin d'être une époque solennelle et froide, le Grand Siècle se révèle, d'un bout à l'autre, comme ardemment érotique. Sans doute moins connu que le libertinage du siècle suivant, cet érotisme prend des formes multiples, parfois surprenantes, en s'affirmant comme une sorte d'antidote à tous les pouvoirs, moraux, politiques et religieux. La veine populaire s'exprime de façon explosive et hilarante dans les facéties, les "chansons folâtres", les "contes à rire", puis, sous la Fronde, les violentes mazarinades, tandis que les "chansons de cour" brocardent sans pitié les amours des courtisans.

On voit à cette même époque surgir les premiers grands textes érotiques de notre littérature : les Confessions de Bouchard, L'École des filles, Le Bordel des Muses de Le Petit. Les écrits d'ecclésiastiques montrent que l'Église elle-même n'échappe pas à ces hantises. Objets de scandale, le saphisme et l'homosexualité masculine sont présents aussi bien dans l'œuvre des poètes que dans les anecdotes relatées par les chroniqueurs ou les rapports de police.

Certaines obsessions, en particulier la scatologie, sont perçues et exaltées comme autant d'hérésies. Les multiples amours de Louis XIV témoignent que ce souverain, loin d'être une exception, exprimait parfaitement les goûts de son siècle tout enivré d'amour et de sensualité.

Nombre de textes ici rassemblés sont peu connus, sinon ignorés, et certains n'avaient même jamais été réédités. Ils sortent ainsi du purgatoire sans rien perdre de leur verve trouble et sulfureuse. »

Et franchement paillarde !

Bernard DELCORD

Le Grand Siècle déshabillé – Anthologie érotique du XVIIe siècle, édition établie, annotée et présentée par Jean-Paul Goujon, Paris, Éditions Robert Laffont, collection « Bouquins », mai 2017, 1024 pp. en noir et blanc au format 13,2 x 19,7 cm sous couverture brochée en couleurs, 30 € (prix France)

Extraits (softs) :

 

Salomon de Priezac, Sur un amant qui fit un pet en présence de sa maîtresse (1650)

 

Un jour chez Alidor, un galant malheureux

Faisant l'expression de son zèle amoureux,

Frappa d'un petit vent l'oreille de sa Dame :

Mais holà ! lui dit-il, qui s'en moque est un fou,

Car dans le désespoir et l'ardeur qui m'enflamme,

Pourvu que je soupire, il n'importe par où.

 

Le Cabinet satyrique (1618)

POUR ÉCRIRE SUR LE LUTH D'UNE DEMOISELLE. SONNET

 

Si votre main blanche et légère

Anime et donne au luth la voix,

Jugez ce qu'elle pourrait faire

D'un autre instrument que de bois.

 

Croyez, belle ménestrière,

Pendant que vous avez le choix,

Remuez un peu le derrière,

Et non pas si souvent les doigts.

 

Le luth pour un temps vous peut plaire,

Mais ce plaisir ne dure guère :

Il ennuie et lasse parfois ;

 

Mais un vit fait tout le contraire,

Car son entretien ordinaire

Fait que les ans semblent des mois.

 

                                          ANONYME

15 03 18

Rambouillette

.salons littéraires.jpgFocalisé sur la célèbre "chambre bleue", entendez le salon de l'hôtel Rambouillet, au sein duquel la marquise Catherine de Vivonne tint quarante années durant - la première moitié du XVIIe siècle - le plus célèbre salon littéraire de la Capitale, l'essai entend quelque peu démythifier la gloire qui lui est accrochée.

Nous avons cherché à en contester la vision traditionnelle, accréditée dans l'opinion et amplifiée par l'attitude laudative, trop souvent adoptée. Notre analyse de l'univers de la Marquise s'est efforcée 
de rétablir les proportions plus modérées de la question et de parler des amis du cercle en termes propres, afin de définir leur vraie identité et de déterminer ainsi le noyau psychologique du salon où ils se jetèrent à corps perdu. De lui rendre le privilège d'être ce qu'il fut. Pour ce faire, il a fallu déchirer la légende et 
renverser quelques statues.

 Cénacle littéraire aux membres triés sur le volet - Chapelain, Voiture, Bossuet, Guez de Balzac,  Madeleine de Scudéry, notre chère marquise de Sévigné, ...-  le salon fut l'antre de réunions précieusement codées, conviviales - il s'agissait de se "désennuyer " , danser, jouer, se déguiser, organiser farces, surprises et cadeaux (dans le sens premier de collations champêtres) ...- de  joutes discursives et de querelles célèbres, telle la "Querelle des Supposés" et celle du Cid.  Il se prolongeait d'échanges épistolaires, dûment répertoriés, qui nous renseignent parfois sur la véritable atmosphère des réunions, au gré d'indiscrétions, de distractions au code de la préciosité, savamment distillées.

De santé précaire, la marquise recevait ses hôtes, en position allongée.  Initié vers 1608, le salon ne survécut pas à la Fronde (1648-1653) qui vit sa compagnie exploser.

Assumant son parti-pris iconoclaste, l'essai offre un regard neuf sur un Salon des plus mythique

A Elter

Les Salons littéraires, De l'hôtel de Rambouillet..sans précaution, Barbara Krakewska, essai, Ed. Jourdan, janvier 2018, 366 pp 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Histoire de la littérature | Commentaires (0) |  Facebook | |

29 01 18

Les trouvères du sud de la France…

Les troubadours.jpgMichel Zink (°1945), écrivain, médiéviste et philologue français, membre de l'Institut, est professeur honoraire au Collège de France est l’auteur de nombreux ouvrages [1] et il a étudié toute sa vie l'art des troubadours et leur poésie.

C’est donc très logiquement qu’il a fait paraître Les troubadours – Une histoire poétique (2013, Paris, Éditions Perrin), un essai très documenté qui a remporté le Prix Provins Moyen Âge 2014 et qui ressort en collection de poche dans une version révisée.

En voici la présentation de l’éditeur :

« Les troubadours sont, au XIIsiècle, les auteurs, immensément admirés, des plus anciennes chansons d'amour composées dans une des langues nouvelles de l'Europe, la langue d'oc. Le tremblement du désir et celui de la crainte, la ferveur et la frustration, la jalousie et la jouissance, tout cela ils l'ont dit de façon si nouvelle et si intense que leurs chansons résonnent encore dans les mots d'amour d'aujourd'hui.

Le livre de Michel Zink rend sa fraîcheur à cette poésie vieille de neuf siècles en la suivant dans ses méandres, en disant au fil des poèmes, qu'il cite en grand nombre, juste ce qu'il faut pour qu'elle nous parle, pour qu'elle nous enchante et pour qu'elle vive en nous. »

Et voici ce qu’en dit l’auteur :

« Ce livre se veut une histoire poétique des troubadours. Il tente de rendre à leur poésie sa fraîcheur en la suivant dans ses méandres, en disant au fil des chansons et à propos de chacune juste ce qu'il faut pour qu'elle nous parle, pour que sa subtilité apparaisse, pour que ses allusions s'éclairent, qu'elle nous enchante et qu'elle vive en nous. (…)

J'ai voulu les faire aimer autant que je les aime, faire sentir tout ce que leurs chansons recèlent de sophistication et de simplicité, de séduction et de profondeur. Comment rendre proche, immédiatement accessible, immédiatement savoureuse, une poésie d'amour vieille de neuf siècles, écrite dans une langue ancienne et à demi étrangère, parfois volontairement obscure et produite par une civilisation désormais si loin de nous ? »

Objectif atteint !

Bernard DELCORD

Les troubadours – Une histoire poétique par Michel Zink, Paris, Éditions Perrin, collection « Tempus », novembre 2017, 382 pp. en noir et blanc au format 11 x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 9,50 € (prix France)

[1] Épinglons, entre autres, La Pastourelle – Poésie et folklore au Moyen Âge, Paris, Bordas, 1972, La Prédication en langue romane avant 1300, Paris, Champion, 1976 et 1982, Littérature française au Moyen Âge, Paris, PUF, 1992 et 2001, Le Moyen Âge de Gaston Paris, Paris, Éditions Odile Jacob, 2004, Bienvenue au Moyen Âge, Équateurs/France Inter, 2015.

18 01 17

« Tout à fait dignes du panier de Madame de Sévigné... » (Georges Brassens)

Lettres choisies de Madame de Sévigné.jpgMarie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné, plus connue sous le nom de Madame de Sévigné, est une épistolière française, née le 5 février 1626 à Paris et morte le 17 avril 1696 au château de Grignan (Drôme).

Orpheline de père à l'âge d’un an, celui-ci ayant été tué au siège de La Rochelle, elle perd aussi sa mère, Marie de Coulanges (1603-1633), six ans plus tard.

Elle vit néanmoins une jeunesse choyée et heureuse, d’abord chez son grand-père, Philippe de Coulanges, puis, après sa mort en 1636, chez le fils aîné de celui-ci, Philippe de Coulanges.

Le 4 août 1644, elle épouse Henri de Sévigné (1623-1651), mais devient veuve à vingt-cinq ans, le 5 février 1651, quand son époux est tué lors d’un duel.

Le couple a deux enfants :

– Françoise-Marguerite (1646-1705) qui épousera en 1669 François Adhémar de Monteil de Grignan, nommé lieutenant-général de Provence l’année suivante ; la nouvelle comtesse de Grignan le rejoint une année plus tard. Le couple résidera au château de Grignan pendant presque quarante ans.

– Charles (1648-1713), qui restera sans postérité.

La correspondance de Madame de Sévigné avec sa fille s’effectua à peu près pendant vingt-cinq ans au rythme de deux ou trois lettres par semaine. S’y ajoutèrent de nombreuses missives à sa famille et à ses amis [1].

Madame de Sévigné est devenue un grand écrivain presque sans le vouloir et sans le savoir. Ses lettres sont nées de sa conversation, vive, enjouée, dont elle a su conserver, à l'intention de ses correspondants, le badinage, l’intelligence et la spontanéité.

Nouvellement sélectionnées et commentées par Nathalie Freidel, des Lettres choisies de Madame de Sévigné ont été publiées récemment chez Gallimard à Paris dans la collection « Folio classique »

Écoutons ce qu’en dit l’éditrice :

« De même que deux vers de Racine suffisent à reconnaître la main du maître, deux lignes de Sévigné signalent immédiatement le style, le savoir-faire, la langue inimitables de l'épistolière.

Encline au libertinage intellectuel, réfractaire à l'endoctrinement, Madame de Sévigné est le pur produit de la société du loisir lettré. (…)

Par le détour du pastiche, de l'ironie et de l'humour, elle dresse un portrait de soi parmi les plus vivants, les plus audacieux et les plus émouvants de son siècle. Mais les lettres consacrées aux opérations militaires, à la révolte de la Bretagne, à l'exil des rois d'Angleterre ainsi que l'intérêt porté à la politique familiale des Grignan en Provence dévoilent aussi un engagement sur un terrain où les femmes étaient loin d'être les bienvenues.

Par son rayonnement – de la vie mondaine à la sphère politique en passant par l'intime – et son ton unique, Madame de Sévigné fait souffler un vent de liberté dans le classicisme français. »

Avec quel style et quel panache !

Bernard DELCORD

Lettres choisies de Madame de Sévigné, édition et annotations par Nathalie Freidel, Paris, Éditions Gallimard, collection « Folio classique », novembre 2016, 744 pp. en noir et blanc au format 10,8 x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 9,80 € (prix France)

 

[1] Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Madame_de_S%C3%A9vign%C3%A9

01 12 16

François ...Villon, joyeux follastre

téléchargement (12).jpgOn ne sait rien de la mort de François Villon: il s'évapore sans traces laisser, début janvier 1463. En revanche, il est avéré qu'il naît François de Montcorbier, en 1431,  dans  un quartier populeux de la rive droite parisienne.  D'une pauvreté revendiquée, il arpente, dès sa prime enfance ce Paris auquel il restera si attaché.

Placé dès l'âge de raison - entendez sept ans - sous la protection de Maïtre  Guillaume de Villon, un ecclésiastique pétri de bienveillance à son égard, il doit à ce "second père" une éducation soignée particulièrement propice à éveiller la vive intelligence tôt décelée en lui.

François Villon obtient de la sorte une prestigieuse maîtrise ès arts en 1452. Mais le jeune homme est de nature rebelle et facétieuse: il interrompt un parcours académique bien entamé pour devenir le "joyeux follastre"' que le postérité retiendra de lui.

" La fable fait du poète un petit escroc, vivant au jour le jour, bon mangeur et grand buveur, entouré de compagnons tout aussi décidés que lui à berner le bourgeois. François n'est pas pour rien dans la création de cette imagerie parisienne; il s'est lui-même amusé à se présenter dans ses poèmes comme un "bon follastre."

Et la fable n'a pas vraiment tort: impliqué dans le célèbre cambriolage de Navarre et quelques autres exploits, notre homme sera soumis à la question - sans façons..- effectuera quelques séjours en prison. Celle de Meung lui sera particulièrement cruelle et le séjour en ses murs transformera sa vision de la vie. Amant transi, victime quelques (rares) fois de méprises, François Villon est banni de Paris, vers le 8 janvier, il ne donnera plus signe de vie

Réalisons l'intense travail d'investigation que l'historienne Sophie Cassagne-Brouquet - elle enseigne l'histoire médiévale à l'université Toulouse- Jean Jaurès - a réalisé pour rédiger cette biographie. On ne peut dès lors qu'en savourer davantage le côté alerte, vivant, singulièrement présent du portrait d'un électron libre, version XVe siècle.Des extraits de ballades, du fameux Testament,  ponctuent le propos, lui font  judicieux écho.

 Une lecture très plaisante

Apolline Elter 

 

"De moi, pauvre, je veux parler" Vie et mort de François Villon, Sophie Cassagne-Brouquet, biographie, Ed. Albin Michel, oct. 2016, 352 pp

13 04 16

Retour aux sources...

Lire et relire les classiques.jpgSous la direction de Geneviève Simon, Éric de Bellefroid, Guy Duplat, Jacques Franck, Francis Matthys et Monique Verdussen, tous journalistes ou collaborateurs de La Libre Belgique, signent des critiques dans le cahier « Lire » publié chaque semaine dans le quotidien bruxellois.

Depuis 2011, chaque été, ils ont rédigé des articles de fond sur les grands textes de la littérature occidentale et, après cinq saisons, ils les ont rassemblés dans un ouvrage intitulé Lire et relire les classiques, paru aux Éditions Avant-Propos à Waterloo.

Au total, trente titres sont présentés en profondeur pour donner à chacun l’envie de les (re)découvrir.

Une belle synthèse !

Bernard DELCORD

Lire et relire les classiques, ouvrage collectif sous la direction de Geneviève Simon, Waterloo, Éditions Avant-Propos en collaboration avec La Libre Belgique, mars 2016, 221 pp. en couleurs au format 22 x 24 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 24,95 €

 

Liste des ouvrages présentés :

Un des Baumugnes par Jean Giono

Illusions perdues par Honoré de Balzac

Tendre est la nuit par Francis Scott Fitzgerald

Les Trois Mousquetaires par Alexandre Dumas

À la recherche du temps perdu par Marcel Proust

 

Lettres de Madame de Sévigné

L’Homme sans qualités par Robert Musil

Homme invisible, pour qui chantes-tu ? par Ralph Ellison

La Duchesse de Langeais par Honoré de Balzac

Belle du Seigneur par Albert Cohen

 

Les Réprouvés par Ernst von Salomon

La Lettre écarlate par Nathaniel Hawthorne

La Chartreuse de Parme par Stendhal

Le Misanthrope de Molière

Crime et châtiment par Fédor Dostoïevski

 

Childe Harold par Lord Byron

Les Grandes Espérances par Charles Dickens

Bel-Ami par Guy de Maupassant

Thérèse Desqueyroux par François Mauriac

Voyage au bout de la nuit par Louis-Ferdinand Céline

 

Mémoires d’outre-tombe par François-René de Châteaubriand

Le cœur est un chasseur solitaire par Carson McCullers

Climats par André Maurois

Aurélien par Louis Aragon

La Promesse de l’aube par Romain Gary

 

Le Ravissement de Lol V. Stein par Marguerite Duras

Le Docteur Faustus par Thomas Mann

Le Portrait de Dorian Gray par Oscar Wilde

Le Dernier jour d’un condamné par Victor Hugo

Lettres à son Frère Théo par Vincent van Gogh

11 04 16

Naissance du romantisme…

Adolphe de Benjamin Constant – Postérité d'un roman (1816-2016).jpgL’année 2016 est marquée par le bicentenaire de la publication d’Adolphe, l’œuvre littéraire la plus célèbre de l’écrivain et homme politique lausannois Benjamin Constant (1767-1830), un roman qui lance le romantisme et évoque la liaison orageuse de son auteur avec l’écrivaine et philosophe française d'origine genevoise Germaine de Staël (1766-1817) qu’il avait rencontrée en 1794.

À l’occasion de ce grand anniversaire, un ouvrage collectif richement illustré paru chez Slatkine à Genève sous le titre Adolphe de Benjamin Constant – Postérité d'un roman (1816-2016) propose de mettre en lumière la longue et foisonnante postérité d’Adolphe : il s’agit de faire découvrir aux lecteurs les multiples éditions, traductions (y compris en japonais ou en persan), réécritures (de Balzac à Camille Laurens, en passant par Jacques Chessex) et adaptations (théâtre, cinéma, bandes dessinées) auxquelles le chef-d’œuvre de Benjamin Constant a donné lieu, de 1816 à nos jours.

Une vingtaine de spécialistes, issus d’une dizaine de pays, ont rédigé les textes qui composent ce volume interdisciplinaire consacré à l’héritage d’un roman qui, deux siècles après sa parution, n’a rien perdu de son pouvoir de fascination.

Bernard DELCORD

Adolphe de Benjamin Constant – Postérité d'un roman (1816-2016), ouvrage collectif sous la direction de Léonardo Burnand et Guillaume Poisson, Genève, Éditions Slatkine, février 2016, 157 pp. en quadrichromie au format 21 x 28 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 35 € (prix France)

02 10 15

Jean-Marie Rouart : un enchantement !

rouart amis.jpgDe temps à autre, la discussion de cet ancien directeur du Figaro littéraire m'enchante sur France 24 dans « Une comédie française » de l'excellente Roselyne Febvre. Jean-Marie Rouart aime passionnément la littérature, qui l'accompagne depuis toujours et même lui aurait la vie. Il rassemble dans « Ces amis qui enchantent ma vie » 120 écrivains avec une présentation subjective et un extrait choisi de l’œuvre. C'est un régal !

Si on trouve les grands noms d'hier et d'aujourd'hui (de Rabelais à Carson McCullers), ils sont justement très connus ou parfois moins. J'adore aussi les titres donnés aux chapitres qui les rassemblent : dans « Les fracasseurs de vitres », on trouve Rousseau et Céline, dans « Les magiciens » Cocteau ou Pierre Louÿs ou dans « Les monuments qu'on visite » Balzac, Simenon ou Proust.

Dans sa préface, Jean-Marie Rouart écrit : « Je pressentais le grand mérite des histoires : en troquant sa vie avec celle des autres, on ne gagnait pas forcément au change, mais on cessait de geindre sur la sienne. » ou « Je demandais aux livres : comment fait-on pour vivre, pour aimer, pour être heureux ? ».

Mais aussi, ce merveilleux hommage aux créateurs : « Une autre séduction m'attirer dans les livres : la passion vibrante de leur auteur pour exister. »

L'auteur s'interroge évidemment sur la trace qu'on laisse, comment et pourquoi, dans quelles circonstances ? Et d'écrire : « On n'existe que par des preuves, que ce soient des pierres taillées ou alors des mots. » ou « N'existe que ce qui a été raconté. »

Voici trois parmi de si nombreux extraits que j'aurais pu faire, mais que je vous engage à retrouver dans le livre :

Une phrase de Paul-Jean Toulet (classé dans « Les Magiciens ») : « Ce que j'ai aimé le plus au monde, ne pensez-vous pas que ce soient les femmes, l'alcool et les paysages ? »

A propos de l'effacement peut-être provisoire de Henry de Montherlant (classé dans « Les Moitrimaires ») dans l'univers littéraire actuel : « Notre époque veut que les artistes apportent, par leur existence et leurs actes, un certificat d'authenticité de leurs œuvres. »

Je retiens aussi (dans « Les Polémistes à poil dur »!), André Rouveyre et son « Discours d’expulsion de M.Paul Valéry à l'Académie française : « Il n'y pas de meilleur endroit pour accorder aux courtisans âgés sans propriété indépendante, un abri et des roses. » Ce qui prouve que Jean-Marie Rouart, académicien lui-même, est intelligent et possède un solide sens de l'humour et de l'autodérision.

Si je puis faire une petite parenthèse personnelle, je trouve un parallèle intéressant avec le choix des livres aimés et proposés par l'auteur et mon propre personnage du roman « Maître Gustave », qui définissait sa vie par les citations marquées dans les livres de sa bibliothèque !

Jean-Marie Rouart nous donne ici une nouvelle forme d'autobiographie, des reflets de ses propres idées et de ses convictions intimes. Une formidable façon d'entrer dans l'univers littéraire !

 

Jacques MERCIER

 

« Ces amis qui enchantent la vie » « Passions littéraires », Jean-Marie Rouart (de l'Académie française) ; édition Robert Laffont, 2015. 905 pp. 24 euros.

02 01 14

« Debout, les morts ! »

Une forêt cachée.jpgPetite-fille du grand éditeur Jean Paulhan, la chroniqueuse des livres au Monde et éditrice elle-même – elle s'est spécialisée dans la publication des journaux intimes, correspondances littéraires, textes autobiographiques et mémoires inédits, rédigés par des écrivains des XIXe et XXe siècles – Claire Paulhan a préfacé Une forêt cachée – 156 portraits d'écrivains oubliés précédé de Une autre histoire littéraire, un essai formidable et passionnant d'Éric Dussert, véritable caverne d'Ali-Baba de la littérature, publié aux Éditions de la Table Ronde à Paris.

« Qui sont ces "personnages cardinaux", se demande-t-elle, absents des manuels et des dictionnaires ? Qui sont ces humbles, injustement négligés, vaincus par une postérité désastreuse ? Des romanciers non réédités, certes, mais aussi des directeurs de revue et de collection, des traducteurs, des originaux un peu fous, des fantaisistes, des rentiers, des pauvres, des suicidés, des ronds-de-cuir, des savants et des incultes, des hommes et des femmes, des vieux et des jeunes... tout un monde de mendiants et d'orgueilleux, aux biographies hautes en couleur. Et chacun d'entre eux mérite de figurer dans le paysage littéraire que redessine avec empathie Éric Dussert, un paysage démocratique et sans hiérarchie, dont il repousse l'horizon, de notice en notice. »

Ces auteurs ont pour nom, entre autres, Bernard de Bluet d'Arbères (1566-1606), le chevalier de Mouhy (1702-1784), la comtesse Dash (1804-1872), Eugène Mouton (1823-1902), William Chambers Morrow (1854-1923), Flor O'Squarr (1875-1921), Valentine de Saint-Pont (1875-1953), Achmed Abdullah (1881-1945), Claude Cahun (1894-1954), Titaÿna (1897-1966), Gabrielle Wittkop (1920-20902), Damouré Zika (1924-2009), Bienvenu Merino (né en 1943)... mais aussi, pour les moins oubliés, Alphonse Karr (1808-1890), Louis Dumur (1863-1933), André Baillon (1875-1932), Francis de Miomandre (1880-1959), Maurice Dekobra (1885-1973) ou Albert Paraz (1899-1957)...

Et tous ont leur place au Panthéon des lettres, fût-ce dans un petit coin !

Bernard DELCORD

Une forêt cachée par Éric Dussert, préface de Claire Paulhan, Paris, Éditions de la Table Ronde, mars 2013, 605 pp en noir et blanc au format 12,5 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, 20,60 € (prix France)

23 08 13

Une caverne d'Ali-Baba !

À la rencontre des grands Écrivains français.jpgContenant 50 fac-similés de lettres, documents et manuscrits exceptionnels, À la rencontre des grands Écrivains français paru chez Larousse est un magnifique livre-objet conçu par Jérôme Picon pour présenter autant d'auteurs à travers le moment culturel qui lui est particulier.

Des illustrations de l'édition princeps du Gargantua de Rabelais, par exemple, et la pièce signée de la main de Louis XIV et de Colbert fondant le Théâtre-Français (21 octobre 1680) où brilleront Racine et Molière, des illustrations des Fables de Jean de La Fontaine, un fragment manuscrit des Pensées de Pascal, un extrait du manuscrit du Paradoxe sur le comédien de Diderot, une page de l'herbier de Jean-Jacques Rousseau, des épreuves d'impression de romans de Balzac, maculées de corrections, le manuscrit autographe du fameux « Demain, dès l'aube... » de Victor Hugo, un dessin de Charles Baudelaire par lui-même, un poème recopié à la plume d'Arthur Rimbaud, des notes de Zola préparatoires à la rédaction de L'Assommoir, une lettre de Marcel Proust, une autre de Louis-Ferdinand Céline, des dessins en couleurs du Petit Prince par Antoine de Saint-Exupéry, une lettre de Sedar Senghor à en-tête de l'Assemblée nationale, un portrait au pastel et fusain d'Arthur Adamov par Antonin Artaud, une photo de l'Île de Mount-Desert où vivait Marguerite Yourcenar, une page de manuscrit dactylographié de Georges Simenon ou encore une carte de Frédéric Dard à Roger Valuet.

Le tout complétant un texte très clair de Jérôme Picon, abondamment et judicieusement illustré et fourmillant d'anecdotes révélatrices.

Une réussite éclatante !

Bernard DELCORD

À la rencontre des grands Écrivains français par Jérôme Picon, Paris, Éditions Larousse, octobre 2011, 128 pp. en quadrichromie au format 24 x 29,7 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 29,90 € (prix France)