15 10 17

Retours vers le passé…

Papy était-il un nazi.jpg« Un ouvrage incontournable pour découvrir le passé de guerre secret de votre famille », assure le site des Éditions Racine à Bruxelles qui ont fait paraître, sous la plume des historiens et archivistes flamands Koen Aerts, Dirk Luyten, Bart Willems, Paul Drossens et Pieter Lagrou un essai au titre choc : Papy était-il un nazi ? – Sur les traces d’un passé de guerre qui aborde de front la question délicate de la collaboration avec l’occupant allemand en Belgique entre 1940 et 1944.
 
Voici la présentation qu’ils donnent de leur travail :
 
« Quelque 500 000 Belges – Flamands, Bruxellois et Wallons – ont un membre de leur famille qui fut “du mauvais côté” pendant la Deuxième Guerre mondiale.
 
Des grands-pères, grands-mères, pères, mères, oncles ou tantes [de Belges actuels].
 
À la base, il y avait 400 000 dossiers d'accusés. Environ 100 000 citoyens ont aussi été condamnés à diverses peines : de l'exécution à la privation de leurs droits en passant par l'emprisonnement.
 
Aujourd'hui, les petits-enfants et autres membres de la famille partent de plus en plus souvent à la recherche des vraies circonstances pour donner une place [à ces événements].
 
[Notre ouvrage vous donne] les clés pour partir vous-même à la recherche de ce passé de guerre souvent tabou ».
 
N’y cherchez cependant pas de listes d’« inciviques », il n’y en a pas…
 
En revanche, si d’aventure vous souhaitiez faire des recherches sur des membres de votre famille dans les innombrables archives conservées par d’aussi innombrables instances administratives et judiciaires aux quatre coins de la Belgique, ce livre remarquablement documenté et bien illustré qui fait le tour de tous les cas de figure de la trahison vous sera un vade-mecum des plus précieux !
 
Bernard DELCORD
 
Papy était-il un nazi ? – Sur les traces d’un passé de guerre par Koen Aerts, Dirk Luyten, Bart Willems, Paul Drossens & Pieter Lagrou, Bruxelles, Éditions Racine, septembre 2017, 272 pp. en noir et blanc au format 24 x 16 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 24,99 €

07 10 17

« Soyez réalistes : demandez l'impossible ! » (Che Guevara)

Che Guevara – Compagnon de la révolution.jpgErnesto Rafael Guevara, né le 14 juin 1928 à Rosario, en Argentine, est tombé le 9 octobre 1967 à La Higuera, en Bolivie, sous les balles d’un commando de l’armée bolivienne lancé à ses trousses à la demande de la CIA et, peut-être, de l’URSS, si l’on en croit son frère, Juan Martin Guevara. (1)
 
Plus connu sous le nom de « Che Guevara », c’était un révolutionnaire marxiste et internationaliste argentin ainsi qu'un homme politique d'Amérique latine.
 
Il avait notamment été un des dirigeants de la révolution cubaine qui renversa le dictateur Fulgencio Batista le 1er janvier 1959 et qui installa Fidel Castro au pouvoir, révolution qu'il a théorisée et tenté d'exporter vers d'autres pays, comme la République démocratique du Congo (où il se joignit aux maquis de Laurent-Désiré Kabila) ou la Bolivie.
 
À l’occasion du cinquantième anniversaire de sa disparition, les Éditions Gallimard à Paris ont ressorti (l’édition princeps date de 1997), dans leur belle collection « Découvertes », la courte biographie riche de 150 illustrations intitulée Che Guevara – Compagnon de la révolution parue sous la plume du grand reporter Jean Cormier (°1943) avec la collaboration de l’historien et biographe Jacques Lapeyre.
 
L’ouvrage est bien fait, les événements sont bien précisés, qui ont fait du Che, parce qu’il était beau, parce qu’il était audacieux, parce qu’il était brillant, parce qu’il savait ce qu’il voulait et parce qu’il est mort jeune et au combat, une légende qui se poursuit de nos jours...
 
Pointons néanmoins une petite lacune qui change certaines choses : il n’est pas rappelé que le 2 février 1959, Ernesto Guevara s'est installé dans la prison de La Cabaña, à l'entrée du port de La Havane. Il y fut le procureur d'un tribunal révolutionnaire qui a exécuté plus d'une centaine de policiers et militaires du régime précédent jugés coupables de crimes de guerre. Des volontaires y étaient invités à participer au peloton d’exécution, par exemple des membres des familles des victimes. Certains condamnés à mort devaient, devant leurs parents proches, justifier leur exécution.
 
Puis le Che créa des camps de « travail et de rééducation »…
 
Nobody’s perfect, pas vrai ?
 
Bernard DELCORD
 
Che Guevara – Compagnon de la révolution par Jean Cormier avec la collaboration de Jacques Lapeyre, Paris, Éditions Gallimard, collection « Découvertes », septembre 2017, 144 pp. en quadrichromie au format 12,5 x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 15,60 € (prix France)

(1) http://www.levif.be/actualite/international/le-parti-communiste-a-sans-doute-trahi-che-guevara/article-normal-732449.html

20 09 17

« On admire toujours ce qu'on ne peut pas vraiment comprendre. » (Eleanor Roosevelt)

Ils admiraient Hitler.jpgAprès Léon Degrelle 1906-1994, Hitler et la franc-maçonnerie et La religion d’Hitler, trois textes très documentés et de haute volée parus aux Éditions Racine à Bruxelles, le philosophe et historien belge Arnaud de la Croix publie aujourd’hui, toujours dans la même maison, un nouvel essai intitulé Ils admiraient Hitler – Portraits de 12 disciples du dictateur dans lequel il se penche avec sagacité sur le cas de personnages très divers unis par l’adulation du monstre nazi.
 
Il s’agit du roi Édouard VIII d’Angleterre (1894-1972), de la cinéaste allemande Leni Riefenstahl (1902-2003), du philosophe allemand Martin Heidegger (1889-1976), de l’industriel américain Henry Ford (1863-1947), de l’aviateur américain Charles Lindbergh (1902-1974), de l’écrivain et publiciste français Robert Brasillach (1909-1945), du grand mufti de Jérusalem Mohammed Amin al-Husseini (1895-1974), de l’instituteur et dictateur fasciste italien Benito Mussolini (1883-1945), du politicien belge Léon Degrelle (1906-1994), de l’écrivain norvégien Knut Hamsun (1859-1952, lauréat du prix Nobel de littérature en 1920), de l’évêque catholique autrichien Alois Hudal (1885-1963) et de l’écrivain américain Howard Phillips Lovecraft (1890-1937) qui, pour des raisons diverses clairement et sobrement expliquées par l’auteur, ont versé dans l’adulation du maître du IIIe Reich et de son « œuvre ».
 
Un condensé de racisme, de nationalisme, d’antisémitisme, de totalitarisme et d’antiparlementarisme, mais aussi d’égotisme, de carriérisme, de veulerie, d’exaltation aveugle, d’admiration de la force ou d’espérances insensées, bref, d’idées grandement stupides et gravement criminelles, que d’aucuns ont camouflées derrière une apparence plus honorable d’anticommunisme et d’antistalinisme.
 
Remarquable, mais forcément lacunaire – tant le sujet est immense –, l’excellent travail d’Arnaud de la Croix ouvre la porte à d’autres recherches, par exemple sur les laudateurs de gauche du caporal bavarois, comme les députés français Jacques Doriot (communiste), et Marcel Déat (socialiste), les auteurs belges d’extrême gauche du groupe des écrivains prolétariens, le romancier et médecin suisse John Knittel…
 
Et, pour ceux qui lisent l’allemand, l’étude qui n’a pas été traduite en français d’Hans Werner Neulen intitulée Europas Verratene Sohne (Les Fils trahis de l’Europe, Éditions Universitas, 1980) fera naître un abîme de réflexions sur l’engagement des non-Allemands dans la Waffen-SS – y compris des Indiens – durant la Seconde Guerre mondiale…
 
Bernard DELCORD
 
Ils admiraient Hitler – Portraits de 12 disciples du dictateur par Arnaud de la Croix, Bruxelles, Éditions Racine, septembre 2017, 160 pp. en noir et blanc au format 15,5 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 19,95 €

16 09 17

Vous en êtes, Gonzague

Le décLes aristocates rebelles.jpgès accidentel  de Gonzague Saint Bris, au début du mois d'août, confère à l'essai une allure testamentaire inopinée.  Car bien sûr il en est,  lui, de ces aristocrates pour qui la notion de service et de liberté priment celle de privilèges: il est un  petit-fils des comte et comtesse Jean Saint Bris, résistants, respectivement  décédés, à cinq jours d'écart, en décembre 1944,  aux camps de  Gross-Rosen et de Ravensbrûck -

'L'aristocrate est noble parce qu'il sert les plus belles causes avec honneur. Il perd son panache et son statut quand il tombe dans la pire des servitudes, celle de la cour. L'aristocrate est lui -mêrne lorsqu'il est libre, encore plus lui-même lorsqu'il est rebelle. L'aristocrate est fidèle à ses valeurs lorsqu'il reste et qu'il résiste, il est encore dans la ligne de son idéal lorsqu'il fait le choix de partir pour la bonne cause."

C'est à cette définition non paradoxale de rébellion que vont répondre ces quelque vingt-quatre portraits d'aristocrates , qui du XVIe siècle de Saint-Louis de Gonzague au XXe siècle beauvoirien  vont défiler une vie dense et riche, sous la plume alerte, tellement vivante du regretté passeur d'Histoire.

Olympe de Gouges, Germaine de Staël, George Sand, Isabelle de Bragance, Simone de Beauvoir  et même Sissi, sont pionnières de cette vision de femme forte, assumée,  qui mit tant de siècles à s'installer.  Leurs portraits sont flamboyants. A l'instar de ceux du marquis de La Fayette, Lord Byron, Alphonse de Lamartine,  Léon Tolstoï, Henri de Toulouse-Lautrec, Winston Churchill,  Antoine de Saint-Exupéry, Luchino Visconti et Nelson Mandela ,  le "Gandhi", sud-africain qui a payé sa rébellion de quelque vingt sept années de prison.

Une galerie de portraits, assortie d'un essai, de très noble facture

Apolline Elter

Aristocrates rebelles, Gonzague Saint Bris, essai, Ed. Les Arènes, août  2017, 336 pp

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02 09 17

Le déni d’un déni de mémoire…

 
L'Ukraine depuis le procès Schwartzbard-Petlioura (1927) .jpgMonique Slodzian est professeure à l'Institut national des langues et civilisations orientales.
 
Spécialiste de la Russie et de la littérature russe contemporaine, elle est l'auteure d'une dizaine de traductions, d'adaptations de romans et de pièces de théâtre d'écrivains russes et soviétiques.
 
En février 2017, quatre mois avant la mise en liquidation judiciaire des Éditions de la Différence à Paris, elle y a fait paraître un essai aussi passionnant que dérangeant intitulé L'Ukraine depuis le procès Schwartzbard-Petlioura (1927), dans lequel, à travers la narration de cette affaire judiciaire retentissante, elle met en accusation l’actuel gouvernement fasciste de l’Ukraine et ses méthodes tout à la fois infâmes, révisionnistes, pronazies et antisémites.
 
Écoutons-la :
 
« À l'heure où l'Ukraine revient sur le devant de la scène politique et où la France, faisant désormais partie intégrante de l'OTAN, semble frappée d'amnésie, il n'est pas indifférent de rappeler l'enjeu de ce procès qui eut un retentissement comparable à celui de l'Affaire Dreyfus.
 
Le 25 mai 1926, à l'angle du boulevard Saint-Michel et de la rue Racine à Paris, un Juif russe naturalisé français à la fin de la guerre de 1914, Samuel Schwartzbard, assassine Simon Petlioura, l'ancien président du Directoire ukrainien (du 14 décembre 1918 au 5 février 1919).
 
Il le tient pour responsable du massacre de dizaines de milliers de Juifs lors de pogromes organisés par l'armée indépendantiste ukrainienne dont Petlioura est l'ataman général.
 
À l'époque, ce procès sensationnel qui dura huit jours et vit témoigner les plus grands noms de la science et de la littérature des années trente, a bel et bien mobilisé l'opinion française tout entière et fait la une de la presse internationale.
 
Ce grand élan pro-juif qui s'intercale entre la réhabilitation du capitaine Dreyfus en 1906 et les actes antisémites du gouvernement de Vichy correspond bien aux années où l'antisémitisme dans la société française connaît son plus bas étiage.
 
Au mitan des années vingt, les horreurs de la guerre hantent les esprits et un puissant sentiment d'empathie se lève en faveur des victimes des pogromes.
 
Les difficultés économiques se chargeront de souffler une nouvelle vague d'antisémitisme à partir de 1931.
Me Torrès, l'avocat de Schwartzbard, était cent fois fondé à bâtir sa plaidoirie sur l'horrifiante réalité des pogromes et à la clore dans un élan oratoire irrésistible : “Non, ce n'est plus vous, Schwartzbard, qui êtes en cause ici : ce sont les pogromes”.
 
Aujourd'hui, Schalom Schwartzbard, en dépit du verdict d'acquittement, reste pour les Ukrainiens “l'assassin à la solde de l'ennemi de l'Ukraine indépendante”. »
 
Après avoir rappelé qu’en 2015 le président nationaliste Porochenko a fait transférer toutes les archives nationales de son pays à l’Institut national ukrainien de la mémoire dirigé par l’historien patriotard Volodymir Viatrovytch, selon Monique Slodzian un « maître internationalement reconnu en matière de falsification de documents », et en restituant les tenants et les aboutissants de ce procès historique, l’auteure met en lumière la part plus qu’obscure du nationalisme ukrainien actuel naïvement défendu par l'Union européenne comme une pure aspiration à la liberté.
 
Un texte qui fait ouvrir les yeux !
 
Bernard DELCORD
 
L'Ukraine depuis le procès Schwartzbard-Petlioura (1927) par Monique Slodzian, Paris, Éditions de la Différence, collection « Politique », février 2017, 270 pp. en noir et blanc au format 13 x 20 cm sous couverture brochée en couleurs, 17,00 € (prix France)

27 08 17

« Nous ne sommes rien. Ce que nous cherchons est tout. » (Friedrich Hölderlin)

Naissance de l'art romantique.jpgSpécialiste du romantisme européen, Pierre Wat (°1965) est professeur à Paris I – où il occupe la chaire d'histoire de la peinture du XIXe siècle.
 
Il a aussi été maître de conférences en histoire de l'art contemporain à l’université François-Rabelais de Tours, conseiller scientifique à l'Institut national d'histoire de l'art (1999-2004), professeur à l'Université Aix-Marseille I et à l'École du Louvre.
 
Il a notamment publié Constable (Hazan, Paris, 2002), Les nymphéas, la nuit : Claude Monet (Nouvelles éditions Scala, Paris, 2010) et Turner, menteur magnifique (Hazan, Paris, 2010).
 
Parue chez Flammarion en 1998, sa thèse de doctorat intitulée Naissance de l'art romantique – Peinture et théorie de l'imitation en Allemagne et en Angleterre est ressortie en 2013 chez le même éditeur, revue et corrigée, dans la collection « Champs arts ».
 
Il s’y concentre sur l'Allemagne de Caspar David Friedrich, de Johann Wolfgang von Goethe et de Philipp Otto Runge ainsi que sur l'Angleterre de William Blake, de John Constable et de William Turner, les deux pays où s'inventent conjointement une nouvelle pratique et une nouvelle théorie de l'art, le romantisme.
 
« En France, écrit l’auteur à propos de son livre, qui dit romantisme dit Delacroix, Victor Hugo, le spleen, le goût de la ruine, l'attirance de la nuit, pour la mort… Autant d'images toutes faites, et de clichés. Mais alors, qu'est-ce que le romantisme ?
 
Cet ouvrage tente de montrer que le romantique se construit sur la subversion de l'image néo-classique à travers l'histoire esthétique de cette naissance et de son ambition.
 
Le romantisme est un art nouveau pour un monde nouveau. Un art qui détruit la norme classique, et un art sans norme, mais éternellement classique. Un art absolu. »
 
C’est absolument exact !
 
Bernard DELCORD
 
Naissance de l'art romantique – Peinture et théorie de l'imitation en Allemagne et en Angleterre par Pierre Wat, nouvelle édition revue et corrigée, Paris, Éditions Flammarion, collection « Champs arts », mars 2013, 318 pp. en noir et blanc + un cahier hors-texte de 8 pp. en couleurs au format 10,8 x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 14 € (prix France)

Écrit par Brice dans Arts, Bernard Delcord, Histoire | Commentaires (0) |  Facebook | |

18 08 17

« Tout l'art de la guerre est basé sur la duperie. » (Sun Tzu)

Sun Tzu Qui suis-je.jpgSaint-cyrien, breveté de l'École de guerre, le lieutenant-colonel Yann Couderc a servi sur plusieurs théâtres d'opération. Son intérêt pour l'Asie l'a conduit à entreprendre une étude approfondie de L'Art de la guerre de Sun Tzu et à développer sa propre réflexion sur la pensée du stratège chinois. Créateur et animateur d'un blog de référence, Sun Tzu France (http://suntzufrance.fr/), il est l'auteur de plusieurs publications sur le sujet. (1)
 
Sun Tzu est un général chinois du VIe siècle av. J.-C. (544-496 av. J.-C.). Il est surtout célèbre en tant qu'auteur de l'ouvrage de stratégie militaire le plus ancien connu : L'Art de la guerre.
 
L'idée principale de son œuvre est que l’objectif de la guerre est de contraindre l’ennemi à abandonner la lutte, y compris sans combat, grâce à la ruse, l'espionnage, une grande mobilité et l'adaptation à la stratégie de l'adversaire. Tous ces moyens doivent ainsi être employés afin de s'assurer une victoire au moindre coût (humain, matériel).
 
Les idées de L'Art de la guerre ont été reprises et adaptées par différents auteurs pour la stratégie, et notamment la stratégie d'entreprise.
 
Dans un sens plus large, L'Art de la guerre peut être interprété comme une méthode de résolution des conflits. (2)
 
Chez Pardès à Grez-sur-Loing, Yann Couderc a publié Sun Tzu Qui suis-je ?, un passionnant petit ouvrage très accessible et abondamment illustré dans lequel il se penche sur la destinée personnelle et sur la pérennité de l’œuvre de cet orfèvre de la stratégie guerrière.
 
Voici la présentation qu’il a faite de son ouvrage :
 
« Il y a encore cinquante ans, en dehors de quelques orientalistes, personne n'avait entendu parler de Sun Tzu. C'est là un paradoxe : alors que l'humanité s'est montrée peu avare en conflits et a toujours cherché à accroître son niveau de compétence dans le domaine militaire, la reconnaissance de Sun Tzu et de son traité, L'Art de la guerre, est assez récente. De ce personnage, dont la tradition situe la vie au VIe siècle avant Jésus-Christ, le peu que l'on sait est d'une origine tardive et d'une authenticité douteuse.
 
Sa première biographie a été rédigée quatre siècles après sa mort officielle et, curieusement, on ne trouve que très peu de traces de lui dans les annales. Une seule chose est certaine : nous possédons aujourd'hui un traité, intitulé L'Art de la guerre, dont l'existence est attestée depuis au moins 2 200 ans, dans lequel sont étudiés le caractère politique et psychologique de la guerre, le rôle du commandement, l'exploitation des dissensions chez l'ennemi, l'importance du renseignement, etc.
 
Nos connaissances sur Sun Tzu ont évolué depuis 1971, date de la première traduction française de L'Art de la guerre. Sun Tzu Qui suis-je ? se donne pour ambition de présenter une synthèse de ce que nous savons actuellement sur cet exceptionnel stratège, dont la parfaite connaissance du traité était au programme du recrutement de tous les officiers chinois jusqu'en 1905. »
 
Si vis pacem, para bellum (3), disaient nos anciens.
 
Une excellente raison pour se plonger dans la lecture de l’essai de Yann Couderc !
 
Bernard DELCORD
 
Sun Tzu Qui suis-je ? par Yann Couderc, Grez-sur-Loing, Éditions Pardès, collection « Qui suis-je ? », mai 2017, 128 pp. en noir et blanc au format 14 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 12 € (prix France)
 
SOMMAIRE
 
INTRODUCTION - Références au texte de Sun Tzu
 
I. SUN TZU
1. Avant de commencer : Sun Tzu, Sun Wu ou Sun Zi ?
2. Ce que dit la tradition
3. Sun Tzu et les concubines du roi
4. Une histoire de Sun Tzu
5. Sun Tzu : un mythe ?
 
II. LE MONDE DE SUN TZU
1. L’époque des Royaumes combattants
2. Un environnement philosophique en pleine effervescence
3. La descendance de Sun Tzu
4. Wu Zixu, compagnon de Sun Tzu et auteur avant lui d’un Art de la guerre
5. Les personnages historiques de L’Art de la guerre
 
III. L’ART DE LA GUERRE
1. Le plus ancien traité de stratégie connu ?
2. Sun Tzu a-t-il écrit L’Art de la guerre ?
3. Comment a émergé le texte de L’Art de la guerre ?
4. Un texte qui ne se fige que plus de 500 ans après la mort de Sun Tzu
5. Le manuscrit du Yinqueshan : une lucarne ouverte sur le processus de composition
 
IV. L’HÉRITAGE DE SUN TZU
1. Sun Tzu en Chine
2. Sun Tzu en Occident
3. Sun Tzu aujourd’hui
4. Les raisons du succès
 
CONCLUSION
 
ANNEXES
I. Les grands lecteurs de Sun Tzu, une mystification
II. Repères chronologiques
III. Bibliographie
 
 
 (1) Comme sa thèse de doctorat : Sun Tzu en France, Nuvis, Paris, 2012.
 (2) Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Sun_Tzu
 (3) « Si tu veux la paix, prépare la guerre. » (Phrase attribuée à l’auteur latin Végèce, fin du IVe siècle.)
 

13 08 17

Un livre passionnant : "Sapiens" !

sapiens.jpgAvant même que j'en termine la lecture (512 pages), je peux déjà affirmer que c'est le livre le plus passionnant que j'ai lu « de ma vie » ! Sapiens de Yuval Noah Harari. (Albin Michel pour cette version française)

 

C'est Stefan Liberski qui le lisant en vacances m'en a conseillé la lecture. J'ai croisé d'autres amis onccupés de le lire, comme Thomas Gunzig. Depuis quelques jours, je lis, je note les phrases, j'essaie de bien comprendre notre histoire, car le sous-titre est « Une brève histoire de l'humanité ».

 

Harari cite Jared Diamond, auteur de De l'inégalité parmi les sociétés, comme l’une de ses principales sources d’inspiration pour l’écriture de son livre. Diamond avait en effet montré qu’il était possible de « poser de vraies grandes questions et d’y répondre scientifiquement 

 

Voici ce qu'en dit le résumé de Wikipédia :

Le livre propose une vue d’ensemble de l’histoire de l’humanité et de son évolution depuis les premiers hommes de l’Âge de pierre jusqu’au xxie siècle.Le principal argument avancé par l’auteur au cours de cette vaste étude est que l’Homo sapiens doit son statut d’espèce dominante au fait qu’il est le seul animal capable de coopérer efficacement avec un grand nombre de ses semblables. Harari explique cette capacité qui distingue l’Homo sapiens des autres animaux par sa faculté de croire en des choses qui n’existent que dans son imagination, telles que les dieux, les nations, l’argent et les droits de l’homme. L'une des thèses défendues par l’auteur est donc que tous les systèmes de coopération humaine à grande échelle — les religions, les structures politiques, les réseaux de travail et les institutions légales — sont en définitive des fictions.

Parmi les autres sujets au cœur de Sapiens, figurent la monnaie, présentée comme un système de confiance mutuelle ; le capitalisme, présenté comme une religion plutôt que comme une théorie économique ; l’empire, décrit comme le régime politique qui a rencontré le plus de succès au cours des deux mille dernières années ; le traitement réservé aux animaux domestiques, décrit comme l’un des plus grands crimes de l’histoire ; le progrès, qui n’a pas forcément rendu les hommes plus heureux que par le passé ; les humains, en passe d’évoluer pour devenir des dieux.

Harari revient sur son projet d'écriture et les idées développées dans Sapiens dans un site qu'il consacre à son livre.

 

Pour ma part, pour vous laisser votre propre lecture, je ne vous donne ci-dessous que quelques courtes réflexions prises ça et là :

 

Contrairement au mensonge, une réalité imaginaire est une chose à laquelle tout le monde croit ; tant que cette croyance commune persiste, la réalité imaginaire exerce une force dans le monde.

 

Pris un par un, voire dix par dix, nous sommes fâcheusement semblables aux chimpanzés. Des différences significatives ne commencent à apparaître que lorsque nous franchissons le seuil de 150 individus.

 

Si nos esprits sont ceux des chasseurs-cueilleurs, notre cuisine est celle des anciens fermiers.

 

L’évolution repose sur la différence, non pas sur l’égalité.

 

Malheureusement, les sociétés humaines complexes paraissent nécessiter des hiérarchies imaginaires et une discrimination injuste.

 

Comment se fait-il que, dans la seule espèce dont la réussite dépende avant tout de la coopération, les individus qu’on suppose les moins coopératifs (les hommes) dominent ceux qui passent pour les plus portés à coopérer (les femmes) ?

 

Etc. Je vous le redis : un livre très important et qui pourrait changer nos vies !

09 08 17

« Un gros crachat de 664 pages produit d’un cacographe maniaque, nabot impulsif et malsain. » (Charles Maurras à propos des Décombres)

Le dossier Rebatet.jpgFils d’un notaire de province républicain et d’une mère très catholique, le Français Lucien Rebatet (1903-1972), un critique musical et cinématographique, écrivain et journaliste fasciste, athée, anticommuniste, collaborationniste et antisémite extrêmement virulent (1), est l’auteur d’un livre maudit qui fut le best-seller de l’Occupation : Les Décombres, ouvrage qui lui a valu, entre autres raisons, d’être condamné à mort en 1946.
 
En 2015, ce texte est ressorti dans son intégralité pour la première fois depuis 1942 dans Le dossier Rebatet – Les Décombres – L’Inédit de Clairvaux, une publication critique établie et annotée par l’historienne Bénédicte Vergez-Chaignon (2) accompagnée d’une préface de Pascal Ory (3) et du journal de prison de Rebatet (L’Inédit de Clairvaux, un plaidoyer pro domo, bien entendu, mais qui constitue aussi un intéressant témoignage sur le système répressif et carcéral français de l’époque…), à Paris, aux Éditions Robert Laffont, dans la collection « Bouquins », après avoir reparu en 1976 chez Jean-Jacques Pauvert, amputé de ses chapitres les plus délirants, notamment celui intitulé « Le ghetto ».
 
Pour la première fois aussi, alors que l’ouvrage est en libre accès sur le Net, il est accompagné d’un appareil critique important, qui permet de le lire en connaissance de cause, de le resituer dans le climat de l’époque, avec ses outrances, ses haines et ses préjugés dont Rebatet fut l’un des plus véhéments porte-parole.
 
Ce livre, empreint d’un antisémitisme viscéral et obsessionnel, apparaît aujourd’hui comme un document historique édifiant sur l’état d’esprit, les phobies et les dérives de toute une génération d’intellectuels se réclamant du fascisme.
 
L’auteur n’étant pas dénué de talent d’écriture, comme l’a prouvé son roman Les Deux Étendards, publié par la NRF en 1951 à l’instigation de Jean Paulhan, et son Histoire de la musique (1969), Les Décombres constituent également une œuvre littéraire à part entière, reconnue comme telle, y compris par nombre de ses détracteurs les plus résolus.
 
Pascal Ory, qui a soutenu dès l’origine l’idée d’une réédition intégrale, mais encadrée et commentée, fournit dans une préface très éclairante les explications qui la justifient.
 
Bernard DELCORD
 
Le dossier Rebatet – Les Décombres – L’Inédit de Clairvaux, édition établie et annotée par Bénédicte Vergez-Chaignon, préface de Pascal Ory, Paris, Éditions Robert Laffont, collection « Bouquins », octobre 2015, 1152 pp. en noir et blanc au format 13,2 x 19,7 cm sous couverture brochée en couleurs, 30 € (prix France)
 
 
(1) En avril 1929, Lucien Rebatet est engagé comme critique musical au journal nationaliste et monarchiste L'Action française dirigé par Charles Maurras, dans lequel il écrit sous le pseudonyme de François Vinneuil. Le 30 avril 1932, il devient journaliste à Je suis partout. Mobilisé en janvier 1940, est libéré le 15 juillet 1940, il rejoint Vichy où il travaille à la radio. De retour à Paris, après un passage au journal Le Cri du peuple de Jacques Doriot, il revient à Je suis partout qui devient, à partir de 1941, le principal journal collaborationniste et antisémite français sous l'occupation nazie. En juillet 1944, avec Louis-Ferdinand Céline, Rebatet se réfugie à Sigmaringen en Allemagne avant d’être arrêté Feldkirch le 8 mai 1945 et d’être jugé à Paris le 18 novembre 1946. Grâce à une pétition d'écrivains comprenant notamment les noms de Camus, Mauriac, Paulhan, Martin du Gard, Bernanos, Aymé et Anouilh, le président de la République Vincent Auriol le gracie le 12 avril 1947, et sa condamnation à mort est commuée en peine de travaux forcés à perpétuité, à la prison de Clairvaux. Libéré le 16 juillet 1952 et d'abord assigné à résidence, Lucien Rebatet revient à Paris en 1954, où il reprend son activité de journaliste, travaillant pour l’hebdomadaire d’extrême droite Rivarol à partir de 1958. Lors de l'élection présidentielle de 1965, Rebatet soutient François Mitterrand et, en 1967, il glorifie la guerre israélienne contre les États arabes : « La cause d’Israël est là-bas celle de tous les Occidentaux. On m’eût bien étonné si l’on m’eût prophétisé en 1939 que je ferais un jour des vœux pour la victoire d’une armée sioniste. Mais c’est la solution que je trouve raisonnable aujourd’hui. » (in Michaël Bloch, L'extrême-droite française face à la question israélienne, mémoire IEP Aix en Provence, p. 33).
(Sources : https://fr.wikipedia.org/wiki/Lucien_Rebatet et https://fr.wikipedia.org/wiki/Je_suis_partout)
 
(2) Bénédicte Vergez-Chaignon est docteure en histoire. Elle est l'auteur de plusieurs livres sur la Résistance, Vichy et l'épuration et elle a publié une biographie du maréchal Pétain (chez Perrin en 2014).
 
(3) Pascal Ory est professeur d'histoire contemporaine à la Sorbonne et l'auteur d'ouvrages sur la collaboration qui font autorité. Il a dirigé le Dictionnaire des étrangers qui ont fait la France, paru dans  la collection « Bouquins ».

03 07 17

Sic transit gloria mundi…

Le Roman d'Héliopolis.jpgDescendante de Boghos Nubar Pacha [1], Amélie d'Arschot Schoonhoven [2] est historienne et conférencière, notamment à la Villa Empain.

Elle a fait paraître chez Avant-Propos à Waterloo Le Roman d'Héliopolis, un ouvrage dans lequel elle retrace l’histoire de la ville égyptienne qui fut érigée à partir de 1905 et jusqu’en 1912 sur une grande parcelle de désert au nord-ouest du Caire par le baron [3] et industriel belge Édouard Louis Joseph Empain (1852-1929) et son associé Boghos Nubar Pacha, une cité ultramoderne avec ses bâtiments inspirés de diverses architectures du monde entier, son système de distribution d’eau, sa ligne de chemin de fer, ses routes, ses plantations et son réseau de tramways électriques.

Héliopolis, qui fut au départ peuplée d'étrangers et de coptes (Égyptiens chrétiens) puis par les classes moyennes du Caire, est aujourd’hui un quartier de la capitale égyptienne dont la surpopulation a conduit à la disparition des nombreux jardins.

Fondé sur les archives familiales de l’auteure et brillamment rédigé, ce roman historique retraçant une formidable saga urbaine s’avère en tout point passionnant !

Bernard DELCORD

Le Roman d'Héliopolis par Amélie d’Arschot Schoonhoven, Waterloo, Éditions Avant-Propos, juin 2017, 204 pp. en noir et blanc au format 15,2 x 23,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 20,00 €

 

[1] Fils de Nubar Pacha (1825-1899), régent d'Égypte, Boghos Nubar Pacha (1851-1930) a épousé Marie Dadian en 1879. Leur fille Eva Zarouhi se maria en 1907 avec le comte Guillaume d'Arschot-Schoonhoven (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Boghos_Nubar_Pacha).

[2] Elle est administrateur de l'Association Royale des Demeures Historiques de Belgique.

[3] Général et aide de camp du roi des Belges, il a été anobli par Léopold II en 1907.

Écrit par Brice dans Bernard Delcord, Histoire, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |