26 11 17

Belge une fois

belge une fois.jpgQuelle excellente idée que de donner la parole à ces nouveaux communicateurs que sont les blogueurs ! En l’occurrence, il s'agit de blogueurs belges, Natacha Filipak et Arthur Renson, propriétaires de la marque « Belge une fois » qui se décline de plusieurs façons.

L'édition Racine leur a demandé de proposer dans un superbe petit livre cartonné 32 expressions connues chez nous. Un régal pour les amateurs de notre patrimoine. Le sous-titre est « le parler belge illustré ».

Pour vous donner « l'eau à la bouche » (puisque nous sommes dans les expressions, domaine que j'adore, comme vous savez!), voici la première expression du livre : « Avoir bon ».

« Liste non exhaustive de tous ces moments qui te font dire combien tu as bon ... ! - Le « chpops » d'une bouteille de champagne. -La jouissance de péter le papier bulle. - Recevoir sa bière après une longue file d'attente au bar. - Réussir une mayonnaise du premier coup. - Entendre le pop-corn exploser dans le micro-ondes. » Génial, non ?

Au hasard des mots, en voici quelques-uns qui apparaissent dans ce beau livre à offrir pour les fêtes : Baraki, Babeleir, Douf, Bisbrouille, Drache, Froucheler, Boentje, Racuspoter, Spiter, Rawette...

Les dessins d'Arthur rivalisent de drôlerie avec les textes de Natacha. Voilà un merveilleux objet pour mettre en valeur notre patrimoine avec humour.

 

Jacques MERCIER

 

Belge une fois, le parler belge illustré, édition Racine, 64 pp, 17cm/17cm, couverture cartonnée, couleurs, 15 euros.

 

14 11 17

« L'humour juif, c'est de faire rire avec une histoire qui a un double sens et qu'on ne comprend qu'à moitié. » (Popeck)

L’humour juif expliqué à ma mère.jpgDans L’humour juif expliqué à ma mère, une compilation désopilante parue chez Chiflet et Cie à Paris, le journaliste et écrivain Franck Medioni aborde son sujet

– en 7 chapitres (Les Juifs sont juifs ; Dieu est juif ; Ma mère est juif ; Ma famille aussi est juif ; L'argent est juif ; Les goys et les antisémites sont-ils juifs ? ; L'humour est juif)

– dans des citations traitées par thèmes : amour, bonheur, argent, sexe, vieillesse... rassemblant les meilleures histoires juives qui se transmettent par la tradition orale, à savoir

– des citations d'humoristes (S. J. Perelman, Groucho Marx, Woody Allen, Jerry Lewis, Lenny Bruce, Pierre Dac, Tristan Bernard, Jerry Seinfeld, Georges Wolinski, Gad Elmaleh...)

– et de figures historiques (Benjamin Disraeli, Golda Meïr, Henry Kissinger, Albert Einstein…),

– des répliques de cinéma (dans des films de Billy Wilder, Mel Brooks, Marcel Ophuls, Milos Forman, Roman Polanski, Woody Allen, Georges Lautner, Gérard Oury...)

– et des extraits de romans et de livres (de Franz Kafka, Heinrich Heine, Marcel Proust, Arthur Schnitzler, Romain Gary, Isaac Bashevis Singer, Albert Cohen, Georges Perec, Eugène Ionesco, Vladimir Jankélévitch, Philip Roth...)

Florilège :

« Je ne sais pas si Dieu existe. Mais s’il existe, j’espère qu’il a une bonne excuse. » (Woody Allen)

« Quand je suis né, j’étais tellement laid que le médecin a giflé ma mère. » (Henny Youngman)

« Je m’en sors plutôt bien si l’on considère que j’ai triomphalement survécu au nazisme et à deux épouses. » ‘Albert Einstein)

– Une femme : « Oh, vous aimez les enfants ?

– Groucho Marx : « Non, je préfère les faire… »

« J’ai fait un cauchemar, hier soir : j’étais un bébé, Jennifer Lopez était ma mère et elle me nourrissait au biberon. » (Robin Williams)

« J’ai dit à mon dentiste que mes dents devenaient jaunes. Il m’a conseillé de porter une cravate marron. » (Rodney Dangerfield)

« J’ai épousé un Allemand. Tous les soirs, je me déguise en Pologne et il m’envahit. (Bette Midler)

« Ma grand-mère était une jongleuse juive. Elle arrivait à s’inquiéter à propos de six choses en même temps. » (Richard Lewis)

« Personne ne gagnera la guerre des sexes. Il y a beaucoup trop de fraternisation avec l’ennemi. » (Henry Kissinger)

« Nous devons croire au libre-arbitre. Nous n’avons pas le choix. « Isaac Bashevis Singer)

« Tu aimeras ton prochain comme le précédent. » (Philippe Bouvard)

« Ma musique n’est pas moderne, elle est seulement mal jouée. » (Arnold Schönberg)

Mazel tov !

Bernard DELCORD

L'humour juif expliqué à ma mère par Franck Médioni, préface de Boris Cyrulnik, postface de Florient Azoulay, illustrations de Serge Bloch, Paris, Éditions Chiflet & Cie, septembre t 2017, 359 pp. en noir et blanc au format 13 x 20 cm sous couverture brochée en couleurs, 15 € (prix France).

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10 10 17

Quel bonheur que la découverte de "Chacun son Chat!" de Geluck

chat.jpgCe que je pourrais vous dire d'enthousiasmant pourrait vous paraître exagéré, puisque Philippe Geluck est mon ami, et pourtant ce nouvel album du Chat (le 21e!) « Chacun son Chat » me semble le meilleur, le plus abouti, le plus varié, le plus profond et le plus drôle !

Je pourrais analyser et détailler, comme je le faisais quand j'interviewais Philippe sur antenne à pareille occasion, mais je me suis donné le bonheur de ne pas prendre de notes en découvrant hier soir l'album : simplement sourire, rire, réfléchir. Et me dire souvent, comme toujours : « Bigre ! C'est une réflexion drôle d'une telle évidence, j'aurais dû la trouver, mais lui, il trouve ce trait avant nous et c'est ça son génie ! »

Déja la page de titre avec cette déclaration (hommage à Barbara) : « Ma plus belle histoire d'humour... C'est vous ! »

Cette si touchante allusion à Goscinny et Uderzo qui occupe toute la première page : « Nous sommes en 2017 après J.-C. Le monde entier est envahi par une sorte de morosité bien compréhensible. Le monde entier ? Pas vraiment ! Un petit pays résiste encore et toujours à la déprime générale... »

"Allez !", comme on dit trop souvent en télévision pour accélérer artificiellement le rythme d'une émission, allez, encore quelques textes pour vous donner le ton de l'ouvrage (Ils prendront place dans mes phrases très matinales ces jours prochains!):

« Les ennuis de mes amis sont mes ennuis »

« Rien ne sert de courir, surtout si c'est dans le mauvais sens... »

« S'il y a une autre vie après la vie, j'aimerais qu'on m'explique quel est l'intérêt de mourir ? »

Une dernière ?

« Si tu y réfléchis un peu, tu constateras que dans ta vie, tu auras passé plus de temps avec tes lunettes qu'avec tes enfants ! »

 

Ne ratez pas les ajouts quotidiens de l'Appli Le Chat sur iPhone !

 

Jacques MERCIER

 

Chacun son Chat, Philippe Geluck, 48 pp, 22,6X30,5 cm, Edition Casterman ou Geluck.com 11,50 ou 11,95 euros.

 

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10 05 17

Paroles d’or…

Ma petite poésie ne connaît pas la crise.jpgComme toujours, le nouvel opus, au titre cette fois très « bashungien », de l’ami Jean-Pierre Verheggen (°Gembloux, 1942), ne décevra pas les amateurs d’humour décapant dans des textes décalés !

On se souviendra d’abord qu’en 2009, son L'Oral et Hardi, joué et mis en scène par Jacques Bonnaffé, a été récompensé en France d'un « Molière » dans la catégorie « meilleure compagnie », sans que personne se soit avisé qu’il s’agissait d’un patchwork des discours du maire de Champignac dans les aventures de Spirou et Fantasio dessinées par André Franquin.

Il est vrai que la poésie de Verheggen « est avant tout une parodie de la poésie, une critique radicale de l'idéologie que véhicule ce genre et un pastiche burlesque de ses conventions. À partir de là, il développe dès 1968 le concept de réécriture et en applique les effets à des champs d'investigation plus larges, allant de la bande dessinée à la langue politique la plus stéréotypée, en passant par la perversion d'un langage par un autre, en l'occurrence du français classique et scolaire par son wallon maternel, sauvage et sexuel ».[1].

Cette fois, au cri de « Tout va très bien madame la Marcrise ! », il s’en prend avec une belle truculence libertaire aux petits et aux grands travers de notre époque.

Par exemple, à la passion dont s’est pris le bon peuple télévisuel de par chez nous pour les émissions culinaires en tout genre :

« Abonnez-vous à “la cuisine crapuleuse” et découvrez chaque semaine une recette inédite parmi :

l'académicien en rosette,

le faisan à l'andouille,

la bécasse marquée bécasse au front,

le clafoutis à la Jean-Baptiste Clément (en saison),

le loup façon mère-grand,

le chouchou de Bruxelles,

la souris d'agneau à la Mickey et ses mousses maison,

le soigneur sportif aux petits oignons,

la contractuelle à l'aubergine,

le vieux croûton dans son jus,

le pigeonné par une cocotte,

le chapon Banania,

l'enfant de chœur au vin de messe,

l'époisse marquée pas de chance,

le lapin à la prestidigitation aux deux chapeaux,

l'avocat aux marrons,

le ramenard à la fraise de grand veau,

le homard au « m'a tué »,

le boucher maturé,

le boss à moelle,

le poulet ripoux,

le petit vicaire à l'étouffe-chrétien,

l’idiot au beaujolais village

le dentiste à la fraise des bois (en saison),

le pêcheur durable,

le boulanger dans le pétrin,

le bûcheron de Noël,

etc. À suivre ! »

Un vrai cortège à la Prévert, non ? On aime aussi ses traductions latines, comme :

Ab imo pectore

Je lui ai charcuté la poitrine.

Lapsus calami

Elle s’est fait sucer par un calamar.

A parte

Elle a accouché toute seule.

In medias res

Au milieu de ta raie.

Deo gratias

Dieu est un peu gras !

La vraie science littéraire, en somme…

Bernard DELCORD

Ma petite poésie ne connaît pas la crise par Jean-Pierre Verheggen, Paris, Éditions Gallimard, mai 2017, 113 pp. en noir et blanc au format 21 x 20 cm sous couverture brochée en couleurs, 14,50 € (prix France)

 

[1] Alphabet des lettres belges de langue française, Promotion des lettres belges de langue française, Bruxelles, 1982, p. 302.

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28 02 17

Pintes de bon sang…

Perles de people.jpg« Le plus grand souvenir de mes 20 ans, c’est quand j’avais 16 ans… » (Johnny Hallyday)

« De plus en plus, nos importations viennent de l’étranger. » (George W. Bush)

« Ils m’ont mal sous-estimé ! » (George W. Bush, encore lui)

« Maintenant, il faudra faire avec sans Zizou. » (Franck Ribéry)

« C’est dur d’être filmé 7 jours sur 24 ! » (Hayder, Secret Story 2)

« Paris, c’est ma ville préférée, car je peux acheter plein de tee-shirts avec mon prénom dessus. » (Paris Hilton)

« Je suis têtue comme une moule ! » (Daniela, Secret Story 3)

« Il ne faudrait pas que celui qui vient de donner son sperme s'en lave les mains ! » (Christine Boutin)

« Il faut rendre César à César ! » (Patrice Évra)

« Où se tiendra le festival de Cannes, cette année ? » (Christina Aguilera)

« J’ai toujours été célèbre, c’est juste que personne ne le savait. » (Lady Gaga)

« Si tu invites des gens qui ont tous le même groupe sanguin à une fête, mais que tu ne leur dis pas, ils vont parler d’autre chose. » (Jean-Claude Van Damme)

Voici quelques sentences définitives relevées dans Perles de people, un ana de 400 phrases réunies par Stéphane Garnier paru aux Éditions First à Paris, un petit bouquin à mourir de rire qui en dit long sur l’époque formidable que nous vivons…

Bernard DELCORD

Perles de people par Stéphane Garnier, Paris, Éditions First, collection « Humour », août 2015, 191 pp. en noir et blanc au format 11 x 17,7 cm sous couverture brochée en couleurs, 4,95 € (prix France). Existe en format Kindle (3,49 €)

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14 02 17

Un joyeux délire !

bière qui coule.jpgSi vous aimez comme moi la langue française et les expressions, mais si, en plus, vous aimez sourire, rire et jouer sur les mots, ce petit livre délicieux Bière qui coule n'amasse pas mousse est pour vous ! Charlotte Dekoker s'amuse dans un joyeux délire à décortiquer quelques expressions, à imaginer, à prendre des chemins de traverse. Un humour qui ressemble beaucoup au non-sens belge ou anglais. Il faut beaucoup d'imagination et un sens de la dérision intelligente pour réussir dans ce domaine. Mais, ne vous y trompez pas, on apprend aussi en s'amusant. Mine de rien, on trouve des mots justes et précis.

« Se tenir à carreau », « Avoir les dents qui rayent le parquet », « Être dur de la feuille », « La politique de l’autruche », « Mettre les points sur les i » ou « Se dorer la pilule » sont des expressions que vous n'utiliserez plus jamais de la même façon, innocente et savante ! L'auteur aura semé en vous le grain de folie qui rend la vie plus belle.

J'aime aussi les NB traduits de manière différente à la fin de chaque chapitre. Par exemple : NB Napoléon Bonaparte.

Pour vous donner le ton de l'ouvrage, voici comment l'auteure nous met tout de suite dans le bain ! Voici les premières phrases de l'ouvrage : « Je serais vraiment passée à côté de quelque chose si je n'avais pas écrit ce livre. Quant à vous, mes gros lapins, n'en parlons pas. Votre vie aurait tout simplement été comme avant. C'est dire. L'angoisse. »

Charlotte Dekoker a 30 ans, vit à Paris, où elle occupe des fonctions de direction dans le secteur du mécénat. Gageons qu'elle a dû passer de bien belles récréations en dehors de son travail pour mener à bien la rédaction de ce petit livret.

 

Jacques Mercier

 

« Bière qui coule n'amasse pas mousse », Charlotte Dekoker, Digobar Éditions, 2016, 110 pp. 12 euros.

 

 

28 12 16

Le merveilleux imaginaire de Jean-Luc Fonck

fonck.jpgLorsque j'ai lu le premier manuscrit de Jean-Luc Fonck, j'ai pensé au Boris Vian de « L'écume des jours », aujourd'hui je dois vous avouer que Jean-Luc a créé son propre univers personnel et terriblement attachant. C'est non seulement celui de l'imaginaire, mais de ce fameux imaginaire « belge », qui eut une école très riche il y a quelques décennies.

« Les hommes préfèrent les grottes » est une énigme policière - un prétexte - qui se déroule dans les grottes de Han. (C'est le principe de cette collection de courts romans qui se situent chez nous).

Voici quelques exemples de ce que peut être le style de Jean-Luc.

Dès le début, le voilà discutant avec vous et moi, ses lecteurs : « ... mais ça, c'est une autre histoire que je vous raconterai un autre jour dans une autre vie dans un autre livre dans un autre monde. Voilà. C'est ça que je voulais dire. »

Et puis, cette manière de jouer avec le véhicule/livre. Le troisième chapitre est intitulé « Chapitre étroit » et son court texte est une étroite bande de lecture au milieu de la page. Superbe ! Même idée au « Chapitre neuf » qui commence de cette manière : « Aaaah...enfin...un chapitre neuf... ça me fait plaisir... y en a marre de ces vieux chapitres »

Les digressions de Jean-Luc (comme dans la chanson, comme à la radio, comme sur scène) sont dingues : « J'essaie de la faire revenir... Sans succès. Mais je m'en doutais... Je n'ai jamais su rien faire revenir... même pas les oignons... Un jour, j'ai réussi à faire revenir un souvenir... Ca m'a procuré un immense plaisir... Immense, mais de courte durée. Je me suis très vite rendu compte que si j'avais réussi à le faire revenir, c'est finalement parce qu'il n'était jamais parti. »

Quant à la belgitude, que l'auteur s'entend si bien à utiliser. Que dire de cette flle qui a un oeil droit couleur d'une Leffe brune et le gauche couleur Rochefort 10°... Ou plus loin, l'apparition (en enfer) d'une Flamande : « Wablief ? Mijnheer ? »

La poésie, la philosophie, tout s'y trouve : « Ceci dit, si la surprise avait des limites, rien que ça, ce serait déjà surprenant. »

Lire du Fonck, c'est la certitude de passer un moment délicieux, composé de multiples facettes, de surprises dans l'action, dans la réflexion, dans le style. Et le suspense est total !

 

Jacques Mercier

 

« Les hommes préfèrent les grottes », Jean-Luc Fonck, Ed Luc Pire, Roman de gare, 12/18,5 cm, 144 pages, 10 euros

 

 

Écrit par Jacques Mercier dans Belge, Humour, Jacques Mercier, Romans, Thriller, Polar | Commentaires (0) |  Facebook | |

20 12 16

« La liberté de la presse ne s'use que lorsque l'on ne s'en sert pas. » (Devise du Canard enchaîné)

Le Canard enchaîné 100 ans.jpgFondé durant la Première Guerre mondiale – sa publication régulière a commencé le 5 juillet 1916 [1] – par un journaliste, Maurice Maréchal, et par un dessinateur, Henri-Paul Gassier, le Canard Enchaîné se voulait un contre-feu de la propagande officielle et de l’information censurée par le recours à la dérision dans un esprit libertaire et insoumis.

Pour fêter ses vingt lustres, les Éditions du Seuil à Paris ont publié, choisis par Laurent Martin et Bernard Comment, Le Canard enchaîné, 100 ans – Un siècle d'articles et de dessins, une remarquable – et épaisse [2] – compilation d’articles et de dessins propres à dérider les esprits les plus chagrins et à raviver les mémoires défaillantes [3].

Seul journal français, à ce jour, à n'accepter aucune publicité et à ne vivre que de ses lecteurs, il a connu un succès croissant au fil des décennies [4], sans avoir jamais épargné personne de ses sarcasmes et de son humour dévastateur : les autorités politiques, militaires, religieuses, diplomatiques, académiques, ainsi que les capitaines de l’industrie et de la finance, le monde de l’édition, les vedettes du show-business et du sport ou encore les journalistes de la presse écrite, de la radio et de la télévision… tout en dénonçant avec une belle constance les magouilles et les affaires, les turpitudes et les hypocrisies, les lâchetés et les forfanteries, mais aussi les totalitarismes et les fanatismes…

Un régal d’esprit et de l’esprit !

Bernard DELCORD

Le Canard enchaîné, 100 ans – Un siècle d'articles et de dessins choisis par Laurent Martin et Bernard Comment, Paris, Éditions du Seuil, octobre 2016, 614 pp. en quadrichromie au format 23,8 x 30,5 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 49 € (prix France)

 

[1] Cinq premiers numéros avaient paru à l'automne 1915, mais la publication fut interrompue, faute d'avoir trouvé suffisamment de lecteurs. Par ailleurs, Le Canard n’a pas paru de juin 1940 à septembre 1944, sous l'Occupation.

[2] Elle est faite d’un choix de plus de 2000 articles et dessins, organisés chronologiquement et thématiquement, présentés par de brèves notices pour les restituer dans leur contexte.

[3], L’ouvrage contient aussi Le Roman du Canard (une centaine de pages du livre), un texte de Patrick Rambaud qui donne là une histoire haute en couleurs, faite de personnages souvent truculents, dans des époques ressuscitées avec un grand nombre de détails révélateurs.

[4] Près d'un demi-million d'exemplaires sont actuellement vendus chaque semaine.

19 12 16

J'ai eu bon en lisant ce livre...

FRANCARD.jpgVoici un excellent, intéressant et léger livre de Michel Francard « Tours et Détours », avec comme sous-titre « Les plus belles expressions du français de Belgique ». Michel Francard est professeur à l'UCL, collabore au Petit Robert et tient une chronique dans Le Soir, entre autres.

Ce n'est ni la première ni la dernière fois que nous pouvons découvrir un recueil d'expressions (françaises, de francophonie, etc.), mais celui-ci a quelque chose de plus, un ensemble de qualités qui le rend plus agréable à parcourir : la mise en pages, les illustrations (Cäät), le choix des mots et le style, etc.

Dans la postface, on l'explique fort bien : « Populaires et joyeuses, poétiques et fantasques, et parfois même délurées, les expressions imagées ornent constamment nos conversations, nos écrits. Ce sont des fleurs de rhétorique. »

Relevons, presque au hasard : « J'ai bon », qui en effet exprime le mieux possible la volupté et « ne pas la faire longue », expression aujourd'hui disparue en France, alors qu'elle fut utilisée par la marquise de Sévigné au XVIIe siècle.

Souvent aussi, Michel Francard nous donne un équivalent néerlandais, qui rappelle que le pays est bilingue (trilingue, même).

J'ai eu un choc en retrouvant une insulte qu'on m'a beaucoup lancée au collège de Mouscron « Bout de chique » ! (petit pour un enfant)

En revanche, j'ignorais que « faire la file » était inconnu dans le français normatif et j'ai appris que dans « mettre à moule », cette moule venait des aciéries.

C'est enfin l'occasion de rappeler qu'en Belgique, on « réciproque » les voeux, un verbe de l'ancien français qui a été conservé ; car dans cette Francophonie de Belgique on est efficace et on dit beaucoup de choses en peu de mots. Un autre exemple : il fait « cru », adjectif qui rassemble froid et humide.

Un petit bonheur de lecture à s'offrir et à offrir !

 

Jacques MERCIER

« Tours et détours », les plus belles expressions du français de Belgique, Racine, 2016, 176 pp, 14,95 euros.

 

Écrit par Jacques Mercier dans Belge, Dictionnaires, Humour, Jacques Mercier, Langues | Commentaires (0) |  Facebook | |

05 12 16

Délires loufoques…

Signé Furax - La lumière qui éteint.jpgPierre Dac (1893-1975) est le créateur d'un humour qu'il a qualifié de « loufoque ». Révélé au music-hall dans les années 1920, il triomphe bientôt à la radio et crée le journal L'Os à moelle en 1938. Il bataillera sur Radio-Londres aux heures sombres et sévira plus que jamais sur les ondes de l'après-guerre avec son comparse Francis Blanche dans Signé Furax, Malheur aux barbus et Bons baisers de partout

Francis Blanche (1921-1974) fut un humoriste tout-terrain : acteur (Les Tontons flingueurs), homme de scène et de radio (les impostures téléphoniques), chansonnier, auteur et inoubliable complice de Pierre Dac pour les feuilletons radio et les sketchs (Le Sâr Rabindranath Duval).

Furax était apparu à la radio sur la Chaîne Parisienne en 1951 avec Malheur aux barbus, mais c'est avec la diffusion sur la jeune station Europe n°1 du Boudin sacré, entre octobre 1956 et juin 1957, que Signé Furax va devenir un phénomène ; tous les jours de la semaine, à une heure de grande écoute, la France s'arrête pour savourer les aventures délirantes des détectives Black et White, de Théo Courant, du professeur Hardy-Petit et sa fille Carole, d'Asti Spumante, du commissaire Socrate et de Maurice la Grammaire, opposés à Furax et la terrible secte des Babus.

Dès septembre 1957, les duettistes Dac et Blanche reprennent du service pour une deuxième saison, La lumière qui éteint, qui durera jusqu'en juin 1958 et dont les Éditions Omnibus à Paris ont ressorti les textes, présentés et adaptés par Jacques Pessis.

Synopsis :

« Black, White et leurs amis n'en ont pas fini avec Furax et les Babus auxquels ils s’est allié et qui, dans leur projet démoniaque de domination du monde, s'apprêtent à inonder la terre de la terrible invention du professeur Mochmoch, une lumière bleue qui annihile toute volonté.

Leurs aventures les mèneront de Morzy-les-Gaillardes (Seine-et-Loire) à Yadupour, capitale du Filekistan, en passant par un atoll du Pacifique et la planète Astérix, dans l'espace infini. »

La lumière qui éteint a fait s'esclaffer la France entière et appartient à la légende de la radio.

« Je tiens Furax pour une œuvre géniale, pour la grande Iliade du siècle de l'humour », a dit en 1959 le sociologue Edgar Morin.

Par rapport au script d'origine, Jacques Pessis a éliminé les redites nécessaires au format du feuilleton ainsi que quelques allusions à l'actualité de l'époque, incompréhensibles aujourd'hui.

Ajoutons que Pierre Dac est actuellement à l'affiche du Théâtre Edgar à Paris avec Le Schmilblick !, comédie loufoque dans laquelle Jacques Pessis a réuni et mêlé, dans une pièce de théâtre, ses monologues, dialogues, aphorismes et pensées.

Du surréalisme à l’état pur !

Bernard DELCORD

Signé Furax - La lumière qui éteint par Pierre Dac & Francis Blanche, présentation de Jacques Pessis, Paris, Éditions Omnibus, novembre 2016, 960 pp. en noir et blanc au format 13,2 x 19,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 28 € (prix France)

Écrit par Brice dans Bernard Delcord, Humour | Commentaires (0) |  Facebook | |